01 AVRIL

15h12

V : Oh mon dieu, Ève.

V : Je viens de coucher avec Konstantin.

Ève : Quoi ??

V : POISSON D'AVRIL !

Ève : C'est à peu près la blague la moins drôle du monde, Villanelle !

Ève : Jai failli vomir.

V : La moustache, c'est bon, mais tu poses des limites sur la barbe ?

V : Ça chatouille moins que la moustache à certaines occasions, pourtant.

Ève : Alors d'abord : berk. Je me passerais bien de ces images mentales, merci.

Ève : Ensuite, c'est à peu de choses près ton père.

V : N'importe quoi.

V : Un collègue tout au plus.

V : Tu n'as jamais couché avec un collègue ?

V : Une fois.

V : Ooh. Lequel ? Quand ?

Ève : C'est pas la question.

V : Bill ?

Ève : Non !

V : Kenny ?

Ève : Non plus.

V : Oh, je sais ! La taupe, là ? Fred ?

V : Frank !

Ève : Mais non enfin ! Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?

V : Qui alors ?

Ève : Hugo.

V : Je ne sais pas qui est Hugo.

Ève : Mais si, il était avec nous à Rome.

V: Le bellâtre qui ne la fermait jamais sur sa fac ?

Ève : Voilà.

V : Mais il a dix ans, Ève !

Ève : aIl est à peine plus jeune que toi.

V : Je suis très mature, on l'a déjà établi.

V : Et d'ailleurs tu ne couches pas avec moi.

V : Et ce n'est pas de ma faute !

V : Quand ?

Ève : À Rome.

V : À Rome ?! Tss, Ève, ce n'est pas très professionnel.

Ève : Et complètement de ta faute, pour le coup.

V : Hein ?

V : Oh.

V : Vraiment ?

Ève : Passons.

V : Je n'ai pas du tout envie de passer !

V : Raconte-moi tout.

V : Sinon je te décris toutes les choses que je n'ai pas faites avec Konstantin.

Ève : Pauvre homme, coincé avec ses deux adolescentes ingérables.

V : Ce n'est pas mon père.

Ève : Ah bon ? Je parie qu'il t'a donné un couvre-feu.

V : Peut-être, mais je ne le respecte jamais !

Ève : … Tu te lis ?

17h24

V : ÈVE !

V : Je crois que les 12 ont retrouvé ma trace.

Ève : Quoi ?

Ève : Mais comment ?

Ève : Non, non.

Ève : Ne perds pas de temps à répondre.

Ève : Partez maintenant. J'appelle Carolyn.

V : POISSON D'AVRIL !

Ève : ...

Ève : Mais sérieusement, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?

V : C'est la coutume de faire des blagues le premier avril.

Ève : Oui. Des blagues.

V : Ben c'était une blague.

Ève : Bien joué, c'était drôle.

V : Vraiment ?

Ève : POISSON D'AVRIL !

19h48

V : Tu savais que Konstantin avait fricoté avec la fille de Carolyn ?

Ève : Je ne marcherai pas une troisième fois, Villanelle !

V : C'est pas un poisson, je te jure !

Ève: Konstantin et Joséphine, vraiment ?

V : Géraldine, elle s'appelle Géraldine. Wow, Ève, est-ce que tu as prêté attention à quoi que ce soit ces derniers mois ?

Ève : Bonnet blanc… Tu essaies de me faire croire qu'il s'est passé quelque chose entre Konstantin et la fille de Carolyn ?

Ève : Il a couché avec sa mère !

V : Ce que tu peux être prude.

V : Je crois qu'il l'a utilisée pour espionner Carolyn.

Ève : Oh mon dieu, Carolyn devait être furax.

Ève : Il a bien fait de partir loin.

V : Oui, c'est une femme effrayante.

V : C'est sexy.

Ève: ...

Ève : Quel enfoiré.

V : Ouais, c'est un enfoiré.

V : Tu crois qu'il m'aime ?

Ève : Oui.

V : Konstantin aime surtout Konstantin.

Ève : Aussi.

Ève : Et Villanelle ?

V : Oui ?

Ève : N'aime-t-elle pas surtout Villanelle ?

V : Avant, oui.

V : Ève ?

Ève : Oui ?

V : Ce que tu as dit cette nuit.

V : C'était une blague ?

Ève : Non.

