NdA: Rien à ajouter si ce n'est "Bonne lecture à tous et à toutes!"
L'espace d'un instant, mon corps se fige avant que je n'éclate de rire… silencieusement. Il me terrorise et après il ose se foutre de ma gueule! C'est quoi cette mascarade? Mon rire silencieux s'interrompt quand je remarque qu'il n'a pas bougé et reste stoïque.
–Je sais que tu ne me crois pas, Evan, mais tu es un sorcier. Enfin, tu seras un sacré bon sorcier plus tard, avec un peu d'entrainement. Ta magie est puissante et pourra t'être utile si tu apprends à t'en servir.
Je lui adresse mon majeur avant de me relever, prêt à quitter la pièce, la main sur la poignée. Okay, mon père s'est échappé d'un asile. Génial!
–Il ne s'est jamais produit de choses bizarres quand tu étais en colère ou que tu avais peur? C'est de la magie, Evan. Certes, c'est de la magie sauvage et non maitrisée, accidentelle si tu préfères mais de la magie quand même.
Je m'arrête alors que ma brève altercation avec les flics dans le magasin me revient en tête. Il y avait ce truc bizarre qui les a éloignés de moi. La première fois que ça s'est produit, dans ma première famille d'accueil, je pensais qu'ils avaient trébuché tout seul. Mais ce truc était revenu. Plusieurs fois. À chaque fois que j'étais en colère ou que je me sentais menacé en fait.
Je relâche la poignée et me tourne pour lui faire face, la bouche ouverte, les yeux écarquillés.
Devant moi, il sort une espèce de… non, ne me dites pas que je rêve! Une baguette pour faire des tours de magie? Plus cliché que ça tu meurs!
–Recurvite!
Sous mes yeux, le vomi disparait comme si on l'avait effacé avec une gomme et le parquet me semble plus propre à cet emplacement. Je lui adresse un regard confus. Il soupire et me fait signe de me rasseoir. Okay, dans quelle merde j'ai mis les pieds encore, moi?
Toujours confus, je regagne le canapé où je m'assieds, les jambes tremblantes. Merde, c'est du sérieux! Je fais de la … magie et je suis un… sorcier.
C'est presque surréaliste et si je n'avais pas vu ce qu'il a fait de mes yeux, je ne l'aurais pas cru. Une seconde question me taraude mais je reste silencieux, espérant qu'il poursuivre.
–Ta mère l'était aussi. Je suis un sang-mêlé, ta mère était née-moldue. Contrairement à moi qui suis né d'un père moldu et d'une mère sorcière, les parents de ta mère étaient tous deux sans pouvoirs magiques.
Lorsque j'étais jeune, j'ai été battu par mon père qui refusait d'accepter la magie. Je suis devenu aigri et je suis entré dans un… groupe que l'on appelle les "mangemorts". Ils étaient exterminateurs de moldus. Je n'en suis pas fier mais j'ai rencontré ta mère lors d'une de mes missions.
Je comprends mieux cette fameuse histoire. Évidemment qu'il mène une double vie, s'il est professeur et sorcier! Je comprends mieux aussi pourquoi il a dit qu'il ne me battrait pas. Avec un père comme le sien, ça n'a pas dû être facile.
–J'ai… j'ai parlé de toi au directeur de Poudlard et il serait ravi de t'accueillir dans notre école magique.
Et quoi, ça donnera quoi? Je vois d'ici le titre: "l'apprenti sorcier va à l'école". Mais d'un autre côté, il faut que j'apprenne à me servir de ces trucs et voir comment ça fonctionne. À chaque fois que j'ai désiré que quelque chose se produise, ça ne s'est jamais réalisé. Mon truc, ma magie ne s'active que si je suis en danger ou en colère.
–J'imagine que ça doit faire beaucoup de choses à encaisser en une seule matinée. Si tu as des questions, je peux toujours y répondre. J'ai amené quelques livres sur le sujet.
J'hésite une seconde avant de me lever et d'attraper les livres qu'il me tend. Avec mes frasques et mon caractère, jamais personne n'a voulu de moi dans ce monde. Peut-être que quelqu'un voudra bien de moi chez les sorciers, qui sait?
Snape finit par me laisser tranquille. Il écrit des trucs dans un carnet pendant que je lis les premières pages sur l'histoire de la magie. C'est presque irréel. Merlin aurait donc bel et bien existé. Morgane aussi. Quand je pense qu'étant gamin, je refusais d'y croire. Maman devait bien rire de mes théories. Je ne comprends pas pourquoi elle ne m'a rien dit. Elle ne voulait pas que je parle de ces trucs étranges qui se passaient autour de moi et elle n'a jamais fait de magie devant moi. Ça reste un mystère pour moi.
