Chapitre 7 : Jaune

Note de l'auteur : J'ai eu quelques difficultés avec ce chapitre. Comme vous le savez, le thème est (en dehors de GaaNaru) les troubles psychologiques, et comment vivre avec au quotidien. Comme je ne suis pas experte en ce qui concerne les façons de lutter contre ça, ça m'a pris du temps de guider mes personnages au travers de leurs différents problèmes. J'espère que je suis arrivée à un résultat réaliste. Sinon, n'hésitez pas à me corriger pour que je puisse modifier ce qui ne va pas.

Note du traducteur : Bonne lecture à tous !


« Salut, » l'accueillit Kankurô en entrant dans la cuisine.

Naruto observa l'homme et l'étiquette qui dépassait dans son cou. Il avait encore mit son T-shirt à l'envers. À en juger ses cheveux gras, ça faisait quelques jours qu'il avait négligé de prendre une douche.

« 'Lut » marmonna doucement Naruto en se dirigeant directement vers le frigo.

Kankurô griffonnait quelque chose sur un post-it jaune. Naruto avait vu ces petits machins dispersés en peu partout récemment. Celui qu'il avait lu avait un genre de liste : Pain. Clés de voitures. Cannelle. Tiroirs de Gaara.

« On n'a plus de lait, annonça Naruto en refermant la porte du réfrigérateur.

_Oh, ok. Je note, » dit Kankurô en écrivant sur son petit pense-bête.

Naruto le regarda avec attention. « Qu'est-ce que tu as avec ces machins, en ce moment ?

_Oh, ça ? rit Kankurô en agitant le bout de papier qu'il avait à la main. Laisse-moi te montrer le système auquel j'ai pensé. »

Avant que Naruto ne puisse poliment décliner l'offre, le brun le menait déjà jusqu'à sa chambre. Il le suivit à contre cœur. Ce qu'il vit le fit s'arrêter sur le seuil.

Une masse de post-it éparpillés couvraient la table. Des tas de vêtements gisaient sur le sol. Les rideaux étaient tirés, de manière asymétrique, et les draps de son lit étaient partiellement défaits.

« J'écris tout ce dont il faut que je me souvienne, dit Kankurô en prenant l'une des notes sur la pile. C'est un bon moyen de rester organisé.

_Vraiment ? » dit Naruto, mal à l'aise. Il se demanda s'il serait poli de s'en aller, quand quelque chose retint son attention. Les clés de la voiture de Kankurô étaient à moitié cachée sous son oreiller. Naruto trouvait que c'était un drôle d'endroit où poser ses clés. Et ce qui était bizarre aussi, c'était cette Audi noire qui n'avait pas quitté le jardin depuis deux semaines.

« Euh, comment ça se passe, le boulot ? »

L'attention de Kankurô lui revint en un éclair. « Tu sais, je travaille surtout à la maison, en ce moment. »

Naruto observa l'ordinateur portable poussiéreux qui émergeait d'une pile de papier désorganisée.

« Mais j'ai un peu de vacances, là.

_C'est bien, » marmonna le blond. Il jeta à nouveau un œil au bazar coloré, constatant à quel point la chambre du rouquin était différente. Le besoin d'ordre compulsif de Gaara n'était sûrement pas sain, mais ce désordre exacerbé ne l'était pas non plus. Trouvant qu'il devait peut-être alléger l'ambiance, Naruto dit : « Vaut mieux pas que Gaara vois ta chambre. »

Mais sa blague sembla tomber à l'eau puisque Kankurô le regarda seulement avec un intérêt soudain. « Tu gardes un œil sur lui, n'est-ce pas ?

_Q-Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda Naruto en fronçant les sourcils.

L'expression inquiète qu'avait arboré Kankurô il y a une semaine de cela reprit place sur son visage. « Ben, tu sais. Je vous vois tour le temps ensemble. Alors je me disais que tu le surveillais, pour être sûr… qu'il ne lui arrive rien.

_Ouais, je m'occupe de lui, » répondit Naruto un peu incertain de la direction que prenait cette conversation.

De ce qu'il savait, le rouquin allait bien, il était stable, en ce moment, et il n'avait rien remarqué qui puisse lui faire penser le contraire.

Si Kankurô avait été un peu distrait, maintenant son regard acéré transperçait Naruto.

« Tu as regardé ses tiroirs ? Et le dessous de son lit ? Des fois il y scotche des couteaux ou des bouts de verre.

_Hei-hein… répondit Naruto, ne sachant pas quelle était la bonne réponse à cette question. Tu fouilles dans ses affaires.

_Oui. Mais depuis peu… Il manque des choses, et je les retrouve pas dans sa chambre. Au début je croyais qu'il les cachait ailleurs, mais après je me suis dit que tu avais peut-être remarqué et que tu lui avait retiré, » répondit Kankurô.

Naruto fronça les sourcils. Cette conversation se faisait aussi confuse que l'alarmante pile de notes sur le bureau. « Quelles choses ? »

Les yeux de Kankurô s'écarquillèrent, sous le choc. « Tu ne sais pas ? Alors ça veut dire que Gaara… » il ne finit pas sa phrase, se laissant tomber sur son lit défait.

« H-Hé, je crois que tu t'inquiètes pour rien, » intervint le blond pour tenter d'interrompre le désespoir grandissant du brun. Eh ben, on peut dire que Kankurô était vraiment loin de la réalité, peut-être même un peu délirant. Il était certain que Gaara n'avait plus aucune mauvaise pensée, en ce moment.

Naruto soupira et essaya de raisonner l'autre homme. « Je ne crois pas –

_Tu crois qu'il les cache dans ta chambre ? l'interrompit Kankurô.

_Je ne pense pas, non, dit Naruto en secouant nerveusement la tête. La dernière chose qu'il souhaitait, c'était que Kankurô fouille ses affaires quand il n'était pas là. Mais je pourrais regarder, pour que t'aies la conscience tranquille. »

Le brun se releva, soudainement plein de la détermination dont il avait manqué ces dernières semaines. « D'accord. Je te dirais où il faut que tu cherches. Je te ferais une liste, comme ça tu n'oublieras pas. »

Avant que Naruto n'aie la chance de décliner, Kankurô gribouillait déjà sur un post-it jaune. Quand le brun le lui tendit, il lui donna un dernier conseil « Il ne faut pas que Gaara voie cette liste ».


Ça faisait quatre fois que Naruto faisait les poussières sur la même étagère. Tsunade et Ino bavardaient avec excitation près de la caisse et pour une fois la vieille femme arborait un sourire satisfait. Tout le monde était heureux. Alors pourquoi avait-il la sensation que c'était la fin du monde ?

« Hé, ça va ? »

Naruto sursauta et fit tomber le chiffon à poussière. Sakura le ramassa pour lui et lui renvoya un regard interrogatif.

« Je pensais que tu serais heureux pour moi, » dit-elle un ton plus bas, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule à leurs collègues surexcitées.

« Je suis heureux pour toi, » dit-il immédiatement. L'étagère avait encore besoin d'un peu de dépoussiérage et après quelques mouvements timides il s'arrêta, tenant seulement le tissu dans sa main. Naruto regardait fixement la rangée de livres bien alignés au lieu de Sakura – son tout nouveau boss, la nouvelle propriétaire de la librairie. « Est-ce que tu vas me renvoyer ?

_Bien sûr que non. Pourquoi est-ce que je ferai ça ? » demanda Sakura en riant.

Mais Naruto n'arrivait pas à se débarrasser de sa tristesse. Il jeta un œil à l'interaction fluide entre Ino et un client âgé. « Pourquoi tu voudrais garder quelqu'un comme moi dans les parages ?

_Naruto. » Le ton de sa voix lui rappela celui de feu sa mère et, comme elle l'avait toujours fait, Sakura mis les mains sur les hanches, la tête inclinée et une expression sérieuse sur le visage. « Je veux que tu travailles toujours pour moi, d'accord ? Tu es l'un des meilleurs employés que cet endroit aie jamais connu.

_Ce n'est pas vrai," dit Naruto en rougissant. Soudainement les étagères semblaient de nouveau poussiéreuses et il recommença à les épousseter.

