Encore un chapitre interlude qui reprend des passages du tome 7 de Harry Potter, mais avec des modifications :)

Merci au lecteur d'hier soir qui m'a commenté "excellent chapitre" !


1998

A la tombée de la nuit, Harry, Ron et Hermione retournèrent tous trois sous la tente et Harry prit le premier tour de garde. Assis à l'entrée, il essaya de faire léviter de petites pierres avec la baguette de prunellier, mais ses facultés magiques semblaient toujours plus maladroites, moins puissantes qu'à l'ordinaire. Hermione lisait, couchée dans son lit tandis que Ron, après lui avoir lancé à plusieurs reprises des regards hésitant, prenait dans son sac à dos une petite radio en bois qu'il essaya de régler sur une station.

- Il y a une émission, dit-il à Harry à voix basse, qui donne de vraies nouvelles. Toutes les autres soutiennent Tu-Sais-Qui et sont alignées sur la position du ministère, mais celle-ci… Attends un peu d'écouter ça, c'est formidable. Malheureusement, ils ne peuvent pas la diffuser chaque soir, ils doivent changer sans cesse d'endroit, au cas où il y aurait une descende de police. Et il faut un mot de passe pour arriver à la capter… L'ennui, c'est que j'ai raté la dernière…

Il tapota légèrement le dessus de la radio avec sa baguette et marmonna des mots au hasard. Il jetait souvent vers Hermione des regards de biais, ouvrant la bouche, pour finalement la refermer sans rien dire. Pendant environ dix minutes, Ron tapota et marmonna, Hermione tourna les pages de son livre et Harry continua de s'entraîner à jeter des sorts avec la baguette de prunellier.

Enfin, Hermione descendit de son lit et Ron cessa aussitôt de tapoter. Elle s'approcha de Harry.

- Il faut qu'on parle, lui annonça-t-elle.

Il regarda le livre qu'elle tenait toujours à la main. C'était « Vie et mensonges d'Albus Dumbledore ».

- De quoi ? demanda-t-il avec appréhension.

Il se rappela que le livre comportait un chapitre le concernant, mais il n'était pas certain d'avoir envie de connaître la version de Rita sur ses relations avec Dumbledore. La réponse d'Hermione, cependant, fut totalement inattendue.

- Je veux voir Xenophilius Lovegood.

Il la regarda, les yeux écarquillés.

- Pardon ?

- Xenophilius Lovegood. Le père de Luna. Je veux aller lui parler !

- Heu… pourquoi ?

Elle respira profondément, comme pour concentrer ses forces et répondit :

- A cause de la marque, la marque dans « Beedle le Barde ». Regarde ça !

Elle mit le livre ouvert sous ses yeux réticents et il vit la reproduction de la lettre originale que Dumbledore avait écrite à Grindelwald, de cette écriture fine et penchée qu'il connaissait bien.

- La signature, dit Hermione. Regarde la signature, Harry !

Il obéit. Pendant un instant, il ne comprit pas de quoi elle voulait parler mais, en regardant de plus près à l'aide de sa baguette allumée, il s'aperçut que Dumbledore avait remplacé le A d'Albus par une minuscule version de la même marque triangulaire tracée dans le livre des contes.

Ron s'approcha à son tour, intrigué, pour regarder.

- Elle n'arrête pas d'apparaître, reprit-elle. Je sais que d'après Viktor, c'était la marque de Grindelwald, mais je suis sûre que c'est aussi celle qu'on a vu au cimetière de Godric's Hollow. Or, les dates inscrites sur la pierre tombale étaient bien antérieures à l'arrivée de Grindelwald ! Et la voilà à nouveau ! On ne peut plus demander à Dumbledore ou à Grindelwald ce qu'elle signifie, mais on peut le demander à Mr Lovegood. Il portait ce symbole au mariage, et je suis certaine que c'est important, Harry.

Celui-ci ne répondit pas. Ron se racla la gorge :

- En parlant de Viktor… commença-t-il d'une voix prudente.

Hermione se tourna vivement vers lui, les mains crispées autour du livre :

- Oui ?

