Chapitre Douze :

Un simple coup d'œil sur la devanture du Pirate était suffisant pour comprendre la raison de ce nom. Un grand Jolly Roger flottait au-dessus de la porte, alors qu'un Jack Sparrow en bois grandeur nature leur souhaitait la bienvenue sur le trottoir. Sur l'ardoise qu'il tenait était écrit « Ce que tu dis n'a aucun sens » et Raphaël laissa échapper un rire excité.

« Non, Baxter, je te l'ai déjà dit ! Aboya Donatello dans son téléphone, l'air très clairement agacé. Tu ne peux pas utiliser de matériaux conductibles, le risque est trop grand. Ouais... Non ! S'exclama-t-il après une pause, une expression à mi chemin entre l'horreur et la stupéfaction absolue. On avait dit zéro risques et zéro douleur. Tu te rends compte de ce que tu dis ?! »

Les New-Yorkais échangèrent un regard narquois. Ce fameux Baxter qu'ils n'avaient jamais rencontré leur paraissait être un personnage haut en couleurs. Il était plutôt drôle d'écouter Don s'énerver contre lui au téléphone, car il donnait l'impression de redécouvrir son compagnon de labo et les limites qu'il se fixait à chaque fois. Limites qui se trouvaient bien au-delà de celles de Donnie, apparemment.

D'un autre côté, quoi qu'il appréciât le gag vivant qu'était son frère à cet instant, Léonardo était impatient de rentrer dans le bar. Il voulait en finir au plus vite avec cette histoire, afin d'être fixé sur le sort de Michelangelo. Il voulait en finir au plus vite, pour pouvoir ramener son frère sur le droit chemin. Il voulait une fin à cette quête qui n'avait en vérité pas commencée quelques mois auparavant seulement, mais bien de longues années plus tôt. Seize ans, pour être exacte. Il voulait trouver son dernier frère et rentrer chez lui.

Le Bostonien sembla se rendre compte de son agacement car il leur fit signe d'entrer sans l'attendre.

« Je te signal que je suis le cobaye ! S'écriait-il quand Raph poussa la porte. Je ne tiens pas à finir électrocuté ! »

Léo aurait prit la peine de sourire à cette remarque si son frère à la peau noire ne lui avait pas soudainement tiré sur le bras avec excitation. Tout le monde à l'intérieur du Pirate portait au minimum un chapeau corsaire, et deux leur furent d'ailleurs tendus. Raphaël enfonça le sien sur sa tête sans la moindre hésitation, complètement extatique.

« T'as l'air idiot, lui fit remarquer narquoisement Léonardo qui n'en portait pas moins son propre couvre-chef.

- Autant que toi devant un sabre laser, rétorqua Raph du tac-au-tac avant de pousser une exclamation ravie quand quelqu'un beugla « à l'abordage ! » à la cantonade et qu'un serveur déguisé en mousse vint prendre sa commande.

- Tss, fanboy. », se moqua Léo.

C'était assez cool, il devait bien l'admettre. Raph était un grand fan de pirates, et ça ne datait apparemment pas d'hier. Alors que les films cultes de Léonardo étaient les Star Wars, et que Donnie aurait vendu frères et copines pour le Seigneur des Anneaux, Raph vénérait Pirates des Caraïbes. Alors actuellement, ce dernier devait se trouver très proche de ce qu'il définissait comme le Paradis.

« Aller, l'excité, on a un Michelangelo sauvage à trouver, je te signal. », déclara Léo en tirant son frère vers le comptoir.

Cela eu le mérite de faire revenir Raphaël à la réalité. Les New-yorkais s'accoudèrent au bar et attendirent que le barman ait terminé avec ses précédant clients. Lui aussi était déguisé en pirate. Il portait un cache œil, et les cicatrices sur la partie gauche de son visage étaient vraiment bien faites. Il faisait presque peur à voir.

« Qu'est-ce que je vous sert ? Les apostropha-t-il gaiement en arrivant à leur hauteur. Aujourd'hui, on fait un spécial Barbe Rousse, si ça vous tente.

- Je pendrais bien une bière, décida Léo. Raph ?

- Un Barbe Rousse, moussaillon ! S'exclama celui-ci avec une claque pleine d'entrain sur le comptoir.

