Partie III : Ne t'enfuis pas
Chapitre 52 - Ne pas oublier d'aimer
Moonflower – Lia Marie Johnson
Find my way back -Eric Arjes
Candles – Daughter
Aurore – Elia
Legendary – Weshly Arms
Origo – Papai Joci
Umbrella – J2, JVZEL
In the Rain – David Russel
TW : à la fin du chapitre, il y a une scène lime, un peu olé olé (mais rien de très graphisuqe)
Louis
Un médicomage est venu pour vérifier si l'enfant allait bien. Elle est un peu petite et a besoin d'un sort de chaleur, mais elle se porte bien. Ce n'est pas une grande prématurée.
– Tu sais où est Allénore ? je demande en berçant la petite.
– Elle est dehors. Sur la balançoire, désigne Lola en pointant du doigt Allénore, qui se balance doucement. Elle n'a pas bougé depuis qu'on est rentré.
– Des nouvelles de Tommy, Alza… Où sont tous nos camarades ?
Tommy, Teddy et Isaak sont repartis aussitôt qu'ils se soient assurés que la maison était protégée. Quant à Jia Li et Alza, nous n'avons toujours aucune nouvelle. Tommy dit que la dernière fois qu'il les a vues, elles se battaient avec des Autres.
– Non.
Le nourrisson dans mes bras commence à pleurer. Lola la regarde, tristement.
– Je vais lui préparer un biberon…
– Non, je refuse. Je m'en charge. Surveille Allénore. Je ne sais pas… Je ne sais pas ce qu'elle a en tête.
– Ça t'inquiète ?
– Évidemment que ça m'inquiète. La dernière fois que c'est arrivé, on a tous apprit qu'elle se droguait.
– Tu penses qu'elle pourrait replonger ?
Nous la regardons à travers la fenêtre. Allénore fixe un point invisible et fixe devant elle.
– Non. Je lui fais confiance. Mais d'une façon ou d'une autre, elle finira par craquer et à ce moment, il faudra soit protéger le monde d'Allénore, soit Allénore du monde.
– Elle ne nous ferait jamais de mal, assure Lola.
– Pas volontairement.
Mais en colère, hors d'elle, désœuvrée, elle pourrait tout foutre en cendres. Je le sais pertinemment.
Avant de partir, je regarde Allénore une dernière fois, qui observe le ciel. Elle se bouche les oreilles, quand le bébé se met à pleurer encore plus fort, affamé.
oOo
Dani m'observe habiller la petite, et la coucher dans le berceau, qu'a créée Allénore, en transformant le panier à linge. Juste après ça, elle est partie dans le jardin et depuis, elle n'a pas bougé de la balançoire. J'allonge le bébé, et la regarde serrer les poings, et les yeux.
– Polly et moi sommes proches. Enfin, étions, marmonne Dani.
Il lève la main au-dessus du berceau, comme pour la poser sur la petite fille, mais se ravise.
– Cependant, je savais qu'elle ne m'aimait pas. Elle vouait une admiration infinie à Richards… C'était malsain.
Tout ce que fait cet homme est, au mieux, malsain.
– Cette enfant n'a pas choisi ses parents, je fais simplement.
Il hoche la tête, mais pince ses lèvres :
– Tu connaissais pas Polly, comme je la connaissais. Ni comme Mistinguette la connaissait. Polly adorait les enfants… Quand elle a appris qu'elle était enceinte, elle était… heureuse. Elle voulait construire une famille.
Elle ne le voulait pas au point de prendre le risque de finir ses jours à Azkaban.
– Je ne sais pas comment Richards a pris la nouvelle. Polly ne me l'a jamais dit. Mais elle m'a demandé de laisser croire à tout le monde que cet enfant était le mien, bien qu'elle ait tout fait pour cacher sa grossesse. Au début c'était facile. Mais depuis juillet… beaucoup ont deviné.
– Et toi, tu as accepté ? je fronce les sourcils.
– J'aimais Polly. Je savais que si la nouvelle s'ébruitait, ça mettrait ce bébé en danger… La fille d'un chef…
– D'un meurtrier, je le corrige en sifflant. Richards est un meurtrier. Et Polly aussi, était une meurtrière.
– Qu'est-ce que je vais devenir ? s'inquiète Dani.
Sa question m'agace. Il est adulte. Indépendant. A côté de nous, il y a un bébé, qui dépend de tous les gens qui peuvent se trouver à ses côtés, qui ne connaîtra jamais sa mère et qui a probablement pour père un terroriste et un meurtrier. Un bébé innocent, qui n'a rien demandé à personne.
– J'en sais rien, je le fusille du regard. Mais je ne veux pas que tu restes ici.
Dani baisse la tête. Tommy, Teddy, Isaak nous ont demandé de le ramener avec nous, le temps d'en parler à Harry et à leurs supérieurs, pour décider de son sort. Lola, quand elle ne surveille pas Allénore, ne le lâche pas des yeux.
– Pourquoi tu as aidé Allénore ? je demande subitement.
– Parce que je pense qu'elle peut encore aider mon frère.
– Ce n'est ni son rôle, ni sa responsabilité.
– Pourtant, c'est ce qu'elle fera…
– Ton frère est un connard, qui n'a jamais manqué une occasion de faire le mauvais choix. Il l'a frappée, il a tenté de la tuer… Il a décidé de prendre un chemin différent. Allénore n'est pas responsable de ça.
S'il n'y avait pas le bébé entre nous, Dani serait en train de me frapper.
oOo
Alza et Jia Li viennent de rentrer. Quand elles ont vu le bébé, dans le salon, elles n'ont rien dit. Alza s'est penchée au-dessus du berceau et a gazouillé un moment. Jia Li a froncé les sourcils, et ses yeux se sont posés sur Allénore, toujours sur la balançoire.
Alza a pris le relai avec le bébé et s'en occupe en riant.
– Allénore est en train de réfléchir à mille à l'heure, s'inquiète Jia Li.
– C'est ce qu'elle fait souvent, je soupire. Mais cette fois-ci, elle a de quoi…
– Ce qu'elle pense… C'est vrai ?
Elle pointe du doigt la petite, qu'Alza cajole contre elle.
– C'est la fille de Polly, je confirme.
– Ce n'est pas ce à quoi elle pense, secoue la tête Jia Li. Ce n'est pas non plus ce à quoi tu penses. Et j'ai besoin de l'entendre à haute voix, tellement ça me paraît fou, dégoûtant, et monstrueux.
– C'est la fille de Polly. Et on pense que c'est aussi la fille d'Ed Richards.
La mâchoire de Jia Li se décroche.
