2ème année : une règle est faite pour être brisée, non ?

Les mois semblaient s'écouler aussi vite que des secondes pour les élèves de Poudlard, comme un film en mode accéléré. Il y avait cependant bien eu un arrêt sur image, Halloween. Non pas pour la beauté de la soirée, les blagues idiotement terrifiantes de Peeves ou la soudaine agitation des fantômes dans les couloirs, non pas même pour tout cela. Un incident horrible était arrivé, si cruel qu'Hermione n'arrivait même plus à trouver les mots pour le décrire, plusieurs semaines plus tard. Ce malheureux événement avait plongé le château dans l'effroi, la suspicion et la permanente impression d'être observé, écouté, pas en sécurité. Oui, elle pouvait le sentir quand elle se promenait dans les couloirs de Poudlard, quand elle riait avec ses amis, quand elle rentrait silencieusement de la Bibliothèque, cette présence presque habituelle qui rampait dans son ombre. C'était le monstre de la chambre des Secrets, le personnage devenu principal des cauchemars de la plupart des crédules élèves, l'hôte des peurs, des regards et des rumeurs.

Hermione se rappelait de la triste soirée qui avait pourtant bien commencé. Le château avait revêtu ses habits de soirée pour l'occasion, et le trio s'était rendu à la fête organisée par Nick-quasi-sans-tête, avec tout de même un peu d'appréhension. Finalement, ça n'avait pas été si mal, en y repensant. Certes la nourriture n'était pas des plus fraiches, mais la conversation y avait été intéressante. C'était le retour au monde des vivants qui les avait traumatisés : Miss Teigne, la chatte du concierge, son pauvre corps ensanglanté épinglé au mur, et cette inscription si terrifiante ! Et le regard fou de Rusard, hanté par cette vision, pétrifié sur Harry. Rien qu'à y penser, Hermione sentait des frissons remonter le long de sa colonne vertébrale. Après cet horrible évènement, elle avait bien sûr cherché en long et en large la moindre information sur la Chambre des Secrets et finalement, par un manque évident et presque anormale, légèrement désespérée, la sorcière s'en était remise au bon vouloir et la science infuse des professeurs. C'est ainsi qu'ils avaient appris la légende et que les rumeurs s'étaient répandues dans les couloirs maintenant nettement plus lugubres de Poudlard. Même s'ils tentaient de la cacher, l'inquiétude croissante des adultes se ressentait dans leurs regards en coin, furtifs et scrutateurs. Comme s'ils s'attendaient à ce qu'un élève disparaisse à tout moment.

Il semblait que l'incident ait secoué encore plus Harry, qui, depuis, n'arrêtait pas d'entendre une voix lui murmurer des mots glaçants. Pas qu'Hermione ne le croyait pas, elle savait bien que son ami était doté de certaines particularités, cependant le fait qu'il soit le seul à le percevoir commençait à le rendre fou, presque paranoïaque. La jeune fille aurait bien voulu l'aider, mais elle ne savait pas vraiment comment faire. Elle cherchait vainement, comme à son habitude, dans les étagères de la Bibliothèque une quelconque explication rationnelle. D'ailleurs, elle avait dû promettre à ses amis de faire attention, lorsqu'elle revenait seule et tard d'un long épisode d'investigation peu fructueux.

- Tu resteras vigilante et tu ne reviendras pas trop tard, hein ?

- Fred, ne t'inquiètes pas, je n'ai plus huit ans, je suis capable de faire attention à moi-même.

- Je ne remets pas en doute cette faculté, Mione. C'est juste qu'on sait pas du tout qui a fait ça à Miss Teigne, mais définitivement quelqu'un ou quelque chose de cruel et puissant. Alors tant qu'on reste dans l'inconnu, on doit se préparer à tout. Et puis, les jeunes filles seules, qui déambulent dans Poudlard le soir, je ne sais pas pourquoi mais elles me paraissent être une cible principale, ou du moins facile à atteindre.

- Je ne te pensais pas aussi inquiet, avait-elle observé, en constatant que l'inquiétude du rouquin était bien réelle et profonde.

- Je suis bien plus inquiet pour toi, Ron, Harry et Ginny, que je ne le suis pour Georges ou moi-même. Vous êtes encore des novices en magie, alors pour se défendre face à ça !

- Promis.

