THE CROWN
Chapitre 16
Juin 1991
- Père ! Père !
Lucius leva les yeux et aperçut son fils, habillé d'une longue robe de sorcier et débordant d'enthousiasme, suivi de sa mère, souriante.
- Regardez mon uniforme !
- Votre uniforme ?
- Le tailleur vient de quitter le Manoir, expliqua Narcissa.
- N'est-ce pas exaltant ? lança Drago. Dans trois mois, je serai sur les bancs de Poudlard !
- Que racontez-vous ? s'étonna Lucius. Vous irez à Durmstrung.
- Pardon ? s'étrangla presque Narcissa.
- Vous m'avez entendu.
L'énergie du garçon tomba.
- Drago ... commença la blonde. Vas étudier, veux-tu ?
L'enfant resta immobile et penaud.
- Obéissez, Drago, dit sèchement son père.
- Pardon, père, s'excusa précipitamment l'enfant avant de sortir du bureau.
- Je vous ai déjà dit de le vouvoyer, commença Lucius.
- C'est beaucoup trop loin ! protesta Narcissa, ignorant sa remarque.
- Il ira à Durmstrung, c'est ainsi.
- Pas forcément !
- Si, forcément.
- Ce n'est pas gravé dans le marbre.
- Donnez-moi un marteau et un ciseau, je le grave où vous voulez. Durmstrung est l'endroit qui lui convient. Il y deviendra un homme. Il n'apprendrait rien sur lui-même à Poudlard.
- Peut-être, mais il a des chances d'y survivre, ou même de s'y épanouir !
- Ou de devenir un autre crétin hypersensible et pleurnichard. Je ne veux pas une école facile ou douce pour Drago. Il doit s'éloigner de toutes ces absurdités pour grandir correctement. Tout ce qui l'entoure ici, ce n'est pas le monde réel.
Narcissa considéra la question un moment.
- Qui en est le directeur ?
- Igor Karkaroff.
- Pardon ?
- Je sais ce que vous pensez : c'est un traitre, mais je lui fais parfaitement confiance quant à l'enseignement que reçoivent ses élèves.
Lucius parlait, mais elle n'entendait rien, si ce n'était qu'un bourdonnement aigu dans son oreille. Igor Karkaroff … Igor Karkaroff. Son fils ne pouvait pas étudier auprès de cet homme, de ce monstre.
- … a entraîné les nouvelles recrues du Seigneur des Ténèbres, continua Lucius. Il accorde autant d'importance à la force physique que mentale, intellectuelle et magique.
- Cet homme est un monstre …
- N'exagérez pas. Il dirige l'école d'une main de fer et fera de Drago un homme et un sorcier puissant.
- Lucius, n-non …
- Drago sera enthousiaste.
- Bien-sûr qu'il le sera ! Il n'aura aucune idée de ce qui l'attend !
- Il veut devenir un homme.
- Non, il veut devenir ce que vous attendez de lui !
- Assez. J'ai pris ma décision.
- Lucius, je vous en supplie !
- Narcissa, non ! Vous avez reçu une éducation similaire, je ne comprends pas votre rejet soudain des traditions. Notre fils est faible, il doit s'endurcir en prévision de ce qui l'attend !
- Nous ne sommes pas forts, Lucius ! Ils ne nous ont pas endurcis, ils nous ont détruits ! Ils ont fait de nous des machines de guerre sans le moindre sentiment, prêts à tout pour grimper au sommet de l'échelle sociale, en écrasant les autres sans le moindre scrupule !
Le père de famille observa longuement les larmes se formant dans les yeux de son épouse.
- J'ai déjà contacté Karkaroff … Que pourrais-je lui dire ? Et à Drago ?
- Dites-lui que je ne peux supporter de le savoir si loin. J'en assume la totale responsabilité. Peu importe qu'il me déteste tant qu'il ne finisse pas-
- Comme moi ?
- Comme nous.
Elle attendit longuement avant de tenter :
- Les enfants maltraités restent traumatisés toute leur vie. Et les enfants traumatisés deviennent des adultes brisés.
Le silence tomba. Lucius l'observait pensivement. Depuis quelques années, un nouvelle expression était apparue, à côté du visage impassible et de la colère : un air absent et presque doux, émergeant de moments de tristesse ou d'évocation du passé. Après deux mois de réflexion, de compromis et de disputes, le patriarche céda finalement à l'unique demande de son épouse. Ainsi, en septembre 1991, Drago attendit seul le Poudlard Express sur les quais de Londres. Autour de lui, des parents embrassant leurs enfants, des amis se retrouvant et se câlinant. Lui, était chaperonné par Dobby. Son père avait refusé que quiconque ne l'accompagne, par crainte qu'il paraisse faible et materné. Bien entendu, il fut envoyé à Serpentard et Narcissa se retrouva seule. Seule avec Lucius pour la première fois depuis 11 ans.
Il ne rentra qu'en décembre.
- Quelle école horrible, quel endroit vulgaire ! Quelle erreur terrible d'être venus ici. Être exposé de façon si éhontée à la racaille grossière, vulgaire de la classe inférieure. Comment osent-ils nous traiter ainsi ?
- Les moldus ont toujours infecté les couloirs de Poudlard, dit Lucius avec dégoût.
- Une d'entre eux est particulièrement insupportable, cette miss je-sais-tout de Granger. Elle et Weasley sont pitoyables.
- Encore un Weasley ?
- Il est impossible de traverser l'école sans croiser une tête rousse.
- Arthur Weasly et son épouse semblent avoir un vrai poulailler.
Narcissa se leva et se dirigea vers la commode, se versant un verre de vin rouge, dos à sa famille.
- Le pire de tous, c'est cet imbécile de Potter !
Le verre lui échappa des mains et se brisa à terre dans un vacarme.
- Potter ? Répéta Lucius. Harry Potter ?
Narcissa retenait sa respiration sans se retourner.