– Putain de bordel de merde…
– Ouais…, j'ajoute. Comme tu dis.
oOo
J'inspire un grand coup, et sors de la maison, pour aller rejoindre Allénore. Je fais léviter une assiette pleine de tartines, et un verre d'eau, derrière moi. La nuit vient de tomber, et elle est toujours sur la balançoire. J'arrive à sa hauteur, et pose délicatement mes mains dans son dos, au niveau de ses omoplates. Elle sursaute, sans faire de bruit et se retourne. Son visage est pâle et ses traits sont fatigués, d'avoir été tirés toute la journée.
– Mange quelque chose, s'il te plaît.
Je fais léviter l'assiette jusqu'à elle, qu'elle accepte, en la posant sur ses genoux. Je m'assois dans l'herbe, en face d'elle. Elle est totalement ailleurs.
– Est-ce que tu veux en parler ? je demande.
– C'est de ma faute…
Je fronce les sourcils en prenant une tartine que je commence à manger. Je sais que c'est le seul moyen pour qu'elle mange à son tour.
– De quoi ?
– Je n'aurai jamais pensé que Polly serait prête à… à faire ce qu'elle a fait, pour ne pas aller en prison.
– Polly a appuyé sur la détente. Personne n'a eu le temps de l'arrêter. Personne ne l'a vu venir. Personne n'aurait rien pu faire.
– On aurait pu l'empêcher… Si je l'avais arrêtée, si je n'avais pas décidé de la frapper… Ça se serait passé différemment.
Je me tais, parce qu'elle a raison.
– Je n'aurais pas du la frapper…
Allénore était dans une telle rage… Je ne l'ai pas reconnue.
– Qu'est-ce qui va lui arriver, à cette enfant ? Elle n'a plus de mère… Elle n'a pas de père. Elle n'a même pas de prénom… C'est de ma faute.
Je pose ma main sur son genou de libre et ses yeux trouvent les miens. Elle a encore le sang de Polly sur le visage.
– Tu as été la première à réagir. Elle aurait pu mourir avec sa mère et pourtant, tu nous as tous secoués…
Allénore soupire longuement et mâche.
– Quand tu te sentiras prête, tu rentreras à la maison ? Je lui demande.
– Je ne veux pas la voir.
Elle parle du bébé.
– D'accord, je hoche la tête. Tu ne la verras pas…
– Enfin si, mais… Il serait sûrement mieux pour cette enfant…
La fin de sa phrase se perd. Elle prend une tartine alors que je presse son genou. Quand elle commence à manger sans me quitter des yeux, je ne suis pas encore sûr qu'elle se remettra de tout ça…
oOo
Quelqu'un toque timidement à la porte de la chambre que je partage avec Tommy. Les aurors ne nous ont toujours pas recontacté. La situation à Malaga n'est pas stable, mais elle est maîtrisée. Les Autres ont compris que leur plan avait échoué, et qu'Allénore avait été évacuée de la ville.
– Entre…
Allénore passe la tête dans l'encadrement de la porte. Elle a pris une douche et s'est mise en pyjama.
– Je cherche ton sweat vert…
– Désolé, il est déjà pris, je souris en désignant le berceau.
Allénore s'avance curieusement, et se penche au-dessus du berceau. Elle esquisse un sourire attendri, en regardant le bébé, serrer contre elle les manches de mon sweat.
– Tu as été la première personne à la prendre dans ses bras… Peut-être que ton odeur la rassure ? suppose-t-elle.
– Je crois que ce sweat sent plus ton odeur que la mienne, maintenant, je ris légèrement pour de ne pas réveiller le bébé. Tu l'as plus porté que moi, ces-derniers temps.
Elle s'assoit sur le lit.
– Tu n'as pas à faire ça…, marmonne-t-elle. T'occuper autant d'elle, je veux dire. Jia Li et Alza affirment que tu ne la lâches pas plus d'un quart d'heure.
– Alza n'a jamais vu de bébé de sa vie. Tommy en a peur. Lola est mal-à-l'aise avec, et quand Jia Li la prise dans ses bras, j'ai cru qu'elle allait la pendre par les pieds sans faire exprès.
Allénore sourit pour de vrai, amusée. Elle tend la main vers le bébé, et place son doigt dans sa paume, que le nourrisson serre de toutes ses forces.
– Elle ne relâchera pas ton doigt de sitôt…, je l'informe.
– Ce n'est pas grave… Je ne comptais pas partir, sourit Allénore.
Elle a changé d'avis… Je le savais.
– Tu veux la prendre dans tes bras ? je propose.
– Non.
Pas après pas…
oOo
– Comment ça se fait que tu saches autant t'y prendre avec les bébés ? s'interroge Allénore en me regardant donner le biberon au bébé.
Je baille, fatigué. Nous attendons toujours des nouvelles des aurors.
– J'ai servi très tôt de baby-sitter pour Jane, j'explique simplement. Enfin, quand on me l'a confiée, elle avait plus d'une journée…
– Tu crois que les aurors vont bientôt nous contacter ? je commence à m'inquiéter…, change de conversation Allénore.
– Ça ne devrait plus tarder maintenant…
Allénore observe attentivement l'enfant, comme si elle était en train de résoudre une énigme.
– Elle ressemble tellement à Noorah quand elle était bébé…
Et pourtant, Allénore hésite.
oOo
– Dani ne peut pas rester avec nous ! s'oppose Lola.
– Nous sommes bien d'accord, approuve Harry Potter.
Ce qu'il a fait avant de transmettre des informations aux aurors ne sera jamais pardonné. Dani le sait. Tommy lui jette un regard mauvais, et cerné. Il n'a pas dormi depuis qu'il est rentré de Malaga.
– Dani partira dès la fin de cet entretien, dans un lieu tenu secret. Il bénéficiera de la même protection des témoins que Zarina, jusqu'à ce que les Autres soient neutralisés, termine-t-il.
– Quelle est la situation à Malaga ? l'interroge Jia Li.
– Les incendies ont été maîtrisés.
Alza berce la petite, qui commence à pleurer, et se lève, pour marcher et l'éloigner un peu.
– Cette attaque aurait pu nous être fatale si Dani ne nous avait pas donné les renseignements nécessaires. Et si Allénore n'avait pas été prévenue…
Allénore regarde ses pieds.
– Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ? demande-t-elle.
– On attend. Vous faites profil bas. Surtout toi.
– Je veux rester ici, bredouille Allénore.
– On a renforcé les protections autour de la maison, hoche la tête Harry. Mais la procédure veut que vous changiez bientôt de planque … C'est le protocole, Allénore, je suis navré. C'est vos sécurités qui sont en jeu.
– Et Polly ? murmure-t-elle. Qu'est-ce qu'on a… Qu'est-ce qu'on a fait de son corps ?
