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Chapitre 7
Haruna dérapa avec la camionnette. Pas le temps de faire les virages correctement. C'était la merde. La putain de grosse merde.
Ses yeux alternaient entre la route et le rétroviseur. Il fallait qu'elle reste calme. Il y avait environ cinquante mètres entre eux et la Razzione. Mais ils se faisaient rattraper. Lentement mais sûrement. Haruna se mordit la lèvre. C'est elle qui avait le volant. Elle ne pouvait se permettre la négativité. La vie de son frère était entre ses mains. Son frère et tout les autres. Elle se reconcentre.
« Hah… Hah… … »
C'est Paolo. Il respire de plus en plus fort. Haruna risque un œil vers lui.
L'italien est plié en deux. Le front sur le tableau de bord. Les yeux fermés. Les joues rouges. Les bras croisés. Les mains agrippés à ses épaules.
Aussitôt, l'image de Fubuki lui revient en tête. Quand il se débattait encore entre lui et Atsuya.
Un élan de compassion la traversa.
Tout en se reconcentrant sur la route elle posa une main entre les épaules de Paolo.
Elle vérifia la position de la voiture de la Razzione. Elle s'était encore un peu plus approché. Quarante-cinq mètres environ. La sirène caractéristique se faisait de plus en plus forte. Haruna vira à gauche. S'enfonçant dans la forêt.
« Ça va aller Paolo. T'inquiète on va les semer. », dit-elle d'une voix forte.
Elle fit des cercles dans le dos de l'italien qui respirait de manière irrégulière. Il tremblait si fort. Comme s'il avait des spasmes.
Quelle merde. Et les autres derrière qui devaient pas comprendre. Et cette putain de forêt où elle était obligée de ralentir pour ne pas se prendre un arbre.
« Shuuya ça va ? », demanda-t-elle en criant.
Elle regarda dans son rétro. Elle ne voyait plus la Razzione.
C'était pas gagné pour autant.
Un seul faut pas et ils étaient tous morts.
« Je… Ouais, ça va », répondit le blond d'une voix crispée.
« Okay ! Tu ve… », répondit Haruna avant de se concentrer sur la route.
Un embranchement. Dans les forêts beaucoup de routes étaient sans issues.
Droite ou gauche ? Sa main se crispa sur le pull de Paolo. Droite ou gauche ?
Elle entendait encore la sirène. Même si elle ne les voyait plus, la Razzione était encore là.
Le croisement approchait.
Merde !
Elle prit à gauche.
Serrant le pull de Paolo fort dans sa main.
Plus qu'à espérer.
Elle revint à ce quelle disait au blond.
« Ouais, donc Shuu, tu peux expliquer euh aux autres ce qu'il se… passe ? », fit-elle difficilement.
Son cerveau était en surchauffe. Trop d'information à analyser. À gérer. Elle murmura des mots apaisants à Paolo. Ses respiration étaient de plus en plus fortes et de plus en plus irrégulières. Elle cru même entendre un reniflement mais elle n'était pas sûre et n'avait pas le temps de regarder Paolo.
« Tout va bien, tout va bien. On va s'en sortir. Écoute, on ne les entend presque plus. Ne t'inquiète pas », murmurait-elle.
Elle ne savait pas trop quoi faire d'autre.
Haruna entendit Shuuya bouger. Elle devina qu'il se mettait à genoux sur son siège puis qu'il ouvrait la petite fenêtre les reliant au coffre.
Aussitôt il y eut beaucoup plus de bruit environnant.
« Eh bien c'est pas trop tôt... », fit la voix traînante de Fudo.
Haruna grogna, agacée. Accélérant un peu. Malgré le danger.
« Shuuya ! Qu'est-ce qu'il se passe ! », fit la voix forte de Ryuugo.
L'entendre rassura Haruna et elle espéra entendre la voix de Yuuto. En vain, évidement. Elle le savait. Mais si seulement il pouvait juste dire un mot. Pour être sûre qu'il aille bien.
« Pourquoi on s'est prit des balles ? », demanda un peu sèchement Rushe.
Merde ! Elle avait oublié que l'officière leur avait tiré dessus. Et si l'un d'entre eux était blessé ! Merde, merde !
« Vous allez bien, vous avez pas été blessés ? », demanda précipitamment Shuuya.
La même peur leur tordait le ventre.