J'apprends également qu'en plus des sorciers, il y a des gobelins, des fées, des elfes, des trolls, des vampires, des loups-garous. Génial, on se croirait dans un bon gros roman de fantasy/fantastique!
Je m'attarde un peu sur les descriptions et regardent les illustrations. On ne dirait pas comme ça mais j'aime bien lire.
Quand j'ai fini à l'orphelinat et que j'avais pas encore l'air d'un débauché, je lisais pour occuper mes journées. Je lisais en espérant que maman reviendrait vite. Je pense qu'à l'époque je ne voulais pas me résoudre à sa mort.
–Tu trouves des choses intéressantes?
Il jette un œil intéressé au livre que j'ai entre les mains et regarde la page.
–Si les créatures magiques t'intéressent, je devrais pouvoir te dénicher un livre assez complet sur le sujet à Poudlard.
Poudlard? Il a déjà mentionné ce truc, je pense que c'est le nom de l'école où il travaille. Je hoche distraitement la tête en poursuivant ma lecture.
–Que penserais-tu… de faire un essai de magie? Il n'y a pas forcément besoin d'avoir une baguette pour utiliser la magie. On peut voir comment elle se manifeste!
J'arque un sourcil en déposant le livre ouvert sur le rebord du canapé. Le défi m'intéresse. Je me redresse et focalise ma concentration sur mon tru… ma magie. Fais quelque chose… Fais quelque chose… Fais quelque chose, merde! Les pages du recueil s'agitent. C'est… c'est moi? Snape émet un drôle de bruit, entre une toux et un rire. Il se fiche de moi?
–Je pense que ta magie réagit mieux quand tu es en colère. C'est quelque chose que nous devrons maitriser. Il est tard, que dirais-tu de manger un morceau?
Sous mon regard amusé, il fait léviter les œufs et le bacon tout droit sortis du frigo. Pratique! D'un autre geste de baguette, il casse les œufs et les laisse cuire dans une poêle tranquillement. Vraiment pratique. Il existe des sorts pour tout? J'ouvre la bouche mais encore une fois, aucun son n'en sort. C'est dans ces moments là que je regrette le plus de ne pas arriver à communiquer. Il y a tellement de choses que je voudrais savoir, tellement de réponses que je voudrais obtenir et je ne suis même pas fichu de poser mes questions, d'une manière ou d'une autre.
Presque énervé, je me mets à table alors qu'il amène les boissons de lui-même. Je hausse un sourcil. Pourquoi il n'utilise pas la magie?
–Utiliser la magie est parfois plus fatiguant que de le faire soi-même tu sais. Et puis, il y a quelques petites choses que j'aime faire par moi-même. Je me suis dit qu'un peu de magie … te divertirait.
Je souris. Ouaip, il a pas tort. Les assiettes prêtes volent jusqu'à la table où je les dispose correctement puis nous mangeons. Pas mauvais. Gras, oui, mais ça fait longtemps que je m'étais pas fait une bonne bouffe pareille alors j'en profite! J'ai retrouvé l'appétit, c'est bien aussi.
Greg sera content de savoir que j'ai mangé. Je ne lui dirai pas mais j'imagine que Snape lui fera un compte-rendu de la journée!
–Au fait… Notre existence doit rester… secrète. J'aimerais que tu n'informes pas le personnel de l'orphelinat. Je devrais leur effacer la mémoire et ce serait… embarrassant. Je ne veux pas te priver des personnes qui t'ont entouré alors garde ça pour toi, d'accord?
J'acquiesce. De toute façon, je ne sais pas parler et je ne pense pas qu'ils me croiraient ces imbéciles. Nous terminons de manger et Snape pose ses couverts. Il me regarde longuement avant de se lever.
–Ça te dirait une promenade dans le quartier sorcier?
Je fronce les sourcils. Quoi? Il y a carrément des quartiers sorciers? Pourquoi je les ai jamais vus? Je connais cette ville comme ma poche à force de m'y balader de nuit pourtant !
–Tu connais le Chaudron Baveur?
Ouais, ce nom m'a toujours fait rire mais le nom "chaudron" est typiquement sorcier. J'y suis jamais entré cependant. Trop bizarre pour moi.