_Naruto, reprit-elle en lui prenant la main. Le chiffon à poussière tomba au sol. Tu es assidu, efficace, et j'ai confiance en toi.

_M-Mais je ne suis pas aussi sociable qu'Ino, par exemple, » fit-il remarquer.

Sakura jeta un œil par-dessus son épaule à la jeune femme blonde appuyée contre la caisse. Elle enroulait une mèche de ses cheveux autour de son doigt en mâchant du chewing-gum. « Et alors ? Au moins tu ne gâche pas ton temps de travail en commérages inutiles. En plus, les clients t'aiment bien.

_Ah oui ? Naruto n'en croyait pas ses oreilles.

_Oui, » répéta Sakura, se demandant pourquoi il lui était si difficile de croire quelque chose de si basique.

Du reste de la journée, Naruto resta en retrait à observer les interactions entre ses collègues. Il ne pouvait se défaire de l'impression qu'il était en marge, douloureusement différent. Tout le monde était joyeux et il y avait sans doute encore un grand sourire sur le visage de Tsunade. Bizarrement le sourire heureux de Sakura commençait à le déranger.

C'était son rêve d'acheter ce magasin, pourtant quand l'équipe le lui avait annoncé ce matin, elle avait semblé étrangement réservée. Elle avait toujours été celle qui avait des plans précis pour son avenir, et la détermination de les mener à bien, et Naruto savait mieux que personne combien elle avait travaillé dur pour en arriver là.

Poser des questions sur l'argent serait impoli, mais Naruto ne pouvait s'empêcher de se demander comment elle avait financé cette acquisition. Mais après, elle venait d'une famille aisée et elle avait toujours été rigide sur le fait de travailler sérieusement et faire des économies.

Naruto était le dernier employé à partir ce soir là. Sakura était derrière la caisse, à consulter des amas de papiers, un stylo coincé derrière l'oreille. Avec cette expression sérieuse, elle commençait déjà à ressembler à sa tante.

« Tu comptes rentrer chez toi ? demanda Naruto en verrouillant la porte du magasin de l'intérieur.

_Non. »

Elle avait l'air trop inquiète pour quelqu'un de son âge, aussi il choisit d'alléger l'ambiance. « Non ? Ne me dis pas que tu vas passer la nuit ici. C'est si amusant que ça, hein, de travailler ? »

Son visage ne s'éclaircit pas. Elle lui répondit, avec la même noirceur « Au moins je serais en avance demain matin. »

Naruto contempla un moment son manque d'humour. « Et Sasuke, comment il prend tout ça ? Il est content ?

_Tu sais comment il est, répondit-elle seulement, focalisée sur la pile de papiers. À partie de maintenant, je vais devoir travailler encore plus pour faire tenir le magasin. Comme tu le sais, nos concepts ont désespérément besoin de mise à jour. Je crains de ne pas avoir beaucoup se temps à la maison.

_Oh, compris Naruto. Pour quelqu'un dont le rêve venait se réaliser, elle semblait bizarrement abattue. Ben… Et ce nouveau membre de la famille que vous aviez prévu d'avoir ? »

Elle l'assassinat du regard, avant de laisser son expression se fondre en un mélange de tristesse et de défaite. « Il ne peut pas abandonner sa carrière, même un court instant. Et je ne peux pas, moi non plus. Pas pour le moment. Si je n'avais rien fait aujourd'hui, Tsunade aurait peut-être vendu cet endroit à une grande chaîne de distribution. »

Naruto pâlit. Il savait ce que ça aurait signifié. Mais son inquiétude quant à son premier job se transforma vite en chagrin envers le sort de son amie. Elle n'avait jamais caché ses rêves de famille, mais sa réussite professionnelle avait été un autre de ses rêves de toute une vie. Et maintenant, il semblerait qu'elle doive choisir entre les deux.


Il devait rêver.

Le monde n'avait plus aucun sens. Les paysages n'étaient plus qu'un désordre encombrés de formes colorées qui flottaient tout autour de lui. Bien que chaque détail fut extrêmement intéressant, il ne pouvait se concentrer plus de deux secondes sur l'un d'eux. Une rangée de cachets blancs sortis du néant nagèrent vers sa bouche ouverte, comme un collier de perle, et il les avala sans difficulté.

Lentement, les couleurs commencèrent à se ternir. Les formes se muèrent en rectangles robustes qui s'alignèrent proprement sur une rangée, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus voir comme couleur que du brun.

Naruto se réveilla sans la moindre trace de sommeil.

L'ordre imaginaire dans sa tête se métamorphosait lentement en ce désordre familier qui ressemblait beaucoup à la chambre de Kankurô.

Malgré la simplicité de son rêve, il y avait quelque chose d'oppressant dans la manière dont il le guettait à la limite de sa conscience. Il mentirait s'il affirmait qu'il n'avait jamais craint pour sa santé mentale, mais quand bien même, il ne reprendrait pas de médicaments. C'est vrai, ça faisait un moment qu'il avait de nouveau perdu la trace de Kyûbi, mais ce n'était pas comme s'il n'avait pas d'autres symptômes.

De temps à autres, la fugacité d'une autre personnalité flottait juste sous sa peau, comme un drap transparent enroulé autour de lui. Et ce n'était pas que l'enveloppe de Kankurô qui lui rendait visite – il y en avait plein d'autres, et tous n'étaient pas des hommes.

La possibilité d'un effondrement total résidait toujours à l'horizon, mais avec détermination il la repoussait toujours hors de son esprit. Mais le rêve ne voulait pas le laisser tranquille. Peut-être que son inconfort n'était pas seulement dû à ce qu'il craignait qu'il lui arrive, mais à quelque chose qui se déroulait juste devant ses yeux.

« Gaara, » chuchota-t-il en touchant gentiment le bras de son ami.

Avec un soupir satisfait, le rouquin se tourna vers lui et ouvrit lentement les yeux. Quand il prit conscience de l'état alarmé de Naruto, sa somnolence s'évanouit subitement.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Naruto laissa échapper un soupir saccadé. « Je peux… Je peux te parler de quelque chose ? »

Il eut un hochement de tête silencieux pour toute réponse.

« C'est à propos de ton frère.

_Qu'est-ce qu'il lui arrive ? la voix de Gaara détenait une pointe de surprise.

_Hum, tu crois qu'il y a un truc qui va pas chez lui ? demanda doucement Naruto.

_Il est juste fatigué, dit le rouquin en fermant les yeux.

_Mais tu es sûr que ce n'est que ça ? continua le blond. Les yeux de jade s'ouvrirent à nouveau pour le regarder et Naruto déglutit. Tu as vu sa chambre ?

_Il ira bien. T'inquiète pas pour lui," répondit patiemment Gaara en lui serrant la main.

Naruto acquiesça, ne sachant pas si cette conversation l'avait apaisé ou non. Le T-shirt que Gaara portait – qui était en fait le T-shirt vert de Naruto, maintenant qu'il y faisait attention – révélait fièrement ses bras couverts de cicatrices. Très tendrement, il glissa le bout de ses doigts le long des marques en train de se fondre dans la peau, s'arrêtant à son poignet pour y sentir un battement de cœur sourd mais régulier.

Était-ce vrai que ce rouquin si calme avait caché quelque chose de potentiellement dangereux quelque part dans la maison ? Est-ce qu'il dissimulait quelque chose qui s'agitait sous la surface ?

À son avis, l'idée semblait assez délirante. Peut-être que Kankurô avait perdu l'esprit et avait commencé à s'inventer des histoires là où il n'y en avait pas.

« Hé, chuchota Naruto en touchant gentiment la clavicule du rouquin. Comment tu te sens dernièrement ?

_Je me sens bien. Je t'ai auprès de moi, dit calmement Gaara, et ses yeux de jade semblaient sincères.

_Tu ne me cacherais rien, n'est-ce pas ? » demanda Naruto, incertain, qui laissa ses doigts glisser le long de la mâchoire pâle jusqu'à une joue décolorée.

Gaara saisit ses poignets et quelque chose changea dans son regard. « Tu as parlé avec mon frère ?

