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TRAITE DE SANG

— Tu m'as cassé le nez! gémit Hugo, le pif en l'air, un coton dans une de ses narines et un mince filet de sang coulant le long de sa lèvre tuméfiée.

— Tu l'as mérité! rétorqua Liam.

Hugo lui lança un regard noir qui ne fit ni chaud ni froid à son agresseur. Le petit génie était dans un état lamentable après la rouste que Liam lui avait donnée. Mais celui-ci ne regrettait pas un seul de ses coups et il soupçonnait même Hugo de l'avoir laissé faire. L'ancien inspecteur le comprenait au simple coup d'œil de ses muscles qui s'étaient développés, de sa posture beaucoup moins nonchalante et surtout par son regard. Le garçon avait bien grandi et du surdoué farceur, Liam découvrait aujourd'hui un homme froid et décidé.

— Arrête de bouger! le sermonna Sofia en lui claquant la paume de la main.

Ils se trouvaient tous les trois dans le laboratoire de la jeune indienne. Sofia avait insisté pour soigner elle-même son sorcier chéri, enfin de retour, et Liam avait refusé tout net de laisser le moindre moment de répit au dernier individu qui avait parlé à sa fille et à son compagnon. Le couple avait constaté, à regret, l'ombre de Liam dans leur sillage et n'avait eu d'autre choix que de l'accueillir dans leur antre, remettant à plus tard leur retrouvaille.

Impatient comme toujours, Hugo fit mine de se relever du bureau sur lequel il était assis et enlevait déjà le coton de son nez. D'un simple regard, Sofia calma l'ardeur du sorcier qui se rassit sagement.

— J'ai pas le temps pour ça…, soupira-t-il en se laissant tout de même faire.

— Si tu as le temps! siffla Sofia. Et si tu bouges encore une fois, je te pique avec ça!

Elle avait apporté un plateau avec plusieurs instruments médicaux, le tout déposé sur le bureau avec fracas. Même Liam avait sursauté. Sofia darda une seringue devant les yeux d'Hugo qui louchaient sur le liquide transparent. Il se tint tout de suite aussi immobile qu'une statue.

— Rassure-moi, fit Hugo d'une petite voix en remuant à peine les lèvres. C'est un somnifère…

— Peut-être, répondit-elle d'un petit haussement d'épaule, ou peut-être pas…

Elle adressa un clin d'œil à Liam. Décidément, cette scientifique bizarre lui plaisait de plus en plus. Sofia avait le tempérament idéal pour survivre à la famille Weasley-Potter, pour une vie pleine de dangers et de folies surtout provoqués par chacun des membres de cette grande tribu de sorciers cinglés. D'ailleurs, et Liam se promit de ne jamais l'exprimer à haute voix, à bien des égards, le caractère autoritaire de la scientifique lui rappelait celui d'acier de Hermione Weasley. Liam décida de conserver cette comparaison dans un coin de sa tête pour la balancer à Hugo si jamais il continuait à lui taper sur les nerfs.

Pendant que Sofia s'activait autour de son compagnon, le clone débile de Hugo s'approcha de son créateur avec un autre plateau, bien moins menaçant que celui de la doctoresse, car le sien était rempli de cookies. Il les proposa à son jumeau qui les accepta volontiers. Liam était toujours quelque peu perturbé par ce dédoublement.

— Merci, fit Hugo d'une voix nasillarde. Je te l'ai jamais dit mais de tous mes clones, tu es mon préféré parce que t'es le plus gentil. Et tes pâtisseries sont délicieuses.

Le visage du faux Hugo s'éclaira d'un large sourire de joie mais s'éteignit bien vite au rictus méprisant de Sofia. Celle-ci nettoya la traînée de sang sur le visage d'Hugo. Elle prit le temps de l'ausculter sous toutes les coutures et grimaça lorsqu'elle remarqua les bleus et les cicatrices encore fraîches.

— Où as-tu encore traîné? maugréa-t-elle en sortant le fil et les aiguilles.

— Comment va Albus? la coupa Liam qui n'en pouvait plus d'attendre.

Hugo ne tourna pas la tête vers lui de peur de courroucer sa bien-aimée affairée sur sa personne. Liam vit toutefois ses poings se serrer et ses lèvres se pincer dans un tressaillement.

— Il va bien, répondit Hugo d'une voix sèche.

— Vraiment?

Hugo Weasley le prenait pour un imbécile. N'importe quel abruti à deux neurones pouvait aisément imaginer le sorcier le plus recherché du pays enfermé dans la pire des geôles et à subir les pires sévices.

— Bon, il en chie, admit Hugo. Mais il encaisse bien. Tu verras quand tu le retrouveras…tout ira beaucoup mieux.

Liam garda le silence. Hugo avait parlé vite, à coup d'acquiescement comme pour s'en convaincre. Depuis la dévastation de leur ferme, Liam n'avait été mué que par l'objectif de retrouver les siens. Aujourd'hui, en observant le cousin de son compagnon et ses réactions, le doute s'était soudain immiscé dans son cœur. Dans quel état allait-il retrouver Albus?

S'il le retrouvait vivant.

— Et Morgane?

Cette fois-ci, Hugo eut un sourire franc. Liam reconnaissait cette expression. C'était celle d'Albus lorsqu'il contemplait leur fille ou la sienne quand Morgane cherchait tout à coup l'étreinte de ses bras pour se consoler d'un cauchemar.

