Je suis tellement désolé d'avoir mis autant de temps pour écrire le chapitre ! Mais au moins il est deux fois plus long que le dernier, et les choses commencent enfin à devenir intéressantes !

Mais avant que je vous laisse commencer le chapitre, je tenais à remercier ceux qui suivent cette histoire et ceux qui ont laissé un commentaire, ça me fait vraiment plaisir !=D

lili : J'étais trop stressée de publier cette fic et ton commentaire m'a vraiment aidé, alors merci !=)

Invité : Contente que l'histoire te plaise ! Et sinon je pense que je vais rester à un chapitre par semaine pour l'instant =P

Bris'Lames : Ne t'inquiètes pas, les longs commentaires ne me dérangent pas du tout, surtout quand ils sont aussi constructifs =D Je suis contente que Eva te plaise , et merci pour les conseils =) Et pour répondre à tes questions, oui j'ai déjà les grandes lignes de l'histoire en tête et quand à la pierre, tu découvrira dans ce chapitre =P

Bonne lecture !


Ça la grattait de partout. Quand c'était pas l'avant-bras c'était le ventre, et quand c'était pas le ventre c'était la cuisse. Et ne parlons même pas du dos, sans compter qu'elle n'arrivait même pas à l'atteindre.

- Tu peux arrêter de gesticuler dans tous les sens, les gens nous regardent bizarrement, siffla Roksa sur ma droite.

- Je peux pas ! Ça me gratte pile entre les omoplates, répondit Eva en se contorsionnant.

Roksa leva les yeux au ciel pour la trente-septième fois depuis que la brune avait enfilé ses nouveaux vêtements, volés bien sûr. La nuit précédente les deux amies étaient rentrées par effraction dans un atelier qui fabriquait des vêtements. Roksa trouvait qu'Eva faisait trop tache avec ses anciens habits, et que c'était mauvais si elle voulait continuer de voler. En plus d'être reconnue facilement, les gens se méfiaient d'elle avec son ancien accoutrement. Eva avait donc échangé son jean pour un pantalon noir fait d'un tissu plus épais, qui la protégerait mieux contre le froid d'après Roksa. Elle avait rajouté une veste noire qu'elle gardait ouverte par dessus son débardeur. Le tissu était épais et dur, épousant ses formes sans la gêner. Elle avait également ajouté des protèges-genoux qu'elles avaient trouvés dans un autre commerce plus loin dans la rue. Eva ne voulait pas répéter l'accident de la forêt, même après trois jours son genou lui faisait toujours un peu mal. Et elle avait aussi ajouté des mitaines. Quoi ? Les mitaines c'est super cool ! Comment elle aurait pu résister ? Et bien sûr elle avait gardé ses bottes de combat. Eva tenait trop à elles pour les abandonner.

D'un coup elle s'immobilisa.

- Roks, grattes-moi !

La rouquine la regarda bizarrement.

- Pardon ? Demanda-t-elle.

- Tu m'as très bien entendu. Grattes-moi !

- Hors de question. Je t'avais prévenu que ces vêtements allaient te gêner plus qu'autre chose.

La brune allait répliquer quand quelque chose attira son attention. Les deux amies se trouvaient dans une rue plutôt pauvre de la ville, et juste devant elle un homme faisait tache dans ce décor. Celui-ci avait essayé de cacher le fait qu'il soit riche en ne portant aucun bijoux et en s'accoutrant d'habits sobres. Mais Eva pouvait voir que ceux-ci étaient de qualité grâce aux coutures qui étaient trop bien faites. Et malgré le fait qu'il ne porte pas de bijoux, il était rasé de près et ses bottes n'avaient aucune éraflure. On aurait pu penser qu'elles étaient neuves, mais la jeune fille reconnut du cuir bien entretenu, elle pouvait encore voir les marques de brosses. Elle regarda ses mains. Il avait dû écrire dans la matinée car des traces d'encre se trouvaient sur le côté extérieur du petit doigt de sa main droite. Droitier donc.

Eva dévia légèrement de sa trajectoire et rentra dans le côté gauche de l'homme en le bousculant au passage. Il lui suffit d'une seconde pour glisser sa main dans la poche intérieur gauche de sa veste.

