Le lendemain matin, l'adolescent avait les idées plus claires. Il descendit prendre son petit déjeuner, Ratibus sur l'épaule et se prépara des œufs et du bacon.

- Tu es tombé du lit, mon chéri, sourit Ginny en le rejoignant dans la cuisine, prête à partir à son travail.

- S'lut, maman, répondit l'adolescent en ajoutant une saucisse grillée à son assiette.

Elle lui ébouriffa les cheveux et déposa un baiser sur son front :

- Je rentrerai plus tôt, ce soir. Si tu as besoin d'aide pour préparer ta valise, je serai là.

- C'est bon, je peux me débrouiller. Mais je pense que Lily aura besoin de tes conseils, j'ai cru comprendre qu'elle voulait emmener sa collection de peluches-fée à la place de ses manuels.

Amusée, Ginny secoua doucement la tête en plongeant la main dans le pot en terre cuite qui contenait la Poudre de Cheminette. Quelques instants plus tard, elle disparaissait, en partance pour la Gazette du Sorcier. Albus s'assit à table et attaqua son petit déjeuner tandis que Ratibus tournait autour de son assiette et prenait les miettes qu'il lui tendait :

- D'abord, lui expliqua Albus dans un chuchotement, le plus important c'est de sauver Cédric Diggory.

Ratibus attrapa le bout de saucisse devant lui et le grignota en le tenant entre ses pattes avant.

- Pour sauver Cédric Diggory, il faut remonter le temps, tu comprends ? Et pour ça, on a besoin d'un Retourneur de Temps. Et tu sais quoi, Ratibus ? Mon père vient justement d'en récupérer un dernièrement et c'est tante Hermione qui le cache.

Pensif, l'adolescent mastiqua son œuf et le bacon. S'il entrait comme ça au Ministère de la Magie, il n'avait aucune chance de pouvoir s'approcher du bureau d'Hermione, il fallait qu'il se déguise. La cape d'invisibilité pouvait être un choix intéressant, mais s'il a chipait avant le départ du Poudlard Express, et que son père le remarquait, il aurait du mal à s'expliquer. Un sortilège de Désillusion ? C'était envisageable, mais il ne pouvait pas s'entraîner en douce ici, les sorciers de premier cycle ne sont pas autorisé à utiliser la magie en dehors de Poudlard. Albus posa son assiette à présent vide dans l'évier, songeant qu'il lui faudrait attendre d'être à l'école s'il voulait s'exercer. Il posa la main sur la table, Ratibus grimpa le long de son bras pour se reposer sur son épaule. Tout seul, il allait avoir du mal à récupérer le Retourneur de Temps. Bien sûr, il pouvait demander l'aide de Scorpius, mais il n'avait pas le temps de lui envoyer un hibou maintenant, cela lui prendrait trop de temps. Il pouvait toutefois demander de l'aide à Delphini, après tout elle était concernée puisque Cédric était son cousin… et puis, c'était une sorcière expérimentée, plus âgée qu'eux de quelques années, et elle avait terminé ses études. Albus remonta dans sa chambre, hésitant entre deux options qui s'offraient à lui : il pouvait retourner à Poudlard, prendre le temps de raconter à Scorpius à quel point Harry Potter était odieux avec un vieil homme malade, et ensemble ils trouveraient une solution pour récupérer le Retourneur de Temps, il pouvait aussi prendre le risque d'écrire à Delphi pour lui demander sa participation. Le souci était que s'ils avaient besoin de l'aide de Delphini Diggory, ils seraient à l'école et elle à son travail… Le mieux était encore d'aller la voir. Mais quand ? Et comment ? Ils rentraient pour les vacances de Noël, et Harry ne le laisserait pas partir pour voir une nouvelle amie… Déjà qu'Albus n'était même pas sûr d'avoir le droit de passer Noël chez Scorpius… Néanmoins, s'il avait l'autorisation de passer les fêtes chez son meilleur ami, ils seraient certainement plus libres de leurs mouvements. L'autre option était de ne pas attendre plusieurs semaines. Il déplia une carte de l'Angleterre devant lui et traça au feutre le trajet accompli par le Poudlard Express. Le train passait non loin de Flagley-le-Haut, il pourrait peut-être sauter du train en marche et rejoindre vite Delphini pour lui dire qu'il voulait aider son oncle ? Il repoussa cette idée immédiatement en songeant que c'était tout bonnement stupide et suicidaire de sauter d'un train magique en marche !

