3ème année 2018-2019

Albus avait déjà dit au revoir à sa mère, son oncle et sa tante. James, Rose, Lily et Hugo Weasley-Granger conversaient avec enthousiasme avec Ron et Hermione. Ron les régalait de petites anecdotes concernant la troisième année qu'il avait passé avec Harry et Hermione. Pendus à ses lèvres, les quatre adolescents l'écoutaient raconter l'escapade de Sirius Black, la trahison de Peter Pettigrow, Remus Lupin qui s'était transformé en loup-garou… Loin de vouloir écouter ces histoires « entre Gryffondor », Albus monta dans le train.

- Attends ! l'interpella Harry.

Le garçon se tourna vers son père, un peu à contrecœur :

- Quoi ?

Harry ne put s'empêcher de dévisager son fils d'un air soucieux, comme il l'avait fait quasiment quotidiennement pendant ces deux mois de vacance. Sa progéniture grandissait et promettait déjà de devenir un beau jeune homme avec ses beaux yeux verts, ses cheveux noirs qu'il laissait pousser assez pour recouvrir sa nuque, mais son teint semblait quelque peu grisâtre, l'éclat de ses yeux était assombri également. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi son fils paraissait aussi dépressif, pourtant il avait fait de son mieux pour le distraire cet été. Ils étaient allés plusieurs fois sur le Chemin de Traverse en compagnie de Ron, Hermione, Ginny et de tous les enfants et à priori tout se passait plutôt bien… du moins en apparence, Albus avait eu une nette tendance à s'esquiver pour être seul. Ils avaient passé quelques jours au Terrier pour rendre visite à Molly et Arthur Weasley, et Albus passait beaucoup de temps dans le jardin au lieu de rester « en famille ». Au fond de lui, Harry commençait à craindre que Scorpius Malefoy ait réellement une mauvaise influence. Il n'irait pas jusqu'à dire que ce fils de Drago était le fils de Voldemort, mais il restait un Malefoy… et les rumeurs sur son lien avec « Vous-Savez-Qui » pouvaient isoler Scorpius qui, du coup, isolait Albus avec lui.

- Tu oublies ton autorisation pour aller à Pré-au-Lard, répondit Harry en tendant un parchemin à Albus en lui adressant un sourire. Tu vas avoir l'occasion de sortir du château.

Le regard froid d'Albus se posa sur l'autorisation :

- Je déteste Pré-au-Lard.

- Comment peux-tu détester un endroit où tu n'as encore jamais mis les pieds… ? demanda son père perplexe.

- C'est plein d'élèves de Poudlard, répondit le garçon en se détournant de la main qui tenait le papier.

Pris de court, Harry insista :

- Essaye, au moins… Allons, Albus… C'est ta chance de faire des folies chez Honeydukes sans que ta mère le sache…

Son fils se retourna d'un bloc, pendant un instant Harry crut qu'il allait prendre l'autorisation de sortie, mais non… Son fils brandit sa baguette magique à la place.

- Non, tu n'oseras pas, Albus !

- Incendio !

Harry lâcha le parchemin qui prit feu instantanément et regarda les flammes le réduire en cendres qui se dispersèrent dans le vent.

- Albus… murmura Harry.

Un sourire satisfait aux lèvres, le garçon rangea sa baguette :

- L'ironie, c'est que je ne m'attendais pas à ce que ça marche. Je ne suis pourtant pas doué pour lancer ce sortilège.

Le père avança d'un pas tandis que le fils recula d'un pas dans le wagon. Harry se sentait on ne peut plus perdu, il avait la sensation que son enfant était comme de l'eau qu'il n'arrivait pas à saisir entre les mains.

- J'ai échangé quelques hiboux avec le professeur McGonagall. Elle dit que tu as tendance à t'isoler, chez nous aussi d'ailleurs…

Albus fronça les sourcils, guère ravi de savoir qu'on l'espionnait pour le compte de son père. Ce dernier continua en posant le pied sur le marchepied du wagon :

- Elle dit aussi que tu ne participes pas beaucoup en classe… Tu es toujours renfrogné… tu es…

- Et alors ?! le coupa Albus avec colère. Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse ? Que j'invente un sort pour devenir ami-ami avec tout le monde, fantômes et portraits compris ? Que je jette un sortilège pour me retrouver « comme par magie » dans une autre maison ?

- Albus… commença Harry en levant les mains pour l'apaiser.

Mais l'adolescent était trop furieux pour s'arrêter, il voulait juste qu'on lui fiche la paix, non être sur les devants de la scène. QUI allait donc comprendre ça, à part Scorpius ?

- Ou peut-être veux-tu que j'étudie la métamorphose avec assiduité pour devenir un bon élève irréprochable, un fifils à son papa ? Tu n'as qu'à me lancer un sort, comme ça tu me transformeras en ce que tu veux que je sois, d'accord ? Ce sera mieux pour nous deux.

