Ici, pas mal de changements vis à vis de la pièce de théâtre :)


30 octobre 1981

Godric's Hollow

Le pas chancelant, Albus descendit du Magicobus en remerciant le chauffeur tandis que Scorpius, le teint verdâtre, vomissait déjà dans le caniveau. Le Magicobus repartit dans un BANG ! sonore, laissant les deux adolescents dans une rue déserte.

- J'ai toujours rêvé de venir ici, marmonna Scorpius, mais pas dans un tel contexte.

- Pourquoi ?

- Pleins de grands sorciers ont vécu ici : Godric Gryffondor, Albus Dumbledore, ton père est né ici…

Albus regarda autour d'eux. Sans sa baguette magique, il se sentait terriblement vulnérable. Prudemment, ils se dirigèrent vers le centre du village et débouchèrent sur une petite place ornée d'un monument aux morts. Des maisonnettes alignées côtoyaient quelques magasins encore fermés à cette heure matinale.

- Dans notre présent, c'est devenu une petite ville, murmura Scorpius. C'est mignon ce format village ! Dommage que ça ait changé avec le temps.

- Mon père a insisté plusieurs fois pour m'amener ici, avoua Albus à mi-voix. Mais je n'ai jamais voulu le suivre. Tu crois qu'il voulait me montrer quoi ?

Scorpius lui jeta un coup d'œil hésitant, puis regarda autour de lui. Il pointa finalement du doigt l'église plus loin :

- Derrière, il y a un cimetière. Une partie de la famille de Dumbledore est enterrée ici, mais également tes grands parents.

Presque malgré lui, Albus pivota dans la direction indiquée, comme si ses yeux étaient capables de voir au-delà des murs du bâtiment religieux.

- Et là, tu peux voir le monument aux morts. Plus tard, il y aura une statue de Lily et James Potter à cet endroit. Et peut-être aussi qu'il voulait tout simplement te montrer leur maison.

Albus pâlit un peu et il regretta soudain de ne pas avoir accompagné son père à cet endroit. Peut-être n'en aurait-il plus jamais l'occasion…

- Est-ce que… tu sais… où est la maison de mes grands-parents ? Juste pour la voir un peu…

Un doux sourire compatissant se dessina sur les lèvres de Scorpius qui lui fit signe de le suivre :

- Viens.

Ils empruntèrent un chemin qui menait en dehors du village. Des maisons s'alignaient là encore, ils entendaient des bruits de vaisselle par moment, une lumière qui s'éteignait…

- Normalement c'est la toute dernière maison au bout.

Essayant d'avoir l'air de deux promeneurs, les deux adolescents avancèrent. Albus s'arrêta soudain et pris le bras de Scorpius pour le stopper :

- On est bête… On ne pourra pas voir leur maison. Ils se cachent de Voldemort et leur maison est donc sous le charme de Fidelitas qui sera dissipé à leur mort.

- D'accord, mais on connait quand même l'adresse alors peut être que… ?

- Ça ne marche pas ainsi, rappela Albus. Rappelle-toi ce que nous a dit le Professeur Flitwick en cours, seule la mort ou le Gardien du Secret peut révéler l'endroit caché. En l'occurrence, il faudrait que Pettigrow nous donne l'information oralement ou à l'écrit.

Scorpius tourna la tête, les yeux parcourant le reste de l'allée. Il acquiesça :

- Tu as raison, elle n'est pas visible…

- Et qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demanda Albus. Delphi n'est pas encore arrivée mais elle peut débouler à n'importe quel moment d'ici demain… Quoique, elle ne pourra pas agir facilement si elle n'a pas l'information par Pettigrow… Ou peut-être qu'elle est en train de le chercher pour le faire parler…

Scorpius l'attira soudain dans une allée sombre en entendant une porte s'ouvrir non loin d'eux et posa un doigt sur ses lèvres. Discrètement, il observa la femme qui sortait sur le perron de sa maison, un gros sac de voyage pendant au bout de son bras. Elle jeta un rapide coup d'œil à droite, puis un autre à gauche et Scorpius la vit sortir une baguette magique qui tapota le sac qui sembla peser beaucoup moins lourd. L'air satisfaite, elle s'engagea dans la ruelle en jetant un rapide coup d'œil en direction de la maison invisible des Potter et sortit du village. Un instant plus tard, elle transplanait.

- C'était Bathilda Tourdesac ! murmura Scorpius.

Albus lui jeta un regard étonné :

- Celle qui a écrit L'Histoire de la Magie ?

- Elle-même ! Et vu son sac, elle vient de partir en vacances ou faire des recherches pour un autre livre ! Et si on allait squatter sa maison ? On trouvera peut-être des trucs intéressants et en plus on n'est pas loin de la maison de ton père, on pourra surveiller tout ce qu'il se passe !

