NdA: Bonne lecture! :)
J'ai si bien dormi que, lorsque je me réveille, l'horloge m'apprend que j'ai passé huit heures de plus à dormir et qu'il n'est pas loin de midi. J'ai faim. C'est bon signe. Les potions fonctionnent. Je n'ai jamais d'appétit après un cauchemar, peu importe lequel. Ça me retourne toujours l'estomac et je suis incapable d'avaler quoi que ce soit sans le vomir dans la foulée.
–Oh, t'es réveillé. Sev' m'envoie, il arrive avec de quoi manger. Tu dois rester au lit.
À croire qu'il a deviné que j'ai les crocs. Je lui adresse un regard embarrassé. Je n'aime pas l'idée qu'il m'ait vu dans un état pareil pas plus tard que ce matin. Certes, j'avais des circonstances atténuantes comme des cauchemars, une crise de panique et surtout de la fièvre mais ça n'excuse rien.
Ne dévoile jamais tes faiblesses. C'est une règle que j'ai toujours suivie jusqu'à maintenant. Il est hors de question que ça change.
–Onyx est resté près de toi. J'espère que ça ne t'ennuie pas qu'il roupille dans ton lit, j'ai passé toute la matinée à le remettre dans son panier, enfin, pas toute la matinée mais, bref, tu vois quoi.
Il est venu? Il a… veillé sur moi? Severus l'y aura sans doute obligé. Draco ne peut pas me voir en peinture. Je lui adresse un hochement de tête, incapable d'en faire plus avant de gratouiller le ventre de mon petit chat.
–Tu es réveillé. Comment te sens-tu, Evan?
Oh, à peu près comme quelqu'un qui est au bout du rouleau. Une douche, une clope, une promenade au grand air et ça ira mieux, j'imagine.
–Tu as encore de la fièvre alors tu restes au lit pour aujourd'hui.
Ou pas. Et merde!
Rester dans un lit est difficile. Trop. Je tente plusieurs fois de me glisser à mon bureau mais Severus ne cesse de venir s'assurer que je suis bien couché et rouspète à chaque fois. J'ai plus envie de dormir. Je me sens mieux et surtout, je ne veux pas refaire de cauchemars. La pimentine a bien marché, ma fièvre tombe au fil des heures qui passent mais ça ne suffit pas.
Heureusement, Onyx me tient compagnie comme il peut. C'est encore un chaton et c'est assez amusant de le voir gambader et faire de vaines tentatives d'escalade sur mes genoux lorsque je suis assis dans mon lit.
–Salut Evan! Sev' a dit que tu pouvais descendre manger si tu te sentais mieux.
La perspective de manger ne m'enchante pas mais bouger me fera du bien. Avec empressement, je prends mon Onyx dans mes bras et quitte le lit pour gagner les marches.
–Doucement, faudrait pas que tu tombes dans l'escalier. Je m'occupe d'Onyx, toi, tiens toi!
Je me retiens de lui lancer un regard noir. Voilà qu'il me donne des ordres maintenant celui-là! C'est nouveau. Je m'apprête à lui adresser mon majeur lorsque Draco attrape ma main et retient mon geste.
–Sev' m'a prévenu que tu pouvais faire ça.
Je hausse les épaules pour la forme et descends l'escalier à mon rythme. Voire même très lentement, juste pour faire chier le blondinet. Je l'entends soupirer d'impatience mais il retient le moindre commentaire. Excellent self-control ! Moi j'aurais déjà explosé!
–Oh, vous êtes là! Au menu, pâtes bolo! Evan, tu as deux potions à prendre avant de manger. Une c'est de la pimentine, l'autre c'est pour ton estomac. Greg' m'a dit que tu pouvais… mal digérer et vu ce qui s'est passé dans la suite…
Je me souviens encore du vomi que j'avais mis partout. J'ai jamais été aussi embarrassé que cette fois là je pense. Sauf quand… Bah… Dans le passé. Je bois tranquillement la première fiole qui m'arrache une grimace quand la fumée me sort par les oreilles puis la seconde. Mon estomac se calme et l'appétit vient presque faire concurrence à mon regain d'énergie.
–Qu'est-ce qui s'est passé dans la suite?
Severus sourit. Draco lui fait face, l'air de se poser beaucoup de questions. Il me regarde mais la réponse ne viendra pas de moi, il le sait alors il pose la question au seul susceptible de lui répondre.
–Oh et bien… Je dirais qu'Evan a un peu refait la décoration. Le tapis était immonde de toute façon. Ça n'aurait pas été une grande perte de le laisser ainsi.