_N-Non, répliqua vite Naruto en délivrant ses poignets de son emprise, comme s'il avait été blessé. Je ne vois pas ce qui te fais dire ça.

_Je te crois, si tu le dis, répondit Gaara après un moment. Et j'espère que tu me crois aussi, quand je dis que tout va bien. »

Mais ses yeux verts ne semblaient plus aussi sincères.

De nombreux cactus dormaient sur les étagères supérieure qui bordaient les murs de Gaara dans un ordre parfait.

La faible lueur de la lune étirait leurs ombres sur le mur, agrandissant et grossissant leurs aiguilles jusqu'à ce qu'elles ressemblent à une main griffue aux innombrables doigts acérés.

Il était facile de se faire piquer par ces fourbes plantes, et les fois où Naruto avait eut le privilège d'arroser ces créatures si chères à son ami, il avait crié plus d'une fois de douleur quand un piquant inattendu avait heurté sa peau. Gaara avait toujours blâmé sa maladresse, ce qui provoquait à chaque fois une réponse puérile du blond.

Peut-être qu'il était un peu maladroit, et du coup se il se blessait facilement. Et peut-être que son ami l'avait remarqué bien avant que Naruto ne s'en rende compte, puisque Gaara lui avait fait don d'un cactus connu pour ses piquants recourbés et sa douce fourrure.

Gaara ne voulait pas qu'il se blesse.

Est-ce que le rouquin avait pensé ainsi depuis leur sortie à l'exposition de botanique ? À l'époque, il avait défendu son propriétaire roux de ses poings quand ces saletés de harceleurs l'avaient pris pour cible sur le parking. C'était ça le message que Gaara avait voulu lui transmettre en même temps que la plante ? Qu'il ne voulait pas qu'il se blesse ?

L'idée donna à Naruto un sourire niais. Une sensation de chaleur envahi sa poitrine, s'étalant bientôt jusque sur ses joues.

Il n'était pas encore certain de l'exactitude de ses conclusions, mais si c'était le cas, on pouvait dire qu'il lui avait fallu longtemps pour décoder le message caché de Gaara. Était-ce encore un de ces trucs que la plupart des gens remarquait immédiatement, mais qui bizarrement parvenait toujours à lui échapper ?

« Merci, marmonna avec douceur Naruto en laissant son bonheur se manifester dans le ton de sa voix. Tu es ma moitié et j'en suis reconnaissant. Le simple fait que tu existes me rends heureux et m'emplit d'espoir. »

Gaara ne lui répondit pas, mais son visage s'assombrit d'un ton ou deux de méfiance. Naruto fit semblant de ne pas le remarquer, prenant cela pour une autre mauvaise interprétation de sa part.

« Je ne veux pas que tu sois blessé. Pour moi, tu es plus important que qui que ce soit en ce monde, et je ferais de mon mieux pour te garder à l'abri, chuchota Naruto dans la pénombre. Si l'univers n'est qu'un tas de piquant pointus, alors je les recourberait tous jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que des crochets disciplinés et inoffensifs. Je te protégerai."

Biens que Gaara ne lui répondit pas par des mots, Naruto savait qu'il ressentait la même chose. Le cactus pelucheux qui résidait au bord de sa fenêtre en était la preuve.

Mais l'expression sur le visage de Gaara lui fit soudain cesser tout le cours de sa pensée. Avant qu'il ne puisse l'analyser d'avantage, Gaara l'attira contre sa poitrine et plaça sa tête blonde sous son menton. Le léger battement de cœur qu'il avait détecté avant sur son poignet résonnait maintenant contre son oreille dans un rythme lent.


Il était déjà tard le soir. Le vent s'était figé et le crépuscule tombait sur le voisinage. Une fois de plus, Naruto était resté au travail pour quelques heures supplémentaires à épousseter les étagères et aider Sakura ici et là. Il se demanda un instant si Gaara en aurait cru ses yeux, s'il l'avait vu avec un seau et une serpillière. Même lui avait un idéal de propreté, même si peu de gens l'aurait crut. Trop timide pour demander à Sakura de le prendre en photo pour avoir des preuves, il garda l'idée pour lui et mit tout en œuvre pour que le magasin soit impeccable. Pour elle, ça ne le dérangeait pas de faire ce genre de choses.

Tandis qu'il marchait pour rentrer chez lui, les cernes grandissantes sous les yeux de Sakura ne cessaient d'envahir ses pensées. Depuis peu, elle avait cessé de parler d'elle au travail. Et chaque soir, elle restait un peu plus tard dans la librairie.

Dans le jardin, Naruto failli manquer une silhouette abattue assise du côté conducteur de cette Audi noire immaculée.

"Kankurô ?" demanda-t-il en toquant à la fenêtre de la voiture.

Il sembla sortir de la torpeur dans laquelle il était plongé. Kankurô ouvrit la fenêtre avec un sourire timide, avant de lui sourire vraiment.

"Salut, Naruto."

Le blond observa son apparence négligée avec suspicion. "Tu vas quelque part ?

_En fait… j'étais sensé faire des couses, mais je n'ai réussi à me faire faire démarrer la voiture, expliqua calmement Kankurô.

_Donc, tu es juste resté ici ? Naruto fronça les sourcils.

_Ah, on dirait que oui, rit le brun. Je n'ai pas vu le temps passer."

Pour toute réponse, Naruto laissa échapper un sourire nerveux et jeta un œil au jardin qui s'assombrissait. Il se demanda combien de temps l'autre avait passé ici, tout seul, sans personne pour le remarquer. Naruto n'était pas connu pour ses talents en matière de réconfort, et il ressentait toujours une certaine forme de gêne en présence de Kankurô, pour des raisons qu'il préférait garder pour lui. Mais à ce moment précis, l'aîné des frères semblait si perdu qu'il n'avait pas le cœur de le laisser seul ici.

"Euh, ça te dirait―" dit Naruto avant de s'interrompre, sa propre idée semblant stupide dans son esprit. Mais ce visage décharné et décoloré le regardait déjà avec espoir.

« Ça te dirait de voir un endroit spécial ? »

Oui, son idée était pleinement ridicule, mais il ne pouvait plus retirer ses mots maintenant. Étonnamment, Kankurô sortit de la voiture et commença à le suivre.

Timidement, Naruto le mena jusqu'à son pommier. Les branches atteignaient le sol et alors qu'ils se frayaient un chemin dessous et s'appuyaient contre le tronc robuste, l'arbre les cachait du monde comme une tente feuillue.

"Je viens ici, parfois, quand j'ai le cœur lourd, dit doucement Naruto.

_C'est un bel endroit, admit Kankurô, et Naruto ne sut pas s'il se montrait juste poli ou s'il le pensait vraiment. Merci de le partager avec moi.

_H-Hé, de rien," dit Naruto avec gêne. Il n'était pas encore habitué à ces longues conversations détaillées avec le brun, ni parfaitement à l'aise. D'habitude il n'y avait que Kankurô qui parlait, et Naruto adoptait le rôle d'auditeur. Le brun avait une belle voix. Il se demanda si on le lui avait déjà dit, auparavant.

"J-J'étais au travail, commença Naruto, qui s'arrêta quand il se rendit compte que ses mots recommençaient à être stupides. Je veux dire, recommença-t-il, S-Sakura est occupée depuis qu'elle est à la tête du magasin, et je me disais qu'elle avait peut-être besoin d'aide."

Kankurô se retourna pour le regarder. C'était peut-être à cause du crépuscule, mais il semblait soudainement plus décharné et fatigué que Naruto ne l'avait jamais vu.

"Elle a de la chance de t'avoir comme ami, dit-il.

_Je ne sais pas, bégaya Naruto en balayant le sujet de la main. Je crois qu'il y a quelque chose qui la trouble en ce moment, mais elle ne veut pas s'ouvrir. Chaque jour qui passe, les cernes sous ses yeux s'assombrissent. C'est comme si toute joie l'avait quittée."

Son compagnon répondit d'un soupir empathique. Quand l'autre ferma les yeux, Naruto laissa son attention s'attarder sur les traits de son visage un long moment. Un élan de douleur lui transperça la poitrine quand il se souvint de la fois où Sakura et Kankurô avaient fait une tarte, et à quel point il s'était senti exclu sur le moment.

