Note d'auteur: Et voilà! Je vous livre le chapitre suivant! J'espère qu'il vous plaira! Bonne lecture!


Je ne comprends pas. C'est qui celui-là? Ma future famille d'accueil? En général ils se montrent pas jusqu'ici les gens. C'est plutôt Phil' qui va les voir.

– Il se trouve que Monsieur Snape a connu ta maman et il…

Phil' ne trouve pas les mots. Il hésite. J'ai peur de comprendre. Mon dos cogne la porte. Je suis prêt à détaler. Je ne veux rien savoir. Cet homme… Mes pensées se bousculent dans ma tête. Le truc arrive.

Les feuilles volent, la porte et les fenêtres claquent toutes seules. Je suis furieux. Voilà pourquoi ses yeux me semblent si familiers ! J'ai les mêmes! Les mêmes yeux gris de merde. Les siens!

Je réalise alors qu'il a disparu, abandonné ma mère et qu'il est revenu! Comme ça! Pourquoi?!
S'il n'était pas parti, ma mère ne serait pas morte et moi… j'aurais eu…

Mille pensées me traversent l'esprit. Les insultes dansent un rock endiablé avec les menaces mais, une fois de plus, alors que des larmes traitresses dévalent furieusement mes joues, les mots restent coincés dans ma gorge. Le salaud.

La mâchoire crispée, je sers les poings. J'ai besoin de sortir et je m'éloigne rapidement, ignorant les appels de Phil', une vaine tentative d'explication.
J'ai envie de le cogner, de lui mettre un bon coup de tête mais je ne cogne pas sur les gens, même si je suis furieux. C'est MA règle. J'ai déjà bien assez d'emmerdes avec ce truc qui se manifeste quand je suis furax.

Je gagne le couloir qui mène à la cour. N'importe quoi. Un endroit où reprendre mon souffle, être seul, être calme. C'est tout ce qu'il me faut.

Mais la porte est verrouillée. J'insiste. Elle ne cède pas. La colère monte, le truc aussi. Il n'est pas loin, je le sens. J'insiste encore. Elle ne bouge pas, putain!

Je tremble et je recule un peu puis, sans même m'en rendre compte, mon poing va s'écraser sur la porte vitrée. Le verre éclate mais ne cède pas, lui non plus. Saleté de double vitrage. Je recommence. Mes phalanges doivent être foutues mais je ne sens rien.

Le verre éclate enfin. Je suis sur le poing d'en arracher les morceaux pour sortir, ignorant mon propre sang dégoulinant sur mes tatouages quand Phil' arrive derrière moi en compagne de l'homme.

Snape s'approche et me ceinture, m'éloignant de la porte.

– Tout va bien, Evan… Respire.

La voix est douce mais je n'ai pas besoin d'entendre ça. Surtout pas maintenant. Gregory arrive à la rescousse et fait signe à l'autre de s'éloigner en me voyant aussi bouleversé. Je peine à respirer. L'angoisse me monte à la gorge. C'est mon père bordel et il a abandonné ma mère!

– Evan?

Sans lui adresser un regard, je m'enfuis et gagne son bureau. Un refuge en quelque sorte. Il soupire avant de me suivre et d'entrer quelques minutes plus tard. Phil' ne le suit pas. Snape non plus. Doc' ne parle pas. Il me laisse prendre le temps d'assimiler tout ce bordel.
Quand je pense qu'il se pointe comme si de rien n'était après tout ce temps… ça me met en rogne.

J'ai la tête qui tourne. Je grogne. L'adrénaline retombe. J'ai mal aux doigts. Je regarde distraitement ma main.

– Je peux m'en occuper si tu veux…

Une suggestion. J'acquiesce. Greg' me laisse toujours le choix. Il sait comment je fonctionne. Il lave la blessure à l'eau claire avant de la désinfecter. Je plie les doigts, surpris de n'avoir aucune fracture.

– De belles plaies, mais rien de cassé. T'as de la chance… dans une moindre mesure, évidemment. Phil' m'a parlé de Snape. Tu veux qu'on en parle?

Il me tend son portable en guise d'invitation. C'est un moyen de communiquer entre nous. J'écris rapidement un texto.

– Il a abandonné maman…

Greg soupire. Il comprend pourquoi j'ai les nerfs. Ma mère est morte. À cause de Snape. Je crois. Probablement. Ma colère retombe en repensant à son étreinte.

– Il m'a demandé si ça irait pour tes mains, je peux aller le rassurer? Tu veux lui écrire quelque chose? J'avais dit à Phil'… d'attendre un peu, de t'en parler avant d'organiser une rencontre. Mais tu le connais …

Évidemment ! Phil', Phil' Phil'! Toujours à tenter de me caser quelque part, dans un coin où je ne gênerais personne. Et mon avis? Ça ne l'intéresse pas, comme d'habitude! Vas voir Monsieur Machin, ce sont des gens bien, ce sera sympa, et blablabla ! C'est ça oui! Et mon cul, c'est du poulet? Je me renfrogne.

Greg soupire et me balance une cigarette ainsi qu'un briquet. Lui qui me fait tout son cinéma d'habitude sur la quantité de nicotine que je prends… Je croise son regard.

