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Chapitre 6

Ils faisaient du bruit. Le petit-déjeuner était compris dans le prix. Alors, ils étaient là. Huit fugueurs qui risquaient là peine de mort s'ils se faisaient prendre.

Kido versa du jus d'orange dans son verre. Il regardait ses coéquipiers, faute d'autre terme, évoluer. Chaque interaction était intéressante. Du moins, il essayait de les mettre toutes au même niveau. Tout comme il essayait de ne pas revenir trop souvent sur Fudo. Il ne voulait pas se faire repéré. Et puis, s'il ne faisait que regarder Fudo il mourrait de jalousie.

Alors il s'intéressait aux regards lourd que lançais Rushe à Demonio. Il observait Paolo qui discutait avec Someoka et Goenji. Il se moqua intérieurement du regard inquiet que lui lançait sa sœur.

Puis il croisa les yeux de Fudo. Et il sentit son cœur battre plus fort. Le brun se mordit l'intérieur de la bouche avant de détourner les yeux pour lancer une réplique à Rushe. Et Kido ferma les siens.

« J'pense faut qu'on achète de la bouffe, pour les prochains jours. »

C'était Goenji qui venait de dire ça.

« Ouais, surtout qu'à partir de maintenant on va sortir des grandes routes et passer par des petits villages. Avant Viberto ça servait à rien puisque même les petites routes de campagne sont énormément surveillés mais à partir de maintenant on va pouvoir faire ça. Donc vaut mieux qu'on prenne plus de bouffe. », approuva Paolo.

« Et puis un pauvre sandwich, c'est pas suffisant ! Je crevais la dalle hier soir ! », ajouta Demonio en ricanant.

Quelques autres approuvèrent.

« T'façon avec tout l'argent qu'on a on peut se faire plaiz' ! », ajouta Someoka tout sourire.

« En fait, non. On a pas tant que ça, alors mieux vaut prendre des trucs nourrissant et pas chers. », répliqua froidement Rushe.

Il y eut un légers blanc. Par habitude, ce fut Haruna qui le combla.

« On a qu'à faire deux équipe. Une pour la camionnette, je vous rappelle qu'on l'a garée super loin. Et une seconde pour la nourriture. »

« Et on irait comment au supermarché ? J'en ai pas vu dans le coin moi ! », demanda Someoka.

« En bus. », répondit Goenji montrant l'arrêt en face le l'hôtel au travers de la baie vitrée.

Kido se leva pour chercher du beurre et du pain. Il les laissa discuter des groupes. Ça l'intéressait mais il n'avait envie de parler. Comme d'habitude.

Il sourit à l'employée qui fixait ses lunettes avec étonnement.

Les lunettes que Kageyama lui avait offert enfant. Il savait qu'elle lui donnait un air bizarre. Mais ils ne pourrait jamais s'en détacher. Jamais.

En retournant à table il se demanda si il arriverait à trouver un moment seul avec Fudo.

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Haruna alluma la cigarette qu'elle venait de rouler. À côté d'elle, son frère commençait à rouler la sienne alors qu'assis à même le sol les deux blonds de la troupe, Shuuya et Moretti fumaient déjà la leur. Ils avaient garé la camionnette dans une ruelle adjacente au supermarché et y attendaient que les autres finissent leurs courses.

« J'aime pas le Marlboro », grinça Shuuya.

« Pourquoi t'as utilisé mon tabac ? Idiot. », rétorqua mollement l'italienne.

« Je sais plus où j'ai mis le mien. Dans tout ce merdier. », répondit le blond, désignant la camionnette d'un geste de la main.

Haruna regarda son frère assis au milieu des sacs et valises contenant tout leurs effets personnels. Un jour et c'était déjà un vrai foutoir.

« On va garder la camionnette tout le long ? », demanda-t-elle.

Il faut dire que même si Paolo leur avait communiqué le plan détaillé qu'il avait établi avec Moretti et Fudo, aucun d'entre eux n'avait pris la peine de le lire. Elle se fit la remarque que ça n'était pas bien malin de sa part.

« Non, non bien sûr que non », répondit Moretti. « On va l'abandonner quand on sera vers Grosseto, une pote à Demonio nous a donné un contact, on aura un énorme camion de je sais plus quelle entreprise puis à Florence on changera encore on sait pas encore comment mais on sait que là-bas la rébellion est puissante donc on devrait pas avoir trop de problèmes puis on rechangera vers… »

La blonde s'était arrêtée, les fixant des yeux longuement. Les uns après les autres.

« Aucun d'entre vous n'avez lu le plan qu'on vous a envoyé, c'est ça ? », fit elle sèchement.

Haruna et Shuuya se regardèrent, mal à l'aise.

« Euh nan », répondit timidement la femme aux cheveux bleu foncé.