- Je suis tellement désolée ! Dit Eva en aidant l'homme à rester debout. Je ne regardais pas où j'allais, est-ce-que ça va ? Demanda-t-elle avec de la fausse inquiétude dans sa voix.

L'homme avait l'air un peu désorienté, et il fronça les sourcils quand il vit qui avait presque réussi à le faire tomber.

- Oui, oui, ça va. Merci, dit-t-il.

Il regarda son accoutrement bizarrement. Puis il se dégagea de la prise qu'elle avait sur son avant bras, se retourna et continua de marcher comme si rien ne s'était passé.

Eva fronça les sourcils et se tourna vers Roksa.

- Je crois que ces habits non plus ne sont pas pratiques pour ne pas être remarqué, dit-elle en faisant une moue.

La rouquine ignora son commentaire et la regarda impressionnée.

- Tu deviens très forte à ça tu sais, répondit Roksa.

Un sourire de malice étira les lèvres de Eva.

- Forte à quoi ? Demanda-t-elle innocemment en faisant sauter le petit sac de pièces d'or dans sa main gauche.

Roksa secoua la tête tout en souriant.

- J'ai trop bien fait mon boulot, dit-elle en recommençant à marcher.

Eva laissa un rire lui échapper alors qu'elle suivait la rousse.

- Oh, allez dis-le Roks ! Je – suis – fière – de – toi, dit-elle en séparant bien les mots.

- Arrêtes de m'appeler comme ça.

- Pfff... t'es pas drôle, soupira Eva.

- Non.

Cette fois c'est la brune qui leva les yeux au ciel. Elle rangea les pièces qu'elle venait de voler dans son sac, en faisait attention à cacher la pierre. Jusqu'à maintenant elle avait réussi à la cacher de Roksa, pourtant chaque nuit elle la sortait du sac et dormait avec, sinon elle ne fermait pas l'œil de la nuit. Elle n'avait rien dit à Roksa à son sujet, et de ce qui lui était arrivé. Elle préférait le garder comme ça jusqu'à ce qu'elle soit totalement sûre qu'elle la croit, ou qu'au moins elle ne pense pas qu'elle soit folle.

- Et puis de toute façon où on va ? Je croyais qu'on était censé se rendre à Magdërd pour aller voir ce gars à qui tu devais de l'argent.

- Je voulais faire un truc d'abord, j'ai besoin de quelque chose.

Eva fronça les sourcils.

- Tu vas voler ? Demanda-t-elle ne voulant pas qu'elle prenne des risques sans elle pour l'aider en cas de problème.

- Non pas cette fois, je vais voir un ami. Attend-moi ici, dit-elle en s'arrêtant devant un bâtiment qui semblait tomber en ruine.

Roksa n'attendit pas qu'elle réponde et entra dans le bâtiment. Eva fronça les sourcils, elle n'aimait pas qu'on lui ordonne de faire quelque chose, et encore moi qu'on lui demande d'attendre comme une pauvre cruche dans une rue ou tous les passants la regardaient bizarrement. Toute sa vie ses parents lui avaient ordonné des choses, sans rien lui offrir en retour, en partant du simple principe que parce qu'elle était leur fille elle devait se plier à leurs quatre volontés. L'agacement qu'elle ressentit en se rappelant ces mauvais souvenirs lui donnait envie de taper dans quelque chose, et les passants qui la regardaient bizarrement n'aidaient pas. Et la chaleur non plus... Le soleil tapait fort ici, et le fait que ce n'était que le printemps ne changeait rien. Elle s'attacha les cheveux quand elle commença à sentir des gouttes de transpiration glisser sur sa nuque. Si je reste trop longtemps comme ça je vais me taper un coup de soleil.

Au bout de cinq minutes Roksa n'était toujours pas revenue et Eva commença à avoir mal au pieds, elle s'assit au pied du bâtiment. Elle sortit son carnet à dessin et commença à dessiner, entrant à nouveau dans sa sorte de transe. Elle oublia tout, les passants dans la rue, oubliant même le bâtiment dans son dos, et même le fait qu'elle soit dans une rue, dans un autre monde. Tout ce qui comptait c'était la créature qui prenait forme devant ses yeux.

