NdA: Bonne lecture!
Les autres jours passent rapidement. J'ai expédié la demande de stage dès que Sev' a eu l'autorisation de prendre des vacances puis j'ai passé le reste du temps à faire mes valises et profiter du terrain de quidditch pour voler tranquillement et savourer la brulure du soleil sur ma peau.
Nous sommes finalement montés dans le train et j'essaie de ne pas penser à ce qui m'attend à la sortie. Sev' a déjà pris mes affaires et a demandé à des elfes de tout ramener à la maison. Je n'ai rien sur moi hormis un petit sac à dos avec de l'argent, mon portable, mon casque audio et un ou deux bouquins pour m'occuper.
Luna perçoit mon agitation. Elle essaie de me rassurer en me prenant la main mais j'avoue que rencontrer le père d'une fille que je fréquente, c'est une première pour moi. Sev' est aussi monté dans le train mais il a préféré me laisser tranquille et est resté dans le wagon des professeurs avec ses collègues.
Le trajet qui m'avait semblé long à l'aller me semble très court au retour. Luna reste à mes côtés avec toutes ses affaires rétrécies dans sa poche. Vachement pratique ce truc! Elle babille comme d'habitude et nous arrivons rapidement à destination.
Très nerveux, je me relève et ajuste mon jean sur mes hanches et lisse ma chemise noire. Luna lève les yeux au ciel et me prend par la main. Nous sortons du train et j'ai à peine le temps de saluer les potes que ma blonde me tire à sa suite vers un homme mince aux cheveux blonds. Son accoutrement est… disons spécial. Luna enlace son père et je me retrouve, l'espace d'un instant, face à lui sans trop savoir quoi dire.
– Voici donc le garçon qui prend soin de ma petite fée. Evan, c'est bien ça? Enchanté de faire ta connaissance, je suis Xenophilius Lovegood et, tu l'as deviné, je suis le père de Luna.
J'acquiesce avant de bredouiller une réponse. Mon père nous rejoint et salue l'homme. Manifestement, ils se connaissent déjà et discutent en se dirigeant vers une grande allée. Luna glisse sa main dans la mienne et nous les suivons sagement.
Ouf. Le premier contact est safe. Sa voix est plus douce que je ne le pensais et je comprends que Luna est la personne qui compte le plus à ses yeux. Je sais qu'il a perdu sa femme dans un accident de potions et sa fille est tout ce qui lui reste. Ça doit être difficile de vivre de cette façon, tout seul. Remarque, Sev' a vécu la même chose puisque maman et lui ont dû se quitter par la force des choses et qu'ils ne se sont jamais revus. Lui aussi a vécu tout seul durant de longues années.
Ma réflexion m'arrache des frissons. Avant, j'aurais pu supporter la solitude sans aucun problème mais maintenant… Je me suis habitué à vivre en compagnie des autres. Fini les accès de colère, le danger partout et l'angoisse permanente. Avec la bande, c'est différent. C'est un peu comme s'ils avaient toujours été là et ne m'avaient jamais quitté. C'est compliqué à expliquer mais voilà.
Nous nous installons dans un café et, comme il fait chaud, nous préférons nous poser en terrasse. Le serveur vient aussitôt prendre notre commande et les deux hommes prennent un whisky. Luna choisit un jus de fruit et moi, une limonade. Comme il fait chaud, nous prenons aussi des glaces et je m'empiffre d'une glace géante qui me fait un peu penser à la Brésilienne chez les moldus. Sev' prend une tartelette à la fraise et le père de Luna choisit la même tartelette au citron. Luna fait comme moi et exagère avec un énorme milkshake à la fraise!
Xenophilius sirote son café tranquillement et interroge d'abord sa fille sur ses examens. Elle le rassure et ramène une fois de plus l'attention sur moi. Elle parle de nos sessions d'étude tous les deux, de la nouvelle manière de bosser qu'elle a découverte avec moi, de mes encouragements et de tout le reste.
Son père parait clairement impressionné et m'interroge sur ces fameuses sessions. Je ne lui parle pas des baisers qu'on échangeait à chaque bonne réponse mais je lui parle du procédé de travail à la place. Mes mots sont un peu maladroits mais, dans l'ensemble, je dois dire que tout se passe bien.
Sev' discute parfois avec le père de Luna pour me laisser un peu de répit et je l'entends lui parler d'invitation pendant les vacances. C'est vrai que je n'ai pas osé aborder moi-même cette partie et je suis bien content qu'il le fasse.
Xenophilius est un sorcier très spécial. À vrai dire, je trouve qu'il est aussi spécial que sa propre fille mais je comprends aussi que tout ce qu'il veut, c'est que Luna soit heureuse et ça tombe bien parce que c'est aussi mon objectif.