– Isaak Hartley s'en est occupé. Les parents de Polly ont été tués, il y a cinq ans… De sa main. Il ne lui restait plus aucune famille. La fiancée d'Isaak et elle étaient très proches enfants, explique Harry. Opaline Wallergan prendra les dispositions qui s'imposent, si elle le souhaite. Sinon… Nous ferons appliquer le plan habituel lorsqu'un corps sorcier n'est pas réclamé…
– Et… le bébé ?
– Il faut que je contacte les services secrets de la magie, pour savoir ce que nous allons en faire.
Allénore se lève, toute tremblante.
– Je veux qu'on nous soumette au sortilège de filiation. Le bébé et moi.
– Allénore…, je marmonne.
– Je veux en avoir le cœur net, affirme-t-elle.
Je sais ce qu'elle se dit… Elle se croit responsable du sort de cette enfant. Si elle est bien la fille de son père, cette charge pèsera encore plus lourd, sur ses épaules.
oOo
– Tu es certaine ? répète Lola, pour la énième fois.
Allénore hoche la tête, déterminée et Lola lance le sort.
Tout le monde retient son souffle, même Harry, qui me lance un regard, presque inquiet. Un halo entoure Allénore et le bébé, qui se met à pleurer. Si le halo reste de la même couleur, c'est qu'elles ont du sang en commun. Ce n'est pas un test précis. Les sorciers s'en servaient pour suivre leurs lignées, quand ils se mariaient entre cousins auparavant. Dans les circonstances actuelles, le sortilège de filiation serait bien assez, pour confirmer le fait que la fille de Polly est bien celle de Richards. Des examens complémentaires seront sûrement faits plus tard…
Des jets de lumière sortent de la baguette de Tommy, qui a lancé le sort, et se posent au-dessus du nourrisson et d'Allénore, les entourant de halos. Ils bougent aussi, se dirigent lentement vers Tommy, comme attirés par lui, alors qu'il fronce les sourcils. Ils prennent une couleur carmin, semblable à celle que portent les halos d'Allénore et du bébé.
– Désolé, c'est la première fois que je lance ce sort… , s'excuse Tommy.
Il concentre son sort sur Allénore et le bébé. Les filaments de lumière les rejoignent en le quittant, le délaissant complètement alors qu'il relance son sort en précisant à qui il doit s'appliquer. Les halos restent de la même couleur. Je vois la peau d'Allénore devenir encore plus pâle.
– C'est bien la fille de Richards, annonce Tommy.
– Putain de bordel de merde…, lâche encore Jia Li.
Allénore disparaît.
oOo
Harry vient de repartir. Il va parler de la situation aux services secret de la magie, pour faire accélérer les choses ; En attendant, il est préférable que la petite reste avec nous… Il dit qu'on ne peut plus faire confiance à grand monde. Les Autres ont des informateurs partout, et Richards doit probablement vouloir mettre la main sur ses deux filles, maintenant.
– Va lui parler ! m'ordonne Jia Li.
– Pourquoi moi ?
– Parce qu'il n'y a que toi, qu'elle écoutera !
– Qu'est-ce que je suis censé lui dire ? « Félicitations, Allénore, tu es officiellement grande sœur ! Oh et bien évidemment, étant donné que cette petite n'a plus personne pour s'occuper d'elle et que tu es sa plus proche parente, tu en es responsable ».
– Ce serait y aller trop fort, grimace Jia Li.
– Non sans blague ? je lève les yeux au ciel. Ce bébé n'a même pas encore deux jours et…
– Et regarde-la Louis ! sourit Jia Li. Tommy s'assure que ses biberons sont à la bonne température. Lola se fait tellement chier qu'elle est en train d'apprendre à tricoter pour lui faire un bonnet alors qu'il fait trente-cinq degrés dehors. Alza passe son temps à lui faire des grimaces… Et toi, tu couves cette enfant comme une poule avec son œuf. Elle ne manque pas d'amour…
– Ce n'est pas pareil…
– L'amour c'est l'amour, Louis.
– Elle n'a pas de mère. Quant à son père…
– Il vaut mieux qu'elle soit avec nous qu'avec lui, m'assure Jia Li. Dans son malheur, ce bébé a de la chance.
oOo
– Dani est parti ? demande Allénore en entrant dans la cuisine.
Le bébé se met à pleurer dans les bras d'Alza, qui n'arrive pas à la calmer. Allénore ferme les yeux, alors que je hoche la tête. Alza berce la petite sans succès.
– Couche-la sur le ventre en la tenant sur ton bras, et pose la paume de ta main sur sa joue, conseille Allénore.
Alza s'exécute et cela fonctionne.
– Ma mère faisait ça, avec Noorah. Elle a besoin de plus de contact peau à peau…, ou c'est un problème de digestion je crois, énonce-t-elle avec un sanglot dans la voix.
Elle remonte dans sa chambre, sans rien ajouter. Je lui cours après, et ferme la porte derrière nous. Je la prends dans mes bras, parce que je ne sais pas par où commencer, quoi lui dire, comment lui dire… Elle accepte mon étreinte et se laisse glisser dans mes bras. Je les referme sur elle et sème des baisers dans son cou.
– J'ai besoin de savoir ce qui se passe dans ta tête, je chuchote près de son oreille.
– Mon père n'aurait pas du avoir d'enfants. C'est cruel, et … horrible. Cette petite n'a personne !
– Allénore… Ne la prive pas de t'avoir pour ma famille !
– Mais je ne voulais plus être liée à lui ! Je veux l'oublier ! Et il ne cesse de tout faire pour que je ne l'oublie jamais ! Même m'imposer une sœur …
– Christophe et Noorah sont plus que des liens te maintenant enchaînée à ton père…
– C'est différent ! Ils ont souffert avec moi… Ils m'ont aidée, supportée, soutenue ! Qu'est-ce que je pourrais apporter à cette enfant ? Je déteste les deux personnes qui l'ont faite…
– De quoi as-tu peur enfin ?! je m'emporte légèrement.
– De la détester !
– Tu ne détestes pas cette enfant !
Elle a été la première à penser à la sauver malgré la mort de sa mère. Elle a transformé un panier à linge en berceau dès que nous sommes rentrés…
– Je pourrais. Je déteste mon père. Je détestais Polly. Comment je pourrais m'occuper d'elle ? Prendre les bonnes décisions ? Je suis responsable de la mort de sa mère, et je ne désire rien de plus au monde que celle de son père ! De notre père ! Elle mérite mieux que cette famille !
Je resserre mon étreinte, alors qu'elle commence à pleurer.
– Il est peut-être préférable qu'elle ne sache jamais d'où elle vient…
– Pas nécessairement.
