Chapitre six :
« Ça va ? Pas trop stressé ? Demanda Léonardo à son frère lorsqu'ils sortirent de l'aéroport international de Boston-Logan, le premier lundi des vacances de la Toussaint.
- Pour la quinzième fois : je ne suis pas stressé, grommela Raphaël. Continue de me poser cette question et ça va finir par me foutre en rogne, je te préviens ! Et crois-moi, tu ne veux pas me foutre en rogne.
- Ok, ok, abdiqua Léo en entamant un nouveau cookie. Je me tais. »
Les deux jeunes hommes montèrent dans un taxi et donnèrent l'adresse du YMCA qu'ils avaient réservé pour la nuit. Léonardo entamait sa quatrième boite de biscuits depuis qu'ils avaient décollé de JFK lorsqu'ils entrèrent dans leur chambre.
« C'est dingue ça ! Protesta Raph à la vue de cet énième gâteau. T'arrête jamais de manger ? Comment tu fais pour ne pas être gros ?
- Je galère, répondit Léo avec une grimace. Chaque cookie est une vraie bataille.
- Pourquoi tu ne ralentis pas sur la bouffe, alors ?
- Je compense.
- Ça te stresse tant que ça, cette histoire ? »
Plutôt que de répondre à cette question un peu trop personnelle à son goût, Léonardo se laissa tomber sur un lit et changea de sujet.
« Tu es déjà venu à Boston ?
- Une fois, répondit Raphaël en jeta son sac sur son propre matelas. Avec une de mes familles d'accueil. C'est une ville sympa.
- Alors tu connais ? Ça vaut le coup de visiter ?
- J'avais neuf ans, et on est resté qu'une semaine, tu sais ? Je ne me souviens plus vraiment. Mais autant en profiter, puisqu'on y est.
- Ça serait quand même plus sympa si Donatello nous servait de guide, remarqua Léo.
- Encore faudrait-il qu'il habite toujours ici. »
Raph fit un rapide calcul mental.
« Pour qu'il soit toujours à l'université aujourd'hui, faudrait qu'il ait redoublé deux classes. Ce serait bizarre pour quelqu'un qui est entré au MIT à 16 ans. Non, il doit déjà avoir commencé à bosser.
- Alors, il faut aller sur place pour voir s'ils peuvent nous renseigner, répondit Léonardo. Qu'est-ce que tu préfères ? On cherche d'abord Donatello, puis on visite, ou on visite d'abord et on le cherche ensuite ?
- On a qu'une semaine de vacances, et j'ai vraiment envie de le rencontrer, déclara Raphaël. Je préférerais qu'on ne perde pas de temps. On a toute la vie pour visiter Boston.
- Mais seulement une semaine pour chercher notre frère, compléta Léonardo avec un hochement de tête. Je suis d'accord. »
Aussitôt dit, aussitôt fait et les deux hommes prirent la direction du MIT. Raphaël, qui s'était occupé des réservations sur place pendant que son frère s'occupait des billets d'avion n'avait pas été très pragmatique et le YMCA dans lequel ils avaient atterri n'était pas tout proche de l'université.
« Je me trompe ou l'organisation, c'est pas trop ton truc ? Ricana Léonardo pendant qu'ils marchaient.
- Oh, ça va, ne te moques pas, j'ai pas l'habitude. C'est Karaï qu'a l'air d'être une pro ! Rappelle-moi pourquoi elle n'est pas venue, déjà ?
- Parce que, contrairement à nous qui sommes encore à la fac et ne foutons rien, elle, elle bosse. Elle n'est pas en vacances. Pas tout de suite en tout cas. Il n'y a pas de repos pour la police de New-York.
- Et c'est une des raisons pour laquelle j'ai laissé tomber l'idée d'être flic, plaisanta Raphaël. Entre autres.
- Et Casey, pourquoi il n'est pas venu, lui ? Demanda Léo.
