Oups ! Désolée pour le retard, pas eu le temps de toucher mon ordinateur hier ^^' J'espère que ce chapitre va vous plaire ! =) Je sais que certain l'attendait avec impatience.

Bonne lecture !

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Chapitre huit :

Mercredi était arrivé et l'excitation était à son comble. Malgré ses premières réticences, Léonardo était finalement bien content d'avoir pu parler à Donatello par téléphone. D'accord, cela ne valait pas une rencontre en face-à-face, mais ça avait au moins calmé les inquiétudes qu'il pouvait avoir. Oui, Donnie était plus qu'heureux de les revoir, et non, il n'avait pas tourné gros idiot imbu de lui-même à cause de son parcours universitaire. April, qui s'avérait travailler avec lui sur leur projet commun de fin de licence, avait décrit un garçon toujours prêt à aider et très vulnérable à toute sorte de critiques. Bien sûr, la jalousie de Léo n'était pas tout à fait calmée, mais il en redoutait moins les effets à présent qu'il savait son frère peu enclin à jouer sur le registre des études lorsqu'il parlait avec des gens. D'après sa petite amie, il était même très discret à ce sujet. Cette dernière affirmation était tout de même remise en question par les New-yorkais, qui se retrouvaient une fois de plus confrontés au MIT et à son immensité en ce début d'après-midi.

« Pourquoi il nous a demandé de le rencontrer à son labo, tu crois ? Demanda Raphaël, qui grimaçait en essayant de déchiffrer le plan de l'université.

- J'en ai aucune idée, admis Léo. D'autant qu'on a déjà vu son appartement, alors je ne vois pas bien ce qu'il espère cacher. »

Agacés de devoir se perdre de nouveau, mais curieux de découvrir l'endroit dans lequel leur frère passait, selon April, la majeure partie de son temps, les deux hommes prirent le chemin du bâtiment F. D'après ce qu'ils avaient compris, chaque étudiant se voyait, en début de cursus, attribué une pièce, mise à sa disposition pour mener à bien toutes les expériences nécessaires au cours de ses années d'études. Ils avaient alors le choix entre travailler en solo, ou en collaboration avec les deux collègues qui partageaient leur laboratoire. C'était ainsi que Donatello et April s'étaient rencontrés, et avec le fameux Baxter, qui partageait lui aussi leur espace de travail, ils avaient décidé de bosser sur un projet commun dont la jeune femme n'avait pas voulu parler, un sourire conspirateur sur les lèvres.

« On y est, annonça Raphaël quand Léonardo et lui arrivèrent devant le laboratoire 235. Enfin. »

Sur la porte dont la partie supérieure était en verre flouté, un écriteau portait les noms de Donatello, April et Baxter. Léo essaya de distinguer quelque chose à l'intérieur, mais n'arriva pas à identifier quoi que ce soit. Son cœur battait la chamade et ses mains étaient moites. Il n'arrivait pas à ôter ce sourire stupide de son visage. Pas plus que n'y parvenait Raphaël.

« Aller, ouvre ! », le pressa ce dernier en trépignant d'impatience.

Poliment, Léonardo préféra toquer malgré les gros yeux de son frère. Quand on le pria d'entrer, il poussa la porte.

La pièce n'était pas très spacieuse, mais très éclairée. La lumière entrait à flot par les grandes fenêtres, et le bordel entassé contre les murs rendait l'atmosphère très différente de ce à quoi s'était attendu Léo. Dans le fond de la salle, là où le soleil tapait le plus fort, une table faisant à la fois office de bureau et de paillasse prenait presque toute la largeur de la pièce. Derrière celui-ci, April offrait son plus beau sourire aux New-yorkais. D'après ce que Léonardo pouvait observer du bordel, le projet sur lequel bossait Donatello devait être robotique. De grandes plaques de métal étaient adossées aux murs, des outils tels que des scies à métaux, des perceuses, et même un chalumeau étaient plus ou moins bien rangés à côté d'elles, alors qu'un bon million de fils électriques s'emmêlaient joyeusement tout autour. À côté de ces objets qui semblaient relativement à leur place dans un laboratoire du MIT, Léo et Raph aperçurent également des barres parallèles tout droit venues d'un gymnase, une corbeille pleine d'emballages MacDonald, un étui de guitare, des guirlandes et beaucoup d'autres choses – jusqu'à un sapin de Noël en plastique ! – dont la présence semblait nettement moins logique. Et au milieu de tout ça, Donatello les regardait avec un mélange d'étonnement, de joie et d'angoisse absolue dans les yeux.

Leur frère était grand. Plus grand que Léo et donc bien plus grand que Raph, mais maigre. Il donnait l'impression d'avoir grandi trop vite, sans que tout son corps parvienne à suivre complètement la cadence. Ses bras, par exemple, paraissaient sans fin. Et si ses jambes avaient été droites et non pas arquées comme elles l'étaient à présent, il aurait mesuré au moins cinq bons centimètres de plus. Tout comme son labo, Donatello n'avait pas l'air de ce qu'il était. Il portait un pantalon en toile marron au nombre de poches incalculable et un T-shirt dont les manches étaient retroussées jusqu'aux coudes. Le bonnet violet sur sa tête empêchait de donner une bonne estimation de la longueur de ses cheveux, mais au moins, la couleur brune de la barbe de quelques jours qui envahissait ses joues permettait de déterminer avec certitude leur teinte. De grandes lunettes carrées venaient compléter ce style vestimentaire… original. Sa peau halée et son visage ovale permettaient d'identifier tout de suite ses origines latino-américaines. D'un simple coup d'œil, Léonardo reconnu ce frère qui lui avait échappé, seize ans plus tôt.

