Chapitre 8 : Oiseaux de Proie
Note du traducteur : Ça faisait longtemps... Mais cette histoire n'est pas terminée ! J'ai eut beaucoup de travail ces derniers mois, et ce chapitre était particulièrement long, je suis désolé de ce retard. Mais c'est bon, le huitième chapitre est là. Bonne lecture si vous n'avez oublié cette histoire, et merci à tous ceux qui sont arrivés jusque là !
« Passez un bon week-end, » dit Kankurô qui observait les bagages de Naruto et Gaara.
Dans la cour, le break de Tenten ronronnait en boucle. Le son d'un klaxon leur signifia qu'elle en avait déjà assez d'attendre.
Naruto regarda Kankurô, pour essayer de deviner son humeur. Sakura ne l'avait pas invité au cottage. Par empathie, il voulait égayer un peu le brun, qui avait l'air triste, mais il ne savait pas comment évoquer poliment le fait que Sakura avait exclu Kankurô de ces mini-vacances. De fait, il demeura muet.
« À dimanche, » répondit Naruto, un peu anxieux de ne rien avoir trouvé de mieux à dire.
L'automne prenait lentement le pas sur l'été, dont le symptôme le plus visible était sûrement les nuits fraiches et humides. Un feu de bois brûlait chaleureusement dans le foyer de la cheminée, devant lequel étaient assis les quatre amis, qui buvaient du vin en jouant aux cartes. Et étant donné que Tenten se cramponnait une fois de plus à Naruto, elle devait avoir bu quelques verres de trop. La veine sur le front de Sakura pulsait déjà, ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne les frappe sur la tête en leur disant de se concentrer sur le jeu.
C'était si agréable de se détendre dans la chaleur du cottage, en présence de personnes qui l'acceptaient tel qu'il était. Naruto sourit pour lui-même, d'un petit sourire enjoué. Depuis que Sakura était devenue la propriétaire de la librairie, c'était son premier week-end de libre. Et quelle meilleure façon de célébrer ça que ces petites vacances ?
« J'en ai marre des hommes, bafouilla Tenten qui tenait son verre haut en l'air avant de l'avaler d'un coup. Elle jeta le verre maintenant vide dans le feu en un geste dramatique, pour accentuer son propos.
_Tu pourrais arrêter de les casser, marmonna Sakura. Ils appartiennent à maman, et je ne pense pas qu'elle apprécierait de trouver des éclats de verre dans le foyer de la cheminée.
_Scuse, » dit Tenten, qui n'avait pas l'air très assurée. Sans qu'elle ne le remarque, Gaara cacha la bouteille de vin hors de sa vue.
« Je suis à la fois tellement soulagée, et tellement frustrée que Neji soit parti, reprit Tenten en abîmant les cartes qu'elle avait à la main dans son emportement. Il n'avait même pas l'air désolé quand je lui ai dit que c'était fini. T'y crois ça ?
_Oui, je peux y croire, » marmonna Naruto en tapotant la tête de son amie. Tenten serra plus fort son bras et s'appuya un peu plus contre lui. D'aussi loin que Naruto se souvienne, le visage de Neji était un exemple permanent de viande inexpressive. S'il y avait un quelconque expression derrière ce masque, il fallait être détective pour la percevoir. Mais même s'il n'aimait pas Neji, il n'avait jamais formulé son opinion devant Tenten.
Et contrairement à ce qu'il aurait cru, le niveau d'hormones entre ces deux-là formaient une combinaison idéale, et avec un frisson Naruto se souvint de ce très long week-end qu'il avait enduré à leur côté. Mais sexe à part, il semblerait que leurs besoins ne s'étaient pas rejoint sur quoique ce soit de signifiant.
« Mais vous savez-quoi, les gars ? bafouilla de nouveau Tenten, plus joyeusement cette fois. Plus de jupe, de talons, ni ces putains de soutifs push-up ! C'est fini ! À partir de maintenant, je garderais mon style androgyne, et si ça plaît pas à quelqu'un, qu'ils aillent se faire foutre !
_Tenten ! » cria Sakura qui blâmait son langage.
Naruto tapota encore la tête de Tenten. Un autre truc qu'il n'aimait pas chez Neji, c'était son refus d'accepter Tenten telle qu'elle était. Rien que pour lui plaire, elle avait mis en valeur sa féminité chaque fois qu'il venait. Mais le reste du temps elle arborait le style mixte qui lui plaisait tant.
« La seule chose dont j'ai peur, cependant, c'est de ne plus jamais trouver quelqu'un, sanglota brusquement Tenten qui enfouit son visage dans la poitrine de Naruto. Vous voyez, j'aime la bite, mais si elle m'aime pas en retour ? »
Naruto rit et l'enlaça, jetant brièvement un œil à Sakura qui secouait silencieusement la tête.
« Je suis sûr que tu trouveras quelqu'un. »
C'était Gaara, qui venait de se joindre à leur conversation. Il plaça une carte par terre avant d'en retirer une de la pile.
« Tout comme j'ai trouvé Naruto – »
Il s'interrompit, réalisant seulement qu'il venait par inadvertance de laisser passer une information qui était sensée restée secrète, au moins pour encore quelques mois.
« Hein ? » dirent Sakura et Tenten à l'unisson, les yeux fixés sur eux. Tenten semblait avoir miraculeusement dessaoulé et bien que Sakura eût été agacée par son langage et les verres brisés, les filles étaient maintenant assises côte à côte, en spectatrices.
Naruto saisit la main de Gaara et eut un rire nerveux : « Il voulait dire, en tant qu'ami.
_Vous sortez ensemble ? s'exclama Tenten, et l'excitation qu'elle ressentait à ce sujet était beaucoup, beaucoup trop grande.
_Eh bien… » admit Gaara avant que Naruto ne puisse distraire les pensées des filles sur un autre sujet.
Le blond se frotta le front, exaspéré. Une part de lui voulait fuir en abandonnant Gaara derrière, pour qu'il gère sans lui le chaos qu'il s'était attiré tout seul. Au vu de leurs regards vitreux, les filles avaient déjà des pensées inappropriées.
« Je savais qu'il se passait quelque chose ! hurla Sakura, victorieuse, comme si elle venait de gagner un pari. Je le savais ! J'avais raison ! » gazouilla-t-elle joyeusement.
Gaara jeta à Naruto un regard en coin, attendant sans doute une explication à leur comportement. Pour toute réponse, Naruto haussa nerveusement les épaules et serra sa main plus fort.
« Tu te rappelles, que je t'avais dit qu'il en pinçait pour toi ? Sakura le pointa du doigt. Tu m'as dit que j'avais tort, mais qu'est-ce que tu vas me dire maintenant ? Hah ! »
Tenten s'immisça dans leur conversation « Et j'avais bien remarqué que c'était bizarre que Naruto soit si nerveux quand j'ai rencontré Gara pour la première fois. Déjà je savais qu'il se passait quelque chose. »
Comme l'excitation des filles ne semblait pas faiblir, et que le rouquin à ses côtés semblait commencer à être nerveux aussi, Naruto se dit qu'il était temps de mettre fin à tout ça.
« C'est exactement pour ça que je ne vous parle jamais de ma vie amoureuse. Vous devenez trop bizarre à chaque fois que vous découvrez que je sors avec un garçon, dit Naruto qui se rapprocha de Gaara, tandis que de la bave s'écoulait au coin de la bouche de Tenten.
_C'est juste que c'est tellement… chuchota Sakura, à la recherche d'une serviette pour s'essuyer le nez.
_Arrête-toi là, » interrompit Naruto en agitant la main de leur visage, comme pour dissiper l'attention non-désirée quelles leur portait.
Quand la vitre de leur regard ne vit que se renforcer, de par des pensées que Naruto ne voulait pas connaître, il commença à sérieusement se demander s'il était même possible de les faire sortit de cet état effrayant.
Mais juste à ce moment, la porte du cottage s'ouvrit brusquement.
« Où il est bordel ? beugla Sasuke depuis le seuil, livide.
_Qui ? demanda Tenten qui plaça une main sur l'épaule de Sakura.
_Tu sais qui, répondit Sasuke à Sakura en scrutant la pièce. Ce type qui te prend tant de temps depuis peu.
_Il n'y a que nous quatre, comme tu peux le voir, » répondit calmement Sakura. Son coup d'œil ne dura qu'une fraction de seconde, mais Naruto compris soudainement de quoi il était question.
« Peut-être que tu devrais partir, dit Naruto en se relevant avant que quiconque ne puisse l'en empêcher.
_Oh, c'est toi, dit platement Sasuke comme s'il venait de remarquer son existence. Son eunuque.
_Tch. Ferme-la, où je te ferai en devenir un, » rétorqua Naruto en croisant les bras sur sa poitrine.
Sasuke n'avait pas l'air très impressionné. « Comme d'habitude, tu gueules fort, mais ta morsure est faible.
_C'est parce que je ne mords pas mes amis, contrairement à certains, le railla immédiatement Naruto.
_On n'est pas amis, lui rappela l'homme aux cheveux noirs.