– Je ne lui apporterai rien de bon…
– Tu ne cherches que son bien, depuis tout à l'heure. Tu as peur de ne pas être assez bien pour elle, de la détester, et c'est en te posant toutes ces questions, que je sais, que tu prendras les bonnes décisions pour elle. Ou tout du moins celles qui te semblent être dans son meilleur intérêt.
– Elle n'a rien fait, cette enfant… Comme… Comme moi. Elle ne mérite pas ça… Je ne devrais même pas penser être capable de la détester ! Je suis injuste et…
Allénore oublie qu'elle est humaine parfois…
– Toi non plus, tu ne méritais pas ce qu'il t'est arrivé…
C'est à elle, de s'accrocher à moi. J'essuie chacune de ses larmes et embrasse son visage jusqu'à ce qu'elle s'endorme entre mes bras.
oOo
Alza a les bras débordés. Tommy est en train de dormir. Lola et Jia Li surveillent les alentours de la maison, et je suis en train de préparer le repas. Le bébé pleure.
– Tu veux que je lui prépare son biberon ? propose Allénore à côté de moi.
– Non, prends-la, je m'en occupe, sourit Alza.
Elle fourre le bébé dans les bras d'Allénore, qui reste tétanisée. Je replace ses mains correctement, pour soutenir la tête de l'enfant. Allénore sourit tendrement et caresse à l'aide de son auriculaire son petit nez. L'enfant s'arrête de pleurer immédiatement en ouvrant grand les yeux, d'immenses prunelles aux couleurs encore indéfinis.
– Coucou toi, murmure-t-elle. On t'a déjà dit que tu étais adorable ?
Je souris. Alza me fait un clin d'œil, alors qu'Allénore s'éloigne en parlant à voix basse à sa sœur. Elle lui murmure des secrets que nous n'entendrons jamais.
– Parfois, il faut rappeler aux gens à quel point ils sont capables d'aimer…, s'amuse Alza.
– Allénore a peur de faire plus de mal que de bien à cette enfant.
– L'arracher à son histoire, c'est un choix compliqué, comprend Alza. Ni bon, ni mauvais, juste compliqué. Mais regarde-les…
Allénore frotte son nez à celui de l'enfant qui babille.
– Une minute à peine dans ses bras, et elle lui donne déjà tout ce qu'elle a, tout ce qu'elle est…, termine Alza.
oOo
Je suis réveillé par des pleurs qui s'arrêtent très vite. Allénore s'est levée avant moi et console sa sœur en la posant sur sa poitrine. Nous avons dormi quelques heures, tous les deux, dans ma chambre. Enfin, moi j'ai dormi. Je crois qu'Allénore, elle, a regardé sa sœur respirer une bonne partie de la nuit. Elle s'inquiète, dès que ses inspirations deviennent irrégulières. Elle vérifie que le sortilège de chaleur fonctionne bien.
– Tu crois qu'elle est une sorcière ? me demande-t-elle à voix basse. Ses deux parents sont des cracmols…
– Il est possible qu'elle ait des pouvoirs magiques… Ça s'est déjà observé, je réponds.
– Je crois que… Qu'il faut qu'on lui trouve une famille. Une famille qui prendra soin d'elle, avec des parents qui ont toujours voulu un enfant, qui pourront lui offrir une vie stable, avec tout ce qu'elle mérite. Une famille, sorcière, moldue, qu'importe, mais qui saura d'où elle vient, qui elle est. Je ne sais pas comment pourraient réagir Christophe et Noorah… Ni même ma mère. Au début, j'ai pensé… J'ai pensé que je pourrais lui confier le bébé. Mais ce serait cruel. Ma mère se remet à peine de ce que lui a fait subir Richards. EEn ce qui me concerne, je crois que…, bredouille-t-elle. Je crois que je veux faire partie de sa vie. Mais ce n'est pas à moi de m'occuper d'elle. Je ne suis pas sa mère. Je ne le serai jamais… Je suis… sa sœur.
C'est la première fois qu'elle le dit à voix haute. J'embrasse sa tempe.
– Ça me semble être un bon plan…
– Et j'ai réfléchis à un prénom.
Je me redresse, soudainement intéressé. Cela fait trois jours, qu'on appelle ce bébé « elle ».
– Je mentirai en disant que je n'ai pas songé à l'appeler Noanne, Hayden ou même Polly… J'ai pensé que ce serait un bel hommage. Mais c'est morbide, sordide et glauque. Elle va devoir écrire sa propre histoire, sourit-elle à l'enfant. Porter le poids de tous ces événements… Ça n'a pas à être son fardeau. Je ne sais pas si Polly avait des idées de prénoms…
La mine d'Allénore se rembrunit. Même si elle détestait Polly, elle a quand même cherché à respecter ses vœux…
Je glisse une main sur sa nuque et commence à la masser. Ses épaules se détendent immédiatement.
– Dani a dit qu'il n'en savait rien. Ils n'ont jamais discuté de choix de prénoms…
– Alors ? Comment tu veux l'appeler ? je murmure.
Le matin se lève doucement, et Allénore lève les yeux, vers le soleil qui apparaît. Le bébé gazouille. Ce soir, des aurors l'emmèneront dans un endroit secret. Harry nous a fait parvenir un message de feu il y a deux heures.
– Aurore.
L'annonce d'une nouvelle journée qui commence…
Un espoir.
Un renouveau.
Le soleil.
– C'est poétique, je m'amuse. Et joli…
Nos regards se posent sur le bébé.
Bienvenue dans ce monde, Aurore…
Il est parfois injuste et cruel, mais c'est le tien et il peut se montrer beau dans ses bons jours…
oOo
– Attendez ! hurle Allénore.
Les aurors s'arrêtent alors qu'Allénore se précipite dans ma chambre. Elle en ressort avec mon sweat vert, qu'elle leur tend. Je souris doucement, alors qu'elle me regarde, comme pour me demander mon autorisation. J'opine.
– Elle n'arrive pas à dormir sans. Elle en a besoin… Elle n'aime pas quand on reste assis. Il faut bouger. Elle avale trop vite aussi. Il faut faire attention à ça, débite Allénore à toute vitesse.
La femme sourit, presque attendrie :
– J'ai vos notes avec moi. Tout ira bien..
– Nous nous occuperons d'elle, dans un lieu tenu secret. Vous ne pourrez pas entrer en contact avec nous, pour votre sécurité, à toutes les deux, enchaîne l'auror.
