Note de l'auteur: Ce chapitre commence là où le précédent termine.

Note du traducteur : Merci à tous ceux qui lisent, aiment, commentent ! Je risque de poster moins régulièrement, car je manque de temps en ce moment, mais pas d'inquiétude, il y a une fin à cette traduction. Elle sera peut-être juste un peu plus lente que prévu. Je n'aime pas être en retard, mais je n'ai pas trop le choix... Bonne lecture !


Chapitre 5 : Couronne de foin

Un samedi matin ensoleillé les trouva tous les quatre en train de se frayer un chemin vers le cottage dans les bois, un endroit cher au cœur de Naruto.

Puisqu'elle ne rentrerait pas avant Dimanche soir, Sakura avait suggéré qu'ils profitent de cet agréable temps d'été pour aller à cet endroit magnifique et isolé que ses parents possédaient. Il y eut trois votes sur quatre en faveur de ce petit voyage, et comme Kankurô refusait de laisser Gaara tout seul à la maison, le rouquin qui fulminait silencieusement fut forcé de les rejoindre.

Un vote sur quatre voulut faire le voyage dans la Škoda Felicia de Naruto, quelque peu fracassante, bien qu'à jamais fidèle. À la déception du blond, les autres avaient voté sans hésitation pour le véhicule pompeux de Kankurô. Même si Naruto marmonna quelque chose à propos de ces stupides nouvelles voitures, il y était finalement monté.

Sakura et Naruto étaient en train de faire de l'aviron sur le lac voisin. Sachant que tous les sons circulaient plus vite sur la surface aqueuse, ils parlaient à voix basses.

"Bon, Gaara a l'air de meilleure humeur, remarqua Sakura. Que s'est-il passé ?"

Naruto regarda l'horizon tandis qu'ils ramaient sans se presser. Après trente secondes, il sut qu'il ne pourrait pas retarder sa réponse plus longtemps. "Il ne s'est rien passé. Il a juste des changements d'humeurs, comme ça.

_Oh, il s'est forcément passé quelque chose," dit-elle avec une joie malsaine dans la voix, tandis que ses yeux verts l'étudiaient avec une intensité qu'il n'aimait pas.

Naruto lui tira la langue de manière puérile. Il n'était pas d'humeur à ça pour le moment. Lui expliquer les choses requérait qu'elles soient déjà en ordre dans sa tête. Ce n'était pas le cas.

Juste pour détourner son attention, il dit, "Tu as l'air d'apprécier la compagnie de Kankurô."

Brusquement, elle se fit pensive, sa précédente excitation s'évapora. "Ouais, il est pas mal."

Après ça, un silence prolongé plana au-dessus d'eux, durant lequel Naruto fut certain que son amie n'élaborerait pas sur le sujet. Mais après que leur petit cottage ne fut plus visible sur l'horizon distant, elle commença subitement : "Il sait écouter, tu vois ? C'est agréable d'être auprès de quelqu'un qui n'est pas sans cesse imbu de lui-même.

_A t'entendre, j'aurais dit Sasuke," dit Naruto à voix basse en continuant de ramer me lentement.

Elle lui jeta un regard mauvais, mais cette fois elle ne lui reprocha pas son opinion, bien connue de tous. "Kankurô est un mec sympa. Il ne se prend pas trop au sérieux. Et on dirait que sa famille est ce qu'il a de plus précieux." Le cri des mouettes dans le ciel attira son attention, et avec un soupir elle regarda de nouveau l'horizon, ou leur cottage se cachait derrière la forêt. "En plus, il n'est pas moche."

Naruto s'arrêta de ramer et lui jeta un regard interrogatif. "Euh… Ouais. Mais pourquoi tu penses à ça ? Tu as un pe-"

Ses mots furent interrompus quand elle l'attrapa par son gilet de sauvetage et le regarda avec colère. La veine familière pulsait de nouveau sur sa tempe, et il eut peur qu'elle pique une crise soudainement.

"Naruto." Sa voix était veloutée, mais dangereusement violente, et son œil, qui tiquait, fixait ses yeux bleus effrayés. "Je sais que j'ai un petit-ami. Tu n'as pas à me le rappeler, ni à moi, ni à personne, à la moindre occasion. Je n'ai pas besoin que tu joues le rôle de moralisateur, pas quand tu as l'habitude de dormir un peu partout.

_C'est dans le passé, maintenant, et tu le sais, se défendit Naruto avec une petite voix.

_Peu importe. Ce que je veux dire, c'est que ce n'est pas mon sens de la morale qui doit être surveillé. J'en ai marre des mecs qui se comportent comme si j'étais leur propriété. Je fais ce que je veux, et si tu fais encore une critique à propos de mes décisions ou de Sasuke, je promets que je vais te noyer."

Sakura gronda et sa poigne sur le gilet de sauvetage se raffermit de manière menaçante, avant de le lâcher.

Frissonnant d'horreur, Naruto rampa à l'arrière de l'aviron, et essaya de reprendre son souffle. Là maintenant sa priorité était de rester le plus loin possible de ses poings, et la voir prendre le contrôle des rames le calma un peu. Au moins maintenant, ses mains tenaient autre choses que ses vêtements.

Avec des mouvements brusques, elle fit avancer le bateau le long du lac et Naruto n'eut pas le courage d'entamer une autre conversation.

Quand ils arrivèrent sur la rive, elle salua joyeusement de la main Kankurô, qui les attendait sur le quai. Le brun l'aida à descendre du bateau, un geste qu'elle sembla accepter avec joie, peu importe à quel point elle avait été furieuse quelques minutes plus tôt sur le lac. Les jambes tremblantes, Naruto descendit aussi du bateau, et conserva une distance de sécurité avec son amie explosive.

Le soir, ils se rassemblèrent autour de la table et profitèrent du souper extraordinairement délicieux que Kankurô leur avait préparé. Le feu de bois réchauffait le cottage, et sur la table étaient ouvertes des bouteilles de vins rouges et blancs.

De toute la soirée, Naruto n'osa pas dire un mot à Sakura, et il forçait un sourire chaque fois que leurs yeux se croisaient. Au lieu de rechercher sa compagnie, il était resté près de Gaara, qui ne sembla pas dérangé par la sociabilité soudaine du blond à son égard.

Pendant que Kankurô et Sakura débarrassaient le dîner pour faire la vaisselle, Naruto et Gaara étaient assis à table, immobiles. Gaara buvait silencieusement son vin, et Naruto ne put s'empêcher de remarquer la teinte rouge que cela laissait sur ses lèvres. Dans l'atmosphère douillette et ombragée, la peau de Gaara avait une lueur ivoire, presque fantomatique. Le noir qui entourait ses yeux était plus prononcé que jamais, et ses cheveux roux étaient plus sombres que Naruto ne se souvenait les avoir jamais vus.

Assis là, dans la pénombre, avec ses vêtements noirs, il semblait troublé, en proie au chagrin. Pourtant chaque fois que ses yeux de jade rencontraient les yeux bleus, quelque chose de vibrant s'allumait dans leurs profondeurs.

Naruto secoua la tête à ces pensées idiotes. C'était sûrement le vin qui parlait.

"Hé les gars, le sauna sera bientôt prêt, leur dit Kankurô en revenant dans la pièce pour récupérer le reste de vaisselle sale. Sakura ira en premier, et après c'est notre tour. Vous venez tous les deux, hein ?

_Ouais, d'accord," dit Naruto à l'homme qui s'en allait.

"Je n'y vais pas," dit Gaara au blond une fois que le brun fut hors de vue.

"Il faut que tu viennes. Je n'y vais pas seul avec ton frère, geint le blond, en regardant son ami d'un air suppliant.

_Pourquoi tu ne peux pas y aller seul avec lui ? demanda le rouquin.

_Parce que ce serait gênant. Il est beau," répondit Naruto, mais dès que cette confession, qu'il avait prononcée trop rapidement, eut quitté ses lèvres, il regretta de ne pas l'avoir ravalée.

Gaara le regarda avec une expression indéchiffrable, avant de doucement baisser les yeux sur ses genoux. Ses poignets étaient enveloppés de gaze, et il en dépassait un peu de sous ses manches. "Je ne peux pas y aller avec ça."

Naruto le regarda d'un air compatissant. "Et si tu les gardes dans le sauna ?

_Elles vont être mouillées. Et j'ai peur qu'il commence à me harceler avec ça.

_Et si je m'assieds entre vous deux ? Si je remarque qu'il commence à en parler, je changerai de sujet," suggéra Naruto.

Le rouquin contempla l'idée et finit par accepter le plan. Tout le temps que les trois hommes partagèrent au sauna, aucun intérêt malvenu ne fut porté aux bras bandés de Gaara. Et dès que Kankurô semblait sur le point d'évoquer un sujet quelconque pouvant ennuyer son petit frère, Naruto trouvait rapidement une autre information à propos de Sakura. Et miraculeusement, il captait toute l'attention du brun à chaque fois.

