CHAPITRE 8

Quand Clarke se réveille, elle est dans sa chambre à la Cour de la Nuit. Elle regarde devant elle et voit Bellamy, dans une chaise à côté du lit. Il la regarde. Elle essaye de se rappeler ce qui s'est passé... Elle a quelques souvenirs, mais c'est flou. Elle était dans la Cour du Printemps. Elle le sait.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? murmure-t-elle.

- J'ai entendu ton appel au secours, répond-il. Tu as utilisé tes pouvoirs, tu as détruit une salle de ta Cour et tu t'es effondrée sur le sol. Je suis venu te chercher.

- Mais… Tu n'as pas le droit d'enfreindre les autres territoires, tu…

- Je le sais. Mais je n'allais pas te laisser seule.

Elle sent des larmes affluer dans ses yeux lorsqu'il prononce ces mots. Il a enfreint une règle importante juste parce qu'il l'a entendue, alors qu'elle l'a menacé. Elle a menacé sa sœur. Elle est partie, et il est venu. Même Finn n'a pas enfreint les règles pour venir la chercher à la Cour de la Nuit.

- Je suis désolée, dit-elle en essuyant une larme sur sa joue. Je ne pensais pas ce que je t'ai dit, Finn… Il m'a dit que…

- Ce n'est rien, murmure-t-il en jouant avec ses doigts.

Clarke ne dit rien de plus et essuie ses joues. Elle n'avait vraiment pas prévu de montrer cette faiblesse à Bellamy, mais elle ne peut pas s'en empêcher. Elle renifle en se calmant. Elle est embarrassée, donc elle ne dit plus rien. C'est Bellamy qui rompt le silence en levant la tête et en la regardant.

- Ta présence ici n'a aucun rapport avec notre marché, lui dit-il. Tu peux retourner là-bas quand tu veux, ou rester ici.

- Je devrais rentrer tôt ou tard, mais… Pas pour le moment.

- Tu n'auras qu'à me demander.

Il est sincère, même si elle remarque dans ses yeux qu'il n'est pas d'accord avec cette idée. Elle sait qu'il déteste Finn, et elle peut maintenant comprendre pourquoi. Elle tremble en serrant la couverture entre ses doigts en repensant à ce qu'il vient de se passer.i

- Il m'a enfermée, murmure-t-elle.

- Je le sais.

- Il a utilisé ses pouvoirs contre moi, il… Il m'a enfermée, comme je l'étais au Mont Weather.

Il ne dit rien, il hoche juste la tête. Elle réfléchit à tout ce que Finn a pu faire pour elle. Elle est tombée amoureuse de lui, tout allait bien entre eux… Mais plus les mois avançaient, plus elle étouffait en sa compagnie. Il lui refusait tout. Est-ce que c'était une relation saine ? Non, probablement pas… Si seulement il avait été moins omniprésent et plus ouvert avec elle.

- Repose-toi un jour ou deux, dit Bellamy en se levant. J'ai des affaires à régler, je serai de retour vers la fin de la semaine.

Elle serre le drap en le regardant. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle ressent une lassitude de ces mots. Finn n'arrêtait pas de partir lui aussi, sans lui dire ce qu'il allait faire. Et Bellamy compte faire la même chose. L'abandonner. Il commence à s'éloigner mais elle se lève rapidement du lit. Elle ne veut pas passer les prochains jours seule.

- Où est-ce que tu vas ? demande-t-elle.

- Chez moi.

- Est-ce que je peux venir ?

Bellamy reste silencieux, alors qu'elle plonge ses yeux dans les siens. Il doit remarquer à quel point elle y tient. Il s'approche lentement d'elle en baissant la tête pour la regarder.

- Si tu m'accompagnes, tu ne pourras plus revenir en arrière. Tu ne pourras pas raconter ce que tu as vu chez moi. Si tu le fais… Cela pourra être dangereux pour plusieurs personnes, notamment mes amis. Si tu retournes dans ta Cour, tu ne pourras en parler à personne.

- Emmène-moi.

Clarke soutient longuement son regard pour qu'il puisse voir qu'elle est sincère, qu'elle veut y aller et qu'elle ne le dira à personne. Il acquiesce finalement en lui souriant légèrement alors qu'elle tourne la tête en raclant sa gorge.

- D'ordinaire j'y serai allé en volant, mais je préfère t'éviter ça pour le moment. On va tamiser.

- Pourquoi s'embêter à voler si tu peux directement disparaitre ?

- J'aime voler, répond-il en haussant les épaules.

Il tend sa main vers elle. Elle glisse ses doigts dans sa paume et s'y accroche. Il fixe les doigts de Clarke deux petites secondes du regard, puis tamise avec elle. Elle s'agrippe en attendant de sentir à nouveau le sol sous ses pieds. Le voyage dure plus longtemps que d'habitude, et elle vacille à l'atterrissage, prête à s'écrouler à tout moment. Bellamy la retient par la taille avant qu'elle tombe, alors qu'elle se retient à son col le temps de reprendre ses esprits. Il rit.

- Voilà pourquoi je préfère voler.

Elle lève les yeux au ciel et s'écarte de lui, en reprenant ses esprits. Elle regarde autour d'elle. Elle a l'air de se trouver dans une maison de taille moyenne, moins grande que le palais de la Cour de la Nuit, en tout cas. Le sol et les murs sont entièrement faits en bois, et il y a une cheminée éteinte au loin. C'est vraiment cosy et… familial. Elle s'avance un peu et regarde la grande pièce devant elle. La salle à manger et la cuisine sont dans le même espace, et le coin salon est un peu plus loin. Elle s'approche surtout de la baie vitrée au bout et écarquille les yeux. Une ville. C'est une ville.