— Elle ressemble tellement à…

Il s'interrompit, incapable de prononcer le nom de sa soeur disparue. Son double croisa son regard et pour lui, aucune pudeur ni fierté n'entravaient son faible esprit. Des larmes perlaient dans ses yeux et Sofia le chassa avec rudesse pour préserver l'original. Hugo renifla, le regard dans le vide et le visage inexpressif.

— Par contre, c'est le caractère de son père.

— Lequel? demanda Liam légèrement agacé.

Il savait qu'il faisait mention de Scorpius mais Liam avait du mal à délaisser la paternité de Morgane à son père biologique, même s'il avait perdu la vie tragiquement. Liam ne l'avait peut-être pas procréé mais Morgane était sa fille et il ne la partageait qu'avec Albus. Hugo parut surpris par sa question mais il sourit bien vite, amusé par sa soudaine agressivité.

— Les trois…, répondit-il avec honnêteté. Aussi têtue que Albus, aussi inconsciente que l'était Scorpius et aussi méfiante que toi…

Liam demeura impassible mais il se gonfla de fierté à l'intérieur.

— Elle t'en a fait voir? sourit-il.

— T'en as même pas idée, soupira Hugo. Elle voulait absolument secourir Albus à Balmoral. J'ai eu beaucoup de mal à la convaincre de partir à Poudlard.

— Tu ne m'as toujours pas expliqué pourquoi, d'ailleurs !

Le ton de Liam était cinglant. Toute sa colère refoulée remontait à la surface. Il en voulait toujours à cet idiot de Hugo de ne pas lui avoir ramené sa fille alors qu'il l'avait sous la main. L'envie de lui balancer à nouveau son poing dans sa figure suffisante le démangea de plus belle.

— Il faut absolument qu'elle parvienne à Poudlard et c'est lié à la libération de Albus.

— Arrête de tourner autour du pot, s'énerva Liam. Exprime-toi clairement!

Sofia avait longtemps laissé un peu d'intimité aux deux hommes et pianotait frénétiquement sur son clavier tout en tendant l'oreille pour ne pas perdre une miette de leur conversation. Elle suspendit ses doigts une seconde lorsqu'elle entendit la remarque acerbe de Liam. Hugo passa une main dans ses cheveux auburns. Il replaça ses manches et sauta du bureau pour faire face à Liam. Les deux hommes avaient à peu près la même taille et aujourd'hui la même carrure. Malgré cela, le regard de Liam était le plus menaçant et Hugo arborait encore son éternelle expression de petit garçon pris en faute.

— Très bien, soupira Hugo. Je vais te le dire. Tu te souviens que Albus et moi bossions sur la localisation de l'origine de toutes les sources?

— Oui, accouche! s'impatienta Liam.

— Je l'ai trouvée…

Il eut un silence, uniquement interrompu par le vrombissement des machines du laboratoire. Malgré sa colère, Liam avait conscience du poids et de l'importance de la découverte. Il se souvenait de toutes ces soirées où Albus s'enfermait dans leur grenier pour y éplucher, pendant de longues heures, de vieux bouquins poussiéreux, en quête de cet eden caché. À l'époque, Liam lui avait posé une seule question, à savoir l'intérêt de retrouver une source ancestrale perdue alors que celle de Stonehenge avait été vidée jusqu'à la dernière goutte par Merlin.

Albus l'avait dévisagé comme s'il parlait à un demeuré en lui balançant une réponse tout aussi stupide que sa question: "Ben…Pour la remplir."

— J'ai dû partir précipitamment de Poudlard quand ils ont condamné Hagrid à mort et j'ai tout laissé dans mon labo. Je ne pouvais pas prendre le risque de me faire chopper avec ces infos, surtout après qu'ils aient choppé le carnet de Albus. S'ils avaient tout découvert, ce serait déjà échec et mat pour nous. Et puis, ça me semble normal que ce soit Morgane qui y aille, surtout après l'avoir vue…

Il avait parlé sur un ton rêveur qui interpella Liam.

— Pourquoi ma fille, spécialement?

— Parce que c'est l'élue.

Il n'y avait pas cette ferveur naïve que Liam avait pu constater chez les autres sorciers quand il s'agissait de sa fille, dans la voix de Hugo. Il avait parlé en toute sincérité, avec un air déterminé et absolu.

Liam avait encore l'image de sa petite fille inquiète et en colère, refusant tout net le terrible destin qui jallonerait sa vie. Ce souvenir ne collait pas à l'admiration de l'oncle pour une nièce qu'il avait à peine rencontrée.

— Je l'ai vu en action à Azkaban. Je l'ai vu de mes yeux se battre contre Scorpius à armes égales…

— Attends…Quoi?! s'exclama Liam.

— Quoi, quoi?

— Scorpius est vivant?

Le silence retomba sur l'exclamation horrifiée de Liam. Hugo fit la moue.

— Tu ne le savais pas?

— À quel moment j'aurais pu le savoir? explosa Liam.

Il avait l'impression que sa tête allait exploser. Trop de questions surgissaient dans son esprit avec la montée d'une terreur sourde à la seule idée de perdre sa fille.

— Comment peut-il être encore vivant? Albus m'avait dit qu'il s'était fait tuer par Merlin… Qu'est-ce qu'il fait à Azkaban? Et pourquoi se battait-il avec Morgane, bon sang?!

La voix devenue plus grave de Liam sous le coup de la panique résonna dans tout le laboratoire. Elle fit peur au faux Hugo qui se réfugia dans un coin de la pièce pour manger ses cookies.