Frais et propres, ils se trouvèrent tous les trois devant le foyer carbonisé du feu de bois, Kankurô se séchait les cheveux et Naruto peignait ses cheveux hérissés, sans jamais réussir à les aplatir.

"Au fait, pour dormir, commença Sakura, s'attirant ainsi l'attention de tout le monde. Il n'y a que trois chambres, alors vous devrez partager.

"On peut crécher dans la même chambre," dit Gaara avant tout le monde, en saisissant le poignet de Naruto.

Le blond cessa de se peigner et haussa simplement les épaules, se pliant à cette volonté. Un regard timide vers Sakura – regard qu'il regretta instantanément après coup – lui dit exactement ce à quoi la femme aux cheveux roses pensait.

Il voulut lever les yeux au ciel, mais finalement il jeta un œil à Kankurô, qui les regardait dubitativement.

Mais alors Gaara l'entrainait déjà vers leur chambre, et il attrapa à la hâte son sac en laissant son ami les guider hors de cette situation tendue.

Sans hésiter une minute, Gaara choisit la chambre la plus éloignée des deux autres. Quand Naruto lui en demanda la raison, il haussa les épaules et dit « Je veux être le plus loin possible de mon frère. C'est pour ça que nos chambres sont à l'opposé l'une de l'autre, à la maison. »

C'était une chose que Naruto n'avait jamais remarqué auparavant. En s'asseyant sur le lit, il se rappela de son étroitesse, ce qu'il avait oublié il y a un moment.

"Merci de partager la chambre avec moi. Je ne veux pas être dans la même que lui, dit doucement Gaara en s'asseyant à côté du blond

_Il s'inquiète seulement pour toi, parce qu'il se soucie de toi," répondit Naruto.

Mais Gaara secoua seulement la tête pour montrer son désaccord. "Je voudrais qu'il arrête.

_Tu ne peux pas empêcher les gens de se soucier de toi," dit gentiment le blond en regardant son ami avec douceur.

Gaara lui lança un regard, avant de commencer à retirer les bandes de gaze humides. "Tu es différent, Naruto. Ça ne me dérange pas que tu te soucies de moi."

Le blond acquiesça, et lui donna une tape amicale sur l'épaule. Tandis que la gaze se retirait, couche après couche, l'attention errante de Naruto fut rapidement attirée par elles et les marques rouges découvertes en-dessous. Comme s'il était en train d'étendre du linge, Gaara plaça les bandelettes rougies sur le dossier d'une chaise. Quand il s'assit à nouveau sur le lit, Naruto lui attrapa la main.

Lentement, il remonta ses manches et eut un hoquet face aux cicatrices criantes de rouge qui marbraient l'ivoire de la peau. Non seulement ses poignets étaient endommagés, mais les lignes démoniaques couvraient aussi l'ensemble de ses avant-bras. Et Naruto ne pouvait s'empêcher de remarquer que les horribles plaies semblaient vraiment dessiner une croix inversée, et il se demanda si la raison en était symbolique ou purement pratique.

Il voulut lui demander pourquoi, mais maintenant il savait pourquoi, et il savait que ses questions provoquerait seulement que son ami retire ses mains et se referme complètement sur le sujet.

À la place, Naruto tint ses mains et plaça deux baisers légers sur les blessures. Les muscles du rouquin se tendirent sous la peau scarifiée, mais Naruto refusait de le lâcher.

Quand finalement il croisa le regard interrogatif, presque menacé, de l'autre, il s'expliqua : "Chaque fois que je me blessai quand j'étais petit, ma maman me faisait des bisous magiques pour guérir. Je sais que c'est idiot ce que je viens de faire, mais… " il ne termina pas sa phrase, la voix triste.

L'expression du rouquin s'adoucit, et les muscles se détendirent.

"S'il te plaît, ne fais plus jamais ça, murmura Naruto avant de lâcher les mains du rouquin.

_Je ne peux pas te le promettre," dit Gaara en évaluant l'expression triste du blond. Il redescendit ses manches et s'allongea sur le lit.

Naruto regarda l'étroit creux qui lui restait. Son regard scanna la pièce mais rien ne capta son attention pour l'aider à se sentir bien. Quand il fut certain qu'il pouvait sentir la chaleur corporelle du rouquin irradier dans son dos, il se leva.

"J'ai besoin de prendre l'air. Tu veux sortir marcher un peu ?"

Comme Gaara ne lui répondit pas verbalement mais le suivit jusqu'à la porte fermée, Naruto commença à se demander s'il n'aurait pas dû y aller seul. Silencieusement, ils se frayèrent un chemin jusque la porte d'entrée, et à leur soulagement Kankurô et Sakura s'étaient déjà retirés dans leurs chambres.

Dehors, la lumière de la lune illuminait les forêts et prairies environnantes, colorant le paysage entier d'une teinte lavande. Ne sachant pas où aller, Naruto se dirigea vers une prairie, où de hautes herbes à foin et de grandes fleurs poussaient sauvagement dans une harmonie chaotique. Sur le moment cet espace ouvert lui sembla plus tentant que la forêt épaisse. Il voulut s'arrêter, mais le rouquin le suivait de si près qu'il craignait que l'autre ne lui rentre dedans s'il s'arrêtait brusquement. Ce ne fut qu'arrivé sous un sorbier qu'il se décida à s'asseoir.

Sous la lune scintillante, on aurait dit un autre monde. Tout semblait irréel, et Naruto se demanda s'il était le seul à sentir la différence. Gaara était assis à côté de lui, et il semblait tresser quelque chose avec les longues herbes qu'il avait cueillies sur le chemin. Peu après, il tenait une belle guirlande entre ses mains.

Gaara plaça cérémonieusement la couronne de foin sur la tête de Naruto, et comme il trouvait que ça allait à bien au blond, il la laissa posée sur les mèches broussailleuses.

"C'est quoi, ça ? demanda Naruto en regardant son ami.

_Tu es maintenant couronné roi de ce pays nocturne. Est-ce qu'on ne dirait pas un tout autre univers ? demanda Gaara en regardant la vaste prairie.

_C'est vrai, accorda Naruto en ajustant la couronne sur sa tête. Et d'ici le jour, mon royaume aura disparu.

_Tu es si poétique, dit Gaara avec ironie.

_C'est à cause de la pleine lune," affirma Naruto en observant les profondeurs de jade que constituaient les yeux se son ami. Il savait que c'était une erreur, mais il ne pouvait détourner le regard. Soudainement, même les prairies spacieuses qui les entouraient ne pouvaient pas lui offrir l'espace dont il avait besoin.

"Sakura m'a crié dessus aujourd'hui, dit Naruto, juste pour avoir quelque chose à dire. J'étais certain qu'elle allait me noyer. Conseil d'ami : reste hors de la portée de ses poings."

Gaara rit et mâchonna une tige de foin dans sa bouche. "Je suis sûr qu'elle avait ses raisons.

_Ça veut dire quoi ça ? demanda Naruto avec insistance.

_Tu peux être con des fois," répondit le rouquin comme s'il s'agissait d'un fait connu de tous.

Naruto décida de ne pas répondre à ça. À la place, il contempla la lune ronde, plongé dans ses pensées. "Tu penses qu'il y a un futur pour quelqu'un comme moi ?

_Seulement si tu restes hors de la portée de ses poings," répondit Gaara.

Naruto le regarda de travers, son humour ne l'aidait pas du tout. Avec un soupir, il dit : "C'est juste que… Je me sens tellement inutile.

_Tu n'es pas inutile. Tu arrives à maintenir une plante en vie, dit Gaara qui plaisantait à moitié.

_Allez quoi, soit un peu sérieux, souffla Naruto en croisant les bras sur sa poitrine. C'est des trucs profonds tout ça. Comment tu peux prendre ça à la légère ?"

Gaara haussa les épaules, une habitude que le blond trouva agaçante, du moins dans ce contexte. "Tu t'inquiètes trop.

_Tu trouves que je m'inquiète trop ? Bien sûr que je m'inquiète, et ce que tu t'infliges n'allège pas du tout mon fardeau."

L'expression de Gaara s'assombrit et il cracha le brin d'herbe hors de sa bouche.

"Je crois que ton frère s'attend à ce que je te répare tout à coup. Et oui, c'est ce que je voudrais faire, mais j'ai l'impression que je ne peux pas," dit Naruto qui regarda le rouquin silencieux de ses yeux bleus et tristes. "J'ai peur que tu ne me laisses pas faire, et que mes efforts ne suffisent pas."