– Je sais…
Ces aurors qui s'occuperont d'elle, ne le feront que jusqu'à la fin des conflits et l'arrestation de Richards et des Autres. Aurore aura une famille quand tout sera terminée. En attendant, elle doit rester cachée, loin d'Allénore, loin de leur père…
Aurore se met à pleurer. Je serre la main d'Allénore dans la mienne. Nous savons tous que ce bébé sera plus en sécurité loin d'ici et pourtant la voir partir nous fait à tous, quelque chose. S'occuper d'elle a été notre seul but pendant quatre jours…
– Tout ira bien pour Aurore, répète la femme. Potter devrait vous donner de nouvelles instructions. Vous allez changer de planque. Il m'a aussi chargé de vous dire de vous préparer à partir pour l'Australie, en mission…
– Tous ? s'enquiert Jia Li.
– Non. Juste Weasley et Hartley.
oOo
– Tu trouves ça juste qu'on soit de mission alors que les autres doivent organiser le déménagement ? je demande à Tommy.
– Je trouve ça clairement injuste pour eux surtout, sourit-il en prenant une nouvelle gorgée de son cocktail qu'il a piqué sur un comptoir.
– Ils vont sûrement choisir les meilleures chambres et nous laisser les pires, je grommelle.
– Je m'en fiche. Nous sommes sur une plage, et elles, coincées à l'intérieur… Lola bouillait de rage ! se moque Tommy.
– T'as pas vu la tête de six pieds de longs que m'a tirée Allénore…
Nous avançons dans la base. Je souris, en apercevant Charlie, qui me fait signe. Je me mets à marcher plus vite, jusqu'à arriver à sa hauteur et le prendre dans mes bras. Il me serre contre lui et tape mon épaule :
– J'ai l'impression que ça fait une éternité que nous ne nous sommes pas vus ! je lui reproche.
– J'ai entendu parler de tes mésaventures, de ton empoisonnement… Comment vas-tu ?
– Bien, grâce à Allénore…
– J'ai aussi entendu parler de ça, ricane Charlie.
Il prend mon poignet dans ses mains, pour y voir le soror animi, qui a disparu :
– Déjà ? s'étonne-t-il. J'aurais misé sur plus de temps…
– Pour défaire un sort de lien permettant à Richards de communiquer avec Allénore, on a dû utiliser une grande quantité de magie, j'explique simplement. Mais parle-moi de toi ! Qu'est-ce que tu fais depuis ces dernières semaines ?!
– J'ai été pas mal occupé… J'ai dû observer les soupyrs pour aider les médicomages à comprendre leurs fonctionnements, les effets de leurs souffles sur la magie…
– Et tu as découvert des choses intéressantes ?
– Mises à part les ailes manquantes et la petite taille, ces créatures ressemblent tous points à des dragons. Leurs comportements sont très similaires… Les femelles sont plus grosses, plus agressives, leurs écailles sont impénétrables, ils pondent des œufs, leur seul point faible sont leurs yeux, et ils se défendent en crachant, non pas du feu, mais des vapeurs d'acide… Ce qui brûle tout autant, j'ai même failli y perdre un doigt…
– Alors les soupyrs seraient des dragons ? je m'étonne.
– Tout au plus, une espèce qui se serait adaptée à l'environnement du lac Dallol au fil des siècles, confirme Charlie.
– On a trouvé une solution pour neutraliser les effets de leurs souffles ? l'interroge Tommy. Pour qu'ils ne bloquent plus la magie…
– Oui, on a trouvé. Et on est justement ici pour déployer l'antidote sur la barrière de corail, afin de la traiter et rendre la protection naturelle qu'elle offre aux êtres de l'eau…
– C'est une bonne nouvelle, je souris. Si on a un antidote…
– Ce n'est pas un antidote capable de contrer tous les poisons et virus crées à partir de soupyrs…, m'arrête Charlie. Je n'ai jamais vu un élément comportant des propriétés magiques aussi complexes que le souffle d'un soupyr. Même celui des psychards … Nous sommes parvenus à créer un antidote pour le poison qui étouffe les coraux, mais c'est tout… Sans connaître les virus et poisons, leurs structures, il est compliqué de fabriquer de quoi les soigner.
– Il ne suffit pas de créer un composant permettant à la magie de soigner la maladie ? s'étonne Tommy.
– En théorie, si… Mais la personne derrière ces poisons et maladies a pensé à tout. Ils sont si agressifs que les solutions trop générales développées par les médicomages n'ont pas le temps d'agir et sont détruites par les poisons…
Charlie nous invite à nous diriger vers la plage, où quelques magizoologistes et aurors s'apprêtent à plonger.
– Pour que cela fonctionne, nous devons tous être coordonnées, et administrer aux coraux, en même temps, une dose de l'antidote qui les soignera du poison qui les fait mourir.
Il nous tend à tous les deux des fioles, que nous rangeons précieusement.
– Vous serez sur l'un des points centraux, termine Charlie.
– Une petite mission tranquille, fait Tommy, absolument ravi.
Je passe une main dans mes cheveux, nerveux :
– Les êtres de l'eau ont accepté notre aide ?
– Ils ont mis leur fierté de côté, mais oui… Les sirènes n'ont pas eu d'autres choix que d'accepter. Cinq d'entre elles sont mortes, depuis l'infection des coraux. Sans compter sur tout l'écosystème… Christophe Rameaux a évalué les dégâts, et c'est assez affolant pour la faune et la flore…
– Christophe est ici ? je demande interloqué. Il n'est pas reparti ?
– Non. Il a insisté pour rester. Il supporte mal d'être enfermé et d'avoir à prendre du polynectar chaque fois qu'il sort. Son identité secrète est solide… Il demande des nouvelles d'Allénore, régulièrement. Je n'ai pas osé lui parler du conscidisti.
– Tu as bien fait…, j'approuve.
– Tiens… C'est lui ! fait Charlie en désignant un homme roux assez malingre qui s'avance vers nous.
– Tout est prêt. Il manque plus que quelques plongeurs, et tout sera en place…, nous informe-t-il avec un petit accent français.
– Quand les coraux seront soignés, qu'est-ce qui se passera pour les êtres de l'eau ? Les Autres ne laisseront pas tomber… , s'inquiète Tommy.
– On surveillera la zone, affirme Christophe. Il est hors de question que cet endroit se transforme en champ de bataille.
Sa détermination me fait penser à celle d'Allénore. Il a une étincelle dans les yeux, semblable à la sienne. Cette étincelle… Elle pourrait mettre le feu à un iceberg.
– Allez vous préparer … Christophe vous conduira par bateau à votre zone de plongée. Quand il a vu vos noms, il a insisté.