- Merci, lui avait-il répondu dans un soupir soulagé. Puis il était reparti, surement en direction de son petit frère ou de sa petite sœur pour leur faire le même discours de grand frère protecteur.

Toutefois, cela ne réglait pas la question de cette soirée d'Halloween : qui avait donc ouvert la Chambre des Secrets, pourquoi et comment ? Après un court interlude dans les toilettes des filles abandonnées, lieu de vie choisi par Mimi Geignarde, et pris sur les faits par un Percy encore plus choqué que le jour où il avait découvert son petit frère embrasser une fille dans un placard, le trio s'était installé dans la Salle Commune des Gryffondors, dubitatif.

- Mais qui a bien pu ouvrir la Chambre ? finit par dire calmement la brunette, rompant ainsi le silence pensif et tendu qui s'était installé entre eux. Qui voudrait effrayer tous les Cracmols et les Nés-Moldus de Poudlard ?

- Réfléchissons, répondit sarcastiquement Ron, qui donc connaissons-nous qui pense que les enfants de Moldus sont des « déchets humains indignes d'être sorciers » ?

Il regarda Hermione, une lueur insistante et dégouté allumée dans ses prunelles. Celle-ci rejeta sa tête en arrière, peu convaincue. La connexion lui semblait bien trop facile pour être vraie.

- Si tu parles de Malfoy...

- Bien sûr que je parle de lui ! Tu l'as entendu clamer partout dans les couloirs « Tu seras la prochaine, Sang-de-Bourbe » ! Il t'a menacé directement et tu ne sembles même pas le prendre au sérieux, Mione.

- Peut-être, mais on était déjà au courant de sa haine envers moi et ma soi-disant race bien avant la Chambre des Secrets.

- Pff, il n'y a qu'à regarder sa sale tête de rat pour savoir que c'est lui, et tu ne pourras pas me convaincre autrement, affirma le roux, en secouant sa tête, persuadé de la véracité de sa supposition.

- Malfoy, l'héritier de Serpentard ? répéta Hermione, sceptique. Elle ne pouvait pas se le cacher, ça l'arrangerait bien que cela soit effectivement la réalité. Toutefois, quelque chose coinçait, sans qu'elle puisse le saisir concrètement.

- Regarde sa famille, observa Harry, ils ont tous été à Serpentard, Malfoy en est tellement fier qu'il s'en vante toujours. Ils pourraient facilement être les descendants de Serpentard. Son père est d'ailleurs particulièrement diabolique à mon goût.

Les trois amis émirent le même son écœuré, couronné d'une grimace similaire, au doux souvenir de leur rencontre avec Lucius Malfoy.

- Ils auraient pu avoir la clé de la Chambre des secrets dans leur famille des siècles durant ! appuya Ron. Et se la transmettre de père en fils…

- Hum, eh bien, je suppose que c'est une possibilité à envisager, soupira Hermione, se remettant à leur opinion, qu'elle trouvait tout de même un peu trop orientée.

- Mais comment pourrait-on le prouver ? s'exclama Harry, la mine illuminée par un sourire à la fois sombre et excité, étrange mélange, presque effrayant sur son visage d'habitude si innocent.

- Il existe peut-être un moyen, chuchota lentement Hermione, vérifiant attentivement que personne ne les écoutait. Bien sûr, ce serait difficile. Et dangereux, très dangereux. Nous enfreindrions au moins une cinquantaine de règles scolaires, je suppose...

- Mione, le danger, on le mange au petit-déjeuner ! Allez, dis-le-nous, ce mystérieux moyen, insista Ron.

- Très bien. Ce que nous devons faire, c'est entrer dans la salle commune de Serpentard et poser quelques questions à Malfoy, sans qu'il se rende compte que c'est nous.

- Sans être pessimiste, ça me parait légèrement impossible.

- Non, ça ne l'est pas Harry, il suffit seulement qu'on se procure du Polynectar !

- Hein ?

- C'est quoi ça encore ?

- Sérieusement les garçons ? On l'a vu en Potions il y seulement une semaine !

- Parce que tu crois qu'on écoute Rogue en classe ? murmura Ron. M'étonne pas que tu sois une idéaliste.