_Ouais, grâce à toi. »
Sasuke s'arrêta net à ces mots. Ses yeux sombres semblaient vides et hantés. Dans son air arrogant, il semblait tout de même un peu blessé et vulnérable. Naruto eut un élan de sympathie, même si son esprit ne cessait de lui répéter toutes les choses horribles que l'autre lui avait dites ou faites.
Devait-il profiter de l'occasion pour le reconduire, ou essayer de lui offrir un peu d'empathie ? Son esprit refusait de lui donner une vraie solution, alors en espérant que son choix serait le bon, il se décida pour la seconde option.
« Ça te dirait de rejoindre notre partie de carte ? » demanda-t-il finalement. Sasuke souffla et secoua ma tête. Quand il posa ses yeux sombres sur Naruto de nouveau, ses yeux étaient tout sauf vides.
« Ça ne m'intéresse pas. »
Naruto serra les dents. Bien qu'il se soit attendu à ce genre de réponse, il se sentait quand même vexé. « Tu devrais sans doute y aller, alors, suggéra le blond, tendu.
_Ne t'imagine pas que je resterai en ta compagnie plus longtemps que nécessaire, railla Sasuke avec arrogance. Puisque celui que je cherchais n'est pas ici.
_Hé, dit Naruto avec confiance, elle était avec moi. On a passé beaucoup de temps ensemble dernièrement. »
Un sourire tordu fit son chemin sur le visage de Sasuke. Un étrange mélange d'amusement et de colère.
« Avec toi ? Elle est bonne, celle-là, Naruto, dit le brun qui eut un ricanement sombre. Comme si elle s'intéressait à ta compagnie. »
Autant que Naruto essaya d'ignorer la douleur, son cœur lui faisait tout de même mal. « Mais bordel, qu'est-ce que je t'ai fait pour que tu me parles comme ça ? »
Le sourire sinistre sur le visage de Sasuke se figea, avant de se muer en une ligne grave. Le blond fit un pas en arrière, mais l'homme aux cheveux bruns suivi le mouvement.
« Qu'est-ce que j'ai contre toi ? répéta Sasuke d'un air étrange. Tu étais mon meilleur ami. Et tu étais le seul à savoir à quel point j'enviais mon frère. Il était meilleur que moi sur tous les points. La prunelle des yeux de mes parents, lui dit Sasuke, et ses yeux brillèrent de colère. Tu voulais me faire du mal, parce que tu étais jaloux du fait que Sakura m'aimait moi et pas toi. Alors tu t'es immiscé dans les pensées de mon frère, et tu as brisé la famille parfaite que nous étions.
_C-Ce n'est pas vrai, corrigea Naruto. Je n'ai jamais voulu te faire de mal. Tu étais mon ami, tu ne comprends pas ? »
Mais il semblait que son raisonnement ne rencontrait qu'un mur.
« Sasuke, tu devrais partir. »
C'était Sakura, qui énonçait calmement une idée que Tenten et Gaara semblaient partager, au vu de leurs visages hostiles. Le rouquin serrait déjà les poings, jetant un regard meurtrier à l'intrus inattendu.
Mais le brun ignora sa suggestion et se rapprocha de Naruto à la place. Il y avait cet air hanté dans ses yeux à nouveau, celui qui faisait que Naruto se sentait désolé pour lui, et pour la façon dont les choses s'étaient passées entre eux.
« Naruto, je… » commença Sasuke à voix basse, avant de scruter rapidement la pièce du regard, aux regards tout sauf amicaux de ses amis si protecteurs. Avec un profond soupir, il tapota avec hésitation l'épaule du blond. « Je suis tellement désolé, Naruto. J'ai agis comme un idiot. Je ne sais pas à quoi je pensais.
_N-Non, c'est rien, » balbutia Naruto, pris de court, et quand son ancien ami l'entraina dans une étreinte puissante, fraternelle, il ne songea même pas à le repousser.
Sasuke semblait sincèrement désolé et désespéré, et comme Naruto était une personne qui pardonnait aisément, Naruto lui tapota le dos en retour. Sasuke resserra son étreinte et chuchota rapidement à son oreille, de sorte que seul lui puisse l'entendre. « Ta mère était quelqu'un d'adorable. »
Le souffle du blond se prit dans sa gorge à ces mots inattendus.
« Pourtant, elle s'est tuée à cause de toi. »
Naruto s'immobilisa. Ses yeux le piquaient et sa poitrine était sur le point d'exploser. Ces propos étaient faux !
Son manque soudain de défiance sembla plaire à son ancien ami, au vu du rire léger qui lui échappa. Naruto continuait de s'accrocher à lui, complètement vide, paralysé par sa douleur émotionnelle.
« Elle en avait marre de toi. Tu as absorbé sa volonté de vivre. Et ça la rendrait heureuse que tu te donnes la mort, à ton tour. »
Il n'y avait que lui qui pouvait l'entendre. Pour Tous les autres, leur réunion surprise devait ressembler à l'enterrement de la hache de guerre et personne n'essayait d'arrêter ce qu'il se passait.
C'était comme il y a toutes ces années auparavant, quand ils étaient à l'école – du harcèlement caché sous le voile de la fausse amitié.
Il était à l'école. Les harceleurs l'encerclaient. C'était ça qu'ils lui faisaient, parce que c'était si facile : ils lui faisaient mal, comme ça il pleurait. Et quand rien ne lui soutirait de larmes, ils s'en prenaient à sa mère.
Tout le monde semblait savoir quelque chose à propos de ses parents, quelque chose dont il n'avait jamais eu connaissance, quelque chose qu'il ne voulait pas croire. Sa mère l'avait aimé, au moins jusqu'à ses dernières années. Elle était fatiguée à l'époque, mais ça ne pouvait pas être de sa faute, si ?
Ils détestaient sa joie, ses étranges aptitudes sociales, et sa façon de vivre sa vie même après la perte tragique de ceux qu'il aimait. Quelque chose en lui les énervait et avec une unité déterminée ils lui rappelaient qu'elle était sa place, encore et encore.
Ils le faisaient pleurer, ils lui faisaient perdre sa joie. De le voir perdre ses amis signifiait qu'il était enfin puni d'être si bizarre, et pour eux le monde faisait enfin de nouveau sens. Jusqu'à ce qu'il s'asseoir un nouvel ami et que le cycle recommence.
Un autre murmure, si léger que seul lui pouvait l'entendre : « Tu essaies en vain. Tu sais comment ça va finir, n'est-ce pas ? C'est ça. Retourne voir ta mère. »
Orange.
Il sentit l'orange et la fourrure, et quand il sourit sa rangée de dents était aussi acérée que celle d'un renard. Ça se passa vite, mais ces pattes ardentes et griffues qui n'étaient pas les siennes repoussèrent Sasuke. Le rictus inhumain sur son visage blessait ses joues et les cicatrices en forme de moustaches s'étirèrent en une vue terrifiante.
Il était à l'école. Le couloir était sombre. Il avait peur de l'obscurité mais il fallait qu'il y aille, alors il chanta pour lui-afin de noyer le silence sinistre qui le poursuivait à chaque pas. Derrière le coin l'attendait une crise cardiaque qui allait le baptisé d'un surnom qu'il haïssait de tout son être.
Il était un enfant, qui jouait au ballon dans la cour de l'école. Naruto avait remarqué depuis longtemps ce garçon aux cheveux noirs qui semblait avoir du mal à se lier aux autres. Peut-être était-il comme lui ?
Rassemblant toute sa confiance en lui, il se dirigea vers le garçon solitaire et l'aveugla de son sourire lumineux. Naruto lui lança la balle, l'invitant à rejoindre son jeu. Le léger sourire qu'il obtint en retour était une preuve suffisante que son intuition était juste.
Pendant des vacances de Noël, il était allé chez Sasuke. Tout le monde dormait déjà quand il s'aventura dans la salle de bain au milieu de la nuit. Sans s'y attendre, il tomba sur le frère aîné de Sasuke et avant qu'il ne s'en rende compte il s'était retrouvé dans sa chambre. Il essaya de le repousser mais il n'était pas assez fort. Oui, il admettait qu'il avait déjà regardé Sasuke de cette façon, une ou deux fois, mais ce n'était que par curiosité. Il n'avait rien demandé. Mais ce dont il se souvient c'est le visage énervé de Sasuke quand il les avait découverts, et le dégoût avec lequel il avait regardé Naruto ne s'était jamais effrité.
Ça faisait mal. Sasuke avait toujours été arrogant à son égard, et envers tout le monde. Mais tant qu'ils avaient été amis, il y avait eu un soupçon d'amitié entre deux. Perdre cette petite part d'unité avait été comme un poignard planté dans le cœur.
« Naruto ! » hurla quelqu'un, le ramenant dans le présent.
Sasuke était debout dans l'entrée, prétendant la surprise, et le fixait d'un regard empreint d'intentions meurtrières. Sakura tenait son bras mais l'expression de son visage exprimait clairement où résidait sa loyauté. Tenten et Gaara étaient de chaque côté de Naruto, et l'observaient avec inquiétude.
« Tu ferais mieux d'y aller, murmura Sakura à Sasuke en lui tapotant gentiment le bras, on parlera plus tard. »
Avec un dernier regard empli de colère à l'égard de Naruto, l'homme quitta le cottage à grands pas. Un moment plus tard, le grondement furieux de son véhicule présenta ses adieux à la scène autrefois apaisée.