Les yeux écarquillés, Harry ne put que regarder son fils dont les yeux verts reflétaient un profond mal être, une blessure béante et une colère enfouie dans son cœur depuis combien de temps… ?

- Maintenant, j'y vais ! Le train va partir et j'ai mon ami à retrouver !

Sans attendre, il se mit à courir le long du couloir du train en trainant sa valise dans son sillage, laissant Harry Potter désemparé sur le quai.

Essoufflé, Albus finit par trouver son ami installé sur la banquette d'un compartiment vide. Ravi de le retrouver, il poussa ses bagages dans un coin.

- Bonjour, Scorpius !

Son ami ne répondit pas, le visage tourné vers la vitre. Albus remarqua alors son attitude voutée et s'assit immédiatement près de lui :

- Scorpius… ça ne va pas… ?

Il posa sa main sur l'épaule de son ami qui tourna finalement son visage vers lui. Un visage tourmenté qui lui serra le cœur, un visage bien plus pâle qu'à l'ordinaire. Une seule explication lui parut possible pour justifier cette expression douloureuse.

- Ta mère… ? Ça c'est encore aggravé ?

-… ça ne peut pas s'aggraver davantage… murmura l'adolescent blond.

Albus ouvrit de grands yeux en comprenant et lui prit une main en soufflant :

- Tu aurais dû m'envoyer un hibou…

- Je n'arrivais pas à trouver les mots, répondit Scorpius d'une voix enrouée.

Albus avait prévu de se plaindre de la grande stupidité de son père, mais il préféra ne pas mettre ses histoires de famille sur le tapis. Ce n'était pas le bon moment.

-….Est-ce que je peux…faire quelque chose pour toi… ?

Les yeux gris de Scorpius se posèrent sur lui, Albus sentit ses doigts trembler dans les siens :

- Viens aux obsèques… C'est en fin de semaine…

- Entendu !

Il lui faudrait sûrement une autorisation pour sortir du château, mais il comptait bien l'obtenir de la part de sa mère, il lui écrirait dès ce soir.

- Et… reste un ami pour moi…

- Toujours, jura le garçon aux cheveux noirs en le serrant contre lui.

Bien longtemps après que le train ait démarré, il tenait toujours Scorpius près de lui, caressant tantôt ses cheveux blonds, tantôt son dos pour le consoler. Peu lui importait les élèves qui passaient dans le couloir et qui pouvaient les voir. S'ils préféraient se moquer plutôt que de compatir, ce n'était pas son problème !

Le train finit par s'arrêter. Comme l'année précédente, Albus descendit en compagnie de Scorpius et tous deux montèrent dans une diligence tirée par d'invisibles Sombrals. Ils se retrouvèrent en compagnie de deux Serpentard de deuxième année qui firent mine de les ignorer durant tout le trajet. Scorpius n'était guère bavard et cela convenait très bien à Albus qui n'avait pas plus envie de parler. En silence, ils entrèrent à Poudlard et s'installèrent à la table des Serpentard.

- Ta sœur fait sa rentrée de première année, non ? demanda soudain l'adolescent blond en ouvrant la bouche pour la première fois depuis des heures.

- Ouais… marmonna Albus en regardant le professeur Flitwick apporter le tabouret et le Choixpeau magique.

Il croisa le regard inquiet de Lily et lui adressa un faible sourire d'encouragement en se rappelant ses propres angoisses lorsqu'il était à cette même place autrefois. Sa sœur lui adressa un petit signe de tête, puis se tourna vers la table des Gryffondor où elle chercha James et Rose du regard. Son grand frère lui fit signe de la main en lui montrant la place laissée libre entre lui et leur cousine. Pendant quelques instants, Albus se demanda ce qu'il se passera si sa petite sœur se retrouvait elle aussi à Serpentard… Il se sentirait moins seul, mais Lily ne supporterait pas forcément les moqueries que cela engendreraient forcément.

Le Choixpeau magique entonna sa chanson traditionnelle :

- Avez-vous peur des noms que je dois prononcer ?

Redoutez-vous celui que je vais annoncer ?

Pas Poufsouffle ! Pas Serdaigle ! Pas Gryffondor !

Surtout pas Serpentard ! Que sera donc mon sort ?

Ne crains rien, mon enfant, je sais très bien choisir,

Si tu pleures d'abord, après tu sauras rire.

Le professeur Flitwick déplia un parchemin et commença à appeler les élèves un par un. Le groupe de première année diminuait au fur et à mesure de la répartition. Malgré l'air nonchalant qu'il affichait, Albus se concentra particulièrement lorsque la voix fluette du professeur appela :

- Lily Potter.