Désormais, les yeux turquoise avaient une lueur mélancolique, une lueur que Naruto était certain de n'avoir jamais vue auparavant. Ils se contemplèrent sous la pleine lune, avant que Gaara ne dise finalement : "Cette couronne te vas vraiment bien."

Naruto soupira, exaspéré, et jeta la guirlande au sol. Il tint ses genoux contre sa poitrine et posa son visage sur ses genoux. Lui qui avait cru avoir réussi à enfoncer un peu de bon sens dans le crâne épais de son ami. Gaara était con lui aussi, à sa manière, ça c'était sûr.

Quand un bras s'enroula entour de lui, Naruto sursauta dans sa position de tortue. Gaara l'enlaçait partiellement, l'expression triste comme jamais « Ne te charges pas des fardeaux qui ne sont pas les tiens. »

En entendant ces mots, Naruto se cacha le visage dans les bras. Il se sentait inutile, incapable de changer la vie de quiconque, encore moins la sienne. Il échouerait dans la mission qui lui avait été donné de manière officieuse, et il perdrait Gaara, son ami extraordinaire et merveilleux, et il s'imaginait déjà Kankurô, qui le noierait dans le lac à cause de ça.

Très gentiment, Gaara le tira de sa position de défense et entoura de ses mains les joues scarifiées. Et la manière dont il ne fit pas attention à ses cicatrices hideuses n'échappa pas à Naruto. Avec ses pouces, Gaara essuya le dessous de ses yeux bleus, où les larmes avaient mouillées la peau.

Avec attention, Gaara délaissa l'une des joues de Naruto pour tracer d'un doigt un sourcil blond. Il redessina silencieusement le sourcil, comme pour en mémoriser la forme et la légère courbe à son extrémité. Son doigt descendit le long de l'arête de son nez, jusqu'au petit creux de son philtrum. De là, son doigt glissa sur sa lèvre inférieure, l'étirant légèrement, jusqu'à toucher son menton, et quitter son visage.

Et Naruto fixa le rouquin les yeux écarquillés, incapable de bouger, car ses muscles étaient paralysés, et un bruit blanc avait pris toute la place de son cerveau. Juste alors qu'il était convaincu que tout ceci n'était qu'une hallucination, ou un rêve qui semblait trop réel, Gaara toucha son cou et sa clavicule, d'un toucher fantomatique dont seul lui était capable.

Avant que Naruto puisse penser à la bonne manière de réagir, même si ce n'était que fermer les yeux, Gaara se retira et commença à chercher un autre brin d'herbe à mâchouiller.

Ce n'était pas de la colère, mais quelque chose semblable à de la frustration qui s'éveilla en Naruto. Il chercha un moment une interprétation à ce qu'il venait de se passer, mais quand il vit l'expression fermée sur le visage de son ami, il se dit que c'était futile. Après avoir posé les yeux sur le rouquin calme et silencieux, Naruto se décida finalement à parler.

"Pourquoi tu as ce drôle de tatouage sur le front ?»

Gaara s'arrêta de mâchouiller et se tourna vers lui pour le regarder. Son précédent calme se transforma en précaution, mais il lui répondit tout de même.

« C'est le symbole de l'amour, et il est là pour me rappeler l'amour que me portait ma mère, répondit Gaara d'une voix monotone. Je l'ai eu quand j'avais quinze ans, et que j'avais complètement abandonné tout espoir concernant la famille qu'il me restait.

_Oh," dit Naruto en continuant de regarder l'étrange tatouage rouge.

Gaara ne sembla pas dérangé par cette manifestation de curiosité. « Mon voisin avait cinq ans de plus que moi et il voulait devenir tatoueur. Avant de déménager dans une grande ville, il vivait dans la cave de ses parents. Comme je n'avais pas d'argent à l'époque, il m'a proposé de me faire ce tatouage en échange de ma virginité. »

Naruto s'étouffa et toussa violemment. « Q-Quoi ? » demanda-t-il, nerveux et incrédule en même temps. « Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_Ben, à ton avis ? demanda platement Gaara en crachant son brin d'herbe. Dieu merci ce tatouage est le seul truc qu'il m'a refilé, parce qu'à l'époque je ne savais pas grand-chose des IST et tout ça. »

Maintenant, l'attention de Naruto était posée sur les herbes qui se balançaient au loin. Il ramena ses genoux contre sa poitrine, encore une fois incertain de ce qu'il devait interpréter des émotions que Gaara provoquait en lui.

"C'était comment, toi ? »

La question détourna Naruto de ses pensées et il tourna son visage vers son ami. « De quoi ?

_Ta première fois, clarifia Gaara.

_Oh, c'était avec une fille que j'ai rencontré à l'école, dit Naruto comme si cela n'avait même pas été un peu signifiant pour lui. C'était bizarre, et on était tous les deux inexpérimentés.

_Je voulais dire, avec un garçon, » dit calmement le rouquin.

Le blond baissa les yeux sur les fleurs qui poussaient parmi les herbes hautes. Quand il commença à parler, il maintint son attention sur les environs sauvages. « C'était avec l'ami de mon frère.

_Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Gaara d'une voix monotone.

_Je passais la nuit chez mon ami. Au milieu de la nuit, je suis allé dans la salle de bain. En revenant, je suis tombé sur son frère, qui venait de rompre avec sa copine. Il était en détresse, et j'ai essayé de le réconforter, expliqua Naruto de manière désintéressée. On est allé dans sa chambre, et il n'arrêtait pas de tenter des trucs. Il avait les yeux les plus tristes que j'ai jamais vus, dit le blond en fermant les yeux, comme pour échapper au souvenir. Quand sa famille l'a découvert, ils m'ont accusé. Ils ont dit que j'étais le serpent de leur paradis, et que j'avais corrompu leur fils. J'ai fini par perdre mon ami, dans la foulée.

_C'est horrible, dit Gaara avec dans la voix quelque chose qui approchait la sympathie.

_Eh bien, la vie est horrible, affirma Naruto qui n'était pas affecté par le souvenir blessant. Et ce que ton voisin t'a suggéré, ce n'était pas bien.

_Je sais, dit Gaara en regardant les étoiles dans le ciel nocturne. Je le sais maintenant. Après lui, je n'ai eu que des partenaires passifs. Il tourna son regard examinateur vers Naruto. Tu leur ressembles.

_Je-Je ne suis pas passif, dit rapidement Naruto en rougissant, avant de détourner le regard. Pourtant, il pouvait encore sentir le regard du rouquin qui le transperçait.

« Tu as eu combien de partenaires ? demanda Gaara comme s'il s'agissait d'un sujet de conversation ordinaire.

_Seulement quelques-uns.

_J'en ai eu quatre, » dit le rouquin de manière impassible, comme s'il n'y avait aucun attachement personnel.

Naruto acquiesça et enlaça ses genoux plus forts. Sans raison, il se sentait nu sous la lumière de la lune. Et plus les minutes passaient en silence, pus tout lui semblait irréel. Ça ne le surprendrait pas d'apprendre que tout ceci n'était qu'un rêve bizarre.

Quand Naruto bailla, Gaara le regarda avec tendresse. « Tu veux rentrer ? Ou tu veux rester ici ? »

Le blond contempla la question un moment. Le lit bien trop étroit qu'il aurait à partager avec le rouquin ne l'emballait pas vraiment. Ici, au milieu de cette vaste prairie, il se sentait respirer.

"Restons ici," décida-t-il en s'appuyant contre le tronc de l'arbre.

Gaara vint s'asseoir à côté de lui et passa un bras autour de lui. Au-début, Naruto fut rebuté par la proximité, mais il se détendit vite et se laissa aller contre son ami. Une chouette hulula au loin, et la pleine lune s'approchait lentement de l'horizon. Somnolant, Naruto s'appuya un peu plus confortablement contre la poitrine de Gaara, et le rythme lent auquel elle se soulevait et s'abaissait le berça dans un sommeil reposant.


Naruto ouvrit les yeux pour voir une prairie dorée qui baignait dans la glorieuse lumière du matin. Des oiseaux piaillaient sur les plus hautes branches du sorbier contre lequel il était appuyé. Le monde semblait trop réel et présent, il ne pouvait y échapper. En remarquant la guirlande de foin qui gisait sur le sol, pleine d'épis et défaite par endroits, il eut vraiment le sentiment que son royaume nocturne n'était plus qu'une illusion lointaine.

Est-ce que le Gaara-Nocturne n'avait été qu'un rêve particulier, lui aussi ? Où avaient-ils vraiment eu ces conversations ?

À ce moment le Gaara-Diurne émergea de derrière l'arbre. Dans la partie inférieure de son T-shirt, il portait une grande quantité de fraises sauvages et une fleur jaune.

"Tiens, dit Gaara en s'asseyant à côté de lui. Maintenant tu règnes aussi sur le jour, dit-il en glissant la fleur ressemblant à un soleil derrière son oreille.

