Et enfin, le chapitre que vous attendiez tous(tes) ! Entrée en scène deeeeeee : Mikey !
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Chapitre Quatorze :
Quand on est enfant, l'idée de devenir un jour grand nous semble impossible. C'est un monde intangible et effrayant qui nous a l'air hors de portée. Et puis les jours passent, un par un, et un matin on se réveille pour se rendre compte qu'on est devenu adulte, et ça fait d'autant plus peur qu'hier encore nous étions un enfant et qu'aujourd'hui, on ne se souvient plus comment faire pour en être un.
C'est un peu l'impression qu'avait Léo à présent qu'il allait retrouver Michelangelo. L'impression qu'hier encore, son objectif était loin, et qu'à présent, il allait devoir s'y confronter sans comprendre comment il y était parvenu si vite.
Derrière la porte, ce fut un autre monde qui se dévoila aux yeux des trois frères. Le hangar dans lequel ils se trouvaient était immense et avait été reconverti en exposition des murs au plafond. Il n'y avait pas un centimètre de béton qui ne soit pas peint. Les dessins, éclairés par de grandes baies vitrées près du plafond, étaient éclatants de vie et s'entremêlaient sans interruption, de même que les couleurs qui se chevauchaient les unes les autres, si bien qu'on ne voyait ni début ni fin. Au fond de l'entrepôt, un mur entier avait été peint en noir et un nouveau graff était en cours de création.
Klunk était déjà en train de courir dans cette direction, et le bruit de ses pas se répercutait de tous les côtés.
« Hey, Mike ! Regarde qui est là ! », s'exclama-t-il d'une voix qui se changeait en volutes blanches à peine ses lèvres franchies.
Près du mur, sur un échafaudage qui n'atteignait même pas la moitié de ce que serait le graff final, Léonardo aperçut enfin le créateur de ce lieu magique. Tout à son œuvre, il fallut un deuxième cri de son jeune ami pour que Michelangelo se retourne enfin. Les trois frères étaient encore trop loin pour distinguer les traits de son visage, mais ils ne manquèrent pas de voir les grands signes de mains qu'il leur adressa.
« Oh, les gars ! Salut ! », s'exclama-t-il.
Sa voix était légère. Elle enveloppa le cœur de Léo comme une étreinte. Il y avait tant de plaisir dans le ton de Michelangelo, tant d'anticipation, qu'il n'était plus possible de croire une seule minute qu'il ait pu un jour les oublier. Rien qu'à entendre sa voix, il était facile de comprendre qu'il ne s'était pas écoulé un seul jour pendant lequel l'orphelin de Saint-Paul n'avait pas pensé à ses frères perdus de vu. Et Léonardo portait ce savoir tout neuf comme une armure.
Le graffiste réunit son matériel en deux temps trois mouvements, dégringola de son échafaudage avec l'agilité d'un singe et accouru vers eux. En chemin, il ôta la capuche de son sweat-shirt , ainsi que le foulard qui lui couvrait la bouche et le nez.
À le voir arriver au pas de course, Léonardo put constater que Michelangelo n'était pas aussi petit qu'il l'avait cru vu de loin. Il devait plus ou moins faire la même taille que lui, mais même avec son épais hoodie noir couvert de peinture et la façon qu'il avait de carrer les épaules en marchant, il avait l'air frêle. Ses cheveux bouclés étaient d'un vert éclatant, surmontés d'une casquette orange tournée à l'envers. Sa peau était pâle et couverte de taches de rousseur, ses yeux d'un bleu très clair, presque transparents.
C'est quand il fut plus près que Léonardo remarqua ce qu'il aurait remarqué en une seconde s'il n'avait pas été trop occupé à dévorer des yeux les moindres détails sur le visage du nouveau venu. Michelangelo arborait avec tout le panache du monde un œil au beurre noir, une lèvre fendue et une pommette de la taille et de la couleur d'une prune.
Klunk glapit bien trop vite pour que Léo, Raph ou Donnie aient le temps de réagir.
« Tu t'es encore battu ! Gronda le gosse qui, à plus de dix mètres d'eux, barrait la route à Mikey. C'était Bardford ? T'avais promis !
- Je sais, murmura l'accusé en fixant ses pieds d'un air buté, comme s'il était l'enfant et Klunk l'adulte, et non l'inverse. Mais c'est sa faute aussi, il l'a cherché !
- Je m'en fiche ! Protesta le gamin. Regarde-toi dans une glace, maintenant ! Il t'a complètement refait le portrait !
