Au cours des semaines qui suivirent, les incidents continuèrent sans qu'ils ne parviennent à localiser le ou les responsables. Albus répara son sac de cours pas moins de trois fois avant de trouver le moyen de le protéger avec un Sortilège du Bouclier autant que possible. Il évitait de laisser son camarade seul, Scorpius avait tendance à rencontrer beaucoup d'accidents sur son chemin lorsqu'il n'était pas accompagné, allant de Peeves qui le réveillait toutes les nuits en lui soufflant sur le visage (le Professeur Lafaille avait dû intervenir en personne en demandant l'aide du Baron Sanglant pour faire cesser ces facéties), à divers objets qui venaient soudain lui barrer la route et le faire trébucher, en passant par de nouvelles tentatives – parfois réussies - de le faire tomber dans l'escalier. Ces diverses tentatives avaient attiré l'attention de plusieurs élèves de Serpentard qui s'étaient alors passé le mot pour garder un oeil sur leurs camarades, décidés à les protéger et à coincer les petits malins qui s'en prenaient à eux. Une escorte qui n'avait pas obtenu de résultat quant à l'identité des responsables, mais qui avait au moins le mérite de limiter les problèmes.

Pour l'heure, les deux amis profitaient d'un rare rayon de soleil automnal, dans le Parc de Poudlard. Comme souvent, Albus travaillait sur son projet de livre tandis que Scorpius taillait une nouvelle baguette magique.

- Tu fais quoi, à Noël ? demanda soudain le jeune homme blond.

- Je ne sais pas trop, répondit Albus sans quitter son parchemin des yeux. Mes parents veulent aller du côté de la Bulgarie pour voir Krum. Parait qu'il serait enchanté de donner pleins de conseils à James et qu'il voudrait voir de ses propres yeux ce qu'il vaut.

- Sérieusement ? Ton frère doit être aux anges ! S'il a l'appuie de Krum, il aura plus de facilité à intégrer une grande équipe !

- Exactement. Le truc, c'est que personnellement, j'ai pas spécialement envie d'aller en Bulgarie pour les vacances. Surtout que Rose veut absolument les accompagner pour faire sa frimeuse et raconter ensuite à tout le monde qu'elle a rencontré le grand Viktor Krum.

Scorpius fit tourner le morceau de bois entre ses doigts :

- Elle veut les accompagner alors que ça a l'air tendu entre elle et James ? Ben ça promet…

- A qui le dis-tu. En plus, Lily a déjà demandé à mes parents si elle pouvait rester à Poudlard, cette année, parce qu'une de ses copines reste et qu'elle ne veut pas la laisser toute seule.

- Tes parents ont accepté ?

- Ouais. Et c'est même papa qui m'a proposé de rester aussi, si je le voulais, vu que le Quidditch c'est pas non plus ma passion…

Albus reposa sa plume et tourna les yeux vers son camarade dont le regard gris était perdu dans quelques pensées.

-Si tu veux, je peux demander à Papa si tu peux venir passer les vacances de Noël à la maison, proposa alors le jeune homme.

- Tu crois qu'il sera d'accord ? Je sais qu'il me tolère, mais de là à m'accepter une semaine sous son toit….

Scorpius tourna le visage vers lui et se rapprocha, avant de souffler contre ses lèvres :

- En tout cas, ça ne coûte rien de lui demander. Si mon père est d'accord, le tien le sera ?

- J'en fais mon affaire, répondit Albus en souriant.

Les lèvres du blond se posèrent sur les siennes. Albus glissa ses doigts dans les mèches claires, songeant déjà à Noël et au fait que s'ils le passaient ensemble, ils seraient tranquilles pendant plusieurs jours.

Scorpius s'écarta soudain avec une exclamation de douleur à l'instant où Albus sentait une chaleur imprévue au niveau de son bras. Stupéfait, il vit que le bout de bois dans les doigts de son petit ami avait prit feu. Les flammes enveloppaient déjà sa main.

- Aguamenti ! s'écria-t-il en pointant sa propre baguette sur le feu.

Un jet d'eau jaillit immédiatement et l'éteignit. La création de Scorpius était à présent noircie et sa main rouge, complètement brûlée.

- Viens, on va à l'Infirmerie ! s'écria Albus avec inquiétude en repliant leurs affaires en un tour de main.

Tout en se mordant les lèvres pour ne pas laisser échapper de plainte, Scorpius se releva, le bras replié contre son torse dans un geste de protection. Ses yeux balayèrent les environs, à la recherche de celui qui venait de l'attaquer avec un Incendio. Bien entendu, il ne remarqua rien d'anormal. Sur ses gardes, il prit la direction du Château tandis qu'Albus lançait régulièrement le Sortilège du Bouclier autour d'eux.

- Ça commence à virer au harcèlement, murmura Albus en arrivant dans le hall. Tu crois qu'on doit en parler à Lafaille ?

- On ne sait même pas qui s'amuse à nous faire ça. Si Lafaille intervient, on risque de s'en prendre encore plus à nous, non ?

- Je n'en sais rien…

Tandis qu'ils montaient l'escalier, James les croisa en courant, sans les remarquer. Son visage affichait une vive contrariété qu'Albus n'avait que rarement vu sur son visage. Il soupira en songeant que son frère avait encore dû se disputer avec Rose et que non, il n'avait vraiment pas envie de les supporter à Noël. A une époque, il aurait tout donné pour que tous deux cessent de lui mener la vie dure et cessent de si bien s'entendre. A présent, il songeait qu'il préférait que son frère et sa cousine se remettent ensemble. Les entendre et les voir se disputer était bien pire.