- Alors ça, c'est un vrai mystère. Il m'a sorti une vieille excuse pourrie, genre « j'ai le mal de l'air » et « ma grand-mère est malade » – sa grand-mère qui est actuellement au Mexique, en train de se marier pour la quatrième fois. J'ai pas bien compris. »
En vérité, Léonardo pensait avoir compris, lui. Il avait bien vu le sourire heureux que Casey avait sur les lèvres à chaque fois qu'il les surprenait, Raph et lui, à rire ensembles. Le compagnon de Raphaël semblait très bien comprendre le besoin que les frères avaient de se retrouver, ce qui n'était pas très étonnant vu la relation quasi-fusionnelle qu'il avait l'air d'entretenir avec sa sœur. Léo le soupçonnait donc d'avoir décliné l'invitation de son petit ami pour leur donner l'intimité nécessaire aux retrouvailles avec Donatello. Et de cela, Léonardo était très reconnaissant.
« Ça fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Demanda-t-il avec un sourire presque invisible.
- Un an et demi, marmonna Raph après avoir très brièvement rougit.
- Et vous avez directement décidé d'habiter ensemble ? C'était rapide.
- Euh… Nan, tu fais erreur, Léo. Je crois qu'on n'a jamais vu personne galérer autant que Casey et moi ! Ça fait deux ans qu'on vit en coloc', et pendant six mois, il ne s'est strictement rien passé.
- Pourquoi ?
- Parce qu'on était trop bouchés pour essayer quoi que ce soit. Il a fallu une soirée déprime et huit shots de vodka pour nous décoincer. »
Léonardo se joignit au rire de son frère. Il connaissait ça, lui aussi. De toute sa vie, il n'avait eu que trois copines sérieuses, dont deux avaient eu à faire le premier pas parce qu'il était trop timide. Ça devait être de famille. Ça devait transcender les liens de sang.
« Et… Le coming-out, c'était pas trop dur ? Demanda-t-il ensuite, un peu plus gêné par cette question très personnelle.
- Quel coming-out ? Se moqua Raphaël. Personnellement, j'avais pas grand monde à qui le dire, et lui, ça faisait belle lurette que toute sa famille était au courant. Pourquoi tu me poses toutes ces questions ?
- Bah, je ne sais pas, je suis curieux, c'est tout.
- Ce serait pas parce qu'il a dragué ta sœur ? T'inquiète Léo ! Il drague toutes les filles qui passent, mais c'est juste de la drague de bas étage. Il reçoit plus souvent des claques qu'autre chose et de toute façon, si on lui répondait oui, il se sentirait super mal.
- C'est ce que m'a dit Karaï, acquiesça Léo en riant.
- Et toi alors ! S'exclama soudain Raphaël, signe qu'il en avait assez d'être interrogé. Les filles, dis-moi tout ! T'as une copine en ce moment ?
- Nop, rien depuis cinq mois, et je ne m'en porte pas plus mal.
- Aïe… Histoire d'amour difficile ?
- On peut dire ça comme ça, marmonna Léo. J'ai pas vraiment envie d'en parler.
- « La ferme, Raphaël » sont les mots que tu cherches, le railla son frère. Ok, ok, frangin, pas de problèmes, ajouta-t-il ensuite sur le ton de la plaisanterie quand Léonardo le fusilla du regard. De toute façon regarde, on est arrivé. »
En effet, les deux jeunes hommes s'approchaient à grands pas du MIT. L'un comme l'autre n'avaient jamais vu l'université en vrai et se retrouver devant un tel monument, une telle icône des États-Unis, était assez incroyable.
« Wow, souffla Raphaël. C'est beaucoup plus grand que ce que j'avais imaginé.
- C'est clair. »
Très impressionnés, ils mirent un bon quart d'heure à localiser l'accueil de la fac malgré le plan à l'entrée du parc. Un homme leur indiqua alors les bureaux de la scolarité où ils pourraient obtenir leurs renseignements, et il leur fallut dix nouvelles minutes pour arriver à destination. Heureusement pour eux, chaque bureau était doté d'une permanence. Même au beau milieu des vacances, des secrétaires étaient à la disposition des étudiants.
« Bon sang, c'est pas une fac ici, marmonna Léonardo. C'est un labyrinthe.
- Je suis d'accord. Ça devrait être interdit de faire des trucs aussi grands. »
Finalement, après avoir rencontré douze milles personnes – à leurs yeux – qui se fichaient totalement de ce qu'ils avaient à dire, ils se retrouvèrent devant une femme qui avait l'air disposé à les écouter.
« Bonjour, les salua-t-elle avec un sourire chaleureux. Je peux vous aider ?
