Bonjour ! Cette histoire se déroule juste après la Bataille du Sanctuaire, quelques temps après Chacun son tour donc. Déjà à l'époque, Nathalie avait un caractère bien trempé et s'était liée avec certains Chevaliers d'Or.
Prompt phrase : What are you smiling about, proposée par Lowell H. Crush
Age des personnages : Environ 13 ans
Frapper les esprits
— Qu'est-ce qui te fait sourire ?
Nathalie étouffa un ricanement en suivant des yeux le jeune apprenti, plié en deux, que ses camarades transportaient sur le bas-côté. Tout l'amphithéâtre, où se tenait l'entraînement quotidien, avait distinctement entendu ses côtes se briser lorsque le pied de Shaina l'avait percuté de plein fouet.
— C'est un des abrutis qui m'a insultée, jeta-t-elle avec un mépris badigeonné de joie mauvaise.
Aldébaran, assis à côté d'elle dans les gradins, poussa un soupir désapprobateur.
Depuis la fin de la Bataille des Douze Maisons, la vie avait doucement reprit son cours au Sanctuaire. Athéna, consciente du faible effectif de ses troupes décimées par la guerre civile, avait particulièrement développé l'entraînement des nouvelles recrues. Les rares Chevaliers d'Argent restants avaient vu le nombre de leurs apprentis augmenter, tandis que les Chevaliers d'Or eux-mêmes les épaulaient dans leur tâche de formation. Dès qu'ils en avaient été capables, Seiya et ses amis avaient eux aussi commencé à fréquenter les arènes qui étaient devenues le centre de la vie sociale du Sanctuaire. C'est alors qu'ils s'étaient aperçus des rumeurs qui couraient sur leurs comptes.
Bon nombre des combattants était pour le moins dubitatifs concernant leur victoire. Six Chevaliers de Bronze contre neuf Chevaliers d'Or, les jeux semblaient pourtant faits. A voix basse dans les rues pavées, on débattait âprement de la probabilité d'une telle série de succès. Dans l'ensemble, l'opinion était qu'ils avaient eu beaucoup de chance, mais certains osaient affirmer que la bataille avait été truquée par Mü et le vieux Maître. Les plus extrêmes se vantaient même de pouvoir vaincre cette bande d'arrivistes sans réelle difficulté. Après tout, les enregistrements du Tournoi galactique ne montraient des combattants d'exception.
Nathalie était particulièrement visée. L'Ordre des Chevaliers, encore très masculin, pointait volontiers sa féminité comme une preuve flagrante de sa faiblesse. Son atout personnel, ce chant qui la caractérisait, était tourné en dérision dans ce monde que la force brute régissait. De plus, bien qu'Athéna ait aboli l'obligation du port du masque, son visage qu'elle montrait ostensiblement semblait une bravade qu'elle leur jetait - ou une invitation. Quelques jours auparavant, un groupe d'apprentis l'avait attendue à la sortie des arènes afin de lui rappeler que pour eux, elle était plus vulgaire encore qu'intégralement nue. Exaspérée par leurs mots crus, Nathalie leur avait aimablement proposé de respecter l'ancienne règle à la lettre, c'est-à-dire de tous les envoyer six pieds sous terre. Saori elle-même avait dû intervenir pour interdire ces duels, car poussée dans ses retranchements le Dauphin aurait été capable de mettre sa menace à exécution.
Inconscients d'avoir évité de peu une raclée qui, dans le meilleur des cas, les auraient mis hors-jeu pendant plusieurs jours, la troupe de mâles s'était grassement esclaffée : il ne fallait rien de moins que l'intervention de leur déesse pour remettre cette poule insolente à sa place et lui éviter de finir rôtie à la broche.
Depuis cet incident, les quolibets avaient redoublé malgré les réprimandes sévères des Chevaliers d'Or. Seule l'autorité d'Athéna retenait Nathalie de corriger ses détracteurs, alors elle n'allait pas cracher sur un retour de karma bien mérité. Elle supposait que Shaïna lui avait offert ce plaisir mais impossible d'obtenir une certitude : son entraînement était réputé impitoyable et il n'était pas rare qu'elle blesse un élève.
— N'empêche, j'aurai bien voulu avoir le plaisir de le faire moi-même, reprit-elle.
Aldébaran sourit malgré lui : il savait cette petite souris capable de manger quinze apprentis et d'avoir encore faim.
— Ça n'en vaut pas la peine, répondit-il avec gentillesse. Laisse-les dire, tu sais bien que tu es une bonne combattante.
Nathalie haussa les épaules.
— S'ils me cherchent, ils me trouveront. Saori ne pourra pas m'empêcher éternellement de leur remettre les idées en place.
— Tu ne crois pas qu'on manque déjà suffisamment d'apprentis sans que tu en casses un ou deux ?
— Shaïna ne s'en prive pas, elle !
