Scorpius referma avec soin les portes d'une armoire tout en se mordillant pensivement la lèvre inférieure. Quelque part, au fond de lui, il espérait qu'ils ne mettraient pas la main sur l'objet recherché et que la Ministre allait débouler, les trouver et mettre un terme à cette plaisanterie grotesque. Pour les mêmes raisons, il regrettait également que Delphini l'ait empêché d'utiliser le sortilège d'Alohomora… Et puis, Albus venait de voir son père et après leur dispute il semblait tirer un certain plaisir coupable à se pavaner déguisé sous son nez, mais lui, Scorpius, culpabilisait grandement vis-à-vis de son propre géniteur. Il savait parfaitement que Drago Malefoy n'avait que lui et que le savoir introuvable devait le mettre dans de sérieux états de nerfs. Tout en réfléchissant à sa propre situation personnelle, qui ne lui paraissait pas très glorieuse quant à la suite des évènements quand les adultes leur tomberaient dessus, Scorpius laissa ses yeux dériver sur les nombreux livres présents dans le bureau. Il fallait reconnaitre que la tante d'Albus avait en sa possession des ouvrages passionnants.

-… éh… remarqua-t-il soudain à voix haute. Là ! Ce ne sont que des livres interdits ! Il y en a qui sont dans la Réserve Interdite et d'autres qui ont l'air encore plus glauques ! Ombres et esprits, je croyais qu'il avait totalement disparu de la circulation !

Fasciné, il s'approcha pour déchiffrer les titres.

Des Grandes Noirceurs de la Magie, Démons du XVe siècle. Sonnets d'un sorcier.

Eberlué, Scorpius continuait de lire les tranches, oubliant presque la véritable raison de leur présence ici. Pour un peu, l'adolescent aurait tendu la main pour attraper Ombres et esprits, s'installer dans le fauteuil et se plonger dans la lecture des pages. Son regard s'arrêta soudain sur un des grimoires, une lueur amusée brilla dans ses yeux :

- Albus ! Regarde, y'a un livre de notre prof !

Curieux, son ami le rejoignit aussitôt :

- Mes Yeux et comment voir au-delà d'eux, par Sibylle Trelawney ! Mince alors !

- Tu devrais demander à ta tante de te le prêter, à l'occasion. Trelawney est peut-être une mauvaise prof, mais va savoir… elle écrit peut-être mieux qu'elle ne prédit.

Albus hocha la tête. Accroupit devant une commode, Delphini leva les yeux vers eux :

- Les garçons, nous ne sommes pas là pour prendre le thé, je vous rappelle.

- Oui, pardon, Delphi ! s'excusa immédiatement Albus en traversant le bureau pour la rejoindre et l'aider.

Scorpius ne bougea pas, les sourcils froncés. Albus lui avait assez répété qu'Hermione Granger détestait la Divination et il trouvait étrange que ce livre soit justement là. Est-ce que leur professeur avait pu écrire quelque chose de particulièrement « démoniaque » qui nécessite une telle isolation ? Et au pire, il pouvait bien jeter un petit coup d'œil… L'adolescent se hissa sur la pointe des pieds et attrapa ainsi l'épais ouvrage qu'il ouvrit à la première page.

- Ma première qui est aussi ma quatrième

N'est pas dans la couronne, elle est dans le diadème, déclara une voix chantante.

Il sursauta en regardant autour de lui, alerté. Tout aussi pris de court que lui, Delphini et Albus jetaient des coups d'œil inquiets dans le bureau, s'attendant à voir quelqu'un surgir à tout moment en levant un sortilège de Désillusion ou en retirant une Cape d'Invisibilité.

- Mon second entre en scène

En créant de la gêne.

Et quand vient ma dernière…

- Le livre ! réalisa Albus en pointant du doigt le grimoire dans les mains de Scorpius. Le livre parle !

- Cool… murmura Scorpius en passant une main sur la couverture de cuir.

- On va au cimetière.

Delphini s'approcha d'un pas rapide :

- Pourquoi tu as touché ce bouquin ?! Imagine si on se fait repérer !

Vaguement penaud, Scorpius garda toutefois le grimoire contre lui :

- Je l'ai juste ouvert. Lire n'a jamais été une activité dangereuse… dit-il avant de se jeter soudain au sol pour éviter les ouvrages qui venaient de jaillir d'une étagère et qui essayaient de le lapider.

