Chapitre 54 : Les voltigeurs

Partie III : Ne t'enfuis pas

Unsainted – Slipknot

Die a King – Iamjakehill

Enfance 80 – Video CLub

Immortals – Fall Out Boy

Till I Collapse – Eminem, Nate Dogg

Sucker for pain – Lil Wayne

Obstacles – Hoethe

TW : scène un peu olé olé


Louis

Lola fait la moue. Tommy a croisé les bras sur sa poitrine et inspectent les arrivants, curieusement, mais avec beaucoup de méfiance. Alza accueille les arrivants avec un grand sourire et débarrasse Ash de son sac pour lui montrer la pièce qui lui servira de chambre et qu'il partagera avec Tommy et moi.

Allénore est restée en retrait, derrière Jia Li et continue de boire le contenu de sa tasse de thé, l'air indifférent. Mais je la connais par cœur, et je sais qu'elle est déjà en train de prendre des notes sur les deux nouveaux aurors qui ont rejoint notre équipe.

Une femme aux allures de colosse. Un homme chétif mais le corps tendu, prêt à bondir en cas d'attaque.

Harry et Ron s'inquiètent pour notre sécurité…. Ils ont insisté, malgré nos réticences.

– Un château…, se réjouit la femme. On aurait pu tomber sur pire. Compliqué à défendre, mais facile à fuir si jamais l'ennemi le pénètre.

– Si on fait bien notre travail, l'ennemi n'aura pas à le pénétrer, tranche sévèrement Lola.

La femme, d'un âge mûr, s'avance vers elle, avec un sourire froid et mauvais :

– T'as quel âge, gamine ?

– Vingt-cinq ans.

– Tu n'étais même pas née que j'arrêtais déjà mon premier mage noir, Lola Donnez, chuchote-t-elle assez fort pour que tout le monde l'entende. Si vous êtes restés en charge de cette mission, c'est à cause d'un caprice, énonce-t-elle en regardant sévèrement Allénore. Cela fait longtemps, que l'importance de cette mission a dépassé vos petites compétences…

– Vouloir être entouré de gens à qui l'on peut accorder sa confiance, ce n'est pas un caprice, j'interviens. C'est du bon sens et c'est intelligent.

– Louis Weasley… Tu ne devrais plus être sur cette mission depuis longtemps toi aussi, me répond-t-elle.

Je soutiens son regard sans faillir une seule seconde.

– Mais j'y suis, et j'y reste.

– Louis est l'un des meilleurs magizoologistes que nous ayons, me défend Tommy.

– Mais c'est aussi l'ancien amant de notre petite capricieuse…, enchaîne-t-elle en désignant Allénore.

– Là, tu t'aventures sur un terrain glissant, fronce les sourcils Jia Li.

– Ou vous avez remis le couverts, toi et elle peut-être ? continue-t-elle en ignorant Jia Li. Mais tu es aussi l'amant d'Alza Summers, on a du mal à suivre aux bureaux. Tu te tapes les deux en même temps ? Tu fais des roulements ?

Tommy serre mon épaule, alors que je me retiens de dire quoi que ce soit. Ce qu'elle dit me met en colère. Sûrement parce que c'est en partie vrai, et que je sais, que si je n'avais pas été leur neveu, Ron et Harry m'auraient effectivement fait éjecter de cette mission… Je n'ose pas regarder Allénore.

– Louis Weasley, un petit con, la vingtaine, charmeur, tombeur de ces dames… Le stéréotype parfait d'un pur produit d'une génération bercée aux comptines qui a toujours eu ce qu'elle désirait et qui pense que tout lui est du…

Tout le monde reste silencieux, alors qu'elle inspecte les lieux.

– Les choses vont changer, avec moi. Potter m'a chargé de la sécurité. Plus de sortie en douce le soir, plus de sortie tout court, en fait. Plus de secrets, plus de prises de risque inutile. Une garde permanente sera assurée. Allénore et Jia Li ne quitteront pas l'enceinte du château, à moins d'y avoir été expressément autorisées, par Ash ou moi.

Elle dépoussière avec son doigt l'étagère d'une bibliothèque, parfaitement propre. Ash ne dit rien et observe Allénore avec attention, avec une curiosité à peine dissimulée dans ses yeux. Allénore s'avance vers la femme, tout sourire :

– Bienvenue dans notre équipe ! fait-elle d'un ton enjoué. Je suis ravie de vous rencontrer…

Et il faut vraiment bien connaître Allénore pour se rendre compte qu'elle joue la comédie, et qu'elle n'en pense pas un mot. L'auror est prise de cours, un bref moment, mais le temps qu'elle se reprenne, Allénore a déjà quitté la pièce et se dirige vers l'aile ouest.

– Reviens ici tout de suite ! lui ordonne l'auror.

Mais Allénore est déjà loin et quand je me plante devant la femme pour l'empêcher de la suivre, qu'elle me contourne, qu'elle rencontre Tommy qui joue au même jeu que moi, puis Jia Li qui fait mine de se pencher pour refaire ses lacets, elle comprend qu'il ne sert à rien de lui courir après.

Ils sont des intrus dans notre écosystème.

oOo

– Kelly Kenningsto, cinquante-deux ans, c'est une auror très respectée. Elle a participé aux deux guerres, et a une carrière absolument monstrueuse. Elle est partie aux États-Unis, juste après la seconde guerre, et y est restée pas mal de temps, avant de réapparaître, m'informe Tommy.

– Double K, ricane Jia Li. Cette femme est aussi douce qu'un cactus !

– Cactus s'écrit avec deux c, Jia Li ! la corrige gentiment Allénore.

– Et lui ? je demande.

– Ash Jennikins, même âge qu'Isaak, sauf qu'il a repassé trois fois le concours avant de le réussir. On ne sait pas grand-chose sur lui. Il a vécu un petit moment en France, avec une certaine Charlotte Daviot.

– Répète ! s'exclame Allénore en rentrant dans la pièce.

Elle était jusqu'ici sur le balcon, à mordiller ses lèvres en écoutant attentivement. Nous nous sommes réfugié dans l'aile ouest. Les deux aurors sont constamment sur notre dos, et nous surveillent. Allénore et Jia Li n'ont pas eu le droit de sortir. Ça fait quatre jours qu'ils sont arrivés. Quatre jours que je n'ai pas non plus dormi avec elle…

La pièce est peut-être pleine de poussière, peu lumineuse avec son carrelage gris et ses briques aux murs, mais au moins, nous nous y sentons bien mieux qu'en présence des deux aurors…

– Il a passé trois fois le concours…

– Non pas ça, l'interrompt Allénore. Le nom de la fille…

– Charlotte Daviot ? sourcille Tommy.

Allénore commence à faire les cent pas, et Lola la regarde faire, en fronçant les sourcils :

– Ça te dit quelque chose ?

– Quand Beauxbatons m'a fait une proposition, à mes onze ans, une élève un peu plus âgée et née-moldue qui habitait Paris est venue me rendre visite, pour me présenter l'école …, commence-t-elle. J'ai gardé contact avec elle. Nous avions l'habitude de nous voir tous les étés. Elle était mon seul lien avec la magie, quand j'étais à Paris… Elle disait tout le temps que j'étais un sacré numéro…

J'en apprends tous les jours sur les fréquentations d'Allénore.

Parfois, je me demande si je saurais tout de son enfance, ou si je dois me résigner à continuer de ramasser les petites miettes qu'elle sème lorsqu'elle parle de son passé.

– Un jour, elle a cessé de répondre à mes lettres. J'ai continué à lui en envoyer pendant un bon moment… Jusqu'à ce que je décide de disparaître. Cette fille s'appelait Charlotte Daviot.

– Ça ne veut rien dire. Des Charlotte Daviot, en France, il doit y en avoir des tas ! je la rassure.

– J'ai appris à ne plus vraiment croire aux hasards et autres coïncidences, souffle-t-elle. Charlotte était née-moldue, comme moi. Elle voulait devenir avocate à la Cour des accidents magiques. Elle a échoué au concours d'entrée à l'école.

– Qu'est-ce que tu essaies de nous dire là ? marmonne Tommy.

– Elle était furieuse et persuadée qu'on avait mis son nom en bas de la liste au profit d'autres candidats, de la noblesse française et sorcière.

– Viens en aux faits Allénore…, trépigne Jia Li.

– Furieuse à quel point ? l'interroge Lola.

– Furieuse au point de parler de renverser le gouvernement magique français dans sa lettre… A l'époque, je ne l'avais pas prise au sérieux… On dit tous des choses atroces, sous le coup de la colère…

Elle mordille encore plus fort ses lèvres, avant de s'attaquer à ses ongles. J'attrape ses mains pour l'empêcher de les ronger jusqu'au sang :

– Je pense que tu te montes trop la tête ! Ça ne signifie rien ! On dit tous des trucs stupides sous le coup de la colère ! Ça ne veut pas dire que c'est la même Charlotte ! Ça ne veut pas dire non plus que ta Charlotte a rejoint les Autres après avoir été rejeté à l'école qu'elle souhaitait intégrer !

Je ne suis pas naïf. Tout ça est louche. Je ne veux tout simplement pas qu'Allénore s'inquiète et se ronge les sangs inutilement en ressassant tout un tas de choses. Elle inspire calmement, mais lourdement, comme si elle avait un poids énorme dans la poitrine.

– Je n'ai pas confiance…, grogne Jia Li.

– Et qu'est-ce qu'on peut faire ? renifle Lola. S'ils sont tous les deux des espions…

– WOAH ! je les calme. Arrêtez de délirer ! Vous pensez vraiment qu'Harry aurait pris le risque de nommer des aurors en lesquels il n'aurait pas une confiance totale ? Il tient aux autres. A moi, parce que je suis son neveu, à Allénore qui est la meilleure-amie de son fils et de sa filleule, mais aussi à vous, parce que Harry Potter a un syndrome du martyr qui fait qu'il se sent responsable de tous ceux qu'il a sous ses ordres. Nous compris. Il ne prendrait jamais le moindre risque.

– Louis marque un point …, note Tommy.

– Les Autres sont très doués pour manipuler les gens…, souffle Allénore.

– On peut toujours creuser un peu et tenter d'en savoir plus sur cette Charlotte Daviot, hausse les épaules Jia Li. Je vais fouiller dans sa tête…

– Non, l'arrête Lola. Kelly est une très bonne occlumencienne et repérera tout de suite ce que tu essaies de faire.

– Elle doit me donner des cours…, frissonne Allénore. Harry dit que c'est important, au cas où Han chercherait à entrer encore une fois dans ma tête…

– Nous étions très bien tous les six, termine Alza. Je n'aime pas ces gens…

– Nous n'avons pas trop le choix. Qu'on les aime ou pas, là n'est pas la question. Il faut qu'on sache si on peut leur faire confiance, énonce Tommy.

Allénore sort de nouveau en passant par la porte fenêtre. Elle se penche au-dessus du balcon, pour regarder les jardins. Aujourd'hui, il y a un grand soleil… Quand nous entendons Kelly hurler nos prénoms, nous soupirons de concert. Lola est la première à réagir, et à ouvrir la porte. Jia Li et Alza traînent des pieds derrière elle, alors que Tommy ferme la marche. Je rejoins Allénore sur le balcon et pose l'une de mes mains entre ses omoplates :

– Tout ira bien…

Je dépose mes lèvres sur son front.

