Note d'auteur: Bonjour tout le monde! J'espère que vous allez bien! Voici enfin le chapitre suivant d'Evan! J'espère qu'il vous plaira!

Bonne lecture!


Maintenant que Phil' sait que j'ai un père, il ne se décarcasse plus à me chercher une énième famille d'accueil. Bon, évidemment, il me suit partout pour savoir où j'en suis avec Severus. Apparemment, il ne lui a rien dit sur nos échanges. Je montre à Phil' l'écharpe que Severus m'a donnée et il l'approuve. À son regard, je réalise alors seulement que j'ai fait une erreur.

–Et pourquoi tu ne lui prendrais pas quelque chose, toi aussi?

Et qu'est-ce que je pourrais bien lui prendre? Je le connais pas beaucoup moi… Je hausse les épaules, faisant soupirer Phil'. Greg passe mais n'ajoute pas un mot. Je regagne ma chambre, semant mon responsable sans lui prêter la moindre attention supplémentaire.
Je vais chez Snape, c'est déjà bien non?! J'accepte d'aller chez lui, même si ça m'angoisse. Greg approuve et si jamais j'ai la moindre emmerde, je peux revenir ici car l'hôtel où Severus crèche est pas loin.

Au fil des jours, je reçois plusieurs messages. Toujours de Severus. Il m'envoie des photos de bouffe pour savoir ce que je mange sans savoir que je ne ferai pas la fine bouche. Je ne gaspillerai jamais de la nourriture. Parfois je ne mange pas, mais je sais qu'elle ne sera pas gâchée. Il y aura toujours un autre orphelin pour bouffer ma part si je le laisse faire.

Je ne réponds à aucun message, même par écrit, c'est difficile. Il m'a fallu plus d'un an et demi pour arriver à communiquer avec Greg' et encore! Quand je suis bouleversé, peu importe avec qui je suis, les mots ne viennent pas. Je suis tout bonnement incapable d'émettre un message.

Finalement, Severus se pointe sans avoir reçu de messages de ma part. Je ne pensais pas qu'il viendrait mais il débarque pendant l'heure du petit déjeuner. Je suis debout depuis 4h du matin.
Une saloperie de cauchemar m'a tenu éveillé une grosse partie de la nuit. Je suis donc tout sauf prêt à aborder cette matinée par une discussion sur ma future journée chez mon paternel.

–Bonjour Evan… Toi aussi tu es matinal…

Je lui jette un regard torve. Il fait la grimace. Non, je suis tout sauf matinal. Je suis un oiseau de nuit moi! Il s'installe en face de moi et me sors des photos alors que je mange mon pain au chocolat. Je n'ai pris que ça. Je ne pourrais rien avaler de plus de toute façon.
Pendant que je termine, il dispose ses photos et je reconnais celles qu'il m'a envoyées sur mon téléphone. Il y en a quatre par moment de la journée: petit déjeuner, déjeuner, diner.

–Il y a quelque chose qui te fait envie là dedans? Je ne suis pas très bon cuisinier mais je sais faire ces plats là si tu veux… J'ai une mini cuisine dans la suite de mon hôtel.

Une suite?! Ce mec est un bourge? Pourtant il est prof, non? Ça gagne autant que ça un prof?! Je pioche au hasard et découvre un petit déjeuner croissants/petits pains au chocolat avec du chocolat chaud. Va pour ça. Je lui tends avec deux autres photos désignant des toasts, des œufs et du lard pour dîner et une simple baguette pour le déjeuner. Ça ira j'imagine, même si je ne mange pas beaucoup.

Va pour ça! On se donne rendez-vous vendredi? Je viendrai te chercher…

Prends moi pour un bébé tant que tu y es! Je sais me débrouiller tout seul ! Je vais quand même pas fuir! J'ai l'habitude de la rue et des regards choqués qui me reluquent. Je rends œil pour œil et j'adresse mon majeur à tous ceux qui m'emmerdent. Les gens du quartier me connaissent.
Je suis Evan pour certains. Pour d'autres, je suis l'Orphelin de service, quoi.

–Evan? Il faudra que je te parle… de quelque chose d'important.

Je le vois déglutir. Cette discussion l'inquiète. Il arrive pourtant à communiquer avec moi! Il trouve toute sorte d'astuces de merde, mais ça fonctionne.