Alors que Raphaël et Donatello restaient figés sur place, le premier par l'émotion et le second par quelque chose qui ressemblait étrangement à de la peur, Léo fit un pas vers le scientifique.

« Bonjour, Donnie, le salua-t-il avec un doux sourire. Je… Je suis content de te voir. »

Il aurait voulu dire quelque chose de profond, quelque chose qui, dans un film, aurait nécessité une scène entière et une musique mélancolique pour bien faire comprendre les sentiments qui l'habitaient, mais la seule chose que ses lèvres acceptèrent de formuler fut cette banalité, cette évidence que tout le monde savait déjà. Donatello fit un pas lent et peu naturel vers lui. Il semblait sur le point de pleurer. Son regard faisait des allers-retours entre Raphaël et Léonardo, incapable de choisir sur qui il devait s'arrêter.

« Les gars, je… Je… »

Soudain, les larmes qui jusque-là s'étaient cantonnées aux yeux commencèrent à rouler sur ses joues. Un gros sanglot secoua ses épaules et il fit de nouveau un pas robotique vers ses frères en baissant la tête. Léonardo le regardait avec de grands yeux ronds, incertain de la conduite à tenir. D'un côté, il se sentait fondamentalement bouleversé à l'idée que Donnie soit en train de pleurer et ne souhaitait qu'une chose, le serrer dans ses bras pour le consoler, et de l'autre, il n'avait jamais été à l'aise avec les larmes. Il n'avait jamais été doué pour consoler les gens. Derrière Donatello, il aperçut April qui lui faisait les gros yeux et lui mimait de lui faire un câlin, mais il ne fut pas assez rapide.

« Donnie, ça va ! S'exclama Raphaël en franchissant d'un bond la distance qui le séparait de leur frère pour le prendre dans ses bras. Pleure pas, mec, c'est ridicule enfin ! »

Malgré la différence de taille phénoménale, Donatello enfouit son visage dans l'épaule de Raph et referma ses bras autour de lui tel un étau. Léo s'approcha à son tour et posa une main apaisante sur le dos du scientifique. Il sentit comme une tige métallique sous ses doigts, mais n'eut pas le temps d'y faire plus attention car à son contact, Donnie élargit l'étreinte pour le serrer à son tour contre lui.

« Vous m'avez tellement manqué, murmura-t-il, tout juste assez fort pour que Raph et Léo l'entendent. Je ne pensais pas vous revoir un jour…

- Mais c'est le cas, répondit Léonardo avec un sourire en tapotant doucement son dos.

- Et on n'est pas prêt de te laisser repartir, ajouta Raphaël, dont la voix nouée trahissait, elle aussi, les larmes qui menaçaient de couler. C'était déjà bien trop douloureux la première fois. »

Donatello eut un reniflement et releva la tête.

« Mince, marmonna-t-il d'un ton blagueur en se redressant de toute sa taille. Je m'étais pourtant promis de ne pas pleurer.

- Si Michelangelo est plus grand que moi, lui aussi, je ferais un scandale, ronchonna Raphaël avec un sourire qui démentait son ton.

- Oh, soit pas jaloux, se moqua Léo à l'adresse de son frère qui arrivait à peine à l'épaule de Donatello. C'est pas une maladie, d'être petit.

- Surtout que tu ne risques rien, ajouta Donatello. Tu ne pourras jamais me battre.

- Tu plaisantes ou quoi ? Tu fais au moins deux mètres dix !

- Un mètre quatre-vingts dix-huit, corrigea le scientifique en riant, alors qu'April s'approchait, un immense sourire sur le visage. Quand je suis debout.

- Et moi je fais un mètre soixante-treize, rétorqua Raph. Quand je suis sur la pointe des pieds.

- Sauf que tu ne te déplaces jamais sur la pointe des pieds. Ni moi debout. »

Léonardo et son frère au bandana rouge froncèrent les sourcils sans comprendre alors que Donatello s'appuyait lourdement sur l'épaule de sa petite amie.

« On peut l'enlever ? Lui demanda-t-il avec une grimace. Ce n'est vraiment pas confortable.

- Bien sûr, acquiesça la jeune femme en l'aidant à s'approcher du bureau. Il faudra faire des ajustements sur la taille.

- Et il faut comprendre pourquoi les terminaisons nerveuses sont si douloureuses, ajouta Donnie. Baxter s'en chargera. »

Pour la première fois depuis qu'il était entré dans le labo, Léo observa réellement son frère. Ses mouvements n'ont rien de naturel, réalisa-t-il. Le jeune homme au bonnet violet avançait comme un automate, presque un robot, et grinçait des dents à chaque geste.