- Il… Je crois que tu dois savoir qu'il va bien et qu'il te cherche aussi…

Elle écarquilla les yeux en essayant de dissimuler ses doigts tremblants, mais le regarda intensément. Il prit une profonde inspiration et décida de lâcher tout ce qu'il retenait depuis plusieurs jours :

- J'ai eu des nouvelles par Bill. Krum a vu qu'on avait disparu tous les trois et il a compris qu'on avait surement une espèce de mission à accomplir, il a été très déçu de ne pas partir avec nous trois. Mais il a décidé qu'il nous aiderait comme il pourrait et il a refusé de rentrer en Bulgarie après le mariage, il a rejoint la résistance.

- Oh mon dieu… murmura Hermione qui avait pâli. Il va bien… ? Il ne lui est rien arrivé, j'espère ?

- De ce que je sais, ça va. On l'entend parfois, dans l'émission… acheva-t-il en tapotant sa radio avec le plat de la main. Si j'arrive à trouver le mot de passe, tu entendras sûrement sa voix et tu verras que ton petit ami se porte bien.

L'adolescente battit des paupières pour cacher ses larmes de soulagement naissante et hocha la tête en balbutiant :

- Merci, Ron.

Harry, qui se demandait si c'était vraiment le bon moment pour avoir cette conversation, revint sur le sujet qui le préoccupait :

- Hermione, nous n'avons pas besoin d'un nouveau Godric's Hollow. Nous avions décidé d'aller là-bas après en avoir parlé tous les deux et…

- Mais cette marque revient sans cesse, Harry ! Si Dumbledore m'a légué « Les Contes de Beedle le Barde », qui te dit que ce n'est pas pour qu'on découvre la signification de ce symbole ?

Lorsqu'Hermione fut retournée dans son lit, Harry sortit de la tente en compagnie de Ron et baissa la voix :

- C'était très gentil de ta part, de lui donner des nouvelles de Krum.

Le rouquin détourna la tête, le regard perdu dans l'obscurité de la nuit. Harry insista :

- Tu devrais peut-être lui parler, tu ne crois pas ? Je suis sûr qu'elle tient beaucoup à toi, tu sais. Elle est comme une sœur pour moi. Je l'aime à la manière d'une sœur et je pense qu'elle ressent la même chose de son côté. C'est comme ça depuis toujours. Mais entre vous deux, c'est parfois un peu plus difficile à cerner et je me demande si…

- Tu délires, vieux.

Harry s'interrompit. Cette réaction ne le surprenait pas vraiment. Il se mit à regretter d'avoir abordé le sujet.

Il y eu un instant de silence puis Ron tourna finalement la tête vers lui :

- Et puis, même en admettant que je... enfin... Elle est avec Krum. C'est avec lui qu'elle est heureuse, c'est évident. Tu as vu comme son visage s'éclaire quand elle reçoit une lettre de lui ? Je ne l'aime pas trop mais qu'est-ce que ça peut faire ?

Les yeux de Ron se perdirent dans le lointain. Puis il prit une inspiration et repris d'un ton décidé :

- Hermione est notre amie. Ce qui compte, c'est son bonheur. Et tant pis si ce n'est pas avec...Euh... Enfin, tant pis.

Il baissa la tête, se noyant dans la contemplation d'une brindille. Harry lui posa une main amicale sur l'épaule, sans savoir quoi répondre. Ses pensées se tournèrent vers Ginny qui lui manquait terriblement à cet instant, mais il songea qu'il comprenait ce que voulait dire Ron.


Mai 1998

Il y eut un nouveau bruit derrière eux. Harry se retourna et son cœur failli s'arrêter : Ginny enjambait l'ouverture du mur, suivie de près par Fred, George et Lee Jordan. Elle adressa à Harry un sourire radieux. Il avait oublié, ou peut-être n'avait-il jamais pleine réalisé, à quel point elle était belle. Pourtant, jamais il n'avait été si peu content de la voir.

- Abelforth devient un tantinet grognon, dit Fred en levant la main pour répondre aux cris qui le saluaient. Il voudrait bien dormir un peu, mais son bar se transforme en gare de chemin de fer.