La jeune fille visiblement énervée se leva et donna un coup de pied dans le mur avant de se retourner vers eux.

« Putain ! Vous vous rendez compte dans la situation dans laquelle vous êtes ? On est en danger de mort permanent ! C'est pas une colo, ici ! On est sensé s'entraider pour survivre ! Survivre ! Danger de mort ! Vous comprenez ce que je dis ! », cria-t-elle.

Elle se retourna et frappa un container du pied, le trouant.

« Pao' avait tord, vous êtes pas une aide ! Juste un putain de poids ! »

Elle shoota dans les poubelles. Encore et encore sans s'arrêter.

Jusqu'à ce qu'il ne reste qu'un tas de détritus au sol.

Alors, elle prit de grandes respirations afin de se calmer. Puis, prestement elle revint à la camionnette. Ignorant Haruna et Shuuya qui, silencieux, la suivait du regard.

Moretti vola la clope de Yuuto qui fit un petit « Hé ! » d'étonnement. Elle prit deux taffes avant de rendre la fin à son propriétaire qui haussa les sourcils. Elle enjamba le stratège et chercha quelque chose dans un sac. Elle en sortit un cahier à feuilles détachable et un stylo puis elle se mit à écrire.

Il semblait qu'elle avait décidé de les ignorer.

Pourtant Haruna ne put s'empêcher d'être curieuse. Qu'est-ce qu'elle écrivait ? Son âme d'inspectrice se devait d'en avoir la réponse.

« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda-t-elle.

« J'écris une lettre. », répondis froidement Rushe.

« À qui ? », ajouta Haruna intriguée.

Cependant, la blonde semblait moins encline à répondre à sa seconde question. Elle releva lentement la tête en lui jetant un regard noir.

« Ton cul. »

Elle replongea dans son cahier.

Haruna retint un soupir. Cela ne lui aurait apporté que des problèmes.

Elle s'assit aux côtés de Shuuya qui la regardait d'un air amusé.

« Toi, tu t'es trouvée une nouvelle enquête », dit-il.

Haruna leva les yeux au ciel même si elle savait qu'il avait parfaitement raison.

Elle alluma son téléphone et retrouva le descriptif de leur cavale envoyé par Paolo.

« Bon, lisons ce plan détaillé », dit-elle.

Et le blond lu par dessus son épaule.

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Ils étaient revenu à la camionnette. Souriants. Chantant une chanson de kpop. Enfin c'était plus du yaourt qu'autre chose. Seuls les mots anglais étaient vraiment prononcés. Mais la mélodie était là. Ryuugo chantait de tout son coeur. Fudo faisait exprès de chanter faux. Paolo et Demonio fredonnaient instinctivement bien qu'ils ne connaissaient pas les paroles.

Someoka s'était surpris à connaître les même groupes que Fudo. Ça l'avait rendu heureux d'un coup. Ce point commun inattendu. Et puis chanter. Il adorait ça.

Ils portaient à bout de bras les énormes sacs de courses. Un chacun. Paolo n'avait cessé de dire qu'ils prenaient trop puis de changer d'avis. Alors Ryuugo ne savait pas vraiment s'ils avaient fait du bon boulot. Mais il avait ces chips goût vinaigre alors il était contant.

Et Fudo souriait. C'était à la fois bizarre et enthousiasment. Fudo restait un mystère pour lui. Et même s'il s'était passé ces choses et qu'il l'avait pas mal haï par le passé, maintenant il voulait bien faire copain copain. Il en avait un peu envie même.

Pourtant l'atmosphère joyeuse qui les entourait s'estompa quand ils firent face à celle pesante du groupe qui gardait la camionnette. Personne ne parlait, un silence de mort. Haruna était tendue, Shuuya aussi. L'italienne avait l'air énervée. Seul Kido était semblable à d'habitude. Clopant tranquillement à l'entrée du coffre.

« Vous pourriez au moins faire semblant d'être heureux de nous voir », ricana Fudo.

Il s'avança vers le coffre. Kido retira ses jambes pour le laisser passer. Le brun posa son sac de courses et s'assit sur un duvet quelconque.

Haruna se leva.

« Désolé, on s'est un peu engueulés... », souffla-t-elle.

Dans la camionnette Rushe lui fit un doigt d'honneur.

« Ho », fit Bianchi.

Il passa sa main sur sa nuque, mal à l'aise.

« Bon bah je vais à l'avant. On part quand vous voulez. »

Il tendis son sac de course à Demiono puis se rendit à l'avant de la camionnette.

Sans un mot Haruna le suivit.

Shuuya aida Ryuuga et Demonio à rentrer les courses.

« Je vais à l'avant, vous êtes okay ? », demanda-t-il.

