(2ème année – 2017-2018)
Bien trop vite, le premier septembre arriva et Albus se retrouva sur le quai 9 3/4. Il se sentait on ne peut plus perdu. Il n'avait pas spécialement aimé les deux mois de vacances et avait eu une nette tendance à s'isoler dans sa chambre, mais au moins il ne voyait pas une centaine de sorciers par jour qui pouvaient le regarder, le juger… par contre, la présence de Scorpius lui avait manqué. Ils s'étaient écrits souvent, mais quelques mots sur un parchemin ne valaient tout de même pas un ami présent physiquement. Pendant un temps, il s'était demandé s'il n'allait pas supplier sa mère de le garder à la maison, moyennant des cours par correspondance, pour ne plus retourner à Poudlard… mais il ne pouvait pas se résigner à faire ce coup là à Scorpius. Et rester à la maison signifiait voir son père tous les jours et voir ainsi quotidiennement à quel point ils étaient semblables et différents. Il était donc sur ce fichu quai, prêt à monter dans un fichu train, à retrouver ses fichus camarades et à passer une nouvelle année qui serait peut être pire que la précédente.
Albus laissa sa mère le serrer contre lui, mais par-dessus son épaule il remarqua ses camarades et leurs parents qui jetaient des coups d'œil en direction de sa famille. Il avait beau ne pas porter l'uniforme des Serpentard sur le quai, il n'ignorait pas que les autres savaient parfaitement que la respectable famille Potter avait engendré un « serpent ». Il s'écarta de Ginny et adressa un sourire forcé à Lily :
- Dans un an, tu viendras avec nous.
- C'est long, un an ! rouspéta sa petite sœur.
Il acquiesça, bien d'accord avec cette idée et s'approcha de la portière du wagon le plus proche de lui. Harry le suivit et l'aida à monter ses bagages dans le train. Sentant les regards peser sur eux, Albus baissa les yeux en marmonnant :
- Papa, si tu pouvais t'écarter un peu…
Surpris et un brin amusé, Harry lui ébouriffa la tête :
- On n'aime pas trop être vu en compagnie de son père quand on entre en deuxième année ?
Le garçon esquiva la main de son père :
- Mais non, seulement…. Toi, c'est toi et moi, c'est moi et…
Harry lui sourit, songeant que son fils de douze ans commençait sa crise d'adolescence :
- Ce sont simplement des gens qui nous regardent. On ne peut pas les en empêcher. Et puis, c'est plutôt moi qu'ils regardent, pas toi.
Sceptique, Albus observa rapidement les familles présentes et fut plus que jamais convaincu que ce n'était pas juste son père qui était le centre de toutes les attentions :
- Ils regardent le grand Harry Potter et son fils décevant.
Harry fronça les sourcils et tenta de croiser le regard vert de son fils qui détourna le menton pour ne pas le regarder :
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
Albus ne répondit pas. Son père ouvrit la bouche pour insister et James choisit cet instant pour passer près d'eux en tirant sa valise et en chantonnant :
- Serpentard, Serpentard, cesse de broyer du noir, il est temps de monter dans le train !
- James ! commença à le gronder Harry.
Mais son fils aîné était déjà loin devant et lui adressa un signe de la main sans se retourner :
- On se voit à Noël, Pa' !
Harry songea à le rattraper pour lui ré-enseigner quelques notions de politesse, mais le cas de son second fils l'inquiétait davantage. Il se retourna vers Albus, soucieux :
- Al…
- Albus. Pas Al'.
- Très bien, Albus, reprit-il en lui posant une main amicale sur l'épaule. Est-ce que les autres élèves sont désagréables avec toi ? Tu n'as pas l'air très heureux de retourner à l'école.
Son fils soupira sans lui fournir de réponse. Harry continua d'une voix douce :
- Peut-être devrais-tu essayer de te faire d'autres amis… ? Sans Hermione et Ron, je n'aurais jamais pu survivre, à Poudlard. Je n'aurais pas pu survivre du tout, d'ailleurs.
Une moue se dessina sur le visage d'Albus qui répliqua sèchement :
- Mais moi, je n'ai pas besoin d'un Ron ou d'une Hermione. J'ai déjà un ami, Scorpius ! Je sais bien que tu ne l'apprécies pas, mais je n'ai besoin de personne d'autre.
- D'accord, d'accord… murmura Harry qui n'avait pas envie de se disputer avec son fils au moment de son départ. Le principal, c'est que tu sois heureux.
Il leva la main pour la passer une nouvelle fois dans les cheveux de son fils, mais ce dernier sauta dans le train pour l'éviter :
- A la prochaine, papa, lança-t-il en prenant la poignée de sa valise et en s'éloignant dans le wagon.