V : C'en aurait été une très mauvaise.

V : Mais, histoire que tout soit clair entre nous...

V : Tu sais que j'ai déjà utilisé ta brosse à dents ?

Ève : Dis-moi que c'est un poisson d'avril.

V : Bonne nuit, darling.

02 AVRIL

20h46

Ève : Te plais parce que vieille.

V : Euh… hein ?

Ève : Te plais parce que vieille.

V : Essaye une phrase entière pour voir ?

Ève : Gnn.

Ève : Dur de taper d'une main.

V : Facile : pose ton verre.

Ève : Pas envie.

V : Ève.

Ève : Je dis que je suis vieille.

Ève : Et que c'est juste pour ça que je te plais.

V : Si je voulais une vieille, j'aurais épousé la concierge de mon immeuble à Paris. Une dame charmante.

Ève : Bordel, tu es si jeune.

V : J'ai déjà trois ans de plus que la première fois que tu as eu envie de moi.

V : Et dans dix ans, j'en aurai encore dix de plus.

Ève : Mais moi aussi !

V : Et alors ?

V : Ça ne me dérange pas de pousser ton fauteuil.

Ève : Tu trouves ça drôle ?

V : Tu flippes pour rien. Je m'en tape de l'âge que tu as.

V : Tu es genre la plus belle femme du monde.

Ève : Hm. Je pensais que tu pensais que tu étais la plus belle femme du monde.

V : Oh moi, je suis hors catégorie.

Ève : Définitivement.

03 AVRIL

22h06

V : Pourquoi tu m'as attaquée dans le bus ?

Ève : Tu es vraiment en train de me demander ça ?

V : Je venais en paix. Je t'ai dit bonjour.

V : Je ne t'attendais même pas au coin d'une ruelle sombre.

Ève : Tu m'avais tiré dessus !

V : Quand tu m'as poignardée, je t'ai apporté du champagne. Nettement plus poli, non ?

Ève : Tu m'apportais du champagne avant de me tuer, Villanelle.

V : Je n'allais pas te tuer.

Ève : Vraiment ?

V : Je veux dire, je n'étais pas tout à fait tout à fait décidée.

V : Mais je suis presque sûre que non.

Ève : Oh, si tu en es presque sûre, alors tout va bien.

V : Donc tu t'es jetée sur moi parce que je t'avais tiré dessus.

V : Hm, j'imagine que c'est logique.

Ève : Tu sais quoi ?

Ève : Je crois que c'était ton fichu sourire.

V : Quoi mon sourire ?

Ève : Tu me tires dessus, tu disparais pendant six mois, et d'un coup tu te pointes dans ma ville, dans mon bus, l'air de rien, avec ton sourire content de toi.

Ève : Bon dieu ce que tu peux être exaspérante.

V : Donc, si j'étais arrivée avec l'air d'être désolée ?

Ève : Je ne t'aurais probablement pas frappée.

V : Mais tu ne m'aurais pas embrassée non plus ?

Ève : Probablement pas.

V : Intéressant.

V: Tu ne m'as pas frappée les autres fois.

V : Mais tu ne m'as pas embrassée non plus.

Ève : Pas l'envie qui m'en a manquée.

V : On parle de coups ou de baisers ?

Ève : ...Les deux ?

V : Donc, juste par curiosité, les deux choses sont indissociables ?

V : Parce que j'ai vraiment envie que tu m'embrasses.

V : Mais je tiens à l'intégrité de mon magnifique visage.

Ève : Si ça peut te rassurer, là j'ai juste envie de te frapper.

V : Cool.

04 AVRIL

19h26

Ève : Tu pensais vraiment que j'étais morte, n'est-ce pas ?

V : Je vise bien.

V : Normalement.

Ève : Tu t'es ratée deux fois, pourtant.

Ève : Et Konstantin n'est pas tout à fait une petite cible.

Ève : Ma psy dirait que ton inconscient y est pour quelque chose.

V : Je n'ai pas d'inconscient.

Ève : Tout le monde en a un.

V : Tout le monde sauf moi.

V : Et tu diras à ta psy que je n'ai pas non plus envie d'avoir un pénis.

V : Du coup, ne lui dis pas que j'ai coupé des pénis.

Ève : Tu veux bien arrêter de parler de pénis ?

V : Tu sais ce qui est drôle ?

