THE CROWN

Chapitre 1

19 janvier 1974

Le miroir du petit salon de sa suite reflétait son imposante robe blanche. Chaque centimètre de peau était enfermé sous de délicates broderies de cristaux et de dentelle. Son élégant corsage bien trop serré ne laissait place à aucune échappatoire. Son long voile était si épais que son visage était indistinct, insignifiant. Narcissa était seule. Le silence était pesant.

Elle souleva délicatement et lentement son voile de ses fins doigts et observa son visage. Elle était d'une éclatante beauté. Tout en elle était d'une splendeur inhumaine : ses lèvres exceptionnellement pulpeuses, son fin nez légèrement retroussé, ses pommettes hautes et surtout, ses grands yeux bleus. Son visage était stoïque, mais ces derniers semblaient contenir toute la tristesse du monde. Le temps s'arrêta. Le monde s'arrêta. Plus rien n'existait hormis la profondeur de son regard. S'en était presque douloureux.

Elle prit une inspiration aussi imperceptible que le dernier souffle d'un mourant. Des larmes commençaient à couler sur ses joues. Sa respiration se fit de plus en plus rapide, son cœur se brisa et elle s'effondra. A genoux sur le parquet en bois massif, ses larmes brulaient sa peau de porcelaine.


Narcissa était une enfant différente des autres. Elle jouait très peu et ne donnait pas spécialement l'impression d'y prendre plaisir. Elle observait le monde autour d'elle d'un calme spectaculaire. Ses sœurs avaient abandonné l'idée de s'amuser avec elle. Bellatrix n'osait même pas lui tirer les cheveux. Parfois, Andromeda lui demandait :

- Mais que regardes-tu donc toujours si intensément, ma sœur ?

Elle tournait lentement la tête pour la regarder dans les yeux. A 5 ans, son regard était déjà si perçant.

- Une meilleure connaissance du monde est indispensable pour le contrôler, répondait-elle comme une évidence.

Narcissa avait appris à parler plus rapidement que ses sœurs, ce qui était assez étrange, sachant qu'elle n'ouvrait pratiquement jamais la douche. Bellatrix et Andromeda, respectivement quatre et trois ans plus âgées, avait pris plus de temps. Il était très difficile pour des enfants d'apprendre à communiquer lorsque leurs parents leur adressaient à peine la parole. Et pourtant, Narcissa avait parlé mieux et plus vite. Narcissa faisait toujours tout mieux et plus vite, qu'importe la matière concernée. Que cela soit la Littérature, les Langues, les Mathématiques, l'Histoire, les Runes, l'Histoire de l'Art, la Botanique, l'Astronomie ou encore la Géopolitique, Narcissa était toujours meilleure que ses sœurs. Narcissa était toujours meilleure que tout le monde.

Si Andromeda avait peur des chevaux et Bellatrix les effrayaient, Narcissa était la seule à pouvoir chevaucher. Si Andromeda se débrouillait au piano et Bellatrix tapait sur les touches d'un brusque sans égal, les fins et longs doigts de leur sœur volait sur le clavier avec une précision et une technique si phénoménale qu'elle en faisait rougir son professeur. Si les aînées chantaient faux, la voix de la cadette était mélodieuse et agile. Narcissa Black excellait dans tous les domaines. Son talent n'avait d'égal que sa beauté glaciale et pure.

Bellatrix avait compris très rapidement que sa sœur était une enfant spéciale. Elle l'avait su lorsque, alors que ses parents attendaient désespérément la venue d'un héritier mâle, ils l'avaient regardé avec tant de fierté.

- Voyez, Bellatrix, avait dit sa mère en montrant l'enfant. Voyez comme elle est splendide.

L'aînée, âgée de 4 ans, observa le nouveau-né. Elle était effectivement très belle. Ses grands yeux azurs étaient si perçants, et ses cheveux étaient blonds et bien fournis. Chaque membre de la famille Black était brun.

- Elle est tellement plus belle que vous, continua sa mère. Regardez comme elle est mince. Andromeda est vous étiez si dodues.

Bellatrix leva les yeux vers sa mère, une grande douleur se formant dans sa poitrine.

- Si sa grâce est égale à sa beauté, nul doute qu'elle trouvera le plus noble des maris.

Et elle l'était. Chaque jour, Narcissa était plus belle, plus élégante. Plus noble. Elle excellait dans tous les domaines, mais la danse était rapidement devenue une vraie passion. Pourtant plus jeune, ses pointes étaient plus stables, elle était plus souple, sautait plus haut et virevoltait avec plus d'élégance que ses sœurs.

- Bellatrix, Andromeda, disait leur professeur de danse. Prenez donc exemple sur votre sœur.

Les aînées tentaient désespérément d'effectuer un grand écart latéral. Elles s'étiraient depuis une demi-heure, mais leurs jambes tremblaient et leurs visages grimaçaient. Derrière elles, Narcissa se tenait debout à côté d'un mur, la jambe gauche à terre sur une pointe et l'autre appuyée contre le mur, en grand écart parfait. Et debout. Bellatrix l'observait du coin de l'œil. Elle la haïssait, elle et sa perfection.