Sa remarque m'arrache un sourire. Clair! C'était une sacrée merde comme tapis! Trop bourge à mon goût. Le manoir est luxueux aussi mais pas autant que je ne l'aurais crû. Les Snape étaient certes riches, mais ils ne dépensaient pas leur argent en futilités.
Ça me rassure. Je n'aurais pas aimé me découvrir fils de bourge et être éduqué selon les normes de la bourgeoisie. J'aurais préféré terminer ma vie avec Phil' et Greg' pour ça.
–Non, t'as vomi partout?
J'acquiesce alors que le blondinet se retrouve à faire une drôle de tête. Je surprends alors Severus qui nous regarde tous les deux. Je détourne le regard. Bon, c'est pas vraiment le sujet à aborder en plein repas, bien reçu, Sev'!
–Pardon Sev…
–Mangez! Il y a de la crème brûlée en dessert!
Draco se pourlèche les babines. À retenir, je pourrai toujours me servir de ça pour le faire chanter puisque ça a l'air d'être son dessert préféré.
–Au fait, Sev', on pourra jouer au quidditch?
–Eh bien, pourquoi pas. Quand tu seras guéri, Evan, on pourra tenter de voler aussi. Tu n'as pas le vertige au moins?
Vu le nombre de fois où j'ai quitté l'orphelinat en passant par les toits pour mes virées nocturnes, je ne crois pas. Je nie farouchement de la tête. J'aimerais bien essayer tout de suite mais j'imagine que se retrouver à une dizaine de mètres en hauteur avec de la température n'est pas vraiment conseillé.
–Et aujourd'hui, Sev'?
Severus hésite. Il me jette un œil embarrassé et je comprends rapidement la situation. Je suis de trop. J'ai compris. Avec un soupire, je débarrasse mon assiette en leur faisant signe d'y aller.
–Evan! Repose toi, d'accord? Draco, une heure, pas plus. J'aimerais que tu parles de Poudlard à Evan après. Le point de vue d'un professeur et d'un étudiant sont deux choses bien différentes après tout.
Je relève la tête de mon pot de crème brûlée et je croise le regard du blondinet qui doit probablement faire la même tête que moi.
–Tu verras, Evan, Poudlard, c'est génial!
J'acquiesce à peine et les laisse terminer leur dessert et débarrasser la table avant de quitter la maison, balais sous le bras. Je reste quelques longues minutes seul, toujours assis à table et regarde distraitement Onyx, couché dans un coin de la cuisine. Je profite de cet instant de solitude pour lui donner une petite friandise avant de regagner ma chambre en le portant.
Je me dirige vers la fenêtre ouverte où je m'assieds sur le rebord avant de m'allumer une cigarette. La première bouffée me détend et je réalise à quel point je pouvais être tendu. J'observe les quelques nuages avant d'apercevoir Draco faire une figure acrobatique.
Okay, c'est pas fait pour moi je crois… Derrière lui, Severus le regarde attentivement, même s'il jette quelque fois un œil dans ma direction. Je l'ignore. Je fume tranquillement dans mon coin et ce silence me permet un peu de faire le tri dans ma tête et de réfléchir à tout ce qui s'est passé ces dernières semaines.
Découvrir que j'avais un père, des pouvoirs magiques et que j'allais intégrer une école, pour moi, c'était trop. Même si j'avais parfaitement investi les lieux, je ne pouvais m'empêcher de trouver les lieux désespérément vides quand mon père devait s'absenter, que ce soit pour ses potions ou pour rendre visite au directeur.
Trop de silence, trop d'obscurité. À chaque fois qu'il sortait, j'allais dehors parce que l'angoisse que les murs se referment sur moi et m'enterrent à jamais m'étreignait trop la poitrine, me laissant suffoquer à loisir.
Avec Draco, c'est un peu plus animé. Je pense qu'il arrive à se faire à ma présence, même si je ne parle pas. Il a l'air moins coincé que son père en tout cas et c'est un bon point. Je me demande comment Lucius et Sev' ont pu être amis. Ils sont si différents. Le jour et la nuit en fait. Comme Draco et moi.
Ma cigarette se consume lentement alors que je les regarde s'envoyer une balle et la passer au travers d'anneaux. Le but du jeu est assez proche du foot même si ça se joue à la main et, même si je n'y ai jamais joué, je comprends rapidement qu'ils essayent de marquer, inter changeant les rôles de gardien et de buteur à chaque but.