Désemparé, Harry le regarda disparaitre de sa vue. Albus commençait à l'inquiéter. A la maison, son fils s'isolait un peu plus qu'autrefois et il savait par Hagrid qu'Albus n'était venu le voir qu'une seule fois dans sa cabane, à l'orée de la Forêt Interdite. Le garçon trouvait des excuses pour ne plus y aller, tandis que Rose et James avaient toujours du temps libre pour aller rendre visite au garde-chasse. Et il avait remarqué que son fils avait soigneusement évité le sujet. Pensif, Harry songea qu'il allait écrire à McGonagall pour s'assurer que son fils n'avait pas d'ennuis à l'école. Plus loin, il vit que Ginny et Lily avaient rejoint James. Ce dernier faisait au mieux pour avoir l'air totalement cool et détaché tandis que sa petite sœur le serrait contre elle et que Ginny lui faisaient moult recommandations et mises en garde de dernière minute. Il fit un pas dans leur direction et remarqua alors l'homme blond qui s'avançait dans sa direction. Les cheveux tirés en catogan, le manteau neuf boutonné jusqu'au col et la canne dissimulant la baguette magique : Drago Malefoy. Harry s'arrêta et le regarda venir. Les deux hommes se saluèrent poliment et Drago enchaina directement, sans tourner autour du pot :
- J'ai besoin d'un service, Potter.
Harry haussa un sourcil en se demandant ce qui pouvait bien pousser son ancien camarade de Poudlard à venir lui adresser la parole :
- Je t'écoute.
- Tu connais les rumeurs qui circulent sur les origines de mon fils. Elles persistent encore et toujours. Les élèves de Poudlard se moquent de Scorpius avec acharnement, expliqua Drago de sa voix traînante.
Harry hocha la tête en croisant les bras :
- Je suis au courant. Quel rapport avec moi ? Si tu crois que c'est mon fils qui alimente les rumeurs, tu te trompes.
Drago fronça le nez, manifestant un certain agacement :
- Non, mais je souhaiterai que le Ministère publie un communiqué pour réaffirmer que tous les Retourneurs de Temps ont été détruits dans la bataille du Département des mystères.
- Ces rumeurs finiront par disparaître d'elles-mêmes, rétorqua Harry. Les gens passeront à autre chose.
- Mon fils en souffre, insista Drago en serrant le pommeau de sa canne comme s'il résistait à l'envie de la fracasser sur la tignasse noire de son interlocuteur. Et Astoria ne va pas bien, ces temps-ci… Scorpius a besoin de tout le soutien qu'on puisse lui apporter.
- Quand on répond aux commérages, on ne fait que les alimenter. Pendant des années, la rumeur a couru que Voldemort avait eu un enfant. Scorpius n'est pas le premier à être cité. Dans ton intérêt comme dans le nôtre, le ministère doit rester à l'écart de tout cela.
Les dents serrées, les sourcils froncés, Drago se détourna et s'éloigna sans un au revoir. Il regrettait d'avoir parlé avec Potter. Ce dernier connaissait bien le monde des rumeurs, il avait dû en subir beaucoup durant leurs années d'école : le Survivant, le futur Mage Noir qui a vaincu le Seigneur des Ténèbres, l'héritier de Serpentard, Menteur Potter… Oh oui, Harry Potter savait à quel point les rumeurs pouvaient être douloureuses à vivre, et Drago avait espéré qu'il aurait pu l'aider, en connaissance de cause. Ce n'était même pas pour lui qu'il voulait faire taire les rumeurs, c'était pour sa femme et son fils. Mais il fallait croire que Potter appréciait de plus en plus les histoires qui le traitaient en grand héro et qu'il se fichait bien des racontars moins sympathiques qui pouvaient circuler sur les autres.
Albus redescendit du train par politesse pour saluer son oncle Ron et sa tante Hermione, puis remonta dans le wagon en compagnie de Rose en l'aidant à porter sa valise. Il lui chuchota :
- Tu n'auras plus besoin de me parler quand on sera parti.
- Je sais, répliqua sa cousine. Je fais semblant devant les adultes.
Avec un sourire crispé, ils firent au revoir de la main à Ron et Hermione. Albus s'apprêtait à déguerpir dans un compartiment lorsqu'il vit Scorpius arriver en courant en tirant sa valise. Lui tenant la portière ouverte, il l'aida à monter ses bagages dans le wagon.
- Salut Rose ! la salua aimablement Scorpius.
L'adolescente fit la moue, empoigna sa valise et s'éloigna d'un pas vigoureux :
- Au revoir, Albus !
Il la regarda s'éloigner, un peu déçu de constater que sa cousine ne semblait vraiment pas vouloir le côtoyer et jouait la comédie devant la famille.
- Elle s'adoucit, non ? demanda Scorpius nonchalamment.
- Mouais…
Ensemble, ils se mirent en quête d'un compartiment.
