Chapitre 53 - Les victimes de mon père

Partie III : Ne t'enfuis pas

Everybody Wants to Rule the World – Lorde

The road – Really Slow Motion

Reaping Day – Unofficial Score

When the party's over – Billie Eillish

Rythm Inside – Loïc Notted

Can't Pretend – Tom Odell

Fetish – Selena Gomez


Allénore

Je mordille mes lèvres, nerveusement. En ce moment, Harry et Ron refusent que je parte en mission. Alors, avec Jia Li, on regarde Tommy, Lola, Louis et Alza s'en aller en catastrophe, parfois sans savoir où, en attendant leur retour. Au début, je râlais. J'ai essayé de négocier, sans succès. Quand Harry m'a lancé son regard noir signifiant « n'insiste pas », je me suis ravisée.

– Si on avait été présentes…, je commence en faisant les cent pas devant la porte.

Je continue de faire tourner la mini tempête d'éclairs que j'ai créée avec ma baguette. Elle s'évanouit d'un coup, alors que toute ma culpabilité remonte.

– Ça n'aurait probablement rien changé ! souffle Jia Li.

L'attaque d'aujourd'hui était à Londres.

Chez Louis.

Chez Scorpius, Rose, Albus, Nilam.

Chez moi.

– Nous connaissons les démonzémerveilles … On en a récupéré plusieurs !

– Ceux-ci étaient complètement fous, Allénore ! Ils ont bouffé des cerveaux humains !

Tommy est rentré le premier, couvert de sang. Il s'est écroulé sur ses deux genoux et nous a demandé de nous tenir préparées à accueillir les autres avant de s'évanouir. Louis est arrivé ensuite, en sueur, essoufflé et lui aussi, couvert de sang, griffé sur toute la longueur du visage. Alza et Lola sont apparues en dernières. Alza, en piteux état bien que souriante, mais Lola, elle, le visage fermé et complétement inconsciente. Elle est tombée sur les pierres froides du château. Tommy s'est immédiatement précipité vers le miroir double-sens, pour demander de l'aide. Lola convulsait et racontait toutes sortes de choses, sans aucun sens. Elle appelait son frère, et ses parents. Elle leur demandait de venir, de la soigner, parce qu'elle avait mal. Avec Jia Li, nous l'avons mise sur le côté, et attendu.

Lev est arrivé quelques secondes après.

– On n'a pas eu le temps de comprendre ce qu'il se passait… On a du rentrer d'urgence, murmure Louis.

– Je n'avais jamais vu ça…, fronce les sourcils Alza. Les démonzémerveilles ne sont pas particulièrement agressifs, mais ceux-ci… Ils voulaient nous déchiqueter.

Je continue de faire les cent pas devant la porte. J'attends que Lev en sorte, pour qu'il nous annonce que Lola va bien. Mais les minutes passent, ainsi que les heures, et toujours rien.

– Assis-toi, Allénore, me tire par le bras Louis pour me forcer à m'installer sur le canapé. Faire des courants d'air ne la soignera pas.

Je replie mes jambes sur mon corps et fixe la porte. Louis s'assoit à mes côtés. Il a un tic nerveux, lui aussi, et fait tressauter ses jambes. Il est inquiet. Ses yeux sont vitreux, portent encore le choc de ce qu'il a vécu.

– Elle ira bien, je chuchote. C'est Lola…

– Ouais…, sourit-il tristement. C'est Lola…

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

– Nous nous sommes retrouvés pris en étau, entre les Autres d'un côté, et deux démonzémerveilles de l'autre. L'un deux a pris Lola entre ses pattes, et a commencé à…

Je serre sa main dans la mienne, en entendant sa voix se briser.

– Vous êtes revenus vivants… C'est ce qui importe.

– Il y a eu énormément de morts… Le sang s'écoulait dans les égouts.

Ça me tord l'estomac… Je pense à mes amis. Connaissant Albus, Nilam, Rose et Scorpius, je doute qu'ils soient restés les bras croisés devant ce massacre. Et Molly ? Et Victoire ? Et tous les autres ?

– J'ai vu ma mère… , marmonne-t-il enfin. Et si ma mère y était, mon père ne devait pas être loin… Rose, Albus, Molly, Fred…

Dire qu'ils vont bien ne servirait à rien, surtout quand je n'en ai absolument aucune idée. Je n'ai pas besoin de lui mentir. Alors, je me contente de le laisser s'allonger, en posant sa tête sur mes genoux, que j'ai déplié. Je caresse ses cheveux, son tatouage, et quand il s'endort, totalement épuisé, je me remets à mordiller mes lèvres. La respiration de Louis m'aide à penser à autre chose.

oOo

Lev est sorti de la chambre au coucher du soleil. Tout le monde dormait déjà. Nous vivons de façon totalement décalée ces-derniers temps. J'étais la seule encore debout. Je me suis débrouillée pour me lever du canapé, poser la tête de Louis sur un coussin et faire quelques pas malgré mes jambes engourdies. J'ai conduit Lev jusqu'à la cuisine.

– Comment ça va, toi ? me demande-t-il en sirotant la tasse de thé que je viens de lui préparer.

Il est facile de parler à Lev. Et j'ai grandement besoin de me confier à quelqu'un…

– Bien, je grogne. Je n'ai pas eu le cerveau réduit en compote ou le visage fendu en deux…

– On dirait que ça t'énerve, remarque-t-il en souriant presque.