– Je sens que les choses s'accélèrent… Le début de la fin… C'est proche.

– Et ça t'inquiète ? je lui demande.

– Les morts qui en résulteront m'inquiètent. La devise des Autres est de faire un maximum de dégâts… Il y a déjà eu trop de victime, et je n'ai pas envie que mes proches en face partie. Je n'ai pas confiance en ces deux aurors…

– Allénore… Tu es méfiante de nature ! Tu as mis des années avant de me parler normalement !

– Trois, plus exactement. Et tu étais très impressionnant, à ma décharge, me sourit-elle presque tendrement.

– Ce que je veux dire, c'est que tu es très sélective sur ton entourage ! Tu ne laisses pas les gens t'approcher facilement, même en voyant le meilleur en eux… Tu es réservée.

– Tu crois que j'ai tort de me faire du souci ?

– Non, je secoue vivement la tête. Je dis juste que tout ira bien. Ils ne sont que deux, et nous, nous sommes six.

– Le nombre ne signifie rien Louis…

Elle se tourne vers moi, en s'adossant à la rambarde. Ses longs cheveux châtains sont illuminés par le soleil et lui donne des reflets de bronze. Elle s'assoit dessus, dos au vide. Je me cale entre ses jambes alors qu'elle pose ses mains autour de mon cou. J'encercle mes bras autour de sa taille, pour la garder en équilibre et l'empêcher de tomber.

– Je suis désolé, pour le commentaire de Kelly de l'autre jour, je murmure à son oreille en en profitant pour embrasser la peau juste en-dessous.

Nous n'avons plus eut l'occasion d'être seuls depuis qu'ils sont arrivés et elle me manque. Nos câlins « platoniques-mais-pas-si-platoniques-que-ça » me manquent beaucoup trop…

– Pourquoi ? Elle avait raison. Tu as été mon amant, et celui d'Alza.

Je grimace, alors qu'elle éclate de rire. Pour moi, être avec Allénore n'a jamais été comparable avec le fait d'avoir été avec Alza. J'aime bien Alza… Mais je suis amoureux d'Allénore…

– Louis, j'ai toujours su que tu avais eu une vie avant moi…, me sourit-elle en fourrant ses mains dans mes cheveux.

– Et après toi…, j'ajoute.

L' « après Allénore », une période durant laquelle je l'ai cherchée partout, en pensant la trouver dans d'autres femmes… Une période pendant laquelle je l'ai oubliée, reniée et suis passé à autre chose.

– Mais j'aime celle que j'ai avec toi.

– Je devrais t'en vouloir pour toutes les autres? fronce-t-elle les sourcils. Est-ce que tu veux que je me montre jalouse ? Que je pique une colère ?

– Ne fais pas la maligne, je m'amuse. J'ai ressenti ta jalousie envers Alza plusieurs fois, quand nous étions sous le soror animi.

Elle lève les yeux au ciel, bien qu'embarrassée.

– Et je déteste ça. Le fait que ça m'énerve je veux dire. On vit dans une société patriacale qui fait déjà tout pour que les femmes soient dans une sorte de compétition malsaine entre elles…Je ne veux pas participer à ça. D'autant plus que j'aime bien Alza, elle est chouette. Et pourtant quand je pense qu'elle t'a… Argh ! Et arrête donc ça !

– Ça quoi ?

Elle soupire, quand je continue de semer innocement des baisers dans son cou.

– J'adore quand tu pars dans de grands discours… Mais j'aime encore plus quand je te les arrache de la bouche.

Mes lèvres frôlent les siennes, les cherchent avidement… Quand Allénore me répond, elles se caressent brièvement :

– C'est juste que les gens, s'ils te voient avec Alza, diront que vous allez bien ensemble. Vous pourriez tous les deux être mannequins ! Et moi… Moi je rentre à peine dans du quarante-huit !

Je lève les yeux au ciel à mon tour, un tic que je commence à lui emprunter trop souvent. Je comprends pas comment elle peut encore penser ça, après tout ce qu'on a vécu ensemble.

– Ne sois pas ridicule… Et qu'est-ce qu'on s'en tape de ta taille de jean Allénore ! Tu sais que je te trouve belle.

Ses yeux chocolat, ses longs cheveux châtains, son sourire toujours présents, tous ses gestes, ses regards intelligents, malicieux, ses habitudes, ses jeans brodés, ses livres qui occupent ses poches, ses origamis, et tout le reste…

– Louis, t'as été gâté par la génétique ! Ta mère est magnifique et ton père est super bea…

Elle rougit en s'arrêtant. J'arrête de parsemer sa peau de baisers, et hausse un sourcil :

– Vas-y, je l'invite à poursuivre. Mon père est super… ?

– Bref, secoue-t-elle la tête. T'as été gâté par la génétique !

– C'est la première fois que je ne suis pas certain d'aimer qu'on complimente mon physique… Ou celui de mon père.

– J'aurais pu m'attarder sur celui de ton oncle.

– Lequel ?

– Tu sais très bien lequel, rit-elle.

– Ah ! Charlie a tant d'admiratrices….

Je ris avec elle alors qu'elle redevient sérieuse :

– Tu sais bien qu'il n'y a pas que ça, chez toi. T'es beau, mais t'es aussi l'un des hommes les plus loyal, courageux et gentil que je connaisse. Et Alza…, reprend Allénore. C'est juste que… Alza est belle, intelligente, elle adore les créatures magiques... et je sais que vous êtes liés. Vous êtes pareils à bien des égards tous les deux.

– Et moi alors ? Tu ne penses pas que mon égo en prend quelques coups depuis que je sais que je dois rivaliser avec un vampire très charmant et très beau !

– Sans parler de ses fesses, et de sa culture sur l'Histoire moldue française absolument fascinante…, soupire Allénore. Lilian est plein de talents…

Elle se moque de moi et retient son rire en nichant son nez dans mon cou. Qu'est-ce que j'aime rire avec elle…

– Tu n'as pas besoin de rivaliser avec qui que ce soit, Louis…, souffle-t-elle.

– Toi non plus, je lui avoue. Même pas avec les danseuses du Numéro Cinq.

– Menteur ! explose-t-elle de rire.

– Je te choisirais toujours.

Elle écarquille les yeux et mordille ses lèvres.

– Il y aura toujours une part de moi qui pensera ne pas te mériter. C'est pour ça que je ne suis pas plus jalouse que ça. Parce que je sais, que j'ai déjà énormément de chance de t'avoir auprès de moi et que tu me regardes avec ces yeux-là…

– Ces yeux-là ?

– Comme si j'étais … ta personne préférée.

– Tu me regardes de la même façon.

– Parce que tu es ma personne préférée.

– Allénore…

Elle me sourit timidement et ferme les yeux, en caressant ma joue. Le temps se suspend et encore une fois, je me dis que ce serait parfait, si on s'embrassait maintenant. Mais elle me serre contre elle, et cache son visage en le posant contre mon épaule.

– J'ai besoin de ça, tous les jours…, chuchote-t-elle. D'être dans tes bras…

Il ne se passe pas un jour sans qu'on le fasse… On a besoin, envie de se toucher, et pourtant, aucun de nous deux n'a franchi cette limite, celle d'aller plus loin qu'un câlin, que des baisers dans le cou et aux bords des lèvres, que des mains sous les t-shirts, sous la robe… Ce qui est ridicule, en un sens. Du bout des doigts, elle frôle mon nez, mes cils, mon épaule débudée, mes cheveux désordonnés. Ses gestes sont emplis d'une tendresse infinie. Ses mains me polissent de désir. Je sens ses seins contre mon torse, quand elle s'arc-boute pour mieux m'offrir sa gorge, ses seins qui me rendent fous et que je voudrais voir, toucher sans limite, sans tissu, et que je caresse à travers son soutien-gorge ... Je me souviens de leur couleur, de leurs pointes dressées quand je les embrassais. Je me souviens avoir pensé un nombre incalculable de fois que mes paumes étaient faites pour les couvrir, que mes lèvres étaient faites pour les aimer, les embrasser, et je voudrais le faire comme avant, sans retenue. Je crève d'envie de le faire, et elle me le demandera. Ça viendra d'elle, elle m'en formulera le souhait et je m'exécuterai, heureux de lui obéir. C'est comme ça, que j'imagine les embrasser…

Mes doigts s'aventurent entre ses cuisses, s'y aventurent. Elle mordille ses lèvres, se frotte contre ma main, cherche plus de contact, soupire, impatiente et avide : elle en veut plus, elle en veut autant que moi. Ses mains s'égarent elles aussi, descendent le long de mon torse, ses doigts cavalent, déboutonnent ma chemise, puis ils continuent, tout tremblants jusqu'à ma ceinture qu'elle enlève pour mieux accéder à ce qu'il y a sous mon boxer.. Nous avons des gestes l'un pour l'autre, mille fois plus sensuels et tendres qu'un simple baiser. Mais s'embrasser… Ça représente une intimité qu'Allénore refuse, parce qu'elle a peur, tout comme moi. Le moment est mal choisi… Elle a raison. Mais on se touche toujours plus, toujours plus loin, plus longtemps, sans s'arrêter, sans le vouloir, et sans même le pouvoir, avant cette seule limite. Je connais ces points sensibles sur son corps, qui la font devenir extatique, qui la font fondre dans mes bras et soupirer de plaisir. Ses gémissements gonflent mon orgueil. J'en abuse sûrement, mais me rendre compte que j'ai toujours autant de pouvoirs sur son corps et que c'est moi, qui provoque ces réactions… ça me rend heureux. Le pire c'est qu'elle est responsable du même chaos dans le mien et je sais qu'elle aussi, ça la rend heureuse. La voir comme ça, gémir sous mes doigts, mes mouvements de va-et-vient en elle, mes baisers et ses mains sur mon érection … Elle est attentive à toutes mes réactions et sourit chaque fois que je perds pieds, chaque fois que j'ai le souffle coupé.

– J'ai tellement envie…, murmure-t-elle.

Sa voix est grave, emplie de désir.

– Je te veux plus près…, poursuit-elle en arrêtant ses gestes sans pour autant s'écarter.

Ça devient aussi insupportable qu'excitant. Nos souffles ne font plus qu'un. Quand elle chancelle à son tour, assise sur la rambarde, agrippée à mes vêtements, pantelante, les pupilles dilatées, qu'elle tombe contre moi, je murmure à son oreille :

– Je te tiens.

Elle appuie ses lèvres sous mon oreille, et me fait frissonner.

– Je te tiens aussi.