- C'est ma maison personnelle, explique-t-il. Personne ne peut venir ici sans invitation, elle est protégée. À part toi et moi, il y a cinq autres personnes qui peuvent venir ici. Tu peux aussi inviter quelqu'un ici, bien-sûr, mais je préfèrerai que tu me le demandes avant. Il y a trois chambres en haut et tu peux utiliser celle du fond. Si tu veux visiter la ville, n'hésite pas à me le dire. Il te faudra sans doute une escorte pour la première fois, je ne veux pas que tu te perdes.

Clarke écoute et essaye d'assimiler ce que Bellamy lui dit. Elle a sa propre chambre dans sa maison alors qu'ils ne sont même pas amis, et se connaissent à peine. Elle ne sait pas pourquoi il fait ça, mais elle lui en est reconnaissante. Il vient aussi de lui dire qu'elle a le droit de visiter la ville, ce qui l'étonne et la change de Finn. Il ne l'aurait jamais accepté.

Elle sursaute alors que quelques personnes frappent à la porte plusieurs fois de suite. Elle fronce les sourcils en les entendant se disputer gentiment, tout en continuant leurs coups sur la porte.

- Il vaut peut-être mieux que tu ne fasses pas leur connaissance s'ils continuent à frapper comme des gamins mal élevés, dit Bellamy.

- On t'a entendu tu sais ! répond une voix.

- Je… Je vais rester un peu, dit Clarke.

Elle aimerait beaucoup se reposer mais il ne faut pas qu'elle reste dans son coin, elle veut au moins les rencontrer une première fois pour voir à quoi ressemble ses amis. Elle n'aurait jamais pensé qu'il en aurait réellement, d'ailleurs. C'est une surprise. Bellamy acquiesce et ouvre la porte en disant à ses amis de se tenir tranquille. Clarke sourit en voyant Octavia devant elle, qui lui fait un clin d'œil. Elle serre la main de Miller, qu'elle a déjà vu une fois. Elle est surprise lorsqu'une fille brune avec une queue de cheval l'enlace directement, comme si Octavia lui avait parlé d'elle. Finalement, elle serre la main de deux autres hommes, l'un noir de peau comme Miller, et l'autre blanc.

- Bien, dit Bellamy. Clarke, voici ma famille. Oh, et Murphy.

- Je t'emmerde, Bellamy, répond Murphy.

Clarke rit en compagnie d'Octavia. Celle-ci la prend par la main et l'emmène dans le salon en lui demandant comment elle va. Clarke hausse les épaules en disant que ça va, mais Octavia n'est pas dupe.

- J'étais avec Bellamy lorsqu'on est venus te récupérer. Il est devenu fou en te voyant. J'ai dû l'empêcher d'aller retrouver Finn.

- Ah oui ? demande timidement Clarke.

- Pourtant il s'énerve rarement, dit l'autre fille.

- Tu plaisantes, pas vrai ? rétorque Clarke.

Octavia éclate de rire en compagnie de Clarke, sans que la fille ne puisse comprendre pourquoi. Clarke lui explique alors toute son histoire avec Bellamy, notamment le fait qu'il n'était pas réellement gentil avec elle. La jeune fille hausse les épaules en changeant un peu son discours, ce qui fait sourire Clarke. Bellamy arrive avec ses amis.

- Clarke, je te présente donc Murphy. Il est très gentil, mais assez con. N'écoute surtout pas les blagues qu'il te fera.

Murphy envoie son pied vers Bellamy sans parvenir à le toucher. Clarke l'observe en souriant. Il est plutôt mignon, il faut l'avouer. Il fait même un peu bad boy avec sa veste en cuir. Il semble simple.

- Voici Raven, dit-il en montrant la jeune fille brune. C'est probablement la personne la plus intelligente de notre groupe d'amis.

- Oublie le mot probablement, Bellamy.

Ils se regardent en riant légèrement. Clarke les observe. Ils semblent proches, et Raven semble très sympathique. À ce qu'elle a pu remarquer, Octavia et Raven doivent être de grandes amies, vu la relation qu'elle a entraperçu. Bellamy s'avance et prend Miller par les épaules.

- Tu connais déjà Miller, mon meilleur ami, et mon idiote de sœur.

- Sympa… marmonne Octavia.

- Et voici Lincoln, son petit ami. Je le préfère à Octavia.

Octavia lève les yeux au ciel, alors que Clarke sourit à Lincoln. Grand, musclé, avec des tatouages… Octavia parait toute frêle et menue à ses côtés, ce qui est assez intriguant, mais mignon.

Ils passent tous à table quelques minutes plus tard et mangent ensemble en parlant. Clarke écoute sans rien dire. Elle est juste contente de ne pas être toute seule. Si Bellamy n'était pas revenu la chercher, elle ne sait pas ce qu'elle serait devenue. Une question lui vient soudainement à l'esprit.

- On m'a dit qu'il faisait toujours nuit dans cette Cour, leur dit-elle.

- Ce n'est pas vrai, répond Bellamy. Il y a des endroits où c'est le cas, surtout vers le nord, mais 95% du territoire est lumineux.

- Je suis sûre que c'est la Cour du Printemps qui a répandu cette rumeur, marmonne Octavia.

