Chapitre trois :

« Tu te rends compte ? Tempêta Léo avec mauvaise humeur en poussant la porte de leur appartement. J'ai vécu toute ma vie juste à côté de Raphaël sans être au courant ! Si ça se trouve, je l'ai même croisé dans la rue sans le reconnaître.

- Arrête, tu ne sais pas s'il est toujours à New-York, rétorqua Karaï. Peut-être qu'il a été adopté, ou placé. Et même si ce n'était pas le cas, de toute façon ça fait quatre ans qu'il ne dépend plus de son orphelinat. Il peut être n'importe où. »

Plus frustré que réellement énervé, Léo se dirigea d'un pas déterminé vers la cuisine. La nourriture avait toujours été sa façon de faire face à ses émotions. Il attrapa la boite de cookies qu'il avait entamé la veille et s'affala sur une chaise dans un grognement. Splinter ne rentrerait du dojo que vers vingt et une heures et Tang Shen devait probablement profiter de son premier jour de week-end pour se détendre à la bibliothèque. Aucun d'eux ne serait là avant au moins trois heures.

« Qu'est-ce que tu proposes, alors ? Demanda Léonardo à sa sœur qui s'agitait dans le salon. Comment tu veux le retrouver ? Les retrouver ? Parce que ça va être encore plus galère pour Michelangelo et Donatello que pour Raphaël visiblement.

- Si tu veux faire un bon avocat, va falloir bosser sur ta patience, ta persévérance et ton obstination, mon vieux, répondit Karaï d'un ton moqueur lorsqu'elle posa son ordinateur portable sur la table, en face de lui. Pour l'instant, je plains tes futurs clients.

- Haha, très drôle. Je te signale que c'est ton boulot de mener l'enquête, pas le mien.

- Tiens, attrape ça. »

Sans regarder son frère, la jeune femme lui envoya le téléphone qu'il réceptionna sans même y jeter un coup d'œil, trop occupé qu'il était à fusiller des yeux la boite de cookies.

« Tu veux appeler les orphelinats ? Mais puisqu'ils n'y sont plus…

- On pourra peut-être nous renseigner sur l'endroit où ils sont allés ensuite, répondit Karaï. Tu veux commencer par qui ?

- Je ne sais pas…

- De toute façon, on va tous les appeler ce soir, comme ça ce sera fait. Prends une feuille et un stylo pour noter. »

Sans protester, Léonardo obéit. Après tout, étant entré dans la police pour devenir détective, sa sœur connaissait bien mieux que lui la procédure à suivre pour mener une enquête. N'était-ce pas le rêve de sa vie que d'être commissaire à la Criminelle ? Chercher les frères de Léo ne devait être qu'un exercice d'application comme un autre pour elle.

Lorsqu'il revint avec de quoi noter, Karaï lui dicta un premier numéro qu'elle avait trouvé sur internet d'après les informations que leur avait donné Elizabeth Snow. Léonardo mit le haut-parleur.

« C'est pour Donatello, lui indiqua-t-elle avant que quelqu'un ne décroche à l'autre bout du fil.

- Allô, Orphelinat Ramon, de Phoenix, que puis-je faire pour vous ?

- Allô, euh… Bonsoir, voilà, je suis à la recherche d'un de vos anciens pensionnaires, ce serait possible de me renseigner ? Demanda Léo en cherchant ses mots.

- C'est une affaire grave ?

- Oh, non, pas du tout. On se connaissait quand on était petits et j'aimerais le revoir, c'est tout.

- Vous pouvez me donner son nom ?

- Il s'appelle Donatello. Il doit avoir vingt-deux ans maintenant.

- On ne suit l'évolution de nos pensionnaires qu'une seule année après leur départ de l'établissement. Si on a bien un dossier à ce nom, on ne pourra pas vous dire ce qu'il est advenu de lui aujourd'hui.

- C'est pas grave, je continuerais mes recherches de mon côté. Mais si vous pouviez m'aider à les commencer, je vous en serais très reconnaissant.

- Vous connaissez l'année de son arrivée dans cet établissement ? »

Léo donna la date exacte après un rapide calcul mental. Il y eut un moment de silence au bout du fil puis la voix reprit, amicale.

« Le dossier que vous demandez a été archivé. Ça va prendre un peu de temps pour le ressortir. Mais si vous voulez bien rappeler lundi, dans l'après-midi, je devrais être en mesure de répondre à vos questions. Ça vous convient ?

