Note du traducteur : Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews, et lisent cette histoire ! En espérant que la suite vous plaît toujours autant.

Merci Myl pour ta précision quant à l'expression anglaise, je ne connaissais pas cette variante. Je vais essayer de trouver un équivalent à partir de ça.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 3 : Pseudofruit.

L'innocent cactus houppette était tranquillement installé sur le rebord de la fenêtre, apparemment inconscient de la conversation qui avait lieu dans la chambre.

"Alors, est-ce que tu trouves qu'elle a l'air morte, cette plante ?" clama Naruto, qui regardait le rouquin qui se tenait sur le seuil de sa porte, l'air un peu éméché.

Il leva son verre comme s'il portait un toast avant d'en prendre une gorgée.

Tandis que le rouquin s'asseyait à côté de lui sur le sol, le blond faisait de son mieux pour l'effacer de son champ de vision. Il voulait être seul, vraiment seul maintenant. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était que quelqu'un alimente son anxiété chronique, et le rouquin silencieux à ses côtés était un expert en la matière.

"Tiens," se surprit à dire Naruto en tendant la bouteille d'ouzo et une cruche d'eau à son invité non-désiré. "Va te chercher un verre. Je n'en ai pas d'autre. Et prend un peu d'eau aussi, d'acc ?"

Gaara porta la bouteille à ses lèvres et prit une gorgée directement du goulot. L'expression de son visage ne changea pas même une seconde.

"On dirait que c'est pas ta première fois," rit le blond, dont la précédente irritation commençait à s'estomper. Pourquoi est-ce que cela arrivait si facilement aux avirons du drôle de rouquin ? Sa solitude avait été interrompue et il avait tout le droit de rester en colère. Pourtant quand il voyait ce type qui tenait la bouteille et le regardait de nouveau comme ça, il ne pouvait pas rester énervé contre lui.

"Ce soir, je vais m'oublier un moment," annonça Naruto, en tenant son verre haut dans les airs avant de l'avaler en entier. Gaara lui répondit en lui reversant de l'ouzo. Suivant son exemple, le blond l'avala d'une traite.

"Pourquoi est-ce que tu veux t'oublier ? demanda soudainement Gaara. Rien que pour échapper à ces yeux examinateurs Naruto baissa la tête.

"Tout le monde veut s'oublier de temps à autres. Pas toi ?

_Si.

_Trinquons." Naruto sourit, et trinqua son verre contre la bouteille que Gaara tenait toujours. Maintenant qu'il devenait de plus en plus intoxiqué, il ne se souciait plus trop d'avoir de la compagnie. Et plus il était alcoolisé, plus il était immunisé contre l'angoisse qu'il ressentait près du rouquin.

Quand l'inévitable vertige s'insinua silencieusement dans chaque partie de son cerveau, il se laissa inspecter le rouquin un peu plus en détail, plus qu'il ne l'aurait fait s'il avait été sobre. S'il considérait la façon dont son visage conservait une expression neutre, et celle dont sa peau semblait anormalement douce, Naruto pensait vraiment qu'il y avait un masque sur son visage. S'il avait de l'argent, il paierait volontiers pour connaître les pensées du rouquin derrière cette expression fermée.

Gaara prit une autre gorgée de la bouteille, et à cet instant l'attention de Naruto fut attirée sur sa bouche, et le bout de sa langue qui passa brièvement sur sa lèvre inférieure après avoir bu. Gaara était-il seulement réel ? De ce qu'il savait, il aurait aussi bien pu être une hallucination. Comment pouvait-on avoir des cheveux si flamboyants, et des yeux soulignés de noirs comme les siens ? Maintenant, Naruto était certain d'avoir officiellement atteint la douce félicité de l'alcool, et ces récentes pensées étaient uniquement la faute de son état d'ébriété.

Le souvenir des mots de Sakura lui revint à l'esprit. Dans son délire, elle était allée jusqu'à suggérer que ce Gaara qui était là – la statue au visage de pierre – en pinçait pour lui. C'était une idée tellement ridicule, et en secouant la tête, Naruto chassa cette conversation de son esprit.

"Gaara…" dit-il avec des mimiques exagérées, après s'être recomposé et rapproché de lui. La cible de sa curiosité soudaine ne montra aucun signe d'inconfort, ni aucune émotion, alors il toucha sa joue comme s'il manipulait une vieille poupée centenaire de grande valeur.

"Est-ce que tu es réel ? demanda-t-il. Est-ce que tu es vraiment réel, Gaara ?

_Je ne suis pas un fantôme, répondit le rouquin en jouant distraitement avec ses bracelets. Pas encore du moins.

_Haha, rit Naruto, qui trouvait ça étrangement drôle. Tu ferais un bon fantôme avec ta peau toute blanche et tout. Peut-être que tu pourrais hanter ces abrutis qu'on avait vu sur le parking, la dernière fois."

Et là, ça se produit. Les coins des lèvres de Gaara se plissèrent légèrement vers le haut. Était-ce un sourire ?

Naruto sourit malicieusement. "Ensemble, on les ferait pisser dans leur pantalon et crier comme des fillettes !"

Avant de s'en rendre compte, il tapota l'épaule du rouquin comme s'il était le frère qu'il n'avait jamais eu, un frère qui aurait des yeux étrangement effrayants et captivants à la fois. Et ces profondeurs de jade le regardaient désormais, détenant une expression presque indéchiffrable. Naruto était certain qu'il y avait quelque chose de nouveau, quelque chose qu'il n'avait jamais vu auparavant, et quand il plissa les yeux, l'expression se fit plus claire, et –

"Oh, vous êtes là les gars. Je vous cherchais."

C'était Kankurô, qui s'immisça dans la chambre depuis la porte entrouverte. Naruto se redressa immédiatement et s'éloigna de Gaara. Tandis qu'il laissait entre eux une distance de sécurité, il essaya de se concentrer sur le moment sans réussir à chasser le brouillard grandissant dans son esprit. Le verre en l'air, il sourit. "Tu voudrais un peu d'ouzo ?"

Le regard de Kankurô sembla se fixer sur un point, qui n'était pas Naruto. Il se sentit immédiatement soulagé de savoir que pour une fois ces yeux noirs et mystérieux ne le regardaient pas lui, mais autre chose. Il suivit son regard, essayant de retracer ce qui avait totalement happé l'attention du brun.

Gaara soutenait le regard de son frère, et tenait la bouteille sur ses genoux. Sans détourner les yeux, il prit une gorgée, et tendit la bouteille vers le brun. Naruto ne parvint pas à lire ce qu'il se passait entre eux, mais cette étrange communication sembla s'évaporer dans l'air quand Kankurô s'assit à côté d'eux et prit la bouteille. Comme son frère, il prit une gorgée sans se soucier de chercher un verre.

Naruto grimaça. Il ressentait dans sa gorge la brûlure qu'il imaginait en les regardant faires. Mais alors ces yeux noirs se posèrent sur lui de nouveau et il se sentit immédiatement pris au piège.

"Qu'est-ce qu'on fête ? demanda Kankurô en souriant légèrement.

_Hum… On est vendredi, et on voulait se débarrasser de nous-mêmes un moment, expliqua Naruto.

_Vraiment ?" dit seulement Kankurô. C'était comme si son précédent sourire était mort sur ses lèvres. Plus Naruto regardait ces lèvres, plus la température dans la pièce augmentait. Ce devait être à cause du soleil couchant, qui brûlait actuellement ce côté de la maison, non ? Naruto fut tiré de son imagination quand ces lèvres commencèrent à parler.

"C'était sympa d'avoir Sakura à la maison. Tu as des amis sympa," dit l'aîné des frères.

Le sourire maladroit de Naruto se transforma en une expression distante, tandis que son agacement d'il y a quelques semaines revint à son esprit embué d'alcool. "Elle a un petit-ami, tu sais. De mon point de vue, on aurait dit que tu t'intéressais à elle.

_Vraiment ? Je te jure que ce n'était pas le cas, répondit calmement Kankurô. Il prit une petite gorgée et sourit gentiment à Naruto. Elle ne s'intéresse pas à moi. Je crois qu'elle t'aime bien, par contre.

_Ah – comme si, souffla Naruto en essayant de sourire malgré l'opinion de l'autre. Elle ne m'a jamais aimé de cette façon.

_Oh, dit le brun d'un air surpris avant de hausser les épaules. Elle est folle.

_Qu'est-ce que tu veux dire ?" demanda Naruto.

Kankurô remplit le verre du blond jusqu'en haut avant de répondre. "Tu es un bon gars, Naruto. Tout le monde pourrait s'intéresser à toi.

_Ouais bien sûr," rit nerveusement le blond qui avala son verre. Il avait chaud à l'intérieur et il blâma l'alcool. D'entendre quelqu'un le complimenter de la sorte, ça semblait incroyable. "Je ne crois pas que qui que ce soit pourrait s'intéresser à moi.

_Tu crois vraiment ?"

Est-ce qu'il venait de faire un clin d'œil ? Naruto cligna des yeux et regarda le brun. Brusquement, regarder ailleurs devint une priorité. Il jeta un œil à la fenêtre, au bureau sous la fenêtre, puis à Gaara qui s'appuyait contre le bureau, sur le sol. Et Gaara l'observait comme un faucon. Soudainement, il eut un nouveau coup de chaud pour une raison inconnue. Ce devait être à cause de l'ouzo.

"T'es une proie de choix, Naruto," sourit Kankurô en tapotant le genou du blond, tandis qu'ils étaient assis l'un à côté de l'autre en tailleur. Naruto sursauta automatiquement, le fantôme de ce toucher le hantait encore. "Peut-être que tu pourrais me donner son numéro ?"