Ses caressent s'arrêtent. Elle pose sa tête, colle son front sur ma poitrine. On ne va jamais jusqu'au bout, jusqu'à la délivrance. Je rêve de l'entendre jouir et qu'elle m'entende aussi… Elle est calme. Je suis frustré. Je la soulève délicatement pour la faire se lever de la rambarde du balcon, et rejoindre les autres. On se rhabille, en se regardant, en se dévorant. Kelly est en train de s'époumoner, en hélant le prénom Allénore. Je serre sa main, au moment de sortir de la pièce. Allénore s'éloigne de moi, prête à rejoindre Kelly, pour son cours d'occlumencie :

– Tout se passera bien…, je répète une dernière fois avant de lâcher sa main. Je crois en toi…

oOo

Je reste dans la cuisine, à préparer du thé. Ash entre dans la pièce et instantanément, Tommy, Alza, Lola et Jia Li se taisent. Tommy et Jia Li arrêtent de se chamailler, Lola arrête de raconter une de ses anciennes missions à Alza. L'ambiance est tendue. Ils quittent tous les quatre la pièce, sans rien dire, alors qu'Ash s'assoit, un sourire en coin :

– Vous ne m'aimez vraiment pas…

– Il faut dire que vous ne faîtes aucun effort pour être agréables, Kelly et toi.

Ils ne mangent pas avec nous. Ils nous imposent un emploi du temps strict. Alors oui, on les déteste.

– Mais notre but n'est pas de vous être agréables : c'est de vous garder en vie, hausse-t-il les épaules.

Il se sert un verre d'eau, alors que je me retourne pour lui faire face :

– On se connaît bien, à force. Nous sommes tous devenus amis. On sait ce qu'on serait prêt à faire les uns pour les autres. Mais vous…

– Vous ne voulez pas nous connaître, m'interrompt-il.

– Vas-y. Je t'écoute. Parle-moi de toi.

– Il n'y a pas grand-chose à dire… Rien que tu ne saches déjà. Je sais qu'Hartley a mené sa petite enquête et s'est bien empressé de tout vous raconter, en sortant tout de son contexte…

Je ne baisse pas les yeux. Je le refuse. Il soupire, presque amusé.

– Alors… Tu vas me poser des questions ? Qu'est-ce qui t'intrigue le plus ? Le fait que j'ai échoué trois fois au concours d'admission à la formation d'auror ? Ou ma relation avec Charlotte ?

– Allénore a connu une Charlotte, je fais simplement.

– Elle a connu cette Charlotte, rectifie Ash.

Je ne suis pas naïf. Evidemment que c'était cette Charlotte…

– Tu as toujours su qui était Allénore dans ce cas…, je fais d'un ton maussade.

– Oui et non. Charlotte a évoqué son amie « Allénore », comme il était dommage qu'elle ait préféré Poudlard à Beauxbâton, son bel appartement parisien, dans lequel elle vivait avec toute sa famille… Charlotte aimait beaucoup Allénore.

– Elle l'aimait tellement qu'elle a arrêté de répondre à ses lettres du jour au lendemain.

– Alors, elle ne sait rien…, soupire Ash en reposant son verre.

– Qu'est-ce qu'elle devrait savoir ? Je fronce les sourcils.

– Charlotte et moi, nous nous sommes rencontrés tous les deux à une période sombre de nos vies. Je venais d'échouer encore une fois à l'examen d'entrée à la formation d'auror, et elle, venait d'être refusée à son concours. Nous nous sommes mutuellement aidés. Elle m'a fait réviser d'arrache-pied, nuit et jour, et je l'ai aidé à mon tour.

– Comment ?

– J'ai manipulé. J'ai menti. J'ai volé. J'ai découvert pourquoi elle s'était retrouvée en bas du classement d'un concours qu'elle avait toujours été persuadée d'avoir réussi.

Il me regarde fixement, avant d'étirer ses bras, et de mettre les pieds sur la table, en basculant sa chaise.

– Et alors ? je demande.

– Et alors elle avait raison. Elle était arrivée troisième sur cent-cinquante-et-un candidats.

– Qu'est-ce qui s'est passé ?

– Voir une née-moldue intégrer un milieu aussi conservateur n'a pas du plaire aux sorciers français. Charlotte a décidé de faire un recours. Mais il n'a pas abouti. Elle a voulu raconter son histoire aux médias sorciers, mais ils l'ont fait taire.

Je trouve cette histoire écœurante, et parfaitement injuste.

– C'est dégueulasse…

– Elle était furieuse. C'est là, qu'elle a commencé à fréquenter les mauvaises personnes. Des personnes qui nourrissaient sa haine, des personnes qui avaient perdu espoir, comme elle, des personnes déçues, de voir que rien ne changeait, qu'elles ne seraient jamais considérées comme des égales, aux yeux des sang-pur.

Des gens comme les Autres… Allénore m'a dit que les Autres se voulaient unis, mais qu'en réalité, il n'y avait aucune cohésion, dans la diversité qu'ils formaient. J'ai pensé que ça s'appliquait aussi sorcier. Nous tous, pourtant membre de la même communauté, celle du monde magique… nous ne sommes pas unis. Mais les Autres ont trouvé un point commun, une cause, quelque chose qui mérite d'être changé, et ils font tout pour y parvenir. C'est un effet de groupe, ou chacun se nourrit des vengeances des autres. Quand la violence s'installe, que toutes leurs haines s'accumulent, s'alimentent, ce n'est plus un mouvement, mais un monstre redoutable et sans pitié.

– Elle s'est totalement renfermée sur elle-même.

Il reste silencieux et vide son verre d'une traite, sans plus rien dire.

– C'est tout ? je m'étonne.

– Elle n'était plus elle. Elle pleurait. Ne dormait plus. Ne mangeait plus. Elle hurlait, criait, en voulait à la Terre entière. Je l'ai quitté. Elle n'était vraiment plus elle, répète-t-il.

– « Plus elle » ? je m'agace. Parce qu'elle traversait une mauvaise passe, tu as arrêté de l'aimer ?

Il ricane et me jette pourtant un regard froid.

– T'as déjà été amoureux, Weasley ? Non, ne répond pas. Tu l'es en ce moment-même. Ça se voit. Quand toi et Allénore êtes dans la même pièce, vous vous dévorez. Elle te cherche tout le temps. Et quand elle ne te trouve pas, elle attend que toi, tu la trouves. Quand on vous regarde, on a l'impression que l'amour est facile.

Je ricane presque tant cette phrase me paraît risible.

– Allénore est la femme la moins facile à aimer de toutes celles que j'ai pu aimer un jour avant elle.

Ash me regarde sans comprendre. Je serre le comptoir des mains en m'y agrippant. La bouilloire siffle, alors d'un coup de baguette je la fais taire.

– Elle pense trop, elle ne sait pas mettre son cerveau sur pause, elle suranalyse tout, décortique chacune de tes actions, chacun de tes mots, elle réagit toujours de façon imprévisible et ses insécurités reviennent lorsqu'on s'y attend le moins. Elle est incapable de faire complètement confiance à qui que ce soit, elle ne sait pas quand s'arrêter. Quand arrêter de se battre ou de foncer dans le mur quand bien même elle sait qu'elle a tort. Elle te poussera dans tes derniers retranchements, jouera avec tes limites sans même s'en rendre compte, et elle ne s'arrêtera, cette fois-ci, que lorsqu'elle aura la certitude de franchir l'impardonnable.

Je prends une grande inspiration pour continuer.

– Allénore a besoin d'attention. Constamment. Elle a besoin de temps. De celui des gens qu'elle aime, du mien et bordel… elle a prit tout le mien un nombre incalculable de fois. Parce qu'elle a vraiment besoin d'entendre que tu l'aimes, que tu la trouves géniale, que tu la secoues ou que tu la réconfortes, la rassures… Elle a besoin de savoir qu'elle pourra toujours compter sur toi. Aimer Allénore, c'est accepter d'aimer ce que j'ai vu de pire en elle, c'est aimer cette femme vulnérable, celle qui pourrait tout sacrifier pour ceux qu'elle aime, celle qui est capable du pire, de l'atrocement pire pour le meilleur. C'est accepter que parfois, avec tous ses fantômes, j'aurais à me montrer fort pour deux lorsqu'elle flanchera. C'est accepter ses silences, ses rejets et prendre l'engagement d'avoir la force de supporter tout ça avec elle. Aimer Allénore, c'est être patient. Très patient. Assez patient pour comprendre pourquoi elle est qui elle est aujourd'hui. Alors non, l'amour n'est pas facile. Aimer Allénore n'est pas facile.

– Pourtant, on dit que le vrai amour est évident…

– Ça l'est.

– Révise ton discours Weasley.

– Évident n'est pas facile.

– Mais tout devrait être facile lorsqu'on est avec la bonne personne.

– C'est des conneries tout ça, je marmonne.

– Si c'est si compliqué pour toi, de l'aimer, pourquoi tu continues ?

– Comme si je pouvais mettre mes sentiments sur pause… Aimer Allénore, c'est compliqué, mais évident. Et Merlin, je ne suis pas facile à aimer non plus, je pense. Je pars aux quatre coins du monde quand ça va pas. Je suis têtu, borné, je manque de compassion, ma loyauté m'aveugle, je vois tout en noir ou en blanc, le gris n'existe pas. Je suis intransigeant. Ma confiance en moi frôle l'arrogance, j'en ai bien conscience, mais je suis persuadé que je suis l'un des meilleurs dans mon domaine et que je suis quelqu'un de bien. J'adore l'idée que je plais à toit le monde. Je préfère que les autres viennent se confier à moi plutôt que de leur demander ce qui ne va pas, alors même que je le sais, qu'ils ne vont pas bien, et qu'ils n'oseront jamais venir vers moi… J'adore me mettre en danger parce que je pense que j'ai beaucoup à prouver. Je pense que mon opinion est la meilleure…. Je n'écoute pas les autres. Je suis égoïste. Je ne parle presque jamais de ce que je ressens, même quand je vois que cela pourrait soulager ceux qui s'inquiètent pour moi. J'ai besin de me sentir unique par moment… Alors oui, Allénore et moi, nous sommes compliqués à aimer. Mais tout ça en vaut la peine. Parce que quand Allénore t'aime, c'est avec une telle passion et une telle intensité que tu en oublies vite ce que tu pouvais ressentir avant qu'elle ne fasse partie de ta vie. Elle sera toujours là pour moi. Et ce qu'elle casse, elle le répare. Elle te donnera toujours tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a … Et on s'équilibre parce qu'il en est de même de mon côté.

Ash m'observe comme si je venais de lui parler dans une langue étrangère.

– Allénore est compliqué à aimer. Mais il est facile de l'aimer. En un sens, je termine.

– Je ne saisis pas la nuance.

– Parce que l'aimer est évident.

– Mais est-ce que l'amortentia à son odeur ?

Il triture nerveusement sa fiole autour de son cou, qui ne le quitte jamais, et ls pose violemment sur la table. Il la débouche. Les premières effluves qui me viennent me font redresser la tête pour regarder si Allénore est en entrée dans la pièce.

Mais elle n'est pas là.

– Après tout ça, tu me poses vraiment cette question ?

A Poudlard, quand nous avons du en préparer en sixième année, elle avait son odeur. Je ne l'ai compris que bien après. Mais la violette, le miel, l'amande, l'odeur des vieux livres… C'était Allénore.

– Et pour elle ? Est-ce que l'armotentia à ton odeur ?

– Ça ne signifie rien, j'élude.

– Elle ne te l'a jamais dit ?

– Je ne lui ai jamais parlé de ça non plus, je hausse les épaules.