- Enfin, jusqu'à ce qu'un son énervant ne la sorte de sa transe.

- Ici Roks, je demande Eve. Eve !

Eva sursauta en entendant Roksa.

- Finalement ! Ça fait une minute que je te crie dessus ! S'exclama celle-ci.

La jeune fille sentit le sang en elle commencer à bouillir. Elle se releva d'un coup, sa colère de tout à l'heure remontant à la surface.

- Pardon ?! C'est toi qui m'a laissée toute seule comme une débile, plantée dans la rue !

L'agacement se peint sur le visage de la rouquine.

- Bon tu vas pas pleurer non plus, dit Roksa en croisant les bras.

Eva n'arrivait pas à le croire. Elle ouvrit la bouche pour répliquer, mais ne trouva rien à dire. Elle la ferma en secouant la tête. Elle rangea son carnet dans son sac.

- Tu sais quoi, laisses tomber.

Puis elle se retourna et commença à s'éloigner de la rousse. Il ne fallut pas plus de cinq secondes à cette dernière pour la rattraper. Elle l'arrêta en posant sa main sur son épaule, et la força à se retourner.

- C'est bon, arrête. Je m'excuse, dit-elle.

Eva se contenta de la regarder sans rien dire.

- Et en plus j'ai un truc pour toi, dit-elle tout en laissant apparaître un petit sourire.

La brune n'avait même pas remarqué que Roksa portait un sac en sortant du bâtiment. Elle fronça les sourcils quand elle vit son amie fourrer sa main dedans. Ses yeux s'écarquillèrent quand elle vit ce qu'elle en sortit.

- Tiens, prends-la, ajouta Roksa quand elle vit qu'Eva n'avait toujours pas réagi.

Lentement la brune fit exactement ça. L'arme était plus légère que ce qu'elle pensait. Sa fine lame reflétait le ciel au-dessus d'elles. Avec son manche recouvert de cuir, Eva trouvait le couteau magnifique.

Elle voulait le dire à Roksa, mais ne trouvait pas les mots.

- Et j'ai pris ça avec. Vu comme tu es maladroite, je savais que des protèges genoux ne te suffiraient pas, dit-elle.

Elle sortit du sac deux protections noires pour les avant-bras.

- Comme ça en plus, tu pourras cacher le couteau dedans, elle continua. Alors, ça te plaît ?

N'ayant toujours pas les mots, Eva se contenta de se jeter dans les bras de son amie. Sur le coup Roksa se raidit. Elle n'est probablement pas habituée aux contacts physiques. Et la lame du couteau qui était passée à deux centimètres de son œil n'aidait sûrement pas, mais après quelques secondes elle entoura la brune de ses bras.

- Je suppose que c'est un oui, dit-elle en souriant.

Eva s'éloigna pour pouvoir observer le couteau à nouveau. Avec ses parents qui oubliaient une fois sur deux son anniversaire, elle n'avait jamais eu beaucoup de cadeaux, et celui-là était de loin le meilleur qu'elle ait jamais eu. Enfin si on enlève la fois où Axel m'a offert trois kilos de Skittles.

- Bien sûr que c'est un oui !

- Tant mieux, dit-elle avec un sourire. Mais évite de te poignarder toi-même.

La jeune fille était tellement occupée à observer la lame qu'elle ignora le commentaire et ne répliqua pas.

- Bon, tu les essayes alors ? Demanda Roksa en soulevant les protections.

Eva lui donna la lame le temps de les enfiler. Une fois sur ses avant-bras, par-dessus sa veste, elle se rendit compte qu'elles ne la gênaient pas du tout dans ses mouvements, et étaient plutôt légères. Elle se prolongeaient même sur le dessus de ses mains, complétant ses mitaines. Je savais que j'avais bien fait de les prendre !

- Il y a même un fourreau dans la gauche où tu peux glisser le couteau, ajouta Roksa.

Et en effet, à l'intérieur de son avant-bras gauche, à l'intérieur de la protection se trouvait un fourreau. Elle y glissa le couteau, en faisant attention à ne pas se couper. Puis un sourire s'étira à nouveau sur son visage.