- Bah, tu devrais voir sa tronche à lui, ricana Mikey en haussant les épaules. À mon avis, il va devoir boire de la soupe pendant bon bout de temps. »
Son regard se détourna alors vers les trois étrangers dans son hangar, et un sourire éblouissant, que ni la lèvre fendue ni l'œil aux trois quarts fermé n'arrivaient à ternir, éclaira son visage.
« Wow, ça fait un bail, constata-t-il en s'approchant, et malgré toute l'assurance qu'il affichait en surface, on pouvait entendre une certaine inquiétude au fond de sa voix. Vous m'avez manqué. »
Son regard se posa d'abords sur Léonardo, et son sourire s'élargit d'avantage si s'était possible. Puis il observa Raphaël de haut en bas et se mit à émettre de la joie comme une lampe émettrait de la lumière. Enfin, ses yeux se posèrent sur Donatello et s'écarquillèrent.
« Ooooh, Donnie ! S'exclama-t-il, au comble de l'excitation, en se jetant à genoux à côté du fauteuil. T'as un moteur ? Dis moi que tu as un moteur. Mec, il faut qu'on te bidouille un moteur ! »
Après une seconde de stupéfaction totale, Donnie éclata de rire, ce qui sembla rendre Mikey plus heureux qu'il n'aurait dû être autorisé à l'être.
« Pourquoi s'embarrasser de Mécanique quand on peut laisser la Physique faire tout le boulot ? Demanda le scientifique quand ses hoquets redevinrent maîtrisables.
- Parce que je suis jamais allé plus loin que la Troisième en Physique, alors que je sais comment bricoler un moteur ? Proposa malicieusement Mikey.
- Ça fait mal ? Demanda Donatello en touchant délicatement la joue abîmée du graffiste.
- Bof, tu sais. Rien qui ne soit pas habituel, répondit celui-ci en haussant les épaules, un sourire rassurant et complètement dénué de souffrance sur les lèvres.
- Comment ça « qui ne soit pas habituel » ? Grommela Raphaël. Ça t'arrive souvent ? »
Après avoir adressé un nouveau sourire contagieux à Donnie, Michelangelo se redressa et fit face à ses deux autres frères. Il semblait littéralement rayonner de joie.
« J'avais oublié le coup des frères surprotecteurs, plaisanta-t-il sans une once de méchanceté. Je pensais que l'incroyable monde des adultes vous aurait un peu calmé de ce côté-là. Je me suis trompé on dirait.
- On a le droit d'être inquiets, je trouve, protesta Raph en s'approchant d'un pas pour regarder le visage de Mikey sous toutes les coutures. T'as pas vu ta tronche ? On dirait du Picasso. »
Le graffiste eut un aboiement moqueur et baissa les yeux sur le New-yorkais qui le toisait.
« Et puis t'es trop grand, espèce d'idiot, grommela Raphaël en le poussant affectueusement de l'épaule, ce qui redoubla l'hilarité de Michelangelo. J'espère au moins que t'as mis l'autre au tapis.
- Si je suis du Picasso, alors lui, c'est de l'art abstrait, rétorqua le Michelangelo en lui dévoilant un sourire dont les bataillons de dents étaient au complet.
- Ça c'est mon frère ! »
Ce fut la première fois que le sourire du graffiste vacilla. Il ne disparut pas, mais la joie y fut remplacée par une stupéfaction sincère, comme si malgré leur présence à tous, Mikey n'avait pas cru possible jusque là que Léo, Raph et Donnie le considèrent encore comme leur frère. Et avec ça, Léonardo, qui avait passé les cinq dernières minutes dans une sorte d'état catatonique, sentit le besoin impératif de prendre ce garçon dans ses bras. Parce qu'il était un orphelin, tout comme eux, mais que contrairement à eux, il ne s'était jamais trouvé personne pour le serrer contre lui quand ça n'allait pas, pour lui dire de ne pas abandonner, de continuer à lutter, et qu'il avait été tout seul la majeure partie de sa vie, et qu'il était quand même là, souriant, rayonnant même, et que malgré sa taille, la couleur étrange de ses cheveux, ses hématomes, et surtout malgré tout ce qu'on avait pu raconter à Léo à son sujet, il était toujours le petit Mikey du boulevard Hoffman. Le New-yorkais pouvait le sentir dans ses os. Alors ce dernier ne réfléchit pas une seconde de plus et attira son frère fraîchement retrouvé contre lui, comme s'il avait peur qu'il disparaisse de nouveau.