Je soupire une dernière fois avant de refermer ma fenêtre et d'aller me mettre au lit. Inutile de rester et de les voir s'amuser alors que moi, je n'arrive même pas à échanger le moindre mot avec mon propre père. J'enragerais presque. J'ai dit presque.
Je prends Onyx contre moi dans mon lit, m'empare du livre plus complet sur l'histoire de la Magie qu'on a acheté sur le chemin de Traverse, laisse une musique sur mon téléphone en fond sonore et, très vite, je me retrouve absorbé par ma lecture.
–Oh, tu es réveillé. Je pensais que tu étais retourné te coucher…
Sev' me regarde, soucieux, avant de prendre ma température.
–Bien, ta fièvre est complètement tombée. Je me disais que Onyx aimerait faire une petite balade dans le jardin. Si tu mets un pull, tu peux sortir.
Pourquoi pas. Je sors du lit, mets un pull et récupère mon chaton pour l'emmener dehors, mon livre d'Histoire toujours sous le bras. Draco est toujours dans le jardin, occupé à faire des cabrioles.
Je l'ignore et m'installe contre un arbre pour lire. Il fait un peu froid mais nous sommes en fin de journée, c'est normal. Il fait frais.
Onyx ronronne contre mon côté avant d'aller s'aventurer dans le jardin clôturé magiquement pour ne pas qu'il se perde.
L'espace d'un instant, je le regarde jouer avec tout ce qui l'entoure avec l'insouciance d'un jeune chat. Les hautes herbes, les feuilles qui s'envolent, un papillon qui passe. Il joue même avec les insectes. C'est amusant.
–Tout va bien?
Sev' s'est installé à mes côtés, assis à même l'herbe. C'est rare de le voir comme ça. J'acquiesce doucement.
–Evan? Phil' m'a dit que tu gardais souvent les choses pour toi. Je ne peux pas agir correctement si tu ne me dis pas ce qui ne va pas.
Et comment veux-tu que je te le dise, abruti? C'est plus fort que moi. Il sait que je ne peux pas parler et…
–On trouvera une solution pour ton mutisme mais si quelque chose ne va pas… je dois le savoir.
D'une manière ou d'une autre. Ta fièvre n'est pas venue par hasard. Mon sort de diagnostic a été clair, c'était surtout de la fatigue. Cauchemar?
D'un geste de baguette, il fait apparaitre un bloc note avec un stylo. Ah… Écrire… J'hésite. Ma main reste en suspend au dessus de la page blanche avant d'y écrire quelques mots.
–Mauvais souvenirs. Noir. Grand.
Ça n'a aucun sens. Il ne comprendra rien. Bordel, Evan, t'es qu'un con! De rage, je m'apprête à arracher la page lorsqu'il interrompt mon geste.
–Donc, cauchemars. Excuse-moi, Evan. Te faire écrire t'a forcé à penser à ce qui te rendait mal et je l'ai lu dans ta tête. Je comprends que le Manoir te mette mal à l'aise mais crois-moi, tu n'aimerais pas l'Impasse du Tisseur non plus. Ici, tu peux avoir ton espace, il y a un énorme jardin et c'est calme. Si tu veux, mets moi ce que tu veux pour ta chambre. On peut la changer tu sais. Il suffit juste d'un peu de magie. Pour le reste… Note le, je ferai ce que je pourrai.
J'esquisse un sourire alors qu'Onyx revient vers moi, une tige d'herbe dans la bouche. Je la lui enlève en lui octroyant une caresse qui le fait ronronner. C'est bien la magie. Pratique.
Draco vient se poser à côté de nous et, subitement, Sev' fait comme si cette conversation n'avait jamais existé. J'imagine qu'il veut m'épargner auprès de son filleul.
–Dis, parrain, j'y pensais. Tu penses qu'Evan finira à Serpentard?
Serpentard? C'est vrai, c'est l'une des maisons de Poudlard. J'avais lu quelque chose à ce propos dans l'introduction. Les élèves étaient répartis en fonction de leurs traits de caractère et de leurs aspirations.
Quand, j'avais lu cette introduction, l'idée d'être dans l'une de ces maisons m'avait complètement échappé et je n'y avais pas réfléchi jusqu'ici. Je me demande dans quelle maison ils sont, eux.
–Eh bien, il pourrait être à Serpentard ou à Serdaigle. Il est impulsif, certes, mais pas comme ces crétins de lions.