— Il est en vie mais pas tout à fait. Il a complètement vrillé et c'est devenu l'un des leurs. L'un des pires chevaliers de la bande et surtout l'un des plus puissants. Il était en charge d'Azkaban en tant que Lancelot. Ils se sont tombés dessus là-bas.

— Elle sait? demanda Liam.

Hugo acquiesça.

— Si ça peut te rassurer, elle le déteste. Elle affirme haut et fort qu'il n'est pas son père.

En son fort intérieur, Liam fut rassuré par les paroles du sorcier. Pour celui-ci, ce soulagement n'était pas aussi évident. Renier la paternité de Scorpius, c'était aussi renier en quelque sorte la maternité de Rose. Ainsi, Hugo était loin de devenir un véritable oncle pour la jeune fille.

— Après, je peux la comprendre, continua-t-il tristement. Il a quand même essayé de la tuer…

— Il ne l'a pas reconnu?

— Il ne reconnait plus personne. On dirait qu'il a perdu la mémoire ou qu'il a subi un putain de lavage de cerveau. Ça n'a plus d'importance maintenant parce qu'il est sûrement mort à l'heure où l'on parle.

Hugo se frotta le visage, soudain très fatigué. Un immense poids venait tout à coup de tomber sur ses épaules. Il jeta un œil discret à Sofia, toujours occupée à son bureau, pour s'encourager ou pour s'assurer qu'elle ne le surprendrait pas sortir une flasque d'alcool de sa poche.

— C'est Morgane qui…?

Le père n'osa pas finir sa phrase. Hugo lui avait parlé d'un combat à mort, Scorpius essayant d'assassiner sa propre fille. Il ne pouvait croire que Morgane avait du sang sur les mains. Pas elle…surtout pas elle…

Hugo le rassura.

— C'est moi… Enfin, je crois. S'il survit à cette explosion, il est plus balèze que je ne le pensais. Mais de toute façon, même s'il est encore vivant, il se fera tuer par Merlin pour son…

La fin de sa phrase mourut entre ses lèvres. Liam le dévisagea, intrigué. Les yeux d'Hugo fixaient le vide et tout son corps s'était soudain figé dans une sorte de transe étrange. Cela durant un bref instant jusqu'à ce que, tout à coup, le visage du sorcier devint soudain très pâle.

— Hugo? appela Sofia. Ça va?

Il ne répondit toujours pas. Enfin, lorsqu'il se remit à bouger, ce fut pour pousser une série de puissants jurons tout en s'accroupissant, la tête entre ses deux mains dans une position grotesque.

— Non…non, non, non, non…non! murmurait-il continuellement.

Sofia s'était levée. Affolée par la réaction de son petit-ami, elle avait délaissé sa console pour s'approcher de Liam, sans trop oser toucher l'épaule d'Hugo. Liam lui lança un regard interrogateur sur l'état du sorcier mais la jeune femme semblait tout aussi perplexe que lui. Son manège dura plusieurs longues minutes gênantes. Puis, Hugo se calma enfin. Il se mit une petite claque sur la joue, secoua la tête et se redressa, de toute sa hauteur, toujours aussi blême toutefois.

— Albus va être exécuté très bientôt, annonça-t-il.

— Quand? demanda aussitôt Liam.

— Dans une semaine.

— Une semaine…mais c'est…

Le regard d'Hugo s'assombrit. Sofia plaqua ses mains sur sa bouche, en ouvrant des yeux ronds.

— Il se passe quoi dans une semaine? demanda stupidement le clone, la bouche pleine de cookies.

— Ils veulent tuer Albus le jour de la mort de son père…

— Pour commémorer les quinze ans de règne de Merlin, compléta Hugo.

"Le jour de l'anniversaire de Morgane", pensa Liam, estomaqué.

Plus il y réfléchissait et plus une colère sourde pulsait dans ses veines. Il ne voyait plus Hugo, ni Sofia, ni le clone qui s'empiffrait Il ne percevait plus les sons mécaniques du laboratoire, ni les bruits de mastications du faux Hugo. L'injustice de l'exécution de son compagnon, le jour de la naissance de leur fille et la terrible nuit où ils avaient perdu Harry Potter, le rendait malade. Il ne le permettrait pas.

Hugo semblait du même avis car il arborait la même expression intense et sombre que son acolyte. Peu importait, à présent, au policier de savoir d'où il tenait cette information ou comment il l'avait obtenue. Les deux hommes se dévisagèrent avec la même intensité et la même idée, ce qui effraya quelque peu la scientifique qui les observait.

— On fait quoi?

— On avance mon plan. (Hugo grimaça). C'est dommage mais ils ne nous laissent pas le choix.

— C'est quoi ton plan?

Sans se soucier du jugement de Sofia, Hugo reprit une gorgée de sa flasque et leva un index.

— Première étape, on convainc les moldus de nous venir en aide.

OoO

Liam avait les yeux rivés sur le général Riggs.

Il étudiait chacun de ses gestes, la moindre de ses réactions tandis que Hugo continuait à exposer son plan de bataille pour secourir le fils Potter. Voilà près de deux heures que le sorcier expliquait en long, en large et en travers tout le plan qu'il avait mis des semaines et mois à élaborer dans sa tête. Il avait même paré à toutes les éventualités pénibles, aux pépins, aux catastrophes et à l'une ou l'autre crise d'hystérie fort probables.