- Très drôle Ronald ! Le Polynectar est une potion qui permet de se transformer en quelqu'un d'autre. Réfléchissez ! On pourrait se changer en trois Serpentards et personne ne saurait que c'est nous ! Malfoy nous dirait probablement tout sans même s'en rendre compte. Il est tellement orgueilleux, qu'il est surement déjà en train de le faire à l'heure qu'il est, en plein milieu de leur salle commune.

- Hum, ton Polymachin me semble tout de même un peu louche, dit Ron en fronçant les sourcils. Imagine, et si nous restions coincés comme les trois Serpentards pour toujours ? C'est probablement assez haut sur ma liste des pires cauchemars qui pourraient se réaliser !

- Ne sois pas bête, Ron ! La potion se dissipe après un certain temps. Cependant il sera très difficile de mettre la main sur la recette. Rogue, me semble-t-il, a mentionné un livre qui se trouve dans la section interdite de la bibliothèque, la Réserve.

Les trois deuxièmes années échangèrent un regard appuyé. Il n'y avait qu'une seule façon de sortir un livre de la section interdite : il fallait nécessairement une note signée de la permission d'un enseignant. Chose qui était extrêmement rare et difficile à obtenir, encore plus pour des élèves aussi jeunes qu'eux.

- Mais comment ? murmura Harry. Ce n'est pas comme si n'importe qui nous en donnerait l'autorisation.

- Vraiment Harry ? lança Ron, un sourire mesquin en coin. Pourtant il me semblait bien qu'on en connaissait un assez bête pour le faire.

- Ron !


Ils entrèrent discrètement dans le calme étouffé de la bibliothèque, un papier blanc précieusement tenu au creux de la main droite de la Gryffondor. Ils s'approchèrent du grand bureau en bois ciré où se trouvait Madame Pince, perchée tel un vautour sous-alimenté. Hermione tendit soigneusement la note à la bibliothécaire, un sourire confiant aux lèvres, tandis que, derrière elle, Harry et Ron se jetaient des coups d'œil fébriles. Mme Pince releva son sourcil parfaitement acéré et répéta à voix haute le nom du livre en question, puis dévisagea par-dessus ses lunettes la fillette en face d'elle, suspicieuse. Hermione acquiesça, incapable de prononcer le moindre mot à cause de sa gorge tout d'un coup aussi aride que le désert de Sahara. Elle n'en revenait toujours pas de ce qu'elle était en train de faire.

Mme Pince tint même la note jusqu'à la lumière, comme si elle était déterminée à détecter quelques éléments qui la rendrait fausse. Mais elle sembla passer le test, au vu de sa moue aigrie. La vieille dame s'éloigna entre les étagères et revint quelques minutes plus tard avec un grand livre moisi. Hermione s'en empara soigneusement, le rangeant délicatement dans son sac, et, après un dernier sourire angélique, ils repartirent aussi précipitamment que leurs jambes le pouvaient, en essayant néanmoins de ne pas avoir l'air trop coupable.

Cinq minutes plus tard, ils s'étaient barricadés dans les toilettes hors d'usage de Mimi Geignarde. Hermione avait outrepassé les objections d'un Ron écarlate et gêné, en soulignant que c'était bien le dernier endroit où une personne sensée irait, donc leur garantissait une certaine vie privée. Hermione ouvrit soigneusement le fameux grimoire qui leur avait valu toute cette peine, et les trois adolescents se penchèrent anxieusement sur les pages tachetées d'humidité. Il était à présent très clair pourquoi l'ouvrage appartenait à la Réserve. Certaines de ces potions avaient des effets presque trop horribles pour y penser, et quelques illustrations très désagréables y étaient peintes, des choses qui une fois vue étaient à jamais inscrites à l'encre indélébile dans votre cerveau. Hermione se recula même lorsqu'elle croisa celle qui comprenait un homme retourné à l'envers et une sorcière avec plusieurs paires de bras supplémentaires poussant hors de sa tête.

- Et après tu oses nous demander pourquoi on n'aime pas les cours de Potions, murmura Ron, les yeux écarquillés.

- Hum, toussota la sorcière, un son étranglé en ressortissant.

- Je n'arrive pas à croire que Lockhart nous y ait donné accès, commenta Harry, toujours sidéré par ce qu'il lisait.

- Il n'a même pas regarder le titre, bête comme il est.