Ils ne semblent vraiment pas aimer la Cour du Printemps… Clarke ne dit rien, puisqu'elle vient toujours de là-bas. Cela reste sa Cour…

- Viens-voir, lui dit Bellamy avec un hochement de tête.

Elle se lève de table et le suit vers la fenêtre. Elle sent tous les regards sur eux alors qu'elle s'approche et regarde dehors, en voyant la plus belle vue de sa vie.

La maison de Bellamy semble être élevée sur une colline, ce qui donne une vue panoramique de toute la ville. Il y a des buildings devant elle ainsi que des habitations un peu partout, de toutes formes et toutes couleurs. Et, surtout, la ville est vivante. Elle peut entendre de la musique venant des rues, et elle peut même apercevoir des personnes marchant et entrant dans des boutiques. Elle sourit en voyant un groupe d'enfants jouant autour d'une fontaine et s'aspergeant d'eau, ou encore un couple s'embrasser à un café.

- Voici la Cité des Lumières, lui dit Bellamy.

Elle a déjà entendu ce nom quelque part, dans la bouche d'Octavia si elle s'en rappelle bien. Bellamy se place à côté d'elle et regarde dehors en souriant, comme s'il était fier de lui.

- C'est notre maison, dit-il. Elle n'existe que pour nous. Personne ne connait cette ville, et personne à part cette Cour ne peut la voir.

- Pourquoi est-ce que je la vois dans ce cas ? demande-t-elle.

- Parce que tu es mon invitée.

Clarke est fascinée par ce qu'il lui dit. Cette ville est donc complètement sécurisée, personne ne pourra venir la chercher dans cet endroit. Bellamy a dû mettre des années à la protéger de cette façon, cela a dû être très long et compliqué.

Ils reviennent éventuellement s'assoir autour de la table avec tous les autres pour continuer leur repas. C'est la première fois depuis longtemps qu'elle fait partie d'un groupe comme ça. Elle ne comprend pas tout ce qu'ils disent, mais elle ne se sent pas à l'écart. C'est étrange.

- Alors Clarke, dit Raven en mangeant une frite. Comment est-ce que c'est de l'autre côté du mur ?

- Est-ce que c'est vraiment juste de la poussière et des cailloux ?

- Murphy… prévient Bellamy.

- Quoi ? C'est ce qu'on imagine tous !

Raven tend son bras et lui pince l'épaule alors qu'il pousse un cri en la repoussant. Clarke secoue la tête en riant. Murphy la fait vraiment rire, et c'est très rare.

- Il y a de la forêt, puis des villages… Des rivières, des animaux. Mais ça reste assez pauvre, contrairement à ici.

- Donc, ce que tu es en train de me dire c'est… De la poussière et des cailloux ? dit Murpky.

Elle rit alors que Raven prend un bout de pain et le balance violemment au visage de Murphy. Ils continuent à manger, pendant que Clarke réfléchit. Cela fait déjà beaucoup de monde par rapport à la Cour du Printemps. Elle ne connaissait que Finn, Jasper et Monty là-bas. Elle repense à eux en sentant une boule se former dans son estomac. Elle s'approche un peu de Bellamy à la fin du repas.

- Je vais aller me reposer en haut.

- D'accord. Tu redescends quand tu veux.

Elle hoche la tête et monte les escaliers de la maison. Elle ouvre la porte du fond et entre dans sa chambre, qui est assez petite mais vraiment mignonne. Tout est clair, de couleur pastel, ce qu'elle adore. C'est apaisant et doux. Un lit est placé contre le mur du fond, avec beaucoup d'oreillers sur le dessus. Elle s'allonge sur son lit en fermant les yeux et en essayant de se remettre de ses émotions. Elle pense à Finn. Elle pensait qu'il allait beaucoup lui manquer, mais ce n'est pas le cas. C'est la première fois qu'elle pense vraiment à tout ce qu'il a pu lui faire. Non, il ne mérite pas ces larmes. Plus maintenant. Elle s'endort progressivement avec l'image de Finn en tête.

Une boite. Un mur. Une prison.

Impuissance. Peur. Contrôle.

- Clarke !

Clarke se réveille d'un coup en sentant une main sur son épaule. Elle s'assoit subitement dans son lit et tombe nez à nez avec Bellamy. Il pousse un soupir de soulagement et s'assoit sur le lit, en se reculant. Elle passe ses mains sur son visage et dans ses cheveux en regardant autour. Il fait nuit.

- Je suis désolé, dit-il. Tu faisais un cauchemar et tu criais, j'ai eu du mal à te réveiller.

Elle hoche la tête en respirant calmement. Elle se rappelle de son cauchemar. Elle pensait à Finn.

- Je… J'étais enfermée. Il m'avait enfermée.

Bellamy ne répond pas, il acquiesce simplement sans rien dire. Il lui murmure de se reposer et commence à se lever, mais Clarke agrippe le bas de son t-shirt. Elle ne le regarde pas, elle resserre juste ses doigts. Elle n'a pas besoin de lui demander de rester un peu avec elle, il le comprend. Bellamy se rassoit sur le lit, alors qu'elle le lâche.

- Parle-moi de lui, murmure-t-il.

Elle le regarde. Elle sait qu'il déteste Finn mais il fait l'effort de l'écouter. Il fait l'effort, il essaye. Ce mot qualifie bien Bellamy. Il essaye.