Il regarda sa petite sœur prendre place sur le tabouret et le chapeau qui vient coiffer ses cheveux. Malgré lui, l'adolescent retint son souffle.

- GRYFFONDOR !

Des exclamations de joie s'élevèrent à la table concernée. James siffla pour manifester son bonheur, tandis que Rose applaudissait à s'en faire mal aux mains.

- Génial… soupira Albus malgré tout un peu déçu.

Scorpius lui adressa un sourire forcé :

- Tu pensais vraiment qu'elle aurait pu se retrouver avec nous ? Les Potter ne sont pas chez eux, à Serpentard.

- Il y en a au moins un… rétorqua Albus à mi-voix.

Quelques rires autour de lui accueillirent sa réponse. Il baissa les yeux vers son assiette encore vide pour le moment et se mit à réfléchir à comment il allait tourner sa lettre pour convaincre sa mère de le laisser aller aux obsèques d'Astoria Malefoy.


Il marchait dans le parc de Poudlard, son autorisation de sortie en main. Il arriva à la cabane de Hagrid qui surgit avec une arbalète en main :

- Où crois-tu aller comme ça ?!

- J'ai l'autorisation d'aller dans la forêt interdite, rétorqua Albus en montrant le parchemin écrit à l'encre rouge. Je dois aller à l'enterrement de mon père.

Le demi géant l'attrapa par l'épaule et l'attira dans sa cabane. Albus se retrouva instantanément dans une clairière, un centaure aux cheveux blonds comme Scorpius et au corps de couleur alezan avait la tête levée en direction de la voûte céleste et semblait étudier les étoiles de ses yeux rappelant des saphirs délavés.

- Albus Severus Potter… murmura le centaure en baissant la tête dans sa direction.

- Je dois voir Scorpius, où est-il ? s'entendit répondre le garçon.

- Une ombre noire plane autour de toi, Albus Severus Potter. Fais attention à tes fréquentations…

- Vous aussi, vous êtes à la botte de mon père ? s'écria Albus en serrant les poings. Je n'ai jamais voulu être son fils ! Laissez-moi tranquille !

Il se mit à courir au hasard et vit alors l'ombre qui le survolait. Un grand oiseau noir qui ressemblait à un phénix le pourchassait. Une voix chuchota dans la nuit :

« Il faut épargner l'autre… »

Albus trébucha contre une racine et tomba la tête la première dans le lac. Confus, il se débattit dans les eaux glacées et vit un jet de lumière verte foncer dans sa direction. Il n'eut pas le temps de l'éviter et se sentit couler au fond du lac… le froid gelait ses os et ses entrailles.

« Il reviendra… »

L'adolescent comprit qu'il était en train de mourir. Une main pâle traversa soudain la surface du lac et le tira sur la terre ferme. Albus se retrouva trempé, allongé sur le plancher de la bibliothèque, Scorpius était penché sur lui, si près que leurs visages se touchaient presque.

- Ne m'abandonne pas… murmura son ami. Je n'ai que toi. Albus…

Albus ouvrit brusquement les yeux, le cœur battant. Il lui fallut quelques instants pour réaliser qu'il était dans son lit, au dortoir, en sécurité. Sa couverture avait glissé et gisait par terre. Il se redressa pour l'attraper et se rallongea. Les yeux grands ouverts, il fixait les rideaux fermés de son lit en essayant d'oublier son cauchemar. Demain, il allait avoir son tout premier cours de Divination… ensuite, il passerait le weekend end hors de Poudlard. Sa mère avait accepté qu'il accompagne Scorpius pour l'enterrement d'Astoria, et il était presque sûr qu'elle n'en avait pas touché un seul mot à son père. Ravi et soulagé de savoir que son camarade serait là, Scorpius avait envoyé sans tarder un hibou à son père pour lui signaler la présence d'Albus. Il avait été ainsi décidé que Drago viendrait les chercher samedi matin et qu'il les ramènerait à l'école dans la journée de dimanche. Albus se doutait qu'Harry n'apprécierait pas de le savoir au Manoir des Malefoy pour une nuit et il devait reconnaître qu'il était quelque peu inquiet de passer plusieurs heures en compagnie de sorciers réputés pour avoir appartenus au clan des Mangemorts… mais en un sens, l'idée le séduisait plus que de rester dans une salle commune bourrée de sorciers et il était aussi curieux de découvrir la maison de Scorpius.


Ceux qui ont lu le script de la pièce de théâtre savent que normalement nous n'avons que la scène sur le quai 9 3/4 qui est écrite. J'ai fait le choix de mettre davantage de scènes pour la 3ème année d'Albus et Scorpius à Poudlard. Dans le chapitre prochain, nous serons donc encore en troisième année.