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Bonne lecture !


Chromie ne venait pas souvent dans les Grottes du Temps, préférant marcher parmi les mortels et intervenir directement pour préserver l'écoulement temporel. Mais parfois, il lui arrivait de délaisser les peuples d'Azeroth, de ne trouver nul répit au Repos du Ver. Dans ces moments-là, elle cherchait le calme des dunes qui surplombaient les Grottes. Tanaris n'était pas la plus belle région d'Azeroth, ni sa plus tranquille. Mais il y avait dans les sables emportés par les vents, dans les bourrasques poussiéreuses et le soleil immuable une sérénité dont Chromie ressentait parfois le besoin pour continuer à assurer le bon passage des sables du temps.

De cela, et de solitude : perdue au milieu des dunes, seuls les scorpions et les araignées venaient parfois lui rendre visite, et elle n'avait aucun mal à s'assurer de leur prompt départ. Alors que tant de versions d'elle-même assuraient leurs devoirs à Orgrimmar et Hurlevent, et que d'autres représentaient toujours le Vol de Bronze en Norfendre, savoir qu'à plusieurs moments elle allait avoir (ou était-ce elle avait eu ?) un instant pour elle était un baume pour son esprit toujours en ébullition.

Elle déambulait alors entre les collines de sables, laissait glisser ses doigts dans les surfaces poudreuses en dessins éphémères. Le sable lui était familier, bien que celui-ci ne soit en rien magique, et lui procurait une sensation d'appartenance que le reste du monde lui niait bien souvent. Les mots qu'elle traçait dans les dunes n'appartenaient qu'à elle : le vent les faisait disparaître si rapidement que même les sables magiques de ses sabliers temporels auraient du mal à les retrouver. Là, elle pouvait exprimer autre chose que l'énergie optimiste dont ce monde avait besoin là elle pouvait se laisser aller à la colère, l'amertume, la tristesse mais aussi à la joie plus calme, aux doux sourires que lui tiraient ses amis mortels, à l'exaspération amusée que procure la connaissance du temps. Seules les dunes étaient témoins de la myriade d'émotions que Chromie laissait aller, et elles gardaient un silence aussi éternel qu'elles étaient éphémères.

Cela ne durait pas bien longtemps une réalité qu'en tant que Dragon du Temps, elle trouvait vraiment ironique. Mais ce n'était pas tant un moment, qu'un état d'esprit : elle ne parvenait jamais à garder ce calme, trop de choses et de pensées et de devoirs et de personnes qui exigeaient une partie de son attention.

Mais pour être tout à fait honnête, elle ne se juchait sur cette dune précise à ce moment précis pour une raison précise. Temporellement parlant, elle se situait à la fin de la campagne contre la Légion, alors que la blessure d'Azeroth venait d'être stabilisée. Les mortels pansaient leurs blessures, ne pensaient pas encore à leur prochaine guerre, et deux mortels en particulier avaient l'intention d'user sagement de cette accalmie. Ils voulaient lui en parler, sans en alerter tout Azeroth, elle devait donc être seule. Les dunes de Tanaris, qui gardaient si bien ses instants de sérénité, sauraient être l'écrin sablé parfait pour la discussion entre Saëriel et elle. Alec était à l'Exodar, pour convaincre Velen d'officier Anduin, Baine et Lor'Themar étaient déjà au courant. Khadgar et quelques autres seraient invités après elle.

Ce mariage était l'un des moments du Temps qu'elle préférait, rendu d'autant plus puissant que les dimensions temporelles où ces deux-là ne se trouvaient pas n'existaient pas. Ni celle où Alec était devenu un Chevalier de la Mort, ni celle où Saëriel, loyale à son père, avait rejoint la Légion ni celle où elle était devenue une Illidari, ni celle où il avait rejoint l'Armée de la Lumière leur destin était toujours lié l'un à l'autre. Et leur mariage lui apportait autant de forces que ses déambulations dans le désert.

Une profonde inspiration, et un dernier sourire. La Mage approchait, sortait du portail des Grottes qui menait à Orgrimmar. Chromie allait devoir quitter ses dunes. Jusqu'à sa prochaine visite, longtemps avant maintenant ou longtemps après, elle conserverait le petit moment de calme que lui avait procuré sa marche solitaire dans les sables.

La prochaine fois, les dunes auraient changées, et les souvenirs auraient disparu. Prêtes à accueillir à nouveau les émotions volatiles de la petite Gnome, et prêtes à les oublier aussi rapidement, leur qualité éphémère aussi éternelle que les Sables sur lesquels elle veillait inlassablement.