Chapitre Quinze :
« LH, mon pote ! S'écria Michelangelo en entrant de le bar de son ami, sans se préoccuper le moins du monde de la foule et des conversations en cours. Tu m'as trop manqué !
- On s'est vu il y a trois jours, rétorqua le géant qui fronça les sourcils en voyant l'état du visage de son ami. Tsss, Mikester !
- C'est ça, que tu appelles un millénaire ? Se renseigna Raphaël d'un ton moqueur alors que Mikey tirait la langue d'un air taquin et insouciant.
- Trois jours, t'es sûr ? Demanda ce dernier, l'air étonné. Ça m'a paru vachement plus long.
- Ton sens de la durée est complètement à revoir, déplora Donatello.
- Enfin bref, tu m'as manqué, quoi. », conclu fermement le graffiste en serrant ce qu'il pouvait serrer de son ami dans ses bras.
Léo gloussa. Il était euphorique. Il n'arrivait pas à croire que ses trois frères soient bien là, devant lui, à se chamailler comme ils auraient toujours dû le faire au cour de ces seize dernières années. Il ne comprenait pas non plus comment une période qui lui avait paru si longue quelques heures plus tôt seulement, pouvait à présent lui donner l'impression de n'avoir duré qu'un battement de cils. C'était comme s'ils s'étaient tous vu hier. Leurs conversations, leurs interactions, leurs gestes, tout était beaucoup trop naturel, presque magique. Quelque part, Léonardo doutait presque de la réalité des événements. C'était trop beau pour être vrai, n'est-ce pas ?
Les quatre frères s'assirent à une table et Michelangelo exigea le récit en long en large et en travers de leurs vies à tous. Il glapit de joie en entendant parler de la famille de Léo, félicita chaleureusement Raphaël et Donatello pour leurs partenaires respectifs et s'étrangla en calculant le nombre de diplômes qu'aurait Donnie d'ici la fin de l'année. Une demi-heure et des centaines de questions après leur entrée dans le bar, il s'estima enfin satisfait, et Raph trouva là l'ouverture qu'ils attendaient tous pour l'amener à parler de sa propre vie.
« Et toi ? Demanda-t-il après que le graffiste se soit affalé dans sa chaise en soupirant de contentement, comme si les infos qu'il venait d'apprendre était de la nourriture. Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? C'est quoi tes hobbies ? Tu as quelqu'un ? »
Mikey lui offrit un sourire ironique.
« Non, tu vois, il se trouve que moi, j'ai un problème, répondit-il. La plupart des gens savent ce qu'ils veulent. Ils savent s'ils sont hétéro, gay, bi, s'ils aiment les blonds, les roux, les bruns, les gros, les maigres, tout ça, mais moi je ne sais pas.
- Comment ça tu sais pas ? S'étonna Léo.
- Ben, il se trouve que je ne sais même pas si je ressens vraiment de l'attirance pour des gens. Non, attends... En fait, je ne sais pas si j'aime trop, ou pas assez.
- Je ne comprends rien, rétorqua Donnie.
- On est deux alors, plaisanta Michelangelo. En vérité, j'aurais tendance à dire que je tombe amoureux à tous les coins de rue. En ce moment par exemple... Il y a cette fille, du supermarché, Woody, bien sûr – comment ne pas l'aimer celui-là, il est pizzaiolo, ultra drôle et sacrément bon au plumard – il y a Renet aussi ! La serveuse qui est là-bas. On s'amuse bien tous les deux quand elle est de bonne humeur. Et puis... LH ! S'exclama-t-il en se retournant sur sa chaise pour s'adresser au tenancier. Tu sais que je t'aime, hein ?
- Hum, hum, répondit l'homme le plus naturellement du monde. Moi aussi, Mikester.
- Voilà, ça fait un sacré paquet de gens.
- Tu veux dire que tu es amoureux de quatre personnes en même temps ? S'étonna Léonardo.
- Quatre, quatre... Ce ne sont que ceux que je t'ai cité. En tout cas, c'est soit ça, soit je ne ressens pas vraiment de sentiment amoureux mais plutôt une affection très forte pour beaucoup de gens, répondit Mikey.
- Mais, euh... Ils sont au courant, tous ces gens ? Demanda Raphaël qui, mine de rien, n'avait pas l'air super à l'aise avec le sujet de la conversation. Je veux dire... ça les dérange pas ?
- Ah, bah faut être honnête, c'est sûr, répondit Michelangelo en haussant les épaules. Ils sont tous au courant que j'ai plusieurs partenaires. Vaut mieux pas être jaloux ou possessif, parce qu'en ce qui me concerne, c'est un vrai tue-l'amour. Mais je me suis trouvé des super boy/girlfriends moi, du coup ça va. Oh, il faut absolument que je vous présente Woody ! Si je devais vivre avec quelqu'un, c'est sûr que ce serait avec lui. Vous comprenez ? Il fait des pizzas !