- Oui, Harry Potter. Le connaissez-vous vous aussi ?
Son père ne répondit pas. Narcissa resta immobile, ignorant l'elfe qui nettoyait le carnage à ses pieds. Elle fit finalement volte face et plongea son regard dans celui de son époux.
- Ne vous approchez pas de ce garçon, ordonna Lucius.
- J'ai tenté une alliance, mais ce lâche a refusé.
- Contentez-vous de Crabbe et Goyle. Avez-vous pris contact avec eux, comme je vous l'ai demandé ?
- Oui, Père.
- Bien.
- Mais ... ils ne sont pas très intelligents, Père ...
- Qu'importe. Ce sont des sangs-purs et nous sommes proches de leurs parents. Nous devons garder de bonnes relations avec ces familles.
- Oui, Père.
Le jeune garçon baissa les yeux et sembla indécis.
- Drago ? demanda doucement Narcissa. Il y a-t-il une chose dont tu -
Lucius la fusilla du regard.
- Dont vous aimeriez nous parler ? Finit Narcissa.
- Je ... commença l'enfant. Les autres élèves ... les autres me regardent étrangement. Ils me regardent comme si j'étais ... différent. J'aimerais ... j'aimerais agrandir mon cercle d'amis. Et parfois, j'aimerais être seul, sans Crabbe ou Goyle dernière moi ...
Narcissa ouvrit la bouche mais Lucius la devança :
- En tant que l'héritier Malfoy, votre vie est radicalement différente de celle des autres enfants. Vous ne pouvez pas vous déplacer sans être accompagné, vous ne pouvez pas fréquenter d'autres personnes aussi librement. Ce nom n'est pas seulement une parure : c'est un privilège et un fardeau qui accompagne des attentes immenses et des responsabilités immenses.
Drago ne resta immobile et silencieux. Lucius fronça les sourcils et observa son fils intensément.
- Oui, Père ...
L'homme acquiesça et se leva lentement. il fit un signe de tête à son fils, se retourna pour prendre la fine main de son épouse dans la sienne et y poser ses lèvres, avant de quitter la pièce. Narcissa jeta un regard à son fils, distrait par le feu dans la cheminée.
- Drago ? Tout va bien ?
- Pourquoi n'avons-nous pas de sapin ?
- Pardon ?
- Il y a un sapin de Noël à Poudlard. Les élèves se réjouissaient de retourner dans leur famille pour décorer le leur et partager des cadeaux.
- Je ne comprends pas ...
- Pourquoi ne sommes-nous pas comme eux ?
Narcissa le regarda avec incompréhension, mais ne répondit pas.
- Mère ?
- Oui, mon chéri ?
- Père ne m'aime-t-il pas ?
- Oh, Drago …
Elle s'approcha et pris maladroitement son fils dans les bras.
- L'amour est une chose curieuse. Il est souvent déguisé. Si tu le regardes de la mauvaise façon, il passe inaperçu ... Ton père n'est pas un homme très démonstratif et chaleureux, mais il t'aime, j'en suis certaine.
- Vous êtes froide et distante également, Mère ... Pourtant je sais que vous m'aimez. Père ne m'aime pas.
Février 1993
- Un nouvel élève a été pétrifié, annonça Lucius.
- Déjà ? s'interrogea Narcissa. Le Basilic est plus rapide que la dernière fois.
- J'ai bien choisi ma cible.
- Quel drame cela sera. Quand ils apprendront que la propre fille de celui a voté une loi de protection des les moldus a ouvert la Chambre.
- Arthur Weasley ne s'en remettra jamais.
Lucius sourit malicieusement.
- Le Ministère m'a demandé de rendre visite à Dumbeldore. J'en profiterai pour assister au match de Quidditch dans lequel Drago jouera.
- Pensez-vous qu'il serait possible que je vienne ?
- J'en doute, je serai là pour représenter le Ministre de la Magie.
La blonde soupira.
- Drago me manque ...
- Je sais ...
Il l'observa quelques instants avant de l'approcher, pour déposer un long baiser sur son front.
- Je le ramènerai pour les vacances.
Et une semaine plus tard, Drago franchit la porte du Manoir aux côtés de son père, le bras bandé jusqu'à l'épaule et maintenu par une attelle.
- Merlin, que s'est-il passé ? paniqua Narcissa.
- Votre fils semble avoir un penchant inné pour la médiocrité.
L'enfant semblait se retenir de pleurer, souffrant visiblement de son bras cassé.
- Je veux vous voir courir dix tours des jardins, ordonna Lucius.
- Lucius ? s'indigna Narcissa.
- Dix tours ? répéta Drago, sa voix se brisant presque.
- Vous allez travailler dur pour vous remettre à niveau.
- Mais enfin, son bras est cassé !
- Il n'a besoin que de ses jambes.
- Lucius, il pleut ! Souhaitez-vous le rendre malade comme la dernière fois ?
- Assez !
Il agita sa cane et poussa son fils.
- Vous. Dehors ! Dix tours.
L'enfant, toujours en tenue de Quidditch, se précipita vers l'extérieur.
- Lucius, par tous les Saints !
- Vous ne l'avez pas vu cet après-midi ! C'était humiliant. Il volait avec une telle immaturité et inconscience.
- Ce n'est qu'un enfant !
- C'est un Malfoy ! Et il manqué de se faire tuer par Harry Potter.
- Lucius ... Vous avez eu peur, je comprends, mais-
- Non. Vous savez que le nom des Malfoy ne peut connaître telle humiliation.
Elle fit deux pas vers lui mais abandonna rapidement.
- Vous êtes très dur avec Drago. Vous êtes avare en éloges et en geste d'amour ou en remerciements.
- Ainsi l'étaient mon père, et mon grand-père avec lui, ainsi que vos parents. Nos noms l'exigent, vous le savez.