Charlie s'en va, interpellé par un sorcier et Tommy commence à lancer les sortilèges et enchantements nécessaires à notre plongée, alors que Christophe nous guide jusqu'au bateau. Enchanté par un sortilège de désillusion, il est presque parfaitement invisible et se fond dans le décor. C'est un bateau à moteur, tout petit, dans lequel on sent le roulis de chaque vagues. Tommy a le teint vert. Moi, je triture les crochets de snilussions à mes oreilles, puis mes cheveux, que j'hésite à attacher, avant de frotter mon tatouage. Christophe me regarde, hésitant…
– Elle va bien, je lui souris avant qu'il ne pose la question.
Tommy me surveille du coin de l'œil. J'en ai marre de mentir. Non pas qu'Allénore aille mal selon moi… Mais je parle à Christophe, alors que je sais des choses qui le concernant, comme le fait qu'il a une nouvelle petite sœur et qu'Allénore n'a aucune idée de comment il pourrait réagir. Sans compter sur le fait que le mettre dans la confidence le mettrait en danger…
– J'ai entendu parler d'une attaque à Malaga, bredouille Christophe.
– Elle a été évacuée à temps, le rassure Tommy. Elle n'a pas eu une seule égratignure !
– Les aurors m'ont parlé de la maison des Epines… Ils ont dit qu'elle avait brûlé. Allénore y était ?
– Ouais…, je réponds. Nous y étions tous.
– C'est étrange… Je n'ai jamais pensé que certaines choses me manqueraient là-bas, mais maintenant que je sais qu'elles sont parties en cendres et que je n'aurai jamais la possibilité de les retrouver un jour… Ça me fait bizarre.
– On a pu sauver quelques photos et objets, que nous avons perquisitionné pour constituer des preuves. On vous les restituera en temps voulu, lui promet Tommy.
Christophe hoche la tête tristement et arrête le bateau après quelques minutes.
– Faites attentions aux créatures non-magiques. Elles sont très agressives et très fragiles. Ce poison les a encore plus affectées que les créatures magiques.
Chaque fois qu'Allénore parlait de son frère, quand nous étions à Poudlard, elle évoquait sa passion pour les animaux, son envie de les protéger et de les préserver des Hommes. Elle disait toujours que nous nous ressemblions beaucoup sur ce point, et je la crois.
– Des balises ont été placées, pour vous guider jusqu'à votre point. Vous vous arrêterez à la verte, et quand elle deviendra jaune, vous lâcherez l'antidote dans l'océan.
– C'est aussi simple que ça ? je souris.
– Quand je te dis que nous avons de la chance d'être en mission, ricane Tommy.
Il plonge dans l'eau et je regarde Christophe, assis prudemment sur le bord.
– Je vous attends…
– C'est courageux, ce que tu fais, je le complimente.
– J'ai violemment rejeté la magie pendant toutes ces années, parce que je ne voyais que le mal, qu'elle était capable de faire. Ça m'a éloigné d'Allénore. Je ne ferai pas la même erreur quand tout sera terminé.
– Et maintenant ? Que penses-tu de la magie ? je l'interroge, curieux.
– Qu'elle n'est qu'une arme comme les autres, bonne ou mauvais, en fonction de la main qui s'en sert.
– C'est un truc que serait capable de dire Allénore, je m'esclaffe.
– Sans nulle doute, sourit-il.
J'inspire un coup, me préparant à plonger.
– Soyez prudents, souffle Christophe.
– Toujours !
Quand j'entre dans l'eau, ma vision mets un peu de temps à s'adapter. Tommy m'attend, à quelques mètres de profondeurs, et désigne les balises vertes que nous devons suivre. J'aperçois plusieurs sorciers à quelques mètres de nous.
Il n'y a pas de poissons, pas de couleurs vives et belles. Rien. Juste de l'eau, et des coraux gris, dont les branches sont cassés. Les coraux poussent jusque sous la surface de l'eau, au point de construire une zone bloquant les vagues venant de l'océan. Le déferlement des vagues provoque le brassage des eaux océaniques et un fort courant au niveau de cette barrière. Finalement nous arrivons à la balise d'arrivée. A côté de nous, des sirènes, nous observent, et forment une chaînes, reliant tous les points. Elles nous protègent et attendent patiemment. Certaines tiennent leur trident fermement dans les mains.
C'est l'un des missions les plus simples que j'ai eu à faire jusqu'ici. Quand la balise passe au jaune, nous laissons les contenus de nos flacons se rependre dans notre zone. Nous restons quelques instants. Les sirènes à nos côtés sont tendus. Puis, quelque chose se passe, lentement, doucement.
Tommy sourit, à travers le sortilège de tête-en-bulle. La végétation reprend des couleurs, s'éveille, et les poissons en sortent.
C'est beau. L'eau turquoise, le sable blanc et les palmiers, je connais. Mais je n'ai jamais eu l'occasion d'admirer la barrière de corail d'aussi près. Il y a des poissons de toutes les couleurs, des couleurs vives, pastels parfois, dont les écailles réfléchissent la lumière du soleil. Ils nagent en bancs, se mélangent, se dispersent parfois, et nous fuient dès que nous arrivons trop près d'eux. Nous ne plongeons pas profondément. Il y a une tortue, qui monte ou redescend de la surface pour respirer, qui broute ou bat majestueusement des nageoires dans le grand bleu. Je compte des poissons chirurgiens, des poissons perroquets, des labres, des balistes, des poissons clowns et leurs anémones, des gobies, des bénitiers. Ils semblent attendre quelque chose, et se réfugient dans les coraux, de toutes les couleurs eux aussi, de toutes les formes.
J'imagine que l'effet de l'antidote a été magiquement amplifié, pour remédier le plus vite possible à la situation… Et le résultat est fascinant. Les sirènes nagent autour de nous et paraissent plus détendues. Les sorciers se réjouissent. On entend dans l'eau leurs exclamations.
C'est une première victoire, contre cette guerre infectieuse que veulent tenter de nous imposer les Autres. On peut les contrer… Les sirènes sont à nouveau en sécurité, désormais.
Quand je remonte à la surface, Christophe est penché au-dessus de l'eau, et sourit, heureux. Allénore sait que la mission est à Cairns, et qu'il y avait de grandes chances pour que nous croisions son frère… J'aimerais lui raconter cette journée, le bien qu'elle m'a fait.
Les êtres de l'eau sont de nouveau en sécurité…
oOo
Jamais je n'aurai pensé habiter un jour dans un château. Notre nouvelle planque est en Hongrie. Teddy en est le gardien du secret. Il y a un nombre inimaginable de pièces, même si nous n'habitons qu'une aile. Les filles dorment dans le grand salon, toutes ensemble. Dans la cuisine, il y a un double miroir, dont l'autre copie est dans le bureau du directeur des aurors. Il y a une cheminée, reliée à l'ambassade britannique située à Prague. C'est la meilleure planque que nous aillons eue, jusqu'à présent.
