Scorpius et Albus avaient réussi à trouver la Résidence St Oswald pour Sorciers Agés et ils étaient on ne peut plus stupéfaits par le spectacle qui s'offrait à eux. Albus dû reculer précipitamment pour ne pas se faire écraser les orteils par une vieille sorcière en fauteuil roulant qui passa devant lui à toute vitesse avec un :

- Vrrrrrouuum, vrrrrroum, vrrrroum ! Roulez, jeunesse !

Scorpius se colla à lui pour fuir un dentier, échappé d'il ne savait où, et qui essayait de lui mordre la cheville, puis faillit se prendre les pieds dans une pelote de laine ensorcelée.

- Woaw… C'est…. Un drôle d'endroit… marmonna-t-il tandis qu'Albus se baissait pour éviter un magazine de mots croisés qui volait à travers l'entrée.

- Attention, les jeunes ! s'écria un grand père qui faisait manifestement une course en déambulateur magique avec une autre personne âgée qui se déplaçait avec une canne.

Serrés l'un contre l'autre, à la fois amusés de voir ce troisième âge s'amuser autant, mais également un peu effrayés, Albus et Scorpius avancèrent tant bien que mal.

- Excusez-nous ? hasarda l'adolescent blond en faisant attention où il mettait les pieds. Nous voudrions voir Amos Diggory…

La sorcière en fauteuil roulant fit la moue en pivotant vers eux et roula jusque dans leur direction :

- Qu'est-ce que vous lui voulez à ce sinistre gâteux ?

Ils n'eurent pas besoin de répondre. Delphini Diggory arriva à cet instant d'un couloir et remarqua les deux nouveaux venus. Un beau sourire apparut sur ses lèvres, qui fit accélérer un peu le cœur d'Albus, elle se dirigea vers eux, rayonnante :

- Albus, tu es venu ! Je suis ravie de te voir !

Delphi le serra contre elle chaleureusement et il songea ça valait le coup d'avoir fugué du Poudlard Express, juste pour la voir si heureuse.

- On est venu te voir… et ton oncle, aussi, on a quelque chose à vous dire, répondit-il en se dégageant à regret de son étreinte et en lui désignant son ami. Je te présente Scorpius, mon meilleur ami.

L'intéressé adressa un sourire à la jeune femme et lui serra la main, en la saluant chaleureusement :

- Bonjour.

Elle leur fit signe de la suivre :

- Venez, allons voir Amos.

Ils lui emboitèrent le pas immédiatement et furent bientôt introduits dans une chambre. Amos, dans son fauteuil, regardait par la fenêtre. Albus remarqua que la décoration n'était que peu présente, les rares photos illustrant les murs représentaient un beau jeune homme portant la tenue des Poufsouffle. Cédric Diggory, à n'en point douter.

- Mon oncle, vous avez de la visite, annonça Delphini en fermant la porte derrière les deux garçons.

Le vieil homme pivota avec son fauteuil. Une lueur de surprise passa dans ses yeux délavés tandis qu'il détaillait la tignasse noire et les yeux verts d'Albus, puis la chevelure blonde et le regard gris de Scorpius.

- Tient donc… grommela-t-il sans cacher son agacement. Que voulez-vous ?

Les deux adolescents se jetèrent un coup d'oeil, tandis que Delphini rangeait la chambre discrètement. Albus finit par ouvrir la bouche et par prendre la parole pour lui expliquer sa démarche, pendant que Scorpius regardait pensivement la jeune fille.

Amos l'écouta, pianotant de temps à autre sur l'accoudoir de son fauteuil et l'air passablement contrarié, mais ne l'interrompit pas. Lorsqu'Albus se tut, le vieil homme semblait franchement sceptique :

- Alors, si je comprends bien, tu as surpris et écouté une conversation privée, et tu as décidé de te mêler de mes affaires qui ne te regardent absolument pas !

Les joues de l'adolescent se colorèrent de rouge, mais il était bien décidé à aller jusqu'au bout de son idée :

- Mon père vous a menti ! répliqua-t-il en serrant les poings. Ils ont vraiment un Retourneur de Temps, je vous l'assure !

Amos leva les yeux au ciel :

- Bien sûr qu'ils en ont un. Maintenant, va-t-en d'ici.

Albus secoua la tête, en protestant vivement :

- Quoi ? Ah non, on est venus pour vous aider.