- Il a fait beaucoup de choses pour moi, mais je pense avoir été aveuglée par ma naïveté et le fait que je sois nouvelle. Maintenant que je suis ici, je réalise tout ce qui n'allait pas. Il m'a ignorée au Mont Weather alors que toi tu m'aidais, même si tu me détestais. Je ne compte même plus le nombre de « non » qu'il a pu me dire. Lorsque tu m'avais demandé ce qui s'était passé, je ne t'avais pas répondu mais… Il m'a envoyé dans un putain de mur. Il m'a blessée.

Une larme roule déjà sur sa joue alors qu'elle évoque son petit ami – ou son ex petit ami, désormais. Elle regarde l'une des mains de Bellamy qui se serre sur la couverture du lit, comme s'il était en colère par ce qu'elle est en train de lui raconter. Elle renifle en continuant.

- Je n'étais plus la même. Je maigrissais, je faisais des cauchemars et il n'a pas bougé le petit doigt pour moi. Il me questionnait sur ta Cour dès que je rentrais, et il n'a pas essayé de franchir ton territoire alors que toi… Tu n'as pas hésité à venir me chercher. Tu n'as pas hésité.

Elle essuie ses larmes. Cela lui fait beaucoup de bien d'en parler, elle a besoin de mettre toute cette histoire derrière elle.

- J'avais l'impression d'être inférieure à lui, alors que j'ai des pouvoirs moi aussi. D'ailleurs, il ne voulait pas que je m'entraîne, probablement pour ne pas que je sois plus forte que lui. Il ne me disait rien, il me cachait tout ce qu'il faisait… Jusqu'au jour où il m'a enfermée comme si j'étais sa propriété, comme s'il avait le droit de me contrôler. Je le déteste pour ce qu'il a fait. Je le déteste.

- Clarke…

- Je ne veux plus y retourner, sanglote-t-elle en le regardant. Ne me force pas à y retourner, je t'en supplie.

Il hoche la tête, en lui disant que c'est à elle de décider. Elle pousse un soupir de soulagement. Il approche finalement sa main et la pose sur son avant-bras, à l'endroit du tatouage. Il fait courir son doigt sur celui-ci, en suivant ses contours. Il lève la tête vers elle.

- Tous mes amis possèdent ce tatouage pour signifier qu'ils font partie de cette Cour. Je l'ai posé sur toi à cause de notre marché, qui n'existe plus désormais. Est-ce que tu veux que je l'enlève ?

- Non… murmure-t-elle. Je ne dis pas que je fais partie de cette Cour mais… Ne l'enlève pas encore. Il faut avouer qu'il est joli.

Bellamy rit en entendant ce qu'elle vient de dire. Clarke sourit. Il décide finalement de la laisser, en enlevant sa main de son avant-bras. Il se lève et lui dit bonne nuit, en sortant de sa chambre. Elle s'allonge à nouveau en posant sa joue fraîche sur son tatouage.

Elle est réveillée le lendemain matin, de bonne heure, par deux petites têtes devant son visage.

- Debout, la Belle au bois dormant ! dit Octavia avec un grand sourire.

- Allez viens, dit Raven. On va prendre l'air.

Clarke grogne en remontant la couverture sur son visage. Les filles rient et la baissent à nouveau, pour ne pas que Clarke puisse se cacher comme elle l'aimerait.

- Je n'ai pas envie, gémit-elle.

- Octavia, est-ce que j'ai formulé cette phrase comme une question ? demande Raven à son amie.

- Non Raven, répond Octavia en ricanant.

Clarke soupire en frottant ses yeux. Elle s'assoit finalement dans le lit et accepte la proposition des filles. Elle ne sait pas pourquoi elles insistent, mais elle n'a pas envie de se battre à ce sujet. Elle enfile des vêtements, se coiffe, laisse Octavia la maquiller légèrement et sort avec elle. Au final, elles avaient peut-être raison. C'est agréable de prendre l'air.

- La ville semble vraiment belle, dit-elle aux filles. J'ai hâte de la visiter.

- Tu n'auras qu'à demander à Bellamy, il t'y emmènera. Ou un autre des garçons.

Elle hoche la tête. Elles restent près de la maison en marchant, mais elles débouchent à côté d'une rivière. Elles commencent à la suivre. Raven lui pose des questions sur ce qui s'est passé au Mont Weather. Clarke essaye de lui fournir le plus d'éléments possible. Elle est contente de voir que les filles n'évitent pas le sujet avec elle, comme le faisait Finn. Il ne voulait pas qu'elle en parle.

- Pourquoi est-ce que je ne vous ai pas vues là-bas ? demande Clarke. Il y avait les sujets de beaucoup de personnes, dont ceux de Finn.

- Bellamy se doutait de ce qui allait se passer, répond Raven. Il nous a interdit de venir, il ne voulait pas qu'on se fasse emprisonner nous aussi. Il… Il ferait tout pour nous.

- Donc vous êtes vraiment aussi proches de lui ? Comment est-ce que vous l'avez connu ?

Elles lui expliquent rapidement comment il a connu chacun d'entre eux. Elle comprend qu'il a rencontré Raven, Miller et Murphy au combat, pendant des entrainements qu'ils faisaient tous ensemble, avant que Bellamy devienne le Grand Seigneur.

- Je ne comprends pas. Vous vous combattez ?

- C'est une longue histoire, lui dit Raven. Nous sommes des enfants d'Immortels, et notre éducation n'est pas la même que les Mortels. Nous avons classe, nous apprenons comme vous des choses théoriques, mais nous avons beaucoup de sport, comme la boxe ou la lutte. On nous entraîne à nous combattre.