Dix minutes plus tard, ils étaient de nouveau assis devant le foyer. Le charbon craquait paresseusement dans la cheminée.
Personne n'aborda la réaction apparemment surprenante de Naruto, et il en fut reconnaissant.
« Tu devrais le quitter, dit Tenten, retraçant exactement ce que Naruto pensait. Elle avait retrouvé le vin, et un nouveau verre.
_Ce n'est pas si simple, répondit Sakura qui mélangeait le tas de cartes, perdue dans sa concentration.
_Comment ça ? C'est un connard, bafouilla Tenten, reprenant encore le fil de pensée de Naruto.
_Sa famille a une certaine réputation en ville. Rester avec lui serait bon pour le business, sur le long terme, expliqua Sakura de manière très terre à terre.
Naruto soupira. Son amie aux cheveux roses était bel et bien la personne la plus pragmatique et dénuée de romance qu'il ait jamais connu.
« Mais tu ne voudrais pas être heureuse, aussi ? » demanda Tenten, qui ne comprenait clairement pas son raisonnement.
Sakura soupira. « Bien sûr que je veux être heureuse. Le sentiment de sécurité m'apporte le bonheur, et Sasuke a un job stable, qui paie bien. »
Tenten grogna et abandonna le sujet en remarquant que son amie ne changerait pas d'avis.
Naruto passa sa langue sur ses dents. Elles étaient pleines. Il ne sentait plus d'orange, mais dans le même temps il n'était pas sûr de ce qu'il était censé ressentir. Une sensation soudaine de chatouillis sur sa peau le fit tourner la tête vers Gaara. Le rouquin le fixait, avant qu'il ne détourne le regard.
Une fois encore, Naruto observait l'étroit espace vide du lit qu'ils partageaient avec gêne. Gaara déposa son sac de voyage sur le sol et referma la porte derrière lui. Ça faisait longtemps que Gaara ne lui avait pas adressé la parole.
Naruto retira ses chaussettes et les jeta au hasard par terre, mais quand il reçut un regard pointilleux de la part du rouquin, il alla les ramasser et les replier dans son sac, obéissant. Gaara s'assit à côté de lui sur le lit et lui prit la main. L'expression songeuse de son visage était anxiogène, parce que Naruto ne savait pas ce qu'elle cachait.
« Je suis désolé, dit Gaara, tu as dû subir beaucoup, et je n'ai rien pu faire.
_Ne t'en fais pas pour ça, assura Naruto. Ce qu'il a éveillé ne compte pas. C'est du passé maintenant.
« Vraiment ? demanda en l'attirant dans une étreinte lâche.
_Ben… Ça fait encore mal, même après toutes ces années. Mais tout va bien maintenant, ok ? » dit Naruto avec un léger sourire qui n'était pas entièrement convaincant.
« Tu allais bien quand tu l'as subitement repoussé ? demanda Gaara, inquiet. Je ne sais pas pourquoi mais ça m'a rappelé ce qu'il s'était passé sur le parking l'autre fois. »
Naruto manqua se décrocher la mâchoire. Il referma la bouche d'un geste brusque, avant de regarder l'ongle de son orteil un long moment.
« J'en ai juste eut assez, ok ? Parfois, les gens restent trop longtemps dans mon espace personnel, dit-il à voix basse. Je ne voulais pas réagir comme ça, c'est juste…
_Est-ce qu'il t'a dit quelque chose ? interrogea Gaara.
_Non, » nia Naruto.
Une part de lui voulait expliquer ce qu'il s'était réellement passé. Mais aborder le sujet de Kyûbi ne lui semblait pas avisé, peu importe à quel point il avait confiance en le rouquin. Quelle était la part de normal dans ce genre d'expérience ? Et si Gaara ne comprenait pas, et commençait à le craindre ?
« Je ne te ferai jamais de mal, dit brusquement Naruto en écho à ses pensées intimes.
_Je sais, répondit Gaara avec une mélancolie inattendue. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir te promettre la même chose. »
Naruto fixa intensément le rouquin de surprise, essayant de comprendre ce qu'il voulait dire par là. Gaara remarqua son inquiétude et son air coupable s'adoucit.
« J'ai beaucoup parlé à Tenten ces temps-ci, dit le rouquin, et encore aujourd'hui le blond s'émerveillait de la facilité avec laquelle ces deux-là étaient devenus amis. Je crois qu'elle comprend ce que je ressens. Elle m'a aidé à gérer mes émotions suicidaires. » En tant qu'éducatrice, elle gérait les problèmes des autres au quotidien. Même si une petite part de Naruto était jalouse de ne pas avoir la capacité de combler ce manque dans la vie de Gaara, la plus grande part de lui était heureuse que le rouquin reçoive de l'aide.
« Mais même avec ça, je ne peux pas te promettre que je resterai toujours à tes côtés. Tu vois… Je ne peux pas te promettre que je me sentirai toujours aussi bien que je me sens maintenant, dit Gaara.
Naruto l'attira contre lui et le serra fort, espérant ne jamais avoir à le laisser partir. En vérité, il ne pouvait pas promettre que ses humeurs changeantes resteraient toujours aussi stables pour le reste de sa vie. Au bout d'un moment, il craignait de devoir reprendre des médicaments si ses symptômes continuaient à s'aggraver comme c'était le cas en ce moment.
Avoir Kyûbi lui faisait peur. Avoir des soupçons d'une nouvelle personnalité qui lui rendait visite le terrifiait. Ses terreurs nocturnes étaient quelque chose qu'il savait être anormal maintenant. Les semaines de dépression muette qu'il endurait régulièrement, suivie de périodes d'énergie inépuisable qui le laissait anxieux et à bout de souffle étaient des choses auxquelles il devrait faire face un jour ou l'autre. Mais chaque fois qu'il pensait à chercher de l'aide, il décidait de repousser cela à plus tard. Il s'en sortirait encore un peu plus longtemps par lui-même.
Le lendemain matin, les yeux fatigués de Naruto chassèrent de lents battements les dernières traces d'un rêve. Il y avait quelque chose de rouge et de pâle dans le coin de la pièce. Quelque chose de noir qui ressemblait à –
Son cœur bondit de joie et son souffle se bloqua dans sa gorge à la vue qui s'offrait à lui. Avec l'odeur de la liberté et d'une forêt de conifère, Gaara était là avec ses vêtements moulants. Il portait encore ce choker aujourd'hui, et grâce à un certain souvenir, le rouge s'étala sur tout le visage de Naruto.
Jeudi dernier ils étaient nus entre les draps. Ce choker noir, innocent en apparence était autour du cou du rouquin, et avec le franc contraste qu'il créait avec sa peau laiteuse, il avait immédiatement attiré l'attention de Naruto. L'excitation était grande et il se rappelait encore à quel point les lèvres de Gaara étaient rouges et gonflées après qu'il l'aie sucé. Rien qu'à ce souvenir, Naruto voulait plonger dans un bassin de glaçon pour se refroidir.
« Bonjour, le salua le rouquin, et à en juger la manière dont ses lèvres se pliaient en un sourire, il avait remarqué la réaction de Naruto.
_Viens là, chuchota Naruto sans quitter l'attirant rouquin des yeux.
_Le petit-déjeuner est prêt. Il faut qu'on y aille, dit simplement Gaara, mais ce satané sourire ne disparaissait pas.
_Eurk. Non. Restons ici toute la journée, » suggéra le blond en dessinant des cercles sur les draps avec son doigt, plaquant un air innocent sur son visage.
Mais cette fois, Gaara ne céda pas à ses mimiques de séduction « Il te faudra attendre qu'on soit rentrés à la maison. »
Naruto soupira. Son ami avait raison. Premièrement, les murs du cottage étaient fins et n'avaient aucune isolation sonore. Deuxièmement, souiller les draps n'était pas considéré comme une bonne chose à faire vu qu'ils n'en avaient pas de rechange, et que la personne qui s'occupait des tâches ménagères était probablement la mère de Sakura.
Naruto fit la moue pour manifester sa défaite, voué à n'apprécier que ce que sa vue avait à lui offrir.
Après le petit-déjeuner, ils se promenèrent tous les quatre le long de la plage qui entourait un lac voisin. Naruto contemplait les eaux en apparence calmes, tout en sachant que la surface lisse ne devait pas endormir sa méfiance.
Quand ils étaient enfants, Sakura lui avait parlé d'un horrible monstre marin qui vivait dans l'eau, et naturellement Naruto y avait cru sans y réfléchir à deux fois. Il lui avait fallu deux êtes pour reprendre confiance et rassembler suffisamment de courage pour aller nager. Même encore aujourd'hui, il préférait aborder le lac par bateau plutôt qu'en maillot de bain.
Ça n'avait pas d'importance qu'il n'ait jamais vu ce soi-disant monstre, le simple concept de menace résidait fermement dans son esprit. Dans les heures avancées de la nuit, Sakura lui avait révélé qu'à la pleine lune, le monstre sortait des eaux et prenait l'apparence de quelqu'un. N'importe qui de sa connaissance pouvait être le Loch Ness déguisé.