– Les aurors limitent chacune de mes sorties…

– Et tu as le sentiment que si tu avais été à Londres aujourd'hui, tu aurais pu te montrer utile, devine-t-il.

– Je crois simplement que deux sorcières de plus n'auraient fait de mal à personne.

– Tu mets les gens qui sont autour de toi en danger, énonce-t-il. C'est un fait. Ces gens sont prêts à prendre ce risque, pour te protéger. Mais rends-leur la tâche plus facile, en les protégeant toi aussi…

– Je sais, je soupire.

– Lola a eu beaucoup de chances…, observe Lev avec une pointe d'inquiétude dans la voix.

– Elle est arrivée dans un état absolument…, je commence totalement affolée.

Lev me coupe. Son visage se veut rassurant, bien que ses traits soient tirés.

– Les blessures magiques sont toujours plus impressionnantes qu'elles n'y paraissent, me rassure Lev en me coupant. Si cela avait été plus grave, on l'aurait transportée à l'hôpital magique le plus proche. Et Lola est une force de la nature. Elle se remettra vite.

– Tu vas rester ?

– Un peu, le temps de m'assurer qu'elle va bien.

– Tu prends ton métier très au sérieux, je souris légèrement.

– Il y a des patients que l'on n'aime pas soigner.

– J'imagine que c'est le cas quand on aime, justement, le patient.

– Tu as tout compris, sourit-il.

Je fais quelques pas, dans la cuisine. Ils résonnent tous, alors que je remplis une nouvelle fois la bouilloire pour me faire moi-même un thé. Les températures ont chuté cette semaine. Le mois d'août touche à sa fin. Il pleut presque tous les jours. Le temps est gris, et maussade, comme les pierres du château. D'un coup de baguette, je fais bouillir l'eau.

– Toi aussi, t'es une force de la nature, observe Lev. Tu ressens toujours les effets du manque de conscidisti ?

– Tout le temps, j'avoue.

– Tu n'as pas à en avoir honte…

– Parfois, je pense à Noanne, à Hayden ou à Marco…, voir même à Alexeï, qui est encore en vie mais qui est aussi mort en quelques sortes… et j'ai envie de hurler. J'ai toujours l'impression d'être transpercée en permanence par une lance, qu'on s'amuse à tourner dans mon corps. Et puis, il y a…

– Ta sœur, termine Lev. Je suis au courant. Les aurors m'avaient demandé de l'examiner, mais j'avais déjà trop de travail. C'est un collègue qui y est allé…

– Qu'est-ce qu'elle va devenir ? je demande.

– Tout ce qu'elle voudra, hausse-t-il les épaules.

– Quand on naît d'un père comme le nôtre…

– Tu crois que c'est de votre faute ? s'étonne Lev.

– Non, bien sûr que non ! Aurore n'est qu'un bébé ! Elle n'a rien demandé ! Je prie le ciel pour que sa vie soit belle. Même si au début…

– Au début ? m'invite à poursuivre Lev.

– Au début, je l'ai détestée. Je l'ai détesté parce qu'elle n'était à mes yeux qu'une personne de plus me reliant à lui…

– Tu l'as tout de suite identifiée comme faisant partie de ta famille, alors, note Lev.

– Oui et non, à la fois…, je souffle, complètement perdue. Je détestais Polly. J'ai voulu, souhaité sa mort au plus profond de mon âme. Je mentirais, en disant que sa mort m'attriste… Ce n'est pas le cas. C'est loin d'être le cas…

– Mais tu as accepté sa fille…

– Elle est parfaitement innocente… Peut-être que je veux lui donner la chance que je n'ai jamais eue, que je veux l'épargner, lui offrir ce que je n'ai jamais eu. C'est ce qu'Aurore mérite. Comme tous les enfants… Mon père ne s'en occupera jamais bien. Il ne l'aimera pas. Il attendra impatiemment jusqu'à ses six ans, ses huit ans, peut-être même lui fera-t-il passer les tests, pour savoir si elle est une cracmole ou non, mais qu'importe qu'elle soit sorcière ou non, il lui fera vivre un enfer. Il ne la verra que comme une arme, un pouvoir qu'il devra maîtriser…

– C'est ce qu'il a fait avec toi ?

Je hoche la tête.

– Au mieux, il la verra comme quelqu'un d'inutile, qui ne lui apportera rien. Aurore est parfaitement innocente…C'est même, une victime, en quelque sorte…

– Toi aussi…

– Non, je ricane. Je suis tout sauf une victime.

– Pourquoi ?

– Parce que j'ai voulu tuer mon père dès l'âge de huit ans. J'ai menti à tout le monde en disant que j'étais une née-moldue. Quand l'affaire Opaline s'est achevée, et que le visage de mon père s'est retrouvé placardé partout en Grande-Bretagne, je n'ai rien dit. Quand il m'a demandé de le rejoindre, je l'ai fait. Je voulais réparer mes erreurs, empêcher les Autres de faire autant de mal. J'ai gagné leur confiance, pour les détruire de l'intérieur, et s'ils sont aussi puissants aujourd'hui c'est en partie ma faute !

– Donc tu pardonnes à un bébé ce que tu es incapable de te pardonner à toi-même ? s'étonne Lev.

– Non… Tu n'as pas compris.

– Oh si, j'ai compris. Tu as vécu dans la peur que ton père revienne un jour et détruise le bonheur que tu t'es efforcée de construire. Quand il a ressurgi, tu as décidé de l'ignorer… Tu as voulu privilégier ton bonheur. Il n'y a rien de plus humain, Allénore.