- Pourquoi ?

- Parce que ce Monde est plus dangereux que le tien, Clarke. On doit savoir se défendre.

Clarke écoute attentivement. Elle est contente d'en apprendre un peu plus sur ce Monde, surtout ce genre de choses. Elle oublie très souvent que Bellamy est Grand Seigneur et qu'il est très fort, elle n'y a jamais repensé. Elle repense à tout ce que Finn a pu lui dire sur lui… Il avait tort.

- On rentre ? demande Octavia.

Elles acquiescent toutes les deux et font le chemin retour. Clarke les écoute parler ensemble de Lincoln, ce qui la fait sourire. Elle n'est pas étonnée d'apprendre que Bellamy est très protecteur avec sa sœur. C'était évident.

- Ce n'est pas comme si Pike allait attaquer maintenant… marmonne Octavia.

- Pike ? demande Clarke en levant la tête. C'est bien celui qui veut attaquer, pas vrai ?

- C'est ça. Bellamy dit que c'est imminent, mais je ne pense pas. Il n'a pas assez d'alliés, c'est impossible.

Clarke frotte ses bras en continuant son chemin. Elle a des frissons rien qu'en y pensant. Elle espère qu'Octavia a raison et qu'il ne tentera rien.

Elles rentrent à la maison et passent le midi et l'après-midi toutes les trois. Clarke est contente de rester avec elles puisqu'elle apprend à les connaître. Octavia lui parle de sa relation avec Lincoln, Raven évoque son passé et ses talents, et Clarke leur parle de Finn.

- Lincoln est très calme, constate Clarke.

- Oui, trop calme même, répond Octavia. C'est ce qui m'a plu chez lui. Il me calme beaucoup.

- Ouais, vu ton tempérament t'en avais bien besoin, rétorque Raven.

Octavie se penche en avant et essaye de la frapper alors que Raven ricane. Quand Bellamy revient le soir, il est étonné de la voir avec les filles.

- Tout s'est bien passé ? demande-t-il.

- Oui, répond Raven en se levant.

- Vous restez manger ? demande Clarke, inquiète.

- Si tu veux, oui.

Clarke hoche la tête en souriant. Elle n'a pas réellement envie de se retrouver seule avec Bellamy pour le moment, même si elle l'apprécie beaucoup plus qu'avant. Elle est reconnaissante envers lui, et elle a peur de dire des bêtises en sa compagnie.

Ils dinent tous les quatre ensemble, en parlant de la ville à Clarke, alors qu'elle a les yeux écarquillés et qu'elle est émerveillée.

- Est-ce que tu veux qu'on y aille demain ? demande Bellamy.

- Vraiment ?

- Bien-sûr. Je n'ai rien de prévu.

- D'accord, je veux bien.

Elle a hâte d'être le lendemain seulement pour ça. Elle les aide à faire la vaisselle un peu plus tard et dit au revoir aux filles. Elle est étonnée lorsqu'Octavia lui fait un long câlin, ainsi que Raven. Elles lui jettent un clin d'œil et partent de la maison. Clarke croise les bras et s'approche de Bellamy, qui est toujours dans la cuisine.

- Je vais aller me coucher, lui dit-elle.

- D'accord. On ira en ville demain après-midi. Je ne serai pas là le matin, je viendrai directement te chercher.

- Ça marche.

Elle lui fait un léger sourire et monte dans sa chambre. Elle s'endort en quelques minutes à peine, pour la première fois depuis très longtemps.

- Oh non, je ne fais pas ça.

Clarke croise les bras en sentant le vent frais bouger ses cheveux. Elle est au bord de la colline en compagnie de Bellamy, à regarder le vide… Enfin, la ville devant elle. Elle n'a pas froid, mais cela ne saurait tarder. Elle se maudit d'avoir décidé de mettre un short. D'accord, celle-ci est assez épais, mais n'empêche... Bellamy fait battre une nouvelle fois ses ailes noires.

- Non, répète-t-elle.

- Cela ne prendra que cinq minutes de vol, je te le promets.

- Pourquoi est-ce qu'on ne tamise pas ?

- Parce que j'ai envie de voler et de te montrer quelle sensation cela produit.

- Non merci.

Il soupire en levant les yeux au ciel alors qu'elle regarde en dessous d'elle. Oh non, pas question. C'est beaucoup trop haut et elle est probablement trop lourde pour lui. Il semble avoir entendu ses pensées puisqu'il s'approche.

- Je te promets de ne pas te lâcher.

- Le vent va arracher mon short. Je préfère les marches.

Elle commence à se tourner pour partir mais Bellamy déploie entièrement l'une de ses ailes pour lui barrer le passage. Elle recule, mais son aile s'incurve pour l'attirer vers lui. Elle sent la chaleur de son corps alors qu'il baisse la tête et la regarde. Elle soupire en cédant.

- Ne me lâche pas.

Il sourit et la prend dans ses bras, en passant un bras derrière son dos et l'autre sous ses genoux. Elle s'apprête à lui dire d'attendre mais il saute soudainement dans le vide. Elle pousse un cri en accrochant ses bras autour de son cou. Il déploie finalement ses ailes et les bat, les faisant remonter petit à petit. Elle serre ses doigts sur sa nuque en prenant une grande inspiration contre lui.

- Tu aurais pu me prévenir !

- C'était beaucoup plus drôle de cette façon, non ?