Naruto baissa les yeux sur le sol. Il n'était personne, pas vrai ? Et vu qu'elle refusait de le mettre au courant quant au problème qui semblait troubler sa vie, il se demanda s'ils étaient vraiment amis, finalement. Mais dès que cette idée blessante lui vint à l'esprit, il la rejeta avec fureur. Peu importe ce qu'elle pensait de lui, pour lui elle était son ami, et il ferait tout son possible pour l'aider.

"Kankurô. Je peux te poser une question ? commença-t-il. Sous ses côtes, son cœur lui faisait déjà mal. Tu sais... Toi et Sakura semblent si bien vous entendre. Je me demandais si, peut-être, euh, tu pouvais aller la voir. Je suis sûr que ça lui ferait plaisir."

Kankurô soupira et le regarda avec tristesse. "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

_Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Naruto, surpris.

_Eh bien... commença Kankurô, qui hésitait quant au choix de ses mots. La vérité c'est, euh – on n'est plus ami."

Naruto eut un hoquet surpris. "Quoi ? Pourquoi ?"

Kankurô le regarda du même air que son ancien prof de maths, quand il ne comprenait pas une équation de base.

"Son petit-copain commençait à avoir des soupçons, lui dit Kankurô après un moment. Et je suppose qu'elle ne voulait pas avoir de problème...ni m'en causer.

_Sasuke, souffla Naruto en croisant les bras sur son torse. Elle devrait jeter ce connard.

_Pourquoi est-ce qu'elle romprait avec lui ? Pour être à côté d'un type comme moi ? Rit Kankurô, mais son rire avait une teinte triste.

_Mais si tu apprécies sa compagnie, pourquoi est-ce que tu ne te bats pas pour la garder au lieu d'accepter ta défaite ?" demanda Naruto en inclinant la tête d'un air interrogatif.

Le brun haussa un sourcil avec un air peu convaincu. "Ça ne compte pas ce que je ressens. Si elle est heureuse de la vie qu'elle mène, ça ne sert à rien d'essayer.

_Mais est-ce qu'elle t'a dit qu'elle n'aimait pas ta compagnie ? Parce que de ce que j'ai vu, c'était loin d'être le cas, dit Naruto, et cette douleur familière lui visita le cœur à nouveau.

_Ecoute, soupira encore Kankurô et quand il le regarda, son expression s'était assombrie. Je n'ai qu'une vague idée de ce qu'elle peut ressentir. La seule chose que je sais, c'est qu'elle veut rester avec son copain, même si ça lui coûte une amitié ou deux. Et de ce que je sais de ce mec, je ne tiens pas la comparaison.

_Ne dit pas ça, essaya de l'égayer Naruto. Moi je te trouve mille fois mieux que cet enfoiré."

Il reçut un sourire chaleureux de la part du brun. "Merci. Mais je ne pense pas valoir le coup, question amitié... ni pour autre chose, d'ailleurs. Pour être honnête, contrairement à ce que je t'ai dit, je ne suis pas en vacances, mais en arrêt-maladie."

Kankurô jeta un œil à la lune qui brillait au travers des branches, et quelque chose dans sa posture sembla se relâcher. "Je ne me sens pas très bien en ce moment. Il y avait ce projet super intense au boulot, que je voulais prendre en charge pour faire preuve de mes talents de codeur auprès de mon chef. Dans la même période, Gaara a fait sa dernière rechute, et j'avais l'impression que je devais être partout à la fois."

Kankurô élabora après une pause : "Je me suis dit que si je continuais un peu, tout s'arrangerait, et tout redeviendrait normal. Mais un jour, je ne parvenais plus à me débarrasser de la fatigue, même quand je dormais. Et c'est à peu près à ce moment-là que Sakura m'a dit qu'il valait mieux qu'on ne se voit plus."

Naruto acquiesça, à court de mots. Il jeta un œil à la main du brun, qui gisait sur le sol, mais il n'eut pas le courage de la saisir. A la place, il lui montra son soutien par un soupir empathique. Et il sembla que son émotion se transféra bien jusqu'au brun, puisqu'il y avait maintenant un léger sourire sur le visage de Kankurô.

"Je n'ai jamais vraiment aimé personne avant elle, dit-il soudainement. On aurait-dit qu'il se sentait un peu complexé. Quand j'étais ado, gérer Papa et protéger Gaara me prenait toute mon énergie. Et après sa mort, j'étais occupé à gérer un foyer tout en gardant Gaara à l'abri des problèmes.

_Tu es un frère extraordinaire, dit Naruto avec sympathie.

_Je fais de mon mieux, dit modestement Kankurô, non sans tristesse. J'espère juste que c'est assez."

Ils restèrent assis dans un silence total avant que l'agitation ne prenne possession du brun, et qu'il s'écarte du tronc.

"Naruto, dit-il avec des yeux onyx pleins d'inquiétude. Je prends des médicaments psychotropes depuis un moment. Rien d'inquiétant, juste une période à traverser. Mais le problème, c'est qu'il y a des cachets qui disparaissent, et je suis sûr de ne pas les avoir encore pris.

_O-Oh, comprit Naruto, et ce fut comme si une pierre gelée avait plombé le fond de son estomac.

_Tu as vérifié aux endroits sur la liste que je t'ai donné ? demanda Kankurô.

_Ah, la liste, se souvint Naruto. Je le ferais dès que je peux."

Sa réponse sembla rassurer le brun. "Merci, dit Kankurô. Et merci de ton soutien. Ça me touche beaucoup.

_P-Pas de problème, bégaya le blond qui se rpit subitement d'intérêt pour les lacets de ses chaussures.

_Je ne peux pas vraiment parler, avec mes amis, confia Kankurô. Ils ont tous une famille. Ils ne traversent pas les mêmes choses que moi, et vice-versa. C'est peut-être pour ça que Sakura ne s'est pas encore ouverte à toi, même si tu as l'impression qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Peut-être qu'elle ne veut pas te faire porter le fardeau.

_Oh," comprit Naruto. Était-ce possible que ses doutes paranoïaques, si faciles à entretenir, n'aient rien à voir avec la réalité ? Était-ce vrai que son amie ne s'était pas tue parce qu'elle n'avait pas confiance en lui, mais parce qu'elle ne savait pas comment faire appel à lui ?

Soudainement plus confiant, Naruto acquiesça et quand Kankurô lui sourit faiblement, il sentit un lien fragile qui s'était formé entre eux.

Le pommier n'était plus en fleur, mais portait des fruits prometteurs, remarqua Naruto quand son regard erra sur les branches, où de petits fruits poussaient en remplacement des fleurs blanches.


C'était le matin, et son jour de congé.

Naruto tenait un livre vert à la main, une couleur qui ne correspondait pas du tout à son contenu. Bien qu'il fut tentant de le ranger à côté de ceux qui partageaient la même couleur, il résista à son envie et le remis à sa place officielle.

Gaara aimait ranger ses livres par ordre alphabétique, un système non seulement ennuyé mais difficile, selon Naruto. S'il avait pu choisir, il les aurait rangés par couleur, le seul système qui avait du sens, à don avis. Se souvenir d'un nom – que ce soit celui du livre ou de l'auteur – était fastidieux et le moyen le plus rapide de trouver l'ouvrage dont il avait besoin était d'en chercher la couleur.

Les émotions avaient des couleurs et chaque fois que la couverture ne correspondait pas à l'ambiance du livre, Naruto était confus.

En parlant de couleur, le rouquin assis silencieusement à son bureau irradiait une aura vert sombre, aux accents gris. On aurait dit qu'il ne regardait pas vraiment le paysage qu'il était sensé observer.

"À quoi tu penses ? demanda nonchalamment Naruto en effleurant le dos jaune de l'un des livres en passant.

"Qu'est-ce que je vais faire de ma vie ? demanda Gaara aux murs qui les entouraient. Ses fidèles cactus restèrent silencieux.

Naruto se tint debout à ses côtés avec un sourire détaché. "Que de pensées sombres, si tôt le matin. Comment se passe notre petite expérience ?"

