Youpla, c'est le chapitre du week end !

Hésitez pas à lacher des petits commentaires :)


Dimanche 27 octobre 2019

Assis sur le tapis épais de la Salle Commune, le dos contre le fauteuil vert et le regard plongé dans les flammes de la cheminée, Scorpius attendait l'ouverture de la bibliothèque. Impossible pour lui de dormir cette nuit, il avait attendu que ses camarades soient plongés dans le sommeil, avant de se lever sans bruit et de se réfugier ici, au calme, pour réfléchir et repenser à ce cauchemar dans lequel il se noyait. Les dernières heures écoulées avaient été stressantes et effrayantes, et il redoutait avec crainte celles à venir. L'adolescent leva les yeux vers le tableau de Merlin, l'une des rares choses qui n'avaient pas changées dans le Château, mais même l'Enchanteur semblait avoir perdu tout espoir et fixait la surface du lac d'un air morne, l'air résigné à ne jamais voir ce qu'il attendait. Et Albus n'était pas là… il ne pouvait pas se confier à lui, parler de projets, réfléchir ensemble… Il se mordit le poing en chassant son ami de ses pensées, ce n'était pas le moment de faiblir.

Scorpius avait peur de Poudlard. Peur de l'avenir. Peur qu'on découvre qu'il n'était pas le Scorpius que tout le monde connaissait ici et dont il ignorait presque tout… Mentalement, il se récapitula les heures qui venaient de passer, essayant de bien ancrer dans son cerveau toutes les petites informations utiles dont il pourrait se rappeler et qui l'aideraient à tenir un rôle, ici, en attendant qu'il… qu'il quoi ? Il ne savait même pas. Un soupir franchit ses lèvres, il replia ses jambes contre ses genoux.

D'abord, il avait réussi à quitter le bureau de Lafaille sans trop avoir l'air suspect, du moins, il l'espérait. Ensuite, l'adolescent avait gagné le Dortoir. Ce dernier n'avait pas changé, toujours les couleurs de Serpentard, son Dortoir habituel, la seule différence étant que les lits n'avaient pas la même disposition, mais il s'agissait d'un détail infime. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour trouver sa valise et l'ouvrir. Son contenu avait été à la fois étonnant et terrifiant par certains aspects. L'autre Scorpius -il préférait ne pas songer au fait qu'il venait certainement de le faire disparaitre par sa simple présence - n'avait visiblement pas la même passion que lui sur les animaux magiques. Par contre, il adorait le Quidditch… sa valise débordait d'ouvrages sur les balais, l'entretien et il avait même le dernier balai à la mode, le nouvel Eclair de Feu que James voulait absolument, selon Albus. Des coupures de presse et lettres trouvées dans sa valise lui avaient appris ainsi qu'il était apparemment un bon joueur et plusieurs petits mots écrits par des camarades flatteurs disaient qu'il serait surement nommé Capitaine de l'Equipe l'an prochain. Cette découverte l'avait laissé stupéfait, et il s'était demandé, en culpabilisant un peu, s'il n'avait pas enfoui cette passion, dans leur présent, dans le seul but de faire plaisir à Albus qui détestait ce sport… Mais il n'en était pas sûr. Ce dont Scorpius était certain, c'est que lui, actuellement, adorait réellement tous les animaux magiques… et rien n'indiquait dans ce bagage que cette passion était commune à son binôme. Après, peut-être n'était-ce pas très bien vu d'aimer les animaux, dans ce monde.

Discrètement, l'adolescent glissa sa main dans la poche intérieure de sa robe de sorcier. Il toucha le Niffleur en peluche et le Retourneur de Temps, rassuré par leur présence, et posa son menton sur ses genoux en fermant les yeux, s'autorisant quelques instants de repos. Le Niffleur d'Albus Potter, le dernier petit cadeau qu'il lui avait fait… Il se mordit les lèvres en sentant une boule se bloquer dans sa gorge et s'efforça de se concentrer sur sa respiration en attendant qu'elle disparaisse.