Sous la table, elle glisse sa main sur ma cuisse et je m'empresse d'aller étreindre ses doigts. Son contact me rassure encore un peu plus et je vais même jusqu'à lui sourire assez niaisement je dois l'avouer.
– Ça a l'air bon ton truc!
Hein? Elle lorgne sur ma glace. Oh! C'est ça qu'elle veut? Je m'empare de ma cuillère et lui propose de gouter. Elle mange ma glace avant de me piquer l'ustensile pour se resservir. Hey! Je proteste un peu et l'attire contre moi dans une petite vengeance de chatouillis lorsqu'elle s'approche décidément trop près et m'offre un baiser vanillé. La chaleur monte d'un cran alors que je réponds sans même y penser au baiser qu'elle m'offre. Oh putain, on s'est embrassé devant son père et je n'ai rien fait pour me retenir!
Luna se dégage, fière d'elle et approche sa chaise pour se blottir contre moi. Elle pose sa tête sur ma poitrine et, très inquiet, je regarde son père. Je suis soulagé de ne voir aucune haine dans son regard, il est juste… attendri? Ouais, je crois que c'est le terme. Il se rend compte que sa fille a grandi, qu'elle est loin d'être une petite fille, qu'elle sait ce qu'elle veut et qu'elle est enfin heureuse.
Nous discutons comme ça pendant deux bonnes heures je dirais. Ça passe assez vite et je me sens finalement plus confiant qu'à la sortie du train. Xenophilius Lovegood est quelqu'un d'étrange mais il reste malgré tout jovial et je vois qu'il fait tout pour me mettre à l'aise et ça me rassure.
Je garde quand même une légère appréhension parce qu'il se peut très bien qu'il agisse ainsi parce que mon propre père est là. Luna m'a toujours dit que c'était un homme très gentil, très doux mais elle ne sait pas qu'un homme peut se métamorphoser complètement pour protéger quelqu'un qu'il aime. J'en ai été la preuve formelle quand j'ai buté les types qui s'en prenaient à elle.
Même si Xenophilius me semble quelqu'un de calme à première vue, je sais que l'habit ne fait pas le moine. Je resterai sur mes gardes jusqu'à ce que mes doutes soient entièrement dissipés.
La discussion s'achève et je tarde à me lever, encore trop pris dans mes réflexions. Luna me tend sa main et je croise son regard inquiet. Je lui souris pour la rassurer et me lève à mon tour. Sev' croise mon regard et j'acquiesce discrètement. Tout va bien. Je stress juste un peu.
Nous gagnons un recoin tranquille et Sev' me confie le sac miniaturisé de fringues et d'accessoires de toilette que j'avais préparé le matin même avant de monter dans le train et je le glisse dans ma poche. C'est vraiment pratique ce truc!
– Je t'appellerai dans la semaine pour voir si tout va bien, d'accord? Si quelque chose ne va pas, appelle-moi.
J'acquiesce. Ouais, ça me rassure déjà de savoir qu'il sera là, même de loin.
– Tu t'occuperas d'Onyx?
– Qui est Onyx?
Severus répond aussitôt que c'est mon familier et que oui, il s'en occupera. Je ne veux pas que mon chat soit tout seul. Il a été mon premier ami et je ne veux pas l'abandonner. Je me sentirais mieux si mon père était là pour s'occuper de lui.
– Pourquoi ne pas le prendre avec toi? Ton familier est le bienvenu, Evan.
J'arque un sourcil. Je n'aurais jamais cru qu'il accepterait ça mais j'aimerais que mon compagnon à quatre pattes soit avec moi.
– Evan?
– Si ça ne dérange pas… J'aimerais bien qu'il soit là.
Luna approche et glisse sa main dans la mienne en souriant.
– Féline aura besoin de compagnie, elle aussi.
Ouais, c'est vrai… Severus accepte et me signale qu'il passera dans la soirée me l'apporter parce qu'il a des choses à faire cet après-midi. J'imagine qu'il va tout faire pour brasser un maximum de potions compliquées avant que je ne rentre pour que nous puissions passer du temps ensemble. Je salue mon père, laisse Luna me reprendre la main et nous disparaissons tous les trois.
Nous arrivons rapidement au sol et je grogne contre mon estomac qui se soulève. Merde. Je n'ai jamais pu supporter cette manière de se déplacer.
– Evan, tu vas bien?
Je suis sur les genoux et je respire profondément pour faire disparaitre mon envie de vomir.
– Que se passe-t-il?