Il faisait référence à la vieille petite serre qu'ils avaient réparé il y a quelques temps, quand Gaara avait finalement envisagé l'idée de faire pousser quelque chose de comestible. Des tomates, des concombres, et quelques aubergines furent choisis en guise de test. Pour une raison injustifiée, les avocats n'avaient pas été retenus pour le test. Comme Naruto n'arrêtait pas de protester à ce sujet, le rouquin lui avait rappelé calmement que les arbres fruitiers de cette espèce requérait un climat tropical, et donc ne pousseraient pas dans leur jardin.

"Les tomates vont peut-être survivre, mais je suis pas sûr pour les concombres. Ils n'ont pas l'air d'aller bien," l'informa Gaara.

Naruto fronça les sourcils. Il s'était attendu à ce que son ami soit un peu plus enthousiaste quant à leur projet. Le jardinage, les plantes, tout cela était cher au cœur du rouquin, après tout.

"S'il fait trop froid où s'il pleut trop, les pousses seront dévastées. Trop de soleil ne serait pas bon non plus," marmonna le rouquin, baissant la tête en signe de défaite.

"Hmm," contempla bruyamment Naruto. De voir son ami si abattu lui faisait mal au cœur. "C'est quoi le boulot de ton frère déjà ? Tu voudrais essayer ?

_Oublie, grogna Gaara en enfonçant la tête dans ses bras.

_Nan, allez. On trouvera quelque chose, pas vrai ?" essaya de l'encourager Naruto. Il se sentait jaune et il voulait transmettre ce sentiment au rouquin.

"Tu ne peux pas vivre ici jusqu'à la fin de tes jours, lui rappela Gaara, qui retourna son attention désintéressée sur la fenêtre.

_Ouais, ben toi non plus. Les gens vont commencer à chuchoter des trucs louches derrière notre dos si nous deux et ton frère continuons à vivre trop longtemps sous le même toit. Et je suis sûr que Kankurô souhaiterait avoir sa propre famille, un jour," lui rappela Naruto.

Gaara le regarda brièvement d'un air découragé. "Donc, il va m'abandonner, exactement comme Témari.

_Quoi ? Non. Ce que j'essaie de dire c'est que toi et moi on pourrait avoir notre propre maison, un jour. Pas que ton frère allait t'abandonner. En fait, je suis certain que ça n'arrivera pas. Et moi aussi je resterai à tes côtés. Pour toujours," promis Naruto, dont le sourire rivalisait avec le soleil.

Gaara ne lui répondit pas, mais le froncement inquiet de ses sourcils inexistant s'estompa. Son aura n'était plus si sombre, et quand Naruto frotta ses épaules abattues, le rouquin soupira et se pencha un peu plus vers ses mains.

"Peu importe ce qui peut arriver, tant qu'on est là l'un pour l'autre, il n'y aura pas de quoi s'inquiéter," chuchota le blond.

Il visualisa dans sa tête comment l'énergie jaune se déversait du bout de ses doigts sur les muscles tendus ses épaules de Gaara, repoussant l'aura sombre qui continuait avec entêtement à planer au-dessus de lui, de temps en temps.


Quelques heures plus tard, Naruto arpentait sa chambre de long en large.

La liste de Kankurô était toujours froissée au fond de ses poches. Même s'il savait que le brun ne viendrait pas dans sa chambre quand il n'était pas là, mais lui faisait confiance quand il avait promis de chercher les cachets manquants, il ne parvenait pas à se défaire du doute qui le rongeait.

Il y a une semaine, il avait eu une idée brillante. Elle était venue du fait que son cher journal n'avait pas de verrou, un manque fatal selon lui. Pour être certain qu'aucun œil curieux ne découvrirait ses pensées secrètes, il avait transformé les lettres en carrés et e triangles, ainsi que d'autres symboles facilement reconnaissable. Quand il se rendit compte qu'il était possible que quelqu'un déchiffre ses inscriptions, il avait légèrement modifié son langage de symboles.

Au lieu de systématiquement remplacer les lettres avec des symboles distincts, il choisit d'utiliser principalement des carrés pour écrire. Il croyait que le sens serait conservé sur les pages et serait facilement déchiffrable dans le futur, pour lui et seulement lui.

Mais aujourd'hui, une semaine plus tard, Naruto n'avait aucune idée de ce que signifiait cette rangée de onze petits carrés.

Pour être franc, il avait aussi du mal à décoder le message des autres gens.

Hier encore, Kankurô lui avait obscurément dit qu'il avait lu un article récent sur les origines de la schizophrénie. Ca l'avait lancé dans une conversation à sens unique à propos des personnalités multiples et des illusions psychotiques.

Bien que Naruto n'ait aucune expérience de la schizophrénie, puisque ce dont il avait été diagnostiqué n'était pas pareil, il ne pouvait pas nier ses observations des autres personnalités qui habitaient son corps, même si ces épisodes étaient brefs et peu importants. La façon dont Kankurô n'avait cessé de lui jeter des coups d'œil tout le long de son monologue était étrange et donnait l'impression à Naruto que cette conversation abritait en fait un sens caché.

Désormais, Naruto avait l'impression qu'ils l'avaient découvert et qu'ils l'avaient pris pour cible. Kankurô était sûrement l'un des leurs, et cherchait un moyen de lui faire du mal. Peut-être que l'aîné avait remarqué quelque chose rien qu'en l'observant, ou même pire, il avait lu son journal en secret !

En plus de ça, Tsunade était venu leur rendre visite il y a quelques jours, et elle avait été impressionnée de leur façon de gérer le magasin. Elle avait regardé tout le monde, sauf Naruto, qui était resté debout dans son dos, et leur avait dit qu'ils avaient tous fait du bon travail. Ouais, tout le monde sauf lui, pas vrai ?

Elle ne l'avait pas regardé, parce qu'elle ne pensait pas vraiment qu'il faisait du bon travail, n'est-ce pas ? Une fois de plus, Naruto Uzumaki avait réussi à décrypter les messages douteux que les gens essayaient de lui cacher. Kankurô pensait qu'il était un malade mental et le traquait comme un chien de chasse. Tsunade pensait qu'il était un incapable dans son travail.

Et la voilà à nouveau, cette trace d'une autre conscience. Quand Naruto essaya de se visualiser dans son esprit, il vit une femme avec des couettes blondes attachées hautes sur son crâne. Bordel c'est qui, elle, se demanda-t-il en secouant la tête, mais cette trace refusait de disparaître.

Il s'avança jusqu'à son miroir pour s'y regarder.

Alors c'était ça l'enveloppe sous laquelle tout le monde le voyait. Mais ce n'était qu'une enveloppe, un masque de poil et de chair qui lui donnait une apparence par défaut. Ce à quoi il ressemblait lui importait peu, puisque la plupart du temps il ne parvenait pas à créer un lien avec les cicatrices sur son visage ou ses cheveux blonds en broussaille. Ce n'était qu'une enveloppe.

Il n'avait aucune idée de qui était cette fille, mais il savait qu'elle n'était pas la seule « là ». A côté d'elle, il y avait ce jeune homme athlétique qui avait des cheveux bruns et une mâchoire ciselée. Il y avait un enfant au grand front qui était bien plus petit et maigre que lui. Ensuite il y avait le fantôme de Kankurô, et Kyûbi, le méchant.

Frustré, Naruto s'avança vers la fenêtre mais l'infinité de verdure ne parvint pas à le calmer. Des légions de mouches étaient venues trouver leur fin entre les cadres de fenêtres, et Naruto observa le rang d'insectes noirs avec dégoût. Ils étaient tous identique.

Et il était toujours identique, aux yeux de tout le monde.

En lui, son image changeait sans cesse, et il n'arrivait pas à suivre.

Il grogna de nouveau, et revint se contempler dans le miroir. Son visage semblait encore indécis.

« Est-ce que ça va ? »

C'était Gaara, qui jetait un œil dans la pièce par la porte entrouverte.