- Je sais que vous tenez à lui. Peut-être ser-
- Drago est un petit garçon immature qui, avec le temps, abandonnera et pliera. Comme ils le font tous. Et quand il pliera, il s'adaptera.
- Et si il ne plie pas ?
- Alors il se brisera.
Drago n'apparut pas au dîner. Lucius feignit l'indifférence, mais Narcissa était nerveuse. A la fin du repas, lorsque son époux quitta la table pour la bibliothèque, elle se précipita à l'extérieur. Elle parcourut les jardins, les écuries et le cimetière, protégée par son parapluie magique. La nuit tombait mais Drago restait introuvable. Deux elfes de maison l'accompagnaient dans sa recherche. Un sanglot attira son attention alors qu'elle traversait les ruines au loin du domaine. Elle s'approcha lentement de la colonne d'où provenait le son et posa sa petite main sur le marbre sombre et brisé. Derrière elle, Drago était caché, en pleurs, trempé et tremblant, tenant douloureusement son bras.
- Oh, Drago !
Elle s'agenouilla et pris dans ses bras l'enfant terrifié.
- Drago, je suis mariée à votre père, mais je ne suis pas votre père. Les choses que vous avez l'impression de ne pas pouvoir lui montrer ou de ne pas pouvoir lui dire parce qu'il vous semble qu'elles pourraient le contrarier ou qu'elles risqueraient même de le décevoir, ces choses-là, vous pouvez me les dire à moi, en toute sérénité, avec la certitude qu'elles ne seront jamais répétées à personne.
- Je voudrai être comme Père ...
- Oh Drago, dit-elle dans l'étreinte. Non, je t'en supplie ...
Mars 1994
- A qui écrivez-vous ?
- Yaxley.
Son ventre se noua. Elle était allongée dans le lit de Lucius, nue sous les draps de soie. Son mari était penché sur un petit bureau non loin.
- Vous semblez beaucoup l'apprécier.
- C'est le cas. C'est mon meilleur et plus vieil ami. Mon seul ami, à vrai dire.
La blonde acquiesça, peu désireuse de poursuivre la conversation sur l'homme qu'elle aimait tant.
- Je l'ai rencontré à Poudlard, continua-t-il. Nous étions plutôt inséparables depuis cette époque. Quoiqu'il se soit éloigné après notre mariage. J'imagine que la vie est faite de la sorte ...
- Comment se porte-t-il ?
- Bien, il me semble. Il m'invite à Londres. Il veut me présenter quelqu'un.
- Un ancien partisan du Seigneur des Ténèbres ?
Il sourit.
- Je crains qu'il s'agisse plutôt de sa nouvelle amie.
Son cœur s'arrêta et son estomac se retourna. Si Lucius n'avait pas été captivé par la rédaction de sa lettre, il aurait remarqué le désarroi et l'immense peine dans les yeux de son épouse. Après de durs instants, elle réussit à sortir quelques mots :
- Que voulez-vous dire par nouvelle amie ?
- Yaxley a toujours été indécis à ce sujet.
Lucius eut l'air amusé.
- Pourquoi souriez-vous ?
- Je me remémore des souvenirs de nos années à Poudlard.
- De quoi s'agit-il ?
- Rien qui ne pourrait vous choquer, j'en ai bien peur.
La sorcière baissa les yeux.
- Est-ce la raison pour laquelle il ne s'est jamais marié ? Demanda-t-elle lentement.
- Il n'a jamais été intéressé par le mariage. Ses parents étant morts ... il n'y a plus personne pour l'y contraindre.
- Je vois ...
Ils restèrent silencieux un instant.
- Durant votre scolarité, commença Lucius. Vous étiez proche de ... cette sorcière russe. La sœur de Dolohov ?
- Dasha ...
Le souvenir de sa chère amie la plongea dans une profonde mélancolie.
- Oui. Dasha. Je me souviens du jour où elle a rencontré le Seigneur des Ténèbres.
- Vous étiez présent ?
- Bien-sûr. Elle était l'une des rares femmes dans nos rangs. Une sorcière très prometteuse.
- Elle n'aura pas été bien loin.
- Détrompez-vous. Son sacrifice était un acte héroïque.
- Vraiment ... ?
Il tourna discrètement la tête pour observer son épouse, le regard plongé sur la bague qui lui avait été attribuée à son entrée à Beauxbâtons.
- Étiez-vous proches ?
- C'était mon amie. La seule personne qui comptait. Quand elle est morte ... je n'avais personne d'autre.
Son époux retourna à sa lettre en silence, les yeux baissés de culpabilité. Il avait lui-même proposé l'idée d'attentat-suicide au Seigneur des Ténèbres à cette époque. Dasha n'avait été qu'un pion manipulé.
- Que diriez-vous de sortir ? Pourquoi pas avec Yaxley et sa nouvelle compagne ? Peut-être vous plaira-t-elle ?
Ainsi, la semaine suivante, ils se rendirent au Royal Opera House à Covent Garden, où des représentations pour sorciers étaient données. Narcissa portait une longue robe noire aux épaules dénudées avec un splendide collier de saphir et perles disposées sur sept rangs, ses cheveux blonds fermement attachés en un chignon. Elle était très peu sortie depuis la fin de la guerre et n'avait certainement pas envie de recommencer une vie active par une soirée avec la nouvelle amie de l'homme qu'elle aimait. Vide ton esprit. Yaxley se tenait dans le hall d'entrée, aux pieds de la cage d'escaliers de marbre blanc au tapis rouge, portant un costume similaire à celui de Lucius, sa prestance et son magnétisme retrouvés.
- Mon ami ! Salua-t-il. Narcissa. Permettez-moi vous présentez Úrsula. Sa présence complète à merveille votre honorable compagnie.