Scorpius fit la moue en s'adossant contre un mur et observa une photo de Cédric Diggory, volant sur son balai, à Poudlard. Il commençait à avoir faim et regrettait les boissons fraîches et les friandises servies dans le train. Un rire vaguement méprisant franchit les lèvres du vieux sorcier :

- M'aider ? A quoi pourraient bien m'être utiles deux petits adolescents dans votre genre ?

Les poings d'Albus se serrèrent de frustration, il insista, sans le quitter des yeux :

- Mon père a prouvé qu'on n'a pas besoin d'être des adultes pour changer quelque chose dans le monde des sorciers.

Les yeux gris de Scorpius continuèrent de passer la chambre en revue, et il songea que Monsieur Diggory ne risquait pas de trouver la paix avec cet extrait jauni de La Gazette du Sorcier où l'on voyait Harry Potter adolescent tenant le corps sans vie de Cédric, à la sortie du labyrinthe.

- Et tu crois que je devrais t'autoriser à mettre le nez dans mes affaires simplement parce que tu es un Potter ? riposta froidement Amos Diggory. Il te suffit de porter un nom célèbre, c'est ça ?

- Non ! ça n'a rien à voir, justement ! Je ne suis pas comme mon père, vous savez ?

Scorpius suivit Delphini des yeux, elle classait quelques livres sur une étagère et, comme lui, préférait ne pas se mêler de la conversation. Il devait reconnaitre que sa chevelure argent-bleuté était effectivement… intéressante. Il n'aurait pas dit « magnifique », mais elle avait quelque chose d'hypnotisant. L'adolescent espéra secrètement qu'Amos allait continuer à refuser l'aide d'Albus et qu'ils pourraient enfin reprendre le chemin de l'école. Il tressaillit en entendant le vieil homme en fauteuil roulant :

- Un Potter qui est un Serpentard, oui, oui, je suis au courant, et en prime tu es un Potter qui amène un Malefoy pour venir me voir. Un Malefoy qui pourrait bien être un Tu-Sais-Qui junior. Qu'est-ce qui me prouve que vous n'êtes pas du côté des forces du Mal ? Ou, dans le meilleur des cas, que vous n'êtes pas en train de me faire une blague grotesque ?

Scorpius baissa le nez. Et voilà, il s'attendait à entendre quelque chose dans ce genre à un moment ou un autre. Albus avait reculé d'un pas, il ouvrit la bouche mais Amos l'interrompit sèchement :

- Allez-vous-en. Tout de suite. Vous m'avez assez fait perdre mon temps pour aujourd'hui.

Albus s'entêtait. D'une voix plus forte qu'à l'ordinaire, il insista :

- Ecoutez-moi, s'il vous plait ! Vous l'avez dit vous-même, votre fils est mort à cause de mon père ! Laissez-moi vous aider. Laissez-moi corriger son erreur ! Faites-nous confiance…

En réponse, Amos extirpa sa baguette magique de sa poche et la pointa en direction de l'adolescent, le visage menaçant, et sérieusement prêt à s'en servir :

- Tu m'as entendu, jeune homme ? gronda-t-il. Je n'ai aucune raison de te faire confiance ! Dehors !

Décidant qu'il était temps d'intervenir, avant que son ami ne soit transformé en crapaud ou en dentier, Scorpius se décolla du mur :

- Allez, viens, Albus. S'il y a une chose pour laquelle nous sommes très doués, c'est comprendre quand on ne veut pas de nous.

Son ami continua à garder ses yeux posés sur l'homme. Scorpius lui attrapa le bras, en insistant :

- S'il te plait, partons. Nous n'aurions jamais dû venir ici.

A contrecœur, l'adolescent se laissa tirer vers la porte. Scorpius posa la main sur la poignée, ravi de quitter cet endroit au plus vite, et de ne pas agrandir la liste des ennuis qu'ils étaient en train de s'attirer. C'est cet instant que Delphini choisit pour prendre la parole d'une voix douce :

- Mon oncle, je vois au moins une raison pour laquelle vous pourriez leur faire confiance…

Immédiatement, Albus se retourna vers la jeune femme, plein d'espoir, tandis que Scorpius se figeait, les doigts toujours autour de la poignée et regrettant que Delphini ne soit pas aphone. Amos leva les yeux vers sa nièce, interrogateur. Elle s'approcha de lui en souriant, et déclara d'une voix douce :

- Ce sont les seuls à proposer leur aide. Ils sont prêts à prendre courageusement des risques pour ramener votre fils auprès de vous. Je suis même sûre qu'ils en prennent déjà rien qu'en venant ici.