Les bras de Michelangelo entourèrent Léonardo avec une fluidité et un naturel presque surréaliste, et, pour la première fois depuis de longues années, ce dernier eu de nouveau l'impression d'être un enfant. Il faisait la même taille que Mikey, mais avait le sentiment d'être plus petit, plus vulnérable, et seuls Raph et Donnie à ses côtés l'empêchèrent de fondre en larmes. Il était de nouveau complet, de nouveau serein. Tous les siens étaient là.
« J'attends toujours tes premiers mots officiels de toi à moi, lui fit gentiment remarquer Michelangelo après quelques secondes de silence. Quelque chose qui pète le feu, comme dans les films.
- Tu peux attendre longtemps, rétorqua Léo qui se trouvait à mi chemin entre les larmes et le rire. Je suis une quille en punch lines.
- Je confirme. », plaisanta Donnie.
Michelangelo éclata de rire. C'était un rire franc et envahissant, qui donnait envie de rire également. Léonardo sentit un sourire fleurir sur son visage malgré lui. Derrière le graffiste, Donatello et Raphaël faisaient de même.
Mikey serra Léo contre lui avec une ardeur redoublé, et bientôt, Raph se joignit à l'étreinte.
« C'est pas juste, protesta Donnie avec une moue boudeuse. Moi aussi je veux un câlin... »
Il n'en fallut pas plus à qui que ce soit, et dans la seconde, tout le monde s'empila sur le fauteuil roulant. Quand le fou rire à l'humidité suspecte se fut calmé, Léonardo regarda une nouvelle fois le visage de Michelangelo, et ses sourcils se froncèrent. Les retrouvailles avaient eu lieu, il pouvait à présent s'inquiéter.
« Pourquoi tu t'es battu ? Demanda-t-il en priant le ciel pour que ça ne sonne pas comme un reproche.
- Des bêtises, bougonna Mikey en enfonçant profondément ses mains dans les poches de son hoodie. Bradford est un crétin. Je le sais, et je devrais arrêter de m'énerver à chaque fois, mais c'est plus fort que moi.
- Qu'est-ce qu'il a fait ? S'enquit Donatello.
- Il était dans une ruelle, en train de martyriser un petit chat. Je l'ai envoyé bouler, comme je le fais d'habitude, et, comme il le fait d'habitude, il a commencé à critiquer à peu près tout ce que j'aime dans la vie. Il s'est foutu de moi, ça à la limite ça passe, mais il s'en est aussi pris à Klunk et LH, et ça, c'est pas possible. Mais moi aussi je suis idiot. Je sais qu'il le fait tout le temps ! Je ne devrais pas m'énerver à ce point !
- Je ne te trouve pas idiot, rétorqua Raphaël, qui savait ce que c'était que se battre pour défendre ses semblables, se rappela Léo. S'il le fait à chaque fois et que tu le rétame à chaque fois, alors c'est qu'il te cherche. Et donc il te trouve. Normal.
- Ouais, mais après je me fais engueuler par Klunk, et ça c'est pas cool, se plaignit malicieusement Mikey, avant de chercher son jeune ami des yeux. Pas vrai Klunk ? »
Pour la première fois depuis que son frère était entré dans son champs de vision, Léonardo réalisa qu'il avait complètement oublié l'enfant. Il le chercha à son tour du regard afin de le remercier, pour seulement constater que le gamin n'était plus là. Quand était-il parti ? Léo n'en avait pas la moindre idée.
« Il s'est barré ? S'étonna Michelangelo. C'est zarb. Il est plus sociable que ça, d'habitude.
- Il ne doit pas trop nous aimer, expliqua Donatello. Il a commencé par croire qu'on voulait t'arrêter après tout.
- Mouai... Pas convaincu... Enfin, ça vous dit d'aller boire un truc ? Demanda le graffiste, soudain très excité. Ça doit faire un millénaire au moins que j'ai pas vu LH, et puis on pourra se raconter nos vies, comme ça ! Oh bon sang, j'ai tellement de trucs à vous dire ! »
Léonardo et Raph échangèrent un regard ravi alors que Mikey s'emparait du fauteuil roulant de Donnie pour le pousser en direction de la sortie sans jamais cesser de babiller. Beaucoup de questions restaient à éclaircir, notamment à propos de la sacoche et du matos, mais au moins Michelangelo était-il vivant, et très loin de l'image de gangster qu'on leur avait dépeint. C'était amplement suffisant pour l'instant. Le temps des réponses viendrait plus tard.
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Voilà voilà, j'espère que personne n'est déçu ^^ N'oubliez pas le petit commentaire ! 3 3 !
A la semaine prochaine !
Saluz