À son écoute, Liam était de plus en plus impressionné par l'homme devant lui. Il l'avait déjà été, du temps de leur jeunesse, avant Merlin et tout le reste. Aujourd'hui, face à l'assemblée qui l'écoutait en silence, il était une nouvelle fois ébahi par l'homme qu'il était devenu.

Il n'était pas le seul à le penser, surtout lorsque Liam se concentrait sur les visages de l'auditoire. Hermione et Ron ne perdaient pas une miette du discours de leur fils, leur dernier enfant en vie et le père Weasley avait un léger sourire aux lèvres qu'il avait du mal à dissimuler, malgré la gravité de ses propos. Ginny avait moins de passion dans les yeux, surtout tourmentée par l'annonce de la mort imminente de son fils. Elle écoutait, le regard fixé sur son neveu, mais le visage pâle comme la mort. Elle tenait la main de Liam serré dans la sienne.

Riggs était impassible en bon général qu'il était et Chapman, représentant de la force de frappe, s'adossait à son siège, les bras croisés sur son énorme poitrine en lâchant de temps en temps des soupirs et des rictus, ce qui agaçait Liam.

Hugo se tut enfin. Le visage des sorciers étaient emplis d'une émotion nouvelle, celle de l'espoir et d'une détermination farouche à enfin entrer en action. Mais Hugo et Liam se concentraient sur le général. Tout dépendait de lui, à présent.

— Votre plan est excellent, Mr. Weasley, lâcha-t-il après un silence. Excellent mais très risqué.

— Vous entendez quoi par là? intervint Ron soudain sur la défensive.

— J'entends que malgré tout le respect que j'ai pour votre famille, je ne vois pas pourquoi j'enverrai mes meilleurs hommes pour risquer leur vie dans ce qui semble être un piège grossier pour libérer un seul homme.

— J'aurai pas dit mieux, fit Chapman avec un sourire.

Les doigts de Ginny se serrèrent un peu plus autour de ceux de Liam. Celui-ci se figea, partagé par la colère et la peur. Le visage de Ron se décomposa et Hermione ferma les yeux.

— Ce n'est pas n'importe quel homme, murmura Ginny. C'est mon fils.

— C'est le fils d'Harry Potter! s'emporta Ron, incapable de se contrôler. Je ne sais pas si vous avez bien compris la situation, général… Ils comptent l'assassiner le jour où tout a commencé. C'est une insulte, un affront…

— Et surtout un piège…, compléta Riggs. Je l'ai bien compris Mr. Weasley. Je suis désolé pour la tragédie qui frappe votre famille, sincèrement, dit-il en dévisageant chacun d'eux. Mais vous êtes en train de me demander de mobiliser notre force armée pour tenter la libération d'un homme, au milieu des plus puissants chevaliers de Merlin, d'une bonne cinquantaine de miliciens qui vont certainement tous nous encercler et d'une bonne centaine de partisans. Tout cela en pariant sur l'action d'une seule gamine à l'autre bout du pays et de vous-même, Mr. Weasley.

Il désigna Hugo, le regard dur.

— Je vous suis gré des renseignements précieux que vous nous avez apportés mais j'ai encore du mal à situer à qui va votre allégeance.

— À ma famille, répondit Hugo d'une voix dure.

— Et non pas à l'armée britannique…, compléta Riggs sur un ton satisfait. Comprenez-moi… Si une seule chose tourne mal et cela a de grandes chances de se produire, si l'un de vous se fait capturer ou même l'un de mes hommes, si une infos fuitent sur notre localisation, c'est la vie de centaine de réfugiés, d'hommes, de femmes et d'enfants que vous mettez en jeu pour sauver celle d'Albus Potter.

Le sang de Liam pulsait dans ses tempes. Il serra la mâchoire pour se contenir.

— Les sorciers comprendront! s'écria Ron. C'est Albus Potter, bon sang! C'est le fils de l'ancien élu, le père du nouveau. Chacun serait prêt à risquer sa vie pour lui.

— Mais pas pour les moldus.

— Ouais, fit Chapman. Nous, on en a rien à foutre de cet Albus Potter. Pour nous, c'est simplement un gars au mauvais endroit, au mauvais moment.

Liam ouvrit la bouche pour parler mais Ginny l'arrêta en posant sa main sur son avant-bras, pour le calmer. Elle parla à sa place, d'une voix calme mais tremblante.

— Vous ne le feriez pas pour l'un de vos soldats? Pour l'un des vôtres?

— Avec tout le respect que je vous dois, Madame, répondit Riggs, si l'un de mes hommes était dans la même situation que votre fils, je ne prendrai toujours pas le risque de miser la vis d'autres soldats pour sauver celle d'un seul. Nous sommes en guerre, insista-t-il d'une voix forte. La survie l'emporte sur la civilité. Le bien du plus grand nombre sur les sentiments individuels. Lorsque Merlin a pris le pouvoir, nous avons perdu notre droit au sentimentalisme et aux valeurs qui ont façonné notre pays.

Hermione se leva, à son tour, les mains tremblantes.

— Général Riggs, dit-elle lentement en pesant chacun de ses mots, je vous propose de voir cela autrement. N'oubliez pas que notre réussite réside dans la collaboration entre nos deux peuples. La reconstruction et les temps de paix qui suivront notre victoire reposeront sur nos relations diplomatiques. Si vous sauvez le fils d'Harry Potter, vous assurerez une dette envers les sorciers qui donneront de bonnes bases pour nos futurs traités.