–Moi, j'ai été réparti à Serpentard sans l'ombre d'une hésitation! Le choixpeau n'a même pas eu le temps de se poser sur ma tête! Comme toi, parrain.
Oh, alors ils sont tous les deux de la même maison. Moi je ne sais pas. Je n'ai pas vraiment d'ambition mais le mépris des règles et ma fierté pourraient me faire aller là bas. À vrai dire, je pense que se poser la question continuellement ne servira à rien. En ce qui me concerne, je pense tout simplement attendre la répartition de Septembre pour me faire à l'idée de devenir un vrai étudiant.
–Faudra que je te présente quelques amis. Si tu finis à Serpentard, je ferai en sorte que les autres te fichent la paix. Si ça ne suffit pas, Sev' se fera un plaisir, pas vrai?
Mon père retient un sourire. Il m'a dit qu'il était craint par l'ensemble des étudiants de Poudlard et connu pour ses punitions dures et qui n'en finissent pas. J'imagine qu'un avertissement de sa part devrait les calmer. Si ça ne suffit pas, j'aurai mes poings pour me faire comprendre et prouver que je n'ai pas l'intention de me laisser faire.
Draco me raconte quelques anecdotes durant lesquelles il me cite le nom de ses complices. Il y a un certain trio d'or qui revient constamment, de même qu'un certain "Potter". Le blondinet le déteste. Sev' aussi. Je verrai par moi-même pourquoi, j'imagine.
–Et si tu allais prendre une douche, Draco? Evan et moi nous allons remonter.
–Ok, Sev'!
Le blondinet nous quitte à peine que Sev' prend Onyx et me fait signe de le suivre jusqu'à ma chambre. D'un geste de baguette, il sépare la pièce en deux et transforme l'une des deux moitiés en salle de bain attenante, me laissant la partie fenêtrée en guise de chambre.
–Est-ce que la taille te convient mieux ainsi?
D'un autre geste, l'éclairage change alors qu'une petite dizaine de petites bulles de lumières volètent un peu partout, parsemant la chambre d'une douce lueur.
–Ça te plait? Ou tu préfères peut-être un autre éclairage.
Je m'approche et glisse une main sous l'une des bulles qui vient se poser dans ma paume, douce et duveteuse. Severus m'observe avant d'installer une bibliothèque un peu plus grande ainsi qu'un coin lecture confortable près de la fenêtre avec un second panier pour Onyx.
Il transforme une de mes tables de nuit vide en espace pour le chat, juste à mes côtés et termine par colorer les murs d'une teinte de jaune pâle plus chaleureux que l'ancien blanc plâtre qui me rappelait trop les hôpitaux.
–Mieux?
Je lui adresse un signe de tête, ravi de ces changements. Il ajoute une penderie dans un coin, fait apparaitre un gros plaid sur le petit fauteuil près de la fenêtre ainsi qu'une autre petite table et une lampe avant de prendre une grande inspiration.
–Je la préfère comme ça, moi aussi.
Les transformations n'ont duré que quelques minutes et pourtant, je me sens déjà un peu plus à l'aise dans cette chambre qui, jusqu'à maintenant, n'avait jamais été véritablement mienne.
–Bien. Que dirais-tu de lire un peu ou de passer un peu de temps avec Draco? Il fait des efforts, ne le nie pas. J'aimerais que tu en fasses un peu toi aussi.
Je hausse les épaules. Je suis incapable de te parler, comment veux-tu que j'aille sympathiser avec Draco? Il va bien essayer, comme tous les autres. Puis, un beau jour, il se sera lassé et partira. J'ai connu ça des dizaines de fois. Des personnes qui restaient à mes côtés juste dans l'espoir de parvenir à me faire parler et qui, déçues de ne pas y parvenir, s'en allaient me laissant à ma solitude.
Je laisse Severus partir et gagne le petit fauteuil près de la fenêtre. J'allume la lumière et me glisse sous le plaid noir, Onyx contre moi. Mon père m'a dit qu'il me donnerait des cours pour apprendre la magie. Il sait que tout rattraper ne sera pas facile sans compter mon handicap, c'est pourquoi il s'est arrangé pour transformer les heures d'option en "cours de rattrapage".
L'idée ne m'enchante guère mais Sev' a l'air de penser que je pourrais le faire et compléter mon cursus plus tard.
Je ne sais pas si je vais y arriver. L'impatience me domine la plupart du temps et, lors de mes explosions de colère, ma magie n'est guère contrôlable. Un problème de plus à gérer même s'il reste confiant malgré tout. Un problème à la fois.