A son bras : une jeune femme magnifique. Elle semblait en tout début de vingtaine, ses longues boucles rousses flamboyantes tombaient jusqu'à sa fine taille, ses grands yeux noisettes plein d'entrain illuminaient le hall autant que son sourire éclatant sur son visage pâle. Elle portait une robe asymétrique blanche scintillante : un bras et une épaule étaient recouverts de tissu tandis que l'autre était sensuellement nue.
- Bonsoir, dit-elle d'une voix mielleuse. Monsieur Malfoy, Marcus m'a énormément parlé de vous.
Ses longs cils battaient alors qu'ils échangèrent quelques mots. La blonde observa la scène en silence, incapable d'écouter un seul des mots qui sortaient de leur bouche.
- Je lui loue un appartement dans le centre, sembla répondre Yaxley à Lucius.
- Ne pourrais-tu pas offrir ton aide sans donner l'impression de te poser en champion des grandes vertus morales ? se moqua Úrsula.
- Et-tu toujours obligée de parler comme la sœur de Marie-Antoinette ? rit Yaxley.
- La Reine de Naples était une figure emblématique : je prends cela comme un compliment !
- Tu prends tout comme un compliment.
- Je te conseille d'en faire autant, cela sauve de nombreuses situations embarrassantes.
Ils rirent ensemble tout en rejoignant la loge. Pouvait-elle le croire ? Marcus, son Marcus, entretenait une splendide jeune sorcière de vingt ans sa cadette ? Après tout, n'est-ce pas ce que les hommes faisaient ? Son père et ses oncles le faisaient tous. Elle se demanda un instant si Lucius était dans le cas. La rousse rit et captiva son attention. Yaxley était tendu, mais semblait avoir de l'affection pour elle. Était-ce possible qu'il soit tombé amoureux d'une autre ? Comment avait-il pu oublier Narcissa alors que cette dernière était toujours follement amoureuse de lui après toutes ces années ? Mais cette jeune femme était instinctive, spontanée et captivante. Narcissa, elle était prévisible, rigoureuse et fiable. Úrsula était jeune, belle, personnification même de fougue et de la joie de vivre. Narcissa était une mère de bientôt 40 ans, froide et triste. Sa rivale était une version plus moderne, plus éclatante et plus séduisante d'elle-même. Yaxley était envouté par son intelligence et son éloquence, par sa beauté et son charme.
- Comment se porte Drago ? demanda Yaxley.
- Frappé par un hippogriffe, aux dernières nouvelles, répondit Lucius.
- Ma foi, quelle originalité, sourit Úrsula.
- Ce garçon est une catastrophe. Toujours à se plaindre, à chercher l'attention.
- S'il ne te ressemblait pas autant, j'aurais pu croire qu'il n'était pas ton fils.
- Je le souhaite parfois.
Narcissa se glaça. Comment Lucius pouvait-il être si cruel ? Drago grandissait en un adolescent prétentieux et distant, froid et presque mauvais. Quoi qu'ils en disent, il ressemblait de plus en plus à son père.
Février 1995
- Les garçons de Durmstrung sont très impressionnants. Ils sont si forts et bons sorciers. Poliakoff m'a appris quelques sortilèges.
- Qui est ce Poliakoff ? Demanda Lucius.
- Je sais que je n'ai pas eu votre autorisation de fréquenter de nouvelles personnes, Père, mais les élèves de Durmstrung sont tous des sangs-purs. Poliakoff vient d'une ancienne famille polonaise et est le bras droit de Viktor Krum, ainsi que le protégé d'Igor Karkaroff.
Lucius acquiesça et Narcissa arrêta de respirer une seconde.
- Leur directeur est particulier, continua l'adolescent. Il ne m'inspire pas confiance, mais il y a quelque chose de fascinant en lui.
Narcissa se leva et se dirigea vers la table pour se verser un verre de vin.
- Il m'a regardé étrangement.
- Que voulez-vous dire ? Interrogea son père.
- Poliakoff m'a salué un jour où ils marchaient avec Krum et lui. Karkaroff s'est arrêté pour m'observer. Le connaissez-vous ?
- Igor Karkaroff faisait partie des rangs du Seigneur de Ténèbres.
- Pardon ?
- Il l'a trahi pour obtenir une réduction de peine.
- Mais ...
- Et Beauxbâtons ? Coupa Narcissa, pressée de changer de sujet.
- Les sorcières y sont tellement belles ! Ai-je raison de penser que vous y avez fait vos études ?
- C'est le cas.
- Avez-vous porté ces uniformes bleus aux chapeaux étranges ? Ainsi que ses bagues dont la taille varient ?
Elle sourit. Drago était très observateur.
- Oui, j'ai toujours ma bague. Regardez.
Elle tendit sa douce main.
- La vôtre semble moins étincelante.
Lucius leva les yeux de son livre.
- J'imagine qu'elle vieillit autant que moi.
Drago continua d'observer le bijou. Sa mère y posa le regard. Elle n'avait jamais réalisé que l'étincelle s'était affaiblie. Elle se rétracta et fit sursauter son fils, qui l'a regarda avec interrogation.
- Comment s'en sort Potter ? Demanda Lucius.
- Potter ! Tout le monde ne fait que s'extasier devant Potter. Il manque de mourir à chaque étape et a l'intelligence et la profondeur d'une huître. Il ne survivra pas dix minutes de plus dans ce tournoi.
- Je dirai plutôt cinq.
L'adolescent regarda son père. Son attention était toujours absorbée par l'ouvrage entre des mains, mais il semblait amusé. Drago sourit, fière. Il venait de plaisanter pour la première fois avec son père. Narcissa observa la scène touchante et pourtant si déchirante.
- Je suis impatient d'assister à la troisième étape, reprit Drago. Il paraît que c'est la plus difficile, je suis sûre qu'il n'y survivra pas !
Narcissa prit une longue inspiration et bu une grosse gorgée de vin. Lucius ferma son livre et se leva du fauteuil :
- Allez étudier maintenant, Drago.
- Oui, Père ...