Dans sa valise, il avait trouvé d'autres coupures de presse regroupées dans un classeur, visiblement il aimait collectionner tous ce qui flattait sa famille. En effet, dans le classeur, on trouvait beaucoup d'articles concernant Drago Malefoy, le Directeur du Département de la Justice Magique, l'un des meilleurs hommes de main du Seigneur des Ténèbres. Rien que ça. Son père avait le métier de Harry Potter, quelle ironie. Et ça n'avait pas beaucoup plus à Scorpius qui se demandait à quel point il pourrait se confier à son père, jusqu'où la loyauté de ce dernier irait envers Voldemort… Une moue amère avait tordu les lèvres de l'adolescent tandis qu'il lisait des articles racontant des attaques visant des Moldus, sous entendant qu'elles avaient été orchestrées par Drago Malefoy. Scorpius savait qu'autrefois, son père était tombé en disgrâce aux yeux du Mage Noir, vraisemblablement il avait réussi à remonter la pente ! Scorpius en était même venu à se demander comment ses parents avaient pu se marier également dans ce monde, sa mère n'avait jamais été spécialement anti-Moldus ! Ou alors, comme tant d'autres, elle n'avait pas eu le choix et, par peur, s'était adaptée aux règles de Voldemort. Et comme dans tous les autres présents, Astoria était morte, de toute façon, donc impossible de tenter une approche du côté de sa mère pour obtenir une possible aide.

Scorpius sursauta lorsqu'une braise craqua plus fort que les autres et rouvrit les yeux, alerte. Il se gifla mentalement en constatant qu'il était bel et bien seul et qu'il venait d'avoir peur pour rien. L'adolescent frissonna en pensant alors au dernier élément important qu'il avait trouvé dans ses affaires : l'emploi du temps. Un emploi du temps qu'il ne connaissait pas. Non seulement, la plupart des noms des Professeurs lui était inconnue, mais en plus les matières n'étaient pas toutes les mêmes non plus ! Il n'y avait plus les options comme Vies et Mœurs des Moldus, Divination ou Soins aux Créatures Magiques – ce qui expliquait surement pourquoi il n'avait pas cette passion…- et les cours de Défense contre les Forces du Mal avait été remplacés par la pratique de la Magie Noire. Comment allait-il faire, lundi ? Il ne pouvait pas faire semblant de connaitre des cours qu'il ne connaissait pas ! Bien sûr, il pouvait surement potasser en catastrophe les manuels de cours, les notes de l'autre Scorpius, mais il ne pourrait pas rattraper en quelques heures plus de quatre ans de cours et de pratique ! Il était doué, mais pas à ce point non plus !

Entendant un nouveau bruit, Scorpius frissonna et se remit debout pour faire quelques pas dans la Salle Commune. Malgré lui, il leva les yeux vers l'escalier du dortoir, s'attendant à voir Albus descendre les marches dans ses pantoufles glissantes et lui sourire. Mais il ne vit que les ombres mouvantes projetées par la cheminée. Il se sentait devenir complètement fou.

Depuis la découverte de cet emploi du temps, il avait compris qu'il ne pourrait pas rester à Poudlard bien longtemps. Plus il resterait ici, plus il serait en danger. L'adolescent s'approcha de la fenêtre et essaya de sonder les eaux du Lac. Mais même ses eaux semblaient désertes à présent, il ne voyait plus les strangulots et les sirènes, ni le Calmar géant… Il posa la main sur la vitre glacée en se demandant ce qu'il allait devenir et préféra laisser la question en suspens, le temps de continuer à penser à ce qu'il avait déjà appris et vu.