- Je crois que même si j'essayais, je n'arriverais jamais à te remercier assez. C'est le meilleur cadeau qu'on m'ait jamais fait, dit-elle sans mentionner les Skittles.

- Et bien, pourquoi pas me payer un verre avec l'argent que t'as volé ? Demanda Roksa avec un sourire au coin des lèvres.

Eva fronça les sourcils.

- Si on continue de traîner dans la ville comme ça, on arrivera jamais à Magdërd d'ici demain soir, dit-elle.

- C'est pour ça que j'ai prévu de voler des chevaux.

Elle écarquilla les yeux. Oh non, pas des chevaux.

XXX

Oh mon Dieu. Il vient juste de bouger. C'est normal ? Est-ce-que c'est normal ? Oh non. Il les a en arrière. C'est mauvais ça. Je sens que c'est mauvais. Et pourquoi il fait ça à l'arrière. Je vois pas ! Il faut que je me retourne. Non, mauvaise idée, ne te retourne pas ! Reste droite, bien droite. Rien ne t'arrivera si tu restes vers l'avant et que tu ne bouges pas. Surtout ne bouges pas tes pieds, il risque de mal l'interpréter.

- Putain, t'es constipée ou quoi ?

- Ferme-la, dit Eva en serrant les dents.

Cela fit rire Roksa plus qu'autre chose. Cela faisait déjà une heure que les deux voleuses avaient quitté la ville, et la plus jeune était toujours aussi crispée.

- Sérieux, tu m'avais dit que tu avais peur, mais j'aurais jamais pu imaginer que c'était à ce point ! Dit Roksa en rigolant encore plus fort.

- Ne me parle pas, dit Eva tout en n'osant pas bouger la tête pour regarder la rouquine. Cette chose est démoniaque !

- Je comprends que tu ais pu avoir des expériences traumatisantes dans ta vie, surtout connaissant ta maladresse, mais sérieux Eve ! C'est qu'un cheval ! Moqua Roksa.

D'un coup la brune tourna la tête vers elle, se retenant au dernier moment de la pointer du doigt, de peur d'effrayer le cheval.

- Là ! Tu viens de le refaire ! Accusa-t-elle.

La rouquine haussa les sourcils, la regardant bizarrement.

- Quoi ? Te parler ?

- M'appeler Eve ! Tu l'avais déjà fait quand on était en ville !

Cette fois elle fronça les sourcils.

- Ça me paraît logique. Tu m'as trouvé un surnom, alors j'estime que moi aussi j'ai le droit de t'en trouver un, dit-elle en regardant à nouveau devant elle.

- Oui c'est sûr, parce que Eva est tellement long et compliqué à dire. Je vois tout à fait la nécessite que tu as eu de me trouver un surnom, dit-elle du sarcasme remplissant sa voix.

- En tout cas Eve est toujours plus court qu'Eva, rétorqua Roksa.

L'adolescente leva les yeux au ciel.

- Eva est déjà un surnom. Tu vas quand même pas faire un surnom à mon surnom !

Roksanna se retourna d'un coup, une expression choquée sur son visage.

- Quoi ?! Tu m'as jamais dit ça ! S'indigna-t-elle. Mais c'est quoi alors ton vrai nom ? Demanda-t-elle au bout de quelques secondes.

- Hors de question que je te le dise ! Tu vas te moquer de moi pendant des semaines si je le fais.

La rouquine écarquilla les yeux sous l'accusation.

- Moi ? Me moquer de toi ? Jamais je n'ai fait ça !

Eva la regarda, se demandant si elle se foutait d'elle ou non. Elle décida qu'apparemment non vu qu'elle ne rigolait pas non plus.

- T'es sérieuse ? Et la fois ou je suis tombée dans la forêt en allant pisser ? Et la fois où j'ai glissé sur les pierres près du lac et que je suis tombée dans l'eau ? Et la fois où je me suis prise un arbre ?

Rien qu'au souvenir, Eva pouvait voir Roksa commencer à sourire, ses épaules se secouant légèrement alors qu'elle tentait de retenir ses ricanements.