Le garçon perdit un peu de son sourire et quitta la bibliothèque. Lucius replaça soigneusement le livre sur l'étagère et se dirigea vers son épouse, perdue dans ses pensées. Il s'assit à côté d'elle et posa affectueusement sa main sur sa cuisse. La blonde tourna la tête et lui sourit. Elle était incroyablement belle et touchante. Chaque jour il lui semblait la voir pour la première fois.
- Comment ont-ils pu décider de réorganiser le Tournoi ? La dernière fois ...
- Je sais ...
Il déposa son autre main dans son cou et se pencha pour l'embrasser lorsqu'une terrible douleur l'envahit. Son visage se contracta et son corps se tendit.
- Lucius ? S'inquiéta Narcissa. Qu'y a-t-il ?
Une nouvelle vague de douleur le traversa, et il agrippa son avant bras de sa main. Il remonta rapidement sa manche. Sur sa peau pâle, la Marque des Ténèbres était plus noire que jamais. Leur regard se rencontra, la panique visible sur leur visage.
- Nous devons voir Severus.
Décembre 1995
- Crabbe, tu t'occuperas de Croupton. Macnair, tu seras chargé de Jugson. Et Gibbon : Nott.
Les Mangemorts acquiescèrent. Une petite dizaine d'hommes, ainsi que Narcissa, étaient assis à la longue table de la salle à manger du Manoir Malfoy. Lord Voldemort présidait à l'habituelle place de Lucius, cadavérique et terrifiant, ressemblant plus à un monstre qu'à un homme.
- Nous sommes peu, continua Voldemort. Je m'étonne que certains d'entre nous n'aient pas répondus à mon appel.
- J'aurais tué de mes propres mains ce satané Karkaroff s'il avait osé pointer le bout de son nez ! rumina Rowle.
- Il y aura un temps pour cela, Thorfinn. Contentons-nous d'abord de sauver ce qui reste de nos fidèles.
L'immense homme blond et rude fit un signe de tête.
- Lucius, je veux que tu te concentres sur les trois Lestrange. Narcissa t'aidera avec Bellatrix. Yaxley, centre toute ton attention sur Dolohov. Rowle : les Carrow. Qu'aucun d'entre vous n'oublie : si ceux-ci rencontrent des difficultés, abandonnez les autres. Ils sont notre priorité.
- Oui, Maître, répondirent plusieurs.
- Vous vous devez d'être d'une grande discrétion. Restez le plus possible sous forme de fumée. Le Ministère refuse encore d'admettre mon retour, nous devons profiter de leur lâcheté pour nous répandre et frapper plus fort.
- Quand bien même nos masques ne seraient pas reconnus, commença Yaxley. Comment ne pourraient-ils pas faire le lien entre l'évasion de plusieurs dizaines de Mangemorts et nous ?
- Tu sous-estimes le Premier Ministère, mon ami, répondit Lucius.
- Ils trouveront un coupable, lança le Seigneur des Ténèbres. Probablement le petit Sirius Black.
Narcissa baissa les yeux à la mention de son cousin. Ce traître qui avait sali le nom des Black. Ils partirent la nuit et transplanèrent aussi près possible de la zone de la forteresse sans risquer d'être vus. Ensuite, ils volèrent, en fumée noire et dispersés, sous plusieurs épuisants kilomètres de pluie battante. Tous étaient nerveux. Narcissa ne savait pas dans quel état elle retrouverait sa sœur. Elle sentait Yaxley non loin la surveiller du coin de l'œil. Azkaban était une forteresse construite aux Ve siècle sur un minuscule îlot au beau milieu de la mer du Nord. Celle-ci était protégée par des Détraqueurs et de nombreux sortilèges et maléfices. Yaxley et Lucius s'occuperaient de les contrer, pendant que Narcissa et les autres se faufileraient comme du brouillard. Ils arrivèrent, Lucius fit exploser un mur de pierre avec une telle force que même l'éclair ne put cacher ce vacarme. Tout se passa très vite : le groupe se dispersa. Narcissa suivit Lucius, volant rapidement à travers les couloirs et les cellules. L'alarme résonna, les Détraqueurs et les gardes se précipitèrent. Les cris retentissaient, fous et aiguës. Ils atteignirent une des plus hautes tours et défoncèrent les barreaux. Non loin, une petite forme noire était recroquevillée dans un coin.
- B-Bella ? Appela Narcissa.
La forme leva lentement la tête. Son visage était émacié, semblable à une tête de mort. Pourtant, ses yeux reflétaient une lueur fébrile et fanatique.
- Mon Dieu, Bella ...
- Nous n'avons ce temps ! Lança Lucius.
Il se précipita vers la prisonnière, lui attrapa le bras et se transforma en fumée. Comme prévu, les Lestrange, Carrow et Antonin Dolohov furent les premiers libérés. Le groupe réussi à extraire plus de Mangemorts que prévu, et, sur le chemin de retour, entendirent les hystériques rires et hurlements de Bellatrix.
De retour au Manoir, elle fut emmené dans une chambre, lavée, coiffée et mise au lit par des elfes de maison.
- Madame Lestrange s'est endormie, annonça une elfe.
- Comment cela s'est-il passé ? Demanda Narcissa, debout devant la fenêtre, un verre de vin à la main.
- Madame a essayé de me mordre et m'a frappé à plusieurs reprises ... Elle n'arrêtait pas de demander à voir le Seigneur des Ténèbres.
- Je vois.
Cette nuit là, après avoir fait son devoir d'épouse et récompensé son époux pour la mise à bien de cette dure mission, elle ne dormit pas. Elle se rendit dans la suite attribuée à sa sœur le lendemain. La pièce était sombre et chauffée par une grande cheminée.
- Es-tu éveillée ?
Un grondement émana du lit à baldaquin.
- Tu as dormi plus de douze heures.