- Donne-moi une idée, Ratibus… soupira-t-il en s'affalant sur sa chaise.

En réponse, le rat se mit à grignoter le coin de la carte et sembla la trouver à son goût. Albus croisa les mains derrière la nuque et fixa le plafond, pensif. Il lui manquait encore des détails, mais Scorpius pourrait certainement l'aider. Il était quelque peu impatient, heureusement que le départ était le lendemain, il pouvait bien patienter quelques heures. Mais en attendant de savoir comment il allait pouvoir aller chez Delphini, puis au Ministère, il lui fallait avant tout trouver une idée de déguisement s'il ne pouvait pas compter sur la cape d'invisibilité. Le sortilège de Désillusion était une idée, mais il n'était pas sûr de maitriser ce sortilège…

- Hé… laisse-ça tranquille.

Il écarta Ratibus de ses manuels de cours et vérifia si son compagnon à quatre pattes n'avait pas commencé à manger la couverture de son manuel de potions. Rassuré, il reposa l'ouvrage sur son bureau et se figea. Potions. Fébrile, il se mit à le feuilleter jusqu'aux dernières pages, là où étaient inscrites plusieurs potions existantes mais qui n'étaient pas enseignées à l'école. Son doigt s'arrêta sous la ligne qui l'intéressait : le Polynectar. Une potion qui permettait de changer d'apparence pendant un certain laps de temps. Il n'avait pas la recette dans son manuel, mais il connaissait l'ingrédient essentiel : « un petit morceau de celui dont on veut prendre l'apparence ». C'était facile de récupérer quelques cheveux appartenant à ses parents, à son oncle et à sa tante, ils étaient si souvent à la maison. Albus referma son livre, songeant qu'il allait vraiment avoir besoin de Delphini qui aurait sûrement plus de facilité à obtenir la recette de cette potion que lui. Il laissa son regard errer sur le jardin et fixa les hautes herbes courbées par le vent, songeant qu'il faudra les couper et surement virer quelques gnomes de jardin.

- Bon… préparons notre valise, Ratibus. On ira à Poudlard de toute façon, alors autant que ça soit prêt maintenant.

Il quitta sa chaise et ouvrit sa grosse valise d'un coup de pied. Une partie de ses affaires étaient déjà rangées dedans, il n'en avait pas beaucoup sorties durant l'été, et le reste empilé dans sa chambre. Albus avait au moins la fierté d'être bien plus organisé que James qui avait tendance à s'éparpiller partout.

Ses bagages terminés, ce qui lui prit moins d'une heure, Albus s'allongea à plat ventre sur son lit avec son manuel Livre des sorts et enchantements, niveau 4, bien décidé à potasser la théorie sur le sortilège de Désillusion et à voir s'il ne trouvait pas d'autres bonnes idées pour aider Delphini Diggory et son oncle, Amos. Sa tranquillité fut de courte durée. James venait de se lancer dans la préparation de ses bagages et bientôt Albus eut l'impression qu'un troupeau d'Hippogriffes enragés se déplaçait dans la maison et faisaient une course dans la cage d'escalier. Son grand frère courait partout, cherchait ses affaires dans toutes les pièces, se plaignait qu'il ne réussissait pas à mettre la main sur son livre préféré Le Quidditch à travers les âges, et vint farfouiller la chambre d'Albus plus de dix fois, au cas où son petit frère s'amuserait à planquer son chaudron et son télescope sous son lit. Effrayé par ce remue-ménage, Ratibus se cacha dans la capuche du sweat d'Albus, tandis que l'adolescent commençait à songer sérieusement à bafouer le règlement de l'école et à lancer un sortilège pour que sa porte reste fermée à double tour. Il fut ensuite distrait par Lily qui vint le trouver pour lui demander des conseils concernant sa deuxième année à Poudlard, mettant en doute les propos de James qui racontait que les professeurs étaient beaucoup plus sévères et qu'ils collaient systématiquement des retenues dès qu'une note était en dessous de la moyenne. Une fois sa petite sœur repartie, Albus délaissa sa chambre pour aller s'installer à l'autre bout du jardin, certain d'avoir la paix durant quelques heures. Le nez dans son manuel, il imagina mille façons héroïques de sauver Cédric, de montrer aux autres ce qu'il valait… Ses rêveries étaient irréalisables, mais il n'était pas mécontent de pouvoir s'évader mentalement. Il rêvassa à Delphini et ses beaux cheveux, son sourire quand il lui montrerait que Cédric était toujours vivant ! Les larmes de joie du vieil Amos Diggory et le regard admiratif qui illuminerait les yeux de son père.