Hermione plongea son regard dans celui du général. Liam vit dans son discours la diplomate sorcière de jadis. Son argument était clair, bienveillant mais teinté d'une menace bien réelle. Sa voix était confiante mais ses doigts tremblaient toujours, posés sur la table. Riggs n'eut aucune réaction, aucun tressaillement. Il se contenta de rendre le regard de la sorcière et de lui adresser un sourire chaleureux.

— Avant de parler de futur, Mrs. Weasley, vous avez parlé de victoire. Il me semble que de nous deux, je sois le seul à agir pour l'obtenir. Gardez la tête froide, s'il vous plaît et ne commencez pas à lancer des menaces que vous ne pourrez pas tenir.

Ron se leva d'un bond, furieux et le visage rouge. Hermione le retint en secouant doucement la tête. Elle se tourna ensuite vers Riggs qui s'était déjà levé pour ranger ses documents. Elle ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose mais se retint, vaincue. Le débat était clos.

— Merci messieurs, dames. Il est temps de revenir à nos occupations.

Ginny se leva, interdite, les yeux perdus dans le vague. Hermione encouragea Ron à sortir de la pièce. La colère n'avait toujours pas quitté ses traits. Chapman sortit le premier, un sourire narquois aux lèvres à qui avait l'audace de le dévisager. Liam fut le seul à traîner. Sa respiration s'était accélérée et son esprit marchait à toute vitesse. Une fois que tout le monde eut quitté la pièce, à l'exception de Riggs qui partait toujours en dernier, il prit enfin la parole.

— Général, puis-je vous parler?

Riggs le considéra, surpris. Finalement, il acquiesça et se rassit.

— Monsieur, commença Liam en pesant chacun de ses mots, je vous demande de m'accorder la faveur de secourir Albus Potter.

— Mr. Jones…comme je l'ai déjà expliqué…

— Je vous demande cela en échange de mon sang.

Un lourd silence retomba à sa proposition. Liam adressa un regard dur au général qui le considéra, pour la première fois, avec plus de sérieux. Celui-ci pinça ses lèvres.

— Qu'avez-vous en tête?

— Je sais quelle importance à mon sang pour vous. le Dr. Sakar me l'a bien fait comprendre. Vous en avez besoin pour l'élaboration d'un vaccin à la magie de Merlin. Je vous le donne à la condition que vous nous accordiez les soldats dont nous avons besoin pour secourir mon compagnon.

Les deux hommes s'affrontèrent. Riggs l'écoutait en silence mais la tension qui émanait de lui mit mal à l'aise le policier.

— Vous êtes un moldus, s'exprima enfin le général. Vous avez un remède à notre fléau qui coule dans vos veines et vous seriez prêt à nous condamner pour une demande égoïste.

— Quand il s'agit de ma famille, elle n'est jamais égoïste.

Riggs tapota ses doigts sur la table.

— Nous ne sommes pas sûrs que votre sang soit efficace.

Liam eut un rictus.

— N'essayez pas vos ruses sur moi, Général. Je ne suis pas un sorcier. Je suis au courant de la situation et je suis à même de voir que nous ne sommes pas près de gagner cette guerre, en tout cas pour l'instant. Je sais que mon sang peut renverser le conflit. Et je suis prêt à donner de ma personne mais à cette unique condition: aidez-nous à sauver Albus Potter.

C'était un coup de bluff. Malgré le ton de sa voix et sa gestuelle, Liam n'était pas serein. Il avait en face de lui un meneur d'hommes, respecté de tous, même des sorciers. Il était l'un des derniers survivants d'une puissance bientôt éteinte.

Dans la tension ambiante, Liam craignit que Riggs ne l'oblige pas donner son sang. Il en avait l'autorité et la force. Mais Riggs était aussi un homme intelligent. Il poussa un profond soupir.

— Très bien. Je vous autorise à secourir votre compagnon, lâcha-t-il enfin. Vous êtes en droit de demander à mes hommes s'ils veulent participer à cette mission.

— Mais…

Riggs l'arrêta d'un signe de main.

— Ne comptez pas sur moi pour donner l'ordre à mes hommes de se lancer dans une mission suicide, même pour votre sang. Vous avez besoin d'aide? Vous pouvez la demander. Mais je ne vous autorise l'aide que de volontaires.

Il ramassa son dossier, se leva de sa chaise et se tourna une dernière fois vers Liam.

— Ce sera tout Mr. Jones?

Liam acquiesça, un goût de bile dans la bouche.

— Parfait. Je vous souhaite une agréable journée.

OoO

Le soir venu, Liam rejoignit Hugo devant le laboratoire de Sofia. Peu après son entretien avec le général, Liam en avait parlé avec le petit génie et ils avaient œuvré à deux pour réunir le plus de volontaires possible.

— Alors? demanda Hugo alors que celui-ci revenait de la salle d'armes.

Le sorcier avait l'air plus fatigué que jamais. La mine défaite, il acquiesça lentement et ressortit sa flasque pour une autre gorgée bien méritée.

— Au total…dix militaires. Et toi?

— Quinze…et uniquement ceux qui croient à la prophétie. Ils ont accepté parce qu'ils pensent sauver l'un des pères de l'élue.

— Au moins, on a accès à leur équipement, fit Hugo en lui tendant sa flasque.

— Ça suffira?

Liam but avec reconnaissance. Hugo réfléchit. Il se frotta le visage et renifla.