Malheureusement, en grandissant il apprit que cette histoire n'était pas totalement infondée, puisqu'il découvrit tout un tas de monstres cachés au fond d'autres personnes.
« Hé, Naruto, beugla Tenten de loin. Dans un arbre près d'eux, une flopée d'oiseaux s'envolèrent. Tu pourrais apprendre Gaara à nager.
_Et on pourrait t'aider en évaluant tes progrès, » pépia Sakura, un peu trop enjouée.
Naruto frissonna et refusa d'imaginer ce que cette « évaluation » signifiait. Tout ce que ça lui rappelait, c'était une projection mentale des filles assises sur une grosse pierre, sirotant du cidre tout en lorgnant à la fois Gaara et lui-même, dans l'eau, avec pour tout vêtement leur maillot de bain qui leur collait à la peau.
« Très drôle, » ironisa Naruto.
Il voulut leur demander ce qu'elles ressentiraient s'il leur suggérait quelque chose de semblable. Il était sûr que s'il parlait comme elles le faisaient, il y aurait une pile d'accusations pour harcèlement sexuel qui l'attendrait à la fin de la journée.
Même si les filles étaient relativement sensées la plupart du temps, il aimerait qu'elles se rende compte de l'immaturité de leurs actes. Ce n'étaient pas comme si ces deux-là n'avaient pas eues leur part de suggestions inappropriées. Il avait vu cela se produire plus d'une fois, et chaque fois qu'il y pensait, il se rendait compte que peut-être les remarques qu'il se prenait n'étaient pas si terribles que ça. À cause de cela, il n'osait pas prendre la parole sur le sujet.
Tenten bondit sur les rochers près de Naruto et Gaara. Son sweater trop large claquait dans le vent, et lui donnait l'apparence d'un écureuil volant géant. Quand elle entama une conversation avec Gaara, l'attention de Naruto se mit à errer, jusqu'à ce que ses yeux inquisiteurs ne se posent enfin sur une silhouette solitaire aux cheveux roses.
Il s'avança jusqu'à elle, et dès qu'elle remarqua sa présence son visage triste se fit amical. Naruto prétendit qu'il n'avait rien vu.
« Il paraît qu'une bête ancienne habite les profondeurs de ce lac, dit Naruto en imitant la voix d'un reportage sur la nature. Ça la fit rire.
_Tu t'en souviens ? sourit Sakura. Je suis désolée de t'avoir causé tous ces cauchemars à l'époque.
_Ne t'en fais pas pour ça, répondit Naruto avec un sourire détaché. On n'était que des gamins. J'avais peur de pleins de choses à l'époque. » Et aujourd'hui encore, mais elle n'avait pas besoin de le savoir.
« Tout était plus simple à l'époque, tu ne trouves pas ? » médita Sakura. Bien qu'elle sourie, cela dissimulait une certaine tristesse.
Naruto fit un son bas appuyant ses propos pour lui-même. Elle avait raison. En ce temps-là, il n'était pas encore orphelin. En ce temps-là, Iruka avait pour habitude de le porter sur ses épaules et de lui ramener des sourires excitants de ses voyages autour du monde. En ce temps-là, lui et Sasuke étaient encore amis. Ah, c'était le bon temps, oui.
« Ce n'est pas facile d'être adulte, accorda-t-il. Mais le passé est derrière nous. C'est sur le futur qu'on peut agir.
_Plus facile à dire qu'à faire, dit-elle sèchement en donnant un coup de pied dans une pierre sur le chemin.
_Un pas après l'autre, » dit Naruto qui regardait Tenten, en train d'escalader sur un très grand rocher pas très loin. Gaara essayait de l'aider en poussant son postérieur, un acte qui était beaucoup plus drôle que ça en avait probablement l'intention.
« Un pas après l'autre… » murmura-t-il en retournant vers Sakura, dont la tristesse était revenue.
Peut-être qu'une petite poussée amicale était tout ce dont elle avait besoin, elle aussi ?
« Je ne sais pas ce que tu sais à ce sujet, mais Kankurô a vraiment été un frère génial pour Gaara dernièrement, testa Naruto. Il n'eut qu'un grognement évasif comme réponse. Il me rappelle un peu toi, tu sais ? continua amicalement Naruto. Il fait toujours des autres une priorité, même quand ce n'est clairement pas la meilleure chose pour lui.
_Où est-ce que tu veux en venir ? » demanda directement Sakura. Assez impatiente, elle ne cessait de viser les plus grosses pierres sur son chemin.
Naruto soupira avant de répondre simplement « Je ne suis pas aveugle. J'ai remarqué une ou deux petites choses. » Faux. Kankurô les lui avait racontées. Mais elle n'avait pas besoin de le savoir.
Sakura soupira et serra les poings. C'était un réflexe qui le rendait nerveux à chaque fois, et fidèle à son instinct, Naruto se gratta nerveusement la tête comme s'il y anticipait une bonne à venir.
« C'est lui qui t'as demandé de faire ça ? interrogea-t-elle.
_Non, » répondit-il honnêtement.
Elle ne répondit rien à ça, continuant seulement à mordre sa lèvre inférieure, perdue dans ses pensées.
Ce qu'il était sur le point de dire pouvait avoir soit des conséquences extrêmement positives, soit être la source d'un chaos inimaginable. Il ne pouvait pas être sûr, puisque ses réflexions ne lui donnaient pas de réponses claires. Faisant confiance à l'inexistence de sa chance, il jeta des dés imaginaires.
« Il a dit que tu es la seule personne qu'il ait jamais réellement apprécié, » dit doucement Naruto, assez pour que ses mots s'emporte dans le vent.
Elle ne s'arrêta pas et n'eut aucune réaction. Peut-être qu'elle ne l'avait même pas entendu. Bien qu'un peu déçu, Naruto se demanda si ce n'était pas mieux comme ça.
« Hé Naruto ! » hurla Tenten au loin.
Il se retourna pour regarder dans sa direction et la trouva perchée sur un très grand rocher, la main levée haut dans le ciel.
« Je parie que tu ne peux pas monter jusqu'ici, hein ? » Le défia-t-elle.
Avec un rire léger, Naruto entama son chemin vers la brune et le rouquin. Gaara était appuyé paresseusement contre le rocher, profitant de l'ombre qui le protégeait du soleil, et Naruto se demanda brièvement si le rouquin le pousserait lui aussi vers le haut, la main sur le postérieur.
Le dimanche, le fidèle break de Tenten s'arrêta devant la maison de Gaara et Naruto. Après deux jours de soleil il menaçait de pleuvoir. Quelques gouttes s'étaient déjà écrasées sur le pare-brise.
Sans surprise, ce choker noir était encore autour du cou de Gaara, comme s'il était une part de leur langage codé. Naruto l'avait bien évidemment remarqué, et la manière dont il regardait sans interruption le rouquin avec un air languis santé ne pouvait pas être ignoré par l'objet de son affection.
Naruto sortit de la voiture, remerciant une dernière fois les filles assises à l'avant. Il observa le jardin, surpris d'y voir Kankurô, en train d'arroser les roses. Ses cheveux étaient propres et brillaient dans le soleil, et son T-shirt était impeccable, sans un pli, ce qui était un changement bienvenu comparé aux haillons dont il s'était habillé ces dernières semaines.
Quand Kankurô aperçu quelque chose de rose derrière le pare-brise, il oublia soudainement ce qu'il faisait puisqu'il maintenait son regard sur la direction qu'il désirait à la place – direction qui n'était pas le sol où poussaient les précieuses fleurs de Gaara. S'il y avait fait attention, il aurait vu les flots d'eau qui se déversait de l'arrosoir, noyant les délicates fleurs bien-aimées.
Naruto ne sut pas si Sakura avait remarqué l'attention qui lui était portée. Par contre, il va Gaara se ruer sur son frère négligent avec une irritation plus prononcée que d'ordinaire, afin de lui arracher l'arrosoir maintenant vide des mains. Le rouquin point du doigt le ciel qui s'assombrissait en jurant copieusement, et disparut son frère qui ne semblait l'écouter qu'à moitié.
Accompagnée de la pluie qui se faisait plus forte, la voiture de Tenten sorti du jardin, emmenant au loin cette nuance de rose qui captivant le regard de Kankurô longtemps encore après que le véhicule ait disparu de vue.
Avançant lentement, comme dans un rêve éveillé, Naruto ouvrit le chemin jusque sa chambre. Quand il entendit la porte se fermer derrière eux, il laissa échapper une expiration tremblante et comme il s'y attendait ces mais pâles se refermèrent autour de lui.
Bien plus fort qu'auparavant, la pluie tambourinait sur les fenêtres et assombrissait toute la pièce. Entre les draps, Naruto était étendu nu sous son ami. Il désirait tant qu'il était sûr de perdre l'esprit. Gaara avait retiré tous ses vêtements, lui aussi, sauf ce petit choker, au plaisir de Naruto.
Le corps chaud de Gaara se colla contre lui et Naruto grogna en arquait ses hanches pour mieux sentir cette érection prometteuse. Innocemment, ses mains parcoururent les flancs pâles et serrèrent le postérieur du rouquin, jusqu'à ce qu'il se sente assez courageux pour effleurer du doigt l'entrée de Gaara.