Quelques heures plus tard, Albus frissonna en ouvrant les yeux. La nuit était tombée, il s'était assoupi contre l'arbre du jardin, et le vent s'était levé. Ratibus s'était réfugié dans sa poche pour se protéger de l'air frais. L'adolescent se redressa, ramassa son manuel et rentra à la maison en humant la bonne odeur de pommes de terre farcies qui s'échappait de la fenêtre ouverte. Sa mère était en train de préparer le dîner qui serait bientôt prêt. En attendant, Albus remonta dans sa chambre et rangea son manuel dans sa valise, puis s'assit sur son lit. Un rugissement terrible le fit sursauter quelques instants plus tard.

- MES CHEVEUUUUUUUUUUX ! hurla James d'une voix à la fois colérique et terrifiée.

Albus roula des yeux agacés, songeant que son frère ainé avait encore dû perdre son gel spécial « effet décoiffant ».

La voix de Ginny résonna dans le couloir :

- Ne pense plus à tes cheveux et range ta chambre !

- Mais comment veux-tu que je n'y pense pas ?! protesta James. Ils sont devenus rose vif !

L'adolescent eut soudain presque envie d'aller voir son grand frère juste pour le plaisir de le voir ridiculisé. Il perdit cependant son sourire en entendant la suite :

- Je vais devoir me cacher sous ma cape d'invisibilité !

- Ce n'est pas pour cet usage que ton père t'a donné cette cape ! rappela Ginny d'une voix ferme.

Du coin de l'œil, Albus vit James passer en trombe dans le couloir et eut le temps d'entrevoir effectivement les mèches colorées d'un magnifique rose criard. Dépité, il prit place sur son lit en entendant la porte de la salle de bain claquer violemment. Ainsi, son père avait légué la cape à James… Son grand frère ne méritait pas d'obtenir cet objet et il en aurait eu plus besoin que lui !

- Albus, regarde ! s'exclama Lily en entrant dans sa chambre d'un air ravi.

Eberlué, il remarqua que deux ailes de fée étaient fixées dans le dos de sa petite sœur et battaient comme celles des papillons.

- Elles sont jolies, hein ?

- Oui, oui, répondit-il machinalement.

Elle ressortit de la chambre en sautillant, comme si elle essayait de s'envoler pour de bon à chaque nouveau saut.

- Lily Potter ! s'écria Ginny. Reviens ici et ne t'imagine pas que tu vas porter ça pour aller à l'école demain !

L'adolescent soupira en se passant une main dans les cheveux et regarda son rat trottiner sur sa couverture, ressentant un profond sentiment d'injustice. Il savait parfaitement que James et Lily rêvaient d'hériter de la cape d'invisibilité, et il trouvait que Lily méritait plus de l'avoir que James ! James quoi ! Il avait peut-être des bonnes notes, mais il était aussi farceur que les Fred et Georges Weasley à l'époque où ils étaient à Poudlard, et il collectionnait les retenues au passage. Pourquoi avait-il le droit d'hériter de cette fichue cape qui allait l'encourager à faire encore plus de bêtises ? Il releva la tête en remarquant que son père se tenait sur le seuil de sa chambre.

- Hm… Salut…

-… Salut, papa… marmonna Albus.

Harry remarqua bien que son fils faisait la tête et tenta d'alléger l'ambiance pesante qui s'était installée dans la pièce dès qu'il l'avait franchi. Il prit place à côté de son fils, deux paquets sur les genoux, et lui tendit le premier :

- Tient, ce sont des cadeaux. Celui-ci est de la part de Ron.

L'adolescent dépiauta le paquet et sorti un flacon en cristal avec un liquide aussi rose que les cheveux de James.

- Une…potion d'Amour. D'accord.

Pourquoi, par le caleçon de Merlin, son oncle lui avait-il envoyé ça ?