- Stupéfix ! Stupéfix !

Des jets de lumière rouge jaillissaient de la baguette de Delphini. Les grimoires qui avaient attaqué Scorpius se figèrent, mais l'on devinait aisément qu'ils étaient en train de lutter contre leur immobilisme forcé. Le faux Harry Potter rampa sur le sol :

- Je suppose qu'il faut résoudre son charabia…

- Elle en a fait des armes ! compléta Delphini. C'est un système de défense ! Le Retourneur de Temps n'est donc pas loin, dépêchons-nous ! Résolvez les énigmes, sans la magie, je m'occupe d'occuper nos petits copains feuillus ! Assurdiato !

Albus tira Scorpius à l'autre bout du bureau, tandis que leur amie relançait des Stupéfix sur les grimoires et insonorisait le bureau pour ne pas que l'on puisse les entendre depuis l'extérieur :

- Il a dit quoi, ton livre ?

Félicitant sa bonne mémoire, Scorpius récita instantanément :

- Ma première qui est aussi ma quatrième n'est pas dans la couronne, elle est dans le diadème.

Delphini glapit tandis que les armes improvisées tremblaient de rage sur place en se rapprochant d'elle, centimètre par centimètre.

- Un D ! lança Albus, presque étonné lui-même de sa réponse. Ensuite ?!

- Mon second entre en scène en créant de la gêne…

- Attention ! s'écria Miss Diggory en pivotant soudain vers eux.

Ils eurent juste le temps de se baisser pour éviter un jet rouge qui immobilisa les nouveaux ouvrages qui sortaient d'une nouvelle étagère.

- Stupéfix ! Accio bureau ! Le TRAC ! C'est le trac !

L'imposant bureau de la Ministre se déplaça pour servir de bouclier aux deux adolescents. Scorpius nota que sa vision était à nouveau floue et jeta ses lunettes par terre, constatant qu'il nageait quelque peu dans ses vêtements. Le regard d'Albus lui apprit que l'effet du Polynectar était en train de prendre fin.

- Et quand vient ma dernière, on va au cimetière…

- L'heure ! rugit Albus en faisant une roulade au sol, esquivant un Monstrueux Livre des Monstres.

- D-trac-heure ! Détraqueur ! Il faut trouver un livre sur les Détraqueurs, Delphi !

La jeune femme était également en train de reprendre sa véritable apparence.

- Accio livre sur les Détraqueurs !

Ils suivirent des yeux le filet de lumière qui alla percuter un grimoire, avant de rebondir sur sa couverture. Comprenant qu'il fallait l'attraper à la main, Albus prit son élan et bondit jusqu'à l'ouvrage, sans le quitter des yeux, tandis que toute la bibliothèque semblait avoir décidé de se joindre à eux et tournoyaient partout.

- Je l'ai ! s'écria-t-il en brandissant La Dénomination des Détraqueurs, l'Histoire Véritable d'Azkaban.

Scorpius baissa immédiatement le regard vers son propre livre dont la voix entonna la deuxième charade :

- Je suis né au fond d'une cage

Et je l'ai brisé avec rage,

D'un jeu du sort, je me libère

Par le sang sacré de ma mère.

- Voldemort ! s'écrièrent-ils en même temps.

- Aïe !

Un grimoire particulièrement agressif venait de frapper Delphini à la joue. La jeune femme aux cheveux à nouveau argenté avait de plus en plus de mal à tenir la cadence des sorts de stupéfixion. Elle réalisa alors que les livres avaient changé de stratégie et commençaient à former une tornade autour d'elle, empêchant certains de ses sorts de passer.

- Attention ! cria-t-elle. Ils cherchent à nous emprisonner ! Protego !

Fébrilement, Albus se mit à attraper au hasard les ouvrages qui lui passaient sous la main. Il avait de plus en plus de mal à distinguer son amie au milieu du tourbillon et n'apercevait que de temps à autre un éclat argenté de cheveux et un jet de sortilège.

- L'Héritier de Serpentard ! C'est bon ? demanda-il.