Et de plus égoïste surtout…

– Je voulais…

– Te protéger ?

C'était exactement ce que je voulais.

– Qui pourrait t'en vouloir ? Après tout ce qu'il t'a fait subir… Tu n'as pas créée les Autres Allénore. Tu n'as pas décidé de commettre toutes ces atrocités, et tu n'en es pas responsable. Tu n'as pas à payer pour les crimes de Richards.

– J'ai fait des choix…

– Si ton frère et tes sœurs, venaient te voir, en te disant qu'ils s'en veulent, pour ce que votre père à fait, que leur dirais-tu ?

– Qu'ils n'y sont pour rien ! je m'emporte. Ils n'ont rien à voir là-dedans.

– Alors pourquoi ça ne fonctionne pas avec toi ?

– Parce que moi, j'ai nourris sa haine. Le fait que je sois une sorcière a nourri le sentiment d'injustice qu'il avait, son besoin d'appartenir à une communauté, c'est pour ça, qu'il a crée les Autres. Pour appartenir à un groupe. Et tout ces gens, qui n'avaient personne, qui se sentaient seuls à cause de la communauté magique qui les rejetait,

– Mais Allénore… Tu n'as pas choisi d'être une sorcière.

Non.

– Tout comme toi, il a prit ses décisions.

Mais toujours en fonction de moi.

– Allénore ?

– Oui ?

– Est-ce que tu t'en veux, d'être une sorcière ?

C'est une question que je ne me suis jamais réellement posée… Mais maintenant qu'elle s'impose à moi, je n'ai d'autres choix que de répondre, avec toute l'honnêteté dont je suis capable.

– Si je ne l'avais pas été, les Autres n'existeraient pas.

– Et tu penses que ton père n'aurait pas été aussi violent, cruel avec toi ?

Je n'en sais rien. Les violences étaient présentes bien avant même que l'on découvre que j'étais une sorcière.

– Aussi sûrement qu'il n'a pas choisi d'être cracmol, tu n'as pas choisi d'être une sorcière. Et je pense que les Autres existeraient. Peut-être pas dans les mêmes conditions, mais tout ça… Ce serait arrivé. Tout ne dépend pas de toi, Allénore. Le monde ne tourne pas autour de toi.

– Pourtant, j'ai l'impression que tout ce qui arrive est de ma faute.

– Tu es une victime, toi aussi…

Je grimace, et ça le fait rire.

– Ce n'est pas une insulte.

– J'en ai marre d'être faible.

– Parce que tu penses que « faible » et « victime » sont des synonymes ? Tu te trompes…

– Je n'arrive pas à me définir comme victime.

– Pourtant, à mes yeux et à ceux de beaucoup d'autres, tu en es une.

Je verse l'eau chaude dans une tasse.

– Tout ces gens ne croiraient pas en toi sinon…

Je fronce les sourcils, sans comprendre de quoi il parle.

– J'ai entendu parler d'une Zarina, d'un Dani, d'une Jia Li, d'un Claudius, d'un clan d'êtres de l'eau, de gens qui t'écoutent, parce qu'ils savent que tu comprends la situation, que tu vois tout en gris…

– Je n'ai jamais voulu de cette responsabilité…

– C'est pour ça qu'elle te va très bien…

Je souris malgré en serrant ma tasse contre moi pour me réchauffer.

– J'espère que tu resteras un peu avec nous…

– Je l'espère autant que je le redoute, me retourne-t-il mon sourire. Lola est vraiment … Lola !

– Oui, j'explose de rire. Moi aussi, j'ai du mal à la qualifier.

Je m'esclaffe légèrement et ça fait du bien.

oOo

– J'en peux plus de rester couchée…, se plaint Lola.

J'ouvre les rideaux, alors qu'elle grogne. Alza et Jia Li ont dormi dans le salon, avec Louis et Tommy. Lev examine sa blessure, au niveau de la tête, et semble satisfait :

– Ça guérit bien. Le venin n'a pas atteint le cerveau, tu as énormément de chance…

– J'appelle ma chance un « très bon réflexe », se vante-t-elle.

– Tu as de très bons réflexes alors, sourit Lev de toutes ses dents. N'hésite pas à me dire si tu as des maux de tête ou des pertes de mémoire…

– Comment suis-je supposée savoir si j'ai des pertes de mémoire ? hausse-t-elle un sourcil.

– Exact, bredouille Lev.

Je m'esclaffe discrètement, en revenant vers eux. J'apporte à Lola de quoi manger et m'assois sur le bord du lit, qui n'est en fait, qu'un matelas posé sur le sol.

– J'avais des parents, qui ont été tués par Han Derrick il y a quinze ans.

Je reste muette et interloquée. Je n'en savais rien…

– J'avais des grands-parents, qui sont morts de chagrin parce que mes parents étaient tout pour eux.

Lev repousse les cheveux de Lola derrière son oreille, tendrement.

– J'avais un petit frère, qui a été tué par les Autres, il y a deux mois.

Il y a des larmes dans ses yeux, qui refusent de couler.

– Je ne sais pas si notre maison, à Malaga est toujours debout. Je n'ai toujours pas enterré mon frère.

– Je crois que tu as toute ta tête, l'arrête Lev.

– Tu penses ? rit-elle, faussement amusée. Est-ce qu'on a des nouvelles de la situation à Londres ?

– A la radio, ils disent que l'attaque est terminée. Il reste cinq démonzémerveilles dans la ville, qui seront sûrement attrapés très rapidement, je récite.