Une masse se retourna et releva difficilement le torse. Ses yeux cernés tombèrent sur sa sœur. Elle avait vieilli, elle semblait bien plus âgée qu'une femme de 44 ans. Elle était maigre et faible, cadavérique et absente. Ses cheveux avaient été lavés, démêlés et attachés en une tresse pour la nuit.
- Vous devez mangez.
- Où est-il ?
Sa voix était dure et sèche.
- Qui ?
- Qui ? Le Seigneur des Ténèbres !
La colère était montée rapidement. Narcissa resta calme.
- Il sera là d'ici une semaine.
- Je veux le voir maintenant.
- Il ne viendra pas.
- Il viendra pour moi !
- Non, Bella. Pas pour toi.
Si son visage n'avait pas été autant ravagé, l'immense peine aurait pu y être visible.
- Tu dois manger, reprendre des forces, et retrouver une vie normale. On te coupera les cheveux aujourd'hui. Severus a préparé des potions. Maintenant lève toi, et habille toi.
La blonde fit volte face et empoigna la clenche de la porte.
- Oui, Mère.
Elle s'arrêta net, mais ne dit rien. Sans se retourner, elle ouvrit la porte et quitta la pièce.
Février 1996
- Je veux voir le Seigneur des Ténèbres, lança Bellatrix.
- Non, répondit froidement Lucius.
La sorcière tapa du poing et les assiettes grincèrent. Drago sursauta.
- Je ne céderai pas vos caprices extravagants et irresponsables. Vous n'êtes pas prête.
- Quelle drôle de petite cervelle vous avez, vous devez beaucoup vous ennuyer. Je suis prête !
- Oh, vraiment ? Vous trouvez-vous en état de reprendre le service ?
- Bien-sûr !
- Non.
- Je le serai pendant les vacances ! Vous le ferez venir.
- Je refuse que le Seigneur des Ténèbres et Drago se retrouvent dans la même demeure, riposta Narcissa.
- Ne vous inquiétez pas, Mère, dit l'adolescent. Je passerai les vacances à Poudlard.
- Pardon ? Pourquoi ?
- J'ai décidé de profiter de ce congé pour offrir plus d'intimité à Pansy et moi.
- Ne passe-t-elle pas les vacances auprès de ses parents, comme une jeune fille convenable ?
Bellatrix observa sa sœur indignée du coin de l'œil.
- Elle en avait l'intention, continua Drago.
- Et qu'est-ce qui l'a fait changer d'avis ?
- Moi. Je lui ai demandé de rester.
- Et elle a accepté ? Marmonna sarcatriquement Bellatrix. La coquine.
- Je lui ai demandé. Elle a obéit.
Narcissa regarda son fils en silence. Drago, son tendre et doux bébé, montrait une nouvelle facette de lui-même. Il ressemblait de plus en plus à son père.
- Bien, dit Lucius. Vous devez apprendre à contrôler les femmes et les remettre à leur place.
Bellatrix fit mine de s'étrangler.
- Taisez-vous, Lucius, répondit-elle. Vous faites baisser le QI de tout le domaine.
- Je vous incite vivement à accepter votre position dans la vie et à supprimer au plus vite de vos pensées toute idée de réécrire les règles pour quelles correspondent mieux à votre personnalité. Chacun jouera le rôle qui lui est attribué.
Le silence s'installa un instant. L'aînée fixait son beau-frère, à mi-chemin entre la révolte et la résignation. La cadette avait les yeux baissés.
- C'est physiquement douloureux de vous voir essayer de réfléchir, cracha-t-elle.
18 juin 1996
Drago riait avec sa tante sous la verrière. Autour d'eux, des Mangemorts profitant des derniers rayons de soleil. Non loin, Narcissa observait la scène de son fauteuil et buvait un verre de vin. Son enfant était différent. Il avait pris conscience de tant de drames concernant ses parents, meurtriers et partisans de Voldemort. Il devenait petit à petit cet homme sombre et brisé qu'elle avait prédit qu'il deviendrait. Mais quelque chose en lui était différent. Il était différent de son père. Il semblait plus faible, plus malheureux ...
- Drago semble s'être rapproché de sa tante.
La voix de Lucius résonna derrière elle.
- Je ne comprends pas, répondit-elle. Ma sœur est une vraie catastrophe. Elle se plaint et cherche de l'attention sans cesse.
Lucius sourit.
- Pourquoi souriez-vous ?
- J'utilise les mêmes adjectifs pour décrire notre fils, et cela semble vous choquer à chaque fois.
Narcissa baissa les yeux et ne répondit pas.
- Pensez-vous vous que Potter mordera à l'hameçon ? Demanda-t-elle. Pensez-vous qu'il se rendra bien au Ministère cette nuit ?
- Je n'en pas le moindre doute. Ce gamin est particulièrement stupide. Il agit sans réfléchir.
Bellatrix hurla soudainement de rire, tapota l'épaule de son neveu et s'approcha du couple.
- La ferme, Lucius !
- Je ne disais rien.
- Vous réfléchissiez, c'est contrariant.
L'homme leva les yeux au ciel.
- Avez-vous réellement besoin dire tout ce que vous pensez avec une franchise impitoyable aussi souvent ?
Yaxley s'approcha du trio, calme et sérieux. Le soleil s'était couché.
- Il est l'heure. Nous partons.
Il fit un signe de tête et croisa le regard de Narcissa, avant de rejoindre la magnifique Úrsula. Cette splendide créature que Narcissa détestait tant.
- Bien ! Annonça joyeusement Bellatrix. Si j'avais je venais une fois de plus à disparaître ... Soyez gentils l'un pour l'autre, bienveillants l'un pour l'autre.
Elle posa le regard sur sa sœur.
- Tous les deux, insista-t-elle.
- Bellatrix, vous êtes totalement dépourvue de subtilité, se plaignit Lucius.
La sorcière rit et rejoignit les autres Mangemorts en sautillant.