- C'est sûrement une plaisanterie de sa part, expliqua Harry. Lily a eu des Gnomes péteurs. Et James un peigne qui lui a teint les cheveux…

Un léger sourire flotta sur les lèvres de son père, comme si la situation de son fils ainé l'amusait grandement et qu'il n'osait pas le montrer. Albus posa le flacon sur sa table de nuit, peu intéressé et se demandant surtout s'il ne s'agissait pas là d'une incitation discrète à élargir son cercle d'amis. Constatant le manque de succès de la potion, Harry Potter déplia le second paquet et en sorti une petite couverture :

- C'est de ma part…

Interloqué, Albus prit la couverture du bout des doigts. Elle était toute petite, surement pour un bébé, et ne datait clairement pas d'hier ! Il put tout de même constater qu'elle était encore très douce sous les doigts. Encouragé par l'attitude de son fils qui n'avait pas repoussé le présent, il décida de lui expliquer la raison de ce cadeau :

- Je voulais te faire un cadeau qui ait un sens. C'est la dernière chose que m'a laissé ma mère, tu comprends ? J'étais enveloppé là-dedans quand on m'a confié aux Dursley. J'ai découvert son existence peu après la mort de la Tante Pétunia, Dudley est tombé dessus, dans un vieux coffre poussiéreux au grenier, et il me l'a envoyé.

Albus leva les yeux vers son père, conscient que cet objet lui tenait à cœur et écouta la fin sans broncher :

- Depuis, chaque fois que j'ai eu besoin d'un peu de chance, je la serre contre moi. Alors, je me suis demandé…

- Si moi aussi, j'avais envie de la serrer comme un doudou contre moi ? acheva Albus.

Harry acquiesça. L'adolescent soupira. Il voyait bien que son père tentait de faire un effort pour essayer de le comprendre, et croyait lui faire plaisir en lui offrant ce vieil objet. Albus essaya de faire bonne figure tout en repliant la couverture :

- C'est sûr, j'ai bien besoin de chance. Mais tu devrais la garder.

C'était le porte bonheur de son père et non le sien. Et c'était juste une impression de chance, pas un objet utile ou amusant comme avaient reçus les autres ! Si ça avait été la carte du Maraudeur, parc contre, ça aurait été un cadeau nettement plus sympathique !

- Je suis presque sûr que Pétunia voulait me la laisser et n'a jamais osé me l'offrir en mains propres. Maintenant, c'est moi qui veux te la donner.

- Pourquoi ?

Albus regarda Ratibus lui escalader les genoux et venir renifler la couverture.

- Je n'ai pas connu ma mère, mais je suis persuadé qu'elle aurait aussi voulu qu'elle te revienne. Et peut-être… peut-être que je pourrais venir te voir, et la couverture aussi, le jour de Halloween ? J'aimerai l'avoir avec moi pour l'anniversaire de leur mort… Peut-être que ce serait bien pour nous deux…

C'en fut trop pour Albus. Il décida sur le champ qu'il ne voulait absolument pas de cet objet. Son père voulait venir le voir lui à Poudlard, le 31 octobre ?! Et puis quoi encore, il le voyait assez à la maison ! Et il voulait le voir lui ou sa fichue couverture ? Si c'était la couverture qui l'intéressait, autant qu'il la garde et qu'il ne vienne surtout pas en prime à Poudlard ! Et pourquoi devrait-il passer Halloween en compagnie du grand Harry Potter ? Il n'avait jamais connu ses grands-parents, ils étaient morts de toute façon, bien longtemps avant sa naissance, alors pourquoi devrait-il supporter en prime une tradition stupide où il faudrait honorer leur mort ? Que son père le fasse, soit, mais qu'il ne vienne pas l'inclure en prime dedans ! A quel moment son père comprendrait enfin qu'il ne voulait PAS lui ressembler, ne pas avoir cet héritage Potter sur les épaules ?! S'il était un élève normal, on lui ficherait la paix, personne ne se soucierait qu'il soit ou non à Serpentard, personne ne se retournerait dans les couloirs ou sur le Chemin de Traverse pour les regarder avec insistance !

Prenant énormément sur lui, Albus posa la couverture sur le lit se leva. Il ouvrit sa valise, faisant mine de ne pas avoir terminé :

- Ecoute, je n'ai pas beaucoup de temps pour terminer mes bagages et toi, tu as sûrement du travail jusqu'aux oreilles avec le Ministère.