En un instant, son ami s'écarta et tout aussi rapidement, Naruto fut tourné sur le ventre contre le matelas. Gaara saisit gentiment ses poignets et peu de temps après, cette érection tentante était étroitement pressée contre ses fesses.
Naruto hoqueta dans les draps tandis que le plaisir et l'anticipation grandissait dans son bas-ventre. Même si Gaara ne faisait que le taquiner, il se sentait déjà faiblir et il était presque sûr que son corps tout entier tremblait. Un baiser derrière son oreille le fit gémir doucement, attentif à ne pas alerter le rez-de-chaussée.
Bien conscient des réactions qu'il provoquait chez Naruto, le rouquin continua de se presser contre lui. Une haleine chaude effleura son oreille et l'étau étroit qui maintenait ses poignets en place faisait supplier Naruto en quête de délivrance, alors que son érection douloureusement tendue frottait contre les draps.
Mais alors Gaara se détourna et sa merveilleuse chaleur quitta son dos. Naruto se retourna sur le dos, et les yeux à-demi clos il regarda son ami d'un air suppliant.
Il y avait un léger rictus sur les lèvres du rouquin, un de ceux qui faisait frémir Naruto sous son regard. Il ne savait pas pourquoi mais ça semblait beaucoup amuser l'autre de le voir dans tous ses états, prêt à supposer pour être touché. Le rouge lui monta aux joues et il détourna les yeux de honte. Cette réaction sembla exciter Gaara, car dans la périphérie de sa vision il pouvait le voir en train de se toucher.
Naruto écarta très légèrement les jambes et inclina la tête sur le côté, regardant enfin Gaara de ses yeux à-demi clos. Il savait maintenant ce qui faisait accélérer le cœur de son compagnon, et si l'autre tirait du plaisir de son honnête étourdissement, alors lui aussi ferait quelques petites choses pour provoquer chez lui des réactions.
Lentement, il plia son bras au-dessus de sa tête et se tint le poignet de son autre main. Il ferma momentanément les yeux pour laisser échapper un doux soupir, et quand il rouvrit les yeux il fixa directement son regard dans celui de Gaara. La luxure luisait dans les profondeurs d'yeux de jades et Gaara resserra presque par instinct son emprise sur son érection. Le regard de Naruto descendit le long du torse pâle jusqu'à ce doux membre tendu dont l'extrémité luisait déjà, et avec une innocence feinte, il se lécha les lèvres.
Un hoquet tremblant de Gaara était comme une victoire à ses yeux, mais avant qu'il ne puisse se vanter de son succès, le rouquin était au-dessus de lui, maintenant ses poignets d'une main, dont érection durcie se frottait contre la sienne.
Naruto gémit dans leur baiser et roula des hanches vers le haut. Il avait besoin de plus de contact, car cette friction tentatrice le rendait fou.
« Je t'en prie, chuchota Naruto quand l'extrémité de Gaara heurta son entrée. Je suis sûr que tu en as envie, toi aussi.
_Haah, Naruto," hoqueta le rouquin dans son oreille.
Naruto écarta un peu plus les jambes, et le bout dur et humide effleura de nouveau son orifice. Ils étaient plus proches de l'acte sexuel qu'ils ne l'avaient jamais été.
Toc, toc.
« Le dîner est prêt, leur parvint ma voix joyeuse de Kankurô à travers la porte. Vu son ton, il n'avait aucune idée de ce qu'il venait d'interrompre.
_Merci. Je descends dans une minute. Je préviendrai Gaara, bégaya bizarrement Naruto
Quand le pas lent de Kankurôu descendit les escaliers, le blond laissa échapper l'air qu'il avait retenu. Le visage de Gaara exprimait tout sauf de la bonne humeur. D'abord, ses précieuses roses, et maintenant ça. Naruto se demanda si Kankurô aurait la chance de voir les meilleurs côtés du rouquin avant longtemps.
"Il faut qu'on le vire de la maison plus souvent, expira Gaara en embrassant les lèvres de Naruto. Aucune chance qu'on fasse ça dehors. Et ne pense même pas à ta voiture, c'est aussi hors de question. »
Naruto acquiesça, et se demanda comment le rouquin avait pu deviner ses pensées. Bien sûr, il avait déjà fait l'amour dans la ruine qu'était sa voiture quelques fois. Et même si ce n'était pas le meilleur endroit, ce n'était pas non plus le plus dangereux.
A la table du diner, Kankurô chantonnait joyeusement pour lui-même dans sa petite bulle d'inconscience. Naruto jeta un œil à Gaara, qui rageait en silence, et refusait de communiquer avec son frère. Le brun ne semblait pas avoir remarqué quoique ce soit, ou s'il l'avait fait, alors il arrivait très bien à le cacher.
"On dirait que tu vas mieux, fit poliment remarqué Naruto.
_Merci, sourit Kankurô, avoir le weekend pour moi seul était quelque chose dont j'avais besoin. Parfois, c'est juste sympa d'avoir toute la maison pour soi. »
L'oeil de Gaara tiqua mais l'aîné ne le remarqua pas.
« Ca vous dirait qu'on regarde un film, les gars ? J'ai une liste de films qui pourraient plaire à tout le monde, suggéra Kankurô avec engouement, je suis même prêt à en enchaîner deux. »
L'oeil du rouquin tiqua de nouveau, et on aurait dit qu'il se mordait l'intérieur de la joue.
« Peut-être un autre jour, déclina poliment Naruto.
_Vous vous êtes bien amusé au cottage ? » demanda gentiment Naruto sans aucune trace de tristesse dans la voix.
Gaara lui jeta un regard meurtrier mais il ne fut toujours pas remarqué.
« O-On s'est bien amusés, admit Naruto en riant nerveusement. Il se souvint comment la jalousie de Sasuke l'avait mené là, et comment Sakura avait obstinément refusé de se soucier des problèmes que cachait ce genre de comportement. Mais puisque ces faits dégraderaient sûrement l'humeur du brun, Naruto choisi de ne pas en parler
Puis Naruto et Gaara aidèrent à débarrasser la table. Le rouquin boudeur avait choisi de complètement ignorer son aîné mais Naruto jetait de temps à autres un regard à Kankurô. Cet air étrange, entendu, sur le visage du brun attira l'attention de Naruto. Etait-il amusé, ou… ?
Dès que Kankurô se rendit compte qu'il était observé, un sourire amical naquit sur son visage. Dans tout son naturel, il semblait digne de confiance, et Naruto décida d'enterre ses soupçons. Une fois de plus, il s'imaginait des choses. Personne d'autre que les filles ne savaient pour lui et Gaara, c'était certain.
Aujourd'hui était un bon jour, l'un de ceux qui le faisait déambuler dans le centre commercial d'un air confiant. Pour une fois, il se fondait dans la foule. Personne ne le regardait.
Cette part de gâteau au chocolat dans la vitrine avait l'air particulièrement délicieuse, aussi il s'était autorisé à s'arrêter un instant dans le café chaleureux. Après une pause bien méritée, il était sur le point de partir quand un homme à l'air familier le remarqua de loin.
Prêt à courir, Naruto se détourna mais Kiba le retint facilement.
"Naruto ? dit l'homme aux cheveux châtains d'une voix étrangement amicale, qui fit Naruto s'arrêter net.
_Kiba, répondit le blond avec précaution en mettant les mains dans les poches.
_Naruto. Ce que c'est bon de te voir, » dit le brun en lui souriant.
Kiba lui souriait. Naruto regarda alentours pour voir si une équipe de tournage se trouvait quelque part.
"Je suis désolé pour la dernière fois. Je me suis comporté comme un idiot, et je le regrette, dit doucement Kiba, abattu par la honte.
_Oh, ben voyons, dit Naruto avec gêne, en prenant un pas un arrière. Mais Kiba le suivit et s'arrêta juste devant lui. Ses yeux marron semblaient sincères, et quelque chose luisait dans le coin.
_J'étais un vrai connard quand on était ensemble. Je suis désolé d'avoir mis tant de temps à m'en rendre compte, dit Kiba d'une voix dangereusement tremblante, avant de déglutir.
_Que veux-tu que je te dise ? demanda Naruto à voix basse. Il jeta de nouveau un œil aux environs, juste pour être sûr que ce n'était pas une autre blague, un autre prank destiné à le ridiculiser.
_S'il te plait, Naruto, dit le brun, qui ne semblait pas se rendre compte de la paranoïa du blond. Je voulais juste que tu saches ce que je pensais.
_C'est tout ? demanda Naruto qui laissa ses yeux se fixer un peu plus longtemps dans les yeux bruns à l'air doux.
_Oui, répondit doucement Kiba. Voudrais-tu être mon ami ? »
S'il pouvait croire ces yeux noirs si sincères, cette fois il ne semblait pas y avoir de motif caché derrière ces mots. Naruto baissa les yeux, ayant soudainement l'impression que tous les passants les observaient, l'observaient lui. Un bref regard au plafond l'informa qu'il y avait deux ou trois caméras de surveillance, et il se demanda quel rôle elles jouaient dans tout ça.