- Je suis jaloux ! Lança LH depuis un coin du bar avec un sourire moqueur.
- Moi aussi ! », rétorqua une fille qui devait être la fameuse Renet depuis l'autre bout de la pièce.
Léonardo et Donnie éclatèrent de rire devant l'air faussement affolé que prit leur frère, et Raph lui adressa un sourire plus affectueux qu'il n'aurait jamais dû se permettre.
« C'est moi ou il fait chaud, tout un coup ? », plaisanta Mikey qui se mit à enlever son hoddie.
Les sourires de ses frères s'effacèrent aussitôt, car au creux de son bras à présent visible, ils pouvaient apercevoir un pansement, comme ceux que l'on fait après une prise de sang. Toutes les questions sans réponses que la joie des retrouvailles avait momentanément effacé leur revinrent en pleine figure.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? », demanda Donnie qui était le plus proche, en attrapant le bras de Michelangelo.
Le graffiste fronça les sourcils en entendant le reproche un peu trop flagrant dans la voix de son frère. Il lui jeta un regard prudent.
« Qu'est-ce que tu crois ? Voulu-t-il savoir.
- Nos doutes sont pas très jojos, si tu veux tout savoir, rétorqua Raphaël.
- On nous a raconté pas mal de trucs sur toi, tenta calmement d'expliquer Léo. On ne veux pas y croire, mais on doit savoir, tu comprends ? »
Doucement, mais fermement, Mikey retira son bras de la poigne de Donnie et le rabattit sur sa poitrine, comme pour le protéger. Ses sourcils froncés trahissaient de l'agacement mais, au grand soulagement de Léonardo, aucune colère.
« Vous avez parlé avec l'orphelinat, soupira le jeune homme aux cheveux verts.
- C'était la seule piste qu'on avait, se défendit Donatello.
- Écoutez, j'ai longtemps été un petit con, ok ? Grommela Michelangelo. Je n'avais aucune envie d'être ici. Je voulais retourner à New-York, je voulais être avec vous. Alors c'est vrai, je devais être l'enfant le plus casse-couilles de la planète, mais j'avais mes raisons. Si je me suis barré, c'est parce que personne ne m'écoutait dans cet orphelinat. Ils s'en foutaient de nous, des enfants. À leurs yeux on était juste des moyens de payer leurs salaires. Quant au Lycée... ça ne m'intéressait pas. J'y arrivais pas, les profs me prenaient pour un imbécile, ils se foutaient pas mal de savoir si j'avais des problèmes ou pas. Alors je me battais, je fuguais, je taguais sur les murs, j'étais un enfer, mais j'étais surtout un gamin qui essayait de se faire entendre dans un monde ou les adultes étaient tous sourds. Bref, c'est sûr que mon image ne doit pas être très reluisante du point de vu de l'orphelinat, mais vous n'avez pas le droit d'y croire. Pas vous, d'accord ? »
À aucun moment la voix de Mikey n'avait tremblé. Il avait dit tout cela d'un ton très calme, sans jamais baisser les yeux ni trahit la moindre colère. Léo décida que le moment n'était pas bien choisi pour mettre sur le tapis ce qu'LH leur avait dit à propos de la maltraitance. Que Donnie et Raph pensent comme lui ou qu'ils aient oublié, toujours est-il que personne ne se risqua à en parler.
« D'accord, finit par dire Raphaël, l'air très sérieux. D'accord, je ne crois pas à la version de l'orphelinat. Alors qu'est-ce que tu as au bras ? Je t'ai vu, hier, dans une ruelle, en train d'acheter une sacoche à un mec bizarre. Comment tu justifie ça ? »
Les épaules de Michelangelo se détendirent, et, du coin de l'œil, Léonardo eu l'impression de voir LH se détendre également. Le graffiste eut un sourire taquin, comme si tout ce qui venait d'être dit n'était pas du tout à prendre au sérieux.
« Vous vous êtes imaginé quoi ? Demanda-t-il, curieux. Je sens le bon scénario pourris de série B. »
En y pensant bien, Léo se demanda également comment ils avaient pu se faire d'aussi gros films. Parce que c'était évident à présent, que tout ce qu'ils s'étaient imaginés ne pouvait pas s'appliquer à Michelangelo. Il avait un sourire trop grand, un humour trop tapageur, des cheveux trop verts pour être tel que les esprit inquiets de ses frères se l'étaient figurés.
« On pensait que tu te droguais peut-être, murmura Donatello, dont la culpabilité qui se lisait sur son visage poussa le graffiste à passer un bras rassurant autour de son cou. Raph t'a entendu parler d'aiguilles, et puis il y a le mot que Léo a trouvé sur la porte de LH, à propos de matos. On savait pas quoi penser, alors on s'est tout de suite imaginé le pire... »
Alors qu'un sourire hilare éclairait le visage de Mikey, le barman explosa de rire derrière son comptoir. Et si Donatello parut encore plus gêné et Raph un peu agacé d'être ainsi moqué, Léonardo ne ressentit que du soulagement. Parce qu'un tel rire signifiait qu'ils s'étaient vraiment fait du soucis pour rien, et que la vérité était beaucoup plus simple et beaucoup moins glauque.