Harry resta bouche bée. Derrière Lee Jordan était apparue Cho Chang, son ancienne petite amie. Et…

- Viktoooor ! piailla Hermione en voyant le jeune homme surgir à son tour.

Oubliant toute retenue, elle se jeta à son cou tandis que le joueur de Quidditch l'étreignait avec un soulagement évident de la retrouver en vie.


Harry se mit à courir. Ses semelles dérapant sur le sol, il tourna un dernier angle de mur puis, avec un cri de soulagement mêlé de colère, il les vit enfin : Ron, Hermione et Viktor avaient les bras chargés de gros objets recourbés, sales et jaunâtres. Viktor et Ron portait tous deux un balai et Harry comprit à l'expression du joueur de Quidditch qu'il ne comptait plus lâcher Hermione du regard et qu'il était parfaitement au courant de toute l'histoire concernant les Horcruxes.

- Mais où diable étiez-vous passés ? demanda Harry.

- Dans la Chambre des Secrets, répondit Ron.

- La Chambre… quoi ? s'écria Harry en s'arrêtant devant eux d'un pas vacillant.

- C'est Ron qui a eu l'idée, lui tout seul ! assura Hermione, le souffle court tandis que Krum posait les balais contre un mur. On se demandait comment on allait faire pour nous débarrasser de l'autre Horcruxe, alors il a pensé à ça ! Le Basilic !

- Qu'est-ce que…

- Le moyen d'anéantirrr les Horrrcrrruxes, apparrrremment, répondit Viktor sur un ton indiquant qu'il n'avait pas compris tous les détails mais qu'il leur faisait assez confiance pour les suivre et les aider.

Harry baissa les yeux vers les objets que le trio tenait dans leurs bras : de grands crochets recourbés, arrachés au squelette d'un Basilic mort.


Harry se glissa sous sa cape d'invisibilité et se leva du banc.

A présent, il pouvait se déplacer dans la salle sans être importuné. Il repéra Ginny deux tables plus loin. Elle était assise, la tête sur l'épaule de sa mère. Ils auraient le temps de parler plus tard, pendant des heures, des jours, des années peut-être. Il vit Neville, l'épée de Gryffondor posée à côté de son assiette pendant qu'il mangeait, entouré d'un groupe de ferventes admiratrices. Il s'avança dans l'allée qui séparait les tables et aperçut les trois Malefoy, serrés les uns contre les autres, comme s'ils ne savaient pas très bien si leur place était ici, mais personne ne leur accordait la moindre attention. Partout où il regardait, il voyait des familles réunies et il retrouva enfin les personnes qu'il avait le plus envie de voir. Hermione était blottie contre Viktor qui lui caressait le dos et Ron contemplait pensivement l'assiette à moitié vide devant lui.

- C'est moi, marmonna Harry en s'accroupissant près du trio. Vous venez ?

Krum sursauta en cherchant la provenance de la voix. Hermione hésita un instant en lançant un bref regard interrogateur à son ami invisible.

- Il peut venir, répondit Harry.

Après tout, Viktor avait vaillamment participé à la Bataille et il faisait à présent partie du groupe. Bien que perplexe, Krum suivit Ron, Hermione et Harry toujours sous sa cape. Ils quittèrent la Grande Salle tous les quatre. De gros morceaux de marbre avaient été arrachés de l'escalier, une partie de la rampe avait disparu et les marches qu'ils montaient étaient parsemées de gravats et de taches de sang. Harry retira sa cape d'invisibilité et la garda pliée sur son bras. Le regard de Viktor se posa rapidement sur la relique, mais il ne fit aucun commentaire et se contenta de suivre en silence, la main autour de celle d'Hermione.

Quelque part, ils entendirent Peeves qui filait dans les couloirs en lançant un chant victorieux de sa propre composition :

« On les a eus,

Vaincus, battus,

Le p'tit Potter est un héros,

Voldy nourrit les asticots,

Ils ont tous été écrasés,

Maintenant, on peut rigoler ! »

- Voilà qui exprime bien l'ampleur et la tragédie de l'évènement, vous ne trouvez pas ? dit Ron en ouvrant une porte pour laisser passer Harry, Hermione et Viktor.


La suite demain, les enfants !