- Ron ! Un peu de respect, c'est un professeur. Ah, nous y voilà ! s'exclama soudainement Hermione avec enthousiasme, quand elle tomba enfin sur la page dédiée à la Potion de Polynectar. Elle s'empressa d'étudier la liste des ingrédients et la procédure, mais son sourire tomba bien vite. C'était clairement la potion la plus compliquée qu'elle avait jamais croisé !

- Alors ?

- Ça va être sacrément difficile. On aura besoin de chrysopes, de sangsues, de sisymbre et de polygonum. Bon, ils seront assez faciles à trouver, puisqu'il y en a dans le placard des étudiants. Ah, par contre, il faut de la poudre de corne de bicorne et ça, je ne sais pas où nous allons en trouver. Tiens, de la peau déchiquetée d'un serpent d'arbre, tout aussi délicat. Et bien sûr un peu de celui en qui nous voulons nous changer.

- Excuse-moi ? l'interrompit Ron brusquement. Qu'est-ce que tu veux dire, un peu de celui en qui nous voulons nous changer ? Je ne bois rien avec les ongles de pieds de Crabbe dedans moi !

- Chut ! Nous n'avons pas encore à nous inquiéter de ça, ce ne sont que les derniers ingrédients à ajouter.

- Tu te rends bien compte à quel point on va devoir voler, Hermione ? Ces trucs dont tu nous parles, ils ne se trouvent certainement pas dans le placard des étudiants. Qu'allons-nous faire, pénétrer par effraction dans la réserve privée de Rogue ? Je ne sais pas si c'est une bonne idée après tout !

- Harry, on ne va pas se dégonfler maintenant ! Bien sûr que je ne veux pas enfreindre les règles, tu le sais très bien. Mais je crois fermement que menacer des Nés-Moldus est bien pire que de concocter une potion difficile. Alors aux grands maux, les grands remèdes. Toutefois si vous ne voulez pas savoir s'il s'agit de Malfoy, je vais tout de suite demander à Mme Pince de remettre le livre à sa place…

- Je n'aurais jamais cru voir le jour où toi, Hermione Granger, nous persuaderais d'enfreindre les règles, déclara Ron, bouche-bé. Mais ok, compte moi dedans ! Enfin, à une condition : pas les ongles de pieds, d'accord ?

- Combien de temps tout ça va nous prendre ? demanda Harry, alors que Hermione, soulagée qu'ils la soutiennent, retourna à la lecture du grimoire.

- Eh bien, puisque le sisymbre doit être cueilli à la pleine lune et que les chrysopes doivent être cuites pendant vingt et un jours… Je dirais qu'elle sera prête dans environ un mois, si nous pouvons obtenir tous les ingrédients dans les jours qui viennent.

- Un mois ? Malfoy pourrait attaquer la moitié des enfants Moldus de l'école d'ici là !

- Tu as une meilleure idée à proposer, Ron ?

- Humpf, non. Bon, c'est le meilleur plan que nous ayons, alors agissons au plus vite !

- Très bien, demain, on commence la mission Polynectar, conclut Harry, avec un signe d'assentiment des deux autres.

Hermione remit le livre dans son sac et ils repartirent discrètement des toilettes, en direction de leur salle commune. Un lendemain bien chargé les attendait, surtout Harry, qui avait un match de Quidditch contre les lesdits Serpentards à gagner !


- Vous auriez dû venir directement me voir ! Je peux réparer des os en une seconde, mais les faire repousser !

La voix grinçante de Mme Pomfresh retentissait derrière le rideau blanc qui abritait le pauvre lit d'infirmerie dans lequel Harry s'y était enfoui. Le seul signe indiquant qu'il était encore vivant, était ses pauvres gémissements de douleur. Hermione sentit son cœur se serrer, les tremblements de sa main continuant incessamment. Lorsqu'elle avait vu ce Cognard heurter son ami de pleine face, tout le sang qui était censé irrigué son utile cerveau avait semblé soudainement disparaitre ! Certes, elle avait pensé que Lockhart pourrait peut-être aider Harry ; malheureusement, elle avait eu tort. Et maintenant il se tortillait sous la souffrance, n'ayant plus AUCUN os dans son bras ! Qui avait donc bien pu ensorceler ce Cognard ? Tout le match durant, il avait perpétuellement été collé à Harry, malgré les tentatives vaines d'éloignement de la part des jumeaux. Quelque chose ne tournait définitivement pas rond…

- Aïe ! Mais vous serez capable de les faire repousser, hein ? Dites-moi que vous en serez capable !