« On va avoir besoin d'aide. », déclara-t-il d'ailleurs en jetant un regard plein de sous-entendus à ses frères.

Sans une seconde d'hésitation, les New-yorkais s'avancèrent. Ils ne comprenaient pas ce qu'il se passait, mais prêtèrent tout de même leurs épaules à Donatello qui, à la simple force de ses bras, se suspendit à leurs cous.

« Ok, ne bougez plus, ordonna April quand son petit ami pencha la tête en avant pour lui exposer sa nuque.

- Qu'est-ce que… », commença Léo.

Mais il ne termina pas sa phrase, car il aperçut soudain un dispositif électronique dans le cou de son frère. La jeune femme appuya sur un bouton et Donatello poussa un petit cri plaintif.

« Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ? Demanda Raphaël dont les sourcils froncés trahissaient l'agacement.

- C'est notre projet commun, répondit Donnie alors que sa copine tirait de sous ses vêtements une sorte de long poulpe aux quatre extrémités plus ou moins élastiques. On bosse sur un exosquelette qui pourrait rendre leur mobilité aux handicapés moteurs, toutes catégories confondues. Mais, comme vous l'avez sans doute remarqué, ce n'est pas encore au point.

- Vous pouvez le lâcher. », leur signala April en souriant.

Les yeux de Raph et Léo s'arrondirent à la fois de stupéfaction et d'horreur quand ils s'aperçurent que la jeune femme avait poussé un fauteuil roulant sous leur frère. Pleins de questions sur les lèvres, ils le déposèrent délicatement et l'observèrent ranger ses jambes à l'aide de ses mains. S'il restait la moindre trace de jalousie chez Léo, elle disparut entièrement à cet instant et fut remplacée par une pointe de pitié, chose qui le rendit furieux. Pourquoi aurait-il eu pitié ? La situation de handicap de son frère ne changeait visiblement rien à ce qu'il était ! Il avait toujours le MIT et une copine charmante, de quoi aurait-on dû le plaindre ? Et pourtant, la pitié était toujours là.

« Voilà pourquoi tu ne seras jamais le plus petit, plaisanta Donatello à l'adresse de Raphaël d'un ton joyeux. Parce que sur le papier, je suis peut-être le plus grand, mais dans les faits, je ne dépasse pas le mètre quarante-cinq.

- Comment c'est arrivé ? Demanda Léonardo alors que Raph rendait son sourire à leur frère et lui tapotait l'épaule pour lui communiquer son soutien.

- 2001, Tucson, répondit Donnie. J'avais huit ans et avec une de mes premières familles d'accueil, on revenait de vacances. La mère avait trop bu. Elle nous a envoyés dans le décor.

- Je déteste ce genre d'enfoirés, grogna Raphaël. Ils ne prennent jamais en compte la vie des autres et s'en tirent presque à chaque fois.

- Son mari et sa fille sont morts, ce jour-là, Raph, lui apprit Donatello avec un regard qui lui demandait clairement de ne pas juger. Et un de ses fils ne lui a plus jamais adressé la parole après ça. Je ne pense pas qu'elle s'en soit tirée sans en payer le prix.

- En attendant, tu as terminé dans ce fauteuil, fit remarquer Léo d'un ton amer.

- C'est vrai, et au début, j'ai cru que c'était la fin du monde. J'avais huit ans et je ne pouvais plus courir. Beaucoup d'endroits ne m'étaient plus accessibles et beaucoup de choses m'étaient dorénavant interdites. Ça a été très dur. En plus, les familles d'accueil n'étaient pas habituées à s'occuper d'un paraplégique et je n'ai fait que me balader de l'une à l'autre sans jamais être vraiment accepté nul part. Puis, j'ai réalisé que ça ne m'avait pas ôté le plus important. Je n'ai jamais beaucoup aimé le sport, de toute façon. Ça ne m'a pas empêché d'entrer au MIT et ça m'a même donné un but. Un jour, je sais que je pourrais courir de nouveau, parce qu'on mettra au point une technologie qui m'en donnera la possibilité. Puis je me débrouillerais pour que chaque handicapé moteur du monde ait accès à note invention gratuitement. Tout le monde devrait pouvoir marcher, peu importe les erreurs que d'autres ont pu commettre. »

Le sourire de Léo avait retrouvé sa place sur ses lèvres et il serra lui aussi l'épaule de son frère. Donatello était quelqu'un de très impressionnant. Malgré les embûches que la vie avait semées sur son chemin, il avait réussi à s'en sortir et à garder la tête haute. Son enfance était loin d'avoir été heureuse et pourtant, aujourd'hui, il était devenu un homme qui méritait respect et admiration. Léonardo était fier de lui.

Raphaël et Donatello n'avaient pas déçu ses attentes. Restait à présent Michelangelo, qui semblait plutôt mal partit. Au fond de son cœur, Léo pria très fort pour que son troisième frère soit différent de l'image qu'on avait de lui pour l'instant. Il pria très fort pour que le petit garçon rayonnant de ses souvenirs n'ait pas disparu.

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Saluz