Après avoir refermé sa valise, l'adolescent avait pris le risque d'explorer le Château. Il avait vite compris qu'ici, il n'était pas l'adolescent timide qui frôlait les murs en priant pour qu'on ne le voit pas. La tête haute, le torse bombé, Scorpius avait parcouru les couloirs comme s'il s'agissait de son domaine et remarqué que les élèves qu'il croisait le saluait avec un respect craintif, quand ils ne faisaient pas tout pour l'éviter, craignant sans doute quelques ennuis. Perturbé par ces réactions, il avait pourtant maintenu son attitude en constatant qu'il se fondait dans le décor. Ainsi, il avait constaté que les couleurs des autres Maisons avaient belles et bien disparues du Château, celles dominantes étant le vert, l'argent et le noir. Les Fantômes circulaient moins librement et de temps à autre Scorpius entendait des cris résonner dans les couloirs. Sentant qu'il allait finir par faire une crise d'angoisse s'il continuait à se promener dans le Château sans savoir à quoi s'attendre à chaque tournant, l'adolescent avait commencé à prendre la direction de la Bibliothèque en songeant qu'il allait surement réussir à obtenir des informations intéressantes dans les vieux numéros de La Gazette du Sorcier. Malheureusement, à ce moment-là, il était tombé sur Polly Chapman. Stupéfait, il avait compris que l'adolescente faisait partie de ses « proches » amies et pendant un moment il s'était même demandé s'il ne sortait pas avec tellement elle se collait à lui. L'adolescente avait déblatéré pendant une demie heure, hurlant au scandale parce qu'elle avait appris son « agression » au bord du Lac et lui jurant que même si Madame la Directrice collait tous les Sang de Bourbe en retenue, elle comptait bien trouver les responsables personnellement et leur faire payer. Scorpius avait presque été effrayé devant le visage résolu de l'adolescente et les descriptions détaillées de ce qu'elle ferait subir aux coupables, il avait eu un mal fou à garder un visage impassible et à hocher la tête pour approuver tout ce que sa camarde disait. Préférant ne pas prendre le risque de se faire griller en allant à la Bibliothèque en sa compagnie, il l'avait finalement suivie et ils étaient retournés dans la Salle Commune des Serpentards, endroit apparemment familier pour l'adolescente également qui connaissait les lieux aussi bien que lui. Durant les heures suivantes, il avait beaucoup écouté et assimilé tout ce qu'il pouvait, tout en acquiesçant et en essayant de ne pas avoir l'air suspect. Soit Scorpius avait parfaitement réussi son rôle et Polly n'y avait vu que du feu, soit l'adolescente avait mis ses quelques hésitations sur le compte de la colère et du traumatisme de l'agression. Toujours est-il qu'il savait parfaitement qu'il n'arriverait pas à jouer la comédie bien longtemps et encore moins en cours. Après l'interminable après-midi, ils étaient tous les deux allés dans la Grande Salle. Scorpius avait alors compris qu'il y n'y avait effectivement plus les quatre Maisons, par contre il y avait des clans. L'Elite regroupait les élèves les plus appréciés, il en faisait partie avec Polly, ils étaient craints, respectés par les autres élèves et très appréciés par les Professeurs… et surtout, ils étaient tous des Sang-Pur, sans exception. Ensuite, venait un autre clan qui regroupait quelques Sangs-Purs qui n'étaient pas considérés comme étant des sorciers spécialement doués ou particulièrement investis dans les affaires de l'Ecole, on y trouvait également quelques Sangs-Mêlés. Ces élèves-là évitaient généralement les ennuis, faisaient ce qu'on leur demandait de faire, mais évitaient de prendre des initiatives et préféraient éviter de côtoyer les autres clans. Ensuite, il y avait le dernier groupe, celui qui faisait le plus pitié à Scorpius. Le clan des Nés-Moldus. Il avait été très étonné, en premier lieu, de constater que l'Ecole acceptait de les recevoir, dans la mesure où Voldemort les méprisait ouvertement. Mais après avoir observé ces élèves quelques instants, il avait compris qu'ils étaient là surtout pour servir de souffre-douleurs aux autres, notamment à son propre clan à lui. Leurs vêtements étaient usagés, ils portaient tous des traces de punition corporelle sur les poignets, les mains et parfois même le visage et la plupart apprenait la magie non pour eux, mais pour faire les devoirs ennuyeux des autres. Ils étaient davantage traités comme des esclaves que comme des véritables êtres humains et Scorpius n'en avait pas vu un seul avec une baguette magique à la main ! Ce qui signifiait que soit l'Ecole les prêtait pour les cours, soit ils n'apprenaient que de la théorie…

L'Elite dormait dans le Dortoir familier de Scorpius, les autres… il préférait ne pas savoir où pouvaient coucher le groupe des malheureux Nés-Modlus. Même leur repas était pauvre en comparaison de ce qu'il avait sous le nez. Sa propre table débordait de plats chauds et appétissants, peut être l'une des rares chose qui était commune à son monde d'origine, tandis que la table des « esclaves » contenait de maigres rations de légumes trop cuits, de pain dur comme de la pierre et de l'eau. Et puis, il y avait encore ces bannières… les bannières représentants la Marque des Ténèbres côtoyant celles d'un Augurey noir aux ailes déployées. Scorpius n'avait aucune idée de ce que ce Phénix Noir faisait, représenté sur les murs de l'Ecole et il n'était pas encore assez fou pour oser poser la question.