Elle aimerait le frapper mais elle ne peut pas relâcher ses bras autour de son cou, surtout pas. L'air est froid mais une douce brise caresse son visage alors qu'ils se rapprochent peu à peu de la ville. Le corps de Bellamy est chaud et solide contre le sien, et il se concentre sur son vol. Il décrit une courbe, ce qui la fait resserrer ses bras. Elle entend son rire lui chatouiller l'oreille.

- Quand j'étais enfant, je m'échappais parfois de la maison par la fenêtre de ma chambre et je volais toute la nuit au-dessus de la ville, du fleuve et de la mer.

- Tes parents devaient être ravis… marmonne-t-elle.

Il continue à sourire en allant de moins en moins vite et en descendant au fur et à mesure. Il trouve un endroit précis et atterrit délicatement, en gardant un bras sous ses épaules pour la soutenir. Elle se dégage et regarde devant elle en souriant.

Plusieurs boutiques s'étalent devant ses yeux. Elle est émerveillée en voyant tous les gens marcher et parler autour d'elle, comme s'ils se fichaient que Bellamy ait atterrit devant leurs yeux. Ils n'ont pas peur de lui, alors que c'est leur Grand Seigneur. Au contraire, certaines personnes lui sourient et lui font des signes de la main auxquels il répond. Ils commencent à marcher côte à côte et Clarke est frappée par l'odeur des restaurants sur le côté, notamment des épices. Elle voit plusieurs magasins de vêtements et de livres, alors qu'elle s'y attarde. Elle frôle les couvertures en lisant leur titre, non sans difficulté.

- Celui-ci te plairait, dit Bellamy en lui montrant l'un d'eux.

- Je ne pourrais pas lire un livre entier, je ne suis pas encore prête.

- On va retravailler ça en rentrant à la maison, tout à l'heure. Je te donnerai des phrases.

Clarke hoche la tête alors qu'elle le regarde s'éloigner. À la maison. Cela lui fait bizarre. Elle ne sait même pas si elle dirait ce mot elle-même. La jeune femme le suit alors que Bellamy lui montre du doigt des bijouteries et, au loin, des boutiques d'art. Il lui demande si elle veut y aller donc elle accepte. Elle touche les pinceaux. Il y en a de toutes les tailles.

- Ça fait longtemps que je n'ai pas peint, murmure-t-elle.

- Il faudrait peut-être que tu t'achètes de la peinture et une toile.

- Ça coûte cher, dit-elle en secouant la tête.

Il lève les yeux au ciel alors qu'il lui dit qu'il va lui en prendre. Elle refuse mais, finalement, sort de la boutique avec des toiles sous les mains. Elle est soulagée lorsque Bellamy lui dit qu'ils vont devoir tamiser à cause de ça. Ils repartent chez Bellamy, et installent ses affaires de peinture dans sa chambre. Bellamy revient avec une feuille dans la main.

- Des nouvelles phrases. Lis-les, et si tu y arrives, je te filerai un livre.

- C'est comme si c'était fait, répond-elle.

Il sourit légèrement en secouant la tête alors qu'elle s'assoit sur son lit et fixe les mots. Il s'adosse au mur en croisant les bras. Elle lit chaque lettre, chaque mot, chaque phrase. Elle lève finalement la tête en le regardant.

- Bellamy est le plus puissant des Grands Seigneurs.

- C'est vrai, acquiesce-t-il.

- Bellamy est le plus beau des Grands Seigneurs.

- Exactement.

- Bellamy est le meilleur amant dont une femme puisse rêver.

- Je suis d'accord.

Clarke chiffonne la feuille dans sa main et lui balance en pleine tête. Avant que la boule ne puisse l'atteindre, il s'évanouit dans l'air et se tamise dans un autre endroit de la chambre. Il lui tend le livre qu'il tient dans sa main. Il a donc même eu le temps d'aller en chercher un pendant son temps de tamisage ? Impressionnant.

- C'est un classique de Jane Austen. Orgueils et préjugés. Tu vas adorer.

Elle hoche la tête en ouvrant la première page et en commençant à lire. Bellamy la laisse tranquille alors qu'elle s'allonge sur son lit en déchiffrant les mots devant ses yeux. Le temps file à toute vitesse, puisqu'elle entend les amis de Bellamy revenir à la maison pour le diner. Elle regarde sa montre et se lève. Elle descend les marches et sourit en voyant tout le monde.

- Alors ? demande Bellamy.

- Je n'ai pas beaucoup avancé, mais pour l'instant j'adore le personnage principal.

Il hoche la tête en mettant la table et en expliquant la journée qu'il vient de passer avec Clarke. Ils s'installent tous et Clarke commence à piocher dans les plats devant elle. Ils parlent tous ensemble de leur journée et commencent à évoquer leur entrainement. Clarke écoute attentivement tout en mangeant. Octavia se tourne finalement vers elle.

- D'ailleurs, on n'en a pas reparlé mais tu devrais t'entraîner avec nous. Tu saurais les dons que tu as reçus. On peut t'aider.

- Comment ?

- Lincoln et Miller peuvent t'aider à te battre au corps à corps, ils sont très doués. Raven a quelques dons, comme le contrôle de l'eau, par exemple. Bien-sûr, Bellamy pourra t'apprendre tout le reste.

Clarke réfléchit à sa proposition. Contrôler ses pouvoirs et ses dons… Et gagner en puissance. Cela pourrait réellement être intéressant, et ça lui plairait. Ils ne parlent plus de ce sujet et continuent sur une autre discussion. Clarke leur parle de la peinture, avec des étoiles dans les yeux. Elle avait abandonné cette facette à la Cour du Printemps, mais maintenant elle y repense. Elle a hâte de continuer à travailler son talent.