Tous acquiescèrent. Ryuuga échangea un sourire avec le blond. Puis celui-ci ferma la porte du coffre. Quelques secondes plus tard l'ampoule accroché au plafond fut allumée. Et quelques minutes plus tard le moteur ronronnaient. Ils partaient.

Se sentant irrémédiablement joyeux Ryuugo proposa aux autres de jouer à un jeu de cartes. Tous, même Rushe acceptèrent. Demonio proposa de jouer au Mao.

« C'est quoi ça ? », demanda celui aux cheveux roses.

Rushe s'exclama.

« Oh oui, j'me souviens ! On y avait joué à la soirée de Pol ! C'était horrible comme jeu, c'était trop cool ! Jouons au Mao ! »

L'italien eut un grand sourire.

« Tu te souviens de toutes les règles ? »

Elle fit une grimace.

« Humpf, non... »

Demonio eut un sourire un tantinet sadique. Il commença à distribuer les cartes.

« Mais dites-nous les règles ! », s'exclama Ryuugo.

« Qui n'a jamais joué ? », demanda Rushe.

Ryuugo, Kido et Fudo levèrent la main.

La blonde hocha la tête et pris ses cartes. Ryuugo était perdu. Pourquoi attendaient-ils pour expliquer les règles.

Demonio laissa un tas de cartes au milieu du cercle qu'ils avaient formés. Ryuugo supposa qu'il s'agissait de la pioche.

Puis l'italien aux dreds pris la parole.

« La seule règle pouvant être énoncé est celle-ci. »

Puis il posa un as de trèfle. Rushe à sa droite ne fit rien.

« Euh on va dans quel sens ? », demanda Fudo à sa gauche.

Demonio prit une carte dans la pioche et lui tendit.

« Pour avoir parlé. », ajouta-t-il.

Okay, interdiction de parler. Mais pourquoi Demonio le faisait alors ? Il était peut-être une sorte de maître du jeu.

Fudo avait les sourcils froncés quand il posa un deux de trèfle sur la carde de Demonio.

Mais celui-ci reprit la carte, ajouta une carte de la pioche et donna la tout à Fudo.

« Pour avoir joué alors que ça n'était pas ton tour. »

Et en plus l'italien souriait. Ce jeu allait l'énerver, pensa Ryuugo.

Puisque personne ne jouait il se dit qu'il n'avait qu'à poser une carte au hasard. Il joua une reine de cœur.

Il vit Demonio sourire et il sut que ça n'était pas bon. L'italien lui rendit sa carte avec une de celles de la pioche. Le tout sans un mot.

Kido qui était à sa droite posa un six de trèfle.

Demonio ne dit rien. Ce devait être bon.

Fudo mit un six de pique.

Demonio donna une carte de la pioche.

« Pour ne pas avoir dit six de pique. »

Puis il posa un six de carreau.

Rushe posa à son tour posa un deux de carreau.

Ryuugo posa alors un huit de carreau.

Alors Demonio lui donna quatre cartes de la pioche.

« Pour ne pas avoir pris deux cartes. »

Ryuugo grogna.

Kido posa un sept de carreau.

Encore un fois Demonio lui donna une carte de la pioche.

« Pour ne pas avoir dit passez une bonne journée. »

Kido tressailli un peu. Lui qui ne parlait presque plus il allait être obligé de le faire.

« Passez une bonne journée. », murmura-t-il.

Fudo posa un roi de carreau.

Demonio lui donna une carte.

« Pour ne pas avoir dit merci. »

Fudo leva les yeux au ciel et grommela un merci à Kido.

Peu à peu des sourires apparurent sur tout les visages. Ryuugo ne pouvant s'empêcher de parler plus de cinq minutes perdit avec presque une vingtaine de cartes la première partie. C'est là que Demonio annonça que Rushe qui venait de finir ses cartes et donc de gagner pouvait ajouté une nouvelle règle de son choix. Ryuugo grogna. Déjà qu'il n'avait toujours pas compris toutes celles qu'il y avait.

Mais au fur et à mesure la voix de Kido était devenue moins rauque. Et Fudo aussi souriait. Ça le rendit heureux.

Ryuugo aimait que sont entourage aille bien.

Alors même s'il perdait à ce jeu débile, il ne se sentait pas réellement énervé.

Il avait même un sourire au coins des lèvres.

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« Quoi ? Mamoru s'est engagé dans l'armée japonaise ? », s'exclama Paolo.

Goenji hocha la tête avec dépit.

« Mais genre c'est un espion de la résistance ? Il paraît qu'il y a un réseau mondial ! »

« Je pense pas. De tous les contacts que j'ai, qui sont à la fois au Japon et dans la résistance aucun n'a de nouvelles… Pourtant on avait des moyen de communication sûrs. », répondit le blond.