–Je vais devoir y aller. J'ai des choses à faire à mon travail… Des réunions, tout ça… Et il faut aussi que je parle de toi à mon directeur.

Je hausse un sourcil. Il se lève, passe une main dans mes cheveux, ce qui m'arrache un grognement, et s'en va. Parler de moi? À son directeur? Me parler de quelque chose d'important? Mais bordel de merde, dans quoi est-ce que je viens de foutre les pieds moi?! Un second son s'échappe de ma bouche comme un soupir fatigué. Je m'allonge sur la table. La semaine va être longue. Très longue.

Le reste de la journée passe dans le brouillard le plus total.
Je me redresse en sursaut sans avoir pris conscience d'être allé me coucher. Bordel, encore un cauchemar! Je sais qu'il n'est pas comme les autres. C'est mon père, il ne me ferait pas de mal mais je n'arrive pas à m'empêcher d'imaginer mille et un scénarii dans ma tête.

Trois jours se sont écoulés depuis la visite de Snape et chaque nuit a été comblée de mauvais rêves. Je n'ai plus faim. La perspective d'aller chez ce type me terrifie plus que je ne voudrais l'admettre. C'est comme si je faisais machine arrière alors que ça ne me ressemble pas.

Greg essaie de me parler mais je refuse tout contact. Je ne suis pas prêt. Je ne veux pas y aller alors que c'est dans une suite d'hôtel à cinq-cents mètres même pas de l'orphelinat! Qu'est-ce que ce sera quand je devrai vivre avec lui, chez lui? Et il est professeur en plus! Qu'est-ce qu'il dira de mes problèmes en cours? Difficile de participer quand on a la gueule fermée!

Les profs d'ici ne m'emmerdaient pas trop tant que je leur rendais des devoirs nickels. Ça m'avait saoulé au début mais j'avais vite appris que c'était la seule façon d'avoir la paix. Que fera Snape? Peut-être qu'il se montre compréhensif devant Phil' mais qui dit que ce sera pareil une fois que je serai parti d'ici et sous sa responsabilité? Je n'ose pas imaginer.

Les jours passent et mon état ne s'améliore pas. Mes fringues ne tiennent même plus et je suis obligé de serrer mes ceintures de plus en plus. On frappe à ma porte. Je fusille le réveil du regard. 7h30.

–Evan… Debout là dedans, tu dois être prêt dans une demi-heure. Monsieur Snape a dit qu'il viendrait te chercher et que vous petit déjeuneriez à l'hôtel.

Ouais, petit déjeuner. Si j'arrive à l'avaler ouais, et ça, c'est pas gagné. Mon estomac se retourne rien qu'à l'idée. Je ne pourrai même pas jouer la carte du "je n'aime pas" parce que je refuse de gaspiller et parce que c'est moi qui ai choisi le menu. J'imagine qu'il le prendrait mal.

–Evan? Tu es debout?

Je grogne en guise de réponse. Bordel, fous moi la paix, Phil'.

J'enfonce ma sale tronche du matin dans mon oreiller pour oublier qu'on est déjà vendredi. Phil' entre dans ma chambre et me reluque, affalé dans mon lit, les draps tout défaits, signe de ma nuit agitée.

–Une douche, des habits et un brossage de dents, allez hop!

Ce type veut ma mort ou quoi? On dirait qu'il fait comme s'il ne voyait rien pour une fois. C'est sa façon à lui de me contraindre à faire quelque chose que je ne veux pas faire. Il fait comme si tout allait bien et ça l'arrange bien le salaud.

Sous son œil vif, je me lève et me dirige, hagard, dans la salle de douches. L'eau ne me fait rien tellement je suis plongé dans l'angoisse. J'enfile machinalement mes fringues sans prêter attention au pantalon noir déchiré qui ne tient qu'à un fil sur mes fesses et je sors.

Phil m'attend et m'adresse un soupir.

–Ça va bien se passer, Evan.

Qu'est-ce que t'en sais? Avec mes cauchemars, je suis dans un sale état. Je ne pourrai même pas riposter si… si…

–Bonjour Evan…

L'angoisse m'étreint la gorge. C'est à peine si j'arrive à respirer, la tête basse. Il est déjà là.