Scorpius détourna son regard de la fenêtre et le posa sur l'horloge. Encore une bonne heure et la Bibliothèque ouvrirait ses portes. Il n'aurait plus qu'à y aller, profiter de l'heure matinale pour ne pas se faire trop repérer et avec un peu de chances il aurait obtenu plus de réponses avant que ses camarades aient terminé leur grasse matinée. Il toucha encore le Niffleur dans sa poche, rassuré par le contact doux de la peluche mais n'osant pas la sortir, de crainte que sa vue ne parvienne à le faire craquer pour de bon. Il avait envie de se rouler sous une couverture et de pleurer à chaudes larmes en serrant le Niffleur, songeant qu'il avait perdu sa mère et Albus, les deux personnes les plus importantes à ses yeux…

Crac !

Il sursauta en reconnaissant le bruit caractéristique d'un transplanage et se retourna d'un bond, en reculant la main de sa poche, pour voir un Elfe de Maison s'incliner bien bas devant lui :

- Maître… susurra l'Elfe.

Scorpius cligna des yeux en reconnaissant Kryfic, l'Elfe du Manoir des Malefoy. Ainsi, il était toujours à leur service, même dans ce monde ? Quoique… ce n'était pas très étonnant non plus.

- Euh… bonsoir… ou bonjour… répondit Scorpius en dévisageant la créature qui se redressa.

Il nota immédiatement que Kryfic portait une sorte de tunique sur laquelle était brodée l'Augurey sur le devant et la Marque des Ténèbres dans le dos. Les grands yeux marrons de l'Elfe firent rapidement le tour de la Salle Commune et ce fut d'une voix basse, bien que méfiante, qu'il reprit la parole :

- Votre père attend votre rapport…

Perplexe, l'adolescent ouvrit la bouche :

- Ah…Euh… je ne l'ai pas terminé.

De quoi s'agissait-il ? D'un rapport complet sur la façon dont l'Elite maltraitait les Nés-Moldus ? Ou peut-être un compte rendu de ce qu'il apprenait en cours ?

Kryfic cligna des yeux, visiblement il n'attendait pas cette réponse. L'adolescent fronça les sourcils en essayant de prendre l'air autoritaire :

- Je te dis que je ne l'ai pas fini. Repasse plus tard, ou plutôt non, je t'appellerai quand je l'aurais.

L'Elfe s'inclina une nouvelle fois, si bas que son long nez frôla le sol :

- Comme il vous plaira, Maître.

- Exactement. Va-t'en maintenant, marmonna Scorpius.

Kryfic sembla marquer une hésitation, puis disparu dans un nouveau crac !

L'adolescent se passa une main sur le visage, fatigué, se demandant ce qu'était encore cette histoire de rapport en prime. D'un geste devenu machinal, il glissa à nouveau sa main dans sa poche intérieure et toucha le Retourneur et le Niffleur qui n'avaient pas bougé de place. Rassuré, il se passa ensuite une main dans les cheveux.

Et Delphini Diggory ? Que faisait la jeune femme, dans ce monde ? Puisqu'Albus ne... ne l'avait pas rencontré elle ne le connaissait sûrement pas et tout le plan du voyage temporel n'avait jamais dû être mis à jour dans ce présent. Inutile de compter sur sa possible aide, de toute façon, même s'il parvenait à la trouver et à la contacter, jamais Delphini ne croirait son histoire abracadabrante ! Il ignorait même s'ils avaient réussi à sauver Cédric Diggory ! Mais ça, Scorpius pensait pouvoir obtenir la réponse dans les heures prochaines et ensuite… ensuite… il faudra bien qu'il trouve une solution ou qu'un miracle se présente à lui pour sortir de cette situation catastrophique.

Il serra une nouvelle fois le Niffleur... Ne pas craquer... Se concentrer sur ce qu'il fallait faire... Sinon, il s'effondrerait sans pouvoir se relever et tout serait irrémédiablement perdu.


La suite Lundi :)