« Alors, pour commencer, ça, c'est le résultat du sang que je suis allé donné ce matin, expliqua Michelangelo en indiquant de la tête son bras bandé. J'aime pas trop les aiguilles, mais mon groupe sanguin est rare, alors je fais avec. Et si Klunk ne peut pas le faire aussi, c'est parce qu'il est encore mineur, tout simplement. Quand au matos de LH, c'est juste le pistolet à encre que je lui ai emprunté la semaine dernière.
- Un pistolet à encre ? S'étonna Léo. Pourquoi, pour faire un tatouage ?
- Ben ouais, c'est mon métier.
- Tu es tatoueur ? S'exclama Raphaël, au comble de la surprise. Je croyais que tu étais graffiste !
- Ça rapporte pas des masses, je te signal, se moqua Mikey. Alors à côté je fais des tatouages. Au moins je peux manger. Mais je préférerais être graffiste, c'est sûr.
- C'est trop cool ! S'exclama Donnie. J'ai toujours eu envie de me faire un tatouage ! »
Le jeune homme aux cheveux verts éclata de rire et serra plus fort son frère en fauteuil contre lui.
« Vous êtes vraiment trop bêtes, les taquina-t-il.
- Désolé, répondit Léo avec un sourire de repentit.
- Vous êtes tout pardonné, rétorqua Michelangelo. On ne vient pas de se retrouver pour s'engueuler, hein ? Et puis...
- Mikey ? »
Interrompu en plein milieu de sa phrase, le graffiste lança un regard par dessus son épaule et perdit le sourire en apercevant Klunk. Le garçon qui, la dernière fois que Léo l'avait vu, semblait au bords de l'explosion, se tenait à présent ratatiné sur lui-même, incapable de lever les yeux vers son ami. Ses bras étaient serrés contre sa poitrine, comme dans un geste de protection, et tout, chez lui, exprimait à présent la peine, plutôt que la colère. Il avait l'air au bord des larmes.
« Klunk ? S'inquiéta immédiatement Michelangelo en se tournant vers son jeune ami. Qu'est-ce qu'il y a ? »
Le garçon ne répondit pas. En voyant la peine sur son visage et la façon qu'il avait de se faire tout petit, Léonardo se demanda soudain quel âge il pouvait vraiment avoir. Car si il en paraissait quinze quand il était en colère, pour l'instant, il en paraissait dix.
« Klunk ? Répéta Mikey.
- Est-ce que tu vas partir ? Demanda l'enfant, un sanglot dans la voix.
- De quoi ?
- Tu vas partir, pas vrai ? Maintenant que tu les as retrouvé... T'arrêtais pas de dire que tu voulais les retrouver, qu'un jour vous seriez réunis, et voilà. Ce jour est arrivé. Mais ils habitent loin... Tu vas les suivre, hein ? Tu vas partir, et moi je vais me retrouver tout seul ici. Je... Je... »
Le jeune homme aux cheveux verts ne lui laissa pas le loisir de terminer sa phrase car il bondit sur ses pieds et enveloppa le garçon dans une étreinte à lui briser les côtes.
« Je veux pas que tu partes ! Sanglota Klunk, le visage enfouis dans l'épaule de Michelangelo. Je veux pas être tout seul !
- Tu ne sera pas tout seul, répondit Mikey d'un ton farouche, comme s'il défiait n'importe qui d'affirmer le contraire. Tu ne seras pas seul parce que je ne pars pas. Jamais je ne te laisserais tout seul ici, tu m'entends ? Parce que tu es aussi mon frère. »
Le cœur de Léo se serra car quelque part, c'est vrai, il s'était imaginé que Michelangelo les suivrait à New-York. Saint-Paul était vraiment trop loin pour se permettre des allez-retour réguliers. Mais si une partie de lui regrettait que Mikey ne puisse partir de cette ville où il avait tant de mauvais souvenirs, une autre était en même temps terriblement fière qu'il décide de rester pour ne pas abandonner cette famille qu'il s'était construit. Klunk était son petit frère, et puis il y avait LH, Woody et Renet, et il ne partirait pas pour tout l'or du monde. Ce qui ne signifiait pas qu'il ne verrait plus ses autres frères, loin de là.
Après tout, ils ne venaient pas de se retrouver pour se perdre encore. C'était pas demain la veille que Léonardo laisserait de nouveau ces trois garçons si importants à ses yeux lui échapper. Il se sentait de nouveau complet, et il comptait bien faire en sorte que ça continue.
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Voilà voilà, c'était le dernier chapitre, j'espère qu'il vous a plut. Ce fut un plaisir de partager cette histoire avec vous tous, merci de m'avoir suivit jusqu'ici, peut-être à une prochaine fois ;)
Saluz