« Salut, Naruto sourit instantanément en se frottant l'arrière de la tête. Qu'est-ce qui t'amènes ici ? »

Le regard inquisiteur de Gaara se détourna vers le journal ouvert sur le sol, et les nombreux petits carrés griffonnés sur les pages.

« Tu grognais tout seul, informa le rouquin, et maintenant ses yeux verts étaient de nouveau posés sur Naruto.

_Haha, je ne pense pas que je ferai un truc pareil, rit Naruto. C'était sûrement le plancher, il grince tout le temps comme ça, » dit-il en sautant pour faire la démonstration d'un son qui ne vint jamais.

Il abandonna vite cette tentative vaine et ramassa son journal pour le jeter dans le tiroir, hors de vue. Une mouche solitaire bourdonnait contre la vitre, essayant de passer au travers du verre vers la lumière.

« Hé, Gaara, demanda-t-il doucement. Est-ce que tu me trouves différent ? »

Le petit sourire qui se précipita sur son visage pour cacher sa panique interne était aussi automatique que la façon dont le regard observateur de Gaara fixait sa figure anxieuse.

« Tu es comme d'habitude, dit Gaara.

_Tu ne me trouves pas féminin, si ? » demanda Naruto en se regardant dans le miroir.

Gaara inclina la tête et se rapprocha. « Non. Pourquoi ça ?

_Comme ça, je me demandais juste comment les gens me voyaient, c'est tout, » répondit Naruto en se frottant l'arrière du crâne avec un petit rire.


Kankurô les appela pour le déjeuner à midi, aussi ils se rassemblèrent tous les trois dans la cuisine. Naruto se servit se la soupe quand une conscience soudaine le prit. Lentement il se tourna sur la gauche et vit une paire d'yeux de jade qui l'observaient avec curiosité.

Du rouge monta aux joues de Naruto à mesure que son ami le scrutait avec ce regard. Un bref coup d'oeil à Kankurô l'informa que le brun était une fois de plus plongé dans son propre monde, inconscient de ce qui se tramait juste sous son nez.

Mais comme Naruto allait vite le remarquer, il n'était pas tombé si profondément dans ses pensées qu'il ne l'avait cru :

"On embauche à nouveau des apprentis, au travail, Gaara. Si tu postules maintenant, tu aurais peut-être une chance," dit Kankurô.

Comme le rouquin ne lui avait pas répondu verbalement, Kankurô se retourna pour le regarder. En voyant l'expression neutre habituelle qui ornait son visage, le brun abandonna et se détourna vers Naruto.

Bien qu'il semblait parler encore à son petit frère, le regard de Kankurô s'éternisa sur le blond. "Tu je peux pas vivre avec ton grand-frère jusqu'à la fin de tes jours. Au bout d'un moment les gens nous regarde bizarrement. Pas vrai Naruto ?"

Naruto fit tomber sa cuiller qui résonna bruyamment contre son assiette. C'était quasiment les mots qu'il avait dit à Gaara ce matin.

Comment était-ce possible ?

Bien sûr, il n'y a qu'une seule explication : Kankurô espionnage ce qu'ils disaient – de quelle manière, il ne savait pas encore, mais supposer que la maison toute entière était truffée de micros ne semblait pas trop tiré par les cheveux au vu des récentes révélations.

Confiant, Naruto releva son visage pour croiser les profondeurs onyx des yeux de Kankurô avec une intensité féroce. L'autre homme lui retourna son regard avec calme en mâchant sa nourriture. Comme Naruto ne lui répondait pas mais continuait seulement à l'affronter dans une lutte non-verbale, Kankurô se retourna vers son frère avec un air perdu.

Mais Gaara ne lui offrit aucune explication, et continua seulement à manger sa soupe, comme s'il ne se passait rien d'extraordinaire.

Naruto sortit de table et lança un dernier regard confiant à Kankurô. Il n'avait pas peur, parce que lui – Uzumaki Naruto – avait toujours un coup d'avance sur eux.


Dans l'après-midi, Naruto et Gaara observèrent l'état de leur projet dans la serre. La petite structure de verre était à peine assez large pour qu'ils s'y tiennent tous les deux en même temps. Naruto regarda avec excitation les petites boules pâles qui étaient sensées devenir un jour des tomates rouges. Gaara lui tournait le dos, et Naruto se prépara furtivement à en voler une pour en déterminer le goût.

Une main venue de nulle part lui frappa les doigts pour l'en dissuader, et un Gaara visiblement agacé le toisait du regard.

« Elles ne sont pas encore mûres » grogna le rouquin.

Naruto se frotta la main, vaincu, et jeta un œil aux tomates qui ne se doutaient de rien. « On dit toujours que les tomates du jardin sont les plus sucrées. Je voulais juste savoir quel goût elles avaient.

_Tu viens d'avaler deux bols de soupes et quatre tranches de pain. Laisse les tomates tranquilles, pour l'instant, » lui dit le rouquin qui commença à arroser les concombres.

Le blond marmonna quelque chose dans sa barbe et se pencha pour observer les aubergines. Il n'a jamais aimé ça, et ne ferait aucun effort pour les goûter. Il allait se relever, quand le museau d'un arrosoir lui tapota le derrière.

« Pardon, » dit Gaara, mais l'expression de son visage n'avait rien de désolé.

Il commençait à faire chaud dans la serre, et Naruto essuya la sueur sur son front. Ses joues brûlaient et il semblerait que Gaara aussi l'avait remarqué.


Dans la soirée, la paranoïa de Naruto s'était faite une place plus importante au seuil de son esprit. Il jeta un œil aux carreaux crème de la salle de bain, à la recherche d'un joint cassé ou d'un quelconque signe qui révèlerait lequel avait récemment été enlevé puis recollé.

Il y avait une chance que quelque chose ait été caché dans les murs. Une fois de plus, il avait un coup d'avance sur eux. Mais maintenant qu'il connaissait leur plan, il ne pouvait pas montrer qu'il était au courant.

« Hé. On devrait peut-être y aller, chuchota-t-il au rouquin.

_Pourquoi est-ce que tu chuchotes ? » demanda Gaara qui crachait son dentifrice dans le lavabo.

Naruto demeura silencieux un moment, écoutant attentivement, mais aucun grésillement de microphone ne se faisait entendre – du moins pas pour l'instant.

« Pour rien, chuchota le blond, aussi le rouquin continua de se brosser le dent. Tu crois qu'on devrait s'inventer un langage des signes ?

_Pour quoi faire ? demanda Gaara avant de se gargariser.

_Pour les situations où on ne veut pas que d'autres personnes nous entende, » dit Naruto à voix très basse en jetant des regards vers le plafond de la salle de bain. Gaara suivit son regard, mais il abandonna vite et rangea sa brosse à dents.

"Vraiment ?" demanda Gaara, un peu plus haut, et quand Naruto tressaillit en observant les alentours, il eut une expression inquiète.

« Ben, qu'est-ce que tu en dis ? » chuchota Naruto d'une voix à peine audible.

Gaara essaya de lire sur ses lèvres, puis s'approcha car il n'avait aucune idée de ce que l'autre lui avait dit. Il balaya brièvement la pièce du regard, comme s'il essayait de voir ce que Naruto avait perçu juste avant. Puis son attention fatigue se reporta sur le blond.

« Tu te sens bien ? demanda Gara. Naruto hocha la tête lentement. Je veux dire, tu te sens vraiment, vraiment bien ? » clarifia le rouquin.

Naruto plissa les yeux. Avec beaucoup de naturel, il caressa les épaules, le dos, et les côtes de son petit copain. Aucun objet inhabituel, comme des micros, n'y était, même si l'idée lui semblait maintenant idiote. Gaara répondit à son inspection déguisée par des caresses tendres, jusqu'à ce que son attention se dirige vers l'élastique du boxer de Naruto.

Ce n'était pas le genre de langage des signes que Naruto avait en tête, mais comme il semblerait que ce soit un langage commun à tous les deux, il ne voulait pas le rejeter. Bientôt ces contacts légers et innocents se firent plus osés, plus affamés et avant même de s'en rendre compte, Naruto était de nouveau contre les carreaux du mur, tandis que Gaara embrassait son cou, tout sauf embarrassé.