« Nan c'est bon, juste Fudo à failli y passer. », dit-elle d'une voix sarcastique puis elle ajouta avec un peu d'inquiétude. « Mais t'inquiète pas Paolo il va bien. Super. Aucun problème. Il est juste de mauvaise humeur. »
« Mais si je pouvais savoir pourquoi on a chercher à m'assassiner, ça serai sympa… », fit Fudo.
Haruna, Shuuya, Paolo, Ryuugo et Kido frissonnèrent. Un coup de poing dans le coeur.
« On-… on a été contrôlé et... la keuf nous a pris le permis de- d'Haruna puis… elle est partie et quand elle est revenue… elle nous a tiré dessus... », expliqua difficilement Shuuya.
Fudo. Mort. Haruna savait que le blond pensais à la même chose qu'elle. L'image de Fudo mort. S'imaginer la balle transpercer la paroi de la camionnette puis la tête de Fudo puis la paroi opposée. Le sang s'envolant. Et lui qui tombait sur les sacs. Se vidant de son sang.
Paolo qui tremblait de plus en plus fort rejeta le bras qu'elle avait dans son dos. Violemment. Il pleurait maintenant. Il pleurait.
Kido trempant dans le sang de Fudo. Cette image la frappa.
Elle décida de mieux se concentrer sur la route. Et surtout d'arrêter de penser. Les pensées étaient dangereuses.
« Elle a dit qu'on usurpait une identité. », répondit le blond.
Soudainement Haruna n'entendait plus la sirène.
« Merde alors! », fit Ryuugo.
C'était beaucoup trop soudain pour que ce soit naturel.
Haruna le sentait.
La Razionne était toujours à leurs trousses.
Et sûrement bien plus près qu'elle ne le pensait.
« Et du coup là on est où ? »
Haruna accéléra quitte à être dangereuse.
Il s'en suivit beaucoup de questions mais elle ne les écouta pas.
Trop concentrée sur leur survie. Sur sa survie.
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La route était mauvaise. Shuuya avait dit qu'iels étaient entrés dans une forêt. La lumière accrochée au plafond du coffre de la camionnette se balançait. C'était assez glauque. Kido était assis. Il était le seul qui n'avait pas changé de place depuis que le véhicule s'était arrêter et qu'il était reparti n'importe comment. En face de lui se trouvait Demonio. Il s'était allongé accrochant les sacs en-dessous de lui. S'il ne voyait pas ses yeux grand ouvert, Kido aurait pu penser qu'il dormait. Vers la petite fenêtre donnant sur l'avant de la camionnette se trouvait Ryuugo et Rushe. Ils parlaient à Shuuya. Tout en essayant de rester debout. Difficilement.
Puis il y avait Fudo. Fudo s'était placé dans un coin. Dos à l'avant du véhicule. Risquant à tout moment de se prendre Ryuugo. Fudo qui faisait semblant que tout allait bien. Fudo qui souriait et lançait des remarque sarcastiques de temps en temps. Fudo qui fixait le trou qu'avait la balle. Celle qui avait faillit le tuer. Fudo qui essayait de rouler une clope depuis presque dix minutes. Fudo dont les mains tremblaient.
Kido voulais le serrer contre lui. Fort. Et l'enfermer dans une cage doré. Où il serai son seul dieu. Où Fudo n'auraient d'yeux que pour lui. Où personne d'autre que lui ne pourrait l'atteindre. Où il pourrait contrôler ses joies et ses peurs.
Mais il ne pouvait pas faire ça.
Ce n'était pas bien.
C'était malsain.
On ne pouvait pas voler la liberté d'un Humain ainsi.
« Paolo il va bien ? », fit la voix de Rushe.
C'est vrai qu'il n'avait rien dit depuis le début.
Fudo releva la tête vers la petite fenêtre. Inquiet. Et Kido se détesta de se sentir jaloux de ça.
« Non… Il fait… Il fait une crise d'angoisse, je crois… », répondit la voix mal assurée de Shuuya.
Kido commença alors aussi à s'inquiéter. Paolo allait mal. Et Shuuya n'avait pas l'air de savoir comment gérer une crise d'angoisse. Merde.
Il vit Rushe se baisser à la rechercher d'un sac en jurant.
