Scorpius pénétra dans la bibliothèque d'un pas conquérant en se sentant comme l'un de ces cow-boy Moldu dont Albus lui avait parlé. Gardant un air hautain, il passa rapidement les lieux en revu et senti un frisson glacé couler dans son échine en constatant que la pièce avait également été changée. Les bannières argentées, vertes et noires continuaient d'être dominantes dans toute l'Ecole et même les étagères semblaient avoir subi un relooking effrayant. Il était presque sûr que le bois noir d'ébène n'était que faiblement présent dans son monde d'origine, mais ici il n'y avait que ça : étagères et tables pour travailler, toutes étaient en ébène et il trouva ça instantanément glauque. L'adolescent n'accorda pas le moindre regard à la Bibliothécaire et continua d'avancer en fouillant les rayonnages du regard. Il devait bien y avoir des livres d'Histoire, tout de même, pas de raison que ça ne soit pas le cas. Il lui fallait juste trouver la bonne allée…
Scorpius avança, de plus en plus mal à l'aise. Toute l'ambiance des lieux dégageait quelque chose de profondément malsain et les trois quarts des ouvrages concernaient surtout la Magie Noire, la préparation de Potions normalement interdites, l'études de Maléfices et autres joyeusetés du même genre. Le cœur au bord des lèvres, il esquiva une mare rougeâtre au sol en se demandant s'il y avait un cadavre frais sous l'étagère ou si c'était un grimoire qui saignait. Nerveux, il frôla sa poche. Il devait continuer, pour Albus. Trouver des réponses, savoir ce qu'il s'était passé précisément à la Bataille de Poudlard, pourquoi et comment Harry Potter avait trouvé la mort…
Avec soulagement, l'adolescent trouva enfin la section qui l'intéressait et se planta devant les tranches des livres pour déchiffrer les titres, en cherchant un qui pourrait concerner les vingt dernières années. Scorpius fronça le nez. « Ascension du Seigneur des Ténèbres », « La Noble Lignée des Serpentard », « Garder son Sang-Pur d'une génération à l'autre », « L'Augurey », « Histoire de la Marque des Ténèbres », « Les Reliques de la Mort », « Histoire de la Baguette du Sureau »…
Scorpius tendit la main et attrapa le premier en songeant que Voldemort avait surement fait en sorte que l'histoire soit réécrite à sa manière, rien ne garantissait que les informations trouvées dans les pages seraient vraies… Il garda tout de même le grimoire contre lui et hésita sur « L'Augurey », très intrigué en se demandant d'où sortait encore une fois cet Oiseau affiché partout dans Poudlard. Scorpius posa la main sur la tranche en cuir noir et sursauta en entendant un bruit derrière lui. Alerte, il se retourna brusquement pour voir Craig qui venait de lâcher une pile de livres sur la table la plus proche. L'adolescent blond se demanda lequel des deux étaient le plus surpris de voir l'autre. Il réalisa alors que c'était la première fois qu'il voyait Craig Bower ici, alors que normalement ils partageaient le même dortoir dans les autres mondes. Un rapide coup d'œil à ses vêtements lui permis de comprendre que Craig ne faisait pas partie de l'Elite. Visiblement, il ne s'attendait pas à trouver Scorpius ici et le voir semblait même le terroriser.
- Tu… tu es matinal, bégaya son camarade en se tordant les doigts.
Scorpius se contenta de froncer les sourcils, tout en s'écartant prudemment des étagères. Craig Bower continua d'une voix tremblante :
- Pardon, je sais que je devais t'apporter tes devoirs hier soir, mais je n'ai pas encore fini celui d'Astronomie… Mais je te jure que tu auras tout pour midi !
Se détestant au plus haut point, haïssant le personnage qu'il était dans ce monde, Scorpius le toisa avec froideur :
- Tu as intérêt à te grouiller, Bower ! Sinon, tu sauras ce que ça fait de manger à la table des Né-Moldu !
L'adolescent perdit le peu de couleurs qui lui restaient sur les joues et s'assis précipitamment à la table pour entamer la corvée de devoirs. De ce que Scorpius pouvait en juger, il devait surement travailler pour au moins trois élèves différents.
Résigné, Scorpius reposa finalement le livre sur Voldemort. Ici, il ne trainait pas dans la Bibliothèque puisqu'il ne cherchait rien par lui-même, si on le surprenait avec un livre dans ses affaires, il allait subir des questions gênantes. Il lui faudrait un autre moyen de trouver des réponses et il commençait à croire que ce n'était pas à l'Ecole qu'il apprendrait ce dont il avait besoin.