Mme Pomfresh ne fit pas le moindre commentaire en les voyant entrer dans son Infirmerie. Si elle commençait à être agacée de le voir venir plus régulièrement, elle n'en laissa rien paraitre et remit la main de Scorpius en bon état en quelques minutes.

Une fois le jeune homme blond guérit, ils décidèrent de retourner dans la Salle Commune pour éviter de se faire à nouveau agresser. Scorpius s'étala sur le canapé libre avec un livre dans les mains tandis qu'Albus révisait son cours d'Astronomie. Une bonne demie heure s'écoula, jusqu'à ce que le Professeur Lafaille entre dans la Salle Commune. Immédiatement, le silence se fit, tandis que les regards curieux des élèves présents se posaient sur le Directeur des Serpentard.

- Malefoy, Potter, venez avec moi, ordonna le Professeur.

Surpris, les deux amis échangèrent un regard. Le premier referma son livre, l'autre replia son parchemin de cours, puis ils se levèrent et suivirent Lafaille hors de la Salle Commune sous le regard de leurs camarades.

Le Professeur leur fit signe de prendre place sur les deux chaises qui faisaient face au bureau et s'installa derrière ce dernier.

-Bien, commença-t-il lorsque les deux adolescents furent assis. Mme Pomfresh vient de m'apprendre que vous avez tendance à devenir un peu trop familier avec l'Infirmerie, Monsieur Malefoy : écorchures, bras cassé et le dernier accident en date : une main sévèrement brûlée, aujourd'hui même.

Scorpius baissa les yeux.

- Quant à vous, Monsieur Potter, j'ai eu la surprise de voir votre petite sœur toquer à ma porte, il y a une semaine. Elle m'a fait part de certaines de ses inquiétudes concernant le fait que vous avez dû réparer plusieurs fois un sac neuf et que vous lui avez parlé des accidents qui arrivent à votre ami. Cette jeune fille est inquiète pour vous et n'a pas hésité à me parler carrément de harcèlement à votre encontre.

Albus ouvrit la bouche et la referma sans rien dire. Lily avait donc décidé d'aller parler à Lafaille. Il fut touché de savoir que sa petite sœur s'inquiétait pour eux.

- Alors, que pouvez-vous me dire à ce sujet, tous les deux ? s'enquit le Directeur des Serpentard. Pourquoi n'avez-vous pas jugé utile de venir me parler ?

- C'est que… commença Scorpius. On ne savait pas vraiment quoi vous dire…

Le Professeur croisa les doigts en les observant tour à tour :

- Ce que je remarque, en entendant le récit de Lily Potter et de Mme Pomfresh, c'est que Monsieur Malefoy est vraisemblablement visé avec une intention de lui faire du mal, tandis que Monsieur Potter est, certes, également concerné, mais il n'a pas été touché physiquement. Une idée ?

Albus échangea un regard étonné avec Scorpius en réalisant soudain que le Professeur avait effectivement noté un détail intéressant.

- Aucune, Monsieur, répondit Albus. Nous n'avions même pas fait attention à cette différence pour être honnête.

- A quel moment ces évènements ont-ils commencé ?

- A peu près à la rentrée, il me semble, déclara Scorpius en réfléchissant. Non, après, c'était en octobre que ça a commencé. Je suis tombé dans l'escalier et le lendemain, le sac d'Albus s'est déchiré pour la première fois.

Les yeux perçants de Lafaille se posèrent sur la main du jeune homme blond :

- Les agressions que vous subissez sont graves, Monsieur Malefoy. Tout ceci pourrait très mal finir. Avez-vous le moindre soupçon sur une personne qui vous en voudrait ? Avez-vous fait quelque chose qui auraient contrarié certains de vos camarades ?

- Bien sûr que non ! s'indigna Scorpius. A dire vrai, j'avais même l'impression que les choses allaient mieux, cette année, depuis que mon grand-père est en prison. Les rumeurs faisant de moi le fils de Voldemort se sont grandement atténuées, les gens se sont lassés et le mois de septembre a été plutôt très agréable et calme, comparé aux autres années.

Lafaille se frotta pensivement le menton, avant de reprendre la parole :

- Je dois prévenir la Directrice. Elle me demandera peut-être de prévenir également vos parents.

- Oh non, s'il vous plait ! supplia Scorpius. Ne dîtes rien à mon père !

Le Professeur fronça les sourcils :

- Pourquoi ce refus, Monsieur Malefoy ?

Le jeune homme rougit :

- Mon père se fait déjà assez de soucis pour moi… Ne le prévenez pas, ou pas tout de suite, je vous en prie.

Lafaille resta silencieux, hésitant :

- Très bien, pour le moment je ne dirais rien. Toutefois, si vous avez un nouvel accident, je ne pourrais pas me permettre de garder le silence plus longtemps. Bien entendu, si entre temps vous obtenez des informations ou s'il vous arrive quoi que ce soit, je veux le savoir immédiatement. Est-ce clair ?

Il dévisagea les deux adolescents jusqu'à ce que ces derniers hochent la tête et promettent de le prévenir.