Ève : Je te jure que si ça a quoi que ce soit à voir avec des pénis...

V : Je pensais qu'une fois que tu serais morte, je serais débarrassée de toi.

Ève : Drôle est un choix de mot audacieux, Villanelle.

V : Non mais ce qui est drôle, c'est que même morte, tu as réussi à continuer à m'emmerder.

Ève : C'est… un peu drôle, admettons.

22h18

V : Oksana Astankova.

V : Villanelle. Villanelle Astankova.

V : Maintenant que tout ça est exclu, comment diable vais-je m'appeler ?

Ève : Olive Ksana ?

V : Olive Ksana ?

Ève : O. Ksana. Tu piges ?

V : ...Malheureusement oui.

Ève : Tu préfères Oriane ? Ornella ?

V : Hm, je pourrais être italienne. Mon italien est délicieux.

V : Comment tu t'appellerais si tu voulais changer d'identité ?

Ève : Euh.

Ève : Tallulah Shark ?

V : Tallulah Shark ?!

Ève : Pourquoi pas ?

V : Je ne me vois absolument pas m'envoyer une Tallulah Shark.

Ève : Ça tombe bien, Tallulah Shark n'est pas intéressée.

V: Et Ève Polastri ?

05 AVRIL

22h04

Ève : Villanelle…

V : Oui ?

Ève: Tu n'es toujours pas d'humeur à… ?

V : À quoi ?

Ève : Tu sais bien.

V : Oh, Ève, ma petite pomme d'amour.

V : Comment tu espères pratiquer le sexting si tu n'es déjà pas capable d'évoquer clairement l'idée ?

V : Ceci posé, ta pudeur à l'écrit est presque aussi sexy que ton… animalité dans des bus.

Ève : Tu feras moins la maligne dans une minute.

V : Ah ? Et que va-t-il se passer dans une minute ?

Ève : Ça.

V : …Wow. Ève.

V: Tu es… Wow. Il n'y a même pas de smiley approprié.

V : Je ne te pensais pas du genre à porter des sous-vêtements coordonnés.

Ève : Je ne suis pas du genre à porter des sous-vêtements coordonnés.

V : Oh, c'est juste pour moi alors ?

Ève : Ça dépend.

Ève : Ça te donne envie de me les enlever ?

V : Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de mon Ève Polastri ?

Ève : Qu'est ce que tu as envie de faire à Ève Polastri ?

V : Tu me tues.

Ève : Je n'ai encore rien fait.

V : Mais Ève… Je n'ai toujours pas envie de faire ça.

Ève : Oh.

Ève : Okay.

V : C'est trop frustrant, tu comprends ?

Ève : Okay.

V : Tu peux dire autre chose que okay ?

Ève : Okay.

V : Putain, Ève.

V : J'ai vraiment envie de toi.

V : Mais j'ai besoin que ça soit réel.

V : Besoin de ton odeur.

V : De ta peau.

V : De tes cheveux partout.

V : J'ai tellement envie de toi que je pourrais exploser. Mais quand le seul mot cohérent que tu pourras encore prononcer sera Villanelle, je veux être là et faire en sorte que tu le répètes encore et encore et encore.

Ève : Bon sang, Villanelle.

Ève : Si tu ne veux pas faire ça comme ça, pourrais-tu au moins avoir la décence de ne pas me chauffer ?

V : ...Je ne suis pas en train de te chauffer.

Ève : Oh my.

06 AVRIL

14h05

V : Si je tue quelqu'un, tu m'aimeras toujours ?

Ève : Villanelle, tu n'as fait que tuer des gens depuis que je te connais.

V : Mais j'ai arrêté.

Ève : Je ne vais pas prétendre que je ne sais pas qu'une… disons, rechute est envisageable.

V : Et si je ne tue plus personne, tu m'aimeras toujours ?

Ève : C'est une drôle de question.

V : J'étais vraiment fun, Ève.

V : J'étais la fille la plus cool du monde.

V : Et si maintenant je deviens juste n'importe qui ?

Ève : Je ne vois pas dans quel univers tu pourrais devenir n'importe qui.

17h29

Ève : Parfois je regrette, pour l'Alaska.

V : Tu ne devrais pas.

V : Après réflexion, c'était une idée terrible.

V : Il fait si froid là-bas que tu aurais été beaucoup trop couverte.