- Oui, d'accord, s'empressa d'acquiescer Léonardo. Merci beaucoup monsieur.

- De rien. Je vous dis à lundi alors ?

- Oui, merci encore ! »

Un sourire aux lèvres, le jeune homme raccrocha. En face de lui, Karaï souriait tout autant.

« S'ils sont tous aussi coopératifs, on aura fini en moins de deux ! S'exclama-t-elle avec optimisme.

- Croisons les doigts.

- Aller, on passe à Raphaël, maintenant. »

De nouveau elle lui dicta un numéro, et de nouveau, Léo mit le haut-parleur. La tonalité retentit trois fois avant que quelqu'un ne décroche.

« Orphelinat West de New-York, bonsoir, chantonna une voix de femme. Comment puis-je vous aider ?

- Bonsoir, je suis à la recherche d'un de vos anciens pensionnaires, un nommé Raphaël, récita Léonardo en répétant presque mot pour mot ce qu'il avait expliqué à l'homme de l'autre établissement. Ce serait possible de me renseigner ?

- Pour quel motif le cherchez-vous ? Demanda la femme après une longue hésitation.

- Je le connaissais il y a longtemps, et j'aimerais beaucoup le revoir. Il est sorti de votre juridiction il y a trois ans, normalement.

- Je suis désolée monsieur, mais pour la sécurité de nos pensionnaires, nous ne sommes pas autorisés à divulguer des informations personnelles par téléphone. »

Pris de cours, Léo ne sut pas quoi répondre. Il jeta un regard affolé à sa sœur qui lui fit les gros yeux et l'encouragea à poursuivre d'un signe de la main.

« Je… Je comprends, balbutia-t-il en cherchant frénétiquement une idée. Je… Est-ce que ce serait mieux que je vienne en personne ?

- Ce serait bien mieux.

- Très bien, alors je peux avoir vos horaires ?

- Notre accueil est ouvert de huit heures et demi à dix-huit heures du Lundi au Vendredi.

- Merci. Je viendrais dès lundi.

- Je parlerais de votre demande à mon directeur.

- D'accord. Merci de votre aide.

- De rien. »

Léo raccrocha et poussa un soupir.

« Si ça se trouve, c'est Raphaël qui va nous poser le plus de problèmes, en fait, commenta Karaï.

- Espérons juste que l'orphelinat de Michelangelo ne va pas nous demander de venir, lui aussi, parce que j'ai vraiment pas envie d'attendre Halloween pour avoir de ses nouvelles, marmonna son frère. C'est plutôt loin le Minnesota… »

La jeune femme hocha la tête et dicta un dernier numéro. Ce fut de nouveau une femme qui décrocha.

« Allô, orphelinat Wells de Saint Paul, j'écoute ?

- Allô, bonsoir, la salua Léonardo. Je suis à la recherche d'une vieille connaissance à moi, qui dépendait de votre orphelinat il y a quatre ans. Ce serait possible d'avoir des renseignements ?

- C'est à quel sujet ? Demanda la voix d'un ton clairement peu intéressé. Une adoption ?

- Non, je vous l'ai dit, je cherche quelqu'un, répéta le jeune homme avec patience. Un garçon qui…

- Écoutez, monsieur, si vous n'appelez pas pour un placement, une adoption ou une proposition d'accueil, je ne peux rien faire pour vous.

- Mais je…

- Désolée monsieur. »

Sans laisser le temps à son frère de réagir, Karaï tira vivement le téléphone vers elle et prit l'affaire en mains.

« Allô, Agent Thawne à l'appareil, débita-t-elle d'une voix très professionnelle. Veuillez pardonner mon collègue, il est nouveau. Ici le FBI, nous sommes à la recherche d'un jeune homme nommé Michelangelo. Sauriez-vous nous donner des renseignements précis, ou devrais-je envoyer une brigade vous interroger directement ? »

Alors que Léonardo faisait une grimace signifiant clairement « T'as le droit de faire ça ?! », la femme au bout du fil sembla enfin s'intéresser à la conversation. Le jeu d'actrice de Karaï portait visiblement ses fruits.

« Le FBI ? Demanda-t-elle d'une voix soudain inquiète. C'est si important que ça ?

- Répondez juste à la question, madame. Pouvez-vous, oui ou non, nous renseigner à propos d'un certain Michelangelo qui aurait été dans votre établissement ?