Tandis que Ryuugo essayait soudainement de rassurer l'italien. Avec des phrases telle que « Ne t'inquiète pas, on va pas crever, Haruna est au volant on peut que survivre pis si on meurt bah c'est pas grave si tu veut mettra ton cadavre sur une barque et on t'enflammera comme les vikings mais t'façon on va pas mourir comme ça… ». Kido n'était pas sûr que ça l'aide.
Rushe se releva. Un téléphone entre les mains. Elle tapota quelques instants dessus puis le passa à Shuuya.
« Donne ça à Pao ! »
« Okay », fit le blond en s'exécutant précipitamment.
Rushe avait l'air de savoir ce qu'elle faisait avec ce téléphone.
Kido s'obligea à ne pas demander ce qu'elle lui avait donner. À ne pas savoir. À ne pas contrôler. Peut importe depuis combien de temps il s'y obligeai c'était tout aussi frustrant.
Kido reporta son attention sur Fudo.
Il décida de s'approcher de lui. Il s'avança à quatre pattes. Avec précaution.
Il s'assit devant le japonais. Ils se regardèrent. Les yeux de Fudo étaient bleu-vert. Saisissants.
Kido lui pris la clope des mains et la lui roula.
Puis il lui mit entre les lèvres.
Fudo ne disait rien. Comme hypnotisé par ses gestes.
Extraordinairement satisfaisant.
Kido sortit son briquet et lui alluma.
Fudo tira. Le fixant toujours avec intensité.
« T'as une stratégie qui te viens en tête ? », demanda Kido.
Fudo baissa la tête.
« Nan, que dalle… Enfin rien d'applicable concrètement… », marmonna-t-il.
Avec le bruit ambiant, Kido failli ne pas l'entendre.
Mais Fudo avait raison. Entre le peu d'information qu'ils avaient sur eux et l'adversaire, le fait que ce soit du un contre un voir du un contre plusieurs, et qu'il ne s'agissait pas d'humains, les possibilités de créer une stratégie était limité.
Ils n'étaient pas fait pour ça. Ils étaient fait pour le football.
Pas pour la guerre ou les courses de voitures.
Tout ce que Kido pouvait conseiller était de faire des virages serrés.
Il soupira. Fudo tira une deuxième fois.
Tout aurait été plus simple, s'il s'agissait de football. Ou de corps à corps.
Putain de voitures !
« PUTAIN JE LES VOIS ! »
Iels se tendirent tous. C'était la voix d'Haruna.
Kido regarda Fudo prendre une longue taffe.
« Il faudrait… Il faudrait un moyen de les attaquer… Putain on est trop con… On aurait du acheter les armes plus tôt… On était trop confiants… Putain, putain, putain ! », s'énerva le brun à voix basse.
Iels étaient sensés trouver de quoi se procurer des armes vers Grosseto. Juste au-cas-où. Iels avaient été stupide de croire que tout irai bien jusque là. Stupide.
Méprisable.
Kido prit la main libre de Fudo et la serra. Fort. Sûrement trop. Il chercha une quelconque arme à utiliser contre leurs poursuivants. Ou une autre alternative.
Mais que dalle. Encore. La frustration montait dangereusement. Ça ne lui arrivait jamais de ne pas trouver de solution. Encore moins en situation de crise. C'était sensé le stimuler merde !
Rushe se tourna vers eux. Hésitante.
« Euh… »
Elle se gratta la tête et failli tomber.
« Vous pensez que… avec une super-technique ? Ça pourrait fonctionner ? »
Une super-technique…
Kido se visualisa la chose. Il n'avait jamais envisager d'utiliser le football ainsi.
« C'est ça ! », s'écria Fudo bien moins crispé d'un coup.
Rushe lui sourit.
« Ça coûte rien d'essayer. », soupira Kido. « Bon, qui le fait ? Il est où ton ballon Rushe ? »
L'italienne se mit a le chercher entre les sacs de nourritures.
« Qui fait quoi ? », demanda Someoka.
« On veut essayer de ralentir la Razionne en utilisant une super-technique. En gros on enverrai le ballon au niveau du moteur pour le détruire. », expliqua Kido assez fort pour que tout le monde l'entende malgré le bruit ambiant.
Il y eut un blanc. Sûrement causé par sa voix. Il aurait dû laisser Fudo expliquer. Mais c'était a cause de lui s'il l'avait fait. L'habitude. L'habitude de l'ancien temps.