Réticent à l'idée de s'introduire chez une sorcière pendant son absence, Albus emboita tout de même le pas à son ami en songeant qu'il s'agissait là d'un cas de force majeure.

Prudemment, les deux amis pénétrèrent dans la maison de l'historienne. Curieux malgré tout, ils regardèrent autour d'eux en découvrant le salon :

- Oh regarde çaaaaa ! s'exclama Scorpius tout excité en se précipitant vers une commode.

Les yeux brillants, il observa un présentoir regroupant une dizaine de baguettes magiques.

- Elles ont toutes appartenu à des sorcières et sorciers célèbres ! Cyprien Yodel, Adalbert Lasornette, Daisy Dodderidge, Mangouste Bonham… Elle a du mettre un temps fou pour réussir à réunir ces trésors.

Albus s'autorisa un sourire :

- Au moins, on pourra les emprunter en cas de besoin, mais ça ne nous dit pas ce qu'on fait pour mes grands-parents. On ne sait pas quand Delphini va frapper, ni comment on va rentrer chez nous…

Scorpius soupira, le visage à présent pensif et s'approcha discrètement de la fenêtre. Il observa l'emplacement de la maison des Potter, puis se tourna vers une étagère regroupant plusieurs photos où l'on voyait un jeune homme blond qu'il ne connaissait pas, puis il regarda à nouveau dehors.

- Je crois, Albus, que nous devons nous résigner à ne pas pouvoir rentrer chez nous, murmura-t-il. Nous ne pouvons pas aller au Ministère de la Magie pour expliquer notre situation, ça prendrait trop de temps et je ne pense pas que nous serions écoutés. Je crains que le futur soit obligé d'être changé… Soit en laissant faire Delphini et nous aurons alors droit à un monde avec Voldemort au pouvoir comme je l'ai vu… soit, nous prévenons tes grands parents, tu ressembles à James, je pense qu'ils nous écouteraient. On leur explique tout, le futur changera certainement s'ils sont prêts et informés, ils pourront fuir avant l'arrivée de Voldemort et on pourrait mettre ensuite Dumbledore au courant pour les Horcruxes… Mais avec un peu de chances, ce futur sera meilleur.

- Mais en faisant ça, est-ce que toi et moi on ne risque pas de disparaitre… ? souffla Albus. Tout peut changer pour mon père s'il n'est plus orphelin en grandissant… peut être qu'il ne sera pas autant ami avec les Weasley… il n'aura pas non plus cette identité de l'orphelin survivant, ton père n'en sera peut-être plus autant jaloux.

- Je sais tout ça et savoir que peut-être on risque de disparaitre est des plus angoissants. Mais soyons honnêtes, nous détenons les réponses à l'heure actuelle. Arriverais-tu à dormir sur tes deux oreilles si Delphi agit et pas nous ? Si on laisse arriver un monde pire que celui que nous connaissons… ? Et puis, elle sait que nous sommes dans la même époque qu'elle et que tôt ou tard on voudra peut-être l'empêcher de faire des dégâts, tu te doutes bien qu'elle nous traquera sans relâche pour ne pas que l'on puisse informer Dumbledore, le Ministre ou autre…

- Si ça se trouve, elle nous cherche déjà, murmura Albus avec un frisson d'angoisse.

- Peut être… ou peut-être qu'elle pense qu'on est trop stupide pour agir si tôt. Surtout que nous ne sommes pas sensé pouvoir faire grand-chose sans baguettes magiques.

Son ami acquiesça en regardant le tapis entre ses pieds. Il regrettait de ne pas avoir pris plus de temps pour apprendre à connaître son père, lui dire qu'il était désolé d'avoir été tellement en colère contre lui. Une partie de lui savait parfaitement qu'en ce moment même, dans le futur, Harry Potter devait se faire un sang d'encre pour son fils disparu.

- D'accord, j'ai appris à faire confiance à tes idées, Scorpius. Tu avais raison de te méfier de Delphini, tu avais raison de vouloir m'empêcher de tripoter le temps, tu avais raison de vouloir détruire le Retourneur de Temps… Si tu penses que nous devons prendre le risque de nous sacrifier pour sauver le futur et peut être réussir à faire en sorte que mon père ne connaisse pas la douleur d'être orphelin, alors nous devons prévenir James et Lily.