Le visage du vieil homme se radoucit, il avait baissé sa baguette magique, mais il hésitait encore. Scorpius leva les yeux vers l'horloge accrochée au mur : 12h30. Cela faisait une heure et demie qu'il avait quitté la gare et, plus les minutes passaient, moins il aimait cette aventure dans laquelle il avait embarquée. Il espérait presque voir des professeurs fous furieux, ou même une équipe du Ministère, débarquer ici pour les reconduire à l'école. Certes, ils auraient des gros ennuis, une fois là-bas, mais surement moins importants que ceux dans lesquels ils s'apprêtaient à foncer tête baissée…

Delphini posa les mains sur les épaules d'Amos et le regarda dans les yeux, toujours souriante et apaisante :

- Ils sont des élèves de Poudlard, c'est un avantage certains. Il est plus facile pour eux de sortir dans le parc, par exemple, pour utiliser le Retourneur de Temps, quand il sera récupéré.

Albus approuva d'un vigoureux hochement de tête. Se dégageant de l'étreinte de Scorpius, qui lui tenait toujours le bras, il retourna près du fauteuil et s'accroupit près de vieil homme :

- Laissez-nous vous aider, s'il vous plait…

Le regard délavé d'Amos se posa sur l'adolescent. Il frissonna ensuite lorsque Delphini apposa un baiser sur son front et son maque de colère s'effaça :

- Pourquoi voulez-vous courir un tel danger, mes enfants ? Qu'est-ce que ça peut vous rapporter ?

Albus osa poser sa main sur celle ridée et la pressa gentiment. Il savait que la partie était gagnée, grâce à la jeune sorcière, et répondit à mi-voix :

- Votre fils ne méritait pas la mort et nous pouvons vous aider à le ramener.

Une larme brilla au coin de l'œil d'Amos qui tourna la tête vers les photos de Cédric qui lui souriait :

- Mon… mon fils… était ce qu'il y avait de plus beau dans ma vie…

Il s'essuya les yeux en continuant, la voix brisée :

- Il a été victime d'une telle injustice… Si tu parles sérieusement…

- Nous sommes tout ce qu'il y a de plus sérieux, déclara Albus d'une voix assurée.

Le vieil homme posa ses doigts sur ceux de l'adolescent près de lui et le dévisagea, conscient du danger qu'il pouvait courir :

- Ce sera périlleux, le prévint-il.

- On le sait ! rétorqua l'adolescent avec un sourire.

- On le sait vraiment… ? marmonna Scorpius de plus en plus dubitatif.

Amos marqua un temps de réflexion et tourna la tête vers sa nièce :

- Ma chère Delphini, peut-être devrais-tu les accompagner ? Ils se feront moins remarquer si tu peux leur apporter ton aide.

- Si cela peut vous rendre heureux, mon oncle, répondit humblement la jeune femme, non sans lancer un sourire de triomphe à Albus qui le lui rendit avec un discret hochement de tête de remerciement.

L'adolescent se remit debout, on ne peut plus ravi de voir qu'il allait pouvoir réellement aider quelqu'un.

- Vous êtes conscients que vous risquez votre vie simplement en essayant de vous emparer du Retourneur de Temps ? fit remarquer le vieil homme en culpabilisant légèrement de laisser deux jeunes gens prendre de tels risques.

- Nous sommes prêts à risquer notre vie ! approuva Albus sur un ton catégorique.

- On est vraiment prêts à ça… ? interrogea Scorpius en essayant de croiser le regard de son ami.

Ce dernier lui adressa le plus beau des sourires et Scorpius soupira, songeant que de toute façon, il n'avait encore une fois pas le choix. Delphini se tourna vers les deux adolescents :

- Au fait, comment êtes-vous venus ici ? Nous sommes le 1er septembre, vous devriez être dans le train…

Albus ne se fit pas prier pour raconter leur fuite dans les détails, ravi de montrer qu'il avait déjà un certain plan en tête et qu'il ne faisait pas n'importe quoi. Le sourire de la jeune femme s'estompa et elle jeta un coup d'œil par la fenêtre, nerveuse. Amos comprit immédiatement et, animé soudain d'espoir et d'une vigueur nouvelle, il frappa dans ses mains :

- Votre sortilège a été lancé dans une zone de Moldu, le Ministère est surement au courant à présent et ne tardera pas à comprendre que vous avez pris le Magicobus et que vous êtes ici. Delphi, part immédiatement avec eux !

