2 Septembre 2019 – Soir

Harry Potter prenait garde à ne pas quitter le sentier de la Forêt Interdite. La baguette magique allumée dans la main, il regardait partout autour de lui, contournait les arbres, écartait des buissons. De temps à autre, il entendait les autres appeler Scorpius et Albus, mais jusqu'à présent les deux adolescents restaient toujours introuvables. Drago était parti au Nord, en compagnie de Ginny. Il savait également qu'Hermione, Neville et Hagrid quadrillaient un périmètre, plus à l'est. Le front barré d'un pli soucieux, le Survivant essayait de se remémorer des détails de son rêve, espérant que ceux-ci pourraient l'aider à localiser l'endroit où il avait vu son fils. Les mêmes questions ne cessaient de tourner dans sa tête : Pourquoi Albus et Scorpius avaient fugué ? Pourquoi étaient-ils allés à Flagley-le-Haut ? Est-ce que leur dispute liée à la couverture avait un lien ? Est-ce qu'il ne s'agissait pas d'une fugue, mais d'un enlèvement ? Pourquoi les enfants seraient-ils dans la Forêt Interdite ? Pourquoi…

Le sorcier se retourna brusquement, sur le qui-vive, en entendant des craquements qui furent bientôt suivi par un roulement de sabots.

- Harry Potter, le salua alors une voix en sautant souplement par-dessus un buisson épineux.

Le Survivant baissa légèrement sa baguette magique, soulagé en reconnaissant le centaure qui avançait dans sa direction dans un trot plus mesuré.

- Firenze.

Il n'avait plus vu le centaure depuis des nombreuses années, mais ce dernier n'avait pas changé avec le temps. Peut-être était-il un peu moins jeune que dans ses souvenirs, mais il avait toujours la robe d'un alezan chatoyant, les cheveux clairs et les yeux plus limpides qu'un lac. Son torse était marqué par une vieille cicatrice en forme de fer à cheval, souvenir de son bannissement provisoire du troupeau, à l'époque où Harry Potter était encore étudiant à Poudlard.

- Tu prends un gros risque en t'aventurant dans la Forêt Interdite avec tes amis, l'avertit le centaure en s'arrêtant devant lui. Tu n'es pas loin du territoire de mon troupeau.

Harry savait ce que ça signifiait. Les semblables de Firenze n'aimaient guère être dérangés et préféraient ne pas se mêler des affaires humaines. Il avait déjà eu l'occasion de rencontrer Bane et Ronan et il ne gardait pas un très bon souvenir de ces moment-là.

- Je sais, mais mon fils…

- A disparu, compléta calmement Firenze. Avec son ami, je suis au courant.

Un silence se fit. Le centaure leva les yeux vers la nuit étoilée, perdu dans des messages que lui seul savait déchiffrer. Les minutes s'écoulèrent, longues et interminables.

- Peux-tu… m'aider… ? se risqua à demander Harry en se demandant si le centaure n'avait pas oublié sa présence.

Firenze baissa lentement son regard vers le Survivant et sa voix ne fut presque qu'un murmure :

- Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle guerre, Harry Potter.

- Je… Nous ne sommes pas en guerre, Firenze. Nous…

Il se tut en comprenant que le centaure ne lui parlait pas d'une confrontation avec son troupeau, mais qu'il percevait autre chose.

- Les déplacements des Forces du Mal, le Retourneur de Temps et…

- Tes cauchemars.

Inquiet, Harry leva à son tour les yeux vers le ciel, mais ne vit rien d'autre que les milliers d'astres habituels, sans précision supplémentaires.

- Qu'as-tu vu… ? demanda-t-il.

Le centaure le contourna et s'enfonça dans un sentier qu'Harry n'avait pas encore exploré. Piqué par la curiosité, et toujours inquiet pour les enfants, le Survivant le suivit en insistant :

- Firenze ! Qu'est-ce que tu as vu ?

Sans ralentir, le son des sabots étouffés par une épais tapis de feuilles mortes, Firenze tourna la tête vers lui :

- J'ai vu ton fils, dans la course des étoiles.

- Dans les étoiles ? Albus ? Tu ne peux pas parler clairement, pour une fois ?

Il courrait presque pour se tenir à sa hauteur et suivre le rythme rapide.

