Eva n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle fixait le feu qui brûlait lentement en face d'elle. Il n'y aurait bientôt plus de bois à calciner, et il commençait déjà à s'éteindre. Habitant dans un appartement en ville, elle n'avait jamais eu de cheminée chez elle. Et les fois où elle s'est retrouvée avec du feu qui brûlait en face d'elle pouvaient se compter sur les doigts de la main.

Elle trouvait ça fascinant. La façon dont les flammes enrobaient les morceaux de bois, les réduisant lentement en cendre. La châleur qui s'échappait de ce procédé, venant souffler sur sa peau, empêchant le froid de la nuit de s'emparer de ses membres.

Plusieurs fois elle approcha sa main du feu, tentant presque de le toucher, voyant à quel moment la châleur devenait insupportable.

Eva laissa son regard dériver plus loin derrière le feu, où se trouvait Roksanna. Celui-ci se reflétait sur ses cheveux roux, donnant l'impression d'être eux-mêmes des flammes immobiles, encadrant son visage en coeur. Sans son sourire habituel, il semblait manquer quelque chose, comme s'il était presque vide.

La jeune fille ne pouvait s'empêcher de penser à quel point c'était bizarre la façon dont elle l'avait aidée, et ensuite acceptée sans poser trop de questions. Enfin, bien sûr qu'elle avait posé des questions, mais Eva était toujours restée très vague dans ses réponses, souvent posant les même questions à la rouquine pour dévier le sujet de la conversation sur cette dernière.

Roksanna était une fille plutôt solitaire d'après ce qu'elle avait compris. Depuis toute petite elle a vécu dans la rue, volant pour survivre. Quand Eva lui avait demandé où étaient ses parents, elle avait à son tour dévié le sujet. La jeune fille ne lui en avait pas tenu rigueur, utilisant la même tactique, elle avait alors continué à lui poser des questions. Comme elle l'avait préfiguré, Roksa avait le même âge qu'elle, soit 16 ans. Elle voyagait la plupart du temps, de ville en ville, préférant ne pas rester à un seul endroit pour voler. Et n'ayant pas assez d'argent pour avoir un toit sous lequel dormir, elle dormait la plupart du temps dans la forêt qui bordait les villes et villages.

Et c'est justement là que se trouvait Eva en ce moment. Après avoir échappé au deux hommes, elles étaient restées dans la charrette, décidant qu'elle allait bien les mener quelque part. Et en effet c'est ce qu'elle avait fait. Elle s'était arrêtée au village voisin, où Roksa et Eva étaient descendues pour aller dans la forêt. Elles y avaient partagé la miche de pain avant d'allumer un feu pour la nuit.

Il faudra que je pense à lui demander pourquoi elle est si gentille avec moi, se dit Eva. Elle continua de la regarder, et elle ne put s'empêcher de se sentir un peu jalouse en voyant ses boucles rousses. Une couleur tellement vivante par rapport à ses cheveux bruns.

Eva ne pouvait pas être considérée comme moche. Son visage était plustôt harmonieux dans l'ensemble, à part pour ses sourcils qu'elle trouvait un peu trop épais. Hormis cela son visage était plutôt banal, facilement oubliable. Elle n'avait ni des pomettes saillantes, ni des yeux en amandes, et encore moins des lèvres pulpeuses. Elle n'avait aucun de ces traits qui pouvait donner du caractère à un visage. Mais il y avait une chose qu'elle aimait dans celui-ci : ses yeux. Ni trop petits, ni trop grands, ils avaient cette couleur marron foncé qui pouvait paraître rouge selon l'angle de la lumière.

Et c'est justement ces foutus yeux qui ne veulent pas se fermer. Eva tenta de se retourner, peut-être que la lumière du feu l'empêchait de dormir finalement. Elle ferma les yeux à nouveau et attendit, tentant d'empêcher ses pensées de remplir son esprit, du genre : Comment vais-je revenir chez moi ? Que vais-je faire si je n'arrive pas à rentrer chez moi ? Est-ce-que je peux vraiment faire confiance à Roksa ? Et si je lui disais la vérité, me croirait-elle ? M'aiderait-elle ?

La jeune fille fronça les sourcils en se rendant compte qu'elle réfléchissait à nouveau sans le vouloir. Mais en même temps, comment s'en vouloir ? Rien que le fait de se retrouver dans cette situation lui donnait envie de pleurer. Elle était perdue, dans un monde qu'elle ne connaissait pas, sans savoir comment repartir dans le sien. Sans pouvoir l'empêcher, sa respiration s'accéléra. Et lentement elle sentit des larmes sortir de ses yeux. Elle tenta d'arrêter ses épaules qui se secouaient de plus en plus fort au rythme de ses sanglots.