– Charlotte Daviot avait la même odeur que l'amortentia. Et j'avais l'odeur de la sienne. Elle était mon âme-sœur et j'étais la sienne.

– L'amortentia peut changer d'odeur…, je soulève.

– La mienne n'a pas changé.

Il prend une grande inspiration en fermant les yeux et son visage se détend.

– J'aime Charlotte Daviot, cependant il n'y a rien, absolument rien, que je n'aurai pu faire pour elle.

– Tu l'as quitté alors que tu l'aimais ?

– Je l'ai quitté parce que je l'aimais, corrige-t-il.

– Je ne suis pas sûr de te suivre.

– Allénore comprendrait je crois, sourit-il.

J'ai mal aux mains, à force de serre le comptoir de toutes mes forces.

– Quand tu aimes quelqu'un, et que tu vois, à quel point tu fais du mal à cette personne, quand tu as peur qu'elle te rejette, que tu deviens toxique pour elle, que tu la rends malheureuse, qu'est-ce que tu peux faire, à part partir ?

– Rester, je réponds.

– Quand on aime quelqu'un, on le laisse partir. Quand ce quelqu'un est incapable de partir, on le fait sois-même, énonce-t-il d'une voix grave.

– Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ? je murmure.

– Elle s'est suicidée. Elle s'est immolée chez elle. Le sort était si bien réussis, qu'il n'y avait même pas un reste de cendres.

Comment vais-je annoncer ça à Allénore ?

– Je suis désolé, je murmure.

Le sourire d'Ash s'est totalement effacé. Il triture son flacon des mains et je commence à sentir les effluves qui s'en échappe.

– Tu as douté d'elle, je marmonne.

Il l'aimait. Il l'aime encore. Ça se ressent dans chacun des mots qu'il prononce la concernant.

– Pardon ?

– Tu as douté d'elle. De ce qu'elle voudrait. Du fait qu'elle s'en sortirait. Tu as jugé qu'elle avait changé. Tu es parti, alors que tu l'aimais. Tu as douté.

– Je n'ai jamais douté de ce que je ressentais…

– Mais tu as douté de ses choix. Elle avait décidé de rester avec toi, non ? C'est toi qui est parti !

– Je la rendais malheureuse ! En réussissant mon concours, en atteignant mon but, je lui rappelais ce qu'elle avait été incapable de faire elle-même !

– Tu as douté, j'insiste. Tu n'as pas cru en elle.

Il pouffe de rire.

– C'est dans les moments durs qu'on se soutient.

– Allénore s'est enfuie non ? ricane-t-il. Elle, elle a décidé de ne pas te soutenir.

– Elle est partie parce qu'elle ne voyait pas d'autres issues. Elle ne m'a pas abandonné pour autant. Elle a fait tout ça pour nous, pour elle. Elle est partie et je lui ai pardonné. Ne parle pas de ce que tu ne comprends pas, je maugrée. Et moi aussi, je l'ai abandonné. Pendant deux ans, j'ai cru qu'elle était partie de son plein grès, je n'ai pas cru en elle, en son amour pour moi. J'ai douté et je m'en mords les doigts quand j'y pense…

Son sourire s'efface, alors qu'une ride se creuse entre ses deux yeux.

– Je l'ai laissée partir il y a deux ans, en pensant que c'était ce qu'elle souhaitait, je termine. Entre laisser partir les gens que l'on aime et les quitter, il y a une grande différence ! Je l'ai abandonnée, mais pas pour les mêmes raisons qui t'ont poussé à abandonner Charlotte.

– Le résultat est le même.

– Non. Allénore est partie parce qu'elle pensait, pense toujours que son devoir est d'arrêter Richards. Parce qu'elle se sentait prisonnière de ses mensonges. Parce que quand elle m'a dit la vérité, moi, je suis parti. Je me suis éloigné, pour réfléchir parce que j'avais besoin d'air, d'assimiler tout ce qu'elle m'avait avoué. Le fait que Richards soit son père, qu'elle n'ait jamais été une née-moldue… Mais je croyais en elle. Avant qu'elle ne m'arrache mes souvenir, je croyais en elle, parce qu'elle m'avait toujours donné toutes les raisons de le faire.

Au final, Allénore savait parfaitement ce qu'elle faisait en me retirant mes souvenirs. Elle savait que je ne l'aurais pas abandonnée. Elle m'a retiré mon choix de croire en elle, parce qu'elle m'aimait… Ce pauvre type est parti pour moins que ça.

– Ton cœur est une bien drôle de machine, Weasley.

– Au moins fonctionne-t-elle toujours.

Je ne sais pas si on peut lui faire confiance. Ce qu'il vient de me dire, toute cette conversation, ne me conforte pas dans cette idée. Il pourrait très bien tenir les sorciers responsables pour du suicide de Charlotte, après tout… Cependant, quand il a évoqué ces gens, qui ont attisé la colère et la haine de celle-ci, il avait une lueur dans le regard, quelque chose témoignant de son profond dégoût pour eux… Auxquels des deux groupes pourraient-ils en vouloir le plus ? Les sorciers qui ont empêché Charlotte de réaliser ses rêves, ou ces gens, qui l'ont fait se complaire dans sa colère et son chagrin ?

– Tu crois en Allénore ?

– Aussi fort que je crois en moi-même, j'affirme. Et même quand elle me déçoit, même quand elle ébranle ma confiance, je crois en elle. Parce que je sais qui elle est. Et même si elle change, si elle n'est plus elle-même, je l'accepte parce que…

– Tu crois en elle, me coupe Ash en se levant. J'ai compris.

Il quitte la pièce sans rien dire, et bouscule Allénore au passage, qui vient d'entrer. Son visage est pale et elle tremble comme une feuille, les yeux ternes et vides. Elle s'écroule sur la chaise sur laquelle était assis Ash et met sa tête entre ses bras. Elle s'écroule comme une poupée de chiffon, les bras mous et la fatigue plombant ses épaules.

J'écarte ses longs cheveux, la regarde, et pose mes doigts sur sa nuque, et commence à tracer des motifs aléatoires dessus, en la sentant se détendre petit à petit. Elle relève la tête, et fronce le nez, intriguée, avant de tomber sur la fiole d'amortentia, toujours posée sur la table :

– Le café, le cuir, un feu de bois, les biscuits à la noisette…, récite-t-elle.

J'adore les biscuits à la noisette…

– C'est de l'amortentia ? demande-t-elle.

– Oui…

Elle referme les yeux et hume le parfum, l'air rêveur.

– C'est ton odeur, soupire-t-elle en souriant.

– Je sais…

– Pourquoi est-ce qu'il y a de l'amortentia ici ? s'étonne-t-elle.

– C'est à Ash, je chuchote en continuant de masser sa nuque.

Je l'entends bougonner entre ses bras.

– Ta leçon avec Kelly s'est bien passée ? je l'interroge.

Allénore en revient toujours dans un état pitoyable. Elle ne le dit jamais quand elle ne va pas bien. Elle a toujours été comme ça. Elle ne laisse rien transparaître, rit tout le temps, sourit tout le temps… Elle ne répond pas. Elle doit être fatiguée de mentir…

– Je crois en toi, je murmure.

Son sourire s'illumine encore plus.

– Tu y arrivera, j'affirme.

– Il faut vraiment que t'arrêtes de faire ça…

– Faire quoi ? je fronce les sourcils.

– Me dire des choses qui me donnent envie de t'embrasser.

– Je crois en toi, je répète tout doucement dans son oreille.

– Je crois en toi, moi aussi, Louis Weasley, sourit-elle encore plus.

Je reste un moment à la regarder, avant de lever ma baguette pour préparer deux tasses de thé. Quand je la rejoins, elle se redresse en remarquant mon air grave. Je passe une de ses longues mèches de cheveux derrière son oreille :

– Il faut que je te raconte ce que j'ai appris sur Charlotte Daviot…, je commence.

oOo

– Je n'ai pas confiance en eux, ronchonne Jia Li. Cette histoire, avec Charlotte Daviot, ne me dit rien qui vaille.

Ash est juste derrière nous, mais ne nous écoute pas. Il lit la Gazette du sorcier, et se moque bien d'entendre ce qui se passe dans la pièce d'à côté, où se trouvent Allénore et Kelly.

– Qui dit qu'Ash ne tient pas les sorciers responsables de la mort de Charlotte ? Qu'il n'a pas rejoint les Autres ? marmonne Alza si bas que nous devons tendre l'oreille.

– Il n'en aurait pas parlé à Louis, sinon, hausse les épaules Lola en parlant à voix basse.

– Qu'est ce qu'on peut faire ? Grogne Tommy. Le Ministère de la magie n'est pas infaillible. Les Autres sont partout… Cependant, je doute que Potter ait nommé ces deux-là au hasard. Il ne prendrait pas de risques. Pas avec Louis, pas avec Allénore…

– Harry n'est pas infaillible, lui aussi, je réplique. Qui sait ? Il n'est peut-être pas au courant pour Charlotte Daviot ?

– Et concernant Kelly ? Est-ce qu'on en sait plus sur elle ? interroge Lola en se tournant vers Tommy.

– Rien de nouveau. Isaak a peur d'elle. Il dit qu'elle est froide, monstrueuse, mais loyale et brillante.

– Un profil de méchant comme de gentil, renifle Alza.

– Je crois qu'il serait temps qu'on accepte qu'il n'y a ni vrai gentil ni vrai méchant, dans toute cette histoire, je fais d'un ton maussade. Il n'y a que ceux qui se laissent aller à la violence, et ceux qui la retiennent.

Allénore ne serait pas d'accord avec moi.

– Des méchants et des gentils, quoi…, marmonne Tommy.

– Ce n'est pas la même chose ? ricane Alza en même temps. Les limites entre le bien et le mal ne sont pas aussi floues qu'Allénore le pense. Et tu en étais convaincu toi aussi, avant toute cette histoire…

– Parfois, certaines personnes s'amusent à danser sur cette limite, Alza, la calme Lola. Faire de mauvaises choses, pour une cause juste et honorable… Est-ce mal ou bien ?

– C'est ce qu'Allénore et moi faisons depuis deux ans…, regrette Jia Li. Ça bouffe de l'intérieur.

– Mais vous, vous ne vous êtes pas perdues. Pas comme cet Alexeï…

Nous fixons la porte, en entendant un nouveau gémissement de douleur, et une longue supplication. C'est insupportable, parce que je ne peux rien faire pour l'empêcher. La première fois qu'Allénore est revenue de sa séance avec Kelly, elle était exténuée et avait des millions de fantômes dans les yeux. Elle m'a fait promettre de ne pas intervenir. Mais là… Allénore est enfermée depuis trois heures dans cette pièce, avec Kelly, pour qu'elle renforce ses compétences en occlumancie.

– Pour le moment, concernant Kelly et Ash, nous ne pouvons rien faire.

– Je n'ai pas confiance en eux, répète Jia Li en fermant brutalement les yeux et en grimaçant.

– Qu'est-ce qui se passe ? je m'inquiète.

– C'est Allénore…, marmonne-t-elle faiblement. C'est… elle souffre…

– CONCENTRE-TOI ! hurle violemment la voix de Kelly à travers la porte.