J'ai passé la journée à régler la vieille radio, pour avoir des nouvelles, l'oreille collée à elle, comme si ça allait me permettre d'entendre plus vite les bonnes nouvelles. Tous les autres ont dormi. Lev leur a administré des potions de sommeil. Jia Li n'a pas refusé. Avec le stress, nous dormons très peu toutes les deux. Chaque fois qu'ils partent en mission, nous les attendons, le cœur serré, et avec la peur au ventre. Moi, j'ai refusé la mienne, et Lev, n'a pas insisté.

– Combien de morts ? demande Lola.

– Ce n'est pas important…, j'élude. Ne t'inquiète pas de ça maintenant…

– Combien. De. Morts ? articule-t-elle froidement.

– On les estime à plus de trois cent…

Les sorciers interrogés à la radio ont parlé de « boucherie » et de « massacre ».

– Moldus et sorciers confondus, je termine en déglutissant faiblement.

– Merlin…, gémit Lola.

Elle tousse un peu, la gorge probablement sèche.

– Je vais aller te chercher un verre d'eau, propose Lev.

Il nous laisse seules, toutes les deux, et la mine de Lola se décompose, alors qu'elle grimace de douleur.

– Je fais la fière devant lui, mais j'ai un mal de chien, ronchonne-t-elle. J'aurais dû accepter sa potion anti-douleur…

– Tu cherches à l'impressionner ? je me moque légèrement en remettant correctement ses couvertures.

– C'est ridicule hein ? bredouille-t-elle.

– Je trouve ça mignon, en fait. Bien qu'un peu stupide. Il ne te trouveras pas moins forte, ou douillette, si tu lui dis que tu as mal… Il sera même soulagé que tu lui demandes de l'aide. Accepter de se montrer vulnérable face à quelqu'un, c'est aussi faire preuve d'une certaine force d'esprit.

Lola soupire, et repose sa tête sur l'oreiller en massant ses tempes.

– J'ai cru qu'on allait y rester… Sans Alza et Louis, nous y serions restés…

– C'est leur boulot, de vous protéger des créatures magiques, je fais simplement.

– Lors de cette attaque, on avait tous le même boulot Allénore : survivre. Comment est-ce qu'ils vont ?

– Aussi bien qu'ils puissent aller. Lev a soigné leurs blessures, toutes superficielles. Tommy et Louis sont très inquiets pour leurs familles, leurs amis… Lev leur a donné à tous des potions de sommeil.

– Mais, qui surveille les protections du château ? s'alarme Lola en se redressant subitement.

– Ne t'occupe pas de ça… J'ai vérifié les sorts il y a moins d'une heure…

Elle se recouche tout doucement, et ferme les yeux.

– On est foutu. T'es nulle en sorts de verrou … Comment faire comprendre à un homme qu'on l'aime bien ?

– Je suis sûrement la pire personne au monde pour te donner ce genre de conseils ! je pouffe de rire. Et je suis ta garde malade ! Je trouve que l'ambiance tourne à la soirée pyjama.

Elle me lance son oreiller en plein visage, que je n'ai pas le temps d'éviter.

– Je suis sérieuse, grogne Lola.

– Je n'en sais rien… Je n'ai jamais eu à faire ça. Louis est arrogant, mais son arrogance lui a toujours permit de parfaitement comprendre et d'être certain de ce que je ressentais pour lui. Même lorsque je ne disais rien, ne faisais rien, il savait, je crois. Et je savais qu'il savait… inconsciemment la plupart du temps, mais je savais.

Lola lève les yeux au ciel, agacée.

– Lev t'aime beaucoup lui aussi…

Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé entre eux, pendant mon sevrage au conscidisti. Je sais simplement qu'ils ont beaucoup parlé. Lola en avait besoin, après la mort de son frère et celle de Noanne…

– Je sais contrer n'importe quel maléfice. Je sais arrêter les mages noirs. Mais avouer à quelqu'un que je l'aime bien…

– C'est parfois terrifiant…, je comprends.

– Je suis terrifiée par beaucoup trop de choses…

Des larmes coulent sur ses joues.

– Après la mort de Marco, j'ai juré de ne plus m'attacher à qui que soit. Mais cette andouille de Tommy, cette tête brûlée de Louis, cette maladroite d'Alza, cette emmerdeuse de Jia Li, et toi…

– Je n'ai pas le droit à mon petit adjectif ? je fais, faussement offensée.

– Tu es casse-couilles.

Nous rions toutes les deux.

– Vous êtes devenus ma famille…

Je souris, attendrie :

– Tu vois… Ce n'est pas si effrayant, d'avouer aux gens qu'on les aime.

– Je viens de te dire que tu étais une casse-couilles !

– Je le prends comme un « je t'aime Allénore », j'énonce sérieusement.

Nous n'avons pas tous la même façon d'exprimer nos sentiments. J'ai trop rarement dit « je t'aime », en le pensant toujours… Lola ne dit rien, et referme paisiblement les yeux. Je la borde en remets en place son oreiller, en m'assurant qu'elle est confortablement installée. Avant de s'endormir, elle prononce une autre phrase.

– Quand tout sera terminé, j'irai enterrer mon frère à Malaga.

Elle prend ma main dans la sienne, après l'avoir cherché à tâtons, et me regarde, les yeux brillants :

– Tu viendras avec moi ?