Quelque chose dit à Naruto qu'il ne devrait pas croire cet homme. Quand il sentit Kankurô lui tapoter la jambe de nouveau, le contact un peu plus lent et long qu'avant. Le doute insistant s'évanouit et tout c'à quoi il put penser fut la paire d'yeux sombres qui sondait son âme. Pour une fois, quelqu'un le remarquait. Peu importe le fait qu'il ne s'agissait que d'un flirt innocent et rien de sérieux, cette attention le flattait au point qu'il refusait d'écouter le côté rationnel de son cerveau.

Kankurô remplit le verre de Naruto et apporta lentement la bouteille à ses propres lèvres. À ce moment, tout ce sur quoi Naruto pouvait se concentrer était le regard à demi-clos de l'homme, la mémoire de son toucher prétendument séduisant, et les lèvres entrouvertes du brun. À cette vision, il voulait dire oui.

"Kank–" expira Naruto en avalant la dernière syllabe. Maudit ouzo, il affectait déjà sa capacité à parler.

Gaara prit la bouteille des lèvres de Kankurô, le un regard si dur qu'il couperait des diamants. "Tu ne devais pas aller quelque part ?

_Hein ?" Naruto était dérouté par leur échange soudain de regards retenus. Dans leur communication silencieuse, il se sentait exclu. En quelques secondes, Kankurô de leva pour partir.

"Ne veillez pas trop tard, les gars. Et pensez peut-être à bientôt reboucher bientôt bouteille, d'accord ?" furent ses derniers mots avant qu'ils ne les laissent seuls.

Encore plusieurs minutes après le départ du brun, la tension planait dans la pièce. Quand leurs yeux se croisèrent enfin, l'humeur du rouquin sembla changer. Comme un robot, Naruto finit son verre et laissa une chaleur inconnue emplir sa poitrine.

"C'était quoi tout ça ?" demanda-t-il de manière un peu éméchée, puisque la récente conversation refusait de quitter ses pensées.

"Naruto…" commença le rouquin, en quête de mots, le regard fixé sur un point éloigné sur le mur d'en face. Quand enfin il le regarda de nouveau, il semblait presque s'excuser.

"Désolé pour mon frère. Tu n'as vraiment pas à lui donner ce numéro.

_Je-je n'en avait pas l'intention !" plaisanta le blond, qui rougit légèrement en secouant la tête. Ce qui ne fit qu'empirer son vertige, alors il arrêta.

"Bien sûr que non," marmonna Gaara en lui tapotant l'épaule de manière encourageante.

Il gagna un sourire honnête de la part du blond, qui s'approcha jusqu'à ce qu'ils s'appuient tous les deux contre le bureau, côte à côte.

"Tu es quelqu'un d'étrange, Gaara."

C'était maintenant le tour du rouquin d'être amusé. "Comme ça on est deux.

_Trinquons," s'enthousiasma Naruto en trinquant son verre contre la bouteille. En essayant de boire il se rendit compte que son verre était encore vide, et cela le fit rire de manière incontrôlable. Il savait que le rouquin devait probablement se retenir de rire, car l'amusement était visiblement en train de trembler derrière ses lèvres. Et quand son compagnon rectifia le vide de son verre, il sourit largement et prit une longue gorgée.


Le lendemain matin, un mal de tête retentissant tira Naruto de son sommeil. Un rayon de soleil brûlant l'atteignit directement dans l'œil et il lui fallut une bonne minute pour se rendre compte qu'il était allongé sur le sol de sa chambre. Il ne sentait plus son autre bras et alors que son esprit embrumé commençait à inspecter ce qui lui était arrivé, il se trouva face à face avec un certain rouquin, qui dormait profondément dans ses bras. Naruto n'avait aucune idée de comment ils en étaient arrivés là. La dernière chose dont il se souvenait, c'était Gaara qui demandait à son frère de s'en aller.

Un peu dans les vapes, Naruto se redressa et une pulsation vicieuse parcourut son cerveau endolori. En ouvrant un oeil, il regarda brièvement le rouquin apaisé. Pourquoi est-ce que la braguette du jean de l'autre était ouverte, se demanda-t-il brièvement, avant de prendre en compte son propre état. Son jean baggy bleu était nonchalamment posé sur le dossier de sa chaise, et en se regardant il se rendit compte qu'il ne portait que ses sous-vêtements.

"Hum…" commença Naruto, sans savoir si c'était de la honte, de la panique, ou autre chose qu'il ressentait. Il enlevait souvent son jean quand il allait dormir, c'était peut-être pour ça qu'il était comme ça. Et peut-être que le rouquin faisait ça aussi – il avait sûrement commencé à se déshabiller, mais avait fini par s'endormir avant d'avoir terminé. N'est-ce pas ?

En parlant du rouquin, il venait juste de laisser échapper un murmure endormi. Ses bras pâles s'agitaient dans l'espace qui l'entourait, comme s'il cherchait quelque chose qui était censé être là. Mais alors, la conscience sembla finir par prendre le dessus et ses mains se jetèrent sur sa tête, la tenant comme s'il s'agissait d'une bombe à retardement.

"Merde," jura Gaara en regardant le blond aux travers de ses yeux plissés.

"Bonjour à toi aussi," rit Naruto qui s'interrompit immédiatement quand le volume de sa propre voix heurta ses oreilles.

Avec un léger sourire il regarda son partenaire de crime qui s'appuyait sur un coude et se tenait le front de son autre main. La nuit dernière avait été un succès en tant que voyage hors de sa propre tête. Alors que Gaara se redressait et se tournait vers Naruto, le sourire léger de Naruto mourut sur ses lèvres.

Il y avait des suçons dans son cou. Et pas qu'un, mais plein. Naruto fut pris d'une sueur froide, tandis qu'il additionnait un et un dans sa tête. Il était impossible qu'il ait participé à ça ! Impossible ! Il devait y avoir une autre explication logique quant à ces suçons dérangeant. Peut-être que Gaara avait un cou de serpent et qu'il s'était fait ça lui-même ? Oui, ça devait être ça.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé ?" demanda Gaara en remarquant sa braguette ouverte et l'absence de pantalon chez Naruto.

À cela, le blond n'avait pas de réponse alors il haussa nerveusement les épaules, incapable de détourner le regard de cet homme qui ne soupçonnait rien.

"Ce mal de crâne me tue. On ferait mieux d'aller au sauna, c'est un remède qui a fait ses preuves contre les gueules de bois," continua Gaara en se dirigeant vers la porte. Naruto mit précipitamment son jean et trébucha derrière lui. Le rouquin prit deux bouteilles de bière glacées du frigo. Puis il leur offrit des antidouleurs et Naruto les avala joyeusement avec un grand verre d'eau.

Sur le chemin du sous-sol ils se heurtèrent à Kankurô, qui portait un casque de vélo violet. Il leur sourit joyeusement.

"Hé les gars, je vois que vous êtes finalement réveillés. J'allais justement sortir pour… pour…"

Il entra dans une boucle comme un vinyle cassé en remarquant les marques étranges dans le cou de son petit frère.

Comme il ne s'en était pas rendu compte, Gaara le regarda simplement avec méfiance, sans vraiment comprendre les raisons des dommages temporaires qui avaient eu raison du cerveau de son frère. Puisque le brun se contentait de se tenir debout la bouche ouverte, le rouquin haussa les épaules et s'évanouit dans la cage d'escalier qui menait au sous-sol. Avec un bref sourire gêné pour l'aîné subitement sérieux, Naruto se précipita après Gaara.

Il allait tellement se faire expulser.

De l'intérieur, Naruto hurla. De l'extérieur, il n'y avait aucune trace de sa panique tandis qu'il sirotait sa bière et regardait Gaara qui allumait le poêle électrique du sauna. L'information selon laquelle le sauna serait prêt dans environs quinze minutes ne parvint pas vraiment aux oreilles blond, qui continuait de penser à ce qu'il dirait une fois que sa victime, encore ignorante, se rendrait finalement compte de la preuve de leur intimité alcoolisée.

Si seulement il pouvait se souvenir de quelque chose, n'importe quoi ! Mais la nuit dernière était un grand trou noir qu'il ne pouvait explorer. Qu'est-ce qui avait bien pu le conduire dans les bras du rouquin, à le marquer comme un adolescent sous l'influence de ses hormones ?

Bien trop tôt, ils étaient assis sur les bancs du sauna tandis que la douce buée caressait leurs âmes endolories. Pendant les quinze dernières minutes, ils s'étaient assis sur les chaises à l'extérieur de la salle de bain, buvant leurs bières dans un silence mutuel.

Naruto était presque certain que Gaara aussi ne se souvenait de rien, et il en était reconnaissant.

"C'est agréable," murmura le blond, qui s'appuyait contre le mur de bois tandis que le rouquin jetait un peu d'eau sur le poêle du sauna, en envoyant un lourd nuage de fumée jusqu'au plafond. Il atterrit sur leurs peaux pleines de sueur, son étreinte brûlante vive mais temporaire.

"Ouais, répondit Gaara en se frottant le cou d'un geste absent, c'est –" Et il s'arrêta net dans ce qu'il allait dire. Ses doigts effleuraient son cou, la bouche ouverte comme s'il venait juste de voir quelque chose qu'il aurait préféré ignorer. Lentement, les yeux de jade se posèrent sur Naruto, et cette fois le visage pâle était tout sauf inexpressif. En toute autre circonstance, le blond aurait trouvé cela merveilleux mais là, ce choc muet imprimé sur les traits de son compagnon était tout sauf merveilleux.

Gaara se souvenait. Naruto lui sourit, ne sachant pas comment réagir, car il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait réellement derrière ces yeux vitreux.