- Comment allons-nous partir sans nous faire remarquer… ? s'enquit Scorpius qui commençait à voir des grosses failles dans le « super plan » d'Albus.

Delphini sourit :

- Je vais utiliser un Transplanage d'escorte sur vous deux. Comme je ne suis plus une sorcière de premier cycle, je peux me déplacer plus discrètement, je n'ai plus la Trace !

Loin d'être rassuré, Scorpius se tourna vers Amos :

- Si le Ministère débarque et vous interroge… ?

Le vieil homme lui adressa un sourire qui lui fit presque peur et posa la main sur sa poitrine en jurant :

- Moi ? Je ne suis qu'un vieil homme, avec une mémoire très très défaillante parfois… Je crois que je n'ai vu personne, aujourd'hui…

Albus laissa échapper un petit rire. Scorpius se contenta d'un sourire crispé.

- Attendez-moi dans le couloir, leur lança Delphi en attrapant sa cape, je vous rejoints tout de suite et nous partons sans attendre.

Les deux adolescents sortirent de la chambre après avoir dit au revoir à Amos Diggory. Silencieux, Scorpius gratouilla la tête de Ratibus en train de dormir paisiblement dans sa poche. Albus était tout excité à côté de lui, c'était rare de le voir d'aussi bonne humeur et l'adolescent blond ne put retenir un léger sourire :

- Finalement, on dirait que tu utilises efficacement des neurones quand il s'agit de bafouer les règlements.

- Oh ça va… marmonna Albus en s'assurant que la porte de la chambre était fermée.

Il se tourna vers son ami et chuchota :

- Alors ? Tu penses quoi de Delphi ? Elle est gentille, hein ? Sans elle, j'ai l'impression qu'on serait en train de rentrer bredouille.

Scorpius lui adressa un sourire quelque peu crispé :

- C'est sûr, sans son intervention, on serait déjà parti d'ici…

Il n'alla pas plus loin. La jeune femme sortait justement de la chambre et rangeait sa baguette magique dans la poche de sa cape. Elle se tourna vers eux :

- Venez.

Ils la suivirent le long du couloir, jusqu'à un jardin où, une citrouille transformée à moitié en carrosse roulait sur un petit chemin, tandis qu'un Gnome de jardin poursuivait une salade verte dotée de huit pattes.

- Accrochez-vous fermement à mes bras, ordonna Delphi. Et ne me lâchez pas tant que nous ne sommes pas arrivés.

Scorpius obéit en ouvrant la bouche pour demander où ils allaient exactement, mais il la referma vite en sentant la tête lui tourner. Il ferma les yeux en luttant contre la sensation de nausée qui revenait en force et eut l'impression d'être de retour dans le Magicobus. Heureusement, la sensation ne dura pas longtemps et il sentit bientôt un plancher bien solide sous ses pieds.

- C'est bon, annonça joyeusement la jeune femme.

Avec précaution, il ouvrit les paupières et regarda autour de lui. Ils se trouvaient dans une maison de sorciers, tout ce qu'il y a de plus classique, à l'odeur de renfermé et de poussière.

- Où sommes-nous ? demanda Albus avec curiosité.

- Chez Amos, je doute qu'on vienne nous chercher, ici, répondit Delphi. Vous allez rester ici en sécurité et éviter de vous montrer. Faites comme chez vous, je vais aller nous chercher à manger, vous devez mourir de faim !

Le ventre d'Albus gargouilla bruyamment en réponse. Il rougit avec un petit rire gêné. La jeune femme eut un hochement de tête, le visage amusé :

- Je ferai bien de me dépêcher, je crois.

Albus l'accompagna jusqu'à la porte d'entrée, tandis que Scorpius restait dans le salon où ils étaient arrivés. L'endroit était humide, il frissonna sans savoir si c'était à cause de la fraicheur des lieux ou de l'appréhension des évènements à venir.


Voilà pour le chapitre du jour ! la suite demain, normalement ! :)

Merci encore pour vos commentaires, ça fait toujours autant plaisir