- Un Barbe Rousse et une bière pour le marin d'eau douce, acquiesça le barman avec un léger sourire moqueur à l'adresse de Léo. Autre chose ?

- En fait, oui, enchérit Raphaël. Tu peux peut-être nous aider ? On cherche quelqu'un. Un certain Léo-Henri, ça te parle ?

- Ce qui me parle c'est le gnon que tu vas te prendre s'il t'entend l'appeler comme ça, déclara l'autre avec un grand sourire.

- Alors tu le connais ? Demanda Léo.

- Ça dépend qui le demande. », rétorqua-t-il en haussant les épaules.

Raphaël et Léonardo échangèrent un regard alors qu'on leur servait leurs boissons. Que pouvaient-ils dire à cet inconnu ? Raph décida finalement de tenter la politique de la vérité.

« On cherche notre ami Michelangelo, expliqua-t-il. On nous a dit que Léo-Henri, ou peu importe comment on l'appelle, saurait où le trouver. »

Le barman posa le verre qu'il essuyait sur le comptoir et les jaugea d'un air songeur, comme s'il mesurait la confiance qu'il pouvait leur accorder.

« Ouais, d'accord, je vais le chercher, finit-il par acquiescer. Renet, tu tiens le bar deux secondes ! », lança-t-il à une serveuse avant de disparaître derrière une porte portant un panneau « accès privé ».

Raph et Léo échangèrent un high five. Dehors, Donatello était toujours accroché à son téléphone. Bientôt, le barman revint.

« LH fais les comptes dans son bureau, leur annonça-t-il en les invitant à le suivre.

- LH ? C'est comme ça qu'il faut l'appeler ? Se renseigna Raphaël.

- C'est préférable, oui. »

L'homme ouvrit une porte et laissa entrer les New-yorkais. Léo eut tout juste le temps de constater que la pièce en question n'était qu'un cagibi que le barman saisissait Raphaël à la gorge et le plaquait contre un mur à hauteur de ses yeux, c'est-à-dire vingt bons centimètres au dessus du sol.

« Si vous me disiez qui vous êtes, maintenant ? Gronda-t-il, soudain beaucoup moins aimable.

- Wow, wow, on se calme ! S'exclama Léo alors que son frère émettait tout juste un gargouillis. Lâche-le ! On est des amis de...

- Aucun ami de Michelangelo ne l'appelle par son nom complet, rétorqua furieusement l'homme. Et les amis de Mikester me connaissent tous. Alors je vais répéter ma question : qui êtes-vous ?

- LH ? C'est toi LH ? Demanda Léonardo qui regardait Raphaël avec inquiétude. Tu veux bien le poser ? Je vais t'expliquer. »

Le jeune homme à la peau noire donnait des coups de pieds dans le vide. La position devait être très douloureuse et très inconfortable.

« Vous avez toujours pas comprit que vous ne l'aurez pas ? Gronda LH en dévoilant ses dents, et soudain Léo se demanda si les cicatrices sur son visage étaient vraiment des fausses. Vous ne nous le prendrez pas ! Attaquez-vous à de vrais dangers publics au lieu de persécuter un gamin qui fait vivre tout un quartier ! »

L'adrénaline coulait trop vite dans les veines de Léonardo pour qu'il se rende vraiment compte de ce qu'il faisait. Sa seule certitude était que Raph changeait petit à petit de couleurs et que LH leur prêtait des intentions qui n'étaient pas les leurs. Léonardo n'avait jamais vraiment eu l'occasion d'utiliser la ceinture noire qu'il avait acquise au dojo de son père, mais cela ne fit aucune différence. Un instant il se tenait à un mètre seulement d'un homme en train d'étrangler son frère, et la seconde d'après il était en position de combat devant un Raphaël avachit contre le mur, alors que le barman tentait comme il pouvait de reprendre sa respiration, ses mains fermement plaquées sur sa poitrine, à l'endroit où Léo l'avait frappé. Derrière celui-ci, Raph inspirait de longues goulées salutaire.

« Alors je me suis trompé de gars, grommela l'homme d'un ton douloureux. Des deux, le méchant, c'est toi ?

- Ça va, Raph ? S'enquit Léonardo en sentant son frère se relever derrière lui.

- Je vivrais, gronda celui-ci, la voix rauque.