"Je comprendrai que tu ne veuilles pas être mon ami, reprit Kiba comme Naruto ne disait rien. Mais je voudrais vraiment me racheter pour la façon horrible dont je me suis comporté avec toi. Ca te dirait qu'on aille boire un café, un de ces quatre ?
_Ouais, bien sûr, s'entendit répondre Naruto. Avant même de s'en rendre compte, il fut attiré dans une étreinte, jusqu'à ce que son alarme interne comprenne qu'il pouvait se détendre, il fut certain que quelqu'un bientôt émerger dans un coin et lui baisser son pantalon, ou faire quelque chose d'aussi cruel et puéril.
Mais rien ne se passa, et Kiba se détacha de lui en lui disant au revoir.
Comme un robot, Naruto répondit quelque chose mais demeura figé sur place, dans la ligne de mire des caméras et des regards supposés d'étrangers.
Contrairement à ce qu'il aurait cru, Kiba tint vraiment sa promesse spontanée de prendre un café avec lui. Il ne fallut pas plus d'une semaine après leur réunion soudaine pour qu'un SMS de la part du brun ne le lui rappelle. Bien sûr, Naruto avait ignoré le texto. Mais après cinq autres, avec des nuances variées de désespoir et de repenti, il avait fini par céder.
« Naruto, quelqu'un qui dit être ton ami est là, » appela Kankurô depuis le rez-de-chaussée, et le blond était sûr de pouvoir entendre une anxiété dans sa voix. Naruto fronça les sourcils et se leva de son lit. Il jeta un œil inquiet à Gaara. « J'avais cru comprendre qu'on se retrouvait au centre. Qu'est-ce qu'il fait là ?
_Aucune idée, dit Gaara en le regardant avec attention, tu es sûr de vouloir y aller ?
_Je sais pas. Il a dit qu'il voulait juste s'excuser. Et Sakura sera là aussi, donc je ne pense pas qu'il se passera quoique ce soit de mal, » dit-il avec précaution.
Gaara acquiesça mais ne dit rien. Ils descendirent les escaliers, pour voir Kiba qui tenait un grand bouquet de fleurs colorées.
« Naruto ! » s'exclama-t-il en lui tendant les fleurs. Très confus, Naruto n'eut d'autre choix que d'accepter ce cadeau non-désiré. Brusquement, il eut l'impression d'être coincé dans un cercueil plein de piques et avant que son anxiété ne puisse grandir d'avantage, il passa le bouquet à Kankurô.
« Tu pourrais… » commença-t-il à voix basse. Kankurô lui prit les fleurs des mains avec un regard suspicieux, presque énervé.
« Tu es prêt ? » demanda joyeusement Kiba, et avec la lenteur d'un escargot Naruto parvitn à mettre ses baskets.
« Kiba est aussi un ami de Sakura, expliqua Naruto en regardant principalement dans la direction de Kankurô. On va prendre un café avec elle dans le centre. Je rentrerai vite. »
Quand ils quittèrent la maison, la dernière chose dont il se souvint fut l'air inquiet sur le visage de Gaara et le doute épais qui violait l'entièreté de Kankurô.
Ils prirent un taxi jusqu'au centre. C'était vraiment embarrassant que Kiba paye pour le voyage, mais à cause de son anxiété il décida de ne pas le mentionner.
« Du coup, on retrouve Sakura sur place ? demanda Naruto, heureux de savoir que son amie aux cheveux roses les accompagneraient.
_Elle a dit qu'elle ne pouvait pas venir. Je suppose qu'elle a eu un imprévu, » dit Kiba en haussant les épaules.
Comme s'il avait tout planifié, Kiba commença à les mener jusqu'à un petit restaurant.
« Je croyais qu'on allait juste prendre un café, remarqua Naruto.
_Je sais. Mais tu mérites mieux, répondit gentiment le brun.
Plus l'endroit à l'apparence chic se rapprochait, plus Naruto se sentait honteux de son attirail usé par le temps. Il avait fait exprès de choisir les vêtements les plus laids qu'il avait pu trouver. Et pour empirer la bizarrerie de la situation, Kiba s'assit juste à côté de lui dans un coin calme un peu à l'écart. Mais Naruto était trop embarrassé pour montrer son inconfort. Etre assis comme cela les faisait ressembler à un couple, et une fois de plus il jeta un œil alentour pour voir s'il connaissait qui que ce soit qui les aurait remarqués.
Sans demander l'avis de Naruto, Kiba commanda de la nourriture et de l'ouzo. Quand leurs boissons arrivèrent, Kiba fut le premier à prendre son shot.
"Tu devrais vraiment éviter de boire, savait beaucoup trop bien Naruto.
_Hana est dans un institut pour les malades mentaux.
_Quoi ? Pourquoi ? demanda le blond, choqué d'apprendre le sort de la sœur du brun.
_Tu sais, après sa deuxième fausse couche, elle ne se sentait plus très bien, » expliqua le brun. La détresse qui émanait de son comportement n'échappait pas à l'observation de Naruto. « Elle est bipolaire.
_Oh, wow, dit le blond en avalant son shot d'un coup. Je suis désolé.
_Ça m'a fait pensé à toi. A nous, élabora soudainement Kiba en se rapprochant de lui.
_Je ne suis pas bipolaire, corrigea Naruto qui n'était pas sûr de savoir s'il devait se sentir insulté ou pas.
_Mais tu vois ce que je veux dire, pas vrai, éconduit Kiba en remplissant leurs verres. Je voulais juste dire que je comprenais peut-être mieux maintenant pourquoi tu te comportais comme un fou à l'époque.
_Attends une seconde, l'interrompit Naruto en posant son verre, je ne suis pas fou, je n'ai jamais été fou.
_Mais si tu l'étais, chéri, » murmura le brun en retraçant gentiment les cicatrices sur son visage.
Instantanément, Naruto frémit à son contact et à l'usage inapproprié du diminutif.
"Tu as toujours cette autre personnalité ? C'était quoi son nom, déjà ? demanda Kiba qui laissa ses doigts caressé les joues scarifiées.
_Ne fais pas ça, dit le blond en détournant le visage. S'il ne s'était pas trouvé coincé entre le mur et le brun bien trop affectueux, il se serait levé et serait parti.
_Naruto, chuchota Kiba en obligeant le blond à rencontrer son regard, je ne sais pas à qui d'autre je pourrais parler de ça."
Naruto soupira et se passa la main sur le visage. Quand leur nourriture arriva, un silence assez confortable s'installa entre eux. De temps à autres, Kiba lui disait quelques petites choses à propos de sa sœur, ou la manière dont sa maladie avait affecté sa propre vie. Et pour échapper à son anxiété, Naruto ne cessait de boire de l'ouzo.
Avec sa plus grande amitié, Naruto réconforta le brun et lui permit de libérer son cœur troublé. Mais quand Kiba toucha le haut de sa cuisse sous la table, il commença à se demander si ses signaux avaient été mal interprétés.
"Retire ta main, dit Naruto en portant sa fourchette piquée de nourriture à sa bouche.
_Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? » demanda Kiba en resserrant son emprise sur sa cuisse.
Naruto posa ses couverts sur la table. « Oui. Garde tes mains pour toi. »
Avec réticence, Kiba retira sa main, non sans lui tapoter un peu la jambe. Au vu de sa stature légèrement vacillante, il était déjà sous l'emprise de l'alcool.
« Je pense beaucoup à toi depuis peu, admit brusquement le brun en regardant le blond avec des yeux lourds de sens. Je crois que je t'aime encore.
_Pour l'amour de Dieu Kiba, dit Naruto en laissant retomber sa fourchette dans son assiette avec un cliquètement bruyant. Tu es bourré.
_S'il te plait, dit le brun en se rapprochant, piégeant Naruto contre le mur. Viens chez moi ce soir.
_Dans tes rêves, dit le blond qui le repoussait.
_S'il te plaît , répéta Kiba en resserrant l'intérieur de sa cuisse. Ce sera différent cette fois.
_Non," refusa Naruto qui posa sa part de billet sur la table. Puis il se leva, indiquant à Kiba de se décaler. Avant que le blond ne puisse sortir de son champ de vision, Kiba déposa une quantité généreuse d'argent sur la table et se précipita à sa poursuite. Une fois dehors, il attrapa le bras de Naruto.
"Attends, chuchota le brun avec désespoir, et l'abîme sans fond, la douleur contenue dans ces yeux sombres fit se serrer quelque chose dans la poitrine de Naruto. Je suis désolé.
_Je veux rentrer, dit le blond, » ignorant son excuse.
Mais au lieu de prendre son opinion en considération, Kiba le poussa contre le mur en caressant sa joue.
« Viens chez moi, s'il te plaît. Je te promets que tu le regretteras pas. J'ai remarqué qu'il se passait quelque chose entre toi et ton proprio brun. Tu pourras faire semblant que je suis lui. »
Naruto ne savait pas si sa nausée soudaine résultait de la suggestion obscène de Kiba, ou du fait que ses émotions privées concernant Kankurô puissent être déformées en quelque chose de si cru et faux. Ou alors c'était à cause des shots d'ouzo, quoiqu'il en soit il ne put se retenir de vomir dans la rue.
Au moins ça fit reculer Kiba.