- On va dans ta chambre ? demande Octavia au bout d'un moment.

- Pour quoi faire ? répond Clarke en fronçant les sourcils.

- Parler entre filles. On n'a pas besoin d'eux.

Clarke rit et monte avec Octavia et Raven à l'étage. Clarke s'allonge sur son lit à côté de Raven, alors qu'Octavia s'approche de la toile et les tubes de peintures.

- Vas-y, dit Clarke en la regardant. Peins nous une toile magnifique.

- Je ne veux pas gâcher…

- Ne t'en fais pas. Ton frère m'en a acheté une dizaine.

Octavia sourit en entendant cette phrase et prend les pinceaux sur le côté. Clarke rit en la voyant les tremper dans les couleurs et faire n'importe quoi sur la table. Elle regarde Raven alors que celle-ci joue avec le verre sur le côté. Elle pointe son doigt vers l'eau. Clarke écarquille les yeux en voyant toute l'eau s'échapper du verre et former une bulle dans l'air.

- C'est génial, murmure-t-elle.

Raven lui sourit en faisant tournoyer l'eau dans les airs, pour finalement la reposer dans le verre. Elle le tend à Clarke en lui disant de faire la même chose. Clarke prend le verre en raclant sa gorge. Elle ne sait même pas si elle peut contrôler l'eau ou non. Elle fixe l'eau et le pointe du doigt comme Raven l'a fait quelques secondes avant. Octavia mord sa lèvre en la regardant faire. C'est seulement au bout d'une bonne minute que l'eau commence à bouger. Elle se concentre encore plus et parvient à la soulever de quelques centimètres. Elle sent une goutte de sueur perler sur son front alors qu'elle sent ses forces la quitter.

- Oups !

L'eau retombe violemment dans le verre en les éclaboussant toutes les deux. Raven éclate de rire alors que Clarke s'allonge à nouveau, épuisée par cet effort qu'elle a dû faire. Oui, elle a vraiment besoin d'entraînement.

La nuit suivante, Bellamy et elle mangent seulement tous les deux. Elle a même décidé de cuisiner, mais elle se rend compte qu'elle n'aurait pas dû lorsqu'elle voit le résultat du repas… Bellamy ne dit rien, bien-sûr, mais elle est quand même à deux doigts de cracher dans la poubelle. Elle plisse des yeux lorsqu'elle le voit tousser et prendre une gorgée d'eau.

- Tu n'es pas obligé de mentir et dire que c'est bon, lui dit Clarke.

- Non, c'est… C'est bien. C'est un début.

- J'ai failli vomir à la troisième bouchée !

Il hausse les épaules et continue à manger alors qu'elle lève les yeux au ciel. Ils débarrassent la table à la fin. Clarke se demande ce qu'ils comptent faire maintenant. C'est la première fois qu'ils sont tous les deux seuls, sans tout le monde.

- Je sais que tu veux t'entraîner avec nous maintenant, lui dit Bellamy. Mais je pense qu'il faut qu'on travaille en premier ton bouclier mental.

- Aller dans la tête des autres ? demande-t-elle.

- Surtout t'en défendre. Tu l'as réussi une fois, mais il faudrait que tu gardes ton bouclier levé en permanence, parce que tu as vu des choses…

Elle plisse des yeux en l'écoutant. Il n'a pas tort. Il n'est pas le seul à entrer dans les esprits des gens, ils sont beaucoup plus nombreux.

- Tu as vu la Cité des Lumières, et je ne veux pas que quelqu'un puisse le découvrir grâce à ton esprit. Personne n'est au courant de l'existence de cette ville, et je veux que ça reste comme ça.

- Pourquoi ?

- C'est le seul endroit qui me rend heureux. C'est peut-être égoïste, mais cette ville me tient à cœur.

Elle hoche la tête. Elle comprend ce qu'il veut dire. Lorsqu'elle était à la Cour du Printemps, elle se sentait chez elle là-bas… Tout du moins au début. Il ouvre une porte de placard et prend une bouteille de vin rouge. Il ouvre le bouchon de liège et boit une gorgée, directement au goulot. Clarke le regarde faire et croise les bras.

- Très bien, vas-y. Apprend moi. J'ai besoin de me protéger de connards comme toi qui entrent sans permission dans mon esprit.

Il lui sourit et garde la bouteille dans la main en se dirigeant vers le canapé et en lui disant de le suivre. Elle ne savait pas qu'ils allaient le faire maintenant mais il semble décidé. Il pose la bouteille sur la table basse alors que Clarke s'assoit en tailleur sur le canapé devant lui.

- J'aimerais savoir si tu peux entrer dans mon esprit.

- Qu… Quoi ? Je croyais qu'on allait faire le contraire.

- Allez, essaye. Ce sera plus simple pour moi de te montrer comment sortir ton bouclier de cette façon.

- D'accord.

Cela serait un très grand avantage de pouvoir entrer dans la tête de n'importe qui, si elle possède ce don… Ce serait merveilleux.

- Je vais penser à une image, encore et encore, explique-t-il. Je vais la répéter en boucle. Il faudra que tu entres dans mon esprit et que tu trouves cette image.

Elle hoche la tête. Il se penche, prend une nouvelle gorgée de vin et se replace devant elle, en la regardant en silence.

- Tu dois voir par-delà mon crâne, comme si tu lisais dans mon cerveau.