Leurs lèvres se rencontrèrent et très vite leurs langues se touchèrent à leur tour. Naruto goûta la menthe du dentifrice et quand il agrippa le séant de Gaara, il laissa échapper un doux hoquet aérien.

Encouragé, Naruto attira les hanches du rouquin contre les siennes, le laissant sentir à quel point son corps lui répondait déjà. Après un soupir de frustration, Gaara se pressa contre Naruto, le plaquant contre le mur. On ne pouvait douter de la nature de l'envie qui bouillonnait sous la peau du rouquin, au son des légers hoquets murmurés à l'oreille de Naruto.

« Tu sais ce qui serait amusant ? expira sensuellement Naruto, qui faisait de son mieux pour conserver un ton joueur.

_Dis-moi, chuchota Gaara en embrassant la peau derrière son oreille.

_Ah, j'aimerai que – commença le blond la voix tremblante – qu'on dorme dans ma chambre ce soir. »

Après tout, il y avait une chance qu'ils n'aient pas eu l'audace de placer des micros dans la chambre qu'ils louaient.

Gaara pressa encore une fois ses hanches contre les siennes, avant de reculer d'un pas et de l'évaluer du regard. « D'accord. »

Dans la chambre de Naruto, leur langage privé s'inventait fiévreusement, tandis que les mains de Gaara voyageaient sans gêne le long de la peau brûlante de Naruto. La chaleur de la serre avait réussi à se matérialiser avec eux dans la pièce, et quand Gaara abaissa gentiment le boxer de Naruto, la température ne fit qu'augmenter.

Une caresse sur l'intérieur de sa cuisse, et son boxer fut jeté quelque part dans la pièce, Naruto ne savait pas vraiment où, et il ne voulait pas vraiment le savoir, pas quand Gaara serrait son fessier et embrassait son cou, faisant s'envoler toute pensée cohérente loin de son esprit.

Il accepta avec enthousiasme le doigt lubrifié qui frottait contre son orifice de manière taquine, regrettant qu'il n'y ait pas déjà plongé et atteint cet endroit qui arquait son dos de désir. Quand son rêve devint réalité, il ne put qu'hoqueter faiblement le nom de son amant, avant que des sensations plaisantes ne fassent s'évanouir sa capacité à parler.

La façon dont Gaara le suçait en même temps faisait de sa tête un blob brumeux où seule une idée survivait : il voulait exploser en millions de petits morceaux et ressusciter en un nuage calme et satisfait, dérivant sur un ciel céruléen.

Quand le moment de grâce vint, Naruto cria silencieusement et disparut du monde quelques secondes.

Dans le désir de faire ressentir à son ami cette sensation incompréhensible, Naruto lui murmura l'idée qu'il avait depuis longtemps en tête. Etonnamment, Gaara lui donna son accord, même si ce fut d'un court hochement de tête, avec un visage qu'il détourna rapidement. Il ne pensait pas que son ami aurait accepté, au vu des rôles que Gaara préférait leur attribuer d'ordinaire. Au début, l'acoustique de la salle de bain carrelée fit hésiter Naruto, mais comme il savait que le rouquin avait conscience de la médiocre isolation sonore de la maison, il n'avait aucun doute que son ami saurait se tenir suffisamment silencieux. Après tout, entre les deux, c'était Gaara le plus doué pour ce genre de choses.

L'idée de microphones cachés ne put se faufiler dans la tête du blond, son esprit maintenant occupé à de sentiments bien plus tentants. La peur vacillante d'une surveillance ne pouvait gagner contre l'anticipation stable de la romance.

Naruto était certain d'avoir vue une légère teinte rose sur les joues pâles de Gaara avant qu'il ne se retourne pour faire face au mur. Il n'y avait aucune raison d'être anxieux, encore moins honteux, mais Naruto avait l'impression que quoiqu'il ai put arriver à son ami auparavant, ce n'était pas quelque chose que Gaara autorisait facilement.

Tendrement, de manière exagérément aimante, Naruto se mit à genoux derrière Gaara et lui écarta les fesses. Le tremblement nerveux du corps de Gaara ne passa pas inaperçu, aussi pour apaiser son ami Naruto y plaça un doux baiser.

Puisque Gaara changea légèrement de position pour lui faciliter l'accès, il devait avoir surmonté une partie de la nervosité qui lui brouillait l'esprit. Certain d'avoir la permission, et qu'il n'allait pas à l'encontre de ce que voulait son amoureux, Naruto écarta un peu plus la chair et toucha l'orifice de sa langue.

"Haah," chuchota Gaara, tendu.

Naruto caressait sa cuisse tandis qu'il pressait sa langue contre lui, d'abord fermement, puis plus doucement. Le silence réservé de Gaara se transforma en hoquets minuscules, presques inaudibles, puis en un flot continu de gémissements retenus. Quand Naruto enroula ses doigts autour de l'érection de Gaara, le rouquin soupira et Naruto pouvait presque l'entendre se mordre les lèvres.

Il glissa lentement sa main le long de du membre de son amant, tout en le touchant de sa langue, Naruto amena Gaara dans une frénésie qu'il s'employait à réprimer, pour que personne dehors ne puisse prendre connaissance de leur amour secret.

Il ne pouvait pas voir le visage de Gaara, mais il imaginait les yeux fermés et crispés, et la rougeur proéminente qui s'étalerait sur son visage. Il l'imaginait en train de se mordre les lèvres, et les orteils écartés sous le coup de l'émotion. Le simple fait de l'imaginer le rendit dur à nouveau, et il se demanda si Gaara pouvait voir à quel point son sexe tressaillait de désir.

Brusquement, la barrière mentale céda, et Gaara se laissa basculer. Il retint courageusement ses gémissements incontrôlables, les laissant échapper sous la forme de sifflements incohérents entre ses dents serrées. Tout son corps tremblait, et avec quelques coups de langues bien placés, Naruto l'expédia vers la jouissance qu'il lui avait promise. Gaara, qui avait été défait malgré lui de sa rigidité habituelle, explosa contre les carreaux sur lesquels il s'appuyait, donnant des coups de hanches dans la main de Naruto enroulée autour de son sexe.

Les doigts de Naruto pressa les dernières gouttes, avant se le lâcher. Gaara s'appuya contre le mur, essoufflé, les yeux clos. Quand Naruto l'enlaça dans son dos, le rouquin lui répondit en se rapprochant de lui. Un peu gêné, Naruto se rendit compte que son érection nouvellement éveillée était confortablement installée contre le tendre postérieur de son ami, mais heureusement le rouquin ne semblait pas dérangé. Il savait comment était Gaara quant à ce genre de choses, et la dernière chose qu'il souhaitait c'était de l'effrayer.

Tout au fond de lui, il savait que ce n'était pas qu'une alchimie charnelle qui le rendait si vif. Il ne pouvait nier à quel point Gaara était désirable, et il espérait qu'il ressentait la même chose pour lui, mais plus il passait de temps avec le rouquin, plus il était envoûté.

Là, maintenant, il avait l'impression d'avoir eut accès à une part de Gaara que peu de personnes connaissait, voire aucune.

Ce privilège faisait battre son coeur d'excitation, mais dans le même temps ce battement sauvage le faisait plonger de plus en plus profondément dans le marais de ses émotions.

Il n'aurait jamais cru qu'une telle chose arriverait de nouveau, mais il semblerait pourtant qu'il tombait de plus en plus sous le charme de son ami.

Sous l'eau ruisselante, Naruto était trop embrumé par ses hormones pour se soucier de microphones cachés. L'idée glauque d'une surveillance ne pouvait pas pénétrer son esprit endommagé, rempli de pensées cotoneuses en forme de coeur.

Désormais plus ancré dans le présent, Gaara était revenu à sa posture stoïque et son regard veillait sur lui comme s'il était la prunelle de ses yeux. Avec un soupir rêveur, Naruto s'appuya contre le torse du rouquin, et Gaara enveloppa son bras autour de lui.

"Je t'ai – je t'apprécie beaucoup, chuchota timidement Naruto. Je ne veux personne d'autre que toi. Si tu mourrais, une partie de moi mourrai avec toi."