- Tu dois quand même avouer que celle du lac était hyper drôle, dit-elle en rigolant.

- Non, pas vraiment non, dit l'adolescente en commençant à bouder sur son cheval. J'étais trempée pendant des heures après !

- Allez, dis-le moi. Je te promet, je ne rigolerai pas, dit-elle en l'implorant du regard.

Eva poussa un soupire en détournant le regard.

- Mon vrai nom est Evangeline.

Elle avait dit son nom tout bas, en espérant que Roksa ne l'entendrait pas. Mais elle l'entendit, et à son grand étonnement elle ne rigola pas. Elle se tourna vers son amie.

- Sérieux ? C'est Evangeline ? Je m'attendais à un truc pourri moi ! S'exclama-t-elle.

- Tu rigoles là ? Evangeline est pourri comme prénom !

- Non, ça l'est pas.

- Ça l'est !

- Pas.

- Est !

- Pas.

- Est !

- Est.

- Pas ! Merde... Ça m'arrive à chaque fois !

Roksa ricana sur son cheval.

- T'imagines tous les surnoms que je peux faire avec Evangeline ?!

- Oh non...

Elle commença à les énoncer.

- Angel, Angie, Lilly, Evie, Lina, Ellie, Nina, Gelly...

- Hors de question que tu m'appelles Gelly ! Cria Eva.

- Non, en fait j'aime bien Eve. Lilly-Eve. Eve-Ly. Ev...

J'aurais jamais dû lui dire..., pensa Eva. Elle se crispa de nouveau. Il vient encore de bouger !

XXX

Qui aurait cru que le cheval faisait aussi mal aux fesses ? Pensa Eva en se retenant de se masser les fesses. Les deux amies étaient en ville à nouveau. À Magdërd pour être précis. Finalement ! Ça leur avait pris quatre jours ! Je suis sûre qu'en voiture j'en aurais eu pour seulement une heure ! Ça craint pas mal en fait le passé. Surtout quand tu n'as pas de maison. Tu dois faire un feu pour te réchauffer. Tu dois trouver un lac ou une rivière pour te laver. Tu dois errer dans la forêt pour te soulager. Tu dois marcher, marcher, marcher et marcher encore. Sauf pour manger. Là tu dois courir, histoire de pas se faire rattraper par les personnes que tu viens de voler. En quatre jours Eva n'avait jamais autant couru de toute sa vie.

Mais ce soir là, les deux amies marchaient dans les rues de Magdërd. La jeune fille jouait nerveusement avec son couteau. Quand à Roksa, qui marchait sur sa droite, chaque seconde qui passait elle semblait plus raide, son visage se vidant de toute expression, ne laissant derrière lui qu'un masque neutre. Eva savait ce qu'elle faisait, elle avait vu cette réaction avant. La rouquine se refermait sur elle-même, comme à chaque fois qu'elle mentionnais l'homme qu'elles allaient voir. Toutes les minutes elle retouchait à ses cheveux, s'assurant qu'ils couvrent toujours la cicatrice sur son épaule. Le jeune fille n'avait pas osé lui demander comment elle l'avait eue, ou qui lui avait donnée, et si par "hasard" une certaine personne n'était pas impliquée dedans. Eva n'aimait pas ça. Elle n'était pas le genre de personne à aimer les poussées d'adrénaline, à moins que ce soit derrière son écran devant un épisode de Supernatural. Et encore... si on peut appeler ça des poussées d'adrénaline, plutôt des légers coups de stress. De toute sa vie elle ne s'était jamais trouvée dans une situation aussi stressante. Donc cela l'étonna grandement quand elle se rendit compte qu'elle était calme face à cette situation. La seule preuve qu'elle était légèrement nerveuse étant son couteau dans sa main droite, et les battements de son cœur qui étaient un peu trop rapides à son goût. Il faut penser logiquement, se dit-elle. La peur et la panique ne vont en aucun cas t'aider dans ce genre de situation. Analyse d'abord, et après tu pourras paniquer.