L'adolescent quitta la bibliothèque, soulagé de laisser derrière lui l'ambiance néfaste des lieux. Son mal être était tel qu'il dû s'accorder une pause dans un couloir désert pour respirer de l'air frais à une fenêtre ouverte. Et apercevoir depuis ce point de vue que des Détraqueurs circulaient dans le périmètre du Parc, ce qui l'effraya davantage. S'il cherchait à fuir le Château, les anciens gardiens de la prison d'Azkaban l'attraperaient…
Son ventre gargouilla, lui rappelant qu'il avait à peine mangé hier soir et qu'il n'était pas passé par la Grande Salle, ce matin. Faire la grève de la faim ne lui apporterait rien, l'adolescent descendit les étages, il était encore assez tôt pour prendre le petit déjeuner. Et il fallait qu'il se décide aujourd'hui sur la suite des évènements : soit il restait ici et prenait le risque de se faire griller en cours demain, soit il essayait de remonter le temps mais en étant dans l'incertitude la plus totale et en risquant peut être de créer encore pire, voire de se faire lui-même disparaitre… soit, il fuyait le Château et se réfugiait il ne savait où en attendant d'essayer de trouver des alliés. Scorpius songea à sa Maison, c'est là-bas qu'il voulait aller, mais… le Manoir était certainement un lieu très important pour les Mangemorts si sa famille était autant dans les petits papiers de Voldemort, et son père… Scorpius se passa une main lasse sur son visage, il ne savait même pas si son propre père pourrait être un allié ou un ennemi ! Mais s'il n'allait pas au Manoir, où pouvait-il aller ? Quel endroit serait sécurisé ? Il ne savait même pas si l'Ordre du Phénix ou l'Armée de Dumbledore étaient toujours actifs, et même si c'était le cas il ne risquait pas de tomber « par hasard » sur les résistants ! Et qui pouvaient faire partie des « rebelles » ? Harry Potter était mort, qu'en était-il de la famille Weasley, d'Hermione Granger ? Des professeurs ?
Que ferait Albus à sa place ? Il prendrait surement l'option du Retour dans le Temps directement… Mais ce n'était pas forcément une bonne idée pour autant.
Tout à ses pensées, Scorpius finit par gagner la Grande Salle et s'installa à la place qu'il avait occupé la veille au soir. Trouver une solution. Vite. Et une bonne. Et une où il resterait en vie, de préférence. L'adolescent se servit un généreux bol de thé et attrapa un muffin aux raisins secs.
- Ah, te voilà ! s'exclama Polly en s'asseyant près de lui avec un sourire jusqu'aux lèvres. J'ai une excellente nouvelle, pour toi !
- Salut, Polly, répondit Scorpius en se forçant à avoir l'air enjoué. C'est quoi la nouvelle ?
- Karl et moi on a trouvé les deux Sangs-de-Bourbe qui s'en sont pris à toi ! Ils ont avoué leur crime après un petit Sectusempra ! On s'est dit que tu voudrais peut-être te charger de leur cas, avant de les dénoncer à Ombrage.
La main crispée autour de sa brioche, l'adolescent blond n'eut soudain plus faim du tout. Combien d'élèves avaient été interrogés et torturés à cause de son mensonge ? Les deux « coupables » s'étaient-ils dénoncés pour protéger d'autres camarades et leur épargner ces mêmes souffrances ? Ou avaient-ils avoué ce faux crime parce qu'ils n'avaient pas eu le choix et qu'on attendait qu'ils le confessent de toute façon ?
Il hocha la tête sèchement :
- Merci ! Je m'occuperai de leur cas cet après-midi ! Il y a encore des chaînes libres, ça tombe bien…
Polly gloussa en se trémoussant sur place, il détesta ça. Dire que normalement elle était la meilleure amie de Rose ! L'adolescent n'en revenait pas de voir à quel point les gens pouvaient être différents juste à cause de certains détails modifiés. C'était terrifiant.
Il se força à mâcher son muffin avec application, le trouvant pâteux, trop gros en bouche, pas pratique à avaler, trop mou…
Ils furent rejoints bientôt par le fameux Karl Jenkins, un élève de cinquième année appartenant à la Maison des Serpentard dans son monde d'origine. Albus l'avait aidé plusieurs fois à faire ses devoirs de Divination. Penser à son ami lui serra à nouveau le cœur et il lutta courageusement pour avaler son petit déjeuner en réprimant les nausées qui menaçaient son estomac.
Karl adressa un sourire charmeur à Polly Chapman :
- Tu viens au Bal du Sang avec moi, Polly ? Tu n'as pas encore de cavaliers…
Le teint de la jeune fille se colora d'un rouge vif impressionnant tandis que Scorpius, épuisé mentalement, se demandait ce qu'était encore cette nouveauté. Un Bal ? Il remarqua aussi que son « amie » lui jetait un petit coup d'œil désespéré. Vraisemblablement, elle attendait que lui l'invite et elle devait refuser toutes les propositions en ayant cet espoir. Gardant un air aussi neutre que possible, l'adolescent regarda Jenkins et Chapman tour à tour en se demandant ce qu'il était censé faire. La laisser se débrouiller ? L'inviter ? Narguer Karl ?