– On viendra tous, avec toi, je lui promets.

oOo

– La nouvelle loi est suspendue jusqu'à ce que l'opinion publique se calme, fait Harry d'un ton maussade. Hermione est furieuse…

La nouvelle est tombée ce matin : adoptée la veille, la loi sur le recensement modéré des loups-garous et vampires n'entrera pas en vigueur le mois prochain comme prévu. Les autres projets de loi, concernant l'insertion des cracmols et autres créatures magiques, ont aussi été retardés. Les interdictions des loups-garous attenant à certaines formations sont donc maintenues. Pareil pour les cracmols et les nés-moldus.

– Son nouveau projet d'assemblée représentante des sorciers élue a également été rejeté. Les membres du Mangenmagot s'y sont fermement opposés.

– Pas étonnant, renifle dédaigneusement Louis. Si tante Hermione veut que le Mangenmagot soit une assemblée parlementaire d'élus, toutes les grandes familles sorcières n'auront plus la certitude d'y avoir un siège …

– Ce qui permettrait cependant à des nés-moldus d'y siéger, note Tommy.

– Le Mangenmagot soupçonne beaucoup de membres du Ministère de travailler pour les Autres. Hermione en fait partie…

– C'est ridicule, je souffle.

– Cependant, à côté de ça, nous avons pu remarquer que les partisans les moins fervents des Autres se détournent…, note Ron, juste derrière lui.

Je n'ai pas osé leur demander si Rose, Albus et Scorpius allaient bien. Je continue de mordiller mes lèvres, jusqu'au sang. Le goût du fer s'imprègne dans ma bouche.

– Concernant le hangar d'Asie, nous sommes parvenus à y faire s'infiltrer une personne des renseignements secrets magiques. Il proposera aux Autres une cargaison d'éruptifs, sur lesquels on aura dissimulé des sorts de traçage, poursuit-il.

– S'ils ne sont pas parfaitement indétectables, Han les décèlera immédiatement…,je m'inquiète.

– Ce ne sera pas le cas, m'assure Ron. On a protégé le sort de traçage par des sortilèges de protection en dominos.

– T'es une influenceuse, me félicite Louis. T'as remis les sortilèges dominos au goût du jour !

– Comment se porte Lola ? demande Ron.

– Bien, intervient Lev. J'insiste pour qu'elle prenne quelques jours de repos, mais elle pourra reprendre les missions d'ici une semaine.

Les deux aurors dans le miroir hoche la tête.

– Parfait…

Alza et Jia Li se lèvent, pour retourner auprès de Lola. Quand je les imite, Harry me fait signe de me rasseoir. Leurs visages sont graves.

– Reste Allénore, me sourit Ron. Je crois que cela te concerne également…

Il regarde Louis, et lui sourit :

– Tes parents vont bien. Ta mère aurait fait une superbe auror, d'ailleurs. Elle a arrêté quatre Autres en les transformant en coq…

– Peut-on faire plus français que ça ? se désole Louis. Et mon père ?

– Il s'est retrouvé face à Alexeï.

Je me redresse et décolle mon dos du dossier de la siège.

– Alexeï était transformé, termine Ron.

– Non, je refuse. Il n'aurait pas osé… Alexeï a toujours juré que…

Pourtant, je repense à la façon d'agripper mes cheveux et de me plaquer contre le sol. Ses griffes étaient sorties… Je me rappelle de l'époque où Alexeï avait peur du loup en lui, de l'époque où il refusait tout ça. Je lui avais assuré qu'avec de la potion tue-loup, il ne ferait de mal à personne. Et c'était sa plus grande crainte : blesser quelqu'un. Mais cet Alexeï n'existe plus…

– Comment va Bill ? je demande.

– Secoué. Ça a ravivé quelques mauvais souvenirs, mais il va bien.

– Et Molly ? James ? Tout le monde ? s'inquiète Tommy.

– Molly prépare une tribune qu'elle fera publier en feuillet indépendant, une sorte d'éloge à la bienveillance. Quant à Albus, il a trouvé le temps de faire une longue déclaration d'amour à son frère alors qu'ils combattaient ensemble… James l'a enregistré et la passe en boucle chaque fois qu'il en a l'occasion.

– Ils vont tous bien, m'assure doucement Harry. Scorpius a même demandé Rose en mariage…

– Quoi ? je balbutie.

– Avant de perdre la mémoire, en se faisant mordre par un démonzémerveille, termine-t-il en même temps.

Merlin…

– J'ai le droit de trouver ça drôle ? ricane Louis. Malfoy trouve enfin le courage de demander Rose en mariage, et il oublie tout de suite après qu'il l'a fait ?

Je fusille Louis du regard qui s'arrête immédiatement de rire.

– Rose doit être dans tous ses états, je marmonne.

– C'est peu dire, sourit Ron. Scorpius n'a aucun souvenir de ce qu'il s'est passé durant l'attaque. Il n'a pas perdu beaucoup de souvenirs … Juste les dernières vingt-quatre heures. Les médicomages sont intervenus à temps et la morsure n'était pas profonde.

L'essentiel, c'est que tout le monde aille bien.

– Soyez prudents. Vous couvrez une zone relativement tranquille. La République Tchèque et la Hongrie, ne forment pas une zone à risque, mais on ne sait jamais… N'intervenez que si cela est nécessaire. Nous allons envoyer d'autres aurors dans le secteur, pour sécuriser la zone, m'informe Harry. Et deux collègues vous rejoindront. Le fait que les Autres puissent se servir de l'eau de la cascade des voleurs pour annuler les effets du polynectar, ça expose davantage Jia Li et Allénore.