21h14

V : Tu es plutôt musique classique ou hard rock ?

Ève : Euh, aucun des deux ?

V : Èèèève, tu dois en choisir un, sinon je ne peux pas remplir le test.

Ève : Le test ?

V : Oui, le test !

V : « Êtes-vous compatibles ? »

Ève : Wow, tu t'ennuies à ce point ?

Ève : Tu t'es lassée du shopping ?

V : Jamais !

V : Tu préfères tuer quelqu'un avec un couteau ou une hache ?

Ève : C'est vraiment dans le magazine ?!

V : … Non.

V : Mais ils ne posent aucune question intéressante, aussi !

Ève : Moi, j'ai une question.

Ève : Quand tu as fait ton cinéma dans ma cuisine, avec tes larmes de crocodile et tes « j'ai besoin d'aide », tu pensais vraiment que j'allais avaler ça ?

V : Le coup des larmes, ça marche assez souvent.

Ève : Tu pensais que je te croirais ?

V : Honnêtement ?

V : J'aurais été déçue que ce soit le cas.

23h32

V : Qu'est-ce qu'il penserait de ça, ton ami ?

Ève : Villanelle, contexte bordel.

Ève : Qui pense quoi de quoi ?

V : De ce qu'on fait. Ton ami, Bill.

Ève : Oh.

Ève : Il me dirait que je suis dingue.

V : Fair enough.

Ève : Et il me demanderait comment est le sexe.

Ève : Donc je lui dirais que je ne sais pas, et là il me dirait que je suis complètement dingue de faire ça si ce n'est pas parce que le sexe est fantastique.

V : Cool.

Ève : Il était très cool.

V : Je voulais attirer ton attention.

Ève : Je sais.

V : Il te manque ?

Ève : Toujours.

Ève : C'est con, mais c'est la seule personne à qui je me verrais raconter cette histoire de fous qu'est devenue ma vie.

V : Tu m'en veux ?

Ève : Non, je ne t'en veux pas. Plus. Ce serait aussi absurde que d'en vouloir à mon tigre d'avoir mangé mon hamster.

V : Je suis désolée.

V : Tu sais que je ne le ferais pas, si c'était aujourd'hui ?

Ève : Tant mieux, parce que je ne te le pardonnerais pas, si c'était aujourd'hui.

07 AVRIL

18h14

V : Ève, c'est terrible.

V : Je suis n'importe qui.

Ève : Qu'est-ce que tu racontes ?

V : Je viens de manger avec Konstantin et cette petite garce d'Irina.

Ève : Hm, okay. Je ne suis pas sûre de te suivre.

V : On a mangé des pâtes. À la bolognaise !

V : J'ai épluché des carottes !

Ève : Et tu n'as planté l'économe dans personne ?

V : Non ! Juste dans les carottes !

Ève : C'est très… domestique de ta part.

V : Oh mon dieu Ève, je suis Niko.

Ève : Tu t'es laissé pousser la moustache ?

V : Putain, tu choisis aujourd'hui pour les blagues à base de moustache ?

Ève : Tu adores les blagues à base de moustache.

V : Parce que normalement je suis l'opposée de la Moustache !

Ève : Villanelle, tu as fumé quelque chose ?

V : C'est pour ça que tu ne viens pas, n'est-ce pas ?

V : Parce que je me suis ramollie.

V : Que je ne suis plus le grand méchant loup.

Ève : De quoi tu as envie ?

V : Je te l'ai dit. La même chose que les gens normaux.

V : Regarder des films avec ma copine. L'emmener au restaurant et la toucher sous la table. Se balader main dans la main. Faire un croche-pied à un gamin s'il passe en courant, pour la faire rire.

V : Un bel appart. Un animal de compagnie un peu cool. Un loup, ou oh ! Un cobra !

V : Un travail divertissant, cambrioler une banque une fois de temps en temps, parce que Dior de toute évidence.

Ève : Wow, tu penses vraiment que c'est ce que font les gens normaux ?

V : J'ai dit normaux, Ève, pas ordinaires.

23h16

Ève : Et on l'appellerait comment, le cobra ?

V : Gucci.

Ève : Veto.

V : Veto est vraiment un drôle de nom pour un cobra, Ève.

08 AVRIL

16h24

Ève : Tallulah Shark ?!