- Le seul problème, c'est que je ne sais pas comment faire, avoua Scorpius en se passant une main dans ses mèches blondes. Ils sont sous la protection du sortilège, on ne peut pas entrer chez eux. Et Dumbledore a beau habiter dans la maison voisine, je ne vois aucun signe de vie depuis tout à l'heure. Il œuvre surement ailleurs, pour l'Ordre du Phénix…

Albus se mit à faire les cent pas en réfléchissant à voix haute en jetant de temps à autre des coups d'œil en direction des fenêtres pour s'assurer que tout allait bien de ce côté-là :

- On peut toujours essayer de sortir et de faire des signes dans la rue pour essayer d'attirer leur attention… ?

- Bonne idée si tu veux que tout le voisinage te prenne pour un fou et que les Moldus se mettent à appeler la Police.

- Hibou ! s'écria soudain Albus en se précipitant vers le présentoir.

Avant que Scorpius ait le temps de comprendre quoi que ce soit, son ami s'empara de la baguette de Cyprien Yodel, ouvrit la fenêtre donnant sur le jardin et la pointa en direction du rapace visible dans le ciel.

- Mais qu'est-ce que…

- Stupéfix ! Accio Hibou !

Choqué, Scorpius vit le premier sortilège frapper l'oiseau qui se figea, les ailes écartées, en plein vol, puis le Sortilège d'Attraction l'attira à eux. Albus réceptionna le hibou et referma précipitamment la fenêtre pour ne pas qu'il s'envole si le sort se levait.

- Mais tu vas pas bien ?! On n'agresse pas ainsi un animal sans défense ! Et tu m'écoutes au moins ?

Mais Albus était trop occupé à défaire le paquet accroché à la patte et à déchiffrer l'adresse.

- Albus !

- Ouiiiiiiiiiii ! s'écria l'adolescent en levant les bras en signe de victoire sous les yeux ronds de son ami. Je suis un génie ! Regarde ça !

Tout excité, il brandit le paquet sous le nez de Scorpius qui recula de surprise, tout en plissant les yeux pour regarder à son tour les quelques lignes inscrites :

- Mais… c'est l'adresse des Potter ! Mais comment tu… ?

- Réfléchis deux secondes. Il y a peu de sorciers dans ce village et en plus, nous sommes dans le quartier le plus éloigné. Si un hibou vient par ici, c'est forcément pour livrer soit chez Dumbledore, soit ici, soit dans ma famille. Bon, il y avait une chance sur trois mais c'était à tenter ! Et j'ai eu raison !

- C'était un pari risqué, souffla Scorpius. Et tu n'étais pas obligé de maltraiter ce pauvre animal !

- Maintenant, on n'a plus qu'à écrire un message et à relâcher le hibou pour qu'il finisse sa livraison ! On va prévenir James et Lily !

- Et la Trace ? On est mineurs et on vient de lancer deux sorts, on va se faire repérer !

- Sauf que nous ne sommes pas censés exister ici, que je l'ai lancé depuis une maison de sorciers et qu'ils ne sauront pas à qui se plaindre. Tout au plus, on recevra un courrier d'avertissement ici, mais on ne risque pas d'être renvoyé de Poudlard ou autre. Et s'ils envoient des Aurors, on tâchera d'expliquer !

Encore déboussolé, Scorpius acquiesça en ayant tout de même l'impression qu'un détail important lui échappait. Albus était déjà en train de défaire le paquet avec soin :

- C'est du nécessaire pour bébé, des petits cadeaux on dirait. Un petit livre, une peluche…

Scorpius réalisa soudain le détail qui le travaillait :

- Attend ! Quelque chose cloche !

Albus leva les yeux vers lui, interrogateur.

- On vient de le dire, ta famille est sous le couvert d'un sort pour se cacher. Même le hibou n'est pas censé trouver l'adresse, sauf si l'adresse a été écrite par le Gardien du Secret…

Ils échangèrent un regard tétanisé, avant de se précipiter comme un seul homme vers la fenêtre donnant sur la rue.

- La maison ! souffla Albus. On la voit maintenant ! Scorpius, qu'est-ce que ça veut dire ?

- Que Peter Pettigrow a envoyé lui-même ce colis aux Potter… peut être pour se faire bien voir et qu'on ne soupçonne pas sa trahison à venir…ou pour se donner bonne conscience.

- L'enfoiré ! siffla Albus. Tu crois que c'est ça ?

- Je n'en sais rien. Toujours est-il que ce colis est intéressant, on va écrire à ta famille comme tu le voulais ! Le mieux c'est de dire qu'ils sont en danger, expliquer qu'ils vont être trahi…

- Scorpius…

- Que le temps est chamboulé, que nous sommes là pour les aider.

- Scorpius… !

- Et qu'ils peuvent nous retrouver ici pour qu'on discute mieux de la situation. Peut-être qu'on devrait ajouter des éléments que seule ta famille doit connaitre pour avoir leur confiance… ?