Avant qu'il ne puisse dire ou demander quoique ce soit, Gaara s'était déjà levé et descendait des bancs.

"Hé attends !" l'appela Naruto en essayant de le retenir, rien que pour le faire reconsidérer sa fuite hâtive. La peau de Gaara était glissante alors il saisit la serviette qui était nouée autour de sa taille, en le suppliant de s'arrêter dans sa précipitation.

Mais le rouquin ne sembla pas écouter, sa priorité était de sortir de la pièce chaude, bien trop chaude, et comme il était tout aussi borné que lui, Naruto refusait de le laisser partir. Après un pas irréversible, la pauvre serviette desserra son emprise autour de la taille de Gaara, pour rester à pendre piteusement dans la poigne transpirante du blond.

Surpris, Gaara se retourna, et réalisa instantanément son erreur alors qu'il se tenait maintenant debout et nu devant le blond. Naruto était rouge comme une betterave tandis que son regard glissa innocemment sur le visage pâle en état de choc, le torse étroit et la taille fine, jusqu'à cette partie de son corps mince qu'il n'était pas censé voir. Pas comme ça, du moins.

Et dès lors des images de la nuit dernière commencèrent à lui revenir en mémoire, comme un roulement de tambour fantomatique. À la place du trou noir se trouvait maintenant une collection de flash plus embarrassant les uns que les autres. Avec des yeux tout aussi choqués, Naruto regarda son compagnon silencieux. Immensément honteux, il essaya de former une excuse sans y parvenir, et à la place il enfouit son visage rougissant dans ses mains. Quelque part en arrière-plan il pouvait entendre Gaara qui se précipitait dans les escaliers jusqu'aux étages supérieurs.

Naruto se tira les cheveux d'exaspération. Il était tellement stupide !

Et maintenant il allait être expulsé, c'était sûr !

Il était là, tout honteux, à se remémorer les événements de la nuit dernière. Il y avait encore quelque chose en eux qui engluait sa respiration dans sa gorge. Ils étaient étendus sur le sol, et pour être honnête il n'avait aucune idée de quel enchaînement les avaient menés là. Sa main s'était retrouvée dans le pantalon de Gaara, ses doigts s'étaient enroulés autour de ce trésor interdit qu'il avait vu il y a quelques minutes.

Naruto grogna et se frappa le visage. Il était un idiot, et il n'était pas étonnant que Gaara ait fuit une fois qu'il s'était rendu compte des démons qu'avaient apportés la nuit dernière. Même si, s'il se rappelait correctement, et si ce petit morceau de souvenir n'était pas juste une hallucination due à l'alcool, le rouquin avait été plutôt coopératif…

Et cette réaction avait encouragé Naruto à faire ce qu'il regrettait peut-être le plus. Il s'était frotté contre le rouquin qui haletait silencieusement et avait fait son œuvre dans son cou. Sur le moment ça avait semblé être la meilleure idée du monde. Naruto avait envie de se frapper.

Quand il fut certain que Gaara s'était vraiment précipité dans la sécurité de sa chambre et que Kankurô n'était pas à la maison, Naruto se glissa silencieusement jusqu'à sa chambre une dernière fois. Comme un voleur, il attrapa son téléphone et s'habilla rapidement avec des vêtements propres. Hors de la maison, il composa le numéro de Tenten et courut.

"C'est une urgence, murmura-t-il fortement quand son amie décrocha. Viens me chercher. Et emmène Sakura avec toi."


Naruto regarda les deux filles qui lui faisaient face, attablés dans un endroit calme d'un café du coin. Tenten avait attaché ses cheveux châtains en deux chignons, comme d'habitude, mais ce qui n'était pas habituel était cet air inquiet, proche de la panique, sur son visage bronzé.

"Qu'est-ce qu'il se passe Naruto ? Tu avais l'air paniqué au téléphone," commença Tenten. À côté d'elle, Sakura acquiesça, l'air aussi inquiet.

"Je vais me faire expulser" déballa Naruto à toute allure, en se cachant le visage derrière ses mains. La pleine horreur de la situation avait récemment commencé à s'intégrer dans son esprit. Il avait fait boire son propriétaire, puis il l'avait tripoté et l'avait marqué à un endroit visible aux yeux de tous. Ce n'était pas acceptable.

"Pourquoi est-ce qu'ils t'expulseraient ?" demanda Sakura en haussant son sourcil rose. "Ils ont l'air tellement gentil, il est difficile de croire qu'ils…" s'interrompit-elle et alors une expression sombre et sinistre s'empara de son visage. "Naruto, dit-elle d'un ton un peu trop dur au goût du blond, qu'est-ce que tu as fait ?

_Pourquoi tu penses tout de suite…?" rit nerveusement Naruto, une goutte de sueur déjà présente sur le front. Ça faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vue aussi énervée et en y regardant de plus près, il pouvait déjà voir une veine pulser sur sa tempe.

"Qu'est-ce que tu as fait cette fois ?" beugla Sakura, s'attirant brièvement l'attention des clients alentour avant que, confus, ils ne détournent à nouveau les yeux. Elle se pencha au-dessus de la table et empoigna Naruto au niveau de la poitrine.

Avec un rire encore plus nerveux, Naruto fixa les yeux verts homicides. Juste à côté d'elle, la femme aux cheveux châtains le regardait de la même manière. L'absence de surprise chez Tenten offensa presque Naruto. Pourquoi est-ce que ses amies pensaient toujours qu'il avait raté d'une manière ou d'une autre ?

"Explique. Maintenant," souffla Sakura en relâchant Naruto pour mieux croiser les bras sur sa poitrine. En triturant la nappe de table, Naruto commença à expliquer tout ce qui l'avait mené à sa malheureuse situation. Il était certain que d'ici la fin il recevrait un grand coup sûr la tête de la part des poings colériques de Sakura mais à sa surprise, l'impact ne vint jamais.

À la place, les deux filles le regardaient simplement en silence, le regard légèrement perdu au loin. Après que Naruto ait attendu toute une minute leur réponse, il finit par incliner la tête et secouer la main devant leurs visages.

"Allô, il y a quelqu'un ?" demanda-t-il et les filles sortirent de leur rêverie.

"Hum, désolée Naruto, s'excusa Tenten. S'il te plaît, est-ce que tu pourrais nous décrire à nouveau ce que tu lui as fait ? Et redis-moi – avec plus de détails cette fois – comment ton proprio a répondu à tes actes ?"

Naruto commença à réexpliquer, mais au moment où il reconnut chez les filles ce regard vitreux et lointain, il s'arrêta et les regarda avec agacement : "Hé, la Terre à Sakura et Tenten. Sérieux, les gars. Vous êtes sensées m'aider.

_O-Oh, désolée Naruro, répondit Sakura en essuyant sa bouche sur sa serviette. Est-ce qu'elle était en train de baver ?

"Il faut que tu trouves un moyen de te racheter auprès de lui, suggéra Tenten, achète-lui quelque chose qui montre que tu es désolé, peut-être ?

"Par exemple des fleurs ? demanda Naruto en se grattant la tête.

_Non, tu ne peux pas acheter ça à un garçon, objecta Sakura.

_Mais en fait il s'intéresse beaucoup au jardinage et aux plantes, donc peut-être que ça lui plairait, remarqua le blond. Je veux dire, il m'a donné un cactus une fois et c'était complètement normal." Il accentua le mot "normal".

Tenten sirota boisson d'un air absent tout en étudiant intensément Naruto. "C'est quoi ta relation avec ce gars, d'abord ?

_On n'a pas vraiment de relation. C'est mon propriétaire," dit Naruto en articulant de manière exagérée.

"Mais t'as quand même aimé quand tu l'as tripoté ?" dit Tenten, et l'éclat de malice dans ses yeux était tout sauf réconfortant.

"On était tous les deux bourrés, se défendit Naruto en vérifiant alentour que personne ne pouvait les entendre. Et en plus, je pensais à une fille à ce moment. Je l'ai pris pour une fille que j'aime bien, et je suppose que je ne me suis pas rendu compte que ce n'était pas elle avant qu'il ne soit trop tard.

_Quelle fille ? dit Sakura, prise d'un soudan intérêt. Tu ne m'as jamais dit que tu t'intéressais à quelqu'un ?" Et maintenant une excitation authentique se faisait entendre dans sa voix.

"C'est juste une fille de … d'un supermarché du coin dans lequel je vais," dit Naruto en espérant que ce morceau d'information cesserait la conversation à ce sujet. Mais il sembla provoquer l'effet inverse.

"C'est quoi son nom ? demanda Tenten, tout aussi curieuse que son amie aux cheveux roses.

_Elle s'appelle Felicia," dit Naruto avec assurance.

Mais Sakura n'y crut pas.

"Felicia c'est ta voiture, Naruto.

_Oui, aussi," essaya Naruto sans parvenir à convaincre ses amies. Parfois, et surtout maintenant, il détestait ces visages avec passion. Il n'entretenait aucune forme de relation avec Gaara, bordel. Le rouquin était son propriétaire et rien de plus. Certes, le gars lui avait donné un cactus, en guise d'une forme de cadeau quand il l'avait défendu contre les abrutis. Et oui, il avait sauvé sa vie une fois et après ça, le rouquin l'a aidé à surmonter une crise d'angoisse. Mais en dehors de ça il n'y avait rien entre eux. Et il ne ressentait absolument rien pour Gaara.

Ce qu'il s'était passé était simplement une erreur idiote, une qu'il était sûr de ne pas refaire.

