NdA: Bonne lecture! :)
–Bien. Vous êtes tous là. Comme chaque année, la maison Serpentard n'est pas la mieux vue. Ce n'est pas pour autant qu'elle est mauvaise. Nous sommes fiers et parce que les autres maisons se liguent contre les nôtres, nous nous protégeons tous. Vous devez être solidaires. Respectez le règlement, ayez un comportement exemplaire… en apparence. Ne vous faites pas prendre.
Les élèves acquiescent pendant que je triture mes doigts. Bordel, pourquoi j'ai pas pris mon paquet de clopes avec moi? Je tremble tellement je suis nerveux. J'espère que je passe pas pour le camé de service, enfin, s'ils savent ce que c'est.
–Une chose de faite. Passons au second sujet. Pour les plus âgés qui me connaissent, vous savez dorénavant que j'ai un fils, Evan. Il… Laissez lui le temps de s'habituer à vous. Il …ne parle pas. Mais je suis convaincu qu'avec vous, il finira par y arriver.
Evan a son caractère comme vous avez déjà pu vous en rendre compte. Laissez lui le temps de prendre ses marques, il viendra vers vous de lui-même s'il en a envie.
Je hausse un sourcil. Ouais, si vous êtes tous bâtis sur le même modèle que la future Mme Malfoy, vous êtes mal barrés.
–Oh! C'est pour ça que tu me répondais pas… Pardon, Evan!
J'attrape Sev' par le bras pour plonger mon regard dans le sien. Il a oublié quelque chose.
–Oh… Tu veux vraiment que je leur dise?
J'acquiesce.
–Evan… Evan ne veut pas de votre pitié.
Draco s'avance, le dos bien droit, la tête haute.
–Tant mieux car ici t'es pas près de l'avoir!
Un sourire étend naturellement mes lèvres.
–Bien, les préfets, vous guiderez les première année cette semaine, le temps qu'ils connaissent un peu le château. Vous aurez vos emplois du temps demain matin! Si vous avez le moindre problème, ce tableau donne directement sur mes appartements. Prévenez les préfets, ils agiront et, dans le cas contraire, m'appelleront. Bonne nuit à tous!
Sev' s'en va et me laisse seul au milieu des autres qui me dévisagent. Pansy me dévisage. Je lui fais mon meilleur regard noir pour lui faire comprendre que je ne me laisserai pas faire et que j'ai d'autres façons de communiquer que la parole. Elle finit par baisser les yeux. J'ai gagné.
–Allez Evan, viens!
Draco m'arrache le bras pour me trainer jusqu'à la chambre avec mes valises et mon chaton. La chambre est grande mais on sera trois dedans. Avoir mon espace personnel va me manquer. Aucun coin tranquille pour décompresser tranquillement. Sev' m'avait prévenu. Et puis, ce château est bien assez grand et il y a une cour. Je trouverais bien un coin bien à moi ici.
–On va se doucher avant d'aller dormir, tu viens?
Mon corps se fige. Merde. J'avais pas pensé à ça du tout. Merde. Je recule et tombe sur mon lit. Non, hors de question. Draco me regarde en fronçant les sourcils. Je ne le regarde pas.
–Crevé?
J'acquiesce doucement. J'irai quand il n'y a plus personne… Je… J'ai pas envie qu'ils voient ça. Je regarde Draco quitter la pièce et je note dans un coin de ma tête la porte qu'il emprunte. Affalé dans mon lit, Onyx contre moi, je ferme brièvement les yeux. Quel silence. Je n'avais pas réalisé à quel point j'en avais besoin jusqu'à ce qu'il se fasse.
Demain, c'est la première journée de cours. Je ne sais pas encore ce que j'aurai et j'ai déjà envie de sécher les cours. Je ne vois vraiment pas ce que je vais y faire à part me couvrir de ridicule. Draco m'a parlé des sorts informulés. C'est encore plus compliqué que de jeter des sorts de façon classique alors qu'est-ce qu'un débutant pourrait faire à part se ridiculiser?
Progressivement, les autres reviennent de la douche et s'installent. Draco et Blaise parlent entre eux des cours de demain et de leurs futures blagues qu'ils vont faire à Potter. Manifestement, les Serpentard ne l'aiment pas. Je me fiche de lui tant qu'il me fout la paix. J'ai décidé que j'en aurais rien à faire de lui et je fais mine de lire pour avoir la paix.
Les lumières s'éteignent et la conversation s'estompe peu à peu. Ils finissent par s'endormir mais j'attends encore un peu pour être certain d'être tranquille.
J'ai attendu longtemps. Je n'ose pas me lever même si l'heure du réveil affiche les 3h du matin. Je soupire, attrape un boxer ainsi qu'un pyjama assez couvrant avant de gagner les douches.