Le Chevalier d'Or éclata franchement de rire devant la moue boudeuse de sa camarade. Il savait combien les sarcasmes qu'elle rencontrait partout enrageaient la jeune fille. Après tout, il était lui-même la cible de rumeurs peu flatteuses depuis qu'il avait laissé passer les Chevaliers de Bronze à travers sa Maison. L'épisode du rabotage de sa corne alimentait particulièrement les blagues les plus acides. Cependant, personne n'avait osé lui manquer de respect en sa présence. Il était plus difficile de faire preuve de philosophie pour Nathalie à qui on jetait des obscénités à la figure à longueur de journée. De plus, elle ressentait une profonde injustice à se voir traîner ainsi dans la boue en place publique alors que ses amis masculins essuyaient à peine quelques plaisanteries grasses.
Une idée germa soudain dans l'esprit du Taureau. Il glissa un regard complice à sa camarade et se leva.
— J'ai peut-être un autre moyen de leur rabattre le caquet.
Les apprentis haletaient d'épuisement lorsque Marine donna enfin le signal marquant la fin de l'exercice. Les paires de combattants relâchèrent enfin la tension. Il leur fallut plusieurs minutes de récupération avant de remarquer que leurs entraîneuses étaient en grande conférence avec Aldébaran du Taureau. D'un signe de tête, Shaïna leur ordonna de regagner les tribunes et de libérer la piste.
Retenant par fierté une grimace de douleur, Hadar mit un point d'honneur à ne pas boiter jusqu'au gradin le plus proche. Le garçon était récemment arrivé au Sanctuaire et comptait parmi les plus jeunes des apprentis. Originaire de l'île d'Ikara, il s'était éveillé au cosmo par accident et avait été repéré par Capella du Cocher qui l'avait envoyé à Athènes pour débuter une formation de Chevalier. Bien qu'il n'ait pas encore dix ans, il avait rapidement appris à ses dépens qu'à son niveau il valait mieux suivre les rapports de force que de chercher à s'y opposer. Pour sa tranquillité et même pour sa survie, il se contentait donc d'écouter les élèves les plus âgés parler entre eux.
— Voilà que cette montagne de muscles se décide enfin à descendre de l'arène, entendit-il commenter sournoisement. Il commençait à me taper sur le système, à nous observer de là-haut !
— Il veut peut-être prendre un cours, histoire de réussir à sauver sa deuxième corne, insinua un autre.
Un murmure sarcastique couru à travers la tribune, puis mua vers un franc ricanement lorsque Nathalie de Dauphin s'avança à son tour sur la piste sablée.
— Elle se décide enfin à reprendre les bases ?
— La base, c'est de porter son masque, cracha quelqu'un.
Sourde à ces railleries, Nathalie s'approcha familièrement d'Aldébaran.
— T'es sûr que c'est bon pour ton image que je te mette une raclée devant tout le monde ? le taquina-t-elle avec un grand sourire.
— Calme toi, petite souris, c'est un match amical, répliqua l'autre en riant. De toute façon, ce n'est pas comme si tu avais vraiment une chance.
— Ne force pas, Nathalie. Ce serait idiot de rouvrir une de tes blessures pour le plaisir de fanfaronner, lança Marine d'une voix sévère.
— J'essayerai d'y penser !
Ignorant fièrement le brouhaha qui la suivait, Nathalie prit position en échauffant ses épaules. Après quelques minutes, elle releva fermement sa cascade de cheveux en une queue de cheval qui révéla ses omoplates affleurant sous sa peau vierge. Elle secoua un instant la tête pour s'assurer de la solidité de son élastique puis adopta une garde basique. Elle retint un sourire en voyant Aldébaran croiser les bras, fidèle à la réputation qu'il s'était taillé. Il était évident qu'il n'utiliserait pas son Great Horn en public, mais cette position de combat bravache faisait partie de sa légende.
Hadar observait curieusement les deux adversaires. La position imprudente du Taureau l'étonnait franchement, cependant malgré elle sa stature démesurée imposait le respect. Il paraissait inébranlable, si solide sur ses appuis qu'une défense semblait inutile. Face à lui, à peine pré-adolescente, Nathalie paraissait risible malgré le regard acéré duquel elle analysait la posture de son adversaire et testait sa patience. Les minutes s'étiraient sous les murmures de plus en plus acerbes. Quand il devint évident que l'adulte ne lancerait pas l'offensive, elle passa à l'attaque.
D'une détente inattendue, elle s'était élancée sur son opposant, passant en une fraction de seconde de l'immobilité la plus totale à un déchaînement de vitesse. Elle avait jeté son poing sur le visage de sa cible qui se contenta d'effacer souplement les épaules sans se départir de sa position désinvolte. Nathalie toucha terre derrière lui, se ramassa et détendit sa jambe comme une vipère en direction de son mollet. Le mouvement était parfait, stupéfiant de rapidité, et Hadar attendait le claquement sec d'un genou déverrouillé de force. Avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre, Aldébaran avait saisi de sa grosse poigne la cheville fine de l'adolescente, et d'un grand arc de cercle l'avait projeté devant lui. Il arma son attaque - quand avait-il décroisé les bras ? - alors que la jeune fille se réceptionnait d'une torsion des reins.