- Comment va ta mère ? s'enquit Albus en avançant dans le couloir.
- Pas très bien… Mais j'ai bien pris soin d'elle pendant les vacances, j'ai trouvé des livres avec des remèdes à essayer et elle a repris un peu des couleurs dernièrement. J'ai bon espoir de la voir se remettre d'ici Noël.
- Super ! s'enthousiasma Albus sincèrement heureux pour son ami.
Scorpius s'essuya les lèvres avec sa serviette et lança un regard satisfait à son assiette vide. Albus s'empara d'une part de tarte à la citrouille.
- Demain, il y a un match de Quidditch, lui rappela Scorpius en portant son choix sur une mousse au chocolat. On y va ?
Son ami fit la moue :
- Je déteste ça et toi aussi, aux dernières nouvelles…
- Je sais, mais c'est Serdaigle contre Gryffondor, plaida Scorpius en lui servant un verre de jus de groseilles.
- Et alors… ?
- Ta cousine et ton frère sont dans l'équipe ! En gardien et en poursuiveuse, ça serait bien d'aller les applaudir, non ?
Albus fit la moue en tapotant son doigt sur la table :
- Tu crois qu'elle viendrait m'applaudir, si j'étais dans l'équipe ? J'en doute.
- On s'en fout, c'est pas une raison pour ne pas aller la voir jouer. Allez, Albus, il faut bien qu'on sorte de notre salle commune de temps à autre !
- D'accord, d'accord, céda le garçon en se disant qu'il pouvait bien faire plaisir à son ami.
Sur le quai du Poudlard Express. Penché sur une carte d'astronomie, Albus étudiait la position des étoiles qui dessinaient un lion.
- Monte dans le train, Serpentard, sinon on part sans toi ! lança James.
Le garçon releva les yeux mais son frère n'était déjà plus là. Se rappelant qu'il devait dire au revoir à son père, Albus replia sa carte et chercha Harry du regard :
- Papa ?
Il le vit alors, entourés de sorciers qui lui posaient des questions pour différents journaux. Albus joua des coudes pour essayer de le rejoindre :
- Papa !
- Votre fils est à Serpentard, qu'avez-vous ressenti en apprenant qu'Albus Severus Potter n'était pas à Gryffondor ?
- Papa !
Il tendait la main pour essayer de repousser les journalistes mais ces derniers l'empêchaient de rejoindre Harry dont le visage se ferma :
- J'aurais aimé qu'il ne soit pas mon fils ! Il m'a trahi en rejoignant la maison du Seigneur des Ténèbres et il traine sans vergogne avec sa progéniture !
Se sentant trahi, le cœur brisé, Albus se détourna et monta dans le train en courant.
- Scorpius ! Scorpius !
Il ouvrit à la volée la porte du premier compartiment et trouva son ami effondré dans un fauteuil de la salle commune, devant la cheminée éteinte.
- Scorpius ?
Le garçon blond releva des yeux hagards vers lui, un parchemin chiffonné gisait au sol :
- Ma mère… son état s'est empiré. Elle est entrée à Saint Mangouste et elle vient de mourir…
Son ami changea soudain d'expression :
- Qu'est-ce que tu as ? C'est quoi ça ? demanda-t-il en montrant quelque chose dans sa direction.
Albus baissa les yeux et constata qu'une fumée noire était en train de s'enrouler autour de lui.
« Tu le perdras peut être pour toujours » déclara une voix grave qu'il ne connaissait pas.
- Scorpius… ?
Il ne voyait plus rien, il était dans un noir complet, un silence total. Seul. Il avait froid. Et un rire glacial résonna soudain autour de lui, un rire qui le pétrifia de peur. Un rire qui promettait d'anéantir tout espoir.
- Albus ! Albus !
Le garçon ouvrit brusquement les yeux et se retrouva nez à nez avec le visage inquiet de Scorpius.
Un cauchemar… il avait juste fait un cauchemar.
- Fermez-là, bougonna l'un de leur camarade de dortoir en se retournant dans son lit.
Scorpius s'assit sur le matelas en chuchotant :
- Tu te sens bien… ?
- Oui. Non….
Son ami haussa un sourcil :
- Quelle réponse claire et limpide.
- Désolé… murmura Albus en se frottant les yeux. Juste un cauchemar, ne t'en fait pas… Tu peux retourner te coucher.
Scorpius ne bougea pas, il dévisagea son camarade longuement et finit par se lever. Sans bruit, il s'approcha de la fenêtre, tira la langue à la sirène qui était en train de l'observer, et saisit le broc d'eau posé sur la table. Il remplit un verre et l'apporta à Albus qui l'accepta sans broncher. En attendant que son ami boive, il s'accroupit devant sa valise et fouilla dedans avant de revenir vers son ami avec un paquet de Chocogrenouille dans la main :
- Tient, mange. Ça fait du bien, le chocolat.