- Scorpius, la couverture !

Réalisant que son camarade tentait d'attirer son attention depuis plusieurs secondes, Scorpius se tourna vers lui, interrogateur. Albus était pâle et pointait du doigt la couverture qui dépassait du paquet ouvert :

- Mon père a toujours cette couverture dans le futur ! Si on essayait d'abord de le prévenir lui ? Il pourra peut-être nous aider, nous sortir de là ! On lui expliquera tout et il pourra contrer Delphi ! Tout ça sans qu'on ait besoin de modifier complètement le temps !

- Tu crois ? Tu penses à quoi au juste ?

- Lui envoyer un message avec cette couverture, un message qu'il recevra dans le futur. On lui dit où on est et il arrivera pour régler cette situation une bonne fois pour toute !

Songeur, Scorpius observa son ami :

- D'accord, ce serait effectivement intéressant. Mais je ne vois pas comment tu veux faire, Albus. Si on écrit un message maintenant sur cette couverture, même en tout petit, n'importe qui pourrait le voir avant l'année 2020.

Un sourire étira lentement les lèvres d'Albus qui se tourna vers son camarade, les yeux pétillants. Cette étrange question sortie sorti de ses lèvres :

- Qu'est-ce que tu sais sur les Potions d'Amour ?

Malgré lui, Scorpius se sentit rougir en se demandant pourquoi il lui demandait ça :

- Euh… C'est fait avec de la poudre de nacre qui est l'un des composant principal, pourquoi ?

- Je t'ai dit que papa et moi nous nous sommes disputés juste avant la rentrée.

Scorpius acquiesça en croisant les bras :

- Oui, je m'en souviens. C'est même en partie ce qui nous a fichu dans cette galère. Mais quel rapport ?

- Il voulait m'offrir cette couverture justement et dans un mouvement de rage je l'ai jeté dans ma chambre. Elle est tombée et la potion d'Amour qu'oncle Ron m'avait offert s'est renversée sur elle. Personnellement, je ne l'ai pas du tout touché, j'ai tout laissé par terre et mon père m'a dit que ma mère avait tout laissé en l'état.

L'adolescent blond réfléchit en écoutant son ami :

- D'accord. Si on écrit un message en teinture de Demiguise sur la couverture, il restera invisible jusqu'à ce que la potion contenant la poudre de nacre soit révélé. Tu es sûr que ton attention ou celle de ton père ne sera pas attirée par le message au moment de votre dispute ?

- Certain ! répondit Albus. On était trop occupé à se disputer et aucun de nous ne s'est penché pour essayer d'essuyer la couverture, donc c'est sûr et certain qu'on ne remarquera pas le message.

Un peu gêné de farfouiller dans une maison qui n'était pas la sienne et sans la permission de la propriétaire, Scorpius se mit en quête de teinture de Demiguise. L'ingrédient était relativement basique pour faire de l'encre invisible et, pour avoir lu la biographie de Bathilda Tourdesac, il savait qu'elle écrivait souvent le résultat de ses recherches à l'encre invisible justement, pour ne pas que l'on puisse lui dérober et publier ses travaux tant qu'ils n'étaient pas terminés. Il s'arrêta soudain, une main encore plongée dans un tiroir :

- Attend, c'est bien mignon tout ça, mais… Comment savoir quand ton père va tomber sur cette couverture dans le futur ? Qu'il sera prévenu à temps ?

- Parce que quand on a quitté notre époque à cause de Delphini, on approchait d'Halloween, répondit Albus qui étalait déjà la couverture sur la table et la lissait avec le plat de la main. Chaque année, il la prend avec lui comme un rituel, ça lui porte chance il parait. Et en plus de ça, outre le fait que c'est bientôt l'anniversaire de mort de mes grands-parents, je suppose qu'il va aussi chercher de la « chance » avec, vu que nous avons disparu. Donc il va la prendre là ou dans les heures à venir.

Scorpius hocha la tête et reprit ses recherches aidé par Albus.


Oui, j'ai corrigé l'une des plus grosses erreurs vues dans la pièce. En effet, dans le script original, les deux adolescents voient carrément Lily et James Potter sortir de leur maison, sans crainte, border le bébé avec la couverture... alors qu'ils sont sensés être cachés pour ne pas être trouvé par Voldemort ! On ignorait également comment Albus et Scorpius arrivaient à se rendre à Godric's Hollow... et apparemment ils volaient des baguettes magiques comme ça, super facilement et tout... Attention, je ne dis pas que ma version est parfaite, loin de là, j'ai conscience qu'à plusieurs moments c'est tiré par les cheveux, mais j'espère que c'est moins incohérent d'une façon générale :)

Merci à vous tous d'être fidèles au poste !