"Il faut que vous m'aidiez, gémit Naruto. Comment je peux lui expliquer que je ne voulais pas faire ça ? Vous auriez dû voir sa tête. Son air horrifié m'a clairement fait comprendre qu'il n'avait aucun sentiment romantique à mon égard," dit-il spécifiquement à Sakura avec un air entendu. "Et je ne m'étonnerais pas de retrouver mes affaires jetées par la fenêtre quand je rentrerai. »

Le blond regarda son amie aux cheveux châtains, qui le fixait effectivement en retour, mais aucune réponse ou suggestion quant à la façon de gérer le problème ne vint d'elle.

"Je n'aime pas cet air lointain dans tes yeux, Tenten. Pour être honnête il me fait peur," dit Naruto en se reculant sur sa chaise avec méfiance.

"Désolée," dit Tenten, en tenant une serviette contre son nez. Est-ce qu'elle saignait ? "Je pensais juste à la façon dont tu pourrais arranger les choses.

_Qu'est-ce qui vous met dans cet état ?" interrogea Naruto, mais les filles ne lui répondirent pas. Il souffla pour lui-même en regardant par la fenêtre du café. Des moments comme ça, on avait vraiment l'impression que les amis ne servaient à rien.

"Et que ce soit clair, s'adressa-t-il, particulièrement à Tenten, j'aime les filles.

_Tu es sorti avec Kiba pendant neuf mois. Et durant cette période, tu as vécu huit mois chez lui," lui rappela vite Sakura, en le fixant intensément derrière son thé glacé.

"Ben, oui. Mais ce n'était pas sur le plan émotionnel, corrigea le blond.

_Si je me souviens bien, tu étais déprimé pendant un mois ou deux quand vous avez rompu," eut la gentillesse de lui rappeler Sakura.

Naruto ignora complètement ce commentaire.

"Bon, est-ce qu'on pourrait se concentrer sur la façon d'éviter que je me fasse expulser, pour changer ? Ça m'embêterait beaucoup de quitter cet endroit," se plaignit-il en regardant derechef par la fenêtre. Sa vie était vraiment merdique en ce moment. Et c'était entièrement de sa faute.

Tenten eut une idée : "Je te suggère de parler avec ton proprio. Peut-être que les choses s'arrangeront après que vous ayez mit tout ça au clair.

_Je ne sais pas…" marmonna Naruto. Ce côté discussion ne lui plaisait pas beaucoup. Il avait plutôt pensé à quelque chose de l'ordre de se cacher, l'éviter, et peut-être changer de nom et de visage aussi. Quand une fois de plus il fut sur le point de sombrer dans le désespoir, une idée soudaine se présenta à lui.

"Oh, Sakura," dit-il un peu trop gentiment, et les sourcils de la femme aux cheveux roses se froncèrent instantanément.

"Ça te dirait de faire une autre soirée film avec nous bientôt ?"

Elle répondit simplement en resserrant son poing sur son verre.

"Tu sais, mon autre proprio apprécie vraiment beaucoup ta compagnie. Et je suis sûr qu'il adorerait te revoir, dit le blond en souriant innocemment.

_Oh non Naruto," dit-elle d'une voix basse et dangereuse. Il résista à l'envie de déglutir et se précipiter sous la table. "Tu ne te serviras pas de moi pour qu'ils te laissent rester !

_S'il te plaît Sakura… Sakura-chan," chantonna Naruto, qui se sentait comme un petit oiseau qui volait au-devant d'une tempête qui gronde.

Ses articulations furieuses le heurtèrent sur la tête sans scrupule, et peu après une grosse bosse ornait sa tête comme un chapeau trop petit. Elle le regarda avec colère, la veine familière pulsait de nouveau sur sa tempe.

"Peut-être que tu pourrais seulement l'appeler, » dit doucereusement Naruto, mais quand il vit son poing se lever de nouveau, il se recroquevilla dans sa chaise. « Ou un texto, c'est bien aussi.

_D'accord, dit-elle étonnamment. Mais je ne te sauverais pas une deuxième fois, compris ?"

Naruto acquiesça, et lui sourit avec reconnaissance même si sa peur de son mauvais tempérament ne l'avait pas quitté.

Avant que Tenten ne le dépose chez lui, ils s'arrêtèrent chez un petit fleuriste. Naruto regarda la collection de plantes, toutes plus fascinantes les unes que les autres. Il avait décidé depuis le début qu'il n'achèterait pas de fleurs. Elles se faneraient trop rapidement, et il cherchait une solution plus durable.

Une plante carnivore à l'apparence étrange attira son attention. Dans tout son côté effrayant, elle avait quelque chose de charmant. Avec un sourire confiant il en emmena une jusqu'à la caisse et demanda au caissier de l'emballer. Et une petite carte avec un panda imprimé dessus trouva également sa place.

Avec un air entendu, Tenten lui dit au revoir quand il descendit de sa voiture. Naruto résista à l'envie de corriger les pensées, de toute évidence déplacées, qui brillaient dans ses yeux. Comme il avait dit, il n'entretenait aucune relation avec son propriétaire, et cette plante-là n'était pas ce genre de cadeau. C'était simplement un moyen de s'excuser, rien d'autre.

À son soulagement, aucune de ses affaires n'avait été jetée dans le jardin. La voiture de Kankurô n'était pas là, alors le plus âgé était sûrement sorti de la maison. Avec une anxiété soudaine, Naruto pénétra dans la maison. Elle était silencieuse, presque trop.

Lentement, il fit son chemin jusqu'à l'étage supérieur et en haut des escaliers il s'arrêta. La plante était confortablement installée dans ses bras, et la petite carte était coincée dans le pot. Il la sortit et relit ce qu'il y avait écrit : "Je suis désolé. Puisse cette plante devenir suffisamment grande pour un jour avaler toutes les pauvres âmes coupable d'avoir provoqué ta colère justifiée. Comme moi."

Après avoir rassemblé son courage pendant cinq bonnes minutes, Naruto s'engagea dans le couloir. Quand il fut en face de la porte de Gaara, il s'arrêta et prit une inspiration comme si cela rendrait l'inévitable plus supportable.

Timidement, il toqua à la porte.

Bien sûr, pas de réponse.

"Hé, c'est moi, dit Naruto de manière un peu trop bizarre à son goût. Je suis vraiment désolé pour ce qu'il s'est passé."

Il écouta le silence un moment. Gaara ferait vraiment un bon fantôme, car on aurait dit que le gars s'était évaporé dans l'air. "Je t'ai apporté quelque chose. Quelque chose qui pourrait te plaire. Je vais la laisser là, à côté de ta porte, d'accord ?"

Comme il s'y attendait, ses mots ne reçurent aucune réponse.

"Bon, euh, je vais dehors un moment. On se voit plus tard, je suppose," marmonna Naruto en quittant silencieusement la maison.


La semaine passée avait été insupportablement bizarre. L'avis d'expulsion tant redouté ne lui parvint jamais, et après sept jours de panique insupportable à le rendre fou, Naruto commençait à croire qu'il avait réussi à éviter cette balle.

Éviter Gaara s'avéra étonnamment difficile, même s'il avait l'impression que le rouquin l'aidait de bon cœur dans cette mission secrète. Chaque fois que Naruto s'engouffrait dans un couloir, ou n'importe où qui s'approchait des environs du rouquin, il se trouvait qu'il n'avait même pas le temps d'apercevoir ne serait-ce qu'un cheveu roux. Et chaque fois que Naruto détectait les pas fantomatiques de l'autre sur le pas de sa porte vers les escaliers, il inspirait et refusait d'expirer avant que l'autre ne soit loin de la portée de ses oreilles.

Leur arrangement particulier avait bien fonctionné pour eux, mais il avait été remarqué par Kankurô. Plus d'une fois il avait remarqué le brun ouvrir la bouche pour dire quelque chose, avant de vite en décider autrement. Il va sans dire que petit-déjeuner, déjeuners et dîners étaient des temps silencieux pour eux deux. Heureusement le rouquin avait choisi d'éviter les repas et se glissait dans la cuisine seulement quand la voie était libre.

La curiosité dans les yeux de Kankurô ne s'était pas éteinte même après une semaine. Naruto était sûr qu'il mourait d'envie de savoir ce qu'il s'était passé sous son toit, mais chaque fois qu'il était sur le point de poser une question qui s'imposait à son esprit, il semblait se rétracter. Et c'était peut-être mieux. Il y avait des choses que Kankurô ne voudrait pas savoir. Et si on demandait l'avis de Naruto, lui aussi préférerait tout oublier de cet incident embarrassant.

Les récentes nuits avaient été étrangement calmes. Peut-être qu'il n'y avait plus de place dans son esprit pour des terreurs imaginaires, puisque ces derniers jours sa vie ressemblait à une sorte de spectacle horrifique. Mais alors que l'esprit de Naruto s'accoutumait lentement à cet état semi-permanent de bizarrerie qui prenait place dans la maison, de vieilles peurs familières commencèrent à se manifester de nouveau dans les ombres nocturnes.

Il semblerait que cette nuit aurait finalement raison de lui. Dans le noir, Naruto se jeta en dehors de sa chambre vers la petite salle de bain en face dans le couloir. Le cœur battant dans sa gorge, il tourna la poignée. Elle était verrouillée.

C'est alors qu'il remarqua la lumière qui filtrait au travers des interstices de la porte. Pourquoi ne l'avait-il pas remarqué dès le début ? Pour échapper à cette situation soudainement étrange, il se retourna pour se précipiter dans sa chambre à nouveau. Dans sa hâte il se prit la porte et jura instinctivement avant de se prendre les pieds sur le seuil de la porte et de tomber par terre.