- Tant mieux. Tu peux sortir deux minutes, s'il te plaît ? »

Même sans le regarder, Léo sentit le regard incrédule que lui envoya Raphaël.

« Et te laisser seul avec ce barjo ? C'est ça, ouais, dans tes rêves, mon pote.

- Raph, Donnie est tout seul dehors. J'arrive tout de suite, c'est promit. »

De tout l'échange, Léonardo n'avait pas quitté le barman du regard une seule seconde. L'homme les fixait, les yeux pleins de colère, mais n'avait pas quitté sa position à genoux. Léo devait vraiment avoir touché un point douloureux.

Un grognement rageur lui apprit que son frère avait fait son choix. Raphaël le doubla et chopa le barman au collier pour l'attirer près de son visage.

« Touche-le, et ça ne fera qu'empirer ta sale gueule. », gronda-t-il.

Même avec cinq bons centimètres de moins que tout le monde, Raphaël pouvait être très convainquant. Et très flippant. Il pivota sur lui-même et fusilla Léo du regard, comme pour le mettre au défi de ne pas sortir de ce cagibi sans un bleu. Léonardo hocha la tête et Raphaël s'en alla.

« Tu caches bien ton jeu, admit le barman. Je ne pensais pas que tu serais le méchant flic.

- Alors c'est ça. Toi aussi tu crois qu'on est flic ? »

Le regard de l'homme devint soupçonneux. Léo laissa échapper un soupire frustré.

« Bon, pour commencer, tout le monde va se calmer, d'accord ? On n'est pas des flics, et on ne veux aucun mal à Michelangelo. On est juste venu pour le voir, essaya-t-il d'expliquer.

- Comment tu veux que je te crois ? Rétorqua LH avec agressivité.

- Je ne sais pas, avoua le New-yorkais. Peut-être qu'en te donnant nos noms ?... »

L'immense barman continua de le fixer sans dire un mot, si bien que le plus jeune n'eut d'autres choix que de faire comme si on lui avait dit oui.

« Je m'appelle Léonardo, déclara-t-il en posant une main sur sa poitrine. Celui que tu voulais frapper, c'est mon frère, Raphaël, et notre autre frère est devant le bar. Il s'appelle Donatello. »

Léo avait bon espoir que leurs noms éveilleraient une lueur dans les yeux de son vis-à-vis, qui restait pour l'instant aussi silencieux et froid qu'un bloc de glace. LH ne bougea pas d'un pouce. Le plus jeune sentait ses chances fondre au fil des secondes.

« Vous vous ressemblez très peu, pour des frères, finit par déclarer le barman. T'as l'air vachement chinois, et l'autre vachement noir.

- Je suis d'origine Japonaise, corrigea Léonardo, un peu vexé. Et Raph doit être Kenyan. On est des frères adoptifs. Ni moi, ni Raphaël ou Donatello ne connaissons nos parents biologiques. On cherche Michelangelo parce qu'on était tous dans le même orphelinat quand on était gosses, et qu'on le considérait lui aussi comme notre frère. »

Après une ou deux nouvelles secondes de silence, LH brisa enfin sa posture défensive et se redressa de toute sa hauteur. Ce qui n'était pas beaucoup plus rassurant, en fait. Le gars devait faire la même taille que Donnie, mais avec la carrure du Raph ! Une vraie montagne.

L'homme s'apprêtait à parler quand la porte du cagibi s'ouvrit tout d'un coup pour laisser entrer un Raphaël à l'air furieux.

« Léo, ça va ? », demanda-t-il en rejoignant son frère en deux grandes enjambées, un regard noir braqué sur le barman.

Dans l'encadrement, Donatello coinça son fauteuil entre le mur et le battant et fusilla lui aussi LH des yeux. Celui-ci lui jeta un coup d'œil critique.

« Je vais bien, répondit Léonardo avec un sourire rassurant.

- Et toi, tu viens d'où ? Demanda LH à Donnie, qui eu un moment de surprise avant de répondre.

- Je suis d'origine péruvienne. », finit-il par déclarer, prudemment.

Pour la première fois depuis que Raph et Léo avaient commandé leurs verres, le barman se fendit d'un sourire amusé.

« Et ben, ricana-t-il. Entre vous trois, et Mikester le viking, vous formez une drôle de fratrie, c'est moi qui vous le dit. »