– Nous n'avons pas besoin de nouveaux…, intervient Louis.

– Je ne reviendrai pas dessus Louis. Les aurors arriveront dans la semaine. Il ne sert à rien de discuter.

Ils disparaissent et quand je m'apprête à mordiller mes lèvres, Louis attrape mon menton et passe son pouce tout autour.

– Respire, Allénore…

– Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas mourir d'inquiétude…

– Je respire, tout simplement, sourit-il.

– La prochaine fois, vous ne m'empêcherez pas de venir avec vous…

– Il n'y aura pas de prochaines fois, murmure Louis. Tu as entendu Harry ? « Ce n'est pas une zone à risque » !

– Alors qu'est-ce qu'on fait ?

– On respire…, souffle Louis en posant ses mains dans mon dos pour me serrer dans ses bras.

oOo

– Rappelle-moi les mots de ton oncle déjà ? je grince des dents.

– « Ce n'est pas une zone à risque » ! répète Louis en évitant un éruptif qui fonce droit sur lui.

La créature atterrit dans la devanture d'une boutique de fleurs, et exploser. Les pétales, la poussière et les bouts de verres sont projetés partout autour de nous. C'est le sixième qui se jette sur un bâtiment, ou sur un groupe de personnes.

– Lola vient de prévenir les aurors. Les renforts devraient arriver assez rapidement, nous informe Jia Li, en transplanant à mes côtés.

Elle est blonde. Elle a prit la même apparence que la dernière fois… Louis et les autres, eux, ne se donnent plus cette peine. Ce que je trouve imprudence. Les Autres savent pertinemment quelles relations j'entretiens avec Louis et Tommy…

– Bouge ! me hurle Jia Li.

Je fais un pas de côté, et évite un autre éruptif en me colle à la rambarde du pont Charles, qui relie la vieille ville au quartier de Malá Strana, au pied du château de Prague. Des instruments de musique y ont été abandonnés. En temps normal, le pont est maintenant envahi de musiciens, d'artistes divers, de bonimenteurs et de camelots. Maintenant il est désert.

On entend des cris, qui viennent de la grande place. Quand j'accourre, Louis m'arrête :

– On ne se disperse pas !

– Nous ne sommes pas assez nombreux ! Il faut couvrir plus de terrain ! Je sais comment y faire avec un éruptif, Louis…

– Allénore…

Il est inquiet. Surtout depuis l'attaque de Londres. Elle a commencé avec de simples niffleurs, qui sont arrivés en masse, en volant tout ce qui brillait. Les Autres les privent de nourriture, d'eau, et de tous les objets de valeurs qu'ils aiment collectionner. Quand ils sortent du hangar, ils sont incontrôlables… Puis les démonzémerveilles sont apparus et ont commencé à écraser les gens, à enserrer leurs têtes jusqu'à ce qu'elles explosent pour manger les cerveaux…

– Fais-moi confiance…, je lui souris. Tommy ne peut pas s'en sortir seul ! Et nous devons couvrir plus de terrain en attendant l'arrivée des renforts !

Il pince ses lèvres, en réfléchissant. J'embrasse sa joue.

– Je n'ai pas besoin de ta permission.

– Non, je sais bien, s'esclaffe-t-il. C'est juste que…

– Je serai prudente, je promets.

– Tu as intérêt. J'ai encore des choses à te dire.

Il se penche au niveau de mon oreille, et je regarde ses lèvres, je les détaille. C'est une atteinte à la pudeur, de telles lèvres.

– Des choses à te faire…

Mon cœur éclate et Jia Li me tire à elle, pour rejoindre l'autre côté du pont. Elle nous fait transplaner jusqu'à la grande place du centre ville. Les bâtiments sont anciens, très colorés, qui et bordent la place. Elle est dotée de rue de pavés, et d'une horloge astronomique médiévale, que je n'ai pas pu observer jusqu'à présent, prisonnière du château. Une grande Église gothique s'impose…

– Comment on fait pour les attraper ? hurle Jia Li alors que la foule cours vers nous.

– On ne les attrape pas… On limite les dégâts, je fais simplement.

Ces éruptifs n'ont plus envie de vivre. Ils se jettent sur les bâtiments pour y mourir.

Nous nous frayons un chemin à travers la foule qui fait tout pour fuir le danger. Quand je trébuche, les moldus me marchent dessus, sans même s'en rendre compte. Ma tête cogne violemment le sol. Je sens des pieds s'enfoncer dans mon dos, et appuyer brutalement sur ma colonne vertébrale. Je tente de relever la tête plusieurs fois. Mais la foule est compacte, inarrêtable. Elle forme un seul corps, contre lequel je ne peux pas lutter. Je serre ma baguette dans ma main. Mes oreilles commencent à bourdonner, et le sang à battre dans mes tempes. Je lance un sortilège d'entrave, pour ralentir le temps, et me relève, avant de rejoindre Jia Li. Elle a déjà protégé la zone. Trois éruptifs se promènent sur la place…

– Ok, ok, marmonne Jia Li. On gère…

– On gère, je répète.

– Comment on fait pour les neutraliser maintenant ? demande-t-elle.

Ces espèces-ci sont énormes… Elles doivent bien peser plus d'une tonne. Il y en a un plus petit, qui semble perdu. On va s'occuper de celui-ci en priorité.

– T'es prête ? Je souris à Jia Li.

– Et comment…

Nous nous avançons vers lui.

Confringo ! s'écrie Jia Li.