« C'est quand la dernière fois que vous vous êtes parlés ? »

« Mi-Août. Et il m'a juste dit qu'il s'engageait dans l'armé japonaise et que pour lui on était plus en couple depuis longtemps. », souffla Goenji.

« Putain… »

Paolo avait du mal à croire que ce qu'il entendait était vrai. On parlait de Mamoru ! Mamoru ne ferai jamais ça. Il était trop Peace and Love. Il aimait trop Goenji. Il détestait tant la guerre.

Il devait se passer quelque chose. C'est juste qu'ils n'avaient pas toutes les clefs pour comprendre. Oui, ce devait être ça. Ils manquaient d'information.

Paolo tritura la bouteille d'eau qu'il avait dans les mains.

« T'façon ça sert a rien d'y penser maintenant. Ici on peut rien fait pour eux, pour Mamoru. », déclara Otonashi.

Elle avait un air mélancolique. Conduisant la camionnette une clope au bec. Soudain elle fronça les sourcils en fixant son rétroviseur.

« Putain. », murmura-t-elle.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda Paolo en agrippant sa bouteille d'eau avec force.

« La Razionne, derrière nous. La voiture me fait des appels de fard. »

L'italien sentit le rythme de son cœur commencer à augmenter. Entre Otonashi et Goenji il ne pouvait pas voir derrière. Il regarda le blond ouvrir sa fenêtre et sortir sa tête de la camionnette.

« Je m'arrête ? », demanda la jeune femme.

Goenji rentra sa tête à l'intérieur.

« Autant voir ce qu'ils veulent. », dit-il avec une moue inquiète.

Otonashi hocha la tête avec nervosité et commença à ralentir.

Elle éteignit sa cigarette dans le cendrier présent sur le tableau de bord.

Quelques instants plus tard, une officière en uniforme orange et blanc arriva à leur niveau. Long cheveux brun. Nattés. Et un long nez. Bossu.

« Vous vous appelez ? », fit la femme d'une voix traînante.

« Feuh… Francesca Médicis, officière », bredouilla Otonashi.

« Vous avez vos papiers ? », demanda-t-elle.

Nerveusement, Otonashi se mit à chercher son faux permis. Elle le donna à l'officière. Les mains tremblantes.

La brune examina le permis un long moment. Plus elle prenait son temps, plus le stress montait. Le cœur de Paolo battait dans ses oreilles. Et Goenji qui tapotait un rythme avec ses doigts n'arrangeait pas les choses.

L'officière retourna à sa voiture. Emportant le permis d'Otonashi.

Paolo ferma les yeux pour essayer d'endiguer une crise d'angoisse.

« On fait quoi ? », demanda la femme aux cheveux bleu foncé.

« Si on fuit ils sauront qu'on est des fugitifs ! Si ça se trouve c'est rien là ! Mieux vaut attendre de voir ce qu'ils veulent… », raisonna Goenji.

Otonashi le fixa un moment puis elle soupira.

« J'le sens mal… », murmura Otonashi en regardant dans le rétroviseur.

Paolo aussi le sentait mal. Et s'il se fiait aux tapotements de Goenji, il pouvait dire que lui aussi.

« Je pense qu'on devrait partir maintenant. », dit Paolo.

« Shuuya a raison, ils nous ont donné aucune raison de penser qu'on était prit. Si on part maintenant on prouve notre culpabilité et en plus ils auront notre plaque d'immatriculation. Et votre plan là, pour le camion, il est a plusieurs jours à pied. Et s'ils ont notre plaque, c'est mort, on atteindra jamais Grosseto en voiture. », expliqua Otonashi. « Donc on voit ce qu'ils veulent et si c'est pas bien on se casse. J'ai toujours le contact. »

Paolo acquiesça et se concentra sur le ronronnement du moteur pour se rassurer. Serrant le plus fort possible sa bouteille d'eau.

L'officière de la Razionne fini par revenir.

« Sortez de la camionnette. », dit-elle.

« Quoi ? Pourquoi ? », répondit Otonashi avec le plus d'innocence possible.

La femme sortit un pistolet et cria.

« Vous êtes en état d'arrestation pour usurpation d'identité, veuillez sortir de ce véhicule ! »

La terreur prit Paolo.

« Baissez-vous ! », cria Otonashi en appuyant sur l'accélérateur.

Ils se baissèrent, la camionnette partie et une balle se planta dans le coffre.

Quelques secondes plus tard, la voiture de la Razionne démarrait.

Derrière, il entendait les cris de Someoka qui demandait ce qu'il se passait. Qu'une balle venait de blesser Fudo.

Paolo n'arriva plus à respirer.

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« On est pas heureux : notre bonheur, c'est le silence du malheur. »

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