Kido posa son regard sur le japonais.
Fudo avait un sourire arrogant. Merveilleux sourire.
« Bref, y'a quelqu'un qui se sent de le faire ? », lança-t-il rompant le silence.
« Je vais le faire. », déclara Shuuya.
« T'es sûr ? », demanda aussitôt Ryuugo.
« … oui. »
« J'ai mon ballon ! », s'écria Rushe.
Ballon qui ne passerai définitivement pas par la petite fenêtre qui le séparait de Shuuya. Kido fronça les sourcils. C'était pas forcément une bonne idée que Shuuya tire. Après tout lui ou Ryuugo pouvait bien le faire. Ou les autres étant dans le coffre. Il suffisait juste d'ouvrir une porte du coffre et de tirer.
« Okay, Shuuya, tu monte sur le toit et je te lance le ballon. », fit Rushe.
Quoi ? C'était quoi cette idée hyper risquée ?!
« Ouais, ça me va. Mais je veux que ce soit Ryuugo qui me lance la balle. », répondit le blond.
Bon, c'était déjà ça. Il pouvait être certain que Shuuya réceptionnerai bien le ballon. Lui et Ryuugo se connaissaient parfaitement là-dessus. Et puis il y avait un lien entre ces deux là. Kido se détendit. Avant de se souvenir que ça restait une idée de merde. Hyper risquée.
« Ce serai pas plus simple que Ryuugo tire ? », demanda Fudo avec une moue amusée.
Kido le remercia interieurement.
« Non, je vais le faire. », répondit Shuuya.
Okay.
Il ne changerai pas d'avis.
Merde. Bon il ne pouvait rien y changer.
« Okay. », chantonna Fudo.
« Bon tout le monde sur le côté gauche. Someoka tu te prépare à ouvrir la porte droite et à lancer la balle. Goenji tu monte et quand t'es prêt tu frappe trois fois sur le toit. », dirigea Rushe.
C'est qu'elle avait de bonnes capacités de leader l'italienne. Kido sourit en se faisant cette remarque. Puis il se leva avec Fudo pour rejoindre le côté gauche de la camionnette.
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La camionnette allait à environ 120 km/h. Autant dire que monter sur le toit n'était pas une mince affaire. Shuuya serra les dents. La voiture de la Razionne semblait si proche. Il allait essayer de tirer sur le capot. Pour défoncer le moteur. Mais est-ce qu'il allait réussir à tirer assez fort ? Ses mains tremblaient. Pourquoi diable n'avaient-ils qu'un seul ballon ?
Son cœur tapait dans ses oreilles. Il n'entendait presque que ça.
La camionnette vibrait faisant trembler tout son corps. Il lui semblait ne faire plus qu'un avec elle.
Le vent le poussait vers l'avant.
La voiture de la Razionne. Une fenêtre s'était baissée. Une tête. Puis une arme. Puis un bras. Puis un buste. Puis un second bras. En sortirent.
Une arme.
Putain !
Ils allaient leurs tirer dessus !
Shuuya frappa le toit de son pied. Trois fois.
PAN !
Rapide… Le tireur était cependant loin de viser droit.
Le blond sentit plus qu'il n'entendit la porte du coffre s'ouvrir.
Someoka.
PAN !
Le tir était était arrivé à 3 mètres de la camionnette.
Il apprenait vite le keuf. Merde.
« Shuuya ! », s'écria la voix du rosé.
Someoka. Le flingue.
« Je suis prêt ! », répondit-il en se préparant à sauter.
Il avait lancé la balle. Avant même de la voir, Shuuya le savait. Le sentait. C'était un sentiment extrêmement puissant. Il se sentit revivre alors qu'il sautait pour la récupérer.
Le temps sembla se ralentir.
Il tourna sur lui même. Ses flammes apparurent. Si longtemps qu'il ne les avait pas vu. Il se sentait si puissant.
Sûr de lui.
Plus rien ne pouvait l'arrêter.
Il était le dieu des flammes. Le Dieu de la destruction.
Il sourit et tira.
TORNADE DE FEU !
« PAN ! »
« AHHHHHHHH ! »
« BOOM ! »
Le ballon arriva en plein sur le capot. La voiture se retourna.
Shuuya atteri sur le bitume.
C'était la voix de Someoka ?
Il se retourna. Son cœur battant encore à ses oreilles.