Malgré lui, le jeune garçon glapit lorsqu'il ressentit l'onde de choc du coup du Taureau. Il avait été incapable de voir le mouvement, et l'exclamation de surprise qui courait dans les gradins lui confirmait qu'il était loin d'être le seul. Il avait seulement perçu l'impact, un impact formidable qui avait résonné jusque dans ses entrailles malgré la distance qui le séparait l'affrontement. Ce choc, il le comprenait avec effroi, l'aurait littéralement écrasé dans le sol s'il l'avait reçu de plein fouet. Le coup avait d'ailleurs soulevé la poussière de l'arène, et un épais brouillard de sable dérobait les combattants à sa vue.
Les secondes s'égrenaient dans un silence de mort. Quelques apprentis s'étaient levés de leur siège, cherchant à percer l'écran opaque qui camouflait les dégâts de l'attaque. Un cri s'éleva, indéfinissable, puis un deuxième, et Hadar bondit à son tour et força sur ses yeux jusqu'à distinguer la scène.
Il discerna d'abord l'imposante silhouette d'Aldébaran. Sa stature de géant était penchée en avant, tendue comme un arc dans la ligne de fuite que dessinait son bras droit. Le regard suivait naturellement cette ligne de force, et Hadar glapit surprise quand ses yeux tombèrent sur l'ombre gracile de Nathalie, toujours debout et campée sur ses appuis dans une position en miroir. Sa main ouverte semblait dérisoire, appliquée sur le poing énorme qu'elle avait stoppé en plein élan. Ses muscles, bien que contractés, ne semblaient pas souffrir de la poussée titanesque qu'ils avaient fauchée.
Nathalie sourit avec complicité à Aldébaran. Aussi impressionnante que soit son attaque, elle savait qu'il avait volontairement muselé sa colossale puissance. Un peu de spectacle pour la mettre en valeur, en somme.
— On va peut-être abréger les politesses d'usage, proposa-t-elle avec un clin d'oeil.
— Si tu es assez échauffée, pourquoi pas, répliqua-t-il sur le même ton.
Du même mouvement, ils rompirent d'un bond. Nathalie n'avait pas encore touché terre que son poing fusait de nouveau. Hadar perdit ses mains de vue, brouillées par la vitesse ; il ressentait seulement l'écho de chaque impact au creux de l'estomac, si rapprochés qu'ils devenaient un roulement continu. La jeune fille bondissait, tournoyait, attaquait depuis une multitude d'angles improbables. Cette mitraille n'arrivait pourtant pas à faire plier le Taureau qui lui paraissait encaisser chaque coup avec une immobilité effrayante. D'un saut, la jeune fille prit de la distance, et profita de ce répit pour concentrer sa cosmoénergie. Une poignée de secondes suffit avant qu'elle ne lance son attaque, et un premier trait de lumière jaillit pour se fracasser sur la défense impitoyable du géant. Rapidement, l'arène fut parcourue d'une myriade d'éclairs qui paraissaient irradier de la jeune fille avant de s'écraser sur le Taureau, imperturbable, comme des météores jaillissant de la collision entre deux étoiles.
Hadar s'arracha à sa contemplation pour couler un regard vers les apprentis plus âgés. Il s'aperçut bien vite que, comme lui, la plupart d'entre eux subissait le spectacle sans le comprendre. Un bruissement impressionné circulait dans les rangs, chacun allant de son commentaire stupéfait. Rapidement, tous se tournèrent vers leurs aînés, ceux qui devaient prochainement briguer leurs adoubements. Julio, qui postulait pour l'Armure de Bronze de la Boussole, semblait concentré à l'extrême, mais il leva bientôt les bras avec un juron sonore, incapable de décrypter ce qui se passait sous ses yeux. L'un après l'autre, tous les apprentis abandonnaient avec un mouvement d'humeur. Pourtant, chacun avait parfaitement conscience que ce match amical était encore loin du véritable niveau des deux combattants. Visiblement, Nathalie n'avait pas besoin de son chant pour se défendre.
Le brouhaha devint bientôt intenable ; il fuyait par les portes du Colisée comme une gigantesque clameur qui se répandait dans le Sanctuaire. Ce micro-cosme où les nouvelles allaient si vite s'enflammait, se passionnait pour cette anecdote qui s'ajoutait au palmarès du Taureau et qui forgeait la réputation du Dauphin. Les rumeurs sur le mauvais caractère de la jeune fille iraient bon train, mais malgré son insolence Hadar était intimement convaincu qu'à présent les apprentis réfléchiraient à deux fois avant de la provoquer.
Fin
Merci d'avoir lu ! S'il vous prend la fantaisie de me laisser une review, j'y répondrais avec plaisir en MP. A bientôt !