On entend pour seule réponse, de nouveaux gémissements. Je devine le visage d'Allénore, tordu par la douleur. Il y a un bruit mat, comme un corps qui tombe à terre.

– RELEVE-TOI !

– Je suis fatiguée…, répond Allénore avec difficulté. J'ai besoin d'une pause.

– Tu penses que les Autres, eux, prennent des pauses ? crache Kelly. Relève-toi et contre le sort !

– Je fais ce que je peux…

– Tu es nulle !

Il y a un grand silence qui me glace le sang, puis un éclat de rire, suivi de plusieurs :

– T'allais faire quoi, là ? Me frapper ? Tu as levé la main sur moi ?

– Allez-y, murmure Allénore. Continuez.

Legimens !

L'effet est immédiat, sauf qu'Allénore ne gémit plus mais hurle de douleur. Je serre les poings, devant la porte et Jia Li bouche ses oreilles, accroupie.

– Il faut que ça s'arrête ! grince des dents Alza. Allénore n'arrivera jamais à protéger son esprit de la sorte.

– Qu'est-ce qui se passe Jia Li ? demande Tommy.

– Elle revit tout. Ce que son père lui a fait, les tortures, les mots, les violences… C'est horrible !

Des larmes roulent sur les joues de Jia Li. Je fais un premier pas, décidé à sortir Allénore d'ici mais Lola me devance :

– C'est assez ! fait-elle.

Elle passe devant moi, et défonce la porte pour entrer. Quand Ash tente de l'arrêter, Tommy le bloque, un regard mauvais sur le visage, que je ne lui ai jamais vu.

– N'essaie même pas, grogne-t-il.

– Ça suffit ! s'interpose Lola entre Allénore et Kelly.

Allénore est recroquevillée sur le sol, et pleure silencieusement, comme Jia Li. Elle suffoque presque, sans parvenir à retrouver son souffle. Elle crache ses poumons, les yeux injectés de sang, les membres tremblants. Ses genoux sont écorchés. Elle se recroqueville un peu plus, se roule en boule, et cache son visage grâce à ses cheveux. Sa poitrine est agitée. Jia Li se jette à ses pieds, et pose sa tête sur ses genoux, en se penchant au-dessus d'elle. Elle s'approche de son oreille, lui promettant que c'est terminé et Allénore hoche la tête.

– Vous pensez vraiment lui rendre service ? eructe Kelly en la désignant, écroulée sur le sol.

– Et toi ? Tu penses lui rendre service là ? je lui retourne la question. Tu vois bien qu'elle n'est plus en état de contrer quoique ce soit !

– La vérité, c'est que votre amie est faible, et que vous ne l'aidez pas à devenir plus forte ! Tant qu'elle n'affrontera pas ses peurs, elle sera incapable de les dépasser.

– Tu ne lui fais pas affronter ses peurs, rétorque froidement Jia Li. Tu lui fais revivre ses pires cauchemars. C'est cruel, et inutile.

– Parce que tu penses que Richards serait plus gentil que moi ? sourit-elle en croisant les bras. Cette guerre va vous broyer et elle finira en charpie, au mieux.

– De ce que j'en constate, c'est toi qui la torture, actuellement, pas lui !

La gifle que lui assène Kelly résonne dans toute la pièce. Jia Li tient sa joue mais n'a pas bougé d'un iota. Lorsqu'elle se jette sur Kelly, Lola s'interpose encore une fois et retient notre amie par la taille. Alza aide Allénore à se relever faiblement. Je fais barrage, entre elles et Kelly, qui revient à l'assaut.

– Potter m'a ordonné de lui apprendre à mieux défendre son esprit. Si vous pensez être meilleurs que moi, je vous en prie ! Mais sachez que vous ne l'aidez pas du tout !

– Je pense qu'au contraire…, commence Tommy.

– Vous êtes ses amis. Elle n'a pas besoin d'amis. Elle a besoin qu'on soit dur avec elle, intransigeant, parce que c'est exactement comme ça que seront les Autres. Ils jouent avec elle comme si elle était une petite souris, et elle se conforte pleinement dans ce rôle, en pensant contrôler la situation. Mais c'est faux. La maison Amareux brûlée, l'attaque à Malaga… Ils l'affaiblissent jusqu'à ce qu'elle arrête de courir et de s'affoler, comme la petite souris qu'elle est.

Nous restons silencieux. Cependant, Lola, Tommy et moi tenons fermement nos baguettes, prêts à agir, aux moindres de ses mouvements.

– Elle n'est pas assez forte et mourra, si elle ne s'endurcit pas plus. Vous ne l'aidez pas ! répète-t-elle. Je me montre impitoyable avec elle, car elle n'a pas encore compris que c'est exactement ce qu'ils seront avec elle. Elle est naïve et ça fait d'elle une faible.

– Sors d'ici, j'articule lentement.

– Je t'ai fâché Weasley ? Tu veux me dire quelque chose ?

– Tes oreilles vont pourrir si je te dis tout ce que je pense de toi, j'assène brutalement.

Kelly décroise les mains et les lève, avant de sourire encore une fois et de quitter la pièce. Tommy claque la porte derrière elle et Ash, qui la suit. Jia Li serre Allénore dans ses bras, qui ressemble encore une fois à une poupée de chiffon, vide de vie.

– Je suis désolée…, murmure-t-elle.

– Tu as le droit de flancher, fronce les sourcils Lola.

– Non… Kelly dit vrai. C'est juste que je refuse de revivre tout ça… , dit-elle en se redressant un peu plus.

– Et tu as aussi le droit de faire des caprices. Potter veut peut-être renforcer ton esprit, mais il n'a certainement pas donné son accord pour la méthode qu'emploie Kelly, tu peux me croire… Et si tu ne te sens pas prête… Tout n'a pas à être une souffrance, Allénore, ajoute Lola.

Lola s'accroupit à sa hauteur, et serre son épaule en posant sa tête sur celle-ci.

– Lola a raison… Tu n'as pas à subir ça, affirme Alza.

Elle s'assoit à côté des filles, et laisse Allénore s'appuyer sur elle, en tombant en avant. Leurs bras s'enlacent. Allénore accepte autant qu'elle initié elle aussi le contact, et ça me surprend, elle qui est si peu tactile, à cause de tout ce qu'elle a vécu dans son enfance. Mais ici, c'est différent. Elle fait confiance à chacune des personnes présentes dans cette pièce.

– J'ai peur de tous vous mettre en danger. Et je veux vraiment réussir à faire tout ça…

– Tu y arrivera. Jia Li, Lola et moi on t'apprendra, lui promet Tommy. On n'a jamais prit le temps. Désormais on le prendra.

Quand il rejoint l'étreinte que les filles ont formé, ce nœud de bras, de jambes qu'elles forment, t je souris en les regardant. Ils forment tous un noyau, un bouclier autour d'elle. C'est ce qu'Allénore inspire aux gens… De l'espoir, de la détermination, à la protéger elle, et les causes qu'elle représente malgré elle.

– Sois moins dure avec toi-même, chuchote Tommy.

– Je déteste le fait d'être aussi faible…, sanglote-t-elle.

– T'es l'une des personnes les plus fortes que je connaisse, j'affirme. Tu as aidé tellement de personnes en tant que Mistinguette, protégé tellement de créatures magiques… Tu as défié Main Rouge, Han, tu as survécu à Richards, à toutes ses attaques, tu as enduré ses tortures sans te plaindre, sans que nous le sachions… Tu es forte. Tu as le droit d'avoir des moments faiblesses.

– Mais …

– Je l'accepte, lui sourit Lola. Que tu sois faible de temps en temps.

– On l'accepte tous, ajoute Jia Li.

– Je ne veux pas être une petite souris, gémit Allénore.

– On s'en fiche que tu sois une souris, la rassure Alza.

– Et les souris c'est cool… ça se faufile partout, c'est discret et c'est mignon, marmonne maladroitement Lola. J'en avais une quand j'étais petite… Elle s'appelait Cantal.

Allénore suffoque encore une fois, sans que je parvienne à savoir si c'est un sanglot ou un petit rire qu'elle camoufle.

C'est quand on nous accepte la première fois tels que nous sommes, que nous apprenons à réellement nous aimer. Quand on se rend compte de l'amour qu'une personne peut nous porter, malgré tous nos défauts, en dépit de nos faiblesses, c'est là, qu'on apprend. Et Allénore est entourée de bons enseignants.

Je les rejoins à mon tour, et nous restons un long moment comme ça, comme des enfants, à se serrer dans les bras les uns des autres. Ça nous réconforte…

Quand nous desserrons notre étreinte, Allénore s'est endormie. C'est Tommy qui la fait léviter jusqu'à sa chambre , sans adresser un seul regard aux deux autres aurors que nous empêchons de les suivre.

OoO

Quelqu'un me secoue légèrement, puis de plus en plus fort.

– Louis ! Réveille toi ! Il faut qu'on parte !

En entendant ces mots, je repousse immédiatement la couverture, et commence à m'habiller sous le regard de Tommy, qui boutonne correctement sa chemise. Il me lance mon pantalon, ainsi que ma baguette. Dans la pièce d'à côté, on entend les filles s'affoler et se préparer. Jia Li hausse le ton.

Lumos maxima ! marmonne Tommy.

La pièce s'illumine et je remarque seulement maintenant le chaos qui y règne.

– Qu'est-ce qui se passe ? je baille.

– Une attaque à Chicago On a besoin de nous… C'est un massacre. Potter a envoyé l'alerte il y a une deux minutes.

– Un massacre ? je souffle.

– Des démonzémerveilles.

Mon cœur rate un battement. La dernière fois, nous avons tous faillis y passer… Et l'attaque de Londres est très récente encore… Plus le temps passe, plus les Autres frappent de plus en plus vite, de plus en plus rapproché, et de plus en plus violemment.

– Des dragons seraient présents. Le message était confus, ajoute Tommy. Kelly et moi étions de garde. Elle s'est chargée de réveiller les filles.

Ash, à côté de nous, a déjà terminé de s'habiller et nous écoute patiemment. Il a même eu le temps de faire son lit.

– Des dragons ? je m'étonne.

– Va falloir que tu actives tes deux neurones Weasley et que tu arrêtes de répéter tout ce qu'Hartley te dit. Faut que tu assimiles plus rapidement, me secoue Ash.

Je l'ignore totalement et rejoins la cuisine, où les filles se trouvent déjà.

– Vous êtes ridicules ! peste Jia Li en empêchant Kelly de lancer un portus pour créer un portoloin. Je connais cette ville comme ma poche. La dernière fois, vous manquiez de sorciers sur place !

– On ne peut pas laisser Allénore seule ici, rétorque froidement Kelly.

– Emmenez-moi avec vous.

– Dès que les aurors et les magizoologistes débarquent, les Autres font s'abattre une pluie sur la ville pour annuler les effets du polynectar…., me rappelle Tommy. Sur une attaque de cette envergure, il est certain qu'ils s'attendront à ce que tu sois présente.

Allénore serre les poings. Elle espérait vraiment venir. Elle s'est habillée elle aussi… Je tire sur les pans de son t-shirt, qu'elle a enfilé à la va vite. Elle s'apaise tout de suite, et me regarde, les yeux plein d'angoisses.