La camionnette s'éloignait. Comme si elle allait l'abandonner. La porte droite du coffre était toujours ouverte. Il y voyait Kido -à moins qu'il ne s'agisse de Demonio- à genoux, penché et sûrement Rushe qui était debout à la mini fenêtre.
Someoka allait-il bien ?
Et la camionnette qui était maintenant si loin.
Shuuya se retourna vers la voiture de la Razionne. Est-ce que le officiers étaient mort ? Le véhicule se trouvais à quinze mètre de lui. Il avait peur de voir une main en sortir. Il avait peur d'être devenu un assassin, aussi. Il croisa les bras. Se serrant de toute ses forces.
Et la camionnette ? Si elle l'abandonnait ? Si elle ne s'arrêtait pas ? Si elle ne revenait pas le chercher ?
Il se retourna vers elle. Il la voyait encore. Sur cette route toute droite. Assombrie par les arbres de cette immense forêt. Shuuya se senti petit. Minuscule face à la Nature. Il remarqua alors que la camionnette n'avançait plus et que quelqu'un courait vers lui. Il ferma les yeux en souriant. Ils ne l'avaient pas abandonné. Peu à peu la prise qu'il avait sur ses bras se desserra.
À la chevelure blonde il devina qu'il s'agissait de Rushe.
Mais. Est-ce que Ryuugo allait bien ?
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Rushe courait.
Elle était dans un état indéfinissable. La peur et la joie. De la peur pour Someoka. Et de la joie. Pour tout le reste. Goenji avait réussi ! Iels allaient vivre ! Maintenant, iels avaient des armes. N'importe où, n'importe quand. Leurs super-techniques ! Bon Rushe n'en avait qu'une seule de tir. Mais avec toutes celles des autres. La joie explosait dans son coeur ! Elle n'avait plus peur de rien.
Brièvement, elle se demanda si Otonashi en avait. De super-technique. Après tout elle ne l'avait jamais vu jouer.
Elle arrivait bientôt au niveau de Goenji. Rushe lui fit un grand sourire. Le blond, lui, avait l'air affreusement paniqué. Elle pensa à Someoka et perdit un peu de sa bonne humeur.
« Rushe ! »
« Goenji ! Someoka, il… »
Mais son objectif, n'était pas d'aller voir Goenji mais bien de chercher son ballon. Alors elle continua de courir vers la voiture appartenant à la Razionne. Elle tourna la tête vers Goenji. Pour le voir qui se mettait à courir vers la camionnette. Bien. C'était ce qu'il devait faire.
Rushe se reconcentra sur son ballon.
À quelques mètres de la voiture, elle s'arrêta. Celle-ci était retournée. À moitié sur la route, à moitié dans la chaussée. Une odeur de plastique brûlé flottait dans l'air.
Rushe regarda les alentours. Histoire de ne pas s'amuser à soulever une voiture si son ballon était tombé autre part.
Non. Que dalle.
L'italienne fixa la voiture. Est-ce que les officiers à l'intérieur étaient mort ?
Elle essaya de ne pas y penser. Se baisant pour voir si son ballon se trouvait bien sous le capot. Bingo.
La blonde eut un sourire en coin.
Il lui fallait juste soulever un peu la voiture et la balle serai entre ses mains.
Mais si les officiers sont vivants ? Si iels se réveillent alors qu'elle est sous la voiture ? Si iels se lèvent et la flingue ?
Merde. Putain de paranoïa. Mais était-ce réellement de la paranoïa ou juste du bon sens ?
Rushe serra les poings. Elle s'avança vers la portière de droite.
Il s'agissait d'une personne au passing féminin ayant longues nattes et une peau blanche. Quoique teinté de rouge maintenant. Entre le sang et le plastique brûlé, l'odeur était nauséabonde. Précautionneusement et à travers la vitre cassée, Rushe prit le bras de la femme. Tordant encore un peu plus le corps de la blessée. Elle porta son index et son majeur sur le poignet de l'officière. Cherchant un pou. Attendant de longues secondes avant de repositionner ses doigts. Encore et encore. En vain.
Cette personne était morte.
Rushe respira profondément. Pour ne pas vomir.
Que ferait Fudo ? Un rictus. Et il se dirigerait nonchalamment vers futur cadavre numéro deux. L'italienne espéra secrètement que le ou la ou lea deuxième officier n'en soit pas. Bien sûr, elle ignora cette pensée. Elle mit les mains dans les poches. Fit un sourire mauvais. Et contourna la voiture.