Cela semblait stupide de le penser, mais elle voulait ses parents. Ils lui manquaient tellement. Dans ce nouveau monde, comme dans l'ancien. Elle voulait être chez elle, sur son canapé à attendre que ses parents reviennent du travail malgré le fait qu'il soit déjà tard. Elle serait en train de regarder une série, essayant d'oublier le fait que encore une fois elle passerait une journée entière sans voir ses parents.

C'est exactement ce qui s'était passé la veille. Cela faisait deux jours qu'elle n'avait pas vu ses parents, mais Eva avait déjà l'impression que ça faisait une éternité.

Elle mordit sa lèvre inférieure dans l'espoir que la douleur la distrairait de ses sentiments. Mais les larmes ne s'arrêtaient pas. Et puis merde. Elle arrêta de les retenir, et laissa ses sanglots la secouer violemment. La jeune fille enfouit son visage dans la couverture que Roksa lui avait prêté, pour ne pas réveiller cette dernière.

Laisse tout sortir. Tu verras, après tu te sentiras mieux. C'est ce que lui avait dit Axel, son meilleur ami, lorsque ses parents avaient oublié son anniversaire le jour de ses quinze ans. Il lui manquait encore plus que ses parents. Beaucoup plus. Depuis toujours elle le considérait comme son frère, et il avait toujours était là pour elle. Enfin, excepté la fois où il avait mangé tous ses Skittles. Personne ne peux toucher à SES Skittles.

Un petit sourire s'étala sur son visage en se rappelant le souvenir, chassant lentement les larmes. Elle regarda en direction de son sac, non loin de l'endroit où elle dormait. Si elle se souvenait bien, dans la poche intérieur, juste à côté de la pierre, se trouvait deux sachets de Skittles.

La pierre. Elle lança un rapide coupe d'oeil à Roksanna. Peut-être qu'elle pourrait l'examiner, maintenant que Roksa était endormie. Elle ne savait pourquoi, elle ne voulait pas que la rouquine la voit. Sûrement parce qu'elle poserait plein de questions. Eva se redressa de sa position couchée, étira le bras et attrapa la sacoche. Sans attendre elle l'ouvrit, et délicatement sortit la pierre. Le feu faisait apparaître des reflets oranges sur son extérieur noir et rugueux. Elle était tiède dans ses mains. Ça ne peut quand même pas être le feu qui la rend chaude, non ? Mais que cela peut-il être alors ?

La pierre semblait chasser le froid, tout comme le feu qui se trouvait derrière elle, mais d'une façon qui semblait presque réconfortante. Sans se poser de questions, Eva se recoucha au sol, s'emfouit sous la couverture avec la pierre dans les bras. Elle avait l'inpression qu'elle la réchauffait de l'intérieur comme ça. Lentement ses yeux commencèrent à se fermer.

Cette pierre est la dernière chose qui me relie à mon monde, se dit-elle juste avant de sombrer dans les bras de Morphée.

XXX

Le feu était éteint. C'est la première chose qu'Eva remarqua quand elle ouvrit finalement les yeux. Ceux-ci la piquaient. Elle se les frotta et se mit en position assise. Elle sentit quelque chose glisser de son ventre, et le rattrapa juste à temps avant qu'il ne s'écrase au sol. Doucement elle posa la pierre au sol. Eva l'avait peut-être jetée par terre sans résussir à la briser, elle ne voulait l'abimer d'avantage. Cette pierre était peut-être sa seule chance de rentrer chez elle.

La jeune fille regarda autour d'elle. Roksa était encore endormie, elle avait à peine bougé depuis qu'elle s'était endormie. Que faire ? La réveiller ou attendre ? Eva décida d'attendre. Après tout le soleil n'était pas encore levé, et cela l'étonnerait que la rouquine soit ravie d'être réveillée si tôt. Aprés tout elle semblait être le genre de personne qui déteste être réveillée quand elle dort. La jeune fille fronça les sourcils. En même temps qui aime être réveillé ?

Elle secoua la tête pour penser à autre chose. Qu'est-ce-que je pourrais faire en attendant ? Son regard se posa automatiquement sur sa sacoche. Elle se jeta sur celle-ci. La poche intérieure où elle rangeait ses Skittles fut la première chose qu'elle vit. Elle fronça les sourcils. Il fallait qu'elle se rende à l'évidence, elle était face un dilemne colossal. Il lui restait seulement deux sachets de Skittles, et elle était coincée pour une durée indeterminée dans ce foutu monde. Elle laissa échapper un soupir d'agacement. Pourquoi ma vie est si compliquée ?

Eva avait beau faire tout ce qu'elle pouvait, détourner les yeux, s'enfoncer les ongles dans les paumes de ses mains, serrer les dents, penser à un artichaut pourri, rien ne marchait ! Son regard revenait sans cesse sur la poche où étaient enfermés ses Skittles. Ses pauvres Skittles... Il fallait qu'elle les délivre !