Encore une fois, il ne sut pas comment répondre, aussi Naruto sourit seulement d'un petit sourire rayonnant. Avec gratitude, il accepta le petit-déjeuner que Gaara avait réussi à leur récolter dans leur environnement sauvage.

En rentrant au cottage, un nuage mélancolique planait avec persistance au-dessus de Naruto. Le lieu tout entier lui était nostalgique, mais le fait de perdre cette connexion excitante avec le Gaara-Nocturne le rendait vraiment confus.

De retour au cottage, il mit la fleur jaune dans un verre d'eau sur la table du porche. Il ne pouvait pas la ramener à la maison, car c'est ici qu'elle appartenait, et elle mourrait en ville.

Et trop tôt, ils rentrèrent tous les quatre dans la voiture à nouveau, jusque la semaine grise qui les attendait au tournant. Dès que Naruto en eut assez d'observer le paysage qui défilait, il tourna son attention vers Gaara, qui était assis à côté de lui à l'arrière. Le rouquin portait le sweat de Naruto pour une raison inconnue, et au début le blond avait conclu qu'il s'était simplement trompé. Mais comme l'avait fait remarquer Sakura, quelqu'un comme Gaara ne risquait pas de porter quoique ce soit d'orange par accident.

Gaara ne s'était pas embêté à remettre les bandes de gaze, remarqua-t-il, car les coupures blasphématoires criaient à la face du monde dès qu'il étirait ses bras d'une certaine façon.

Toute la matinée, Kankurô s'était montré étrangement silencieux. Naruto essaya de croiser son regard via le rétroviseur intérieur, mais on aurait dit que l'aîné des frères était plongé dans son monde. Même la présence de Sakura dans le siège passager ne sembla pas retenir son attention.


La météo avait prévenu de l'arrivée d'une tempête, et à en juger les gouttes géantes qui bombardaient le pauvre parapluie de Naruto à un rythme furieux, il semblerait que la télé n'avait pas eu tort pour une fois. Il regretta de nouveau de ne pas avoir pris sa voiture ce matin, quand il eut fini sa journée à la librairie et qu'il se précipita dans la rue à grands pas.

Ce ne fut que lorsqu'il vit l'abondant jardin qui entourait sa maison que le regret s'évanouit, et tout ce à quoi il put penser fut à quel point il était heureux d'être enfin arrivé.

Toute la maison était sombre, car personne n'avait pris la peine d'allumer la lumière. Le silence qui avait englouti le lieu était tout sauf tranquille, et le seul son qu'il pouvait entendre était la mitraille de la pluie qui s'abattait sur le toit d'étain.

La lumière du réfrigérateur éclaira toute la cuisine quand Naruto y chercha quelque chose pour satisfaire son appétit. Même si son estomac grondait, il n'avait pas envie de manger, donc il ferma le frigo. Alors qu'il était sur le point d'aller dans sa chambre, il s'arrêta dans son élan en entendant un bruit.

La porte de Kankurô était légèrement entrouverte, et une faible lumière filtrait depuis les interstices. En s'approchant, le son se fit plus distinct et le cœur battant de plus en plus fort, Naruto fit son chemin jusque la porte.

« Kankurô ? » demanda-t-il, et les sanglots cessèrent.

Silencieusement, Naruto entra dans la chambre du brun pour le trouver assis sur le lit, les yeux rouges et gonflés tandis qu'il étouffait un sanglot.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Kankurô secoua la tête dans un désespoir muet et gémit. Cet instant était bien trop intime pour simplement s'enfuir par la porte, car il n'avait jamais vu le brun si distrait. Naruto ferma la porte, une décision qu'il regretterait plus tard.

Les jambes raides, Naruto resta debout près du mur et laissa son regard se focaliser sur les objets inanimés de la chambre, sur tout ce qui n'était pas les yeux mouillés du brun. Mais comme d'habitude, son manque de conversation ne semblait pas déranger le brun, ni l'empêcher d'en commencer une. Kankurô laissa échapper un soupir tremblant, puis secoua lentement la tête de nouveau, comme si quelque chose d'incompréhensible troublait son esprit.

"Tu as vu les bras de Gaara ? » demanda Kankurô.

La respiration de Naruto s'arrêta un instant et son regard se figea sur un petit portrait de famille sur le mur opposé. « Je les ai vus.

_Je ne sais plus quoi faire avec lui, chuchota le brun en retenant un sanglot tremblant. Je me sens si perdu. »

Pour toute réponse, Naruto acquiesça et laisse échapper un soupir compatissant.

Kankurô se tourna vers lui, et jamais auparavant Naruto n'avait vu d'yeux si vides et désespérés. Le poids du monde semblait peser sur ses seules épaules.

« J'ai demandé à notre sœur, Témari, si elle pouvait prendre soin de Gaara un moment. Elle est prêtre à Suna, et son mari, Shikamaru, est psychiatre," dit Kankurô en reniflant. Le léger espoir dans sa voix soulagea momentanément Naruto, aussi, bien que l'idée même que Gaara s'en aille, même pour peu de temps, le troublait à un point inimaginable.

« Mais devine ce qu'elle a fait ? » dit Kankurô, et brusquement sa voix était pleine de frustration et de souffrance. « Elle m'a envoyé une putain de Bible en me souhaitant bonne chance ! Comme si je n'en avais pas déjà assez, avec papa. »

Maintenant, Naruto remarqua le livre lourd qui gisait sur le sol, comme s'il avait été frappé dans un élan de colère.

« J'ai l'impression d'avoir fait de mon mieux, et ça n'a servi à rien. Il ne me parle pas, et quand j'essaie de l'atteindre et de communiquer, il refuse de m'écouter. » Kankurô soupira et des larmes lui montèrent aux yeux. « Il est la seule famille qu'il me reste. Si je n'ai pas de famille, moi son plus je n'ai aucune raison d'exister. »

Naruto déglutit silencieusement et ancra ses mains qui tremblaient dans ses poches. Le poids sur ses épaules se faisait de plus en plus lourd, comme une enveloppe faite de plomb.

« Kankurô… chuchota le blond en essayant de contrôler ses émotions cacophoniques. Je suis sûr que ça va s'arranger.

_Comment ? » s'exclama le brun de frustration en se levant brusquement. Bien trop vite, il marcha jusque Naruto et lui attrapa les bras. Attendant une réponse, il le fixa et répéta : « Comment tu peux savoir ça ?

_Je-J'espère juste que ce sera le cas, » chuchota Naruto. Quelque chose se serra dans sa gorge et il essaya de l'avaler.

« Ce n'est pas assez, accusa presque Kankurô en serrant plus fort les bras du blond. C'est même loin d'être assez.

_Je sais… Mais… » répondit Naruto en s'interrompant quand la boule dans sa gorge grossit encore.

Jamais encore il n'avait vu le brun si triste et dévasté, et la douleur vive que dépeignaient ses traits était difficile à regarder. Il se recula, mais se cogna dans la porte, qui l'aurait laissé s'échapper de cette bulle d'angoisse s'il l'avait laissé ouverte.

« Et puis, il se passe quoi entre vous, d'abord ? » demanda Kankurô avec une curiosité évidente, bien que le doute de sa voix vienne probablement d'un véritable désir de protection envers son petit frère plutôt que d'un manque de confiance à l'encontre de Naruto.

« C-C'est… J'essaie de l'aider, moi aussi » parvint à dire Naruto, qui espérait vraiment que ses faibles tentatives porteraient miraculeusement leur fruit.

« Tu l'aides… » répéta Kankurô, et l'espoir perdu de tout à l'heure s'entendait maintenant dans sa voix. Avec un sanglot, il attira le blond dans une étreinte désespérée. « Merci. S'il te plaît, fait en sorte qu'il aille bien.

_Je… J'essaie…" bégaya le blond.

Ses poumons ressemblaient à des ballons, pourtant il était incapable d'expirer. Quelque chose étranglait sa gorge et il était difficile de respirer. A l'arrière de son esprit, un pressentiment réprimé faisait tinter les chaînes avec lesquelles il était attaché.

Inconscient de ces avertissements subliminaux, cette masse de muscles brune le tenait fermement et ne semblait pas prêt à le relâcher. Il devrait juste courir. Mais la porte était fermée et il étouffait, et surtout, il était incapable d'abandonner ses tentatives généreuses de réconforter le frère de son ami.

Quand l'envie de courir lui revint, plus forte cette fois, les sanglots hoquetés de Kankurô contre son épaule le figèrent sur place, avant qu'il ne puisse obéir à ses instincts. Alors que le brun relâcha l'étreinte et serra désespérément ses bras à nouveau, en quête de réconfort et de l'assurance que oui, peut-être qu'un jour les choses s'arrangeraient, le verrou dans l'esprit chaotique de Naruto se brisa en milliers de petits morceaux, et il se retint de crier.