- Bien sûr que j'en serai capable, mais ce sera douloureux, très douloureux. M Potter, vous allez devoir rester ici cette nuit. M Weasley ? Un peu d'aide avec le pyjama, s'il vous plait.

Ron s'empressa d'effectuer sa tâche, derrière le rideau blanc, tandis qu'Hermione ruminait sa peine, en répétant sans cesse le match dans son esprit. Un détail lui avait peut-être échappé !

- Comment peux-tu défendre Lockhart maintenant, Hermione ? lui lança Ron, à travers le voile, interrompant le court de ses pensées. Si Harry avait voulu être désossé, il l'aurait demandé. Et je ne suis même pas sûr que Lockhart l'ait même bien fait !

- N'importe qui peut se tromper, lui répondit sèchement Hermione, refusant par pure fierté de lui rendre raison. Et puis à présent ça ne fait plus mal, n'est-ce pas, Harry ?

- Non, souffla celui-ci, mais c'est pas tellement agréable non plus.

La jeune fille grimaça et pu enfin contourner le rideau blanc qui les séparait. Même si le brun semblait ne plus souffrir intensément, son teint était encore livide et son front plein de sueur. Mme Pomfresh revint avec une grande bouteille, qu'elle ouvrit pour lui appliquer le contenu sur la zone endommagée. Malgré la façon dont ses lèvres étaient sévèrement pincées, Hermione aperçut passer rapidement un air navré sur son visage. Quelque chose lui disait que Harry n'allait clairement pas apprécier cette potion guérissante !

- Vous allez passer une nuit agitée, indiqua l'infirmière. La repousse des os est une sale affaire.

Hermione et Ron échangèrent un regard consterné, puis se précipitèrent pour aider leur pauvre ami à boire un peu d'eau. Mme Pomfresh repartit vers son bureau, grommelant sur le danger du Quidditch et les idiots de professeurs à Poudlard, les laissant enfin seuls.

- Bon, au moins on a gagné le match, non ? dit Ron en souriant. Tu as attrapé le Vif d'or de manière spectaculaire ! Et puis, le visage de Malfoy… il semblait prêt à te tuer… mais son écœurement était tellement jouissif !

- Et moi, j'aimerais surtout savoir comment il a pu ensorcelé ce Cognard, si c'est bien lui, déclara sombrement Hermione.

- Nous pouvons ajouter cela à la liste de questions que nous lui poserons lorsque nous aurons pris la potion. En tout cas, on peut tout de même dire qu'il a de la suite dans les idées. J'espère simplement que le Polynectar a meilleur goût que les potions de Mme Pomfresh !

- Pff, Harry, je te rappelle qu'il y a des bouts de Serpentards dedans : jamais ça n'aura bon goût, certifia Ron, en secourant la tête, les yeux hantés par une vision de d'ongles de pieds flottant dans une potion à l'aspect verdâtre et visqueux.

La porte de l'aile de l'hôpital s'ouvrit brusquement à ce moment-là. Sale et trempée, le reste de l'équipe de Gryffondor était enfin arrivé pour voir leur Attrapeur.

- Magnifique match, Harry ! s'exclama George. Je viens de voir Marcus Flint crier sur Malfoy. Dire qu'il avait le Vif d'Or juste sur la tête et qu'il ne l'a même pas remarqué. Malfoy ne semblait pas très heureux.

- Il avait l'air d'un petit gamin pris en faute par sa mère, surenchérit même Fred, le regard pétillant.

Tout le monde se mit à sourire à l'image. Le capitaine, Dubois, resta le plus longtemps auprès de son joueur, à vérifier que tout allait mieux. Les jumeaux avaient apporté des gâteaux, des bonbons et des bouteilles de jus de citrouille. Ils se rassemblèrent donc autour du lit d'Harry, les rires et les discussions fusant de chaque côté, et commençaient tout juste ce qui devait être une bonne fête, lorsque Mme Pomfrey arriva en criant : « Ce garçon a besoin de repos, il a trente-trois os à repousser ! Allez, hop, sortez ! DEHORS ! »

Il faut dire que l'infirmière pouvait être sacrément terrifiante quand elle s'y mettait, alors personne n'osa discuter ses mots, et tous partirent sans demander leur reste. Fred, George, Ron et Hermione sortirent les derniers, après avoir souhaité une bonne nuit de repos à Harry, qui paraissait à moitié assommé dans son petit lit blanc.