Alors, voyons voir. Elle est dans une ville qu'elle ne connaît pas. Elle va voir un homme qu'elle ne connaît pas, dans un endroit qu'elle ne connaît pas. Cette homme est probablement un connard qui a fait du mal à Roksa dans le passé. Donc dangereux si Roks n'a pas pu se défendre, car même si la rouquine préférait fuir face au danger, Eva savait qu'elle était plus que capable de se battre s'il le fallait. Et malgré le fait que cette dernière le cache très bien, elle était plus que nerveuse.

Et là, c'est le moment où je suis censée paniquer.

Roksanna s'arrêta à l'entrée d'une petite ruelle. Eva pensa qu'elles étaient arrivées et rangea son couteau dans son fourreau, de façon à avoir un atout en cas de problème. Même si elle ne savait pas s'en servir, ça pouvait toujours être utile. Roksa se tourna vers elle.

- Eve, je veux que tu m'attendes dans cette ruelle, ce sera plus sûr pour toi. Personne ne devrait venir te déranger. Je reviendrai le plus vite possible, et on se barrera le plus vite possible de cette ville, d'accord ?

Malgré le fait qu'elle lui parlait vite, sa voix restait basse. Eva faillit ne pas comprendre ce qu'elle lui avait dit, et avant qu'elle ait pu répliquer Roks lui saisit le bras, la fixant dans les yeux.

- Mais tu dois me promettre, si je ne suis pas revenue dans vingts minutes, tu te barres le plus vite de cette ville et tu ne reviens jamais.

Son regard était tellement intense qu'Eva faillit baisser les yeux. Mais au lieu de cela elle fronça les sourcils et la regarda avec incrédulité. Elle n'est quand même pas sérieuse ? Mais plus la jeune fille la regardait dans les yeux, plus elle se rendait compte que si, elle l'était.

- Tu ne t'attends quand même pas à ce que je te laisse y aller toute seule ?! Demanda-t-elle en plissant les yeux.

- Si. Ce n'est pas ton problème Eve, c'est le mien. Tu n'as rien-

La jeune fille s'emporta.

- C'est devenu mon problème quand je t'ai rencontrée ! Ce jour-là, dans la charrette, tu te rappelles ce que tu m'as dit ?!

Est-ce-que ce qu'elle lui avait dit n'était que des mots en l'air ? Des mots qui ne voulaient rien dire pour elle ? Mais Eva fut légerement rassurée quand elle entendit les mots qui quittèrent sa bouche quelques secondes après :

- C'est justement pour ça que je veux que tu restes ici ! Je ne veux pas que tu sois blessée à cause de moi ! Cela n'a beau faire que quatre jours que je te connais, je n'ai jamais été aussi proche de quelqu'un auparavant Eve.

Eva voulait lui dire la même chose. Qu'elle ressentait exactement la même chose pour elle. Mais comme d'habitude les mots restèrent coincés dans sa gorge. En vérité Roksa était devenue bien plus que ça. Elle était devenue son point d'ancrage dans ce monde. Sans elle, Eva serait probablement encore en train d'errer dans une ville, ou dans la forêt, ne sachant pas quoi faire, ne sachant pas où aller. Bordel, elle serait peut-être même morte à l'heure qu'il est ! Chaque matin quand elle se réveillait, savoir que Roks était seulement à quelques mètres, et qu'elle n'était pas seule dans cette galère, l'aidait à continuer, à aller de l'avant, dans l'espoir qu'un jour elle puisse rentrer chez elle.

- Reste ici, de toute façon il ne se passera probablement rien ce soir, dit-elle.

Roksanna se retourna et continua à descendre la rue.

Je lui dois probablement la vie.

- Alors pourquoi tu m'as donné ce couteau Roks ? Demanda Eva.

La rouquine s'arrêta net, sans pour autant se retourner.

- On sait toute les deux pourquoi tu l'as fait, continua la jeune fille.

- Je ne veux pas que tu sois blessée, laissa échapper doucement la rouquine.

- Et je ne veux pas non plus que tu sois blessée Roks.

Lentement elle la rattrappa et lui fit face. Elle prit ses mains dans les siennes, en remarquant qu'elles tremblaient légerement.