– Ils se fichent bien de moi… Je n'ai aucune valeur pour eux ! s'emporte Jia Li. Vous ne pouvez pas m'empêcher de venir !

– Elle n'a pas tort, intervient Lola. Les Autres se fichent bien de mettre la main sur Jia Li. Ils cherchent Allénore…

– On ne peut pas la laisser seule ici, siffle Kelly en perdant patience.

– Je n'ai pas besoin d'une dame de compagnie, réplique doucement Allénore. Aussi, emmenez Jia Li avec vous. Elle vous sera utile. Nous connaissons ces démonzémerveilles. Certains sont sous influence de potion de haine ou d'enervatum. Elle sait comment les gérer !

– Le château est introuvable, les sorts sont impénétrables ! argumente Alza en faveur de Jia Li. Allénore ne craint rien ici…

Kelly soupire et flanche en faisant signe à Jia Li de prendre sa baguette. Allénore mordille ses lèvres.

– Le portoloin est prêt. Nous partons dans moins d'une minute.

Allénore cherche mes mains, et les coincent dans les siennes :

– Fais attention, marmonne-t-elle à mon oreille en se hissant sur la pointe des pieds.

– Allénore…

Je glisse une mèche de cheveux derrière chacune de ses deux oreilles. Elle observe encore mes lèvres en hésitant. Je pose les miennes sur son front, le cœur lourd.

– C'est dur de tous vous voir partir, s'inquiète-t-elle.

Je n'arrive pas à trouver les mots pour la rassurer, parce que j'ai peur. Des dragons, des démonzémerveilles… ça n'augurent rien de bon.

– Reviens.

Je hoche la tête, la gorge serrée.

– Tu as peur ? me demande-t-elle.

Je hoche une nouvelle fois la tête.

– Bien. Tu serai fou si ce n'était pas le cas. Et je t'empêcherai de partir.

Je voudrais lui promettre de vite rentrer. Je voudrais l'embrasser.

– Je le voudrais aussi, souffle-t-elle dans mon cou.

– Voudrais quoi ?

– T'embrasser.

– Tu lis dans mes pensées maintenant ?

– Non. Je les devine c'est tout…, sourit-elle en passant une main dans mes cheveux. Et peut-être aussi parce que moi aussi, je veux t'embrasser.

– J'ai envie de toi…, je souffle. Franchement, on devrait le faire…

– Pas comme ça. Pas parce que j'ai peur de ne plus te revoir, ou de ne plus jamais avoir l'occasion de le faire…

– Ne sois pas si dramatique, je trouve enfin la force de lui répondre.

– Concentre-toi Weasley. « Un dragon…

– « Représente toujours un danger », je termine de citer avant qu'elle ne le fasse.

– Si tu meurs, je te fais revenir à la vie et je te tue ! me menace-t-elle.

Elle quitte notre étreinte et s'approche de Jia Li qui enfile sa veste. Elle l'aide à la fermer. Allénore la pousse en avant

– Soyez prudents…, nous ordonne-t-elle.

Quand le portoloin s'active dans la cuisine, Allénore mordille ses lèvres, qui saignent de plus belles. Je lui fais signe d'arrêter, et l'instant d'après, je me retrouve à Chicago, en plein jour.

OoO

Kelly a pris les commandes et nous guide tous jusqu'au point de rencontre des unités britanniques. Je repère Harry et Charlie, entourés par énormément de sorciers, qui les écoutent :

– L'attaque de Londres est encore dans toutes les mémoires. Mais ne laissez pas ces souvenirs vous affecter. Cette fois-ci, nous savons ce qui nous attend, nous sommes préparés !

La pluie tombe très fort. Personne n'est sous polynectar. Ça ne sert plus à grand-chose maintenant…

– Une alerte confinement a été lancé il y a quelques minutes par le gouvernement moldu. Les moldus ne sont normalement plus dans les rues mais chez eux, où confinés dans leurs lieux de travail …

– Ce n'est pas bon, je grogne en regardant les gratte-ciels du centre-ville de Chicago.

Les dragons ne feront qu'une bouchée de ces bâtiments, et s'y agripperont pour reprendre des forces. Sauf que ces tours ne sont pas des montagnes, et qu'elles ne supporteront jamais le poids d'un dragon…

– Je crois qu'une attaque aussi soudaine ne nous laisse pas assez de temps pour faire évacuer tous les moldus…, soupire Tommy.

– Au moins ne seront-ils pas dans les rues, à nous déranger, hausse les épaules Lola.

– Toujours aussi pragmatique, ricane Jia Li.

– Pour rappel, il ne sert à rien de stupéfixier un dragon si vous êtes seul face à lui. Un sortilège de conjonctive sera bien plus efficace, recommande Charlie.

Au même moment, nous entendons plusieurs grognements qui déchirent le ciel et le sol. Nous nous dispersons tous en transplanant dans nos zones respectives, et ce qui s'est passé à Londres recommence.

Il y a des dizaines de démonzémerveille dans notre zone. Ils sont tous déployés et ont prit leur véritable forme, celle d'une créature à la silhouette évoquant un mélange entre la chauve-souris et un papillon géant, à la peau verte couverte de pic sur l'extérieur de leurs ailes. Sur l'intérieur, la peau est bleue, luisante. Leur tête squelettique est dotée de crocs pointus, au-dessus desquels brillent deux yeux jaunes. En entrant sa langue en forme de trompe dans les oreilles d'une personne, le démonzémerveille est capable d'aspirer ses souvenirs… C'est ce qui est arrivé à Scorpius.

– Visez les ailes, je leur conseille comme la dernière fois. Un démonzémerveille cloué au sol est plus facile à neutraliser.

Kelly est déjà partie seule de son côté, et en a immobiliser trois, dont un, qui est sûrement en train de mourir, le crâne totalement défoncé. Il bat faiblement des ailes, écroulé sur le sol. Jia Li reste les bras ballants. Devant elle, un homme a lui aussi, le crâne défoncé. Le démonzémerveille en déguste le contenu. Alza passe devant elle et lance un sort pour neutraliser la créature, trop occupée à se délecter du cerveau de sa proie pour se rendre compte de quoi que ce soit :

Incarcerem !

Jia Li reprend conscience de ce qu'il se passe autour d'elle, et court jusqu'à elle pour la rattraper. J'entends un crack derrière moi, et Charlie m'attrape par les épaules :

– On a besoin d'aide, à l'ouest de la ville, avec un dragon.

– Quelle…

– Un dent-de-vipère du Pérou. Mais il y a aussi des Magyar à pointes, des Noir des hébrides et des boutefeu chinois ont été repérés plus au nord…

– Quel…

– De jeunes adultes.

– Comment tu fais pour anticiper toutes mes questions ? je hausse un sourcil.

– Parce que ce sont exactement celles qu'il faut poser.

Un démonzémerveille s'attaque à nous, en nous prenant par surprise, et s'apprête à planter ses crocs dans mon bras, quand Ash l'arrête en lançant un abri de bus sur la créature, qui s'écroule, inconsciente.

– Ne restez pas ici. Partez ! hurle-t-il.

– Je vous emprunte Louis ! l'informe Charlie.

Charlie me fait transplaner avec lui, et je me retrouve avec toute une équipe de dragonologue, dont Gippy, qui me donne une accolade amicale :

– Je savais qu'on se reverrait Weasley ! Me sourit-il.

Plusieurs sorciers s'attaquent à un dent-de-vipère du Pérou, immense, qui rode au-dessus de nos têtes. Il est trop loin pour que nos sorts l'atteignent efficacement, et beaucoup trop déchaîné et en colère, pour que l'on s'approche de lui… Pourtant, c'est que nous devrions faire. On entend des cris, qui se perdent petit à petit.

– Qu'est-ce que c'est ? je demande à Charlie.

– La personne qu'il a prit entre ses griffes avant de gagner en altitude.

Les cris se taisent. Je remarque seulement maintenant la baguette, qui traîne par terre, dans une marre de sang.

– Il est mort…

Tout le monde se tait, quelques minutes. La respiration de Charlie est lente et maîtrisé. Il a fermé les yeux, et se reprend rapidement :

– Si on l'attaque dans les airs, il faudra maîtriser sa chute… Il y a des grattes-ciel partout ici, grimace Charlie.

– Des idées ? interroge Gippy.

– Il finira bien par se poser, répond une sorcière. Les dents de vipères adorent la chair humaine…

– Et lui servir de buffet gratuit c'est ça ton plan ? ricane un homme à ses côtés.

– Sans compter sur le fait qu'il faut l'obliger à se poser à un endroit stratégique pour nous…, souffle Charlie.

– Il faut faire évacuer les moldus de cette zone, je propose. Il finira par se poser, c'est une certitude. Si on prend le risque de l'énerver juste assez pour qu'il nous remarque, on pourra davantage contrôler l'endroit où il atterrira.

– Pour qu'il soit encore plus en rogne et nous fasse la peau ? s'écrie la dragonologue de tout à l'heure. C'est du suicide.

– C'est audacieux, approuve son collègue.

– Ça pourrait marcher, suppose Charlie. Si nous sommes assez nombreux…

– Comment est-ce qu'on énerve un dragon ? demande une petite blonde. Celui-ci se contente de hurler et de cracher du feu en plongeant sur nous…

– Il faut des appâts…, je réponds. Si on ne peut pas l'attaquer dans les airs, on peut l'énerver juste assez pour qu'il nous suive.

– C'est du suicide, s'étrangle la blonde.

– C'est du délire, reprend la dragonologue.

– C'est du génie affirme Gippy.

Il se tourne vers toute une unité et hurle :

– Faites venir les voltigeurs !

Les voltigeurs sont des dragonologues spécialement formés pour intervenir dans les airs. C'est une élite parmi les dragonologues, qui n'intervient qu'en dernier recours, quand un dragon refuse de se poser.

– Ils sont déjà dans le quartier nord, avec les Magyars à pointe…, bredouille quelqu'un.

– Putain Merlin, fait chier ! jure Charlie. Il reste des balais ? L'équipe de Quidditch de Chicago est connue, non ?

– Tu veux voler des balais ? je m'étonne.

– C'est un emprunt.

– Le stade n'est pas très loin d'ici, marmonne la blonde. Je peux vous y conduire.

– Occupez-vous de ça Weasley, grogne Gippy.

– D'accord, nous répondons tous les deux en même temps.

Nous sourions complices, avant de partir avec la blonde, qui nous fait transplaner dans le quartier sorcier, où se trouve l'un des plus grands terrain de Quidditch au monde. Je n'ai jamais assisté à un seul match à l'intérieur, mais je l'ai déjà visité, avec mon père et Dominique. Victoire et maman étaient parties faire les boutiques à Salem.

La petite blonde nous conduit jusqu'aux vestiaires, où se trouve une dizaines de balais, étalés sur le sol.

– Ils sont en état de marche ? je l'interroge.

– Pas forcément. Mais tous les autres sont déjà pris, par les sorciers de l'unité japonaise. Ils s'en servent pour neutraliser les démonzémerveilles.

– C'est un éclair de feu…, marmonne Charlie en donnant un coup de pieds dedans. Tante Muriel serait plus rapide que ce tas de bois !

– T'es optimiste…, je plaisante avec lui.

