Hey !

Et voilà petit OS fluff, toujours écrit pendant la nuit du Fof, sur le thème Citron. Il se déroule pendant la route de Muriel, après le livre XI.

Merci à Ya pour sa relecture !

Bonne lecture !


Résumé : Les temps changent, et Asra change avec.
Rating : K+
Genre : Romance/Fluff
Univers : Canon/Route de Muriel

Pairing : Asra/Julian


Bonne nouvelle

.

Ça tient à peu de choses. Mais c'est là et ça change, lentement.

C'est dans l'air endormi de Julian quand il ouvre les yeux après lui, dans ses draps mauves que le matin illumine. Dans son air déçu quand il tend la main pour le toucher mais qu'Asra s'esquive, chafouin. Dans le drôle de grognement mécontent qu'il pousse.

Asra, justement, se lève et quitte le lit, suivi de près par un petit serpent glouton. Il va chercher sa chemise et son pantalon le plus souple, et il disparaît aux yeux du médecin.

C'est infime et fragile, mais c'est là. Il s'en rend compte alors qu'il quitte la pièce.

Dans la cuisine, il attrape une planche, du pain, des tomates et de l'huile. Un citron qu'il coupe et presse au-dessus de la mie. Puis il remonte et se cache sur la terrasse. Pose son assiette près de lui. Il fait froid sur Vesuvia, l'hiver s'éloigne tout juste, comme le souvenir de la peste. Les rues sont pleines de marchands, d'enfants qui courent et d'odeurs de nourriture chaude. Une joie factice anime la ville.

Avant, la peste courait comme une rumeur. Et d'ici, Asra pouvait voir ces hommes qui cachaient leurs mains sous le repli trop long de leurs manteaux.

C'est minuscule, un détail. Comme le filet acide qui passe dans sa gorge alors qu'il croque dans sa tartine. Mais c'est là. Malgré la mort, malgré la peur, malgré la menace du Comte qui plane encore, ça change.

Le magicien termine son repas. Ne bouge pas pour autant. Il voit le soleil sur la ville, son reflet sur les toits. Les docs au loin, où les orphelins qui ont couru toute la nuit se cachent et s'endorment. Il se souvient du sol dur, et de ses pieds mouillés quand il rentrait dans sa tente, bien caché.

Que faisait Julian, à cette époque ? Est-ce qu'il était déjà médecin ? Asra sait qu'il a commencé son apprentissage relativement tôt. En témoigne le moignon qui servirait de bras à Lucio, s'il n'y avait pas…

Il déglutit.

Les docs ne seront jamais un bon souvenir. Ni la faim, ni la peur des autres enfants, ni la mort de ses parents.

Et pourtant, les choses changent.

— Asra.

Et Ilya le cherche dans l'escalier.

— Dehors, il rit plus qu'il ne répond.

— Quel dehors ?

— La terrasse. En haut.

Son amant de plusieurs soirs débarque aussi bien coiffé que le corbeau qui lui sert de familier. Il a enfilé ses vêtements de la veille.

— Désolé. Je me suis endormi sans faire attention hier et… err… Bonjour ?

— Bonjour, Ilya.

Ilya a les yeux gris comme les dalles des allées. Un gris alourdi par les cernes sous ses yeux, alors qu'il s'approche et cherche où s'installer. Il a remis ses gants. Le souvenir de ses doigts sur sa peau n'en reste pas moins présent.

— Je te dérange ?

— Eh bien, tu es chez moi, sur mon balcon…

— Désolé. Je-

— Je plaisante.

Le médecin fuyard se racle la gorge. Il cherche un endroit où s'asseoir et s'installe finalement sur le bord de la terrasse. Le cul près du vide. Un étage, ce n'est pas très haut mais la peur le prend. Ilya pourrait tomber.

Asra inspire. Ilya pourrait toujours tomber, partout. Il aime jouer sur le bord des limites. Se jeter dans le vide sans savoir s'il trouvera un filet pour le rattraper. Il était comme ça il y a trois ans. Ça n'a pas changé.

Et quelque part, il l'aime comme ça.

— Et ne t'en fais pas pour cette nuit.

Il sirote le thé qu'il a monté. Sur son plateau, il y a deux tasses.

— Tu n'aurais pas dormi ici si j'avais estimé que tu me gênais.

— D'accord. Je… Bien.

Il rit. Ilya arrange ses boucles, comme si c'était la chose la plus gênante en cet instant. Dommage. Il les préfère défaites, éparpillées sur l'oreiller. Quand sa peau rougie et qu'il se mord la lèvre.

— Bien dormi ?

— Très. Trop bien, il soupire. Je devrais être debout depuis trois heures.

— Mazelinka te réveille si tôt ?

— Pas besoin, je me lève tout seul.

— Je vois ça.

C'est léger. Ça tient dans le sourire de Julian, dans ses airs gênés qui ont laissé la place à ses longues déclarations graveleuses. Dans ses manches trop longues et son regard qui s'attarde.

— Très drôle. T'aurais pu me réveiller.

— Pourquoi faire ? Nadia ne nous attend pas avant midi.

— Je serais allé à la bibliothèque. On a des recherches à avancer.

— Ne sois pas si pressé.

Dans la tristesse qui se tasse lentement, alors qu'il repense à son apprenti-e. Iel ne craint rien, sous la protection de Muriel. Mais Asra comprend qu'ils ne chemineront bientôt plus côte à côte. Ça fait mal, de le réaliser. De comprendre. D'accepter. Il l'a ramené-e pour lui donner le droit à la vie qu'il a injustement perdue, pas pour lea garder enfermé-e ici.

Mais les choses changent, et ça lui serre le cœur.

— C'est toi qui est trop détendu. Lucio est de retour, je te signale. Et ses courtisans ont disparu.

— Et ce n'est pas en nous précipitant qu'on trouvera une solution à ce problème.

C'est rien, juste un sentiment qui bouge en lui quand il regarde Julian trop longtemps. Quand il s'est endormi contre lui hier soir, au lieu de quitter son lit pour aller remplir sa baignoire.

— Tu vas toujours trop vite, Ilya.

Une étincelle qui s'allume quand il constate qu'il l'a fait rougir.

Ça tient à peu de chose mais Asra comprend. Pour la première fois depuis neuf ans, il est en train de tomber amoureux.
Et ce n'est pas une mauvaise nouvelle.


Et voilà. C'est trop chouette de les voir se tourner autour dans la route de Muriel en vrai, et c'était l'occasion parfaite pour faire un truc fluff. (Même si en vrai Asra au Julian auraient la masse de truc à régler avant d'avoir une relation saine et équilibrée.)