– Ç…Ça va…
Luna me prend par le bras pour me guider puis m'asseoir dans un fauteuil et me laisse respirer. Elle glisse sa main dans mes cheveux et je lui murmure que je n'ai jamais pu supporter le transplanage. Xenophilius s'avance et je découvre sous mes yeux un verre d'eau. Je le prends et bois une grande gorgée. Ça me fait du bien et je soupire d'aise.
– Désolé pour ça…
– Ne t'en fais pas, ça m'est arrivé aussi quand j'étais plus jeune. C'est moi qui suis désolé. Nous aurions pu voyager autrement.
Ah bon? Je reprends mes esprits et relève la tête, découvrant une maison aussi étrange que ses propriétaires. Petite, assez encombrée avec plein de décorations aussi loufoques les unes que les autres. Je comprends mieux pourquoi Luna est ainsi. Elle a toujours vécu là, j'imagine. Enfin, après la mort de sa mère. Je me souviens qu'elle m'avait dit qu'elle et son père avaient quitté le Manoir Lovegood après l'accident qui avait coûté la vie à sa mère parce qu'ils repensaient trop à ce macabre accident.
– Il fait bon, que diriez-vous d'aller prendre l'air?
J'acquiesce. Oui, j'ai toujours été mieux à l'extérieur pour reprendre mes esprits. Un elfe s'empare de ma valise pour la mettre à l'étage et nous quittons les lieux. Je découvre une large prairie avec un troupeau de sombrals à proximité.
– Ce sont des sombrals sauvages. Papa en a sauvé un il y a quatre ans. Depuis, le troupeau a décidé de s'installer ici. Papa aussi adore les créatures magiques!
– Toi aussi tu aimes les créatures magiques?
J'acquiesce et lui parle du stage que je compte faire durant l'été. Mr Lovegood m'écoute avec intérêt et nous discutons de tout et de rien. Nous marchons jusqu'à la forêt et j'écoute aussi bien ma blonde que son père. Je grimace en découvrant que les voisins sont les Weasley à quelques kilomètres de distance. Heureusement qu'ils sont loin parce que je n'aurais certainement pas toléré de voir la rouquine si proche de ma copine.
Nous faisons un tour en forêt et rencontrons beaucoup de créatures magiques sauvages. J'en reconnais quelques unes comme les hippogriffes ou les centaures et Xenophilius me parle volontiers d'eux. Nous rentrons après une balade d'environ une heure pour aller nous rafraichir. Je découvre avec amusement que leur maison est aussi étrange à l'extérieur qu'à l'intérieur mais je ne fais aucun commentaire. Après tout, qui suis-je pour juger, moi?
Nous retournons dans la maison et je savoure la fraicheur de l'ombre. Il fait bon ici. Mr Lovegood demande des rafraichissements et nous nous asseyons dans la petite cuisine. Luna reste à côté de moi, elle ne me quitte pas, comme si elle continuait de sentir ma nervosité.
– Je comprends pourquoi tu l'aimes autant, ma petite fée. Si tu es heureuse, je ne m'oppose pas à ce que tu fréquentes Evan.
Je soupire. Je retenais ma respiration sans même m'en apercevoir. Un sourire orne mes lèvres. C'est tout? Juste… comme ça? Si vite? Luna sourit et prend ma main dans la sienne. Un immense soulagement m'envahit. Putain.
Le reste du temps, nous le passons beaucoup Luna et moi. Son père s'absente souvent pour aller voir des créatures dont je n'ai jamais entendu parler. Sev' m'a dit que Xenophilius était quelqu'un de particulier voire même très étrange et je comprends où il voulait en venir mais ça ne me dérange pas plus que ça. Avec Luna, je suis habitué on va dire.
Comme nous sommes seuls, on fait pas mal de trucs: Luna me parle de sa vie ici, chez elle, des champs dans lesquels elle aime se promener, des animaux dont elle aime s'occuper mais je comprends aussi qu'elle n'a jamais passé de vacances avec des amis et ça, je trouve que c'est triste.
Moi je lui parle du monde moldu et un peu plus du dernier orphelinat dans lequel j'ai été avant que Sev' n'apprenne mon existence. Je lui parle de Greg', de Phil', de mes journées monotones même si je prends soin d'effacer mes routines sexuelles de mon planning. Je lui parle aussi des cours, de mes séjours à l'hosto, de Greg' qui se faisait des cheveux gris à me tirer jusqu'en classe pour ensuite chercher dans tout le quartier après moi parce que je m'étais fait la malle entre deux cours chiants.