- Bellatrix ! hurla le professeur. Concentrez-vous ! Pensez-vous avoir le droit de rêvasser ? Ce cours est plus qu'importance pour vous si vous voulez rattraper votre vulgarité !

Il tourna les yeux vers Andromeda :

- Et vous, ne grimacez pas ainsi ! Je me fiche que cela vous fasse mal. Vous ne devez jamais montrer vos faiblesses. Faites donc honneur à votre sang ! Par Merlin, Narcissa, venez donc montrer l'exemple à vos sœurs.

La blonde s'exécuta. Elle posa la jambe droite à terre, se dirigea rapidement vers ses sœurs et élança élégamment une jambe en avant. Et c'était fait. En trois secondes, elle était à terre en parfait écart, visage stoïque. Bellatrix leva les yeux au ciel.

- Assez, Bellatrix !

L'aînée hurla de douleur et tomba à terre. Son professeur venait de lui infliger un douloureux coup de cane dans le dos. Les larmes coulaient sur ses joues et celles d'Andromeda. Narcissa regardait droit devant elle, froide.

Nul doute qu'elle trouvait le plus noble des époux.


Elle avait 6 ans lorsqu'elle rencontra Marcus Yaxley, un après-midi ensoleillé lors d'une réception en pleine air. L'héritier Yaxley, d'un un son aîné, était un garçon blond aux traits durs, parfaitement conscient de sa supériorité. Pourtant, il arborait un sourire charmeur duquel se dégageait beaucoup de chaleur. Cela intriguait Narcissa. Il s'était lentement approché d'elle et avait observé ses grands yeux froids, le menton haut. Alors, pour la première fois de sa vie, Narcissa Black sourit.

A partir de ce jour, ils étaient devenus inséparables. Marcus Yaxley était la seule source de joie dans le monde de Narcissa. D'une certaine façon, il la comprenait mieux que quiconque.

Le domaine des Yaxley se trouvait à quinze minutes de celui des Black. Plusieurs fois par semaine, les enfants se retrouvaient pour jouer. Marcus et Narcissa profitaient de l'inattention de la nourrice lorsque Bellatrix et Andromeda se battaient pour courir se coucher sous un grand arbre non loin, près d'un charmant ruisseau. Ils pouvaient discuter pendant les heures, courir dans les champs ou encore faire des expériences magiques. Narcissa aimait beaucoup ces moments. Marcus était la seule personne devant laquelle elle pouvait laisser sa magie s'exprimer pleinement.

- Tu sais, lui avait-il dit un jour alors qu'elle contrôlait l'eau du ruisseau. Peu de sorciers peuvent faire cela à ton âge.

- J'en doute, avait-elle répondu. C'est très simple. Je crois que beaucoup d'enfants peuvent le faire. Mais les petites filles ne sont pas autorisées à contrôler les choses. Les dames doivent subir et obéir à ce qui leur est imposé.

Elle avait réfléchi à son choix de mot. Imposé. Non, plutôt honoré de recevoir, s'était-elle persuadée.

- Je ne sais pas le faire, avait-il dit. Et pourtant, je suis très puissant pour mon âge.

- Peut-être passes-tu tellement de temps à pratiquer les forces sombres que les éléments naturels te fuient.

Marcus Corban Yaxley quitta le domaine familial pour Poudlard le 8 août 1965. Narcissa savait que c'était la fin d'une ère. Elle ne le reverrait que l'été prochain. Et, si elle était admise à Beauxbâtons – et elle le serait – elle emménagerait en France et passerait ses étés à la campagne. Elle reviendrait en Angleterre, bien-sûr. Mais alors, elle ne serait plus autorisée à voir un homme sans chaperon.


Juin 1966

- Recommencez-donc, Bellatrix, avait ordonné leur gouvernante.

Bellatrix, Andromeda et Narcissa Black se tenaient debout dans la salle de fête. Bellatrix, un pas en avant, récitait un discours sous l'œil sévère d'une vieille dame trapue.

- J-j'ai l'honneur de … vous accueillir …

- Le grand honneur ! corrigea la vieille dame.

- J'ai le grand honneur de vous accueillir … dans … la noble … maison des Black ?

- Gesticulez moins.

Ses sœurs observaient le dos de l'élève. Andromeda avaient les lèvres serrées et le regard inquiet. Narcissa restait droite et insensible.

- Vous gesticulez, Bellatrix ! s'exclama la maîtresse en s'approchant d'elle avec une corde. Les gestes révèlent tout, vous ne devez jamais, jamais montré vos émotions.

Elle l'entoura d'une corde et la serra d'un coup de baguette magique.

- Bien, maintenant, recommencez.

Plus tard dans la journée, un papillon bleu entra par la fenêtre et se métamorphosa en une lettre de la même couleur.

- Quelle joie ! s'exclama Druella Black, le papier à la main. Narcissa, vous avez été acceptée à l'école de jeunes filles Beauxbâtons.

La concernée acquiesça. Elle ne semblait même pas satisfaite.