« Je veux rentrer chez moi. Je ne veux pas être avec toi. C'était une erreur, » dit Naruto en s'essuyant la bouche avec sa manche.
Les poings du brun se serrèrent et son expression amicale s'évanouit.
« C'est vrai, accorda Kiba, c'était une putain d'erreur. Je n'arrive pas à croire que j'ai considéré à reprendre quelqu'un d'aussi égoïste que toi. Je t'ai ouvert mon cœur, et tout ce que tu as fait c'est le briser de nouveau !
_C-C'est pas croyable, dit le blond qui se pliait en deux alors qu'un nouveau relent remontait le long de sa gorge. Kiba le fixait avec dégoût.
_Tu es cinglé. Et je suis désolé d'avoir pu croire que tu changerais, Naruto. Avec une personnalité comme la tienne, tu finiras seul et rejeté, comme ta mère.
_Laisse ma mère en dehors de tout ça, » dit le blond avec une voix sourde en s'appuyant contre le mur. C'était peut-être à cause de l'alcool, mais ses pieds tremblaient.
Kiba ne se rapprocha pas, mais il observait la flaque de vomi avec dégoût.
« Et dire que je pensais que quelqu'un comme toi aurait le cœur d'aider un ami. Mais tu n'es qu'une merde, comme d'habitude, Naruto.
_Va te faire foutre, Kiba ! » hurla Naruto en retenant un sanglot. Quand il vit l'autre se retourner et se diriger vers un taxi libre pas loin, ses pieds finirent par le lâcher, et il s'effondra au sol, près de la flaque.
Il attire ses genoux contre sa poitrine et enfouit sa tête dans ses mains. Les premiers sanglots s'ensuivirent et il se sentit de nouveau malade. Plus que tout, il voulait partir. De l'autre côté de la rue, les gens qui attendaient un taxi semblaient presque intimidants dans leur vêtements à la mode, sans le moindre pli. Naruto baissa les yeux sur son attirail usé. Il y avait sûrement du vomi sur sa manche et l'arrière de son jean était humide pour des raisons auxquelles il ne voulait pas songer.
Il se força à se relever de la rue humide et sale pour s'appuyer contre le mur. Mais il n'était pas assez alcoolisé pour demander à Kankurô de venir le chercher. A la place, il composa un autre numéro.
"Naruto ? appela la voix de Gaara de l'autre côté de la ligne.
_S'il te plaît, » viens me chercher, sanglota Naruto, bien qu'il ait décidé de conserver sa voix normale. Mais dès qu'il avait entendu le ton inquiet de son ami, ses émotions avaient prit le dessus sur sa volonté.
Peu de temps après, la voiture de Kankurô se gara dans la rue. Sans lus de cérémonie, Naruto s'assit à l'arrière, à côté de Gaara.
« Tu empestes, » dit Gaara en fronçant le nez.
Sur le siège conducteur, Kankurô restait silencieux et effrayé de ce qu'il pourrait voir, Narruto n'osait pas regarder dans sa direction. Vaincu et blessé, il faisait de son mieux pour rester immobile. Pleurer dans une situation pareille était tout simplement hors de question. Mais quand Gaara saisit sa main et la serra, un autre nœud serra sa gorge et avant de pouvoir s'en empêcher il sanglota. Gaara l'attira aussi proche de lui que le permettait leurs ceintures de sécurité et le tenait contre lui. Tout le trajet jusqu'à la maison, Naruto essaya de détecter toute colère contenue chez le rouquin, mais il n'en trouva aucune. Le temps de rentrer, Naruto s'était calmé, et ses sanglots s'étaient taris.
Le bouquet de fleurs indésiré sur la table de la cuisine lui rappela son anxiété. Sans un mot, Naruto courut à l'étage. Il était sur le point de s'effondrer sur son lit quand la poigne douce de Gaara l'arrêta.
« Tu devrais te doucher, d'abord. »
Si ses réserves d'énergies n'avaient pas été épuisées, Naruto aurait objecté. Mais en présence de son ami adoré, il se rendit compte qu'il n'avait rien à craindre. Quand Gaara le suivit dans la salle de bain et commença à retirer ses vêtements, lui aussi, Naruto s'arrêta dans ses mouvements et lui lança un regard confus.
« Je vais t'aider à te laver. Sinon tu vas juste t'évanouir, bloquer l'évacuation d'eau et causer des dommages à notre maison, » expliqua Gaara.
Naruto rougit et essaya de déboutonner son T-shirt sans succès. Ses mains tremblaient et de voir la portion grandissante de peau ivoirine ne faisait rien pour calmer ses émotions. Mais bientôt Gaara était là, nu, et l'aidait avec son T-shirt. Avec une caresse il le retira du corps de Naruto et le laissa tomber au sol.
Dans la douche, Naruto reçut l'ordre de se savonner. Pendant ce temps, Gaara appliquait du shampooing dans ses cheveux et lui massait le crâne. S'il n'avait pas été en pleine tourmente, Naruto était sûr qu'il aurait réagi à tant de nudité. Mais en cet instant, la présence de son ami était réconfortante et apaisante, et l'absence de pensées lubriques dans son esprit était une chose qu'il appréciait.
Très gentiment, Gaara lava le visage du blond. Son doux contact considéra chaque endroit de son front jusqu'à son menton. Sur ses joues, le rouquin fut extrêmement précautionneux et fut attentif à ne pas faire attention aux marques sur la peau scarifiée.
Après la douche, Naruto avait plus chaud. Il ne sait pas quand c'était arrivé, mais Gaara avait été suffisamment prévoyant pour lui amener des vêtements propres. Alors que Naruto s'asseyait sur le siège des toilettes pour enfiler ses chaussettes, Gaara se tenait à côté de lui et lui séchait les cheveux avec une serviette. Personne n'avait jamais pris soin de lui comme cela.
Sous la couette, dans la chambre de Gaara, Naruto sentit enfin els dernières traces d'anxiété le quitter. En s'appuyant contre la poitrine du rouquin dans ses vêtements propres et doux, il se sentait mieux que jamais. La soirée avec Kiba n'était plus qu'un cauchemar lointain.
"Il n'a pas change du tout, dit finalement Naruto, c'était un désastre.
_Je suis désolé d'entendre ça, répondit Gaara. Tu veux en parler ?
_J'ai été tellement stupide de croire qu'il avait changé, chuchota le blond. Il m'a fait me sentir mal à propos de moi-même, et je ne crois pas qu'il s'en rende compte. Quand je lui ai dit que je n'étais pas intéressé par sa compagnie, il a soudainement tout retourné contre moi, comme si c'était moi l'inconsidéré.
_Parfois, tu es juste trop gentil avec les gens, Naruto, affirma Gaara en l'attirant un peu plus contre lui.
_Toi aussi, dit le blond. Ce que tu as fait pour moi était absolument génial. J'ai pas l'impression de le mériter."
Gaara tint son menton et le regarda dans les yeux. « Tu n'as clairement pas conscience de ta valeur. Mais ce n'est que l'une des nombreuses choses qui fait la personne adorable que tu es. » Et comme pour sceller ses mots, le rouquin l'embrassa.
Naruto enfouit sa tête dans le torse de son ami. Ses joues étaient plus chaudes qu'auparavant, et une armée de papillon battait encore des ailes dans son estomac. La vibration douce et sautillante de sa poitrine amplifiait à mesure du temps qu'il passait dans les bras de Gaara.
« Tu sais… Tu es vraiment la seule personne avec qui je veux passer du temps, admit Naruto juste pour se distraire des choses qu'il se passait dans sa tête. Je t'ai dans la peau, Gaara. Et ça me fait me sentir bien, et en sécurité. »
Le rouquin l'embrassa de nouveau.
« Tu es spécial, Naruto. Et je ne sais pas si je peux te donner l'attention que tu mérites, dit-il en caressant son dos au travers de la couverture.
_Ne t'en fais pas pour ça. Tu fais un travail formidable, » assura Naruto en se positionnant plus confortablement contre le torse chaud de sa moitié.
Pour toute réponse, Gaara le serra simplement plus fort, d'un air protecteur.
Le lendemain, Naruto descendit les escaliers d'un air endormi. Un mal de tête pulsait dans son crâne, à cause des shots d'ouzo qu'il regrettait maintenant. Il rencontra un Kankurô à l'air morose dans la cuisine, et immédiatement la honte et l'embarras de la nuit dernière ressurgir en lui.
Les fleurs dans le vase n'étaient plus là.
"Bonjour, » dit le brun en lui donnant un café à l'air innocent.
Mais Naruto le laissa reposer sur la table. « J-Je suis désolé si je t'ai fâché d'une manière ou d'une autre. Kiba est une vieille connaissance à moi mais aussi un ami de Sakura et Sasuke. »
Kankurô cessa ce qu'il faisait et tendit l'oreille. Puis il s'assit à table, en gardant un œil sur la porte. « Ecoute, je ne doute pas de toi, Naruto, mais tu dois admettre que ça avait l'air louche. J'étais inquiet pour Gaara. Tu sais à quel point il est devenu dépendant de toi. »
Naruto enveloppa avec précaution ses doigts autour du mug brûlant. Peut-être que c'était le café qui l'avait brusquement réchauffé comme ça, et non cette information inattendue concernant l'affection muette de Gaara ?