- C'est triste qu'elle se soit crue obligée de dire ça, dit lentement Narcissa. "Soyez gentils l'un pour l'autre, bienveillants l'un pour l'autre. Tous les deux".
- C'était maladroit. Il est vrai que nous deux ... c'est compliqué.
- Elle et moi, c'est compliqué.
- Effectivement : la sœur aînée et la sœur cadette. Numéro Un et numéro Deux.
- Qui est numéro Un ?
- Vous, bien-sûr.
Elle sourit.
- Bellatrix est une femme qui devrait être numéro Un et dont la tragédie est d'être la seconde, continua Lucius.
- Oui, c'est son fardeau.
- Et vous le savez.
- Oui, je le sais. C'est mon fardeau.
Ils empruntèrent un à un la cheminée. Des flammes vertes les emmenèrent dans le hall du Ministère. Des gardes se jetèrent sur eux mais furent tous paralysés et réduits en cendre par un simple coup de baguette. Ils longèrent la fontaine pour arriver prendre les ascenseurs jusqu'au neuvième étage. Rien d'autre ne bougeait que les flammes des torches agitées par le souffle d'air qu'ils avaient provoqués. Lucius s'approcha d'une porte noire et lisse, y posa pointe de sa baguette et murmura quelques paroles. La porte s'ouvrit sur une grande salle circulaire au sol et plafond noir. Identiques sans aucune marque, dépourvues de poignées, des portes noires s'alignaient à intervalles réguliers le long des murs également noirs. Des chandeliers fixés entre les portes éclairaient la pièce de flammes bleues dont la lueur froide, vacillante, se reflétait dans le marbre brillant du sol en lui donnant l'aspect d'une eau sombre. Un grondement sonore retentit et les chandeliers se déplacèrent latéralement. Le mur circulaire était en train de tourner sur lui-même. Pendant quelques secondes, emportées par le mur qui tournait de plus en plus vite, les flammes bleues devinrent floues, traçant des lignes lumineuses semblables à des néons. Puis, aussi soudainement qu'il avait commencé, le grondement s'interrompit et la pièce retrouva sa stabilité.
- Ce bon vieux Département des Mystères, sourit Rookwood.
- Lucius ! Interpella Bellatrix. Qu'attends-tu ? Quelle porte devons-nous emprunter ?
L'homme ne répondit pas et s'approcha lentement d'une porte et l'ouvrit. Aussitôt, de magnifiques lumières qui dansaient sur les murs brillèrent comme des éclats d'un diamant. Des pendules brillaient de toutes parts, des grandes, des petites, des horloges de grand-père, des réveils de voyage. Certaines étaient accrochées aux murs, entre des bibliothèques, d'autres posées sur des tables alignées tout au long de la pièce. Un cliquetis incessant s'élevait de partout, comme si des milliers de pieds minuscules avaient marché au pas. Les lueurs éclatantes qui dansaient comme des reflets de diamant provenaient d'une grande cloche de cristal, tout au fond de la pièce. Montrant le chemin, le sorcier s'élança dans l'étroit espace entre les rangées de table, vers la source lumineuse : la cloche de cristal, aussi haute que lui, posée sur un bureau et dans laquelle un tourbillon de vent dessinait des volutes de lumière. Porté par les courants étincelants, un œuf minuscule, brillant comme un joyau, flottait à l'intérieur. Le groupe emprunta la porte derrière la cloche. Enfin, ils y étaient : aussi vaste qu'une église et rempli d'immenses étagères sur lesquelles s'alignaient de petits globes de verre poussiéreux. On les voyait luire faiblement à la lueur des chandeliers fixés à intervalles réguliers le long des rayons. Tout comme la pièce circulaire, ils brûlaient d'une flamme bleue. Un froid intense régnait dans la salle.
- Bien, annonça Lucius. Séparons-nous. L'enfant ne devrait plus tarder. Yaxley, Rodolphus, Úrsula : de ce côté. Rabastan, Augustus, Goyle : de l'autre. Bella et Narcissa, avec moi.
Les groupes se formèrent et se séparèrent.
- Que faisons-nous, maintenant ? Demanda Narcissa.
- Nous attendons Potter, répondit son époux.
Lucius semblait sûr de lui, mais la sorcière était dans le doute. Cette mission était très risquée, rien ne prouvait leur réussite. Elle observa son mari, silencieux et attentif. A quoi pouvait-il penser ? Quelques fois, il lui semblait être un étranger. Soudain, il se redressa. Des voix se firent entendre au loin. Ils semblaient plus que prévu, mais restaient des adolescents sans expérience.
- 97 ! S'écria une jeune voix féminine. J'ai trouvé !
Des pas accoururent.
- C'est ici !
Le trio enchanga un regard. C'était Harry Potter. Lucius prépara sa baguette et fit disparaître son masque sur sa figure. Les sœurs suivirent.
- Je ne pense pas que Sirius soit ici ...
Cela avait commencé. Le garçon courut dans tous les sens, paniqué.
- Harry ? Prononça une voix. Tu as vu ça ? Il y a ton nom là-dessus ...
Lucius se raidit. La prophétie allait bientôt être retirée. A l'instant même où Potter posa ses doigts autour de la sphère, l'homme sortit héroïquement de sa cachette.
- Très bien, Potter, dit-il. Maintenant, retournez-vous lentement, gentiment et donnez-moi ça.
Les silhouettes noires surgirent de partout, bloquant le passage des deux côtés, leurs yeux brillaient à travers les fentes de leur masque.
- Où est Sirius ? Demanda le garçon.
Ils éclatèrent de rire. La voix de Bellatrix prit le dessus. Elle se moqua de Potter.
- Oh, Londubat ! Comment vont tes parents ?
Lucius sourit.
- Mieux maintenant qu'ils seront vengés !
Le plus grand du groupe se précipita, baguette en main, vers sa sœur.
- Pas encore, Neville ! L'arrêta Potter.