Dès lors, la peur lui coupa le souffle. La douleur corporelle ne distrayait pas son esprit des créatures vives qui grouillaient dans sa chambre. Elles l'avaient vu échouer dans sa tentative de fuite. Et pour punir cette tentative, elles l'encerclaient en tendant les mains vers lui. Naruto se roula en boule comme un hérisson sur la défensive. C'était fini – il allait mourir !

"Naruto ?"

Si le blond n'avait pas fermé ses yeux terrifiés, il aurait vu la lumière fluorescente en provenance de la porte de la salle de bain. Il voulait crier, courir, mais il était paralysé.

"Est-ce que ça va?"

Un hoquet paniqué fut tout ce qu'il put répondre quand Gaara toucha son épaule avec précaution. Le contact était réconfortant, et les muscles de sa gorge se relâchèrent un peu. Il voulait lui dire de ne pas partir, de ne pas le laisser seul ici avec eux, mais rien ne put sortir de sa bouche. Gaara tenait ses épaules de ses deux mains, essayant de dénouer le sac de nœuds en lequel Naruto s'était transformé.

"Tu trembles."

Et doucement, son toucher réussi à faire perdre de sa tension à Naruto. Il se redressa sur ses genoux et regarda le rouquin. Pour quelque raison les mains réconfortantes ne le lâchèrent pas, mais caressaient gentiment le long de ses bras. Quand ces mains miraculeuses furent sur le point de le quitter, la panique revint de plein fouet et Naruto se jeta dans les bras du rouquin stupéfait.

"N-Ne t'en vas pas," chuchota le blond, qui serrait son mince compagnon contre lui comme si sa vie en dépendait.

Après un court instant de choc, Gaara recommença à caresser les bras et le dos du blond. "Tu as peur du noir ?

_O-Ouais, admit Naruto.

_Moi aussi, j'avais peur. Quand j'étais petit," répondit Gaara. Ce commentaire ne réconforta pas Naruto, cependant, et lui rappela seulement qu'un homme adulte ne devrait pas avoir si peur de ce genre de choses ridicule. Il se comportait comme un gamin, n'est-ce pas ?

"Viens," dit soudainement le rouquin, en l'encourageant à se lever.

Main dans la main, ils marchèrent le long du couloir vers la chambre de Gaara. Au milieu du chemin, le rouquin s'arrêta. Il y avait une porte que Naruto n'avait jamais remarquée auparavant. Une odeur de renfermé les accueillit tandis qu'ils avançaient dans une grande penderie. Gaara tâtonna à la recherche de quelque chose dans le coin du fond et trouva vite l'interrupteur d'une petite lampe qui était posée par terre.

Des vieux costumes d'homme pendaient sur des cintres. Des articles de journaux qui semblaient ancien étaient collés sur le mur en guise de tapisserie. Au fond, derrière une autre étagère de costumes usés par le temps, étaient disposés un épais matelas, des oreillers et des couvertures.

Naruto s'assit sur le matelas et regarda tout autour avant que ses yeux ne se posent sur la porte maintenant fermée. Il écoutait attentivement, comme pour prévenir une menace qui était forcément sur le point de surgir. Tout était silencieux. La panique qui tenait son esprit en otage s'en allait lentement, et quand ses esprits lui revinrent un sentiment de honte l'envahit. Ils n'avaient jamais vraiment parlé après cette malencontreuse nuit où l'alcool avait eu raison d'eux.

"Écoute, je suis désolé pour ce qu'il s'est passé. J'étais vraiment bourré, commença Naruto en baissant honteusement la tête.

_Moi aussi," admit Gaara à voix basse après un temps.

Naruto l'observa en coin. Le rouquin avait l'air plus grave qu'il n'avait jamais été tandis qu'il semblait étudier quelque chose avec un regard lointain. Quand sa tête était dirigée vers le sol de cette façon, les cercles sombres autour de ses yeux semblaient encore plus profonds. Il n'était pas un fantôme, mais très fantomatique dans son apparence presque torturée.

"Pour être honnête, je ne me souviens pas vraiment de ce qui nous a menés à faire, euh, certaines choses," commença Naruto qui détesta immédiatement à quel point ça semblait stupide. "Mais je t'assure, je ne pensais à rien de plus quant à ce qu'il s'est passé. Alors ne t'inquiète pas, je ne suis pas secrètement attiré par toi ou quoique ce soit.

_Je sais," répondit le rouquin après quelques considérations. Puis il continua d'une voix sèche : " Et juste que ce soit clair, je ne bave pas soudainement devant toi non plus. Tu n'étais pas si bon que ça."

La réaction initiale de Naruto fut de nier cette notion complètement fausse concernant ses talents. Mais aussitôt qu'il encaissa ce coup fait à sa fierté, il remarqua le minuscule sourire sur les lèvres de son ami. Alors, il offrait une issue légère et humoristique à cette conversation bizarre.

"Donc, tout va bien entre nous à partir de maintenant ? demanda Naruto, qui souriait plus aisément maintenant.

_Oui, aussi longtemps que tu gardes tes mains pour toi, répliqua malicieusement Gaara.

_Tu as ma parole," acquiesça Naruto, son sourire se fondant en une expression plus mitigée. Il n'avait pas vraiment vu Gaara la semaine passée, et là dans le placard faiblement éclairé, les ombres planaient sur eux, et il semblait encore plus fatigué et affligé que d'habitude. Alors que Naruto allait le lui faire remarquer après une inspection plus poussée, Gaara le coupa brusquement dans son élan.

"Allonge-toi et dors. Je monterai la garde.

_C-Contre quoi ? demanda nerveusement le blond en faisant semblant de ne pas comprendre.

_Contre ce qui te faisait peur," dit le rouquin à voix basse. Il aplati les oreillers du revers de sa main pour Naruto et tapota le matelas comme pour en tester les ressors. "S'ils viennent te chercher, ils devront me passer sur le corps. Et ils sont pas près d'y arriver."

C'était très étrange d'avoir quelqu'un qui prenait part à cette expérience privée. Naruto s'allongea avec prudence. "Hum, qu'est-ce qui te fait dire ça ? Je n'avais pas peur," se défendit-il.

Gaara s'assit à côté de l'oreiller de Naruto et déplia deux couvertures sur lui. "Si tu n'avais pas peur, alors pourquoi tu t'enfuyais encore une fois dans la salle de bain ?

"Je ne – et qu'est-ce que tu veux dire par encore ?" demanda le blond en resserrant les couvertures contre lui, comme si elles le protègeraient de cette conversation déplaisante. Comme les yeux verts pâles ne contenaient qu'un air entendu, ses yeux bleus se plissèrent. "Parce que tu m'espionnes ?

_Non. Mais les murs sont fins. Et c'est assez difficile à ignorer quand tu te précipites dans la salle de bain au beau milieu de la nuit, vu la façon dont tu fermes toujours la porte comme s'il y avait un meurtrier sur tes talons, dit calmement Gaara. Même les tableaux dans le couloir cognent contre le mur quand tu fais ça. Et je suis sûr que les souris sur le toit fuient chaque fois que tu causes un vacarme pareil. Le bruit de leur petits pas précipités est assez difficile à ignorer, lui aussi."

La bouche de Naruto était une ligne fine et droite tandis qu'il jetait au rouquin suspicieux un regard meurtrier.

"Ce n'est pas tes affaires," dit-il avec défi en serrant la couverture dans ses poings. Ses canines étaient dénudées désormais, des vieux mécanismes de défense de mirent en place comme une seconde nature. L'insupportable type regardait maintenant ses joues, et les cicatrices en forme de moustache qui y étaient.

"Pourquoi tu t'es entaillé comme ça ?" demanda calmement Gaara, et à en juger par sa posture apaisée, il était tout sauf intimidé par lui. Instinctivement, Naruto toucha ses cicatrices du bout des doigts. Quelque chose se noua dans son estomac quand le souvenir surgit dans sa mémoire. "Comme je te l'ai déjà dit, je ne m'en souviens pas" répliqua-t-il avec véhémence.

Ça ne l'aurait pas surpris si la conscience familière avait commencé à se déchaîner à l'intérieur de son ventre, mais au contraire rien ne se passa. Son ventre était vide et creux comme d'habitude, et le seul indice d'une autre présence que lui-même étaient les cicatrices inhumaines gravées sur son visage.

Avec un feulement réprobateur, Naruto donna un avertissement aussi creux que son estomac : "Si tu continues à te mêler de mes affaires, je te ferait quelque chose de bien pire que ces cicatrices."

Gaara ignora la menace. "Je ne pense pas que tu ferais ça."

À cela, Naruto souffla. Il était sur le point de répliquer quelque chose d'agressif, quand des doigts dans ses cheveux le prirent par surprise. Une douce caresse pleine de précaution réclama toute son attention et sans le vouloir il se détendit à ce toucher.

Il se souvint des abrutis sur le parking qui s'étaient comportés comme de vrais connards envers Gaara. Il se souvint de l'horrible accident sur le lac, et de comment Kankurô avait accusé le rouquin à tort de l'avoir fait exprès. S'il ressentait quelque chose pour Gaara, c'était qu'il était sincèrement désolé pour lui, qui le traitait si gentiment malgré son comportement hostile.

Avec un soupir forcé, Naruto essaya de se calmer et peu après, ses joues entaillées se détendirent. Gaara aplatit ses cheveux en essayant de les glisser derrière ses oreilles, sans y parvenir puisque les mèches blondes se rebellaient juste après.

"Je suis désolé. Je me comporte comme un idiot," murmura Naruto en enfonçant son visage dans la couverture. Il s'attendait à ce que le rouquin s'en aille, car qui voudrait rester auprès de lui quand il se comportait ainsi ?