V : Pas mal, non ?

Ève : Tallulah Shark !

V : Tu avais l'air d'y tenir.

Ève : Qui donc va croire que je m'appelle Tallulah Shark ?

V : Je ne sais pas, les flics, les douaniers, les bibliothécaires… Tu vas à la bibliothèque ?

Ève : Personne n'y croira.

V : Oh si, ce sont d'excellents faux papiers.

Ève : Mais bon sang, Villanelle ! Je n'étais pas sérieuse !

Ève : Tu ne pouvais pas me donner un nom passe-partout, genre, je sais pas, Annie Wilson ?

V : Tu n'as pas du tout une tête à t'appeler Annie Wilson.

Ève : Parce que j'ai une tête à m'appeler Tallulah Shark ?

V : Tu as fini de geindre, Tallulah ?

Ève : Fais m'en fabriquer d'autres !

V : Ma petite fraise tagada, tu as la moindre idée de combien ça nous a coûté ?

V : Konstantin n'était déjà pas trop enclin à t'en faire faire aussi. Les négociations ont été ardues.

Ève: Ardues ?

V : J'ai argumenté une demi-heure, je l'ai battu au yam, et pour finir je lui ai donné un coup sur la tête.

Ève : Gnn.

V : Ne fais pas l'enfant gâté.

V :Tu as regardé le reste du paquet ?

Ève : Oui. C'est…

Ève : Konstantin ?

V : Il n'est pas au courant.

Ève : Je n'ai jamais vu autant de cash de ma vie.

V : Ça explique tes fringues.

Ève : Fuck you, Villanelle.

V : Je m'attendais plutôt à merci, mais j'imagine que fuck you fera l'affaire.

V : N'allume pas le téléphone avant d'en avoir besoin.

V : Il y a mon numéro dedans, et celui de Carolyn. Au cas où.

Ève : À quoi rime un colis pareil, Villanelle ?

V : Liberté.

V : J'ai bousillé ta vie, je t'en offre une autre.

Ève : Laquelle ?

V : Celle que tu voudras.

V : Si un jour tu veux redémarrer à zéro, tu pourras.

Ève : Et si je n'en ai pas envie ?

V : Eh bien, tu t'achèteras de meilleures bouteilles.

Ève : Je ne sais pas quoi dire.

V : C'est bien la première fois.

Ève: Et toi, il y a marqué quoi sur tes nouveaux papiers ?

V : Marilyn Shark.

Ève : Marilyn, évidemment.

Ève : Attends, Marilyn Shark ?! On est quoi, des sœurs ?

V : Oh, Ève, darling. Tallulah et Marilyn font ensemble des choses que des sœurs ne sont définitivement pas supposées faire.

V : C'est Marilyn Leblanc-Shark, d'ailleurs.

Ève : Leblanc ?!

V : C'est français.

Ève : Je sais, merci. Tu te fiches du monde. Pourquoi pas Lepur, tant que tu y es ?

Ève : J'y crois pas. Quand ai-je accepté de t'épouser ?

V : Tss, Tallulah a demandé Marilyn en mariage. Marilyn ne s'y attendait pas du tout.

V : Mais c'était très romantique. Et le diamant est énorme.

Ève : … Évidemment.

09 AVRIL

16h14

V : Tu es proche de ta mère ?

Ève : Tout ce temps que tu m'as suivie, tu m'as vue une fois avec ma mère ou au téléphone avec elle ?

V : Non.

Ève : Non, je ne suis pas proche de ma mère.

V : Pourquoi ?

Ève : Je ne sais pas.

Ève : Elle ne me connaît pas.

V: Les mères, hein ?

Ève: Ouais, les mères.

V : Est-ce que ton père était drôle ?

Ève : Villanelle, qu'est-ce que tu es en train d'essayer de faire ?

V : Ce n'est pas ce qu'on fait en début de relation ?

V : Échanger des confidences et tenter de bâtir des liens en se découvrant des expériences communes ?

Ève : Mon dieu, il va falloir que tu arrêtes avec Google.

V : La curiosité intellectuelle est une excellente qualité, Ève !

Ève : Un début de relation, tu dis ?

V : Ça y ressemble.

V : D'après Google.

Ève : Mon père était drôle, oui.

V : Yeah !

18h36

Ève : Dis, pourquoi toutes ces gamineries dans ma maison ?