Il réalisa que ses mots étaient un peu lourds et trop chargés pour la situation mais il ne pouvait plus les retirer. Ce n'était pas comme s'il ne les pensait pas, il craignait seulement que Gaara ne partage pas ses sentiments.

"Tu es mignon, répondit Gaara avant de l'embrasser.

_Je n'aurais jamais cru que je rencontrerai quelqu'un comme toi," confia Naruto, qui blamait ces soudaines révélations sur le compte de ses hormones sautillantes. Mêmes les carreaux de la salle de bain lui semblaient roses. Le monde était plein de coton et de soleil.

Gaara lui tapota le dos et ferma l'eau de la douche. Très doucement, il sécha les cheveux de Naruto à l'aide d'une serviette moelleuse, caressait ses joues et son menton avant de l'embrasser à nouveau.

Les micros ne lui revinrent pas à l'esprit avant qu'ils ne retournent dans sa chambre, prêts pour une bonne nuit de sommeil.

"Je peux te poser une question ?

_Bien sûr," répondit Gaara.

Naruto fixa son regard sur le plafond sombre avant que ses pensées ne se matérialise sous la forme de mots simples. "Tu ne trouves pas que c'était bizarre que ton frère aie répété les mots que je t'avais dit le matin lorsqu'on mangeait, ce midi ?

_Non, je ne trouve pas, dit Gaara. J'ai souvent parlé de son travail avec lui, cette année. Quant aux gens qui trouvent ça bizarre que deux frères vivent ensemble pendant si longtemps, c'est ce que nous a dit Témari quand elle a déménagé.

_Oh," comprit Naruto. Il faut croire que ses mots n'étaient pas si uniques que ça, finalement. Mais tout de même, quelque chose le dérangeait: "Et cet article sur la schizophrénie, l'autre jour ? Pourquoi semblait-il si intrigué?" demanda-t-il.

Gaara le fixait silencieusement, puis soupira. « Notre oncle souffrait de cette maladie, quand il était encore en vie. Puisque c'est en partie héréditaire, je pense que c'est normal qu'il s'y intéresse.

_Je vois, acquiesça Naruto en laissant ces mots s'imprimer en lui. Je croyais qu'il avait un moyen de savoir ce dont on parlait à l'étage.

_Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Gaara en fronçant les sourcils.

_Rien, dit Naruto en secouant la tête. Je me suis fait un délire, c'est tout.

_Qu'est-ce que tu croyais, Naruto ? » demanda Gaara dont les yeux de jades semblaient inquiets.

Il détestait ce regard, il l'avait vu trop de fois sur trop de visages, et ça n'avait jamais rien annoncé de bon. Tout ce que ça lui avait apporté, c'était de la confusion, de la peur, et la sensation d'être anormal.

Mais Gaara serait-il vraiment comme tous les autres ? Naruto jeta un œil au cactus couvert de fourrure qui émergeait de derrière le rideau.

« Je croyais que ta chambre était peut-être truffée de micros, ou un truc du genre, je sais pas, expliqua-t-il comme s'il n'avait jamais pris ça au sérieux. J'y croyais pas vraiment, ça m'a juste brièvement traversé l'esprit.

_C'est pour ça que tu étais si bizarre, tout à l'heure ? demanda Gaara, qui faisait sans doute référence à sa manière de fixer les carreaux et de sursauter au moindre bruit.

_Peut-être, Naruto haussa les épaules et remonta la couverture jusqu'à son menton.

_Ca me semble un peu paranoïaque. Aucune pièce de cette maison n'est mise sur écoute, je peux te le garantir, » répondit le rouquin. Son visage n'exprimait pas la crainte auquel il s'attendait, mais au contraire il était plein d'inquiétude et de bienveillance. Naruto se détendit et son sentiment de sécurité grandit, ce qui n'était jamais arrivé, toutes les fois où il s'était ouvert à quelqu'un.

« Je sais. J'ai beaucoup d'imagination, » rit Naruto avec un large sourire, espérant que ça dissimulerait les restes de gêne qui avait momentanément visité sa chambre.

Gaara lui ébouriffa ses cheveux et l'attira contre lui, protecteur.

« Si tu as d'autres pensées de ce genre, tu pourras toujours les partager avec moi, promis le rouquin.

_Merci, » répondit Naruto, même s'il n'était pas certain qu'il utiliserait l'offre. Ça faisait tellement longtemps qu'il gardait toutes ses bizarreries pour lui, il savait d'expérience qu'il serait difficile de changer ses habitudes.

Cependant, il remarqua que Gaara n'avait pas qualifié ses idées de bizarre ou d'inhabituelles. Plus d'une fois les gens avaient estimé que son point de vue sur le monde était étrange, et honnêtement ça n'avait fait qu'augmenter son anxiété, jusqu'à le mener à ce considéré comme quelque chose d'anormal. Peut-être que l'absence de jugement dans les mots de Gaara était intentionnelle, qui sait, quoiqu'il en soit, Naruto s'en sentit accepté, et normal.


Le lendemain matin, Naruto se réveilla seul.

Vu que le téléphone de Gaara n'était plus sur la table de chevet, où il l'avait laissé la nuit dernière, le rouquin s'était sûrement levé pour de bon. Naruto se sentit un peu découragé à l'idée même s'il s'ordonna de ne pas tirer de conclusion délirantes.

Kankurô l'accueillit dans la cuisine avec un sourire lumineux et un bol de porridge. Il eut instantanément faim, et Naruto s'assit à table pour dévorer son petit-déjeuner.

"Gaara est dehors, dans le jardin," lui dit Kankurô.

Naruto s'interrompit. Kankurô le regard de nouveau avec ces yeux-là. Mais avant que ses pensées paranoïaques habituelles n'aient le temps de prendre de la vitesse, Naruto se rattrapa et se calma. Cette fois, son interprétation automatique était infondée.

Apparemment inconscient de ses doutes internes, le brun continua d'un ton plus léger : "J'ai retrouvé les médocs."

Naruto releva brusquement la tête et fixa l'autre d'un air interrogatif.

"J'étais certain de les avoir chercher partout, mai ce matin je les aies trouvés dans le placard de la cuisine, celui où on range tous les autres médicaments. C'est drôle, je ne me souvenais pas les avoir mis là," s'étonna Kankurô qui sirotait son café.

Naruto haussa les épaules avant de se remettre à manger. Le souvenir des clés de voiture, à moitié dissimulées sous l'oreiller, lui revint à l'esprit. Kankurô aurait-il déplacé les médicaments aussi, par accident ?

"Bref, je suppose qu'on se faisait du souci pour rien, rit légèrement Kankurô, don't l'expression détachée se mua en froncement de sourcil, comme s'il essayait de résoudre un mystère dans sa tête.

_Tu t'inquiètais pour quoi ? demanda Gaara en entrant soudainement dans la pièce.

_Euh, d-du temps. Il faut croire que l'orage ne se dirige pas vers nous, finalement, répondit Kankurô qui se détourna, en quête d'un mug supplémentaire. Tiens," dit le brun en tendant un mug plein à son petit frère.

Gaara s'assit à table et sirota son café. De l'extérieu, il semblait plus calme qu'autre chose, mais quand ses yeux de jade se posèrent avec insistance sur le dos inattentif de Kankurô, ils se plissèrent d'agacement.

Avant que Naruto ne puisse l'éviter, Gaara le surprit en train de le fixer, et pendant un instant il fit prisonnier de ce regard suspicieux et analytique don't Kankurô avait été victime quelques secondes plus tôt. Naruto déglutit et sourit d'un air idiot, ne sachant pas comment accueillir cette émotion qui s'était invitée de force en lui.

Contrairement à ce à quoi il s'était attendu, les traits de Gaara s'adoucirent et il abandonna son attitude salée.

Du jaune envahit de nouveau Naruto. Il se déversait depuis les fenêtres au plus profond de lui, circulant vite dans ses veines.

Et plus que tout, il voulait partager cette énergie chaleureuse avec son ami boudeur, rien que pour lui montrer à quel point le monde pouvait être riche, quand on en faisait l'expérience avec quelqu'un de particulier.