Luna rit beaucoup. Moi je me remémore des souvenirs et je m'aperçois que finalement, ma vie n'a pas été aussi merdique que je ne le pensais. On m'a pris une partie de mon enfance, ça je ne l'oublierai pas, jamais, mais je me souviens des moments passés avec maman, des quelques conversations amusantes que j'ai pu avoir avec Phil' lorsque je fumais en cachette, de la crise de Greg' lorsque j'ai fait mon premier tatouage. On peut dire que j'étais un vrai petit délinquant. Les gars me reverraient maintenant, ils ne me reconnaitraient surement pas. Je suis trop sage pour être le vrai Evan, celui qu'ils ont toujours connu.
J'ai changé et je dois dire que tout ça, c'est grâce à Luna. Enfin, c'est grâce à Sev' d'abord. Parfois, il m'arrive de me demander ce que j'aurais fait si j'étais resté à l'orphelinat jusqu'à ma majorité. Est-ce que j'aurais trouvé un boulot? Aurai-je eu un toit, quelque part? Un refuge où fonder une famille? Aurait-on finalement retrouvé mon corps sous un pont après une nuit d'hiver à être obligé de faire la manche pour avoir un truc à bouffer ou pouvoir me chauffer? Aucune idée.
Mais grâce à Sev' puis aux autres mais surtout grâce à ma blonde, je suis ce que je suis aujourd'hui. J'ai une perspective d'avenir, un toit, une famille et je me suis rangé. Fini les conneries, fini les quatre-cents coups avec des caïds du coin, fini les courses poursuites entre les keufs et moi. C'est terminé tout ça. Aujourd'hui, je suis définitivement différent. J'ai grandi et je dois dire que ça me fait du bien.
J'ai été catapulté dans un monde dont j'ignorais tout, je me suis retrouvé à avoir une famille, à fréquenter une école normale, enfin, presque et à me faire des amis alors même que je n'y croyais plus. Quand j'y pense, j'ai parfois encore l'impression de rêver et que je vais me réveiller dans ma chambre à l'orphelinat ou encore à l'hôpital après une crise particulièrement violente mais non, je ne rêve pas.
Luna est bien là, à mes côtés. Elle sourit et à chaque fois, j'ai l'impression qu'elle ne devient que plus belle encore. Comme toujours, je ne résiste pas au plaisir de l'embrasser et vais chercher de multiples baisers sur ses lèvres. Évidemment, j'essaie de ne pas l'intimider devant son père mais il y a des fois où je ne résiste tout simplement pas et je cherche le contact même si son père est présent.
Tous les deux, nous faisons plusieurs balades. On s'occupe des sombrals, on s'occupe de nos familiers qui ont bien grandi et se tournent autour encore plus qu'avant et, quelques fois, je ne tiens plus et ma blonde et moi nous aimons dans la forêt, sous un grand arbre qu'elle adore. Je ne peux pas faire ça chez elle, pas avec son père et l'étroitesse de la maison. Je suis persuadé qu'il nous entendrait et, si Sev' ne dit rien sur nos ébats, rien ne garantit que Xenophilius apprécie que je dévergonde sa fille de cette façon, même si elle aime ça et que nos rapprochements la rendent plus heureuse encore qu'elle ne l'était.
Les deux jours restants, Xenophilius nous emmène en balade. À chaque fois, plutôt que de transplaner, il a pris soin de prendre un portoloin et, lorsque Sev' est venu déposer Onyx, il a été prévoyant en réclamant des potions contre la nausée pour moi. Grâce à ça, j'ai pu visiter d'autres choses encore. Nous avons été dans des réserves de créatures magiques où tout être vivait pratiquement en liberté, dans de grands espaces où la chasse était scrupuleusement interdite.
Heureusement que j'avais mon appareil photo parce que nous croisons des licornes, des sombrals bien sûr mais d'autres créatures plus discrètes, plus petites mais tout aussi adorables comme des fées et des petits êtres de l'eau. J'en profite pour prendre un maximum de clichés. Je veux garder de tout ça un maximum de souvenirs et je sais que ces photos rempliront avec joie mon album. Je prends aussi Luna en photo en train de nourrir les sombrals ou entourée par les fées. C'est beau.
J'en fais aussi de ma blonde et de son père pendant qu'il lui montre les petites créatures volantes et je souris en voyant la photo prise sur mon écran. Elle est magnifique, ça lui fera de chouettes souvenirs.
Xenophilius aussi prend des photos. Nous avons ça en commun. Des photos des créatures que nous rencontrons, de sa fille, de nous deux marchant devant, de mon approche vers les sombrals que je trouve fascinants et il va même jusqu'à utiliser un sort pour avoir des clichés de nous trois en guise de souvenirs. Je passe vraiment une journée géniale et je ne vois pas du tout le temps passer si bien que nous sommes déjà le soir et que dès demain, je devrai rentrer chez moi pour quelques semaines avant que Luna ne vienne à la maison.