- C'est que… marmonna-t-elle en tripotant sa serviette en papier. Je… je sais pas…
Karl leva les yeux au ciel, frustré et Scorpius comprit que son camarade rêvait en réalité que Polly accepte son invitation.
- Polly, si tu attends trop longtemps, tu vas finir toute seule !
L'adolescente soupira en évitant de regarder Scorpius et tapota le rebord de son verre :
- Tu vas au Bal avec qui, toi ?
- Je n'ai pas encore pris ma décision, rétorqua-t-il avec une certaine distance dans la voix.
Jenkins sauta sur l'occasion en tendant un croissant à Polly avec un grand sourire :
- L'Augurey sera là, Scorpius doit lui faire la meilleure impression possible et ça passera forcément par son choix au niveau de sa cavalière.
- Ouais, ouais… marmonna Polly tandis que l'adolescent blond sentait un piège sournois se refermer autour de lui.
L'Augurey représenté partout représentait donc quelqu'un ? Pour être affiché ainsi, c'était quelqu'un de haut placé parmi les Forces du Mal et surement un favori de Voldemort ou quelque chose dans cette idée-là. Un bras droit, un sous fifre… Et apparemment, lui était censé rencontrer cet Augurey ?
A cet instant, Scorpius prit sa décision. Il devait fuir. Maintenant. A tout prix.
Il se leva de table :
- Je reviens, j'ai quelque chose à récupérer au Dortoir, puis je vous rejoins ici. On ira voir les Sang-de-Bourbe.
Sans leur laisser le temps de protester, Scorpius sortit de la Grande Salle d'un pas mesuré mais en rêvant de fuir à toutes jambes en réalité. Il savait qu'il agissait sans réel plan, sur un coup de tête, mais s'il restait ici une minute de plus…
Avec un soupir de soulagement, Scorpius referma la porte du Dortoir derrière lui. Il n'avait qu'une seule façon de s'enfuir sans être tracé…
- Kryfic ! appela-t-il dans un chuchotement en vérifiant qu'il était bien seul.
L'Elfe de Maison apparut dans un crac sonore et s'inclina bien bas. Scorpius s'accroupit immédiatement à sa hauteur :
- Est-ce qu'il y a des gens chez moi, là, maintenant ?
Perplexe, Kryfic se redressa en observant son jeune Maître :
- Des gens… ?
- Je veux dire, si je te demande de transplaner avec moi, là, à la maison, est-ce qu'on sera seul ? Où est-ce qu'il y a du monde ?
L'Elfe de Maison pencha la tête sur le côté, comme un chien étonné par l'attitude de son propriétaire et répondit :
- Je peux vérifier si la voie est libre et revenir vous chercher ensuite, Maître.
- Oui ! C'est parfait, fait donc ça, Kryfic !
Le cœur battant, Scorpius regarda l'Elfe de Maison disparaitre. En attendant son retour imminent, il toucha à nouveau le Retourneur de Temps dans sa poche, puis le Niffleur et étreignit ce dernier à travers le tissu. L'adolescent pris une profonde inspiration et serra les doigts pour ne plus les sentir trembler d'angoisse. Il devait sauver Albus d'une façon ou d'une autre, même si ça comportait des risques.
Kryfic revint devant lui et s'inclina si bas que son nez toucha le sol :
- Maître, il n'y a personne au Manoir, nous pouvons y aller.
Vaguement soulagé, Scorpius acquiesça :
- Alors partons, tout de suite !
Il sentit la petite main de l'Elfe se poser sur son bras et ferma les yeux tandis qu'il se sentait happé par le Transplanage de son serviteur.
A peine ses pieds touchèrent-ils la terre ferme que Scorpius sentit une main l'attraper par le col et le plaquer contre un mur. En un clin d'œil, l'adolescent reconnu la salle secrète dissimulée sous le salon du Manoir, aperçut Kryfic qui s'inclinait bien bas derrière le Maître des lieux et Drago Malefoy qui le maintenait contre ce mur, la baguette pointée contre sa gorge et les yeux emplis de colère.
- Qui es-tu ?! gronda Drago. Tu n'es pas mon fils !
Effrayé, Scorpius croisa son regard gris, la baguette magique appuyée douloureusement contre la chair de son cou. Ne venait-il pas de se jeter dans la gueule du loup ?
Et voilà pour aujourd'hui ! Ceux qui ont lu la version pièce de théâtre doivent constater que je propose une version assez différente ici...