Elle acquiesce une nouvelle fois et triture ses doigts. Elle fixe son front encore et encore, mais elle le voit sourire. Elle essaye, sans qu'il n'y ait aucun effet. Elle ne sait pas comment s'y prendre.

- Je ne sens rien, dit-elle.

- Tu ne te concentres pas assez, explique-t-il. Et regarder mon front ne t'aidera pas. Regarde-moi dans les yeux. Imagine que mes pupilles sont des entrées vers mes pensées, ma vie. Tout ce que j'ai pu voir.

Elle soupire mais décide de le faire, comme il vient de lui dire. Elle plonge ses yeux dans les siens. Dès les premières minutes, elle ne se sent pas à l'aise. Ce n'est jamais facile de fixer quelqu'un dans les yeux sans bouger. Elle se déconcentre rapidement et regarde sur le côté, en sentant ses joues devenir rouge, sans savoir pourquoi.

- Approche un peu plus, dit-il.

- Bellamy, je ne pense pas que…

- Essaye. Approche et essaye.

Il reprend une gorgée alors qu'elle s'approche plus près de lui. Elle tend le bras et intercepte la bouteille, en buvant une gorgée à son tour. Ça l'aidera peut-être… Ils sont si proches que leurs genoux se touchent presque. Elle racle sa gorge et plonge à nouveau ses yeux bleus dans ses yeux noirs. Rien. Rien. Elle sait qu'elle va bientôt perdre patience.

- Pourquoi est-ce que tu rougis ? demande-t-il, un sourire sur ses lèvres.

- Je ne rougis pas. Je…

- Concentre-toi. Rentre dans ma tête.

- J'y arriverai peut-être si tu te la fermais… marmonne-t-elle.

Il sourit un peu plus en la regardant. Elle inspire et expire sans lâcher ses yeux des siens. Elle va y arriver, elle sait qu'elle peut le faire. Il faut juste qu'elle se concentre. Elle concentre toute son énergie à entrer dans son crâne… Et, d'un seul coup, elle ne regarde plus dans ses yeux. Elle est en train de se regarder, debout dans la cuisine. Son dos est tourné, et ses cheveux tombent en cascade dans son dos. Elle est habillée d'un t-shirt ample et d'un short, comme la nuit dernière. Elle entend alors une pensée.

- Tes fesses ressortent bien dans ce short.

Elle ferme ses yeux, et les ouvre à nouveau. Cette fois-ci, c'est bien le visage de Bellamy qui la regarde. Il commence à rire.

- Tu n'es vraiment qu'un porc, dit-elle après la vision qu'elle vient de voir.

- Tu as donc réussi…

Elle lève les yeux au ciel, se sentant encore plus rougir qu'auparavant. Il l'a fait exprès, elle le sait.

- Essaye encore une fois, dit-il. Cette fois je vais te montrer comment je me défends.

- D'accord, mais essaye de penser à autre chose, menace-t-elle.

Il sourit. Elle prend une nouvelle inspiration et le regarde à nouveau. Elle pensait qu'elle allait y arriver encore plus vite, mais ce n'est pas le cas. Elle sent la température de la pièce monter alors qu'ils continuent à se regarder. Il continue à sourire, comme si c'était facile pour lui. Au bout de quelques secondes, elle se revoit à nouveau dans la cuisine, cette fois-ci dans d'autres vêtements.

- Magnifiques jambes.

Alors qu'elle entend le dernier mot, elle sent soudainement un mur invisible la heurter et la chasser de l'esprit dans lequel elle était. Elle cligne plusieurs fois des yeux, en se remettant de ses émotions.

- C'était ça ? demande-t-elle. Tu m'as repoussée ? Tu as senti que j'étais dans ton esprit ?

- Oui, dit-il. J'ai senti comme si mon esprit était brumeux…

- C'est ce que je ressentais aussi quand tu le faisais pour moi !

Elle est toute excitée d'avoir vraiment pu entrer dans sa tête, et cela semble faire plaisir à Bellamy aussi puisqu'il lui fait un grand sourire. Elle sourit aussi et lâche un léger éclat de rire. Elle porte une main contre l'une de ses joues en sentant à quel point elle a chaud.

- Je pense que ça sera tout pour ce soir, lui dit-elle en se relevant. Je vais aller me coucher.

- D'accord.

Il se relève et la regarde, un sourire narquois sur les lèvres, comme s'il savait exactement ce qu'elle ressent en ce moment-même. Elle racle sa gorge et commence à partir.

- Et ne regarde pas mes fesses ! s'exclame-t-elle en se retournant rapidement et en marchant plus vite.

Elle l'entend s'esclaffer derrière elle alors qu'elle entre dans sa chambre et referme la porte derrière elle. Elle s'adosse à celle-ci en mettant ses mains sur ses joues et en souriant. Il a flirté avec moi, pense-t-elle. Et, à son plus grand désespoir, elle a aimé. Elle a aimé.


Bonjour à tous !

C'est parti, Clarke est définitivement (ou pour le moment) dans la Cour de la Nuit ! J'espère que vous aimez toujours le fait qu'elle puisse entraîner ses pouvoirs avec tout le monde, notamment avec Bellamy... Il y aura d'autres séances comme cette dernière, ne vous inquiétez pas !

Encore merci à tout le monde pour vos retours sur cette fiction, je suis contente que vous l'aimiez, c'est le plus important pour moi ! La suite sera encore meilleure, je vous le promets...

- Amandine.