Elle vise autour de l'éruptif, pour le désorienté. Apeuré par les explosions, il s'affole. J'en profite pour déceler chacun des lampadaires présents dans les alentours, et les planter tout autour de lui, pour l'empêcher d'aller plus loin. Il en défonce un, et s'attaque aux autres.

– Ça ne tiendra pas très longtemps, grimace Jia Li.

Descendo ! je réagis.

Le sol s'enfonce, dans la zone délimitée par les lampadaires, et l'éruptif rugit, surpris. Il se retrouve dans le renfoncement, totalement piégée. Il ne peut plus aller nulle part.

– Un de moins, se félicite Jia Li.

– J'avais oublié comme on forme une sacrée équipe, je me réjouis.

Un homme hurle dans nos dos. Jia Li se retourne la première et tient la manche de mon haut pour m'empêcher de faire de même :

– Tu n'es pas mentalement, spirituellement et psychologiquement prête à affronter ça …, murmure-t-elle d'une voix fantomatique.

Pourtant, je me retourne, et je comprends pourquoi elle a dit ça : un homme est embroché au bout de la corne de l'éruptif le plus gros. Il le transperce de part en part, et continue de courir.

Immobilus forti !

Mon sort ricoche sur la peau de l'éruptif, beaucoup trop épaisse. Jia Li pointe sa baguette, et nous relançons le sort, toutes les deux, qui cette fois-ci, fonctionne. L'éruptif est immobilisé, mais nous regarde furieusement. Ses narines palpitent légèrement. Nous transplanons directement, pour ne pas perdre de temps :

– Je ne sais pas combien de temps va tenir le sort…

– Pas longtemps, je comprends en constatant qu'il commence déjà à bouger les pattes arrières.

– La corne commence à vibrer, Allénore…, souffle Jia Li à mon oreille.

Le moldu a les yeux grands écarquillés, et gémit, en nous suppliant de l'aider. A sa place, je revois Hayden, et ce que j'ai été incapable de faire… Je me retrouve dans la même situation. Sauf que ce moldu, ne comprend pas. Il n'a aucune idée de ce qu'il risque. Son sang s'écoule le long de sa chemise, alors que ses jambes pendent mollement, sans toucher le sol. Sa blessure s'élargit. Je lance un charme de traduction :

– Tout va bien se passer…, je fais doucement.

J'agite ma baguette pour enlever son corps, totalement embroché sur la corne. Dès qu'il est sorti d'affaire, je presse ma main sur sa blessure, dont le sang gicle. La corne permettait d'éviter cela. Il faut agir vite, avant qu'il ne se vide complètement.

Prohibe sanguini !

Le sang revient dans son organisme, et je brode un sort de guérison, pour réparer la chair, qui se resserre et se referme en laissant une grosse cicatrice. Mon sort n'est pas parfait, mais au moins, ce moldu vivra.

– Allénore… Il va exploser ! me prévient Jia Li.

Nous courrons dans le sens inverse, en voyant la corne s'illuminer prête à exploser. Nous transplanons juste à temps à l'autre bout de la place. L'éruptif explose, et une pluie de gravats s'abat sur nous. Nous attendons que le nuage de poussière. Je reprends mon souffle, en cherchant l'autre éruptif des yeux. Il s'est enfui.

Autour de nous, apparaissent des sorciers, et des magizoologistes qui prennent la relève. Jia Li se laisse tomber sur le sol, à côté du moldu, et je l'imite, alors qu'un sorcier le prend en charge. Le moldu est tombé dans les pommes. J'imagine qu'il sera oublietté… Jia Li tape dans mes mains :

– On est trop fortes !

Louis vient vers nous. C'est comme si mon cœur redémarrait chaque fois que je le vois…. Il m'aide à me relever, et j'inspecte ses blessures, aussi sûrement qu'il inspecte les miennes. Il sourit narquoisement en entendent l'éruptif piaffer, dans la cage artificiel que nous avons crée avec Jia Li. Il siffle :

– Eh ben… C'est du bon travail !

Il est sincèrement admiratif et ça flatte dangereusement mon égo. Je souris, en l'entendant tout de même énumérer la liste des choses que j'aurais pu améliorer … Avoir avec lui cette complicité qui ne fait que grandir me rend si heureuse…

– Du bon travail ? s'indigne Jia Li. Tu as devant toi la plus fine équipe du monde !

– On déchire, j'approuve.

Jia Li et moi n'avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Un seul regard nous suffit… J'avais oublié, comme nous étions inarrêtables, toutes les deux.

– Il nous reste encore du boulot…, se frotte les mains Tommy.

– On fait un concours ? propose Jia Li. L'équipe qui en arrête le plus fera les repas de toute la semaine prochaine !

– Prépare toi, grogne Louis, en partant devant, déterminé.

– Eh attends ! lui courre après Jia Li. On n'a pas lancé le chrono !

Tommy et moi rions, amusés :

– De vrais enfants…

– Ouais, m'approuve Tommy. Mais on a besoin de légèreté…

Prendre les choses en dérision, comme ça, ça nous permet de rester détachés et de ne pas succomber à toute l'obscurité, à toutes les morts que nous regardons et affrontons…

– Lasagne…, je marmonne.

– Hein ? sourcille Tommy.

– Tu nous feras des lasagnes pour ce soir, je souris en partant à mon tour.

Je l'entends me héler, amusé. Je prends Alza par la main, qui nous a rejoint.

– C'est quoi le plan ? m'interroge-t-elle.