- Écoutez, quoi que ce garçon ait pu faire, on n'a rien à voir avec ça ! »

À l'exclamation pleine de sincérité de leur interlocutrice, Léo sentit son cœur se serrer. Voilà exactement ce qu'il avait redouté en se lançant à la recherche de ses frères : apprendre qu'ils avaient pu mal tourner.

« De toute façon, reprit la femme. Ça fait longtemps qu'on ne l'a pas vu.

- Oui, je sais, acquiesça Karaï dont le regard inquiet qu'elle adressait à son cadet détonait radicalement avec son ton professionnel. Vous ne gardez contact avec vos pensionnaires qu'une année seulement après leur majorité, mais…

- Oh non, l'interrompit l'autre. Lui, c'est un cas à part.

- Comment ça ?

- Vous voyez, il est arrivé à l'âge de six ans dans notre établissement. Je me souviens très bien de lui parce qu'il était intenable. C'est simple, ce garçon est une vraie plaie. Il désobéissait tout le temps, et a même fugué plusieurs fois. Il a décroché du lycée vers quinze ans et s'est retrouvé un nombre incalculable de fois au commissariat. À partir de là, qu'est-ce que vous voulez faire ? Je veux dire… On ne peut pas aider un gosse qui ne veut pas de notre aide, pas vrai ? Alors on l'a laissé faire un peu ce qu'il voulait. Il a arrêté de dormir dans sa chambre longtemps avant de devoir la quitter, et il n'est pas de ceux qu'on a suivis après leur majorité. Il y a des enfants qui méritent plus d'attention, vous savez ? », conclue-t-elle d'une voix désolée.

Alors que Léonardo se passait une main inquiète et hallucinée dans les cheveux, essayant de faire correspondre cette image de délinquant récidiviste qu'on lui dépeignait avec celle du petit garçon rieur et souriant dont il se souvenait, le visage de Karaï se ferma et la colère se lut dans ses yeux.

« Le suivi de vos pensionnaires n'est pas une option ! Asséna-t-elle d'un ton impitoyable. Vous êtes censé les suivre tous, et pas seulement ceux que vous jugez dignes ! Qui vous autorise à condamner un jeune sous prétexte qu'il n'est pas sage ? Ce garçon avait peut-être juste besoin d'aide et vous l'avez ignoré !

- Mais… Voulut protester la femme avec indignation.

- Peu importe, la coupa la sœur de Léo. Votre cas ne tombe pas sous ma juridiction. Mais vous feriez bien de modifier votre politique intérieure avant que j'envoie les agents de la protection de l'enfance à vos trousses ! Écoutez, reprit-elle après avoir profondément inspiré pour se calmer. Dites-moi juste si vous savez si ce garçon se trouve toujours à Saint Paul actuellement.

- Écoutez, répondit son interlocutrice, clairement refroidit par ces menaces, Saint Paul est une grande ville, d'accord ? Comment voulez-vous que je sache où il est, puisqu'on ne l'a pas vu dans le quartier depuis plus de cinq ans ? Pour ce que j'en sais, il pourrait tout aussi bien être mort. Mais sachez que s'il est impliqué de près ou de loin dans votre affaire, alors c'est lui le coupable, de toute façon. Pas la peine de chercher plus loin. »

Refusant d'en entendre plus, Karaï raccrocha. Un silence pesant flotta quelques secondes autour des deux jeunes gens. Léo tentait de déterminer s'il était plus inquiet à propos de Michelangelo qu'en colère à cause de cette femme stupide qui se permettait de le déclarer coupable sans rien savoir de ce qu'on lui reprochait, et, comme il n'arrivait pas à trancher, il se rabattit sur les gâteaux devant lui, qu'il enfourna dans sa bouche à une vitesse alarmante. Sa sœur posa une main réconfortante sur son épaule et lui adressa un sourire désolé.

« Cette femme avait l'air d'une sale conne, le consola-t-elle. On ira le chercher nous-mêmes, ok ? On n'a pas besoin d'eux pour le trouver. Pour l'instant, il faut se concentrer sur le tangible. Lundi, on se charge de Raphaël et Donatello, puis on s'attaquera au cas de Michelangelo. Il a l'air d'être celui qui va nous donner le plus de mal, finalement, alors gardons le plus dur pour la fin. Raphaël a la priorité. »