Harry insista :

- Garde cette couverture, Albus…

- Pour en faire quoi ? répliqua sèchement l'adolescent en faisant semblant de ranger ses affaires. Les ailes de fée, c'est très bien, papa, les capes d'invisibilité aussi ! Mais ça… vraiment ?

Occupé à fixer le fond de sa valise, il ne vit pas le visage blessé de son père. Ce dernier laissa passer quelques secondes et se leva à son tour, décidant de faire comme s'il n'avait rien entendu, et s'efforça de prendre un ton enjoué :

- Tu as besoin d'un coup de main ? J'ai toujours aimé faire ma valise. Tu comprends, ça voulait dire que j'allais quitter Privet Drive et retourner à Poudlard…

- Je sais, je sais ! Poudlard, le plus bel endroit du monde ! Je suis au courant, je te rappelle, tu nous rabâches ça environ trois fois par an ! Le pauvre Harry Potter, malheureux orphelin, maltraité par son oncle et sa tante…

- Albus !

- Traumatisé par son horrible cousin Dudley, continua Albus en refermant sa valise d'un geste violent. Sauvé par Poudlard, blablabla !

Harry fronça les sourcils, pris de court une nouvelle fois par l'attitude provocatrice de son fils.

- Albus, s'il te plait…

Mais l'adolescent ne paraissait pas vouloir se calmer et déclama comme une leçon apprise par cœur :

- Le pauuuuuvre orphelin héroïque qui nous a tous sauvé ! Enfin… presque tous, parce qu'il y a eu des pertes tout de même !

Il fit semblant de ne pas voir à quel point ses mots faisaient du mal à son père, il en tira même une certaine satisfaction et acheva dans un ton horriblement chaleureux qui ne lui ressemblait pas :

- Nous te sommes tous teeeellement reconnaissants pour ton héroïsme ! Et maintenant, est-ce qu'il faut s'incliner bien bas comme un elfe de maison ou une simple révérence suffira ?

L'adolescent fit une courbette moqueuse devant son père on ne peut plus stupéfait.

- Albus… Tu sais très bien que je n'ai jamais demandé… la moindre gratitude, souffla-t-il.

- Tient donc ? On dirait pourtant que tu en attends lorsque tu m'offres cette couverture moisie !

-…Cette couverture moisie… ? répéta Harry d'une voix blanche.

Furibond, Albus posa les mains sur ses hanches en le regardant :

- Mais à quoi tu t'attendais ? A ce que je t'embrasse en te serrant dans mes bras ? Que je te dise que je t'ai toujours aimé ?

Perdant patience, Harry croisa les bras sur son torse. Il commençait à en avoir assez de faire des efforts pour comprendre Albus qui n'en faisait clairement pas beaucoup de son côté :

- Abus Severus Potter, tu commences à dépasser les bornes ! J'en ai assez de t'entendre te plaindre tout le temps ! Au moins, toi, tu as un père ! Moi, je n'en ai pas eu !

- Sauf qu'être ton fils, c'est pas un cadeau ! répliqua Albus sur un ton plus glacial qu'il ne l'aurait voulu.

Il comprit qu'il avait franchi la limite en voyant les yeux verts de son père lancer des éclairs.

- Très bien, jeune homme ! J'attendais une occasion d'en parler calmement avec toi, mais puisque tu as décidé de te comporter comme un enfant mal élevé, je ne vais pas prendre de gant : le séjour à Noël, chez les Malefoy, c'est non ! Tu oublies, tu fais une croix dessus ! Il est hors de question que tu ailles là-bas, c'est compris ?! Tu rentreras ici, comme d'habitude.

- Mais papa ! protesta Albus en attrapant la couverture de bébé sur son lit.

- Pas de mais ! tempêta Harry en sentant la moutarde lui monter au nez. Noël est une fête en FAMILLE. Je ne vous vois plus qu'aux vacances de Noël et durant les deux mois d'été ! Tu t'isoles déjà bien assez comme ça et tu voudrais en plus esquiver tes retours ici pour aller chez les Malefoy ? Il n'en est pas question ! Tant que tu n'es pas majeur, tu es prié de m'obéir et de faire ce que je te demande.