Ce vieux château est abandonné depuis des années, et appartenait à un sorcier, qui est mort sans héritier. Nous restons assez proche des zones qui peuvent être touchées, et pouvons plus facilement et rapidement partir en mission.
L'avantage d'avoir un aussi grand espace, c'est qu'on a de quoi s'occuper. Il faut faire le ménage, exproprier les épouvantards qui s'y sont installés, et explorer… Allénore et moi, adorons pimenter les choses en se cachant jusqu'à ce l'un retrouve l'autre.
– Bon, ce n'est plus très drôle là, je l'entends gémir alors qu'elle passe pile à côté de moi.
Je suis caché sur le balcon. La pluie tombe fort dehors et ça sent l'humidité et l'orage. J'ai laissé les grandes fenêtres ouvertes, mais elle ne voit rien. Elle chasse un doxy et observe attentivement la pièce, pleine de livres, rangés dans des cartons.
– Je m'en vais…, chuchote-t-elle.
Je sors de ma cachette, et elle se retourne, un grand sourire sur le visage :
– Je savais que tu étais là !
– Menteuse !
– Bien sûr que si ! J'ai joué la comédie et tu es tombé dedans tête la première…
Je m'approche d'elle pour prendre sa main. Un frisson nous parcoure tous les deux. Je la vois, regarder mes lèvres, je l'entends presque les dévorer dans ses pensées. Ça me rend euphorique et ça me fait la désirer encore plus.
– Allénore ?
– Oui ?
– Je croyais qu'on voulait attendre…
Elle rougit, prise sur le fait.
– On le veut toujours, non ? je hausse un sourcil en souriant.
Elle hoche la tête, fébrilement, hésitante. Elle mordille ses lèvres et ouvre la bouche, pour me repousser, mais je prends la parole avant qu'elle n'en ait l'occasion.
– Si tu veux me briser le cœur encore une fois, est-ce qu'on peut aller dehors ? je plaisante. La vue que l'on a des jardins sur le balcon est magnifique !
– Mais il pleut !
– Encore mieux, comme ça je pourrais avoir mon petit moment mélodramatique comme dans les films !
Elle passe devant moi. Je suis rentré de mission hier. Je n'ai pas osé lui parler de ma rencontre avec son frère. Elle ne m'a pas posé de questions. Avec les autres, nous nous efforçons de la maintenir occupée, pour qu'elle ne songe pas trop à Aurore, et à tout le reste. Le fait qu'Alexeï ne soit pas la nouvelle Mistinguette l'a rendu triste d'après Jia Li. Allénore a toujours eu du mal à admettre qu'elle puisse se tromper sur la nature de quelqu'un. Elle ne s'est trompée que deux fois : sur Edward Stam, qui n'aimait chez elle que la victoire qu'elle lui apportait par rapport à moi, et Alexeï.
Elle passe sur le balcon, et se laisse être trempée par la pluie, là où j'avais jeté un sort, pour m'en protéger. Je souris. Elle a toujours aimé la pluie…
– C'est joli, s'exclame-t-elle. Regarde là-bas ! C'est un kiosque ? On dirait qu'il y a un bassin juste à côté ! Il y a sûrement des poissons. On devrait y faire un tour !
– Et si tu m'attendais sur ce balcon ? Que tu me regardais le monter, pour te rejoindre ?
– Ne te prends pas pour Roméo, Louis…
– Pour toi, je pourrais escalader le château…
– Il est sûrement protégé et fait parti du patrimoine national de la Hongrie. Si tu fais ça, je te dénonce aux autorités compétentes pour dégradation de bien public et protégé.
– T'as un romantisme très sélectif, Allénore.
– Et t'es pas si bon grimpeur. Tu te romprais le cou et ça pour le coup, c'est pas romantique du tout.
Notre conversation sur le toit, lorsque nous étions encore en France, me revient. On s'est dit tellement de choses, à demi-mot. Je ne veux pas les laisser partir, et le lui faire oublier. J'avance jusqu'à elle et embrasse son cou, après avoir repoussé ses cheveux, déjà trempés. Je pose mes lèvres, sans y résister, là où les gouttes d'eau tombent. Quand elle se retourne, ses prunelles chocolat expriment une détermination que je comprends, et un désir, qu'elle retient.
– Laisse-moi juste…
Pourquoi nous en faut-il si peu pour craquer ?
Puis j'arrête de penser, et je me laisse guider, laisse mes mains qui ont mémorisé les gestes d'autrefois, redécouvrir son corps.
Nos lèvres se cherchent, nos nez se frottent et nos souffles se perdent mais ne forment qu'un. Je sens ses doigts fins et froids toucher ma peau, au niveau de ma taille. Elle les a passé sous mon t-shirt, et fait courir ses mains sur mon torse, en dessinant mes abdos, et en descendant toujours plus bas, jusque sous mon boxer. Ses doigts, autour de moi, sur ma peau m'électrisent, m'animent et me font presque suffoquer alors que ses lèvres picorent mon cou à son tour. C'est si doux et si violent à la fois. Mes lèvres dévalent le long de son cou alors qu'elle s'agrippe au mien. Je la plaque contre la balustrade du balcon, sur laquelle elle s'assoit. Je la retiens alors qu'elle passe ses jambes autour des miennes pour garder l'équilibre. Nos bassins se cherchant. J'entends mes propres gémissements. L'une de mes mains s'est glissée sous son haut et frôle le tissu de son soutien-gorge. Chaque fois que mes doigts approchent l'une des pointes érigées, elle retient son souffle et me regarde avec une intensité qui me donnerait la force de tout accomplir. Je ne fais qu'effleurer et ça me frustre autant que ça me plaît. Je suçote un point sensible derrière son oreille, un endroit qui la fait toujours flancher et qui la fait glisser entre mes bras.
Je soupire. Ses baisers réchauffent ma peau, la chatouillent, l'effleurent, l'éveillent, et mon cœur bat plus fort à chaque fois. Mes mains s'aventurent sous sa jupe, remontent le long de ses jambes, les parcourent et se posent sur ses hanches pour les attirer plus près des miennes. Je tire sur l'élastique de sa culotte, passe mes mains en-dessous, alors qu'elle murmure mon prénom, comme une prière. Elle gémit chaque fois que mes mains la touchent, et soupire de contentement. Elle mordille cette lèvre et cette fois-ci, j'adore ça, parce qu'elle ne le fait pas à cause de ses angoisses ou de son anxiété. Elle le fait pour rester silencieuse. Et elle me guide, sans me lâcher des yeux, elle accompagne mes gestes, mes doigts et ça me galvanise, m'encourage à la caresser jusqu'à ce qu'elle perde pieds.