Comme toutes les nuits, elle finit par me rejoindre et s'allonge contre moi. Je profite de ces instants parce que je sais que dès demain, nous devrons nous séparer pour quelques jours. Xenophilius ne dit rien. En fait, il n'a jamais rien dit. Il est un peu comme Sev', tout ce qu'il veut, c'est que son enfant soit heureux, qu'importe le reste. Je l'aime bien.
Lorsque le matin pointe le bout de son nez, je grogne. Le réveil est difficile. Luna se blottit un peu plus contre moi et je l'entends rouspéter contre les rayons de soleil qui s'échappent par la maigre ouverture dans les rideaux que j'avais laissée pour ne pas être dans le noir le plus complet.
Après un bref moment câlin, Luna file prendre une douche. Je l'aurais bien rejointe mais je ne suis pas certain que son père apprécierait alors j'attends patiemment mon tour en caressant mon chat qui a dormi avec nous. Je comate un peu avant de me lever et de descendre dans la petite cuisine.
Je salue Mr Lovegood d'un mouvement de tête et je sors m'asseoir sur le perron pour fumer une clope. Il profite de l'absence de sa fille pour me rejoindre et pose des questions sur mon monde et sur la cigarette que je fume. Je lui propose d'essayer mais il tousse salement et renonce sans comprendre comment je peux respirer cette merde. Je lui parle du monde moldu et ses réactions me font bien rire.
On voit qu'il n'a sans doute jamais mis les pieds là-bas. Je pourrais l'emmener une fois mais je ne suis pas certain que les choses se passeraient bien. Je ne sais pas comment il pourrait réagir et, s'il est déjà perçu comme un original parmi les sorciers, j'ai bien peur qu'il ne finisse chez les fous dans le monde disons normal.
Je lui montre ce qu'est un téléphone, lui parle des fêtes qu'il y a là-bas, de l'orphelinat où j'ai grandi et réponds patiemment à toutes ses questions. Je pourrais peut-être lui apprendre à composer des messages et à appeler sa fille et je pourrais même lui offrir un téléphone si jamais je suis invité pour les prochaines fêtes.
De mon côté, j'apprends que chaque festivité est importante dans le monde sorcier et j'en apprends beaucoup. Les relations amoureuses ne sont pas du tout vue de la même façon et je comprends qu'avec Luna, le fait d'avoir eut un rapport ensemble et de nous être mutuellement offerts des bijoux a fait de nous des fiancés officieux.
– J'aimerais officialiser votre relation par une cérémonie. Rien de bien méchant, on peut faire ça à quatre avec les témoins mais ça me rassurerait de vous savoir ensemble selon les lois de ton monde et du mien.
J'acquiesce. Ce n'est pas une décision que l'on peut prendre à la légère mais c'est quelque chose que je comprends. Après tout, dans le monde sorcier, les rapports sexuels ne sont autorisés qu'une fois fiancés. C'est très sérieux, tout le contraire du monde dans lequel j'ai grandi et fait mes premiers pas dans la sexualité. Ici, tout n'est qu'ambition politique, d'alliances entre différentes lignées, de rapport de sang, bref, beaucoup trop de choses.
Je fais bien comprendre à Xenophilius que je respecterai sa fille et la relation que nous avons ensemble, qu'elle compte pour moi bien sûr, mais j'insiste sur le fait que pour moi, il n'y a aucun jeu politique et de sang stupide. Le père de ma blonde rit sans que je comprenne pourquoi. Il dit que je lui rappelle Pandore, sa femme et la mère de Luna. J'en apprends peu sur elle parce que Xeno reste discret et que je remarque que la perte de son épouse l'affecte beaucoup mais j'en sais suffisamment pour comprendre que Luna est son portrait craché et que nous sommes exactement comme eux au même âge.
Sa remarque m'interpelle mais je n'ai pas le temps de l'interroger. Luna vient de terminer de prendre une douche et vient m'enlacer doucement par derrière. J'attrape sa main et l'embrasse du bout des lèvres en guise de bonjour avant de me lever. Je remarque alors qu'elle a les cheveux mouillés et lui chaparde l'essuie qu'elle tient pour les lui sécher un peu avant d'aller prendre une douche à mon tour.
Comme il a fait particulièrement chaud, je profite de ma douche pour me rafraichir avant d'enfiler un truc confortable. Je ne traine pas trop parce que ma blonde m'attend pour le déjeuner et nous dévorons nos omelettes avec nos tranches de lard fumé. C'est gras mais c'est bon alors je mange davantage comme un morfal que comme quelqu'un de réellement civilisé mais on ne me refera pas, il est trop tard pour ça je pense.