– On va dire que c'est une exception…

Il s'en va et me laisse fumer la clope tranquillement alors que je repense à Snape.
Je lui en veux, c'est certain. Pour avoir abandonné ma mère surtout. Pour débarquer autant d'années après ensuite. Mais il s'est soucié de moi.

Je me glisse jusqu'à la porte pour voir Greg dans le couloir en compagnie de l'autre. Ils échangent quelques mots avant qu'il ne me jette un coup d'œil. Je sors de la pièce et regagne ma chambre sans même lui adresser un mot. Comment j'aurais pu ?

J'entends Doc' soupirer profondément, demander à l'autre de me laisser du temps, de revenir un autre jour. Et encore quoi?
Je sais que Phil' fera tout pour organiser une deuxième rencontre et ça me fout la gerbe. Trop d'optimisme. Comme s'il en avait pas assez de s'acharner à me trouver une famille de merde.

Je déambule dans les couloirs en terminant ma clope. Je croise quelques gars que j'ignore. Je suis pas d'humeur. Un grand me bouscule. Il me jette un regard noir. Je lui adresse fièrement mon majeur. Il sait qu'il ne faut pas me chercher. Il a déjà eu à faire à moi. Et il n'a certainement pas envie de remettre ça.

J'arrive à ma chambre. Merde. J'avais oublié qu'elle était verrouillée, celle-là! Je soupire avant de m'adosser à la porte. Phil' viendra bien m'ouvrir à un moment ou à un autre. Je suis fatigué, j'ai mal aux mains et j'ai qu'une envie, c'est de me vautrer dans mon pieu.

– Evan…Evan…

Je grogne avant de réaliser que je me suis endormi devant ma porte. Le con ! Ne jamais relâcher sa vigilance ! Jamais!

–Je me suis dit que tu aurais faim…

Phil', évidemment! Une vraie mère poule! Il m'ouvre la porte de ma chambre et me laisse gagner mon lit où il me propose une canette de soda et un sandwich poulet mayo. Mon préféré.
Je mange sans prêter attention à son mal-être. Il tord ses doigts avant de souffler. Allez, accouche Phil'!

– J'ai discuté avec Monsieur Snape. J'ai proposé une seconde rencontre mais il l'a déclinée.

Bah ouais, évidemment, bouffon! Qui voudrait d'un connard comme moi comme fils?

– Il a préféré te laisser du temps et choisir toi-même la date de votre prochaine rencontre. Je lui ai dit que ce serait difficile mais il a insisté. Il a dit qu'il attendrait.

Je suis surpris mais je n'en montre rien. Hors de question que Phil' remarque que je porte la moindre attention à ce qu'il dit sinon il ne me lâchera plus avec ça.
Il soupire, m'octroie une tape sur l'épaule et me laisse en paix avec mon sandwich et ma canette

J'ai la dalle mais le pain passe difficilement ma gorge. Je force pourtant. Il faut bien que je mange. Ne jamais gaspiller la nourriture, c'est la deuxième règle. Pourtant j'ai du mal et repose le sandwich après quelques bouchées seulement. Je le terminerai ce soir.

Doucement, je me remets au lit, bien décidé à finir ma nuit interrompue et mouvementée mais le coeur n'y est pas. Je repense à ses mots, son étreinte, sa mine inquiète face à Greg'… Sa volonté de me laisser le choix.

Pour une fois, j'avais le choix et je ne savais pas quoi faire. Dans ma vie, tout avait été décidé pour moi jusqu'à présent. Depuis la mort de ma mère, je n'ai jamais eu mon mot à dire alors là, comme un con, j'hésite et ça m'empêche de me rendormir.

Je soupire avant de me retourner dans mon lit et de me rendre compte que je porte toujours cette putain de chemise. Je me désape en serrant les paupières, espérant que le sommeil vienne me chercher. Je finis par m'endormir sans même m'en rendre compte… mais pas pour longtemps.

J'ouvre les yeux. Quelque chose ne tourne pas rond. J'ai la nausée. Je me relève brusquement en sentant les quelques bouts de pain remonter le long de ma gorge. J'ai tout juste le temps de me rendre aux toilettes pour gerber. Et merde! J'ai passé une sale journée, j'ai aucune idée de l'heure qu'il est et je me retrouve en boxer dans les chiottes à dégobiller mon repas.

J'entends des pas derrière moi. J'suis pas en état pour une baston en règle là …

Evan? Tout va bien?

Phil' allume la lumière, ce qui m'arrache un grognement. Je vomis encore. Saloperie de sandwich qui passe pas. Il passe une main dans mon dos pour le frotter doucement. J'ai presque envie de lui adresser mon majeur mais je suis trop mal pour ça et je sais qu'il ne partira pas, quoi que je fasse.

Il attend que ça passe et me donne un gobelet d'eau. Je le regarde avant de me rincer la bouche et d'ignorer la nausée qui me retourne une nouvelle fois l'estomac. Bordel, je pensais pas qu'avoir un père me foutrait dans des états pareils.

– Ça va aller, Evan, ça va aller.

J'ai vaguement conscience de retourner dans ma chambre, de me laisser tomber dans mon lit et de me rendormir pour le restant de la journée et de la nuit. Bordel, ça fait du bien.