– Avoir juste à mettre les pieds sous la table pour le dîner de ce soir ! je lui réponds en lui faisant un clin d'œil.

– C'est le meilleur plan que j'ai jamais entendu !

oOo

Je suis assise sur le banc de la cuisine, à souffler sur ma tasse de thé, pour en faire refroidir le contenu. Je regarde Louis en faire le tour. Il arrive derrière moi, et remet bien en place mes cheveux, en les sortant du col de mon t-shirt de pyjama. Immédiatement, la pièce se réchauffe, tout comme mon cœur et mon ventre. Sous ses doigts, ma peau tremble et en redemande encore. Il commence à séparer les mèches pour les tresser. Je soupire de bonheur lorsqu'il touche ma nuque quelques secondes.

– Tu as terminé ton rapport aux aurors ? je demande.

– Oui… Et maintenant que j'ai fait mes devoirs, je mérite une récompense.

– Je suis désolée, j'ai mangé les trois derniers cookies, je m'excuse.

– Je ne parlais pas nécessairement des cookies.

Je me retourne vivement :

– Tu me considères comme une récompense ? je me fâche faussement.

– Je dis simplement que la perspective de pouvoir te parler m'a aidé à accélérer la cadence concernant mon rapport sur l'attaque de cet après-midi, sourit-il.

– Je suis vraiment contente d'échapper à cette histoire de rapport…

– A qui le dis-tu, soupire-il.

Ses doigts s'activent dans mes cheveux, et caressent ma nuque. Mon système nerveux est sensible, comme chatouillé, doucement éveillé chaque fois qu'il frôle ma peau… Je devine ce à quoi il pense. Il veut me toucher, mettre son cerveau sur pause et arrêter de réfléchir, et se laisser aller à ce qu'il a envie de faire. J'ai la même pensée, le même désir. Il a compris que j'étais fatiguée, et que j'avais besoin qu'on fasse attention à moi, qu'on me touche, juste pour m'apaiser… On n'a pas besoin de soror animi pour ça…

– Je me demande souvent…, je commence.

Il prend l'élastique que je lui tends, et s'assoit à côté, une jambe de chaque côté du banc. Il m'invite à venir vers lui, entre ses bras et je m'y blottis rapidement.

– De quoi ?

– Combien de temps aurait duré notre soror animi ?

Il pianote sur la table, en faisant cliqueter ses ongles sur le bois. Il a un sourire taquin avant de glisser sa main de libre sur ma taille et me rapprocher un peu plus de lui. Je compte ses tâches de rousseurs sur son nez, pour me concentrer sur quelque chose.

Nos nez se touchent presque et je soutiens son regard.

– Je n'en sais rien… C'est important ? demande Louis.

– C'est un sort dont la puissance varie en fonction des âmes qu'il lie. On l'appelait le sort des âmes-sœurs…

– Je pense pas que cela soit une bonne appellation… C'est un sort dont certains aurors se servent, pour combattre plus efficacement, être plus puissants et parfaitement synchronisés… C'est un sort pour les sœurs et les frères d'armes.

– Tu ne te considères pas comme mon frère d'armes ? je m'amuse.

– Rose est ta sœur d'armes. Tommy est ton frère d'armes. Albus et Scorpius le sont aussi. Nilam, Lola, Alza et Jia Li sont tes sœurs d'armes. Mais moi, je t'assure que la dernière chose dont j'ai envie, c'est d'être qualifié comme étant ton « frère », fait-il sérieusement.

Je lève les yeux au ciel, mais rougis.

– Alors comment veux-tu te qualifier ?

– Et toi ?

– Tu sais que je déteste quand tu fais ça…

– Quoi donc ? fait-il innocemment.

– Quand tu retournes mes propres questions contre moi…

Il rit légèrement, et prend ma tasse dans ses mains, avant d'en boire une gorgée et de me la redonner. Je bois à mon tour.

– Alors ? insiste-t-il. Comment veux-tu me qualifier ?

Je n'ai pas peur de le dire.

– Tu le sais très bien, je chuchote.

Il s'approche de moi, et nos deux fronts se touchent. Il prend ma tresse, et joue avec, alors que je pose mes mains autour de son cou. Mes mots atterrissent sur ses lèvres en les touchant presque, les frôlant un tout petit peu :

– Comme mon âme-sœur, je souffle enfin.

Le sourire qu'il me fait à ce moment précis, est le plus beau que je ne lui ai jamais vu. Aimer Louis, c'est voler le malheur. Aimer, avec lui, est devenu plus qu'un mot. Nos lèvres se frôlent et il ferme les yeux, mais je dévie les miennes des siennes, trop gourmandes :

– Tu as des lasagnes à préparer, je murmure à son oreille.

Il éclate de rire et recule, un peu dépité. J

Plus le temps passe, et plus je me dis qu'attendre est une connerie. Mais quand on aura franchi le pas, je ne pourrais plus faire marche arrière, et Louis sera encore plus une cible qu'il ne l'est déjà.

Je refuse ça, parce que je l'aime, même si je n'arrive pas encore à lui dire, alors même qu'il le sait et que je ne m'en cache pas. J'en ai marre de faire semblant, et pourtant il le faut…

S'il suffisait d'aimer, je serais en train d'embrasser Louis jusqu'à ne plus sentir mes lèvres. Je le déshabillerais jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que nous, et nos soupirs.

J'ai le courage de mes sentiments maintenant. J'aime Louis Weasley et personne n'est dupe.