Elle allait ouvrir la poche, quand son regard se tourna sur son carnet à dessin. Mais oui ! D'un coup elle détourna sa main, pour saisir son carnet à la place des Skittles. Elle referma précipitemment son sac et le balança à plusieurs mètres d'elle. Ouf, je suis sauvé pour l'instant.

Elle s'assit sur sa couverture, ouvrit le carnet et saisit le crayon qui était resté coincé entre les pages. Elle ne s'attarda pas sur ses derniers dessins et pris une nouvelle page. Sans réfléchir elle laissa le crayon glisser sur la page.

Eva avait toujours aimé dessiner. Elle le faisait depuis qu'elle était toute petite, cela lui permettait de passer le temps quand elle était seule chez elle lorsque ses parents travaillaient. Lors de ces moments elle n'avait même plus consicence d'être dans le monde réel. Elle n'avait même plus conscience d'être. Comme si quelque chose la possédait. Elle-même trouvait cela bizarre. Quand elle a décidé d'en parler à ses parents ils lui ont juste payé deux ou trois séances chez le psy. Depuis elle n'en a parlé à personne sauf à Axel, et au moins lui la croyait. Combien de fois il l'a vu dessiner et a dû crier pour que finalement elle sorte de sa léthargie, ou plutôt de son rêve.

Quand finalement elle leva les yeux de sa page, elle se rendit compte que le soleil était levé depuis au moins une bonne demie-heure. C'était dommage qu'elle n'ait pas de crayon de couleur pour colorer l'iris qu'elle venait de dessiner. Elle aurait bien imaginé un bleu électrique pour entourer la pupille fine. Elle rampa à son sac, trop feignante pour prendre la peine de se lever, et y rangea le carnet quand elle entendit un bruit derrière elle.

- Eva ?

La voix de Roksa était encore endormie. Lentement la brune se retourna vers celle-ci. Elle était encore couchée et avait les yeux fermés. Est-ce-qu'elle est au moins réveillée ? Se demanda Eva avec un sourire au coin des lèvres.

Puis son sang se glaça. La pierre. Il ne fallait pas qu'elle la voit ! D'un coup elle roula jusqu'à celle-ci d'une façon qu'elle pensait super cool – toujours trop feignante pour se lever – et saisit la pierre avant de la fourrer dans le sac.

- Mais qu'est-ce-que tu fous ? Dit Roksanna d'une voix toujours endormie.

Eva se retourna vers elle. La rouquine était toujours étalée sur le sol, les yeux à peine ouverts. Elle n'a probablement rien vu. Mieux vaut ignorer sa question.

- Tu sors finalement de ton coma ? Dit la jeune fille un sourire au coin des lèvres.

- Ferme-la, grogna la rouquine.

Un petit rire secoua Eva. Finalement elle se leva et s'étira. Les deux jeunes filles entendirent plusieurs craquements. La brune relâcha un soupire de soulagement.

- Beurk ! Dit Roksa d'une voix dégoutée.

- T'as loupé le lever du soleil, dit Eva en ignorant la remarque.

- Il sera toujours là demain matin.

- Et c'est aussi ce que tu diras demain matin.

La rouquine ouvrit la bouche pour répliquer, mais la referma. Elle haussa les sourcils.

- Pas faux, dit-elle.

Eva sourit. Roksa lui faisait penser à Axel dans ces moments. Elle ne la connaissait pas depuis longtemps, un jour en fait, mais elle avait l'impression qu'elle pouvait être elle-même avec elle, que ça ne la dérangerait pas vu qu'au final elle est exactement pareille. Ça changeait des autres ados du lycée, ou encore de ses parents.

La jeune fille prit sa couverture et se mit à la plier.

- Bon, alors qu'-est-ce-qu'on...

- Ferme-la, la coupa Roksa toujours à moitié endormie.

Eva leva les sourcils, étonnée.

- Euh... Pardon ?

- Ferme-la, j'aime pas qu'on me parle quand je suis pas réveillée.

La jeune fille fit une moue, toujours avec les sourcils levés. Mauvais caractère de merde...

- Okay... De toute façon je dois pisser.

Puis elle se retourna et s'enfonça dans la forêt. J'espère que je vais pas me paumer...

Quelques minutes plus tard elle revint avec un trou au genou et un oeil rouge irrité.

- Qu'est-ce-qui t'est arrivé ? Demanda Roksa.

Eva se frottait l'oeil qui la grattait de plus en plus.

- Je me suis pris une branche dans l'œil, et du coup j'ai pas vu une racine et j'ai dévalé une butte, répondit-elle de l'irritation claire dans sa voix.

- T'es sérieuse ? T'avais dit que tu voulais pisser !