Avant même que l'un de ses amis puissent répondre, le grimoire s'arracha à ses doigts et chercha à le frapper au ventre. L'adolescent trébucha dans sa robe de sorcier trop grande et se cogna contre l'étagère derrière lui. Inquiet, Scorpius se courba pour éviter une attaque et s'empara d'un grimoire à la couverture verte Jedusor : son histoire vraie. Le livre s'ouvrit docilement, prenant le relais sur celui écrit par le professeur Trelawney, une voix masculine se fit entendre cette fois :

- Je suis la créature que tu n'as pas vue,

Je suis toi. Je suis moi. Un écho imprévu

Parfois derrière ou bien devant,

Nous sommes liés d'un lien constant.

Delphini hurla tandis que l'étagère semblait prendre vie et basculait vers elle. Constatant qu'elle ne pouvait ni fuir la tornade, ni esquiver le meuble, Scorpius lâcha immédiatement les deux ouvrages qu'il avait en main et se précipita pour essayer de retenir le meuble à mains nues :

- Albus ! Trouve le livre concerné !

- Je fais ce que je peux ! rétorqua son ami qui saignait au front. C'est quoi un écho imprévu ?

Les dents serrées, l'adolescent blond retenait toujours l'étagère tant bien que mal. Les livres acharnés cognaient son dos et ses bras, les sorts de Delphi continuaient à fuser et il songea que la Ministre avait du bien insonoriser son bureau pour que personne n'ait encore été alerté par leur combat. Et tout ça juste pour un fichu Retourneur de Temps !

- Au secouuurs ! glapit Albus jeté au sol par les ouvrages.

- Albus ! s'écria Delphini.

Les yeux fermés, Scorpius bandait tous ses muscles et sa volonté pour continuer à retenir le meuble alors même que les livres qui l'avaient pris pour cible essayaient de l'emprisonner comme Delphini.

Rampant sur le plancher, Albus repoussait à grands coups de pieds et de poings ses agresseurs, cherchant désespérément la réponse à la devinette. Ses yeux verts tombèrent alors sur un grimoire à la couverture noircie, Scorpius le lui avait montré quand il s'amusait encore à déchiffrer les titres !

- Ombres et esprits !

Il se jeta à corps perdu sur le grimoire et le plaqua contre le plancher, les yeux fermés, prêt à recevoir à son tour une tornade de livres démoniaques sur la figure. Mais il ne se produit rien. Avec lenteur, Albus rouvrit les paupières et se demanda vaguement s'il ne venait pas de rêver tout ceci : le bureau de sa tante était parfaitement en ordre, chaque grimoire était soigneusement à sa place, à l'exception de celui qu'il serrait contre lui. Ses amis avaient par contre bel et bien retrouvé leur véritable apparence, tout comme lui, et ils arboraient tous des égratignures. Les membres tremblants, l'adolescent se remit debout et ouvrit le grimoire dans ses mains. Le livre était creusé en son centre et contenait un objet qui lui rappelait un peu une boussole.

- Le Retourneur de Temps… souffla Delphi dont les yeux brillaient. On a réussi !

Soulagé, Albus prit immédiatement l'artefact :

- Partons vite ! Ce serait dommage qu'on nous surprenne maintenant.

- On va procéder autrement, suggéra Delphini essoufflée en lançant un sortilège de Désillusion. On court jusqu'au hall et on transplane à Pré-au-lard.

- Quoi déjà ? protesta Scorpius. On ne rentre pas d'abord chez Amos ?

Albus lui sourit :

- Pas question de perdre du temps, mon cher ! On va juste se reposer quelques minutes et ensuite on part en voyage dans le passé, pour sauver Cédric !

Le trio se retrouva bientôt sous l'effet du sortilège de Delphini Diggory, et Scorpius n'eut pas d'autres choix que de les suivre. Il trouvait que tout allait trop vite, bien trop vite. Bien entendu, il comprenait que ses deux amis préfèrent agir le plus vite possible… plus ils tardaient, plus ils risquaient d'être retrouvés, mais tout de même ! Ses espoirs de voir le plan de Delphi échouer furent réduire à néant. Ils arrivèrent sans encombre dans le hall du Ministère de la magie et il y avait tellement de sorciers qui allaient et venaient que personne ne faisait vraiment attention à ce qui pouvaient les entourer. Delphini attrapa les deux garçons par le bras et transplana avec eux.