- Il y a un nuage noir autour de ton fils, Harry Potter, une ombre noire et menaçante.

- Une ombre autour de mon fils… répéta le Survivant.

Firenze s'arrêta quelques instants plus tard, au milieu d'une clairière et lui montra une direction :

- Cherche ton enfant par ici, Harry Potter, je ne peux pas t'accompagner plus loin au risque de mettre les miens encore plus en colère.

Débordant de reconnaissance, Harry se tourna vers lui :

- Merci !

Il rencontra le regard soucieux du centaure qui se mit à gratter nerveusement le sol avec son sabot.

- Tu as peur… devina le Sorcier. Tu n'es pas très précis, mais tu as peur de ce que tu vois…

- Le nuage noir autour de ton fils peut tous nous mettre en danger, répondit Firenze si bas qu'Harry du se pencher vers lui pour bien l'entendre. Tu vas le retrouver, Harry Potter, mais alors tu le perdras peut-être pour toujours.

Décontenancé, Harry ne quitta pas le centaure des yeux tandis que ce dernier faisait demi-tour, avant de partir au galop. Sa main était moite autour de sa baguette magique et une sourde frayeur lui nouait la gorge. Il ne comprenait pas tout ce qu'il venait d'entendre, mais il avait l'impression qu'il existait un lien entre les deux enfants et les récents évènements inquiétants. Et ce nuage noir, cette ombre… Qu'était-ce ? Il réfléchirait à ça plus tard, pour le moment il devait retrouver Albus au plus vite et le mettre hors de portée de la menace décrite par Firenze. Harry se mit à courir sur le chemin que lui avait montré le centaure, le cœur battant, plus inquiet que jamais.


- Pas trop loin, Scorpius ! protesta Albus alors que son ami s'enfonçait de trois mètres dans la Forêt Interdite.

Scorpius s'arrêta, observa prudemment les alentours, puis se tourna vers lui.

- Ici, c'est bien. On est juste à l'entrée, on pourra ressortir par là.

Il désigna les arbres qui s'espaçaient un peu plus loin et les buissons plantés tout prêts de la sortie.

- L'enclos des Dragons et les gradins seront là, tu es sûr ?

- Absolument, répondit l'adolescent blond en sortant le Retourneur de Temps de sa poche. Mais on va éviter de voyager pile à l'endroit où ils seront… sauf si tu veux arriver et te retrouver encastré dans les marches directement. Ou sur un dragon. Ou dans le nid… Remarque, ça serait drôle, l'épreuve ça serait de te sauver toi et pas de récupérer l'œuf d'or.

- Hilarant… marmonna Albus en se débarrassant de sa cape de sorcier. Si tu as des aveux à faire, des fois qu'on meure dans d'atroces souffrantes sous peu, c'est le moment.

Scorpius eut une hésitation puis prit le temps d'examiner à nouveau l'artefact, le serrant un peu plus fort que nécessaire dans sa main, pour cacher le tremblement de ses doigts. Attentif, il étudiait les cadrans, réfléchissant à l'ordre dans lesquels il faudrait les bouger :

- Tout à l'heure, je me suis retourné, et j'ai vu le château se découper en ombres chinoise sur le ciel, les lumières allumées et j'ai trouvé que c'était très beau.

Albus le regarda, un peu étonné par cette information et continua à le laisser parler.

- Dès que j'ai entendu parler de Poudlard, quand j'étais petit, j'ai rêvé du moment où je pourrais y aller. Mon père ne partageait pas vraiment mon enthousiasme, mais ma mère était ravie de me savoir si motivé et si prêt à étudier, même si ça signifiait que j'allais partir quasiment toute l'année loin d'elle.

L'adolescent blond sortit sa baguette magique et tapota le boitier où s'afficha bientôt l'heure qu'il avait décidé, soit environ un quart d'heure avant le début de la Tâche. Puis, il décida de s'occuper du jour qui l'intéressait. Sélectionnant la roue où étaient inscrit les chiffres de 1 à 31, il tapota la molette concernée et vit bientôt l'aiguille la plus courte se déplacer pour se positionner sur le numéro 24.