- Je trouvais aucun endroit qui était assez bien pour le faire !

- Tu t'attendais à quoi ? On est dans une forêt !

Eva avait les joues qui chauffaient. Elle s'assit en tailleur par terre et croisa les bras, décidant de bouder dans son coin. Roksa ne commenta pas et se contenta de lever les yeux au ciel. Elle commença à plier sa couverture.

Puis la brune entendit son estomac faire de drôles de bruits.

- J'ai faim.

- On ira au village pour trouver à manger.

Elle fronça les sourcils.

- Par trouver, tu veux dire voler ?

- Oui je veux dire voler.

Roksa se tourna vers elle, les sourcils haussés.

- Cela te pose un problème ?

Si cela lui posait un problème ? Bien sûr que oui ! C'était du vol, quelque chose de malhonnête, de mauvais. Encore si c'était seulement une fois, mais non, elles auraient à le faire chaque jour !

- Ecoute, dit Roksa, que tu ne veuilles pas voler je comprend, je suis passée par là moi aussi. Mais crois-moi tu tiendras pas longtemps. Parfois quand il s'agit de survie, le bien et le mal n'existent plus.

Eva avait l'impression qu'elle parlait plus pour elle-même que pour elle. Comme si c'était quelque chose qu'elle se disait depuis des années mais qu'elle avait toujours du mal à croire. Qu'est-ce-qu'elle avait pu faire dans le passé pour penser ça ?

La jeune fille secoua la tête. Ça ne la concernait pas ce qu'avait fait Roksa dans le passé. Elle se leva.

- Bon alors, on y va ? Demanda Eva.

Un petit sourire étira les lèvres de la rouquine.

XXX

Eva n'arrivait même plus à parler tellement elle riait, et Roksa n'avait pas plus de succès. Elle n'avait jamais fait quelque chose d'aussi drôle de toute sa vie ! Le vol en lui-même n'était pas ce qu'il y avait de plus drôle, mais la fuite après ? C'était énorme !

Roksa avait monté le plan, et dans celui-ci Eva se chargeait de distraire les marchands en volant un peu de nourriture et en fuyant après. Pendnat que les marchands la poursuivaient, Roksa se chargait de voler en plus grande quantité dans les stands sans se faire voir par personne.

Et quelle distraction qu'Eva avait fournie ! Elle avait renversé tout ce qu'elle trouvait sur son passage, que ce soit les stands ou les gens, allant jusqu'à faire peur aussi aux animaux, provoquant encore plus de dégâts. Au début elle s'était sentit coupable, mais finalement s'était laissée emporter par l'amusement.

Elles continuèrent comme ça pendant encore quelques minutes, avant d'arriver à la même clairière où elles avaient dormi durant la nuit.

- T'as faim, demanda Roksa.

- Je suis affamée, répondit-t-elle. Pas toi ?

La rouquine haussa les épaules.

- Non ça va. Je suppose que quand tu passes ta vie comme ça, tu apprends à oublier la faim.

Eva ne répondit rien. Roksa lui tendit de la nourriture et elle se retint de ne pas l'avaler sur le champs tellement elle avait faim. Elle s'assit à nouveau au sol, et mit son sac à côté d'elle, ne le perdant pas de vue.

- Au fait, tu m'as jamais dit où on allait Roks, dit Eva.

- Roks ? Sérieux ?

- Quoi ? C'est mignon.

- Justement, répondit-elle en levant les yeux au ciel.

- T'as toujours pas répondu à ma question.

- On va à Magdërd.

Magdërd ? Quel drôle de nom. Mais dans quel monde j'ai atterri ?

- C'est plus au Nord, à trois jours de marche d'ici. C'est la ville la plus grande qu'on trouve dans le coin.

- Et pourquoi on doit s'y rendre ? Demanda Eva perplexe.

Roksa sembla s'énerver, ce qui fit froncer des sourcils à la brune.

- Tu n'arrêtes jamais de poser des questions ?

- Non, pas quand le sujet me concerne.

La rousse plissa les yeux.

- Très bien ! Je dois de l'argent à quelqu'un, dit-elle en détournant le regard.

- Quelqu'un ?

Eva n'aimait pas ce qu'elle voyait et entendait. Tout dans la position et le ton de Roksa lui indiquait que quelque chose n'allait pas.

- Un homme qui m'a aidée quand j'étais plus jeune. Maintenant arrête de poser des questions.

Eva fit exactement ça. Elle détourna également le regard au bout de quelques secondes, mais cela ne l'empêcha pas de remarquer Roksa qui glissa sa main sous son haut pour gratter une cicatrice sur son épaule. La jeune fille n'aimait pas ça. Quel genre d'aide avait pu lui apporter cette homme ?


J'espère que le chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à laisser un commentaire !

A la semaine prochaine !