Je me penche, pour ramasser un balai, l'un des nouveaux modèles des brossdurs… Fiables, mais pas les plus rapides. Ça fera bien l'affaire.

– Il faut vérifier si tous les sorts de descente et d'ascension sont activés, affirme la blonde.

Nous nous exécutons avec Charlie, avant de sélectionner cinq balais, qui feront l'affaire. En rentrant, Gippy nous accueille avec un pli entre les deux yeux. Le petit groupe qui était autour de lui quand nous sommes partis, n'est plus. Ils ne sont plus que six, huit en comptant la blonde et Charlie.

– Deux boutefeu chinois sont apparus dans le quartier ouest.

– Ce n'est pas suffisant, je maugrée.

– Votre audace s'est fait la malle Weasley ? sourcille-t-il.

– Il n'y a pas assez de dragonologues ici…

– Nous sommes bien assez nombreux pour un tout petit dent-de-vipères. Dix sorciers suffisent.

– Dix ? je relève.

– Enfourchez ce balai Weasley. Tessa a peur du vide et Fredderic ne tient pas deux secondes sur un balai sans dégobiller… La pluie est bien assez dérangeante comme ça ! Vous savez voler, Weasley ?

Je me fige sur place, le cœur battant. Charlie me parle, mais je n'entends pas. Est-ce que c'est l'adrénaline ? Je le vois imperméabiliser mes vêtements, et me refiler des lunettes, ainsi qu'un balai.

– Weasley ?

J'observe les cinq sorciers, dont mon oncle. Je ne tremble pas. Je n'ai pas spécialement peur. C'est juste que je ne me sens pas prêt à affronter ça… Je n'ai aucune formation…

– Louis !

Charlie a plaqué ses deux mains sur mes joues, et me force à le regarder :

– Les voltigeurs sont juste des dragonologues qui savent bien voler ! Rien de plus, rien de moins …

– Tu m'as toujours dit que c'était l'élite …, je bafouille.

– Voler et combattre un dragon ça demande énormément de concentration, de compétences, et de réflexes…

– Je ne suis pas formé…

– Louis… On te demande pas de faire tout le boulot ! Tu resteras derrière moi et les autres. Tu couvriras nos arrières.

– Je ne suis pas dragonologue…

– Après ça, ce sera tout comme…

– Charlie, je vais vous…

– Merlin ferme-là. T'es doué et on n'a que toi sous la main ! Alors enfourche ce balai et fais ton travail, Weasley ! me secoue-t-il.

Je hoche la tête et m'exécute. Gippy sourit en coin en nous regardant. Au moment de décoller sous la pluie, mes mains serrent le balai un peu trop fort. Dès que je suis dans les airs, mes réflexes prennent le dessus sur l'appréhension. Mes muscles se détendent, bien que nous approchions le dragon. De là-haut, Chicago ressemble à un véritable champs de bataille. Deux grattes-ciels se sont écroulés déjà, dans le quartier nord. Trois sont en flammes. J'aperçois des démonzémerveilles, les ailes déployées, prêts à attaquer. Charlie en assomme trois sur le chemin, quand un éclat vert passe au-dessus de son épaule. Je me retourne, en en esquivant un. Alexeï est à derrière moi. Les éclairs s'enchaînent. Il va beaucoup plus vite que moi, et gagne du terrain.

Confundo ! je lance.

Il esquive habillement avec un protego. D'autres membres des Autres commencent à attaquer. Quand l'un d'eux s'approchent de trop près, j'entends Alexeï hurler :

– CELUI-CI EST A MOI !

Les Autres s'en vont immédiatement s'attaquer aux autres. Quand l'un d'eux passent devant moi, commence à pointer sa baguette sur Charlie, mon sort de paralysie l'atteint de plein fouet. Il tombe de son balai.

Alexeï continue de s'acharner, et me bouscule, sur son balai, en cherchant à me faire tomber du main. Il tient maladroitement le manche avec une seule main.

– Qu'est-ce que tu cherches à la fin ? je lui demande.

– Tu le sais très bien ! grogne-t-il.

Il donne un violent coup de pied qui me fait perdre l'équilibre, avant de me foncer dessus. Je glisse, mais l'une de mes mains se raccrochent au manche et dans ma chute, je réenfourche le balai avant de remonter, Alexeï sur les talons.

– Polly et Dani ont disparu depuis l'attaque de Malaga, crie-t-il. Où sont-ils ?

Une salve de sort se perdent dans les airs et illuminent le ciel.

– Tu crois vraiment que je vais te répondre ? Tu veux pas lâcher l'affaire ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?

Je le vois en train de s'énerver à travers la pluie, alors que j'essaie de rejoindre les autres.

– Tu sais très bien…

– Tu veux qu'on se batte pour une fille, c'est ça ? T'es en pétard parce qu'Allénore…

– TA GUEULE ! me coupe-t-il.

J'ai trouvé le point sensible. Quelque chose siffle prés de mon oreille. C'est un autre sortilège…

– Je veux pas me battre avec toi, crétin ! je me retourne subitement sur mon balai pour lui faire face.

Allénore ne voudrait pas ça. Et je ne le veux pas non plus.

– Qu'est-ce que tu crois ? Qu'elle n'a connu que toi ? Qu'elle n'a pensé qu'à toi ? J'ai été avec elle. Elle a été avec pleins d'autres. T'es pas unique. Quand bien même elle te faisait te sentir tout comme, hurle-t-il.

– Je me fiche bien de tout ça, mec…

– Que la Terre entière lui soit passée dessus ? Me coupe-t-il.

– T'es blessé, je comprends. Je l'ai été aussi. Mais jamais au point de me transformer en connard. Je ne veux pas me battre avec toi, Alexeï.

Nos deux balais s'arrêtent, alors que nous nous affrontons du regard. Le vent est trop fort pour nous permettre de rester stables.

– Tu n'as pas vraiment le choix, rétorque Alexeï.

– Polly est morte, je lui apprends.

– Tu mens. Vous la retenez quelque part, avec mon frère.

– Polly. Est. Morte. Je ne te mens pas. Quant à ton frère, je ne sais pas où diable il peut être et très sincèrement, je m'en carre complètement !

C'est la stricte vérité : Dani est dans une planque dont je ne connais pas la localisation. Alexeï est déstabilisé, comme s'il sentait mon honnêteté dans ma voix.

– Je ne veux pas me battre avec toi…, je répète.

– Pourquoi ?

– Pour Allénore, je lui avoue. Elle tient encore à toi.

– Elle est bien stupide, grogne-t-il.

– Fais attention. Je ne suis pas comme elle. Je ne t'accorderai pas tous mes pardons. Je ne te laisserai pas dire encore une fois que la Terre lui ait passé dessus ou lui manquer de respect, alors qu'elle… Bordel, Alexei… Elle n'a jamais cessé de croire en toi. Ne lui fais pas ça. Ne m'oblige pas à…

– Je n'ai pas besoin de ton pardon ! crie-t-il à travers le tonnerre.

Il lève sa baguette vers moi :

Endo

Je ne sais pas comment j'arrive à réagir. Mon corps s'active tout seul. Je contre le sort, et en lance un autre, par mécanismes, par automatisme, je ne sais même pas lequel. Un stupéfix, peut-être. Un repulso ? Un confringo ? Un confundo ? Le résultat est le même. Alexeï tombe de son balai, après avoir lâché sa baguette. Je le regarde, sans bouger jusqu'à entendre le hurlement du dragon. Je rejoins les autres, qui sont en train de voler en formation serrée autour du dragon, zigzagant entre ses pattes, sa queue, son corps. Je me positionne derrière Charlie, tout à droite :

– Tu vas bien ? me demande-t-il en baissant la tête pour éviter un coup de patte.

La moitié d'un corps est retenu prisonnier entre les griffes du dragon….

– Bien, je réponds.

– Reste près de moi, m'ordonne-t-il.

Je secoue vivement la tête. Nous continuons de tourner autour du dragon, qui nous a repéré. Quand il commence à nous pourchasser, le dragonologue à la tête de la formation plonge violemment. Je me penche au maximum, pour gagner en vitesse et le suivre. Les rôles sont inversés désormais. Le dragon nous prend en chasse. C'était exactement le but recherché… Nous restons en piquet un bon moment, le vent étant dans notre sens.

– Ne redresse qu'au-dernier moment ! crie Charlie.

Le sol se rapproche de plus en plus. J'ai presque l'impression que le dragon est tout juste derrière moi. Il pourrait cracher du feu à tout moment…

– Ne regarde pas derrière toi ! S'il fait quelque chose, tu l'entendra ! Ne regarde pas derrière toi ! insiste Charlie.

Nous arrivons à hauteur des grattes-ciel et continuons de descendre à toute vitesse. Je suis presque perpendiculaire au sol … Mais je ne redresse pas, malgré la vitesse. Je vois les lampadaires, les voitures.

– ATTENDEZ ! crie le premier sorcier de la formation.

Je commence à distinguer les hommes et les femmes restés sur la terre ferme. Je vois les plaques d'égouts, les panneaux de signalisation.

– ATTENDEZ !

Mon cœur est sur le point d'éclater. Le vent fouette dans mes oreilles, sur mon visage.

– REDRESSEZ !

Je m'exécute. J'entends les Gippy et les autres dragonologues lancer des sortilèges d'aveuglement au dragon, qui doit comprendre le piège dans lequel il est tombé. Il s'écrase sur le sol. Le bitume tremble alors que nous ralentissons, le vent fouettant nos visages. Le dragon emporte avec lui tout ce qui se trouvent sur son passage : poteaux, abris de bus, panneaux de signalisation…

Je ralentis en même temps que la formation et quand mes pieds touchent le sol, je me surprends, à suivre les autres. Nous transplanons au plus près du dragon, derrière Gippy qui a pris la tête de l'opération.

– Nous sommes assez nombreux pour lancer un stupéfix ? demande Gippy.

– Ça se tente, hausse les épaules Charlie.

Le dragon commence à ouvrir la gueule, prêt à cracher du feu. Il inspire…

– A mon signal ! hurle le directeur de la réserve.

Je vois les premières flammes s'allumer dans sa gorge…

– MAINTENANT !

Nous obéissons tous, et lançons le sort, à son signal. Le dragon vacille, déjà bien affaibli par sa chute , et tombe sans se relever. Les dragonologues lancent des sorts d'entraves, pour l'attacher. Ce dragon ne devrait plus poser de problèmes… Charlie et Gippy attache sa gueule, et lui font avaler le contenu d'une fiole : sûrement un puissant somnifère magique pour dragon…

Je reprends mon souffle. La petite blonde court vers moi, les yeux brillants :

– C'était impressionnant ! me félicite-t-elle.

Charlie tape mon épaule, en riant :

– Un futur voltigeur …

Je me redresse le sourire aux lèvres.

– Bienvenue parmi nous, Weasley ! sourit Gippy.

Je lui souris en retour, soulagé, bourré d'adrénaline, avec le sentiment d'avoir été à ma place.

oOo

Tommy, Lola, Alza et Jia Li arrivent à mes côtés, et je sursaute, surpris. Je fouille la zone depuis deux heures maintenant, à la recherche d'un corps. J'ai survolé cette zone, sans rien trouvé. Les marques qu'ont laissé le dent-de-vipères sont encore visibles. Le béton est fissuré, éventré à l'endroit même où il est tombé.