- Hey, ça va ?

Cette interrogation sous la forme d'un murmure fit tourner la tête d'Hermione vers sa droite. Fred l'observait, un sourcil relevé. Il lui prit subitement la main, stoppant instantanément les tremblements qui l'agitaient, dont la sorcière avait d'ailleurs oublié l'existence. Il cala son pas sur le sien, les distançant lentement du reste du groupe, qui repartait en direction de leur salle commune

- Oui, ça va mieux, maintenant que Harry est en voie de guérison. J'ai l'impression que je vais devoir m'habituer à le voir souvent dans un sale état…

- Etant donné que c'est à la fois un joueur de Quidditch et un attrape-ennui ambulant, il me semble que tu doives effectivement te rendre à l'évidence. Mais il y a quelque chose d'autre qui te tracasse, n'est-ce pas ?

- Hum, acquiesça la sorcière, qui s'arrêta tout d'un coup au beau milieu du couloir. C'est ce Cognard. Toi qui est Batteur, tu ne trouves pas ça louche ?

- Eh bien, pour être honnête j'en avais jamais vu un aussi têtu et bloqué sur une même personne. Avec George, on a essayé tant bien que mal de l'envoyer dans tous les coins, mais il revenait toujours vers Harry. Ce qui est d'autant plus étrange, car il n'était pas le joueur le plus actif sur le terrain. Pourtant avant chaque match, les balles sont vérifiées par les professeurs, afin qu'il n'y ait aucune triche.

- Alors, il y a deux options que je puisse envisager pour expliquer ce qui s'est passé, affirma Hermione, les bras croisés, ses yeux plantés fermement dans ceux de Fred.

- Je t'en prie, éclaire-moi, lui dit-il en se penchant de toute sa hauteur sur le visage trop sérieux de la Gryffondor.

- Soit l'ensorcèlement du Cognard a été fait par le professeur qui l'a vérifié avant le match d'aujourd'hui, soit la formule employée est de la magie noire, articula solennellement la sorcière, tandis que Fred se relevait, surpris.

- Tu crois sincèrement qu'un professeur tenterait d'attenter à la vie d'Harry ?

- Ce ne serait pas la première fois, rappelle-toi Quirell l'année dernière, lui pointa-t-elle, une moue désabusée aux lèvres.

- Ah, hum, effectivement.

- A un match de Quidditch d'ailleurs !

- Hermione !

- Quoi ?

- Arrêtes, tu vas me rendre complétement paranoïaque.

- Oups, désolée.

Ils reprirent doucement leur marche. Hermione semblait moins soucieuse qu'avant, remarqua Fred, ses joues avaient repris des couleurs. Il se sentit rassuré et mit alors son esprit à la réflexion.

- Je pencherais plus pour la deuxième option, les professeurs ne font que rarement un tour dans les locaux de Quidditch et en plus, c'est McGonagall qui s'est chargée de vérifier aujourd'hui.

- Oui, elle ne ferait jamais ça. Mais qui maitrise suffisamment la magie noire à Poudlard ? interrogea la brunette, les yeux perdus dans le vague, alors qu'ils s'approchaient finalement du tableau de la Grosse Dame.

- Ce n'est peut-être pas forcément de la magie noire, seulement une magie auxquels les sorciers ne sont pas habitués, lança Fred, en haussant les épaules. Ça rendrait l'ensorcèlement encore plus indétectable. Pétard corniflu ! Ah qu'est-ce que j'aime le mot de passe de cette semaine.

- Hey, ce n'est pas une mauvaise idée ça, répliqua Hermione en entrant à son tour dans la salle commune des Gryffondors.

- Voyons, Mione, j'ai toujours des bonnes idées ! Tu devrais le savoir, depuis le temps, plaisanta-t-il, son célèbre sourire taquin en coin.

Il lui lança un dernier clin d'œil et lâcha enfin sa main, puis partit rejoindre son frère et son équipe, rassemblés au milieu de la pièce et entourés de leurs supporters enflammés. Hermione sentit comme un étrange froid qui l'envahissait soudainement. Elle se secoua l'échine et se dirigea vers Ron, qui s'empiffrait déjà de gâteaux, laissant tranquillement mijoter ces quelques dernières réflexions.


Merci d'avoir lu !