"Tu n'es pas un idiot, dit doucement Gaara. Et tu as raison. Ce ne sont pas mes affaires. Désolé de forcer le sujet.

_Ça va, soupira d'épuisement Naruto. Je ne peux pas vraiment t'en vouloir de te poser des questions sur moi. Ces cicatrices me font remarquer de manière efficace, pour être honnête." C'était quelque chose qu'il n'appréciait pas, car tout ce qu'il voulait vraiment c'était se fondre dans la masse. Et chaque fois qu'il voyait ces marques dans le miroir, il se rappelait de l'expression horrifiée de Kiba quand il les avait vues pour la première fois. Ces cicatrices rouges encore fraîches, Naruto avait été très anxieux de révéler ce qu'il avait fini par faire.

Le choc dans les yeux de son ex petit-ami s'était mué en dégoût permanent, et depuis il y avait un grand inconfort chez Kiba chaque fois qu'il posait ses yeux sur le blond. Que quelqu'un s'intéresse particulièrement à ces marques étaient un moyen sûr de précipiter Naruto dans une spirale de lourd inconfort.

Il regarda Gaara avec prudence, il n'était pas sûr de ce qu'il trouverait dans les yeux de jade. Une part de lui avait peur d'y voir des signes de dégoût ou de pitié. Une autre part espérait que Gaara l'accepterait tel qu'il était.

Tout en continuant à aplatir les mèches blondes, Gaara observait Naruto avec des yeux apaisés. Il n'y avait d'autre expression sur son visage pâle que du clame, et peut-être de l'amitié, du moins aussi loin que Naruto était capable de le lire. Avec un soupir content, Naruto reposa sa tête contre les couvertures.

"Je ne veux pas me démarquer de la foule. Je veux m'y fondre, comme si j'étais n'importe qui. Mais ça n'arrivera jamais, pas avec un visage comme celui-là, dit amèrement Naruto. Où que je sois, je suis un étranger. Comme une grosse chaussure rouge de clown dans une rangée de baskets tendance, si tu vois ce que je veux dire."

Les doigts massaient son crâne gentiment, de manière apaisante, et Naruto se laissa se détendre un peu plus.

"Mais quand je suis avec toi, j'ai l'impression d'être une part de la foule." Peu importe que ce soit une foule de deux. "Je sais que ça ne fait probablement aucun sens pour toi et je suis désolé si tu trouves ça étrange. Ce que je veux dire c'est que… J'ai l'impression que tu me laisses être moi, et tu n'essaies pas de me changer en quelqu'un d'autre. J'apprécie beaucoup." Quand ses yeux étaient clos et donc visage caché sous la couverture, c'était plus facile d'exprimer ce qu'il avait en tête. Il était certain qu'il n'aurait jamais laissé le rouquin connaître ces pensées s'il avait été forcé de le regarder dans les yeux.

"Tu devrais essayer de dormir. C'est bientôt l'aube." Et les doigts quittèrent ses cheveux.

"D'accord," murmura Naruto. En ouvrant les yeux, il regarda par accident les mains pâles qui lui avaient apporté un étrange réconfort, et son regard s'y fixa. Ses poignets étaient enveloppés de bande de gaze.

"Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?" demanda Naruto.

Le rouquin dissimula ses mains. "Je me suis blessé aux poignets.

_Les deux ?

_Oui.

_Comment ?

_Dans le jardin, offrit seulement Gaara en guise d'explication.

_Vraiment ? Montre-moi, dit Naruto en cherchant à attraper ses mains.

_Tu devrais vraiment dormir," répondit rapidement le rouquin qui ne fit aucun mouvement pour le laisser examiner ses poignets.

Naruto ne l'avait jamais vu ainsi, les yeux turquoise soudainement sombres et profonds. Quelque chose dans cette expression hantée l'appelait, comme un néon cassé qui clignoterait à un rythme irrégulier. Avant que Naruto ne puisse y penser d'avantage, Gaara dégagea du front du blond une mèche de cheveux blonds.

Ne sachant pas comment réagir, Naruto ferma les yeux pour échapper à cette sensation bizarre. Ça n'était pas anodin pour eux d'avoir ce genre de contact. Tout comme le cactus, et bien des choses après ça, il ne savait pas comment l'interpréter. Le souvenir de son toucher continuait à vivre sur sa peau, à le hanter, inexpliqué.

Quelque chose dans cette façon qu'avait Gaara à si facilement le toucher le dérangeait. Ça ne devrait pas être si facile, et ça ne devrait pas provoquer les sensations qu'il provoquait.

"Tu ne devrais pas essayer de dormir, toi aussi ?" demanda le blond en inspectant discrètement les éternels cercles noirs autour des yeux turquoise. "On dirait que tu ne t'es pas reposé depuis cent ans."

Gaara eut un ricanement amusé, un son qui prit totalement Naruto au dépourvu. "Non. Je ne peux pas. Je suis insomniaque.

_Ah, ça craint. Et si tu t'allongeais juste et que tu fermais les yeux ? Peut-être que le sommeil viendra, essaya le blond. En plus, je ne peux pas dormir si je sais que tu vas me fixer toute la nuit.

_Je n'allais pas –

_Je sais, je sais," l'interrompit le blond en se rapprochant du mur pour faire de la place pour son ami.

Gaara évalua situation un moment, jusqu'à s'allonger avec un peu de réticence. Naruto lui offrit un oreiller, car il n'avait pas besoin des trois qui étaient empilés sous sa tête. L'autre était étendu sur le dos, et fixait le plafond complètement éveillé. Naruto bailla et regarda au pied du matelas, où les ténèbres leur mordaient les pieds.

Les ombres en apparence immobiles étaient collées sur les murs mais Naruto en savait trop pour croire qu'elles resteraient ainsi toute la nuit. Avec détermination, il jeta la deuxième couverture sur Gaara, dissimulant ainsi leurs deux corps de la menace invisible.

"Je n'ai pas besoin de couverture," objecta Gaara sans faire d'effort pour s'en libérer.

"Ben tu en auras une quand même," dit Naruto en souriant. Rien de mieux qu'un sourire détendu pour se sortir d'une situation bizarre. En se moquant un peu de lui-même, il ajouta : "Qui sait ce qui rôde dans le noir.

_Donc il y a bien quelque chose, après tout ? répondit Gaara sans être vraiment sérieux, et il observa alentour. Bon, ben si je suis pas là demain matin, tu sauras que tu es le prochain sur la liste."

Et avec ça il éteignit la lumière.

"Hé, t'as pas le droit !" s'exclama Naruto en resserrant la couverture contre lui. Il était vraiment effrayé maintenant, grâce à la personne qui respirait à côté de lui et dont il n'appréciait pas franchement l'humour. Quand il eut pour seule réponse ce qui ressemblait affreusement à un petit rire amusé, il souffla. Après avoir observé les ténèbres pendant quelques minutes, il demanda doucement : "Tu ne vas pas me laisser ici tout seul, hein ?"

Les couvertures bruissèrent quand Gaara changea de position. "Je ne ferai jamais ça."

Sa voix était bien plus proche que Naruto ne l'avait anticipé. Comme une tortue, il rapprocha sa tête de son corps pour échapper à cette proximité inconnue. Quand l'autre ne dit rien après ça, il ferma les yeux et se concentra pour grader son corps aussi près du mur que possible.


Un faisceau de lumière inondait la pièce par la petite fenêtre et réveilla Naruto. Fatigué, il bailla et ouvrit un œil. Avant qu'il ne puisse sursauter à cause de son étrange environnement, le souvenir de la nuit dernière lui revint. Il était dans la penderie aménagée avec Gaara, et Gaara était… Naruto recula en se rendant compte que le rouquin dormait à poing fermé dans ses bras, et ses cheveux en bataille chatouillaient son visage.

Avec la plus grande précaution, il le retourna sur le dos, pour que le pauvre rouquin ne s'effraie pas en se réveillant. Se retrouver dans les bras de Naruto était sûrement la dernière chose que voulait expérimenter Gaara, et cette fois Sakura ne pourrait pas l'aider si les frères décidaient finalement de l'expulser.

Dans la douce lumière du matin, la peau de Gaara avait une lueur saine. Quand il dormait, il semblait plus détendu que Naruto ne l'avait jamais vu. Le léger froncement entre ses sourcils inexistants était complètement effacé, et les paupières noires closes étaient tout sauf intimidantes.

Les yeux de Naruto trouvèrent les suçons qui commençaient à s'effacer, et un moment comme celui-là il ne pouvait s'expliquer qu'il ait pu un jour ressentir le désir d'explorer ce gars, comme s'il était un continent inconnu qui avait besoin d'être cartographié. Il était évident qu'il l'avait pris pour Sakura. Pour être honnête, il lui ressemblait beaucoup. Si Gaara pouvait avoir des seins, et quelques courbes, s'il faisait pousser ses cheveux et leur donnait une teinte plus claire, et si ses yeux étaient d'un vert plus foncé et plus riches sans être soulignés de ces étranges traits noirs, il serait exactement comme elle. Oui, on aurait dit un vrai sosie.

Mais contrairement à Sakura, Gaara n'était attirant d'aucune façon. Il ne pourrait jamais trouver ces paupières noires et reposées même légèrement jolies. Et bien sûr ces lèvres entrouvertes n'avaient rien de spécial, peu importe à quel point elles avaient l'air douces. Ces suçons qui s'effaçaient étaient laids dans toute leur horreur et quelques-uns semblaient disparaître sous le T-shirt de Gaara. Naruto ne se souvenait pas de ça.