— Une trentaine de soldats moldus entraînés…et une poignée de sorciers qui savent à peine se battre face à des chevaliers et des miliciens… Ça va être chaud. Mais on a connu pire, sourit-il.

— La dernière fois, on a perdu, lâcha Liam.

Hugo sourit encore, d'un sourire triste. Liam l'observa longuement. Depuis qu'il avait eu cette étrange vision dans le laboratoire, le sorcier semblait comme éteint. Il donnait l'impression de déceler un élément du futur, un secret qui le tourmentait et dont il n'avait aucune envie de le partager. Cela effraya Liam.

— Mais la dernière fois, tu n'étais pas là…, ajouta-t-il pour se rassurer.

— Je ne serai pas là cette fois-ci non plus.

— Quoi?

Hugo reprit sa flasque et la vida d'une traite, sans répondre.

— C'est impossible! Tu dois être là!

— Je ne peux pas Liam…, finit-il par dire. Pour que le plan fonctionne, il faut que je me rende quelque part. Sans ça, on est condamné et Albus aussi.

— Mais de quoi tu parles, bon sang?! s'énerva Liam.

Un groupe de soldats passa au même moment dans le couloir. Liam se tut aussitôt pour attendre que le groupe les dépassent. Chacun des militaires les dévisagea avec méfiance. Liam reconnut certains visages, ces mêmes têtes qui avaient nié la demande faite par le policier.

— Hugo, il faut que tu arrêtes de parler par énigme. Je vois bien que tu caches quelque chose. On dirait Albus quand il était une langue-de-plomb. Alors crache le morceau!

— Mon grand-père est mort, se contenta-t-il de dire.

La colère de Liam s'étouffa dans l'œuf. Il ne s'était pas attendu à cette réponse. Liam savait que Hugo cherchait à détourner la conversation mais lorsque le moldu contempla toute la tristesse dans ses yeux, il n'osa plus le ramener au sujet qui l'intéressait.

— Je dois l'annoncer à la famille avant mon départ, soupira-t-il.

Il rangea la flasque dans sa poche et se redressa de tout son long. Hugo prit une profonde inspiration. Son regard s'attarda sur la porte du laboratoire et son air inspira une tristesse que Liam ne lui avait encore jamais vue. Cela ne dura qu'un instant car ensuite il se tourna vers lui, un grand sourire aux lèvres.

— Je compte sur toi, Liam. Sauve Albus…Retrouve Morgane…et botte le cul à ces connards pour moi.

— Tu pars maintenant? demanda Liam, ahuri.

— Pas encore. Pas tout de suite. Il me reste à faire une dernière chose.

— Quoi?

— Briser la famille un peu plus.

OoO

Hugo annonça la nouvelle au repas du soir.

Comme toutes fins de journée depuis son arrivée dans la résistance, Liam rejoignait la famille Weasley à une table isolée dans le grand hangar des réfugiés. La famille n'aimait pas dîner avec le reste des soldats et préféraient se sentir proche des leurs, parmi les réfugiés sorciers qui trouvaient du réconfort auprès de ces légendes. Ils mangeaient tous à une grande table de pique-nique en bois, assez longue pour accueillir les derniers membres de la famille.

Liam s'installait toujours entre Percy et Molly. Si le père était aussi agréable qu'un contrôleur fiscal, sa fille était bout-en-train et réussissait l'exploit de le faire éclater de rire malgré les circonstances de leurs repas. Depuis leur arrivée, Neville, Michael, Luna et Hannah les avaient rejoints. Hagrid, trop imposant pour s'installer sur le banc sans le faire basculer d'un côté, s'asseyait dans un coin, contre le mur de pierre pour prendre ses repas dans une gamelle de la taille d'un seau.

Ce soir, même les grimaces de Molly ne réussirent pas à distraire Liam. Il était tendu à plus d'un titre. D'une part, il avait en tête le marché qu'il avait fait avec Riggs. La pensée désagréable de devoir donner son sang pour des essais qui le rebutait pour une simple poignée de soldats. Il s'inquiétait pour Albus, pour Morgane. Il enrageait de rester dans ce trou à rat moisi à attendre le bon moment pour agir, sans avoir aucun contrôle sur quoique ce soit. Mais le pire était sa dernière conversation avec Hugo et ses sous-entendus. Son visage meurtri le hantait depuis des heures.

Il écoutait à moitié les histoires d'Anne, la jumelle de Molly qui officiait en tant que premier médecin moldu de la famille de sorciers. Liam avait les yeux rivés sur le petit groupe à l'écart, près de l'entrée du hangar, isolé de tous. Hugo était auprès de ses parents et de sa tante. Il les observa, figé de peur et d'angoisse à l'idée de ce qu'il était en train de leur annoncer.

Hugo parla peu. Liam ne pouvait l'entendre mais il sut exactement à quel moment il lâcha sa bombe. Ron posa ses mains sur les épaules de son fils qui avaient cessé de parler. Il le secoua un peu et nia de la tête de toutes ses forces. Ginny s'était reculée du groupe, tremblant de tous ses membres. Ron avait ensuite pris son fils dans ses bras pour ensuite se réfugier dans ceux de sa femme.

— Qu'est-ce qui se passe? fit Anne en suivant le regard de Liam.

Molly remarqua le trouble de sa sœur. Elle se releva de son banc pour observer, à son tour, le reste des membres de sa famille.

— Ça sent pas bon, murmura-t-elle.

Et le silence se fit autour de la table.