Albus dépiauta le paquet et croqua dans la friandise tout en regardant la carte de collection à l'intérieur. Celle d'Harry Potter. D'un geste brusque, il la froissa et la jeta dans la corbeille à papiers, sous le regard silencieux de Scorpius.
Concentré sur son chaudron, Albus remuait une potion en essayant de suivre ce qui était marqué sur son manuel. Le professeur Tomechon passait entre les pupitres pour surveiller les binômes occupés à leurs préparations. Dès qu'elle était de l'autre côté de la classe, Albus entendait ses voisins de droite faire des commentaires à son sujet :
- Albus Potter, une vraie aberration. Même les portraits lui tournent le dos, commenta Polly.
- Il nous faut une Corne de Bicorne, réclama Albus à Scorpius. En poudre…
Son ami lui tendit une coupelle pleine, il la versa dans la potion.
- Tu crois qu'ils préparent un philtre pour nous tuer, lui et le fils de Voldemort ? demanda Karl.
- Quelques gouttes de sang de Salamandre, murmura Albus en prenant la pipette et en faisant tomber les gouttes voulues dans sa préparation qui vira au noir instantanément en dégageant une épaisse fumée.
- Ce n'est pas le bleu limpide prévu, remarqua Scorpius. On a dû sauter une ligne. Allez, on a le temps de recommencer !
Avec un calme exemplaire, il agita sa baguette magique pour nettoyer le chaudron et attira le manuel à lui :
- Dans un mortier, tu mélanges des feuilles de mandragore et de la racine d'asphodèle.
Sans discuter, Albus attrapa l'ustensile et les ingrédients, impressionné par l'attitude de son ami qui se comportait comme si les remarques ne lui faisaient rien.
Frissonnant, Albus quitta la Bibliothèque en glissant le livre qu'il venait d'emprunter dans son sac. Il avait hâte que le printemps revienne. Rêvant de s'installer dans un des fauteuils près du feu, il marcha rapidement jusqu'aux cachots et s'arrêta devant le mur nu qui dissimulait leur salle commune :
- Abysses !
La porte apparut devant lui et il entra dans la pièce en baillant. Il n'arrivait plus à trouver le sommeil et il était encore tôt quand il était parti à la bibliothèque pour emprunter un livre sur l'astronomie. Il remarqua néanmoins que la table près du feu avait été occupée pendant son absence, des devoirs en cours étaient visibles. Il jeta un coup d'œil par curiosité et reconnu l'écriture de Scorpius. Intrigué, il chercha son camarade des yeux, mais ne vit qu'un couple qui sortait de la salle, et un cinquième année penché sur des parchemins et trois tonnes de livres. L'encrier de Scorpius était encore ouvert, il le referma pour ne pas que l'encre sèche, puis s'approcha du cinquième année :
- Excuse-moi… Tu as vu Scorpius ?
Agacé d'être dérangé en pleine révision, l'élève répondit sèchement :
- Il a reçu une lettre que le professeur Lafaille lui a apportée, puis il est monté dans le dortoir.
Un peu inquiet, Albus ramassa rapidement les affaires de son ami, avant de gravir quatre à quatre les marches menant au dortoir. Il trouva Scorpius assis sur le lit, les épaules voutées, les mèches blondes dissimulant ses yeux. Il tenait un parchemin entre ses mains tremblantes.
- Scorpius… ?
Son ami sursauta, puis un certain soulagement se dessina sur ses traits quand il reconnut Albus qui déposa les affaires sur le lit.
- Que se passe-t-il ? C'est quoi cette lettre ?
Scorpius renifla, Albus remarqua à cet instant que ses yeux gris débordaient de larmes.
-…Ma mère… son état s'est aggravé. Elle est partie à Saint Mangouste hier soir… Mon père n'a pas beaucoup d'espoir pour elle et les médecins n'ont pas l'air de pouvoir l'aider davantage…
- Mais… mais tu es rentré chez toi à Noël, tu m'as dit qu'elle allait mieux !
- C'était le cas… souffla Scorpius. Mais l'hiver a été froid, il suffit d'un rhume et ça a pu tout dégénérer…
Albus passa un bras autour des épaules de son ami et le serra maladroitement contre lui :
-…elle va s'en remettre… j'en suis sûr…
Voilà, c'était le chapitre consacré à la 2ème année de Poudlard. Le prochain concernera la 3ème année. Si certains / certaines ont des questions vis à vis des modifications que j'apporte, n'hésitez pas à me les poser et je leur répondrai volontier avec la prochaine publication.
Au passage, merci à ceux qui m'ont laissé de sympathiques commentaires et merci à celles et ceux qui se sont abonnés.