Les cabines sont parfaitement isolées mais sortir de ladite cabine et m'exposer devant d'autres qui attendraient de pouvoir prendre une douche ne me tente absolument pas.
Je me glisse à l'intérieur, j'enlève mes vêtements et me faufile sous le jet d'eau. Heureusement qu'elle est toujours chaude, je n'aurais pas supporté l'eau froide. Pas aujourd'hui.
J'attrape mon gant de toilette ainsi qu'un gel douche que Sev' a dû glisser dans ma valise et me savonne le corps avant de m'arrêter et de baisser les yeux sur mon ventre, à la limite de mes hanches. Du bout des doigts, je trace la ligne de la fine cicatrice qui me traverse le bassin, faisant revenir de mauvais souvenirs à la surface.
J'étais bien amoché, c'est vrai. C'était ça dans l'orphelinat précédent. Une fois qu'on y entrait, on n'en sortait jamais tout à fait comme avant. J'ai quelques cicatrices qui peuvent l'attester. Mes hématomes, eux, sont partis depuis longtemps et mes fractures, même si quelques unes ont posé problème, sous plus ou moins bien remises.
J'avale difficilement ma salive, me lave à toute vitesse avant d'enfiler ma tenue de nuit, la chair de poule et la respiration rauque et de me diriger vers le dortoir, le plus silencieusement possible.
Il faut que je dorme. Demain, ça ira mieux.
–Evan? Evan! Debout!
Draco écarte mes rideaux, surpris de me voir avec un livre.
–Oh, t'es déjà réveillé… T'as pris une douche?
J'acquiesce bêtement. Oui et non, je ne suis pas "déjà" réveillé puisque je n'ai tout simplement pas fermé l'œil de la nuit. J'ai fait nuit blanche la veille de mon premier jour de cours, génial.
–Bon, on va petit-déjeuner alors?
Je hausse les épaules. À vrai dire, je n'ai pas faim. Je prends mon paquet de cigarette avec mon briquet et je lui montre. Il fronce les sourcils. Désolé mec mais je suis pas en état. Je veux juste fumer et qu'on me fiche la paix pour aujourd'hui.
– Viens, je vais te montrer.
Je le suis rapidement après m'être changé avec mes fringues habituelles: un jean, un pull noir et après avoir pris mon sac.
–Et l'uniforme?
Je me tourne vers Blaise. J'ai fait l'effort de mettre ce truc pour la rentrée, faut pas me demander d'en faire trop non plus!
–Il a raison tu sais. Même si tu n'aimes pas ça, les robes magiques peuvent absorber les dégâts si jamais une leçon tourne mal…
Je soupire profondément avant de la rouler dans mon sac et de suivre Draco jusqu'à l'extérieur. Je m'assieds sur un petit muret et lui fait signe d'y aller.
–Tu ne viens pas manger? Tu n'as déjà rien avalé hier soir, Evan…
Mais bordel, qu'est-ce qu'ils ont tous avec la bouffe en ce moment? Tu veux que je refasse la déco de l'école aussi ? Je vais t'en faire une véritable œuvre d'art, tu verras! Je finis par hausser les épaules avant de lui tourner le dos et d'allumer ma clope tranquillement. Après quelques minutes, il finit par s'en aller.
Je soupire profondément alors que chaque seconde qui passe me pousse à fuir le plus loin possible d'ici. Je ne me sens pas à ma place.
–Les nargoles t'aiment beaucoup on dirait!
Je relève la tête. Les quoi? Je me retourne et croise une fille d'à peu près mon âge. Elle me regarde droit dans les yeux et je détourne les miens, mal à l'aise.
–Je peux m'asseoir?
Je ne réponds pas. Dégage! Elle prend ça pour un oui et s'installe à quelques centimètres de moi. Je la regarde de biais et la découvre pieds nus.
–Ce sont les nargoles qui me les ont cachées.
Mais c'est quoi ces trucs? Je me retourne et les cherche du regard.
–Evan?
Je relève la tête pour croiser le regard de Severus. Évidemment, Draco ne pouvait pas se la fermer, il fallait qu'il aille cafter!
–Okay, à voir ta tête tu n'as pas dormi du tout et tu n'es pas près d'avaler quoi que ce soit. Je comprends que tu sois nerveux, je te laisse prendre une potion pour cette fois mais il faudra que tu manges, Evan.
–Ce sont les nargoles qui le contrarient, Monsieur.
Sev' fronce les sourcils en la dévisageant. On est d'accord, cette fille est très mais alors là très chelou!
–Accio, chaussures de Luna Lovegood!
Les chaussures arrivent en volant et se posent délicatement aux pieds de la fille.