« Est-ce que ça va ? » demanda Kankurô qui le regardait avec inquiétude.

Mais Naruto ne pouvait se forcer à répondre, et quand le brun soucieux attrapa son menton et prit avec sa main la température de son front, Naruto trouva finalement sa voix pour crier.

« Qu'est-ce que tu fous, Naruto? » demanda Kankurô, le choc imprimé sur son visage, et instinctivement il couvrit de sa main la bouche du blond en l'attirant à lui, peut-être pour le réconforter, bien qu'il provoqua l'effet inverse. Entre ses côtes, le cœur de Naruto battait à tout rompre, son rythme ne cessait de s'accélérer. Les coins de la chambre commencèrent à se flouter jusqu'à ce que les bords incertains de sa vision ne deviennent noirs. Tout ce qu'il pouvait voir, entendre et sentir, c'était la poigne de Kankurô qui le maintenait en place, et la porte fermée dans la périphérie de sa vision qui ne cessait de grossir, et plus elle devenait grosse, plus elle se verrouillait.

Soudainement, il pouvait entendre à nouveau l'armée de gouttes de pluie qui s'abattait sur le toit. Comment avait-il réussi à ignorer ce bruit si longtemps, il ne le savait pas, et il était certain qu'il pouvait sentir la poudre à canon dans l'air, elle serait allumée, et il exploserait, périrait, et ses faibles tentatives pour sauver Gaara iraient ramper le long des tuyaux rouillés de sa vie, où tous ses anciens efforts futiles attendaient.

Et le petit sens de la famille qu'il avait réussi à expérimenter ici périrait comme s'il n'avait jamais existé, comme s'il n'avait jamais importé, et tout ce qu'ils avaient jamais dit ou ressenti, ou rêvé, serait réduit en poussière et enterré dans les cendres d'une histoire sans importance.

« Naruto ? » demanda à nouveau le brun en découvrant sa bouche.

Le blond inhala par automatisme, essayant de retrouver sa voix, mais rien ne vint.

« Naruto… » maintenant la voix était douce et inquiète, presque veloutée, et il ne pouvait pas refuser, pas à lui ni à la panique qui le dévorait vivant. Les bras autour de lui ne le quittèrent pas, mais le serrèrent encore plus fort, et avant qu'il ne puisse hurler de nouveau, tout devint noir.


« Qu'est-ce qu'il s'est passé, bordel?

_J'en sais rien. Il pouvait plus respirer soudainement. Et il s'est mis à crier.

_C'est une crise de panique. Tu ne sais donc rien ? » un soupir. « Qu'est-ce que tu as fait ?

_Hum, je l'ai serré contre moi, et je lui ai couvert la bouche.

_Imbécile.

_Ben, j'étais sensé faire quoi ? » Un soupir exaspéré.

« Simplement le laisser partir. Et fermer la porte. »

Avec réticence, les paupières de plomb de Naruto s'ouvrirent lentement et les bruits cessèrent dans le même temps. Ce plafond ne lui était pas familier, et ça le fit presque fermer de nouveau les yeux, quand une tâche de rouge qui lui était failière attira son attention.

« Salut, » soupira Naruto quand sa vision s'éclaircit sur le rouquin inquiet assis sur le lit. Il portait à nouveau ce sweat orange. Gaara l'évalua seulement en silence, un air soucieux sur le visage. « Tu as fait une crise de panique.

_Oui, c'est possible, » admit Naruto en essayant de garder un ton léger. De voir le rouquin si inquiet à propos de son bien-être le mettait mal à l'aise, et la dernière chose qu'il souhaitait c'était lui causer du souci supplémentaire. « Je me sens mieux maintenant.

_Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » demanda Gaara en prenant la main de Naruto qui gisait immobile au bord du lit.

De sa position horizontale, le blond haussa seulement les épaules, et en remarquant le léger froncement de sourcil sur le visage de son ami, il comprit que ce geste nonchalant l'avait agacé. « Ce n'était rien. »

Mais Gaara l'étudia seulement en silence, à sa manière habituelle, jusqu'à ce que quelque chose change dans ses yeux.

_C'est sa beauté qui t'as fait t'évanouir ? » demanda-t-il d'un air un peu joueur.

Naruto ignora la remarque et lui tira la langue.

« Alors, qui est difficile à atteindre, maintenant ? » répondit seulement Gaara, feignant la défaite en observant la chambre. C'est à ce moment qu'il remarqua le livre sur le sol et une boule de papier froissée juste à côté. Il lissa le papier entre ses doigts, et avant qu'une quelconque émotion ne puisse s'emparer de ses traits et trahir ce qu'il pensait, il l'écrasa dans son poing et la jeta sous le lit.

« Qu'est-ce que c'était ? demanda Naruto, curieux.

_Juste une liste de course, dit le rouquin en serrant la main du blond. Je parie que tu as faim. Je peux te faire du thé et des sandwich, si tu veux, » dit Gaara et à ces mots, l'estomac du blond gronda avidement.

« Je vais prendre ça pour un oui, » dit le rouquin, et le coin de ses lèvres se courbèrent légèrement vers le haut.

Embarrassé par sa réaction corporelle, Naruto baissa seulement la tête et suivit le rouquin dans la cuisine.

Après une heure et quart, une tasse de thé infusait sur le plan de travail, et deux sandwichs jambon-fromage étaient posés dans une assiette.

« Bordel, où sont passé les couteaux ? » demanda Gaara qui cherchait quelque chose pour découper le concombre en rondelle. Il se tourna vers son frère avec un regard acéré et agacé. Mais Kankurô se balança seulement sur sa chaise, les épaules tendues, et les muscles de sa mâchoire contractés.

Gaara observa son frère muet avec une frustration qui ne cessait de grandir. Une expression amère s'empara de ses traits et il se désintéressa du concombre, qui n'était toujours pas tranché. "Alors… Témari ne veut pas de moi. Qu'est-ce que tu vas me sortir maintenant comme menace sans fondement ?"

En silence, Kankurô fit grincer ses dents. Tandis que Naruto observait le grand frère depuis sa place à table, il ne put contenir la brillance au bord de ses yeux.

"Gaara…" dit doucement Naruto en espérant calmer la tempête qui menaçait d'éclater dans la pièce.

Mais ses mots se heurtèrent à un mur puisque Gaara s'adressa de nouveau à son frère avec une amertume manifeste.

"Avec ta manie de vouloir tout contrôler, tu es exactement comme notre Père. Et comme lui, tu veux juste me rendre la vie plus difficile.

_C'est faux," s'exclama Kankurô en se levant brusquement, et la chaise sur laquelle il était assis tomba sur le sol derrière lui avec un bruit assourdissant.

"Je t'interdit de me comparer à lui, dit le brun avec venin en se rapprochant de son frère. Gaara était tout sauf intimidé, mais le brun se tendit, bien que le tremblement qui le secouait ne semblait pas être dû à la colère – aux yeux de Naruto, ça ressemblait plus à du désespoir.

"Il n'était pas aussi sobre, et définitivement pas aussi hétéro qu'il ne le faisait croire à ses copains prêtres, dit Kankurô avec rage.

_Quoi ?" souffla Gaara, mais avant qu'une émotion lisible ne puisse apparaître sur son visage, il se détourna.

Kankurô regarda le rouquin avec une expression peinée. "Je l'ai découvert après que Maman soit morte. Et c'est pour ça qu'on partageait une chambre, tous les deux, jusqu'à ce qu'il meure."

Les sourcils inexistants de Gaara se froncèrent tandis qu'il prenait un air répugné.

"Je croyais que c'était parce que Père voulait que ta perfection déteigne sur moi.

_Ce n'était pas pour ça, dit sèchement Kankurô avec un regard sérieux que Naruto ne lui avait jamais vu. Et il ne voulait pas nous laisser partager la chambre, mais je l'ai menacé de révéler tous ses secrets à la congrégation."

Désormais le rouquin semblait surpris, bien qu'il conservât l'attitude de défi qu'il avait si bien apprise.

La voix de Kankurô prit un ton plus écœuré. "Je le haïssais tout autant que toi. Et au fil des ans j'en ai eu assez de lutter pour lui retirer les fusils des mains chaque fois qu'il débouchait une bouteille, ou de cacher ses clés de voiture, ou de rester éveillé toute la nuit, à guetter, pour vérifier qu'il ne venait pas à l'étage."

