4.

- Je crois que j'avais fini par espérer que ce jour n'arrive jamais ! grimaça Albator.

- Tu savais pourtant que c'était inévitable, remarqua Warius. Ma République Indépendante se mobilise et moi je suis dépêché auprès de toi pour observer en première ligne.

- J'ai vécu une bonne partie de ma vie à fuir la compagnie. Mais en ces circonstances j'apprécie que tu sois là.

Le compliment toucha infiniment Warius, venant d'un ami de longue date et qui le plus souvent même à lui ne dévoilait guère ses sentiments. Et qu'il se confie ainsi prouvait également à quel point la trahison de son fils le touchait.

- On va l'arrêter. Non parce qu'il s'agit d'Alphégor mais parce qu'il est intolérable de seulement imaginer que les Xendriens s'installent et régissent nos vies et celle de nos familles !

- Je me suis toujours battu pour la liberté et ce n'est pas maintenant que je vais changer. L'Empire de Xendr, toi et mo savons ce qu'ils sont, ce dont ils sont capables. Il n'est effectivement pas envisageable de les laisser annexer les Mondes Libres.

Faisant les cent pas sur la passerelle de l'Arcadia, Albator continuait ses réflexions à voix haute.

- Les Xendriens disposent de quelques pouvoirs mentaux qu'il ne faut pas prendre à la légère même s'ils ne peuvent uniquement nous soumettre par leur volonté.

Warius acquièsça.

- Et puis il y a cet hologramme destructeur qu'ils peuvent projeter, rappela-t-il. J'ai eu un message de Julo : il propose de m'accompagner puisqu'il a été aux premières loges pour voir Alphie se servir du sien !

Le grand Pirate borgne et balafré sursauta presque, la mine vexée !

- A toi ? Et pourquoi pas à moi ? râla-t-il. Il a été membre d'équipage d'Alphégor, et moi je suis son père !

- Il n'a pas osé, avoua Warius. Il sait que tu ne l'estimes guère et que tu le respectes encore moins. Il ne voulait pas rappeler de mauvais souvenirs.

- Les souvenirs, ils ne vont cesser de m'assaillir jusqu'à notre victoire, totale cette fois !

Albator fronça le sourcil.

- Mais la génération de Xendriens est si fraîche, leurs anciens et leur propre progéniture ne sont plus ou pas en âge de guerroyer. Ils n'ont pas pu se relancer dans cette conquête sans appuis. Il nous faudra être encore plus prudents que la première fois, Warius.

- Des alliés ? Les Informateurs de la République en font mentionner mais sans avoir pu les identifier. Ton intuition confirme leurs rapports. Il ne nous faudra donc pas compter qu'avec les Condors que nous verront mais nous attendre à ce que les flottiles en appui nous tombent sur le poil au plus mauvais moment !

- Les lois des luttes spatiales, il en a rarement été autrement, faillit presque sourire Albator. A présent, je dois m'absenter un moment. Yattaran, j'ai besoin de mon aviscoupe !

- Elle sera prête, capitaine, assura le massif Pirate en baggy, t-shirt rayé, bandana sur la tête et le regard malin derrière ses lunettes cyberpunk rétros.

- Mais où vas-tu ? firent d'une seule voix Kei, Warius et Toshiro !

- Un message à délivrer.

Et dans l'envol de sa grande cape noire doublée de rouge le capitaine de l'Arcadia quitta la salle.


Le gardien de l'immeuble lui ayant permis d'entrer, Albator avait pris l'ascenseur pour se rendre au dernier étage.

La porte s'ouvrit sur un quinquagénaire aux cheveux blancs, le visage taillé au couteau, la peau tendue sur une solide ossature.

- Capitaine…

- Qui est-ce, amour ? Personne ne s'est annoncé à l'interphone !

- Entez, capitaine Albator.

- Je suis en civil là. Autrement votre gardien ne m'aurait fait aucune confiance. J'ai dit que j'étais le père d'Alphégor, j'espérais que vous auriez parlé du petit à ce garde.

- En effet, fit Endéa en rejoignant les deux hommes. Prenez place, je peux vous offrir du red bourbon ?

- Non merci. Je passe en coup de vent.

- Vous venez de loin, on peut vous proposer autre chose ?

- Je viens et je repars, insista Albator. C'est à Julo que je suis venu parler. M'y autorisez-vous, Endéa, et sans offense ?

- Je vous laisse, accepta Endéa en se retirant.

- Je vous écoute, Albator.

- A une époque vous avez séquestré et affolé mes enfants. Vous n'avez pas purgé l'entièreté de votre peine. Je ne pouvais vous faire aucune confiance. Mais depuis vous avez prouvé votre loyauté, et bien plus que cela en me le ramenant…

- … presque mourant…

- … Et Alphégor vous a accordé toute sa confiance et son amitié. Cet Alphégor a fait preuve de bien plus de cœur que moi. J'étais dans l'erreur et je vous présente mes excuses. Je vous estime et je vous respecte, depuis longtemps déjà, n'en doutez plus ! Aussi comme nous nous apprêtons à aller au-devant des premiers assaillants Xendriens, vous m'honoreriez en demeurant à mon bord et non à celui du Colonel Zéro. Alphégor était cher à nous deux, votre place est sur l'Arcadia, si vous l'acceptez ?

La mine de Julo était passée par bien des sentiments : surprise, un peu de colère, de l'incompréhension aussi, du soulagement enfin.

Julo se leva.

- J'en serai honoré, mon capitaine !

- Merci. Je vous laisse le temps de préparer vos affaires.

- Ma valise est toujours prête. Un vieux réflexe.

Albator sourit, quittant son fauteuil pour tendre la main à l'ancien repris de justice.

Et ainsi les deux hommes scellèrent leur accord.