Encore ensommeillé, Gaara laissa échapper un petit bruit et tourna son visage vers Naruto. Le son était répugnant, et le pouls de Naruto s'était accéléré à cause de ça. Les paupières noires s'ouvrirent légèrement pour croiser les yeux bleus de Naruto qui le regardaient.

"Naruto…" murmura-t-il dans sa somnolence, et maintenant Naruto se devait de détourner les yeux. "Il est quelle heure ?

_Je n'en sais rien," Naruto haussa des épaules d'un air détaché et étudia les manteaux qui pendaient sur les nombreuses étagères. "Tu as bien dormi ?

_Oui, dit Gaara qui avait l'air surpris, comme si quelque chose d'incroyable venait de se passer. J'ai bien dormi."

Tandis que le sosie de Sakura étirait ses bras en laissant échapper d'autres murmures endormis, Naruto eut un frisson. Ça le repoussait. "On devrait peut-être aller voir s'il nous reste de quoi petit-déjeuner.

_D'accord," approuva Gaara et ensemble, ils descendirent au rez-de-chaussée.

Comme ils s'y attendaient, Kankurô était dans la cuisine et il sembla immédiatement se rendre compte du tournant dans la relation qu'entretenaient Gaara et Naruto. Sage qu'il était, il décida de ne pas mentionner ce changement, et opta pour une attitude normale.

"Tenez," dit le brun en déposant une boîte de céréales sur la table. "Cherchez-vous quelque chose dans le frigo. Je suis un peu pressé."

Gaara marcha lentement jusqu'à la machine à café qui heureusement était encore à moitié remplie. Tandis que Kankurô était sur le point de remplir la tasse dans la main tendue du rouquin, il s'arrêta soudainement et posa la cafetière. Les morceaux de gaze dépassaient des longues manches et silencieusement, Kankurô attrapa les poignets de son petit frère.

Le visage de Gaara était illisible comme toujours quand le brun le regarda avec choc. L'expression sur le visage de Kankurô se fit encore plus sombre quand il appuya ses pouces sur les poignets couverts de gaze du rouquin. Le cadet grimaça instantanément, et le premier mot qui éclot dans l'esprit de Naruto fut "souffrance".

Il inspecta silencieusement la communication sans mots des frères depuis sa place à table. On aurait dit que Kankurô chuchotait quelque chose à son petit frère, l'air énervé, avant de lâcher ses poignets. Puis, l'aîné se retourna pour partir comme si rien ne s'était passé.

"Il faut que j'y aille. J'ai une réunion importante aujourd'hui," expliqua Kankurô, avant d'ajouter après coup : "C'est pour le travail.

_Alors pourquoi tu es habillé comme ça ?" demanda Gaara en s'asseyant à table avec une tasse pleine de café à la main.

Kankurô baissa les yeux sur son T-shirt gris usé et son jean délavé. "Oh, tu as raison. Il faut que je me change," dit-il en faisant mine de retirer son T-shirt.

"Mais bon sang va dans ta chambre. Il y a des gens qui essaient de manger ici, railla Gaara.

_Ok, ok," marmonna le brun en quittant la cuisine. Peu après il revint avec une tenue plus décente.

Naruto était certain que ce T-shirt était nouveau. Vu la façon dont il épousait le corps musclé du plus âgé des frères, il était sûr qu'il se souviendrait s'il l'avait déjà vu. Et avant que son observation ne devienne évidente, il détourna vite les yeux sur ses céréales.

Quand il reprit confiance, il regarda en coin le beau brun. Kankurô était debout dans le dos de Gaara, et désignait du menton son petit frère. Naruto fronça les sourcils, sans comprendre.

Kankurô leva les yeux au ciel en pointant son doigt vers Gaara, puis Naruto. Il formait des mots avec ses lèvres que Naruto n'arrivait pas à deviner. En haussant les épaules, le blond détourna le regard et ne pensa plus à l'homme qui se comportait bizarrement. Il avait beaucoup à penser, et le langage des signes de Kankurô n'était pas quelque chose qui l'intéressait de décoder pour le moment.

"Euh, qu'est-ce que vous allez faire aujourd'hui ?" demanda Kankurô d'un air détaché en jetant de temps à autres un œil aux bras du rouquin. "Vous allez passer la journée ensemble ?

_Non," répondit Gara pour eux deux avant que Naruto n'aie la chance d'ouvrir la bouche.

Et maintenant le brun regardait Naruto avec encore cet air insistant. Il y avait quelque chose de désespéré et de suppliant au fond de ces yeux noirs. Le blond le regarda en retour un moment avant d'évaluer le rouquin à côté de lui.

"Tu te rappelles de la réserve naturelle dont je t'avais parlé ? Ça te dirait qu'on y aille ?" demanda Naruto d'un air détaché, comme si ça ne l'intéressait pas lui-même.

Gaara haussa les épaules. "Pourquoi pas.

_Ok, ça me va," répondit calmement Naruto.

Quand il regarda Kankurô à nouveau, il avait l'air soulagé pour une raison quelconque. Il y avait même un léger sourire au bord de ses lèvres. Naruto retourna à son petit-déjeuner, en essayant d'oublier toute cette communication étrange qui avait eu lieu dans cette pièce. À son avis, on pouvait dire sans difficulté qu'il n'était pas le seul à avoir d'étranges moyens de communication. Hé, là maintenant il avait l'impression d'être le plus normal à loger sous ce toit.


Après une semaine ou deux, Naruto rentrait de son travail.

"Oh, salut Sakura. Qu'est-ce que tu fais là ?" demanda-t-il en se cognant dans son amie dans l'entrée de sa maison.

"Salut Naruto," le salua-t-elle, les joues rougies – peut-être parce qu'elle était heureuse de le voir ? "Je venais juste récupérer ce truc que j'avais oublié la dernière fois, tu te souviens ?" Elle fouilla dans son sac et en sortit un objet qu'elle lui montra "Ça.

_Ta carte de bibliothèque ? Je ne me souviens pas –

_Je déteste écourter les conversations mais je suis pressée. Tu veux bien être un vrai ami et me ramener à la maison ?" demanda Sakura en regardant les deux voitures dans le jardin. À côté de la Škoda de Naruto usée par le temps, il y avait la toute nouvelle Audi de Kankurô.

"S'il te plaît ?" demanda-t-elle et Naruto n'eut pas le cœur de lui refuser.

Il avait faim et il fallait vraiment qu'il aille aux toilettes, mais ces yeux verts brillants étaient juste trop irrésistibles pour leur dire non. Elle n'avait pas été de si bonne humeur depuis longtemps, et pour une fois il semblerait qu'il n'y avait pas de soudain éclat de colère de sa part. Inconsciemment, Naruto se frotta la tête là où son poing l'avait rencontrée il y a quelques jours

"D'accord, on y va," dit-il en faisant son sourire caractéristique rien que pour elle.

"Merci, t'es un amour," dit-elle en lui faisant un baiser sur la joue. Avant même qu'il ne s'en rende compte, elle se dépêchait déjà vers la voiture.

Pendant ce qui semblait être une éternité, il se tenait juste là, les doigts touchant sa peau là où elle avait laissé un picotement quelques secondes auparavant. Est-ce que c'était vraiment arrivé ? Quand il l'entendit l'appeler de sa voix douce et charmante, il revint à lui et se pressait vers sa voiture. Depuis quand Sakura avait-elle ce genre de voix détendue et apaisée ? Juste pour être sûr qu'il ne rêvait pas, il se pinça le bras.

Elle était étrangement silencieuse durant le trajet. Pour Naruto c'était inconfortable et il essaya d'entamer une discussion. "Tu sais, j'aurais pu te ramener ta carte de bibliothèque à la librairie, si tu me l'avais demandé.

_Je sais," dit-elle, avec un sourire nerveux et forcé. "Mais je ne voulais pas te déranger."

Naruto haussa les épaules, ne sachant quoi dire. Elle semblait préoccupée et il ne pouvait s'empêcher de se demander si Sasuke s'était encore comporté comme un connard. Il avait tendance à faire ça, et la simple pensée de quelqu'un qui la maltraitait l'énervait. Le seul indice de son agacement interne était sa manière d'agripper le volant.

"Alors, comment ça se passe avec ton proprio, si tu vois ce que je veux dire, le taquina soudainement Sakura. On dirait qu'ils n'ont pas eu le cœur de te jeter dehors pour l'instant ?

_Euh, les choses se passent bien je crois," dit Naruto très, très nerveusement. Il oublia son pied soudain lourd et ne se rendit compte de son erreur qu'une fois qu'il était bien au-delà de la limite de vitesse, et ralentit. "On se parle.

_Je suppose qu'à partir de maintenant, le bouchon restera fermement sur la bouteille, je me trompe ? rit-elle sans qu'il ne perçoive l'humour dans cette phrase.

_Sûrement que oui", assura gravement Naruto. Faut croire qu'il aurait à endurer son esprit agaçant sans interruption à partir de maintenant. Plus de voyage vers l'oubli, peu importe à quel point ils étaient parfois importants.

"En vrai, vous feriez un couple mignon."

Maintenant il était certain qu'elle le taquinait. Naruto lui jeta un regard qui était censé délivrer le message suivant : ferme-la. Elle rit seulement, et une fois de plus Naruto ne trouva pas ce qu'il y avait de drôle dans cette situation.

"Bref, commença Naruto en donnant un autre regard entendu à son amie, je crois que je t'en dois une pour avoir sauvé ma peau. Tu as contacté Kankurô, non ?"

Elle acquiesça et regarda par la fenêtre. "Je ferai tout pour toi. Enfin, presque tout," dit-elle.