- Il donne ses instructions aux autres mômes comme s'il pensait pouvoir se battre contre nous ! Rit Bellatrix.
- Vous ne connaissez pas Potter comme je le connais, Bellatrix, dit doucement Lucius. Il a une faiblesse très marquée pour le mélodrame. Il serait temps que vous appreniez à faire la différence entre la vie et les rêves, Potter. Donnez-moi cette prophétie et il ne sera fait de mal à personne.
- Jamais ! Dit Potter.
- Dumbledore ne vous a donc jamais expliqué que la raison pour laquelle cette cicatrice sur votre font se trouve au Département des Mystères ?
Narcissa observa son époux. Il manipulait le garçon avec une telle aisément. Sur son visage, un sourire machiavélique et ravi. Il était terrifiant.
- Allez-y ! Hurla l'adolescent.
Derrière lui, cinq voix s'exclamèrent en même temps : "Reducto !". Cinq sortilèges jaillirent alors dans cinq directions différentes, heurtant de plein fort les étagères alentour. Les hautes structures vacillèrent tandis qu'une bonne centaine de sphères explosaient. Le groupe fuit à travers les couloirs, suivis des Mangemorts, lançant des sortilèges. Ils traversèrent plusieurs mystérieuses pièces, réussirent à blesser plusieurs gamins sans casser la prophétie. Lucius savait exactement ce qu'il faisait. Ils atteignirent une nouvelle pièce circulaire au sol de sable blanc. Une arche se tenait sur une dune, majestueuse et terrifiante. Les Mangemorts se précipitèrent sur les autres adolescents.
- Laissez les autres repartir et je vous la donnerai ! Assura Harry, désespéré.
- Vous n'êtes pas en position de marchander, dit Lucius. Maintenant, Potter, ou bien vous nous donnez la prophétie, ou bien vous devrez regarder vos chers amis mourir.
Doucement, très doucement, l'adolescent tendit le globe à l'homme. Alors qu'il l'attrapa, Narcissa sentait sa respiration s'accélérer. Ils avaient réussi. Au même instant, loin au-dessus de leurs têtes, deux autres portes s'ouvrirent à la volée et cinq autres personnes se précipitèrent dans la salle : Sirius Black, Remus Lupin, Maugrey, Tonks et Kingsley. Tonks lança un éclair de stupéfixion et Lucius vola dans les airs. Les Mangemorts étaient complètement désemparés face à l'attaque soudaine des membres de l'Ordre du Phénix qui faisaient pleuvoir sur eux un déluge de sortilèges. Harry Potter rattrapa la prophétie et tenta de fuir. Narcissa se précipita sur lui et serra sa gorge avec force.
- Donnez la moi !
Maugrey se jeta soudain sur elle. Elle se plia se douleur et hurla. Aussitôt, Lucius et Marcus la rejoignirent. Yaxley attaqua Fol Oeil. De nouveaux sorciers arrivèrent. Antonin et Mulciber étaient gravement blessés. Sirius attaqua Lucius, ne laissant aucun répit à l'homme. Narcissa le rejoignit.
- Cissy ! S'exclama Sirius. Ma chère cousine.
Elle lança un sortilège, qu'il contra.
- Alors ... es-tu heureuse ?
- Endoloris !
Son cousin se jeta à terre. Potter, non loin, se précipita pour l'aider, et attaqua les Malfoy. Lucius fut projeté en arrière et heurta de plein fouet Bellatrix. Le globe s'envola et se fracassa sur le sol quelques mètres plus. Contemplant les débris de verre avec une expression d'horreur, le sorcier se pétrifia.
- Avada Kedavra ! Hurla Bellatrix.
Doucement, Sirius recula et traversa l'antique arcade. Il disparut au-delà du voile. Bellatrix rit, triomphante. A cet instant, Potter se jeta sur elle. Le groupe fut pris d'une rage soudaine et attaquèrent avec plus de force encore. Ils encerclèrent les Mangemorts et attrapèrent plusieurs d'entre eux. Narcissa se battait contre sa nièce. Elle était déjà si grande. Au loin, Lucius et Marcus combattaient une dizaine de sorciers à eux seuls. Ils échangèrent un regard inquiet et acquiescèrent. Soudainement, Lucius se transforma en fumée et se jeta sur son épouse. Il l'emmena derrière l'arche, se cachant des éclairs de lumière traversant la pièce.
- Lucius, que-
- Narcissa, nous sommes perdus, la coupa-t-il.
- Je-
- Vous devez fuir !
- Pardon ?
- Yaxley va vous aider.
- Excusez-moi ?
- Quand vous avez intégré le cercle, je lui ai fait promettre que si un jour, une mission venait à mal tourner, il vous sauverait avant tout.
- Pardon !?
- Nous n'avons pas le temps pour ça ! C'est fini, Narcissa. Vous devez partir.
- Et-et vous ?
- Je dois restez pour vous permettre à vous et à le plus d'entre nous de fuir !
- Non ! Je ne peux pas vous laisser !
- Lucius ! Pressa Marcus, à bout de souffle contre le groupe, à quelques mètres d'eux.
Le sorcier plongea son regard dans celui de son épouse. Il semblait désemparé et déchiré.
- Je suis désolé, dit-il doucement. Je vous aimerai toute ma vie.
Il se pencha et scella leurs lèvres en un douloureux, cruel et pourtant si tendre baiser. Aussitôt, il se précipita sur le champs de bataille.
- Non, Lucius ! Hurla Narcissa.
Marcus se jeta sur elle et, juste avant de transplaner, elle aperçut les sorciers sauter sur son époux. La seconde suivante, elle tomba violemment sur le sol du Manoir Malfoy.
- Lucius ! Hurla-t-elle en pleurs.
Elle tenta de se lever mais les bras puissants de Marcus l'entourèrent. Elle posa son visage contre son torse musclé et laissa couler de grosses larmes sur son habit de sorcier.