V : Je crois que je voulais être partout dans ton quotidien.

Ève : Tu l'étais déjà.

V : Et je voulais t'agacer.

V : J'aime beaucoup t'agacer.

Ève : Sans blague.

21h48

V : Il m'arrivait de pleurer quand j'étais bébé.

Ève : Je me doute, oui.

Ève : Pourquoi tu me dis ça ?

V : Je voulais juste que tu le saches.

10 AVRIL

22h06

Ève : Comment tu te sentais, juste avant d'aller en prison ?

V : Confuse.

Ève : Tu pensais à elle, là-bas ?

V : Au début, à rien d'autre.

Ève : Et ensuite ?

V : Ensuite, je me suis battue avec Nadia pour passer le temps.

V : Et puis j'ai couché avec Nadia pour passer le temps. Un vrai petit chat sauvage. En deux semaines, j'en ai fait un chaton.

V : Mais j'étais quand même… anesthésiée.

Ève : Et ensuite ?

V : Elle s'est mise à déblatérer sur ce type qui allait la sortir de là. Et alors...

Ève : Et alors ?

V : Et alors, j'ai enfin eu un avenir.

Ève : Tu n'es jamais retournée la chercher.

V : Pourquoi serais-je retournée la chercher ?

Ève : Je ne parle pas de Nadia.

V : Oh.

V : Je pensais le faire, plus tard. Après l'entraînement. Après la première mission. Après la deuxième…

Ève : Qu'est-ce qui s'est passé ?

V : Tu t'es mise à me courir après.

Ève : Oh.

V : Comme tu dis. Oh.

V : Tu sais qu'elle croyait en Dieu ?

Ève : Je ne m'étais pas posé la question.

V : Tu as rencontré Anna. Imagine ce que c'est, pour une femme de ce genre, de tromper son mari. Avec une femme. Qui n'est pas majeure.

V : Laisse-moi te dire qu'à côté, ta culpabilité à toi, c'est une partie de plaisir.

Ève : Mais elle l'a fait, alors.

Ève : Je veux dire, elle disait que non, mais vous couchiez ensemble.

V: Que veux-tu, j'étais déjà irrésistible.

V : Je croyais qu'elle m'aimait. J'ai cette fâcheuse habitude, apparemment.

Ève : C'était probablement le cas, d'une certaine façon.

V : Ouais. Elle avait de la compassion pour moi. Et la chair est faible. Je suis vraiment un bon coup, tu sais. Ça peut être assez addictif.

V : Et c'est moins nocif que la cigarette. Tu devrais y réfléchir.

Ève : Moi, je t'aurais choisie.

V : Vraiment ?

Ève : Je l'ai fait.

V : Tu n'as rien fait de tel.

Ève : Euh, pardon ?

Ève : Deux boulots, un meilleur ami, un mari, tu te rappelles ?

V : Tu as perdu toutes ces choses parce que tu étais obsédées par moi, d'accord.

V : Mais tu es toujours à Londres.

Ève : Villanelle…

V : Ce n'est pas un reproche, c'est simplement factuel.

Ève : C'est juste…

Ève : On est bien, non ?

Ève : Est-ce qu'on a jamais été aussi…

Ève : Aussi tranquilles, toutes les deux ?

V : Relax.

V : Je ne me suis jamais vraiment attendue à ce que tu viennes.

Ève : Ça fait longtemps que ça n'avait pas été aussi simple, tu comprends ?

V : On dirait que tu penses être la seule pour qui c'était simple avant.

V : Ma vie était simple, et je n'étais pas embarrassée par un million de questions existentielles. Meurtre, sexe, champagne, on rembobine et on recommence. Tu vois ? Simple.

V : La seule différence entre nous, c'est que je t'aime assez pour trouver que ça valait le coup.

Ève : Je crois que je vais aller me coucher.

V : Tu es fâchée ?

11 AVRIL

09h08

V : Sérieusement, tu es fâchée ?

16h22

V : Est-ce qu'on peut discuter ?

23h34

V : Tu m'avais promis de ne pas disparaître.

12 AVRIL

11h06

Ève : Désolée, ces enfoirés m'ont forcée à éteindre mon téléphone.

V : Quels enfoirés ?

Ève : Dans l'avion.

V : Où es-tu, Ève ?

Ève : Cuba.