– Louis… C'est toi que je veux, là et maintenant. Touche moi vraiment, s'il te plaît.
– Vraiment ? Parce que tu penses que ça…, j'indique en appuyant mes caresses, ça… Tu penses que ça c'est pour de faux ?
Ma main entre nous, passe la barrière de sa culotte et elle étouffe un cri.
– Louis…
Je me demande depuis quand mon prénom a une aussi belle sonorité... J'ai envie d'elle et elle a envie de moi. Elle cherche le contact, colle lascivement son bassin au mien, ses gestes continuent d'accompagner les miens avec plus de rapidité. A contrecœur, je déplace mes mains pour les poser sur ses hanches, pour nous empêcher de tomber dans le vide. Elle se frotte contre mon érection, consciemment ou inconsciemment, je n'en sais rien, mais c'est bon. Ses caresses me font l'effet d'un courant d'eau brûlant, qui fait rêver ma peau et ses lèvres dans mon cou me rendent fou. Mes mains remontent finalement pour encadrer ses joues, guider ses lèvres aux miennes, entrouvertes. Mais quand elle se penche, pour qu'elles se rencontrent, sensuelle, mutine, taquine, elle s'arrête et les caressent seulement de son pouce. Elle bouge son corps en fonction du mien, pour le garder au plus près du sien.
Je grogne de frustration, parce que tout s'arrête d'un coup d'un seul.
Pour elle, comme pour moi.
La tension repart dans le fond de mon ventre et s'ajoute à celle qui s'est déjà accumulée depuis longtemps.
– J'ai vraiment, vraiment envie…
– Mais tu ne le feras pas…, je devine. Pourquoi tu veux attendre ? je soupire contre sa bouche.
On s'est déjà tout dit. Nous n'avons jamais été aussi honnêtes, l'un avec l'autre.
– Parce que je dois pouvoir garder la tête froide. Et que tu ne m'y aides pas du tout…, souffle-t-elle dans mon cou.
– Allénore… Tes cheveux sont trempés. Ta tête est très froide.
– Je t'assure que non, sourit-elle.
C'est comme avoir un soleil dans le cœur lorsqu'elle me sourit de ses manières, les cheveux emmêlés de mes mains et les joues rouges de ces choses qu'on a faites, qu'on rêve de poursuivre…
– Je voulais te demander… A Cairns… Est-ce que tu l'as vu ?
Elle parle de son frère, je le sais. Je hoche la tête, positivement.
– Je n'arrête pas de me demander ce qu'il dirait, s'il savait pour Aurore… J'espère qu'elle va bien… Je n'ai pas pensé à prendre de photo d'elle… C'est stupide. On n'a même pas d'appareil photo en plus…
Allénore a mis trois jours pour aimer sa sœur. C'est peu, étant donné les circonstances. Mais maintenant que c'est fait, qu'Aurore est dans son cœur, elle lui manque. Un jour, elle m'a dit que le cœur était un organe élastique, et que chaque personne qui entrait dans le sien, l'agrandissait un peu plus. Il est dur d'entrer dans celui d'Allénore. Mais une fois que c'est fait, je crois qu'elle ne nous en laisse jamais repartir. C'est pour ça, qu'elle pardonne tout à Alexeï, et que malgré tout, elle a foi en lui.
– Pendant qu'on déménageait, je suis retombée sur la boîte à chaussure que j'avais emmené avec moi, il y a deux ans.
Elle enlève ses mains de sous mon t-shirt pour chercher quelque chose dans ses poches. Des photos, qu'elle me tend. Je les fais défiler. Sur la première, Rose sourit à Allénore, qui est en train de lire un roman. Sur la seconde, Albus vole le pudding d'Allénore qui ne se rend compte de rien. Sur la troisième, Scorpius et Allénore sont en train de dormir, dans le canapé de la colocation. Sur la quatrième, il y a Nilam et Rose, en train d'embêter Albus, alors qu'Allénore éclate de rire. Sur la cinquième, une photo moldue, Christophe tient Allénore dans ses bras, alors que Noorah est sur ses épaules. Leur mère est juste à côté. Et sur la dernière, il y a moi, tout sourire, sur la plage, on voit juste mon torse nu, avec mon ukulélé.
– Mes cheveux étaient bien plus courts, je m'amuse. Et c'est un peu cochon, comme photo… On dirait que je suis à poil.
– Si seulement j'avais eu des photos de toi, nu, je t'assure que ces deux dernières années auraient été moins tristes pour moi.
J'embrasse le bout de son nez en souriant. Elle s'esclaffe, avant de sortir sa baguette :
– Flambio …
Les photos prennent feu, alors qu'elle les fait léviter dans les airs. Les flammes lèchent le papier, et le transforme en cendre.
– Mais… Qu'est-ce que tu fais ?! je l'arrête, interloqué.
– Ne pas avoir de photos d'Aurore me donne envie de tout faire pour la revoir le plus vite possible. Je n'ai jamais réussi à regarder ces photos… Ça me faisait trop de mal. Mais j'ai toujours su qu'elles existaient, et quand j'avais peur d'oublier vos visages…
– Eh…, je la coupe. Je suis juste là.
– Je n'ai pas besoin de vos photos. J'ai besoin de vous. Je veux les revoir, tous. Aurore, Noorah, Christophe, Rose, Albus, Scorpius, Nilam, Jolene… Mais en vrai. Pas sur du papier…
– Je comprends…
– Et pourtant, je ne sais pas si je serais un jour prête à les affronter… Mais j'ai besoin de cette motivation, pour m'accrocher à quelque chose. Parce que je ne peux pas m'accrocher à toi, Louis. Je ne peux pas t'imposer ce poids.
– Je sais, Allénore…
– Il faut que je trouve ma propre motivation. Que je la puise en moi et non en toi.
– Je sais, Allénore, je répète.
Nous regardons les photos brûler, sous la pluie. Il fait un peu froid, mais j'ai chaud, quand Allénore reste dans mes bras, à observer les flammes, dévorer les souvenirs. Je la rhabille convenablement et mets de l'ordre dans ses cheveux en déposant mes lèvres partout où je le peux. Elle en fait de même.
Cette fois-ci, il n'y a pas d'urgence. Tout est tendre, rien ne s'enflamme. Car on sait que céder à tout ça, ce n'est pas une bonne chose. Pas maintenant…
Quand nous repartons, je la laisse prendre une avance sur moi, juste pour l'admirer, la regarder et l'aimer, avec un sourire béat sur le visage.
Elle a un suçon dans le cou et ça, ça me fait sourire encore plus.