Lorsque nous débarrassons, je jette un œil à l'horloge et découvre que Sev' doit venir me chercher dans deux heures à peine. Je laisse les elfes s'occuper de la vaisselle et grimpe à l'étage pour faire mon sac. Luna s'assied sur le coin de mon lit et je remarque à ses traits qu'elle n'est pas vraiment ravie que je m'en aille, même si c'est pour quelques jours.
Comme mon stage n'a pas lieu avant le mois d'Août et que Luna sera en vacances à cette période là, nous avons convenu de nous retrouver dans à peine une dizaine de jours. J'aimerais juste passer un peu de temps avec Sev' parce que c'est vrai qu'à Poudlard, j'étais plus souvent avec mes amis qu'avec lui. Comme il me l'a souvent répété, c'est normal à mon âge de vouloir trainer avec des ados mais je me suis senti un peu coupable de l'avoir un peu laissé de côté. Surtout quand je n'étais pas bien durant toute cette année à Poudlard. J'aurais dû tenter plus de choses même si nous nous connaissions déjà mais je compte rattraper le temps perdu. Après tout, il y a certainement encore plein de choses que nous pourrions découvrir mutuellement l'un sur l'autre.
– Lu, c'es juste une dizaine de jours… On reste en contact par sms et je t'appelle tous les deux jours, okay? Et si ça va pas, tu appelles.
Elle acquiesce mais je sens bien que ça ne suffit pas. Je m'assieds à côté d'elle et l'embrasse doucement sur la bouche avant de la faire basculer dans le lit. Ses yeux croisent les miens mais ce n'est pas pour lui faire l'amour que je l'ai allongée. Je me blottis contre elle avant de prendre un des pull que j'ai porté le plus souvent ici, quand il faisait particulièrement frais le matin. Je le lui tends, un peu maladroitement.
– Mon odeur… Comme ça tu l'auras toujours avec toi…
Merde, Evan, t'es niais au possible! C'est typique des gonzesses moldues ça, pas de ta blonde!
Luna me regarde avant d'acquiescer et de le prendre. Je soupire. Elle aurait vraiment pu me prendre pour un con mais c'est vrai que ce n'est pas la première fois qu'elle me chipe des vêtements ou qu'elle me chipait mon lit lorsque je dormais dans les appartements de mon père. C'est peut-être un truc de filles tout court en fait…
Je lui laisse aussi quelques romans qui m'ont plu et qu'elle pourra lire et me rendre lorsqu'elle viendra au manoir. C'est ma façon à moi de lui faire comprendre que nous nous reverrons et j'avoue ne pas trop savoir quoi faire d'autre pour l'empêcher d'être triste.
Les minutes passent et finalement, Luna décide de m'aider avec mes affaires jusqu'à ce que je termine enfin ma valise même si elle fait davantage tout pour me retarder que pour réellement me donner un coup de main. Un œil à l'horloge tordue m'indique qu'il reste une petite heure seulement avant que Sev' ne vienne me chercher pour rentrer à la maison. Luna le remarque aussi. Ses yeux font beaucoup de voyages entre l'heure et moi et je sais qu'elle risque d'être ainsi jusqu'à ce que je parte.
Pour ne pas que ça se passe ainsi, je décide de lui prendre la main et je l'entraine dehors, loin des horloges et sous le soleil qui commence déjà à chauffer alors qu'il n'est même pas dix heure. Les chats miaulent mais reste dans la maison pour profiter de la fraicheur et j'entraine ma blonde jusque dans la forêt.
Une fois de plus, nous nous promenons et je fais exprès de passer devant l'endroit des sombrals pour aller les nourrir une dernière fois en guise d'au revoir. Nous marchons un peu et je prends quelques photos de nous deux pour que Luna puisse les regarder si je lui manque. C'est niais mais je sais qu'elle attache beaucoup d'importance aux photos et aux souvenirs. Lorsqu'elle a emménagé dans le dortoir des Serpentard, j'ai remarqué qu'elle conservait précieusement les photos de sa mère et de son père et, depuis peu, une photo de nous deux qu'elle avait mise sur sa table de nuit dans sa chambre ici.
Lorsque nous revenons, Sev' est dans la petite cuisine, occupé à boire un café. Il me salue, ravi de me voir en forme malgré les messages que je lui envoyais presque tous les soirs pour lui dire que tout se passait bien et que j'avais passé une bonne journée. Luna le salue un peu trop joyeusement pour que ça paraisse naturel mais je ne dis rien et l'embrasse sur la tempe comme pour lui procurer un peu de réconfort.