–C'est notre entrée.
Je tousse. Quoi?!
–Tu veux voir?
J'acquiesce. Il me prend le bras et en quelques secondes je me retrouve dans une petite cour. Bordel, j'ai la nausée, c'était quoi ça?
–Une potion contre la nausée? Le transplanage peut donner mal au coeur, j'aurais dû te prévenir… Désolé…
Mal au coeur? Tu parles, j'ai l'impression que mes organes se bousculent pour foutre le camp de mon corps! Je lui adresse un regard noir en refusant sa potion. Je suis un dur, j'ai pas besoin de ça. Je prends une grande inspiration et me redresse. On est où?
–Je nous ai transportés dans la cour derrière le bar.
En effet, derrière moi, la porte entrouverte m'offre la vue d'un bar plongé dans la pénombre et de quelques gens attablés. Severus sort sa baguette et la pose sur les briques.
Quoi, le "Sésame, ouvre toi" marche? C'est ça la formule? Tellement cliché! Sev' enlève sa baguette et les briques s'écartent sur notre passage, dévoilant une grande allée bordée de magasins. Okay, j'ai rien dit, c'est carrément génial!
Les gens me dévisagent autant que moi je le fais. Je vois de tout. Des hommes en robes, des chapeaux excentriques, des boutiques d'ingrédients, d'animaux de compagnie mais aussi des balais. Ça aussi c'est vrai? On se déplace sur des balais?
– Tu as vu quelque chose?
Je pointe les balais du doigt.
–Évidemment. Les jeunes garçons sont intéressés par ça. Ce sont des balais pour nous déplacer mais on les utilise le plus souvent pour jouer au Quidditch, notre jeu. C'est l'équivalent de votre football mais avec plus de balles et dans les airs.
Oh. Mouais, je suis pas sportif, c'est moins cool d'un coup. Mais j'aimerais bien voler. Ça doit être fun de se retrouver dans les airs et d'être libre.
–On fait un tour?
J'avance dans l'allée en guise de réponse. Heureusement que Sev' surveille les alentours parce que je suis tellement à fond sur les boutiques que je ne vois rien d'autre. Nous déambulons tranquillement alors que mon père m'explique un peu le concept des diverses boutiques.
–Parrain!
Un mec me contourne pour aller saluer mon père. C'est qui celui-là? Derrière lui, sa copie conforme en plus âgée passe à côté de moi sans m'adresser un regard. Snob. Tout dans son allure désigne un mec riche qui s'y croit. Pareil pour le gamin. Je le regarde et c'est là que je réalise que Severus est le parrain du mec. Merde.
–Bonjour Draco. Lucius.
Sev' me fait signe de venir. Je reste pantois à le fixer alors que les deux blonds me regardent. Mon père soupire et me rejoint.
–Lucius, Draco, je vous présente Evan.
–Oh, c'est lui ton fameux Evan?
Je lui jette un regard noir. Comment ça, ton "fameux" Evan? Il leur a parlé de moi? Ça promet! Je me demande bien ce qu'il a pu leur dire!
Draco me dévisage. J'imagine qu'il ne me voyait pas comme ça. Enfin, quand je vois la populace, des mecs comme moi, il n'a jamais dû en rencontrer.
–Draco… souffle son paternel.
–Enchanté de faire ta connaissance, Evan, mon nom est Malfoy. Draco Malfoy.
Okay, il a l'attitude et le langage pompeux qui va avec. Je déteste ces mecs là qui ne peuvent pas saquer les gens comme moi, recouverts de tatouages et la gueule d'un dépravé. Il me tend sa main, je détourne le regard. Tu peux crever, ça m'est égal.
–Et bien Evan, tu ne salues pas Draco?
Oh l'enflure! Je me tourne vers Malfoy père et lui adresse mon majeur juste sous le nez.
–Evan! Lucius, je t'ai dit qu'Evan… ne parlait pas.
Le blond sourit. L'enfoiré, il le savait! Il le savait! Severus soupire.
–Bon, puisque nous sommes là, autant boire un verre…
–C'est gentil, Parrain, mais nous devons rentrer. Mère nous attend.
Qu'est-ce que je disais! Le petit prétentieux à sa maman doit rentrer à la maison! Je me fous de lui mais il ne semble pas le remarquer. Les Malfoy nous saluent et déguerpissent. Tant mieux! J'aime pas les merdeux dans leur genre!