- J'avais peur qu'une tragédie quelconque s'abatte sur Poudlard et que je ne puisse finalement pas y aller. Mais finalement, tout s'est bien passé…

- Ouais, enfin… marmonna Albus. Je suppose que tu as été désillusionné et que tu as constaté que c'était une horreur.

Scorpius eut un léger sourire et fit bouger la seconde aiguille, l'arrêtant sur le mois de novembre :

- Pas vraiment… Un peu, mais je m'attendais à pire. Ce qui m'effrayait le plus, c'était de ne pas me faire un seul ami… La chance m'a souri, je t'ai rencontré ! Et même si la vie n'est pas drôle tous les jours au château, elle n'est pas pire qu'à la maison, tu sais…

Albus ne dit rien et se rapprocha de lui. Scorpius était en train de faire bouger les chiffres sur le dernier cadran, programmant la date qui les intéressait.

- Et j'ai peur là, tout de suite, acheva Scorpius.

- Tout va bien se passer, le rassura Albus guère plus rassuré que lui en réalité.

Ils échangèrent un sourire hésitant.

- Albus ? Albus, tu es là ? demanda une voix reconnaissable dans la Forêt, non loin d'eux.

- Mon père ! souffla l'adolescent.

- Il est venu nous chercher ?!

- Peu importe ! Vite ! Vite !

La date acheva de s'afficher sur le cadran : 1994. Le Retourneur se mit à vibrer dans la paume de Scorpius et Albus posa machinalement sa main sur le cadran, s'attendant à le trouver chaud. Il fut surpris de sentir à la place la vitre froide et craquelée. Les deux adolescents se sentirent comme aspirés à l'intérieur du Retourneur de Temps et se retrouvèrent sur une plateforme ronde qui tournaient lentement sur elle-même, dans une pièce blanche et noir, leur faisant entrevoir parfois des balanciers, des aiguilles avançant sur des cadrans. Des rouages circulaires allaient dans le sens inverse à celui des adolescents tandis que des tic-tacs se faisaient entendre de plus en plus, jusqu'à devenir assourdissant. Albus se demanda combien de temps ils allaient rester dans cet endroit étrange. A l'instant où il achevait de formuler sa pensée, le décor disparu brusquement, les bruits cessèrent et il constata qu'ils étaient en pleine journée. Il leva machinalement la main pour se protéger les yeux de la vive lumière solaire, le cœur battant d'excitation, il sentit à nouveau l'odeur des herbes, des arbres et entendit des clameurs plus loin. Et d'ici, il pouvait déjà voir une partie des gradins et entendre la clameur des élèves qui s'installaient pour assister à la Première Tâche.

- On a réussi ! souffla Scorpius qui semblait à peine le croire. Albus, on a réussi !

L'adolescent acquiesça en lui prenant le Retourneur des mains :

- On est géniaux ! Viens, ne perdons pas de temps, il faut vite trouver un endroit où s'installer !

A la fois excités par cette étrange aventure, anxieux à l'idée d'échouer, mais également très curieux de voir Poudlard à une autre époque, les deux amis quittèrent la Forêt Interdite avec autant de nonchalance que possible. Heureusement pour eux, il y avait tellement d'élèves partout que personne ne fit vraiment attention à la présence de deux petits « nouveaux ». Serrés l'un contre l'autre, ils firent semblant d'être parfaitement à l'aise et entrèrent dans les tribunes en même temps que d'autres élèves de Durmstrang.


Coucou tout le monde !

Alors pour ceux qui connaissent la pièce, vous avez dû remarquer que j'ai mis Firenze à la place de Bane. Pourquoi ? A dire vrai, je trouvais ça plus logique... J'avais été surprise à la lecture du script que ce soit Bane. Que je sache, il n'aime pas se mêler aux humains, encore moins les aider... au contraire de Firenze qui est un centaure très ouvert d'esprit vis à vis des autres espèces.

Sinon, hier soir, j'ai publié un petit OS sur Fanfic (Le Chant du Phénix), c'est très très court et ça concerne Grindelwald qui apprend la mort de Dumbledore, tout simplement, si ça peut vous intéresser...

Merci pour ton commentaire Bewitchings-christmas, je suis très contente de te revoir parmis nous :) (soit dit en passant, je trouve ton avatar très très joli !)