–Nous y allons?

J'avale difficilement ma salive et fais un pas en avant. Il m'adresse un regard que j'ignore. Je n'ai pas la force de relever la tête. Pas aujourd'hui. Il regarde Phil' avant de me regarder une seconde fois et se met en marche. Je le suis, la tête basse. J'espère que tout ira bien.

Nous franchissons la porte alors que Greg' m'adresse un signe supposé être encourageant auquel je ne réponds pas, déjà trop occupé à tenter vainement de maitriser mon estomac qui fait des tours sur lui-même. Je vais vraiment pas savoir manger…
Severus m'adresse lui aussi quelques regards alors que nous sommes sur la route. Lui marche devant, je le suis de loin, tête basse. C'est à peine si je m'aperçois qu'il s'est arrêté et que je manque de lui rentrer dedans.

–Evan…

Je relève la tête, dissimulant à peine les cernes qui m'entourent les yeux. Un vrai panda.

– Tout va bien?

Ma gorge se resserre. Non, tout ne va pas bien. J'ai la frousse, je veux pas aller chez toi et je me suis fait une dizaine de putain de scénarii différents dans ma tête et tous finissent mal. De quoi tu voulais me parler? Qu'est-ce que t'attends pour aborder le sujet?

Il continue de se taire et me fait signe de le suivre vers le grand hôtel de luxe du quartier. Bordel, ça doit pas être de la merde sa suite à l'hôtel! Un lieu de bourges quoi! Il n'y a qu'à voir tous ces péteux m'as-tu vu me dévisager tellement je fais tache dans le décor!

Je rentre les épaules comme si j'essayais de me faire le plus petit possible. Je n'ai pas envie de renvoyer tous ces regards. Je suis trop fatigué pour me battre aujourd'hui.

Après un dédale de couloirs et d'escaliers, nous arrivons dans la suite où Snape me fait signe de m'asseoir sur le canapé. Je le délaisse pourtant pour aller m'asseoir dans l'un des sièges proches de la sortie, juste au cas où.

Sous mes yeux, il referme la porte et me désigne un sachet sur la table basse. Surement le petit déjeuner.

–Evan?

Merde, merde, merde! Où sont les chiottes? J'ai pas le temps de demander que je vomis dans le salon. Génial.

–Evan! Je ne savais pas que tu étais malade… J'aurais reporté si j'avais su à moins que… est-ce que, par hasard, tu serais trop nerveux?

Mon regard et mes cernes doivent en dire long sur ce que je pense en ce moment alors je m'abstiens de toute manifestations extérieures de communication.

–Viens, les toilettes sont par là. Je te laisse ici, je vais nettoyer ça. Tu n'étais pas comme d'habitude, j'aurais dû m'en douter.

Je me rince péniblement la bouche tellement mes jambes tremblent. Je tiens difficilement debout et c'est à peine si j'ai assez de force pour que mes jambes me portent jusque dans le salon où ma bile git toujours puis jusqu'au canapé où je m'allonge.

Snape revient dans mon champ de vision avec un gant de toilette qu'il pose finalement sur mon front. Ça fait du bien.

–Evan, tu n'as pas à avoir peur… Je ne te battrai pas. Jamais.

Ouais, je vois! J'en connais un qui a dû lui balancer ma vie! Ça me rassure à peine. J'attrape mon téléphone et rédige un texto d'une main tremblante. Je suis trop nerveux pour réaliser que j'écris à mon père aussi facilement qu'à Greg. C'est comme si toute ma peur me permettait de m'exprimer l'espace de quelques secondes.

–De quoi tu voulais parler?

Il hausse un sourcil.

–Tu te souviens de notre première rencontre? Quand tu as détruit la vitre et fait claqué les portes et les fenêtres?

L'angoisse reste dans ma gorge.

–Ce n'est pas la première fois, n'est-ce pas?

Je nie de la tête. Non, ce truc se manifeste quand j'ai les nerfs et vu que j'ai souvent les nerfs bah…

Snape me fait face, les yeux dans les yeux et prend une grande inspiration.

Il n'y a qu'une seule solution possible… Tu es comme moi… Tu… Tu es un sorcier, Evan!