L'expression fermée de Gaara se mua lentement en souffrance. "Tu sais comment il était – un vrai charmeur quand il était sobre, mais après quelques verres de gins, il était une toute autre personne. Je n'oublierais jamais comment il a tiré sur ce canapé rempli de plomb quand il a découvert comment tu as eu ton tatouage. Donc, si tu dis que je ressemble à ce semblant d'homme, tu ne m'insulte pas seulement moi, mais aussi Maman," dit Kankurô d'une voix glaciale, comme s'il essayait de garder son calme au milieu d'une tempête émotionnelle.

"C'est quoi le rapport avec Maman ? demanda Gaara, qui ne parvint pas à cacher la curiosité dans sa voix.

_Tu te souviens le matin où on l'a trouvé allongé sur le sol, la peau bleue ?" demanda Kankurô bien qu'il fut évident qu'aucun deux ne pourrait un jour oublier cette vision.

"La nuit d'avant, je ne dormais pas. Je l'ai vu étendu sur le sol du salon, le front brillant de sueur et une bouteille de gin vide à côté de son corps immobile. Il était sous choc insulinique, une fois de plus. J'ai fait demi-tour et je suis parti me coucher," dit Kankurô, la colère de nouveau dans sa voix.

Le rouquin regarda son frère avec une expression proche du choc. "C'est pas un crime de –

_Alors traîne-moi en justice, fit Kankurô les dents serrées. Je voulais qu'il ne fasse plus partie de nos vies, de ta vie à toi. Et en le laissant là je savais que j'avais finalement respecté la dernière volonté de Maman.

_Q-Quoi ? demanda Gaara, et pour la première fois, Naruto vit sa posture inaltérable faiblir.

_Elle a essayé de divorcer, tu sais ? Mais après elle a eu sa tumeur, et elle n'a pas eu le temps. Avant de mourir, elle m'a demandé de prendre soin de toi, parce qu'elle connaissait son mari bien mieux que nous à l'époque, dit Kankurô d'une voix plus douce. Je t'aurais protégé de toute façon, sans hésiter. Mais c'était important pour elle de savoir que quelqu'un continuerait son oeuvre une fois qu'elle serait partie."

Maintenant, Gaara était plus confus que jamais. "Pourquoi tu ne m'as jamais parlé de tout ça auparavant ? Pourquoi maintenant…?

_Je croyais te l'avoir dit, déclara Kankurô tandis que la tristesse envahissait ses traits. Mais c'était comme si tu ne voulais pas entendre ce que je disais. Et quand j'ai vu à quel point ça te faisait mal quand on parlait du passé de notre famille, j'ai décidé de laisser tomber. Je pensais que si tu réalisais à quel point je me faisais du souci pour toi, tu guérirais miraculeusement, et tu arrêterais de faire ce que tu essaies de faire. Pour ce qui est de Papa, tout ce que j'ai jamais fait c'est essayer de m'entendre avec lui, pour que tu sois en sécurité."

Quelque chose s'agitait derrière le masque fermement contrôlé du rouquin. Mais Kankurô ne s'arrêta pas en voyant l'attitude réservée et immuable de son petit frère. "Tu étais spécial pour Maman, plus spécial que nous. Mais je ne t'en veux pas, parce que tu ne l'as pas choisi. Et juste pour que tu le saches, tu n'es pas le seul à avoir perdu une mère ce jour-là. Mais contrairement à ce que tu sembles croire, elle n'était pas la seule personne qui t'aimait."

La tension était si forte dans la pièce qu'on aurait pu la découper avec les couteaux qui étaient maintenant cachés quelque part, hors de danger. Le regard se Naruto passait d'un frère à l'autre tandis qu'ils continuaient à se dévisager, dans une bataille muette. Juste alors que les épaules tendues du brun se relaxaient légèrement, des émotions mêlées traversèrent le visage de Gaara, et il fuit hors de la pièce.

Naruto se leva précipitamment de son siège pour le suivre.

Il ne trouva pas Gaara dans sa chambre, mais dans à la penderie du couloir. La petite lampe de table était allumée, cependant l'atmosphère était tout sauf accueillante. Pour la première fois, les nombreux costumes qui pendaient, silencieusement alignés, ressemblaient à des corps décapités, et si Naruto avait été seul, il était certain qu'il les aurait bientôt entendus parler comme si l'esprit de leur propriétaire vivait encore dans la maison.

Gaara était allongé, dos à la porte, se fermant ainsi à Naruto et au reste du monde. "Ne me touche pas."

N'osant pas désobéir à cet ordre, Naruto s'assit sur le matelas, à une distance raisonnable, et appuya son dos contre le mur.

Même si le rouquin était fermé, il sembla à Naruto qu'il avait besoin de réconfort. Mais comment pouvait-il lui offrir cela s'il ne pouvait pas le toucher ?

"Tu sais ce que je fais quand il y a trop de bruit dans ma tête ? commença-t-il. J'imagine que je me regarde, et à la place de ma tête il y a un tourbillon lumineux, comme une sorte de galaxie, et c'est là qu'il y a toutes mes émotions. Après, je m'observe, j'observe mes émotions, sans y prendre part. Je laisse simplement la tempête se calmer toute seule, sans être emporté par elle."

Il ne s'était pas vraiment attendu à une réponse, mais quand Gaara lui jeta un œil par-dessus son épaule, il lui offrit automatiquement un sourire rassurant.

"Ça demande de la concentration, par contre. Je ne peux pas le faire autant que je veux. La plupart du temps, je me fais emporter par la tempête, mais dans un environnement calme j'arrive à me maintenir en dehors, dit Naruto.

_Je ne savais pas que tu faisais des trucs comme ça, dit Gaara au mur qui lui faisait face.

_C'est un truc que j'ai appris, répondit le blond.

_Ça fait mal," confia soudainement le rouquin.

Bien que son ami ne puisse pas le voir, Naruto hocha la tête. Il ne bougea pas, ni ne dit mot, et à la place il laissa un silence réconfortant s'installer, que son ami pourrait remplir de ses mots, s'il le souhaitait.

Et il semblerait que le rouquin profita de cette opportunité qui lui avait été offerte : "Les blessures avaient déjà été faites. Je m'y suis habitué depuis le temps. Mais aujourd'hui, elles ont été rouvertes, et je dois renoncer à ce que je croyais être des vérités, déclara Gaara.

_Peut-être que les blessures cicatriseront mieux cette fois," suggéra Naruto.

Gaara sembla hésiter avant de répondre. "Tu le penses vraiment ?

_J'ai toute confiance en toi et ton frère. Vous allez surmonter tout ça. Il se soucie plus de toi que tu ne le penses. Tout à l'heure il m'a dit qu'il n'aurait aucune raison de vivre s'il ne t'avait pas, dit Naruto.

_Il a dit ça ?

_Oui. Et il était très perturbé à l'idée de te perdre."

Le dos du rouquin s'arrondit, comme s'il essayait de se transformer en boule. Naruto se demanda s'il pouvait le toucher maintenant.

"Ça fait mal. Je veux que ça s'arrête, murmura Gaara en se recroquevillant encore plus.

_Ça va arrêter de faire mal, je te le promets. Et je suis sûr que ton frère t'accueillerait si tu faisais un pas vers lui", affirma Naruto. Il déplia une lourde couverture sur son ami, qui n'en sembla pas dérangé. Avec des mouvements précis, il s'allongea précautionneusement à côté du rouquin emmailloté de couverture, et l'enlaça par derière.

"Est-ce que ça te convient ?" demanda Naruto, juste pour être sûr. Gaara serra la couverture dans ses mains et laissa échapper un soupir discret, laissant le blond interpréter son opinion.

Naruto prit ça pour un oui. Presque instinctivement, il commença à caresser les côtes de son ami, remerciant l'épaisse barrière de la couverture qui s'interposait entre eux. Un autre léger soupir de Gaara lui indiqua qu'il avait réussi, avec ses tentatives hésitantes, à le faire se sentir mieux. Sa main glissa naturellement sur le ventre de son ami et y laissa des caresses circulaires. Quand il était petit, sa mère lui caressait toujours le ventre quand il était malade ou qu'il avait besoin de réconfort. Avec un peu de chance, ces mêmes soins transmettraient au rouquin un réconfort semblable.

Alors que Gaara appuyait un peu plus son dos contre Naruto, ce dernier cessa momentanément tout mouvement. Était-ce une odeur d'aiguilles de pin qui flottait dans l'air ? Il n'y avait jamais fait attention. Discrètement il essaya de retracer l'origine de cette odeur alléchante – était-ce ses cheveux, ou sa peau, ou juste les restes du parfum d'un produit de lessive sur ses vêtements ?

Désolé à l'avance, Naruto s'éloigna et brisa leur connexion corporelle. Le souvenir de forêts de conifères demeurait dans sa poitrine, et de là il voyagea plus bas, au creux de son estomac. Sous son T-shirt trop large, les muscles de son estomac se contractèrent, et avant qu'il ne puisse se perdre d'avantage dans la sensation, il commença à parler.