Mais leur conversation n'était pas terminée bien qu'il n'ait pas répondu.
« Je t'aime beaucoup, Naruto. Je pense qu'en général, tu as une bonne influence sur Gaara. Ne lui fait pas de mal. Si tu fais ça, tu devras te frotter à moi bien plus tôt que tu puisses l'imaginer. » Il n'y avait aucun humour dans le ton du grand frère.
Naruto pâlit et prit une gorgée de café. Alors que le liquide chaud brûlait sa gorge, il toussa. « Je ne laisserai jamais tomber ton frère. Je te donne ma parole.
_Bien, » fut tout ce que répondit le brun, amis quand il rencontra par hasard les yeux sombres, il y vit une lueur sans fin, qui l'étudiait.
« Il n'était pas qu'un vieil ami, je me trompe ? demanda Kankurô qui lisait déjà le journal.
_Non, » chuchota Naruto de la réponde la plus courte possible qu'il put formuler. Bien qu'il soit plus proche de Kankurô depuis quelques mois, cette conversation en particulier semblait franchir une limite de confort. Lui raconter le rôle qu'avait joué Kiba par le passé était hors de question, et rien que le fait d'admettre qu'il était plus qu'une connaissance était quelque part un sujet qui dépassait de loin ses limites habituelles.
Leur amitié – ou ce truc sans nom qui précédait l'amitié et qui définissait le statut actuel de leur relation – était trop profonde et ce trop tôt, et il ne parvenait pas à s'accoutumer à ce changement brusque.
Mais comme d'habitude le brun ne sembla pas le remarquer.
« Alors… Sakura était avec vous ? » demanda-t-il ensuite, tandis que ses yeux parcouraient fiévreusement les colonnes de textes imprimé. Mais leur mouvement était bien trop rapide et désorganisé pour qu'on ait réellement l'impression qu'il lisait.
Naruto fit comme si de rien n'était. « Elle a eu un empêchement de dernière minute, elle n'a pas pu venir. »
Et maintenant, ces yeux sombres le regardaient à nouveau, et Naruto luttait pour garder son chaos intérieur sous contrôle. Heureusement, Gaara entra dans la pièce juste à cet instant, accompagné d'une aura qui était tout sauf déprimante.
« Naruto, viens. Je voudrais te montrer un truc. »
Il était si heureux qu'il aurait pu enlacer le rouquin. Sans remords, il courut après son ami, et à chaque pas qui l'éloignait de Kankurô il sentait un poids disparaître de ses épaules.
Dans le jardin, Gaara lui prit la main et le mena sous un arbre.
Là, dans les herbes hautes, gisait un petit oiseau sans vie.
C'aurait été un tableau des plus tristes, s'il n'y avait eu une dizaine de couronnes de fleurs épaisses et colorées arrangées proprement autour du corps minuscule. Naruto reconnut en elles les restes du bouquet indésirable que lui avait offert Kiba.
« Il n'a pas plus de deux mois, dit Gaara alors qu'il montraient silencieusement leurs respects à la créature décédée. Vu comment les choucas et les corbeaux à gros becs se battent en ce moment, il a sûrement été victime d'une attaque. »
Le rouquin lança un bref regard dans sa direction, avant d'ajouter « Toi aussi tu as été attaqué, Naruto. J'ai vu comment tu grimaçais en voyant le bouquet, et j'ai pensé , quelle meilleure manière de respecter ces fleurs en train de fâner – qui n'étaient pas responsables du but qu'on leur avait assigné – que de les mettre ici, en condoléances à une victime innocente.
_G-Gaara, bégaya-t-il en l'attirant dans une étreinte. Seule Gaara pouvait faire quelque chose de si déprimant quelque chose de si beau. Tu crois qu'on devrait l'enterrer ?
_Non. D'ici deux jours il sera retrouvé par des rongeurs ou d'autres oiseaux, et le cycle de la vie sera complet, dit le rouquin en lui serrant la main. Tu savais que les choucas formaient des couples fidèles à vie ?
_Non, je ne le savais pas, chuchota Naruto en couvant le rouquin qui ne cessait de l'enchanter d'un regard tendre.
_Ils font ça, et ils ne se séparent que si l'autre meurt. Mais même veufs, ils ne cherchent pas nécessairement un nouveau partenaire, » ajouta Gaara.
La chaleur éclatait à dans le cœur de Naruto, et son ancienne gêne étaient enterrée depuis longtemps. Peu importe qu'ils soient sûrement les seuls à trouver un sens et de la beauté en une telle chose, ça le connectait profondément à l'autre jeune homme. Le lien unique, exceptionnel, qui les liait s'était encore approfondi et pour exprimer la joie qu'il en tirait, il attira Gaara dans une forte étreinte.
Naruto lui chuchotait de petits mots doux à l'oreille avant de l'embrasser brièvement, sans se soucier de savoir si l'aîné était caché quelque part hors de leur vue. Tout ce qui comptait désormais, c'était la magnifique personne dans ses bras, que jamais, jamais, il n'abandonnerait.
Toute la matinée, Naruto avait épié par la fenêtre le jardin de leur voisin.
« Je me demande qui emménage ici, songea-t-il en jetant un regard au rouquin étrangement silencieux allongé sur son lit.
_Eloigne-toi de la fenêtre, ordonna Gaara d'une voix monotone et comme il n'obéissait pas, son inquiétude grandit. C'est malpoli d'espionner les autres, » rappela le rouquin en se levant.
Bien que réticent, Naruto laissa Gaara le guider loin de l'agitation si intéressante qui avait lieu au-delà de la verdure de leur abondant jardin.
Ils s'assirent sur le sol, hors de la vue de quiconque, mais comme il ne se passait rien d'intéressant, Naruto s'apprêtait à retourner à son poste d'espionnage. Gaara saisit sa manche et lentement Naruto abandonna son intention.
« Et si on commençait ce langage des signes que tu voulais créer ? Pour quand quelqu'un nous épie, et qu'on ne veut pas qu'ils sachent qu'on communique, suggéra finalement le rouquin, et instantanément les yeux bleus s'illuminèrent d'excitation.
_Oh oui ! J'ai déjà imaginé quelques signes, » dit Naruto. Il tordit le lobe de son oreille à quelques reprises puis expliqua la signification de ce geste.
« Ça veut dire : on n'a presque plus d'essence et il faut qu'on s'arrête à la station la plus proche le plus tôt possible. »
Gaara le fixa longuement, sans doute prit d'admiration pour le génie de son idée.
« A quelle fréquence penses-tu que l'on finirait dans une situation où cette information précise serait d'une importance vitale à communiquer, sans l'usage de la parole ? demanda-t-il finalement, et le ton de sa voix n'était pas aussi impressionné que ce à quoi Naruto s'était attendu.
_Ben, dans une situation où quelqu'un aurait piraté ma voiture alors qu'on est en route, par exemple, expliqua-t-il.
_Bien sûr, acquiesça le rouquin, très sérieux. Toucher le lobe de ton oreille est un signe trop simple et trop facile. Tu ne penses pas qu'on devrait l'utiliser pour autre chose ? Comme : je ne me sens pas bien et je veux partir tout de suite ? »
Naruto bouda et son regard erra longtemps dans la chambre. « Hmm. Je suppose que ça pourrait être plus utile.
Gaara acquiesça et se frotta les tempes d'un air pensif. « Quelles sont tes autres idées ? »
Naruto mit ses doigts en contact de sortes qu'ils forment le toit d'une maison. « Ça, ça signifie que l'endroit où nous sommes est actuellement sous écoute. Si je te montre ça, tu sauras qu'il faut qu'on fasse attention. »
Le rouquin accepta l'idée sans hésiter. « Ça m'a l'air bien. »
Quelqu'un dehors claqua la porte du camion de déménagement, perturbant leur tranquillité. Avec un coup d'œil ininterprétable, Gaara saisi rapidement la manche de Naruto pour conserver son attention.
« Je pense qu'on devrait avoir quelques signes irrationnels, pour lesquelles on ne demandera à l'autre aucune explication. D'accord ? demanda Gaara.
_Bon, ça me va, accorda Naruto, bien qu'un peu intrigué par le but que cachait cette requête.
_Si je fais ça, dit Gaara en se grattant l'oreille du bout du doigt, ça voudra dire ; suis-moi vite et ne pose pas de question, juste fait-le. »
Naruto évalua l'expression illisible de son ami quelques secondes. « Deal. »
Le rouquin se détendit de manière visible, et perdit un peu de sa tension.
"C'est mon tour maintenant, dit Naruto en croisant ses index de manière à créer un X. Ca veut dire : j'ai très envie de prendre cette quatrième part de tarte, mais je suis trop gêné pour la prendre, alors est-ce que tu pourrais en prendre une aussi pour que je ne passe pas pour un malpropre ? »
Gaara ricana doucement, amusé.
Naruto sourit un peu, lui aussi. "Hé, tu peux rire autant que tu veux, mais ce signe se serait avéré utile dans plusieurs occasion. »
Il voyait en quoi c'était amusant, mais il s'en fichait, car de voir son ami morose de si bonne humeur était plus important que n'importe quoi.