"J'espère que ce n'était pas trop bizarre. Je suis désolé de t'avoir embarquée là-dedans. J'ai l'impression que je n'aurais pas dû." dit Naruto. Bien qu'il admira le brun et sa normalité charmante, une petite part de lui n'était pas heureuse d'avoir encouragé Sakura à l'approcher.

"Non, ça va, dit-elle en agitant la main de manière dissuasive, je lui ai envoyé un message et ce n'était pas trop bizarre.

_Tant mieux, dit le blond, soulagé.

_On a pris un café une fois et j'ai essayé de parler de toi en bien et lui montrer quel bon locataire tu étais, continua-t-elle.

_Tu as pris un café avec lui ?" Naruto était surpris. Puis après un moment d'absence il revint à lui et ajouta "Je veux dire, merci Sakura. C'était très gentil de ta part."

Elle ne fit que lui sourire mystérieusement avant de regarder de nouveau par la fenêtre. Il se gara dans la rue et jeta un œil sombre aux fenêtres éteintes de sa maison. Il pariait que ce connard était là, à la prendre pour acquise comme d'habitude. Elle avait sûrement remarqué son humeur amère, car elle lui tapota l'épaule et lui offrit le sourire qu'aurait une grande sœur.

"Merci, Naruto. Tu es le meilleur,

_Toi aussi," répondit-t-il en laissant ses yeux reposer sur sa silhouette qui s'éloignait un long moment avant de se dégager et de rentrer à la maison.

Maintenant rentré pour la deuxième fois de la journée, Naruto essaya de contenir son excitation. Sa faim et son envie de vide sa vessie s'étaient étrangement évanouis après avoir passé quelques minutes avec elle. Elle était son ami, et elle lui avait fait une requête. Et elle l'avait presque embrassé. Prends ça, Kankurô !

Après une brève visite dans la salle de bain, il entra dans la cuisine avec un grand sourire. Dès qu'il entra, Kankurô lâcha le T-shirt de son petit frère et le repoussa. Sa colère se transforma en une expression neutre quand il se précipita hors de la pièce sans dire un mot. Ces dernières semaines, des scènes similaires étaient arrivées dans la maison et Naruto ne savait pas trop quoi en penser. Les deux frères se taisaient à ce sujet.

L'insomniaque rouquin était assis à table, où une tasse de thé vert l'attendait déjà.

"Tu as l'air de bonne humeur, remarqua Gaara.

_Oui ! chantonna presque Naruto. Il se demanda s'il devait poser des questions à propos de l'atmosphère tendue entre les deux frères, mais en décida autrement. Il valsa joyeusement jusqu'au frigo. Un morceau de tarte aux fraises que Kankurô leur avait faite lui semblait particulièrement alléchante pour le moment. Son estomac gronda doucement rien qu'à la voir.

Il semblait que sa bonne humeur ne déteignait pas sur le rouquin. Pour une raison quelconque, il avait l'air encore plus renfrogné que d'habitude. Peut-être qu'il avait encore mal dormi ?

"Qu'est-ce qui te déprime autant ?" demanda Naruto en mâchant une part de tarte.

Gaara le regarda sèchement. Naruto n'aimait pas ce regard étranger. Sans se laisser démonter, Naruto s'adressa de nouveau à lui. "Allez, tu peux me le dire.

_Non.

_S'il te plaît, Gaara.

_Non." Gaara se leva et abandonna sa tasse de thé à moitié pleine.

Naruto le suivit dans le jardin. Il essaya de deviner les raisons pour lesquelles il se sentait obligé de rester en sa compagnie à un moment pareil. Il y avait quelque chose que Gaara ne lui disait pas et ça le dérangeait grandement. Ils s'arrêtèrent à côté d'une sorte de petit champ. Suivant l'exemple de son compagnon, Naruto s'assit dans l'herbe.

Il observa le rouquin sinistrement silencieux en attendant une réponse. Quelque chose n'allait pas, c'était évident, même lui pouvait le remarquer. "Dis-moi ce qu'il y a.

_Je ne peux pas," dit Gaara en secouant la tête. Vu la manière dont il fronçait légèrement les sourcils, il y avait définitivement quelque chose qui flottait juste sous la surface.

"Hé je suis là pour toi si tu en as besoin," dit doucement le blond en essayant un sourire. Mais on dirait que ces mots rencontrèrent un sourd, car le rouquin continua de regarder au loin.

Après un moment, Gaara tourna ses yeux de jade sérieux vers ceux de Naruto et ordonna : "Ferme les yeux et ouvre la bouche.

_Quoi ?" rit nerveusement Naruto en observant brièvement les environs.

"Fait-le," répéta le rouquin, et le regard qu'il lui lança laissait peu de place à l'argumentation.

Bien que Naruto trouva la suggestion étrange, il accepta avec un peu d'hésitation

Il l'entendit bouger dans l'herbe, comme s'il attrapait quelque chose. Juste quand il était sur le point de tricher et regarder, quelque chose toucha ses lèvres. Il ouvrit les yeux pour trouver Gaara qui tenait une grosse fraise contre ses lèvres. Avec un semblant de sourire amusé, le rouquin la poussa à moitié dans sa bouche.

À en juger la façon dont ces lèvres pâles se plissèrent un peu plus vers le haut, Naruto lui rappelait sans doute quelque chose d'amusant. Du moins le blond se voyait comme un cochon qui tenait une pomme dans la bouche.

En s'emparant de la fraise, Naruto mordit dans le pseudo-fruit, son jus sucré caressant sa langue. Elle était sans doute la plus exquise qu'il ait jamais goûtée.

"C'est avec celles-là que ton frère a fait la tarte ? demanda-t-il.

_Oui. Et il en reste encore plein, » répondit Gaara en pointant le champ du doigt.

Ils mangèrent les pseudo-fruits rouges dans un silence content. Le blond ne pouvait dépasser le fait que ça avait été bizarre d'avoir un autre gars en train d'enfoncer une fraise dans sa bouche. Bien sûr le geste n'avait été qu'humoristique, mais il n'arrivait pas à aller au-delà de son côté étrange.

Gaara appréciait sa part de fraises, apparemment oublieux de l'attention discrète de Naruto à son égard. La manière dont ces paupières sombres se fermèrent momentanément en mangeant une fraise exceptionnellement juteuse ne passa pas inaperçue. Ni la façon dont il essaya de se lécher les doigts, que le jus avait rendus collants et tâchés de rouge.

Justement Naruto venait de se rappeler qu'il avait une fraise à moitié mangée dans la main, et il l'engouffra hâtivement dans sa bouche. Tandis qu'il la mâchait nerveusement, il se remit à penser à toutes les similarités entre Gaara et Sakura. Il ne faisait aucun doute que Gaara était un Doppelganger. Le rouge et le vert, la pâleur de la peau, c'était tout comme elle. Et il avait eu le béguin pour elle pendant si longtemps qu'il se demandait s'il était jamais passé outre.

Et c'était forcément pour ça que toutes sortes de pensées bizarres semblaient apparaître chaque fois que son attention se posait sur le rouquin un peu plus longtemps que nécessaire.

Peu importe à quel point il était captivant de le regarder manger les fraises incroyablement juteuses, il y avait une ombre persistante qui planait au-dessus de lui, une ombre que Naruto voulait dissoudre. Chaque fois que le rouquin était silencieux comme ça, il rappelait à Naruto un mur de pierre épais impénétrable. Le blond inclina la tête, en se demandant quel genre de pierre il devrait jeter par-dessus cette barrière pour obtenir une réaction.

"Il se passe quoi avec ton frère dernièrement ?" demanda-t-il innocemment.

Pour seule réponse il eut un regard acéré. Aïe. Naruto grimaça et se frotta l'arrière de la tête.

En changeant de tactique, il réessaya. "Ça te dirait qu'on parte en voiture, sans but, ce soir ? Je connais un café sympa en bord de route, pas trop loin.

_Avec ta voiture ? Non merci." Le ton froid du rouquin était sans pitié avec les tentatives amicales de Naruto.

Un peu frustré, Naruto évalua son compagnon grognon des pieds à la tête. Si seulement il pouvait tirer ses pensées des profondeurs sombres dans lesquelles elles baignaient sûrement en cet instant…

"Tu sais, Gaara, tu m'avais dit que je n'étais pas si bon que ça…" commença finalement Naruto en regardant le rouquin avec un air de défi. "Et bien que j'apprécie les critiques constructives, je ne peux m'empêcher de me demander si tu as suffisamment d'expériences sur lesquelles te baser pour émettre un tel jugement.

_J'ai assez d'expérience pour affirmer que tu étais sans aucun doute le pire," dit Gaara avec arrogance, sans épargner les sentiments de son compagnon.

"Vraiment ?" répliqua Naruto, son œil tiqua tandis que sa fierté blessée se rappelait à lui. Avec un soupir il essaya de se calmer, sans succès. "Eh bien juste pour que tu saches, ce n'est pas ce que tu disais cette nuit-là. Tu disais que j'étais le meilleur –"

Pour toute réponse, Gaara enfonça une autre grosse fraise dans la bouche du blond comme il le ferait d'un bouchon sur une bouteille. C'était un indice évident qu'il devait se taire, un indice pas vraiment sérieux, mais assez drôle.

La vue de Naruto mangeant avec amertume la fraise sucrée dû sembler amusante à Gaara, si l'on en croyait la façon dont ses lèvres s'étirèrent légèrement vers le haut. Après s'être remis de ce coup porté à sa fierté (une fois de plus) Naruto parvint à sourire, lui aussi, et espéra que l'idiotie de la situation tirerait le rouquin de sa précédente tristesse.

À en juger par l'expression sombre bien qu'amusée qui ornait les traits pâles, il semblait avoir réussi.