" Tout ira bien. Ça prendra du temps, mais vous allez y arriver.

_Oui. Il faut que je lui parle. Je l'ai blessé. Pas juste aujourd'hui, mais depuis longtemps," dit doucement Gaara.

Il se retourna pour lui faire face et saisit sa main, la serrant vivement, et dans ce bref contact transparaissait toute son anxiété. Les mains de Gaara n'étaient jamais en sueur, mais à cet instant elles étaient plus chaudes que d'habitude. Et l'hésitation dans sa voix était quelque chose que Naruto n'avait jamais entendu jusqu'alors.

Au lieu de retirer sa main comme il pensait devoir le faire, Naruto attrapa la main de Gaara avec les deux siennes. Au lieu de regarder les profondeurs de jade qui lui étaient familières, il s'immergea dans la contemplation de leurs doigts entrelacés.

"C'était réconfortant quand tu me caressais le ventre. Tu veux bien le refaire ?"

Naruto serra sa main de surprise. "B-Bien sûr."

Et bientôt le dos du rouquin se colla de nouveau contre sa poitrine, et avec des mouvements aussi doux et calmes que possibles, il caressa son ventre recouvert par la couverture. Gaara soupira et se détendit, et il avait l'odeur de la nature, des arbres, de la pluie et de la liberté.

À ce moment, Naruto commença à se demander quelle était son odeur à lui, et si Gaara l'aimait bien – ou bien son odeur était déplaisante, comme celle de la sueur, de l'ail, ou de l'anxiété.

Dès lors il lui sembla plus sûr de diriger sa main plus haut et d'abandonner cet endroit controversé qu'était un ventre. Avec une paresse feinte, il caressa le torse de Gaara et les bras qui étaient croisés dessus, sous la couverture. Il ferma les yeux, se voyant lui et le tourbillon blanc qu'était sa tête, et c'était tout ce sur quoi il voulait se concentrer.

Un léger souffle de Gaara l'aspira presque dans ce vortex puissant, mais il parvint à se maintenir à distance. Pour varier un peu et afin que son hésitation ne soit pas détectée, il descendit de nouveau sa main sur son ventre et recommença à y dessiner des cercles.

"Pense au tourbillon lumineux, dit Naruto, presque plus pour lui-même que pour son ami.

_Comment t'as su que j'y pensais ? demanda Gaara en lui jetant un coup d'oeil par-dessus son épaule.

Naruto s'éloigna un peu et força un sourire innocent sur son visage. "Je le savais c'est tout."

Gaara lui tourna de nouveau le dos, apparemment inconscient des pensées qui habitaient son esprit.

Plus tard dans la soirée, la télévision remplissait le silence du salon avec des publicités superficielles et des talk-show plus ou moins sérieux. Ils appréciaient avec appétit les pizzas qui leur avaient été livrées, Gaara était assis au milieu du canapé, Naruto et Kankurô à chacun de ses côtés.

Beaucoup de choses restèrent sous silence, peut-être parce que les frères voulait restaurer le calme dans la maison, ou peut-être qu'ils ne savaient simplement pas par où commencer ?

Quelle que soit la raison, Naruto était soulagé d'être dehors de leur dynamique familiale, pour une fois.

"Tiens, goûte ça."

C'était Kankurô, qui tendait une part de sa pizza à son petit frère. Avec précaution, Gaara évalua du regard l'ananas et les peppéronis, mais il en prit une bouchée quand même.

_C'est bon," admit-il en regrettant de ne pas avoir la part entière. En voyant son expression, Kankurô eut un sourire doux et la lui donna.

"Tiens," Gaara lui offrit un bout de sa pizza aux légumes en retour. L'expression sur le visage du brun n'était pas très enjouée, mais ce moment était bien trop précieux pour qu'il le ruine en montrant son dégoût.

Il pleuvait encore dehors, mais ce n'était maintenant plus qu'un murmure plaisant en arrière-plan. La nuit se fit plus noire et les boîtes à pizza étaient vides depuis longtemps, cependant le bruit résilient de la télé retardait encore la discussion qu'ils avaient besoin d'avoir.

Les surprenant tous, Gaara appuya sa tête sur l'épaule de son frère en baillant. Si la situation de tout à l'heure n'avait pas été si terrible, ça aurait été hilarant de voir Kankurô regarder bouche bée cette manière inattendue de faire un pas vers lui.

Ça échappa presque à l'observation de Naruto, mais presque imperceptiblement, Kankurô saisit la main de Gaara qui reposait entre eux. On aurait dit qu'il traçait gentiment les cicatrices sur ses poignets, pourtant son attention ne dériva pas de la télévision tout ce temps. Seul un léger sursaut des doigts de Gaara indiqua qu'il avait remarqué cette connexion et la jugeait assez appropriée pour qu'elle continue.

Naruto sourit légèrement pour lui-même. Comme d'habitude, la télé était pleine de contenu inutile, duquel le monde pouvait parfaitement se passer, mais pour une fois il essaya de s'y intéresser. L'enveloppe de plomb vint peser sur ses épaules de temps à autre, lui rappelant les responsabilités qui lui avaient officieusement été données.

Mais pour le moment, il voulait juste se détendre, et profiter de cette rare soirée de calme en compagnie de ses propriétaires.


Ça avait été une journée épuisante. Sakura lui avait demandé de l'accompagner quand elle et des amis qu'elle connaissait moins décidèrent de profiter de l'été dans un parc bondé. Comme il ne voulait pas laisser échapper une chance de passer du temps avec elle, Naruto avait accepté de venir avec elle.

Mais bien sûr, ça avait tourné au cauchemar.

De constater toute cette aisance, cette fluidité à communiquer entre les gens l'avait fait se sentir comme un total étranger. Bien sûr, Sakura l'engageait dans leur interaction dès qu'elle le pouvait, essayant peut-être juste de lui donner l'impression d'y être inclus.

"Il faut que tu sortes plus de chez toi, Naruto, a-t-elle dit. Ça te fera du bien de passer du temps avec d'autres personnes que… Ben, Gaara," avait-elle ajouté après ça.

Naruto grogna à ce souvenir. Elle avait eu tort. Tellement, mais tellement tort.

À son grand plaisir et son grand désespoir, tout le monde avait ignoré sa présence. Il n'était personne, une ombre, cependant ça lui évitait d'avoir à dire des choses triviales. Sakura avait apparemment apprécié le temps qu'elle avait passé là, car il était évident qu'elle était faite pour les interactions humaines.

À la maison, dans la penderie, Naruto s'était recroquevillé en boule et espérait que cette douleur dans sa poitrine allait s'atténuer, et le laisser ne plus rien ressentir.

Un enfant maladroit avait par accident lancé une balle dans la tête de Naruto, et avant que son côté rationnel ne puisse entrevoir la situation, une présence griffue s'était manifestée dans son estomac. Avant que la situation n'aie la chance de se dégrader au point que Naruto n'attrape le T-shirt de ce stupide gamin avec une menace qu'il ne serait pas près d'oublier, quelqu'un avait déjà relancé la balle et l'enfant avait disparu de son champ de vision. Tout le monde avait ri de bon cœur de cette maladresse. Tout le monde sauf Naruto. Et à ce moment, tout ce qu'il avait souhaité, c'était de disparaître lui aussi.

Au bout d'un moment, ses pensées anxieuses s'étaient transformées en rêves colorés, et soudain il fut dans le parc à nouveau, mais cette fois il était seul avec Sakura. Elle avait l'odeur des épines de pin, et alors qu'elle était sur le point de l'embrasser, Kankurô lui jeta un ballon au visage.

Il se réveilla en sursaut, pour se rendre compte qu'il était enveloppé dans une couverture et que quelqu'un l'enlaçait.

"Sakura ? demanda-t-il d'un air endormi en se frottant les yeux.

_Pas vraiment," répondit une voix de velours, une voix qui fit oublier à Naruto son coeur blessé, un instant.

À la place, la douleur dans sa poitrine se déplaça vers le bas et se transforma en une sensation papillonnante au creux de ses reins. Bien sûr, ce n'était que parce qu'il venait de rêver qu'il embrassait Sakura.

"Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-il.

_Tu es rentré plus tard que d'habitude. Et tu n'étais pas dans ta chambre.

_Quoi, tu m'attendais ? rit un peu Naruto.

_Et si c'était le cas ? » répondit Gaara en soulevant la couverture. Bientôt il était très proche de Naruto, et l'enlaçait par derrière. Et quand les mains du rouquin se glissèrent pour reposer sur son ventre, Naruto sursauta et attrapa ses poignets. Sans le lâcher, il guida les mains réconfortantes sur sa poitrine, et les maintint là.