Le futur cadavre numéro deux avait aussi un passing féminin. Elle avait la peau noire et de longs cheveux crépus rassemblé en un chignon.
Il y avait des femmes noires dans la Razionne ? Sérieusement ? C'était les noirs les plus affectés par les merdes de leur nouveau fascisme d'état… Rushe ricana devant l'ironie de la situation. À quel moment on pouvait être de peau de couleur noire et se dire que c'était une bonne idée de s'engager la où l'on serai le plus stigmatisé ? D'ailleurs comment avait-elle été embauché ? Peut-être avant le début de la guerre… Après tout ça ne faisait qu'un an… Mais elle avait réussi le prodige de ne pas se faire virer.
D'un seul coup, le blonde se dit que sa vie devait être bien triste. Qu'importe comment elle en était arriver à exercer ce métier. La haine de soi. Le dégoût. Le mépris. Et son entourage ? Avait-elle même encore un entourage ?
Tellement de morts… Tellement de prisonniers...
Doucement, elle ouvrit la portière et mit sa main devant les lèvres de l'officière.
Rushe trembla. Aucune respiration.
Elle appuya sur la trachée de l'officière. Précautionneusement. Les doigts tremblants.
Rien. Pas de poul.
Morte.
Ces deux personnes étaient mortes.
Goenji avait tué deux personnes.
Non.
Eux tous.
Iels savaient. Iels n'étaient peut-être pas sûr. Ne pensaient peut-être pas que ça arriverai vraiment. Que Goenji réussirait. Mais au fond. Iels le savaient tous. Que ça tuerai.
Iels étaient tous responsable.
Mais c'est Goenji qui a tiré.
Rushe baissa la tête.
Mais c'était avec son ballon.
Son. Ballon.
Celui qu'avait dédicacé Fudo et Paolo et Hidetoshi et… Luca.
Le ballon qu'avait signé Luca.
Putain… Elle avait les larmes aux yeux.
Tremblante elle s'avança vers l'avant de la voiture. Il fallait qu'elle la soulève. Elle plaça ses mains sur le capot et poussa.
La voiture ne bougea pas. Rushe n'avait pas mit un quart de sa force. Elle n'y arrivait pas. Comme si ses muscles refusaient de se contracter.
Son corps était tremblant. Presque fiévreux.
Elle essaya et essaya encore. Et ça l'énerva. Et elle fondit en larmes.
S'écroula sur le sol.
Les poings serrés.
Le front contre le béton.
Seule.
Aux côtés de deux cadavres.
Elle pleura. Elle cria.
Sa tristesse et sa haine.
Elle était en colère. Contre elle-même, contre sa propre faiblesse.
Et contre le monde aussi. Celui-ci qui venait de faire d'eux des meurtriers.
Et contre la guerre.
Et contre l'Italie.
Et contre la Razionne.
Et contre ces deux officières.
Et d'un seul coup, elle reprit le contrôle de son corps.
Elle reprit sa force.
La haine brûlante dans son âme.
Elle n'avait pas à se blâmer. Ce n'était pas sa faute. C'était la leur. Ce monde. Immonde. Elle n'en était qu'un reflet. Iels venaient d'échapper à la mort. Iels étaient encore vivants.
Après tout, iels avaient juste cherché à survivre. C'était tuer ou être tuer. Mieux valait l'action que l'inaction.
La loi du plus fort.
Alors elle serai la plus forte.
La prochaine fois ce sera elle qui tirera.
Ce sera elle qui tuera.
Ce sera elle qui les protègera.
Forte de sa résolution. De sa haine. Rushe se releva.
Elle prit une grande inspiration et sourit.
Le sourire de Fudo.
Elle donna un coup de talon à la voiture. La voiture qui valsa entièrement dans la chaussée.
Laissant son ballon sur la route.
Rushe le récupéra et le serra fort contre sa poitrine.
Maintenant il lui fallait rentrer.
Elle jeta un dernier regard à la voiture.
Ouais, elle les protégerait.
Paolo, Fudo, Demonio.
Et même les quatre autres.
Même si elle devait pour cela être considéré comme un monstre.
Elle rejoignit la camionnette en courant.
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« Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. »
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