- Grâce au ciel, au moins une de nos filles ne nous déshonora pas, dit Cygnus Black.

Bellatrix et Andromeda n'avait pas été admise à l'école de Sorcellerie. Les aptitudes d'Andromeda était trop faibles et Bellatrix n'avait pas une once de grâce en elle. De plus, son français était catastrophique, malgré une année passée à Paris chez son oncle. Les sœurs étudiaient à Poudlard, en quatrième et troisième années, toutes deux dans la Maison Serpentard. Andromeda avait supplié le Choixpeau, évitant le scandale de se retrouver chez Poufsouffle, ou pire, chez Gryffondor.

- Narcissa, dit froidement Druella. Ne prenez pas cette réussite comme acquise. Vous travaillerez trois fois plus d'ici la rentrée. Vous vous devez d'être la meilleure élève. La Maison des Black n'acceptera pas moins que l'excellence. Non, l'excellence ne suffit pas. Vous vous devez d'être parfaite pour rattraper les dégâts causés par vos sœurs empotées.

Assises sur le divan, Andromeda baissa les yeux, mais Bellatrix lança un regard rempli de haine à sa parfaite petite sœur.

- Regardez-nous donc, très chère, se plaignit Cygnus Black. Nous en sommes venus à nous délecter d'une simple admission dans une école prestigieuse. A quoi donc nos deux filles aînées nous ont-elles rabaissés ?

- Elle n'apprendra rien dans cette école de petites princesses, s'exclama Bellatrix en se levant.

- N'élevez pas la voix ! répondit sa mère. Narcissa apprendra à être une bonne épouse et une bonne mère, c'est tout ce qui importe !

- Elle n'apprendra qu'à s'agenouiller devant des hommes et sourire comme une poupée !

- Assez ! C'est le devoir d'une dame, et vous deviez vous y tenir également !

Andromeda observait sa sœur sans rien dire, les yeux ronds et terrifiés.

- Dans ce cas, je ne veux pas être une dame !

- Vous ne l'êtes pas, coupa sèchement son père. Vous êtes laide, grossière, mal élevée, arrogante, insolente et stupide ! Vous n'êtes ni une dame, ni une future dame. Vous n'avez même jamais été une jeune fille convenable ! Vous n'avez rien pour être une épouse ou une mère et vous le savez. Vous avez 14 ans et encore aucune offre n'a encore été faite. Même Andromeda en a reçu !

La concernée se figea.

- Dès la première apparition de Narcissa à l'âge de 6 ans, de nombreux pères de famille plus nobles les unes que les autres sont venus me trouver !

Narcissa cligna des yeux. Elle se préparait depuis toujours à être une épouse mais cette discussion ne lui plaisait pas. Elle n'avait que 11 ans, le mariage lui avait toujours semblé être lointain, mais apprendre que tant de propositions avaient été faites à son égard lui fit froid dans le dos. Une pensée traversa brièvement son esprit : Monsieur Yaxley avait-il pensé à elle pour son fils ?

- Vous finirez seule, Bellatrix. Aucun homme digne ne voudra de votre impotence !

- Eh bien, hurla-t-elle. Si ces hommes vous ressemblent, je ne peux que m'en réjouir !

- Assez !

Cygnus Black frappa violemment sa fille qui tomba à terre. Andromeda avait sursauté et tremblait, toujours assise. La violence était une habitude dans cette famille. Les sœurs étaient souvent violentées lorsqu'elles n'agissaient pas comme il faut. Leurs parents n'avaient jamais levé la main sur Narcissa. Il n'en était pas pour autant moins abusif psychologiquement.

Le père de famille quitta la pièce, suivi de son épouse. Andromeda se leva brusquement et se précipita pour aider sa sœur. Narcissa, elle, était toujours stoïque, debout, de l'autre côté du salon.

- Lâche-moi ! cracha Bellatrix à sa sœur.

Elle lança à sa plus jeune sœur un regard noir.

- Tu es la honte de cette famille, dit Narcissa d'un ton glacial.

Elle quitta la pièce le menton haut. Non pas comme une princesse, mais comme une reine. Le silence tomba. Les sœurs aînées restèrent à terre.

- Je n'en reviens pas qu'elle ait seulement 11 ans, dit lentement Andromeda.

Bellatrix grogna et se leva difficilement. Elle tentait de partir avec la dignité qui lui restait quand la voix de sa sœur l'interrompit :

- Penses-tu que nous devons suivre ce chemin ?

L'aînée ne se retourna pas.

- Je … à Poudlard, j'ai rencontré certaines personnes. Ce ne sont pas des Serpentard, mais …

Bellatrix fronça des sourcils.

- Bella, ces gens sont ... tolérants. Et libres ! Libres de ne pas être parfait, libres de penser et libre d'épouser qui ils veulent.

Elle marqua une pause un moment.

- M-même un né-moldu.

Bella se retourna lentement et se retrouva face à sa sœur, le dégout sur son visage. Andromeda serra les lèvres et baissa les yeux. La porte claqua et elle se retrouva seule.