"J'ai-J'ai eu une journée difficile, dit Naruto. Et après j'en ai fait un rêve encore pire.

_Tu es en sécurité maintenant, dit Gaara qui était sur le point de bouger sa main, mais la poigne du blond l'en empêcha. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

_Je trainais avec des gens. Avec Sakura, murmura Naruto. Je n'arrive pas à m'adapter. »

Un soupir compatissant dans son cou fut sa seule réponse. Etrangement, un frisson se fraya le long de sa colonne vertébrale et instinctivement, il serra plus fort la main de son ami.

« Tu m'écrases le poignet, » fit paresseusement remarquer Gaara, et il put sentir son souffle dans son cou, à nouveau. Naruto libéra la main de son ami mais il n'osa pas se retourner. Comme il l'avait craint, la main glissa sur son ventre et le caressa. Mais peu importe à quel point ce geste se voulait réconfortant, Naruto ne pouvait pas se détendre. Il roula sur le ventre et enfouit sa tête sous l'oreiller, se coupant ainsi totalement du monde.

Gaara ne le touchait plus, mais sous la couverture, il pouvait sentir distinctement la chaleur qui émanait de son corps.

"Tu n'as pas à t'adapter à eux. Tu peux être toi-même. Et tu n'as pas à rester auprès des gens qui te font te sentir mal, dit le rouquin.

_Je ne me sens pas mal avec toi, » marmonna le blond.

Gaara souleva l'oreiller pour mieux l'entendre. "Tu es une taupe. Une taupe de placard.

_Je suis pas une taupe, rit Naruto

_Si, tu es une taupe. Tu es là dans le placard sombre, enterré sous les couvertures, caché aux yeux du monde, dit le rouquin. Tu es vraiment une taupe, à cet instant.

_Et toi, tu es quoi ? » demanda le blond.

Comme le rouquin ne répondait pas, Naruto se retourna sur le côté, faisant ainsi face à son ami. Gaara l'étudia attentivement, puis glissa une mèche de cheveux blonds derrière son oreille.

"Je suis la pelle qui te remonte gentiment à la surface.

_Mais j'aime bien être sous terre, chuchota le blond.

_Tu penses ça parce que tu as eu une journée difficile, assura » Gaara.

Naruto acquiesça en soupirant. "Sakura pensait que je devrais passer du temps avec d'autres gens, aussi. Autres que toi. »

La main du rouquin vint reposer sur les côtes du blond, et instinctivement, Naruto inhala comme s'il anticipait une chatouille.

"Peut-être qu'elle veut seulement ce qu'il y a de mieux pour toi, » répondit Gaara après un temps, en serrant le flanc du blond.

Naruto déglutit et essaya de se concentrer. "Elle veut me normaliser. Et je ne crois pas en être capable.

_Pourquoi tu devrais être qui que ce soit d'autre que toi-même ?" répondit le rouquin en jouant avec le bout du T-shirt de Naruto avec son pouce, touchant presque la peau brûlante sous le tissu.

"Je ne suis pas bien comme ça, expira Naruto. Je suis bizarre. Et je suis une taupe, en plus.

_Il n'y a rien de mal à ça, fit remarquer Gaara.

_Si, contredit Naruto tandis que sa respiration se faisait plus erratique. Je n'arrive pas à m'adapter. Tout le monde le voit. Je ne suis pas normal, et c'est juste… mal ! Il faut que… Il faut que je sois meilleur ! Je ne veux pas finir comme ma mère, mais je ne sais pas comment faire de toute façon, parce que j'ai pas vraiment le choix, pas vrai ? De toute façon, c'est ce qe j'ai de mieux à faire, parce qu'il n'y a pas de place pour quelqu'un comme moi, parce que je suis une taupe, une taupe hideuse, et –

_Chut, chut, » dit calmement Gaara en l'attirant contre lui. Il ne le laissa pas partir avant que la respiration du blond ne se calme. « Tu ne finiras pas comme ta mère.

_Et comment tu peux savoir ? murmura le blond en retournant l'étreinte de son ami.

_Tu as une belle personnalité, répondit le rouquin. Tu es bien comme tu es.

_Non, nia Naruto en serrant le dos du T-shirt de Gaara.

_Si, contredit patiemment le rouquin.

_Non. Tu en auras assez de m'aider. Parce que je ne changerais jamais, je n'irais jamais mieux. Et tu en auras marre et tu me rejetteras. Tu peux me croire, je le sais, sanglota presque Naruto.

_Tu es un peu dur envers toi-même, tu ne trouves pas ? dit calmement Gaara. Demain, tout ira mieux.

_T'en as l'air tellement sûr, murmura le blond en brisant l'étreinte. Comment tu peux en être si sûr ? Tu es prophète ?

_Evidemment, dit Gaara avec un demi-sourire. Et ma boule de cristal me dit que tu mèneras bien ta vie. Parce que tu es gentil, et attentionné, et les gens vont s'en rendre compte. »

Naruto enfonça sa tête contre la poitrine de son ami, et bientôt, le bras du rouquin s'enroula autour de lui. La douleur dans sa poitrine n'était plus là, et à sa place il y avait maintenant une sphère de lumière qui brillait. La précédente tempête s'en était allée et tout ce qu'il pouvait voir avec les yeux de son esprit étaient un ciel bleu.

"Tu es spécial, murmura Naruto dans sa poitrine. Tout le monde devrait avoir un ami comme toi. Je suis sûr qu'il n'y aurait plus de guerre, plus de crime, ni l'insatisfaction générale que les gens ressentent à propos de leurs propres vies.

-Tu n'exagérerais pas un peu ? dit Gara avec amusement.

_Non, dit brièvement Naruto en soupirant. C'est pas ce que te dit ta boule de cristal ?

_Il y a un angle mort à cet endroit, admit le rouquin en tapotant le dos du blond.

_C'est pas grave. Je serais les yeux dans l'angle mort, promis Naruto. Et ma vue me dit que tu es précieux, spécial, et important. Et je sais que tu arriveras à te sortir du passé de ta famille, que tu trouveras un moyen qui ne te forcera pas à te blesser pour te faire évacuer. »

Gaara le serra contre lui et pressa sa bouche contre les mèches blondes. Dans ce moment tendre et chargé, Naruto su que sa pelle avait touché un nerf sous terre.

"Je serais là. Je ferais en sorte de t'y mener, un jour. Je sais que ça n'ira pas vite, mais tu es le genre de personne qui est trop résiliente pour abandonner. Tu es arrivé jusque-là, pas vrai ? Encore un peu et tu auras tout surmonté. C'est juste derrière le tournant, et je serai à tes côtés à chaque pas que tu feras. »

La seule réponse à son discours fut que Gaara le serra plus fort. Ils demeurèrent dans une étreinte retenue, comme s'ils craignaient que leurs prophéties ne s'avèrent fausses.

Le fracas d'assiette leur parvint depuis le rez-de-chaussée. Un peu vaporeux, Naruto se détacha de son ami. Dans la douce lumière du soir, Gaara ressemblait à un livre ouvert. La barrière qui le fermait d'habitude n'était plus, et on aurait vraiment dit qu'en cet instant, il le voyait pour la première fois.

Plus il laissait ses yeux reposer sur cette image, plus cette sensation papillonnante se faisait pressante. Quand Gaara ferma les yeux, Naruto laissa son regard glisser le long de l'arrête de ce nez parfait, puis ses lèvres pâles et entrouvertes, et ces dents blanches à peine visibles.

Naruto lécha ses lèvres soudainement sèches. Bien sûr, Gaara ouvrit les yeux à cet instant et le prit sur le fait. Il n'y eut qu'un fragment d'expression sur le visage du rouquin, mais Naruto se sentit plus exposé que jamais.

"Je me demande ce qu'i dîner.

_Du porridge et des œufs.

_Miam. Mon estomac de taupe ne peut plus attendre. Allons manger, dit hâtivement Naruto en repoussant la couverture.

_Tu n'as sûrement pas l'appétit d'une taupe, » dit Gaara avec ironie.

Naruto s'arrêta dans sa hâte et dit avec une voix d'encyclopédie, « Tu savais que les taupes pouvait manger l'équivalent de leur poids ? »

Gaara le regarda avec amusement. "Je ne pense pas que ce soit vrai. Je suis sûr que ça ne s'applique qu'à toi.

_Pourtant c'est vrai. Bon, le premier dans la cuisine a gagné, répondit Naruto.

_Je ne joue pas, dit directement le rouquin.

_Tu ne sais même pas ce qu'on gagne, dit Naruto d'un air faussement blesse.

_Peu importe, je ne joue pas, répondit-il sévèrement. On est trop vieux pour ce genre de choses.

_On dirait un papi grognon, Gaara » sourit le blond en évitant l'oreiller qu'on lui lançait.