–Oh, merci Professeur mais les nargoles me les auraient bien rendues, un jour ou l'autre…
Sev' détourne le regard. C'est quoi cette histoire de nargoles? Je ne crois pas en avoir déjà entendu parler dans mes lectures sur les créatures magiques…
–J'oubliais. Voici un plan de l'école ainsi que ton emploi du temps. Miss Lovegood, c'est votre préfet qui a le vôtre. Vous pouvez rejoindre la grande salle.
Elle me regarde un long moment et me sourit.
– Ça va aller, tu verras. Tout se passera bien…
Puis elle disparait. Je me redresse, un peu abasourdi par ce que je viens d'entendre. Comment elle a deviné? Elle lit dans ma tête aussi?
–Tu as Histoire de la Magie ce matin. Viens, je vais t'y conduire. Ensuite tu auras Soins aux créatures magiques et après-midi, tu auras Sortilèges et Potions. J'ai… J'ai prévenu les professeurs pour ton… mutisme. Le professeur Flitwick serait très intéressé de travailler la magie informulée avec toi. Allez, viens!
Je soupire profondément avant de me lever.
–Tu t'es occupé d'Onyx, ce matin?
Je me fige. Merde! J'étais tellement stressé que j'ai complètement oublié mon petit chat! Je quitte Severus et fait prestement demi-tour dans l'idée de regagner le dortoir mais il me retient.
– Je vais m'en occuper dès que je t'aurai mené en classe. Ne t'en fais pas, tout ira bien!
Je le laisse me guider mais je me sens nul d'avoir oublié Onyx. Ce n'est qu'un petit chaton et pourtant il prenait soin de venir me réconforter après des nuits entières de cauchemars au manoir et moi je l'ai oublié.
–Tu viendras le voir à midi si tu veux.
J'ai carrément envie d'aller le prendre dans mes bras maintenant mais j'imagine que le cours va bientôt commencer et que je ne peux pas me permettre d'arriver en retard accompagné de mon père, ça ferait jaser. Sev' me pointe un couloir du doigt.
–C'est au bout de ce couloir. J'imagine que tu ne veux pas qu'on te voit arriver en compagnie de ton père…
Sev' soupire avant de m'encourager à avancer et de faire demi-tour. Je prends une grande inspiration avant d'avancer, un pas après l'autre, l'angoisse me montant à la gorge. Les mots de la fille Lovegood me reviennent et je me les répète comme un mantra. Ça va aller, tout se passera bien…
Les autres me dévisagent. Je n'aime pas ça. C'est sans doute à cause de mes vêtements. J'aime pas leur uniforme de merde, on est tous pareils et moi, j'aime pas ça. On est pas égaux. On sera jamais pareils. On aura jamais vécu les mêmes choses alors je n'aime pas qu'on cherche à nous tromper à nous faisant tous revêtir la même tenue. Et puis, j'ai jamais aimé les règles alors c'est pas maintenant que je vais me mettre à les accepter et à les suivre!
Draco vient à ma rencontre et cherche mon regard. Je détourne les yeux. Il n'avait pas à se mêler de mes affaires en allant parler à mon père. J'ai pas besoin d'une nounou. Pour occuper mes yeux, j'observe discrètement mon entourage avant de tomber sur une paire de chaussures familière.
Je relève la tête pour croiser le regard de Lovegood, la fille de tout à l'heure. Elle me sourit pendant que je la regarde. Je distingue vaguement une cravate bleue de biais et un rapide tour dans ma mémoire m'informe qu'elle est à Serdaigle, la maison de la connaissance.
Tu parles de connaissance, c'est une véritable illuminée celle-là avec ses grands yeux et ses boucles d'oreilles bizarres. Attendez, ce sont vraiment des radis?!
La porte s'ouvre, m'arrachant à ma contemplation et je laisse les élèves entrer, bien décidé à me mettre tout derrière pour ne croiser personne. La fille attend elle aussi. À présent que le couloir se vide, je remarque qu'elle s'est tenue à l'écart, tout comme moi avant d'entrer, pratiquement dans les derniers. Je la suis, à contrecœur.
La classe est déjà pleine et toutes les chaises sont occupées. Il reste une seule place et je m'y réfugie, la tête basse, ignorant les regards inquiets de Malfoy.
Je me tourne vers ma voisine, prêt à lui lancer un regard noir signifiant "ne m'approche pas, ne m'emmerde pas et tout se passera bien" quand je réalise qu'il s'agit de l'illuminée. Non mais c'est pas vrai! Elle m'adresse un nouveau sourire avant de sortir son livre et un rouleau de parchemin, sans doute pour prendre des notes.
Moi je m'équipe du bouquin et de mon traditionnel bic avec un banal bloc de feuilles typiquement moldus. Je galère trop avec la plume. Un bic, c'est plus pratique.
–Bien, nous allons pouvoir commencer.