Hugo délaissa ses parents et sa tante en plein deuil pour rejoindre la table de sa famille et de ses amis. Tous l'observaient, muets et apeurés par ce qu'il allait leur annoncer. Il adressa un seul regard à Liam qui savait déjà avant de parler.

— Qu'est-ce qui se passe, Hugo? demanda Percy.

— Grand-père est mort, dit-il après une brève hésitation.

Un silence mortifié suivit son annonce. Audrey fut la première à émettre un petit hoquet de surprise. Les yeux de Fleur se plissèrent de larmes et elle se réfugia dans ses mains. Molly retomba sur son banc, muette et tourné vers sa sœur avec des yeux pleins d'effroi. Anne avait serré son verre tellement fort que ses jointures devinrent blanches.

— Oh non…, gémit Hagrid.

Il fondit en larmes et son énorme corps, amaigri par les privations, fut secoué de tremblements. Chacun des membres de la famille et des amis rejoignirent Hagrid dans les pleurs et les mots tristes. Les seuls à ne pas broncher étaient Lily qui fixait le fond de son verre, le visage fermé et Percy.

Le sorcier avait toujours les yeux rivés sur son neveu. Son corps et ses traits s'étaient figés sous le choc. Hugo n'osait plus croiser son regard. Il conservait la tête baissée depuis son annonce et Perçy n'avait toujours pas bougé, même lorsque sa femme lui avait caressé le dos pour le rassurer.

— Je ne comprends pas, dit soudain Percy d'une voix tremblante. Tu parles de qui?

— Percy…, murmura Audrey, des larmes coulant sur ses joues.

— Oncle Percy…, répéta Hugo. Je parle d'Arthur… Je l'ai vu de mes yeux. Arthur est mort.

Perçy se leva d'un bond, blanc comme un linge. Il eut le même geste que son frère, le même mouvement et agrippa son neveu par les pans de sa veste, le regard effrayé. En se redressant, il fit tomber les assiettes et les verres.

— Comment le sais-tu, hein? Ce n'est pas lui. On ne sait pas où il est.

— Il…il était à Azkaban, bafouilla Hugo.

— CE N'ÉTAIT PAS LUI! hurla Percy.

Sa voix résonna dans tout le hangar. Les conversations des repas aux alentours se turent soudain.

— Je suis désolé, fit Hugo en rompant le silence.

Percy émit le gémissement d'un animal blessé qui brisa le cœur de Liam. Sa femme, Audrey, se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras. Il la repoussa en secouant la tête, le visage inondé de larmes. Il tituba loin de la table et surtout loin d'Hugo pour s'approcher de Ron. Les deux frères se tombèrent dans les bras et les conversations reprirent pour leur laisser un peu d'intimité dans leur deuil.

Hugo se laissa tomber à la table et rapprocha la bouteille de liqueur pour s'en verser un verre.

— Je vais devoir l'annoncer à Bill, murmura Fleur.

Neville décida de prendre les choses en main. Il reprit la bouteille et versa le liquide dans chacun des verres des convives. Il le leva ensuite, les yeux brillants.

— À Arthur Weasley, tonna-t-il. Un père, un grand-père exceptionnel. Un sorcier de renom et un héros.

Tous l'imitèrent en répétant le nom du sorcier disparu. Liam partagea ce moment avec eux. Il ne le connaissait pas comme il l'aurait voulu mais il savait l'affection d'Albus pour son grand-père. Il lui en avait fait un portrait durant leur vie commune lorsque la tristesse laissait place à la nostalgie d'une vie heureuse. Tous burent à la santé du mort. Tous sauf Lily qui fit claquer son verre sur le bois dur.

— À quoi ça sert de le pleurer, fit-elle sur un ton énervé. Il était vieux, il est mort. C'est pas la peine d'en faire tout un plat.

Sa famille la fixa d'un air horrifié. Elle ne pleurait pas. Elle buvait, la mâchoire serrée, le regard dur. Ses cheveux roux flamboyaient de colère.

— C'est quoi ton problème? dit Hugo.

— Je n'ai pas de problèmes.

— Regarde-toi, bon sang! T'es passée de la petite gamine naïve à ce monstre!

— Va-te-faire foutre! s'écria Lily.

Plus personne n'osait boire, ni parler. Hagrid avait cessé de pleurer pour contempler, dévasté, les deux cousins se crier dessus. Liam ne pensa pas à intervenir. Au contraire, il était d'accord avec le discours d'Hugo. Lily avait besoin d'un sérieux recadrage.

— Tu crois vraiment que James serait heureux de te voir te comporter ainsi? Ou ton père?

— Ferme-la, Hugo, le menaça Lily.

— Si Tom te voyait…

Hugo avait prononcé le nom de trop. Lily bondit de la table et parcourut les quelques mètres qui la séparaient d'Hugo pour lui balancer un coup de pied en pleine face. Fleur poussa un cri d'effroi tandis que les autres s'écartèrent vivement de la table, horrifiés par cet acte de violence. Hugo bascula en arrière, sonné par le choc et du sang coulant de sa lèvre qui avait doublé de volume. Mais Lily n'en avait pas fini.

— On va régler ça, dit-elle d'une voix cinglante.

— Tu proposes quoi? répondit Hugo sur le même ton. La piste rouge?

— La piste rouge.

Elle n'attendit pas qu'il se relève. Elle le tira par le col et le traîna dans son sillage pour s'éloigner dans un des boyaux. Hugo se redressa et la repoussa. Ils se battaient toujours, à coup de poings, de bousculades et de gifles.