- Oui, acquiesça Raphaël. On cherche un de vos anciens élèves. On le connaissait il y a longtemps et on voudrait le revoir. Mais on ne sait pas où il habite.
- On espérait que vous pourriez nous le dire, ajouta Léonardo.
- Euh… C'est assez inhabituel, comme requête, hésita-t-elle. Je ne suis pas sûre d'avoir le droit de vous donner des renseignements aussi personnels. Vous comprenez, on ne…
- J'ai déjà entendu ça, l'interrompit gentiment Léo. Et je sais que ça a l'air bizarre, dit comme ça, mais on voudrait juste savoir s'il a quitté Boston, c'est tout.
- C'est un ancien élève ? Demanda-t-elle.
- Oui, il s'est inscrit ici quand il avait seize ans. Du coup, il doit avoir eu son diplôme, depuis le temps.
- Je suis désolée, mais s'il a terminé ses études, il n'y a rien que je puisse faire pour vous aider. À la limite, je pourrais vous donner la dernière adresse qu'on a de lui, mais rien de plus. »
Léo et Raph échangèrent un regard déçu. Ils s'attendaient à ce que ce soit compliqué, mais ils ne s'attendaient pas à ce que ça devienne si dur, si vite. Ils voulaient juste retrouver leur frère, bon sang ! Pourquoi était-ce si difficile ?
« Je suppose que c'est un début, grommela Raphaël. Si vous pouviez nous donner une adresse, ça nous donnerait une idée d'où commencer.
- Comment s'appelle-t-il ? Demanda la femme en tournant le regard vers son ordinateur.
- Donatello, répondirent les frères en même temps.
- Et son nom de famille ?
- Euh…
- On ne sait pas, répondit Léonardo. Ça fait seize ans qu'on ne l'a pas vu, et la dernière fois, il n'avait pas de nom de famille.
- Comment ça ? S'étonna la secrétaire en fronçant les sourcils.
- C'est un orphelin, expliqua Raphaël, visiblement agacé d'avoir à préciser ce détail à chaque fois.
- Oh, je vois… »
La femme resta silencieuse une petite minute face à son écran avant de redresser soudain la tête.
« Attendez un instant. Un garçon de seize ans qui sortait d'un orphelinat ? Il venait d'où ?
- Arizona, répondit Léonardo avec une lueur d'espoir.
- C'est normal que je ne le trouve pas ici ! S'exclama-t-elle en riant. Je regardais dans les dossiers archivés. Donnez-moi une seconde… Voilà, Donatello, inscrit en 2009 à l'âge de seize ans. Il arrivait tout droit de l'orphelinat Ramon, à Phoenix, c'est bien ça ?
- Oui ! S'exclama Léo, ravit, alors qu'un sourire illuminait le visage de Raphaël. C'est bien lui ! Vous pouvez nous donner sa dernière adresse ?
- Je peux faire mieux que ça, je peux vous dire où il habite en ce moment. Il est toujours étudiant ici.
- Sérieux ? S'étonna Raph, malgré son excitation. Après six ans ?
- C'est parce que, d'après ce que j'ai ici, une fois qu'il a terminé sa Licence d'Ingénierie Mécanique, il a commencé un double cursus de… Science et Technologie de la Santé et de… Sciences du Cerveau et du Système Cognitif. Ça lui fera trois diplômes d'ici la fin de l'année, s'il continue comme ça. C'est un sacré phénomène, ce garçon. »
Léonardo et Raphaël se regardèrent de nouveau, pas vraiment étonnés par ce qu'elle leur disait. D'après ce dont ils se souvenaient tous les deux, Donatello avait été un enfant curieux et très en avance pour son âge. Après avoir lu l'intégralité du dossier, la secrétaire finit enfin par leur donner une adresse et ils la quittèrent en la remerciant chaudement.
« Qu'est-ce qu'on fait ? Demanda Raph quand ils sortirent du campus. On y va tout de suite ?
- Il n'est que quatre heures de l'aprèm, répondit Léo. Ça vaut le coup d'essayer, non ? En plus, d'après notre ami Google Maps, c'est pas très loin d'ici.
- Je te suis. »
.
.
Ca vous plait toujours j'espère =) N'oubliez pas de me le dire ! ^^
Saluz