Mon père discute un peu avec le père de ma blonde et ils conviennent tous les deux que Xenophilius déposera sa fille au manoir dans une dizaine de jours comme prévu. Ils parlent également de se retrouver et de boire un café juste tous les deux et je m'enthousiasme à l'idée que mon père pourrait peut-être se faire des amis et me laisser le manoir désert où je pourrai tranquillement copuler avec ma copine. Vous allez dire que le sexe est ma priorité n° 1 mais que voulez-vous, on ne se refait pas! Pas totalement.
Après quelques biscuits, il achève sa tasse de café et se lève. C'est le signal que nous partons. Je remercie Xeno de m'avoir accueilli durant les vacances et enlace ma blonde avant de l'embrasser doucement sur les lèvres.
– On se retrouve dans dix jours. D'ici là, sms, appels, tout ce que tu veux à n'importe quelle heure, ok?
Elle acquiesce et me sourit doucement. C'est bien mieux. Je sais qu'elle a tout le temps été avec moi jusque maintenant et en plus, elle a pris l'habitude de toujours dormir avec quelqu'un mais je sais que ça ira. Tout se passera bien et si jamais elle est triste, elle peut toujours m'appeler, je serai toujours disponible pour elle.
Sev' rétrécit mes bagages, les glisse dans sa poche et me laisse prendre mon chat. Luna le caresse pour lui dire au revoir, salue mon père et je l'embrasse une dernière fois avant de passer par la cheminée. Nos regards se croisent et c'est à peine si j'entends mon père énoncer notre destination tellement je suis dans notre bulle.
– Et voilà, nous sommes arrivés.
Une fois n'est pas coutume, je me suis encore perdu dans mes pensées. Je dépose mon chat et le laisse reprendre possession de son domaine avant de récupérer mes affaires pour aller les ranger dans ma chambre. J'envoie presque immédiatement un message à Luna pour lui dire que je pense à elle et, par le même occasion, lui demander son avis sur le premier chapitre d'un livre que je lui ai prêté quand elle l'aura lu. Ça ne m'importe pas particulièrement mais comme elle voudra me répondre le plus vite possible, je sais qu'elle lira le bouquin rapidement. Et dès qu'elle l'aura lu, s'il lui plait autant qu'il m'a plu, elle ne pourra pas le lâcher jusqu'à ce qu'elle l'ait terminé et ça pourra peut-être l'occuper un peu et lui faire oublier mon absence.
– Evan? Le dîner est bientôt prêt!
Je bave déjà à la perspective du repas délicieux qui m'attend. L'elfe nous a préparé des lasagnes et ça tombe très bien parce que j'adore ça! Je termine rapidement de ranger les quelques affaires que j'avais avec moi et mets mes vêtements sales dans la manne que les elfes laissent à l'entrée du couloir avant d'embarquer mon téléphone avec moi au cas où j'aurais un appel de ma blonde et de descendre.
Les lasagnes sont délicieuses et Sev' et moi parlons beaucoup. Il me demande de lui raconter mes vacances et je lui parle de Xeno mais de la réserve aussi. Je lui montre les photos que nous avons prises ce jour là et lui demande en retour ce qu'il a fait pendant mon absence.
Sans surprise, mon père a passé sa semaine dans son laboratoire à préparer les potions les plus complexes pour l'infirmerie dès son retour à Poudlard en Septembre mais il a aussi passé son temps libre à imaginer des modifications sur certaines potions pour les rendre meilleures et plus efficaces. J'imagine que c'est là l'idée des vacances qu'il doit se faire: pouvoir faire ce qu'il veut sans aucune contrainte.
J'en suis venu à une conclusion: Sev' ne sait vraiment pas s'amuser. Lorsque nous irons en Roumanie, j'essaierai de le décoller un peu de ses chaudrons, ça lui fera du bien. Bon, ok, il a des obligations mais je lui ai dit que je l'aiderais. Je me débrouille pas mal quand il s'agit de faire des potions simples et je devrais être utile, même si ce n'est que pour couper correctement des ingrédients et tout lui préparer en avance pour qu'il n'ait qu'à se concentrer sur le brassage.
Il me parle également de l'avancée de sa potion Tue-loup et je réalise que c'est lui qui l'a inventée, tout comme il est le créateur du veritaserum, le sérum de vérité qui oblige celui qui le boit à ne dire que la vérité. Ce sérum a permis d'élucider bien des cas et je suis ébahi d'apprendre que mon père en est l'auteur. Il me parle des progrès qu'il fait dans la potion pour les loups-garous, de transformations moins douloureuses, de rétablissements plus rapides mais aussi de la baisse d'agressivité chez la créature magique.
Ça doit être bien pour Lupin ça. Il a l'air totalement à côté de ses pompes à chaque fois qu'on approche de la pleine lune et après, n'en parlons pas. On dirait qu'il est passé sous un troupeau de sombrals et grimace à chaque fois qu'il se déplace. Sev' dit que c'est dû aux os qui se cassent, s'étirent et s'allongent pour former l'ossature du loup. C'est un processus très douloureux qui met le corps à rude épreuve et c'est ce même processus qui rend le rétablissement plus long et que mon père entend bien améliorer.