— LILY! s'écria Ginny qui avait remarqué la dispute.

La fille n'écouta pas la mère. Elle se précipita derrière eux et nombreux furent ceux qui les suivirent pour assister au combat. Liam suivit le mouvement.

La foule émergea dans l'arène d'entraînement. Quelques soldats moldus s'exerçaient à des figures de combat mais s'écartèrent lorsque Lily débarqua en jetant son cousin sur la piste de sable, au milieu des militaires.

— Hey! La rouquine! s'écria Chapman. Attends ton tour!

— Ça va te plaire! répondit Lily en sortant son épée de son fourreau.

Elle leva sa lame au-dessus de sa tête et frappa le sable au moment où Hugo roulait sur le côté.

— Lily! Arrête! hurla Ginny.

— T'es une grande malade! dit Hugo en se relevant précipitamment.

— Retire ce que tu as dit!

— T'as besoin de vider ton sac, Lily? Vas-y, te gêne pas.

Hugo écarta les bras et fit un pas dans la direction de sa cousine. Celle-ci vit rouge et poussa un hurlement de rage. Elle brandit sa lame et Hugo esquiva d'un pas rapide. Il saisit son bras et l'obligea à lâcher son épée qu'il fit voler à l'autre bout de l'arène pour qu'elle ne puisse plus l'utiliser. Lily réagit immédiatement en lui balançant un crochet du droit qui sonna Hugo pendant un moment.

— T'as perdu ton frère, répéta Hugo.

— TAIS-TOI! cria Lily.

Ginny fit un pas pour se précipiter vers sa fille pour l'empêcher de continuer mais Liam l'intercepta. Ginny était sous le choc et contempla Liam, sans comprendre. Il tenta de la rassurer d'un regard tandis que Lily frappait encore Hugo avec une violence telle qu'il tomba à genoux avant de se relever à nouveau, la tempe en sang.

— T'as perdu ton père sans pouvoir lui dire au revoir.

Lily frappa encore et encore. Elle cherchait à le faire taire, de toutes ses forces. Mais Hugo esquivait et continuait, malgré tout, à parler.

— Tu as vu Rose mourir sans que tu ne puisses la sauver.

— Ferme ta grande gueule!

La foule, et surtout les militaires, avait encouragé le combat, pour un bon divertissement après un repas frugal. Mais devant un tel spectacle, tous se turent pour les observer. Les noms des morts tombaient et plus personne n'osait lancer un cri d'encouragement, pas même Chapman qui s'était muré dans un silence dur.

— Tom est mort sous tes yeux. Ça ne te fait plus rien?

Lily devint comme folle. Elle se jeta sur Hugo, le fit tomber dans le sable et le martela de coups. Son cousin se protégea avec ses avants-bras. Lorsqu'elle commença à fatiguer, il profita de la fenêtre de sortie pour répliquer. Il la fit basculer à son tour sur la piste et leva le poing pour la frapper. Il se retint, au dernier moment, lorsqu'il vit les premières larmes de Lily depuis longtemps.

— Dis-le, murmura Hugo. DIS-LE, BON SANG!

— Ils…ils n'auraient pas dû…Ils ne devaient pas mourir, éclata-t-elle en sanglots.

Hugo abaissa le bras, vaincu par la tristesse de sa cousine. Il l'aida à se redresser tandis qu'elle parlait entre deux gémissements qui jaillissaient enfin de sa bouche.

— Ils étaient forts…plus forts que moi… Ils auraient dû vivre.

Lily s'accrocha aux vêtements d'Hugo. Ses poings étaient en sang tout comme le visage de son cousin. Elle le prit dans ses bras et continua à pleurer.

— C'est moi qui aurait dû mourir à leur place, gémit-elle. Pourquoi sont- ils partis? C'est moi… Ils sont partis sans moi.

Hugo lui rendit son étreinte et lui caressa les cheveux. Lily cacha son visage dans l'épaule de son cousin et pleura toutes les larmes qu'elle avait caché depuis cette fameuse nuit. Ginny pleurait aussi, dans les bras de Liam qui la serra contre lui.

Il y eut soudain un crac tonitruant au milieu de ces effusions. Les têtes se relevèrent et un nuage de sable masqua deux ombres aussi petites que celles d'enfants. Chapman fut le premier à réagir. Il aboya des ordres et les militaires se saisirent de leurs armes pour s'encourir auprès des deux silhouettes qui demeuraient immobiles. Lorsque le sable retomba, l'assistance dévisagea, interloquée, deux créatures aussi étranges qu'inquiétantes. Liam s'approcha à son tour, délaissant un instant sa belle-mère.

Liam reconnut l'une des créatures. Il en avait déjà vu lors de son exceptionnelle visite à l'école de magie. Il avait un souvenir vivace des elfes de maison et celui qu'il avait en face de lui était d'un âge très avancé. L'autre était encore plus laid que son compagnon, plus petit, mieux habillé et surtout le regard plus pénétrant et intelligent. Il était affublé d'une longue cape magnifique qui lui tombait jusqu'aux chevilles et qui secoua Liam.

Cette cape était celle d'Albus, celle qu'avait emportée Morgane dans sa fuite.

La créature contempla Lily et Hugo, toujours enlacés et en sang avec un regard de mépris.

— On peut repasser si on vous dérange…, lança-t-il avec un sourire cruel.