Furieux, Albus jeta la couverture dans la pièce. Elle percuta la potion offerte par Ron qui tomba de la table de nuit et se brisa au sol, répandant son contenu sur le tissu. L'adolescent désigna la couverture d'un doigt accusateur :

- Elle ne m'a pas porté chance, visiblement !

Son père tendit la main vers lui, il ne savait pas trop s'il voulait le retenir pour le gifler ou le serrer contre lui :

- Albus…

Mais l'adolescent l'esquiva et déguerpit en courant hors de sa chambre :

- Ni chance, ni amour pour moi !

Harry se lança à la suite de son fils. Il savait qu'Albus avait peut être dépassé les bornes, mais lui ne venait-il pas de lui parler un peu trop durement ? L'adolescent dégringola l'escalier à toute vitesse, en bousculant sa mère au passage, et couru se réfugier dans le jardin.

- Que s'est-il passé ? demanda Ginny qui s'était retenue à la rambarde de l'escalier. On vous entendait crier jusque dans le salon.

- Je me suis disputé avec Albus et j'en ai profité pour lui dire qu'il n'irait pas chez Scorpius à Noël, répondit Harry en descendant en sa compagnie.

Elle lança un regard vers la porte du jardin encore ouverte mais ne continua pas la conversation. Ils entrèrent dans la cuisine où se trouvaient déjà James et Lily et elle jugea qu'il était préférable de reparler de cette dispute plus tard, hors de leur présence. James, qui avait retrouvé ses cheveux noirs grâce à l'aide de sa mère, eut la délicatesse de ne pas faire de commentaire sur le peu qu'il avait entendu, songeant qu'une remarque déplacée pouvait induire à une cape d'invisibilité confisquée. Quant à Lily, elle préféra garder le nez baissé dans son assiette, triste pour son frère si mal à l'aise à l'école et à la maison. Elle comprenait un peu pourquoi son frère se comportait ainsi, elle avait déjà vu et entendu des élèves l'apostropher dans les couloirs pour se moquer de lui, mais elle se demandait pourquoi il ne se tournait pas vers sa famille pour avoir du soutien, au lieu de se renfermer sur lui-même.


Dans le jardin, Albus était retourné s'assoir sous l'arbre où il avait passé l'après-midi. D'un geste rageur, il essuya les larmes qui coulaient sur ses joues. Les choses commençaient à être à présent claires dans sa tête : si son père lui interdisait d'aller chez Scorpius à Noël, il n'aurait probablement aucune chance de voir Delphini Diggory dans la foulée. Donc, il fallait récupérer le Retourneur de Temps le plus rapidement possible, avant que Tante Hermione n'ait le temps de le déplacer ailleurs. De plus, il craignait que son père ne trouve un moyen de le faire surveiller quand il serait à Poudlard, histoire de s'assurer qu'il ne ferait pas de bêtise, ou pour le punir… La Carte du Maraudeur pouvait très bien être transmise à un professeur. Il fallait donc agir avant d'aller à Poudlard. Agir vite et bien. Demain. Oui, demain serait parfait ! Il allait monter dans ce fichu train pour jouer le jeu, mais il laisserait ses valises. Puis, il irait se lancer un sort de Désillusion aux toilettes, ou dans un compartiment vide, et sortirait du train avant que ce dernier ne démarre ! Là, il trouverait un moyen de rejoindre Delphi et pourrait déjà lui soumettre quelques idées pour récupérer le Retourneur… la jeune femme pourrait ainsi donc prendre ses dispositions pour préparer potions ou sortilèges en attendant qu'ils aillent au Ministère. Il croisa les doigts, espérant qu'ils arriveraient à récupérer l'objet magique rapidement. Albus se doutait bien que son absence de Poudlard serait signalée dès qu'on noterait son absence dans la Grande Salle. L'adolescent se mordit les lèvres en arrachant les brins d'herbe à ses pieds. Et Scorpius ? S'il devait jeter son sort et sortir du train, il n'aurait pas le temps d'expliquer son plan à son ami. Mais il ne pouvait pas non plus partir sans lui expliquer… Albus soupira en appuyant l'arrière de sa tête contre le tronc d'arbre. Il trouverait bien une idée d'ici demain. Ses yeux se posèrent sur la voûte céleste, il observa les étoiles brillantes dans le ciel en se demandant vaguement ce qu'aurait été sa vie s'il n'avait pas été le fils Potter.


Et voilà pour ce chapitre 11 !