Je profite que nous soyons lancés sur le sujet pour lui parler des autres potions que nous devrons préparer. Il se lève, gagne son laboratoire et revient avec un rouleau de parchemin tellement long qu'il touche le sol. Non mais ils se foutent de qui? Ils savent ce que ça veut dire le mot "VACANCES"? Et quoi, Sev' n'a pas le droit de se reposer? Et s'il voulait passer du temps avec moi, hein?
Je lui prends le parchemin des mains et découvre que la plupart des potions peuvent s'acheter sur le marché. Je questionne Severus mais il avoue que les finances de l'école ne sont pas très bonnes et que le directeur fait des économies là où il peut en mettant les professeurs à contribution. Il m'explique que c'est le professeur Chourave qui met son talent à profit pour lui fournir des plantes de qualité, quant au reste, c'est le professeur Gobe-Planche qui s'en charge avec ses créatures magiques.
Je soupire profondément et Sev' me dévisage.
– Je comprends que ce soit long, si tu préfères t'amuser… Je peux m'arranger pour que tes amis viennent te rendre visite…
Quoi? Non! Je suis furax contre le directeur de lui imposer ça mais je ne veux quand même pas le laisser tomber alors qu'il a accepté de faire en moins d'un mois ce qui lui prend presque toutes ses vacances pour profiter du temps qu'il lui reste avec moi et pour que je puisse aller en stage alors non, je vais l'aider même si je ne serai utile que pour les potions simples et la découpe d'ingrédients.
– Il faudra qu'on discute avec l'autre con et lui expliquer ce que c'est des vraies vacances, il a pas l'air au courant!
Sev' pouffe. Dumbledore n'en fait toujours qu'à sa tête et si Severus avait refusé, il l'aurait sans cesse harcelé ou en aurait profité pour l'accabler lorsque les premiers élèves seraient tombés malades et que l'infirmière n'aurait plus de traitements en stock suffisamment nombreux pour tous les soigner. Ça s'appelle du chantage et ça me rappelle pourquoi je n'aime pas cet imbécile de directeur.
– Tu as déjà regardé ce que je peux faire?
– Mmh, malheureusement tu ne pourras pas en faire beaucoup… Il y a les baumes à brasser jusqu'à ce qu'ils se gélatinisent et tu pourrais éventuellement t'occuper des ingrédients si tu veux bien…
J'acquiesce et propose qu'on s'y mette mais Sev' tient à ce que nous profitions de notre journée d'aujourd'hui avant de nous y mettre sérieusement à fond dès demain. La discussion se termine et nous discutons de tout et de rien, laissant ces brassages de côté pour pleinement profiter de nos vacances.
D'après ce qu'il m'a dit et ce que j'ai compris, nous devrions mettre quelques semaines pour venir à bout de tout ça et avec Luna qui vient dans une dizaine de jours, ce sera plus compliqué d'avancer. Certes, elle pourrait s'occuper des ingrédients avec moi mais j'imagine qu'elle a autre chose en tête pour la semaine qu'elle va passer avec moi au manoir.
Sev' me parle aussi d'elle d'ailleurs, il me dit que je pourrais lui faire visiter la forêt jouxtant le manoir, le coin avec le lac, la grande prairie et les endroits où on peut observer un magnifique coucher de soleil. Mon père me propose de lui préparer une chambre mais je lui avoue que Luna passe systématiquement toutes ses nuits avec moi ou presque. Il exige quand même que je lui prépare un petit coin bien à elle et je décide d'attendre la semaine prochaine pour m'y mettre.
En attendant, nous passons la journée à discuter et j'en apprends encore plus sur mon père. Il est un grand amateur de photos et il va même jusqu'à ressortir son propre album qu'il avait conservé et dans lequel il avait trouvé des photos de maman avant qu'elle ne soit enceinte de moi et qu'il ne doive la quitter. Ses photos sont magnifiques, autant les clichés magiques que moldus. Ils dégagent tous un petit quelque chose sur lequel je n'arrive pas à mettre le doigt mais qui rend tout superbement bien.
Nous regardons ainsi les photos jusqu'à ce qu'il soit l'heure de préparer le repas du soir. Ça aussi, c'est nouveau pour moi. Avant, c'était les elfes qui s'en occupaient mais Sev' leur a donné des congés comme ça, ça nous permet de passer du temps ensemble tout en apprenant quelque chose. Et c'est ainsi que se passent les jours me séparant d'elle.