Severus me regarde. J'imagine qu'il a dû capter que j'emmerdais ces deux blondinets mais ça ne fait rien, je m'en fiche. Je suis ce que je suis et je n'ai pas envie de changer.
On reprend notre route et je découvre ainsi d'autres magasins mais aussi des bâtiments immenses. Sev' me parle de Gringott's, la banque des sorciers et m'explique les correspondances monétaires entre le monde sorcier et moldu comme il l'appelle. C'est intéressant.
–On peut s'arrêter ici? J'ai commandé quelques ouvrages et je dois passer les prendre depuis quelques jours.
Des bouquins? Ça, ça m'intéresse! Je le suis d'un pas vif et, à peine entré dans la librairie, le laisse aller au comptoir pour observer les livres qui m'entourent. J'en vois quelques-uns sur les créatures magiques et des livres de sortilèges qui m'intéressent mais je n'ai pas d'argent sur moi.
–Evan? Oh, tu as trouvé quelque chose qui t'intéresse?
Il jette un œil aux livres que je m'apprêtais à remettre et m'en sors un autre avant de se diriger vers la caisse une seconde fois. Attends, il est quand même pas en train de me les acheter? Je le suis jusqu'au comptoir pour le voir sortir quelques mornilles. Il était pas obligé mais j'apprécie et je le lui fais comprendre d'un signe de tête.
–Tu sais, Evan, j'en ai parlé avec Phil', il m'a dit que ce serait difficile mais… tu viendras bientôt vivre à la maison. Comme je suis professeur, je reste au château, j'aimerais que tu viennes avec moi et que tu suives des cours…
Merde! J'ai toujours détesté l'école. Je rends de bons devoirs, les profs n'ont pas à se plaindre mais niveau communication… Rien à faire, ça me bloque. Et puis, à quoi ça servira que j'apprenne la magie si je ne suis pas fichu de prononcer le moindre sort?
–Qu'un adolescent débarque en cours d'année sera inédit, je ne te le cache pas, mais tu es mon fils et crois-moi, les gens te laisseront tranquille. Je préviendrai également les professeurs concernant ton mutisme. Pour le reste, on verra. On peut toujours tenter, qu'en dis-tu?
Comment ça, les gens me laisseront tranquille parce que je suis son fils? Il est si sévère que ça comme prof? Il émet un rire discret.
–On m'appelle la chauve-souris des cachots. C'est là que je donne cours de potions aux étudiants et mes envolées de cape sont légendaires, de même que ma répartie!
Oh, je comprends mieux. S'il flanque la peur de leur vie aux gosses, j'imagine que les autres me ficheront la paix dans ces conditions. Il faudra bien que j'apprenne à maitriser mes pouvoirs de toute façon. D'une manière ou d'une autre.
J'espère juste que c'est pas une école de péteux comme Malfoy sinon je détalerai la queue entre les jambes! J'aime pas qu'on me regarde. C'est débile parce qu'avec les tatouages que j'ai, j'attire irrémédiablement l'attention mais j'aime quand même pas ça. Se faire observer comme une bête curieuse, comme un phénomène de foire, très peu pour moi.
Nous quittons finalement la librairie où Severus a réduit tous les ouvrages qu'il avait commandés. Heureusement que les sorts de réduction existent parce qu'il en avait une bonne vingtaine!
– On a déjà bien avancé ici. On pourra revenir une seconde fois acheter ton matériel quand tu viendras avec moi. Un verre avant de partir, ça te tente?
Mouais, ça dépend pour boire quoi. Qu'il me fasse pas le coup de me commander un jus d'orange, ça c'est pour les gosses et j'en suis pas un. J'acquiesce doucement alors qu'il me fait signe de le suivre jusqu'au bar d'où nous sommes venus. Le serveur, un drôle de gars, vient nous accueillir.
–Professeur Snape, jeune homme. Que puis-je pour vous?
– Un café et une bièraubeurre, s'il te plait, Tom.
Une quoi?!
–Tu n'aurais pas voulu du jus de citrouille, j'imagine?
Je fais la grimace. Dégueu!
– La bièraubeurre est très populaire dans le monde sorcier, tu verras. Tu es un peu jeune pour goûter au whisky pur feu!
Ledit Tom finit par revenir avec nos boissons. Je reconnais la tasse de café et… quelque chose qui ressemble vaguement à une bière. Sev' paie et me fait signe de goûter. Oh bordel, c'est quoi ce goût? Du caramel? C'est bon!
–Tu vois? Je savais que tu aimerais ça!