– Ça fait deux minutes qu'on t'appelle ! me prévient Tommy. L'attaque est terminée…

La nuit est en train de tomber sur Chicago. La pluie s'est arrêter, les nuages s'en vont, et la lune apparaît, nous éclairant faiblement.

– Nous les avons vite repoussés… Potter avait raison, hoche la tête Lola. Charlie nous a dit que tu avais été impressionnant…

Après la capture du dent de vipère, je les ai aidé avec les autres dragons. Nous en avons capturé huit en tout… Tous enchaînés désormais.

– Qu'est-ce que tu fais ? m'interroge Jia Li.

Je suis accroupi sur le sol. Je tiens un manche de balai, brisé. Je me retourne vers eux :

– J'ai eu une petite conversation avec Alexeï…, je les informe.

Jia Li pâlit.

– Il est tombé de son balai…

Il n'y a aucun moyen qu'il ait survécu à la chute. Sa baguette lui a échappé des mains… Si on prend en compte la hauteur à laquelle nous étions…

– Tu cherches son corps ? m'interroge Tommy.

– Je l'ai tué…, je murmure.

– C'était lui ou toi, Louis…

– Non. C'était lui, ou toute la formation qui était dans les airs pour appâter le dragon, ainsi que tout ceux qui étaient restés au sol…

Je ne regrette même pas. C'est normal ? Je me dégoûte… Et pourtant, je cherche son corps. Je me sens coupable, sans avoir tout de fois un seul remord. J'aurais du me contrôler, le désarmer, tout simplement, et le semer…

– Tu le fais pour Allénore ? s'écrie Jia Li.

Sûrement. Je sais qu'elle ne m'en voudra pas…. Mais elle mérite de pouvoir faire définitivement son deuil… On lui a déjà retiré trop de fois ce droit, avec Marco, Noanne, Hayden… Et tous ceux qu'elle a tué.

– On n'a pas le temps pour ça Louis. Kelly et Ash veulent que l'on rentre maintenant. Allénore est toute seule… Elle doit se faire un sang d'encre… Elle préférera mille fois te voir plutôt que d'attendre dans l'angoisse de savoir si nous sommes blessés ou non.

– Je sais, je soupire. C'est juste que… Il m'a demandé où était son frère.

– Alexeï et Dani sont très proches, marmonne Jia Li.

Elle pose sa main sur mon épaule, et me force à me retourner. Je serre le manche du balai dans mes mains et accepte de les suivre. Tommy passe un bras autour de mes épaules :

– Alors ? Tu me racontes ? Tu as joué au voltigeur ?

– Ça t'irai bien, commente Lola. Toi qui adores voler…

– Comment tu sais ça ? je fronce les sourcils.

– T'as un corps de joueur du Quidditch, hausse-t-elle les épaules. T'as des bras en béton et des abdos …

– Tu m'observes ? je la taquine.

– Dans tes rêves Weasley, lève-t-elle les yeux au ciel. Je t'ai également entendu parler avec Tommy de vos anciens succès sur le terrain, comme deux fillettes lors d'une soirée pyjama…

– Eh ! s'exclame Tommy en passant devant nous. Nous étions absolument merveilleux avec Louis ! On a fait gagner la coupe à notre équipe plusieurs fois ! Gryffondor a eu du mal à se remettre de notre départ !

Nous pouffons tous de rire. Je me sens léger, presque soulagé et j'aurais aimé que ce moment dure pour toujours…. Mais un éclat jaune frappe Jia Li, à mes côté, qui s'écroule, inconsciente, à mes pieds, les yeux clos. Nous nous retournons tous comme un seul homme. Tout se passe très vite. Alexeï est devant nous avec des Autres. Lola pare une attaque. Tommy aide Jia Li à se relever. Alexeï court jusqu'à nous, en esquivant tout nos sorts. Alza ait tomber un Autres et lui lance un sortilège d'entrave. Mais ils continuent d'avancer vers nous…

– Mais qu'est-ce qu'il…, s'écrie Tommy.

Alexeï attrape Jia Li et Tommy par les mains, avec deux des Autres. Tommy se débat, mais il se prend une droite dans le visage. Je le vois cracher du sang et regarder furieusement Alexeï. Quand je me jette sur eux. Je suis à peine à un mètre de distance d'eux, mais j'atterris sur du vide. Alexeï vient de transplaner avec eux…

Ça s'est passé au ralentis, et pourtant si vite… Quinze secondes à peine.

Ils ont disparu. Tous.

Il ne reste que Lola, Alza, moi et le silence.

Quand Kelly et Ash nous trouvent, nous restons amorphes, sous le choc. Ils prennent en charge l'Autre qu'Alza a arrêté, et nous ordonne de les suivre pour retourné en Hongrie, au château.

Jia Li et Tommy viennent d'être capturés par les Autres.

oOo

Quand on arrive au château, je hurle immédiatement après Kelly et Ash :

– J'AI DEMANDE A VOIR POTTER OU WEASLEY !

– TU VEUX VRAIMENT TE CASSER LA VOIX ? JE PEUX CRIER PLUS FORT QUE TOI ! Répond Kelly.

– ON N'AVAIT PAS LE DROIT DE PARTIR ! ON AURAIT DU RESTER !

– Louis…

– ON PEUT PAS LES ABANDONNER !

– Louis…, Alza tire sur ma manche encore une fois.

– VOIR POTTER ET WEASLEY C'ÉTAIT TROP DEMANDE ?

– BAISSE D'UN TON WEASLEY ! Crie Kelly en agrippant mon col.

Je me dégage vite fait, nerveux, et en colère.

– Louis ! m'interpelle Alza.

Je me tourne vers elle, alors qu'elle désigne Allénore qui a pointé sa baguette sur Kelly.

– Qu'est-ce qui se passe ? serre-t-elle les dents.

Le silence.

– Que quelqu'un parle ! exige-t-elle en continuant de fixer Kelly des yeux.

J'ai besoin de me défouler sur quelque chose, alors je donne un violent coup de pied dans un tabouret qui explose contre le mur. Allénore sursaute. Je pose ma baguette sur la table, et claque la porte en partant.

Je monte les escaliers, qui conduisent jusqu'à l'aile ouest, avec rage. J'entends des pas qui me suivent. J'entre dans la grande bibliothèque poussiéreuse, et vais jusqu'au balcon. Je me laisse tomber contre le mur, en retenant mes larmes. Derrière elle, Allénore referme la fenêtre. J'entends les murmures de Lola et Alza.

– Qu'est-ce qu'il s'est passé ? m'interroge Allénore. Je n'ai pas réussis à faire fonctionner la radio. Aucun canal ne fonctionnait… Louis ! Louis !

Elle s'accroupit à ma hauteur et serre mes mains froides dans les siennes.

– Louis…

Les larmes commencent à couler. Mon meilleur-ami est aux mains des Autres… Jia Li et lui sont peut-être déjà morts…

J'ai de la suie sur les joues. Allénore essuie l'eau et la saleté, et me regarde, angoissée, terrifiée.

– Où sont Tommy et Jia Li ? demande-t-elle.

Je n'arrive pas à lui dire.

– Je suis désolé…, je murmure en laissant ma tête reposer contre le mur de briques.

– Louis…, pâlit Allénore. Où sont Tommy et Jia Li ?

On m'a toujours dit de commencer par le début… Mais je n'y arrive pas.

– Je me suis battu avec Alexeï. Je pensais… Je pensais l'avoir tué …

– Lou…, souffle Allénore d'un ton désolé. Lou, ce n'est pas grave ! Tu as …

– Mais je crois qu'il savait que je reviendrais pour trouver son corps, je l'arrête en la regardant. Il nous attendait, avec d'autres membres des Autres…

Allénore comprend et porte une main à sa bouche, comme pour retenir une nausée.

– On n'a rien pu faire… Il a prit Tommy et Jia Li avec lui…, je termine en cognant mon poing contre le mur.

Je tourne le dos à Allénore. Je défoule sur le mur, avec rage, en le frappant de toutes mes forces. J'ai aidé à neutraliser à dragon, mais par ma faute, Jia Li et Tommy ont été capturés… Mes phalanges s'éclatent contre le mur. Mes jointures saignent et je continue, jusqu'à ce que ça fasse si mal, que je ne sente plus rien. Allénore m'observe calmement. Une fois que j'ai terminé, elle me serre fort contre elle, et pose son visage contre mon dos. Je prends ses mains dans les miennes pour qu'elle reste.

– On va trouver une solution…

Je sens ses larmes mouiller mon t-shirt, et le sang couler le long de mes poings. La colère est passée. Il ne reste plus qu'une détermination, l'envie de les retrouver et de les sortir de là, au plus vite… J'ai confiance en Allénore.

– Je te crois, je murmure.


Hiiiii je suis trop contente d'avoir posté l'un de mes chapitres préférés ! Je me suis rendu compte que je laissais jamais de note d'autrice depuis quelques temps sur ce site, alors que je le fais ailleurs... Donc je me rattrape !

Pour la semaine prochaine, ce sera aussi un de mes chapitres chouchous mais surtout... le dernier chapitre du point de vue de Louis avant la fin ! Ca me fait tout drôle haha ! Et je vous dévoile en exclusivité son titre : six sur dix !

Alors des théories sur la signification de cet intitulé ?

Les nouveaux Aurors sont arrivés et ce n'est pas du tout au goût de la petite bande ! Surtout quand on sait que comme par hasard, Ash et Allénore sont liés d'une certaine façon... J'ai adoré écrire le dialogue entre Ash et Louis d'ailleurs ! Louis parle d'Allénore et j'adore quand Louis parle d'Allénore. Because my boy is soooo in love !

Qu'avez-vous pensé de ce passage ?

Concernant le duel Alexeï/ Louis, pour moi, il était inévitable : ils représentent tous deux certaines facettes d'Allénore. J'explique : pour Louis, Allénore serait capable du meilleur pour le pire et pour Alexeï, Allénore était/est (?) capable du pire pour le meilleur. Louis fait ressortir ce qu'il y a de meilleur en elle et Alexeï, ce qu'il y a de pire. Je crois vraiment que si Alexeï avait fait d'autres choix, Allénore aurait pu l'aimer... Enfin bon. Dans cette scène, la confrontation entre Louis et Alexeï appuie bien le fait qu'il y a une rupture marquée entre ce qu'ils sont et malgré ça, malgré le caractère très manichéen de Louis qui est du genre à voir tout en noir ou tout en blanc, pour Allénore, il tente de ramener Alexeï sur le droit chemin une dernière fois.

Vous croyez qu'Alexeï va avoir le droit à sa rédemption ?

Tommy et Jia Li sont désormais aux mains des Autres et ça ne promet rien de bon... ça craint !

J'ai hâte de lire vos avis

Ca me fait toujours plaisir de lire vos avis et n'oubliez pas que c'est le seul moyen pour moi de savoir si mes mots ont un sens pour les autres !

En attendant, je vous souhaite un très beau weekend et pleiiiiiiinnnns de belles choses pour la semaine à venir !