- Laisse-moi t'aider, dit-elle en fixant son regard dans celui de son amie. Écoutes, je ne sais pas ce que t'as fait cet homme, mais ça à l'air plutôt grave, et manifestement cela à laisser des traces sur toi, mentalement et physiquement.

Sa main monta pour aller gratter sa cicatrice, mais elle arrêta son geste quand elle se rendit compte de ce qu'elle faisait. À la place elle plaça ses cheveux par-dessus.

- Mais ce qui est sûr, c'est que je ne vais pas te laisser l'affronter toute seule.

La détermination dans sa voix l'étonna elle-même, mais elle ne le montra pas. Roksa ferma les yeux, et Eva sut qu'elle essayait de se retenir de pleurer. Elle ne l'avait jamais vu si fragile avant. Elle la prit dans ses bras, de la même façon qu'Axel le faisait quand elle était chamboulée. Roks fit de même après quelques secondes, mais elle ne pleura toujours pas.

- On reste ensemble, quoi qu'il arrive, dit Eva.

- Promis ?

- Promis.

Apparemment je ne suis pas la seule à avoir un point d'ancrage.

XXX

S'il y avait bien une chose que Eva détestait, c'était les bars et les auberges. D'un, parce qu'elle n'aimait pas l'alcool. La plupart avaient un goût trop amer pour elle. De deux, deux femmes dans un endroit pareil attirent toujours l'attention. Et pas vraiment l'attention qu'une fille de 16 ans, ou de n'importe quelle âge, aimerait avoir. Alors Eva se crispa quand elle vit vers où elle et Roks se dirigeaient.

L'auberge du Dragon Noir.

Bizarre, d'où elle venait les auberges avaient plus des noms du genre L'auberge du cheval Noir, ou Blanc. Mais un dragon ? Elle poussa cette information à l'arrière de sa tête. Il y avait des choses plus importantes desquelles elle devait se préoccuper.

Plus les deux amies se rapprochaient de l'auberge, plus elles pouvaient sentir l'odeur d'alcool, cela donna à Eva l'envie de vomir. Elle mordit sa lèvre inférieure pour s'en empêcher. Des éclats de rire et des cris pouvaient se faire entendre de l'extérieur.

Les deux amies s'arrêtèrent devant l'auberge, regardant la porte avec appréhension. Toutes les deux essayaient de se rassurer sur le fait que la tâche à faire était plutôt simple. Entrer, demander à voir l'homme à qui Roksanna devait de l'argent. Le lui donner, et s'en aller. Franchement rien de plus simple. Mais la façon dont avait réagi Roks tout à l'heure montrait à Eva que non, ce ne serait probablement pas aussi simple.

Elles se regardèrent pedant plusieurs secondes, comme pour se demander l'une à l'autre si elles devaient rentrer. Finalement Eva saisit le main de la rouquine et la serra, comme pour lui donner du courage, ou pour se donner du courage à elle-même. Elle ne savait pas franchement.

Finalement Roksa rompit le contact et s'avança vers l'auberge avant de traverser la porte. Et dire qu'il y a encore une semaine j'étais sur mon canapé dans un pyjama Pikachu en train de mater le c** de Chris Evans en regardant Avengers...

C'est sur cette pensée agréable qu'Eva rentra à son tour. L'auberge était bondée de monde. De suite elles se dirigèrent vers le bar sur la droite. La barman, tout en nettoyant des choppes de bières vides, les regardait du coin de l'œil avec méfiance. Est-ce-que c'est lui Markus ? Sa carrure était imposante, et son expression envoya des frissons parcourir la jeune brune. Puis il regarda Roksanna et ses sourcils se froncèrent légèrement. La jeune fille essaya d'imiter cette dernière, et d'arborer un masque neutre, peut-être même dur sur son visage.

- Tu es en retard, dit le barman d'une voix grave.

- J'ai eu quelques complications sur le chemin, répondit Roksa d'un voix qui ne trahissait pas ses émotions.

Le regard de l'homme se tourna vers Eva. Malgré son expression intimidante elle ne broncha pas et se contenta de consolider son masque de neutralité. Ne les laisse pas voir que tu as peur.

- Une vieille connaissance. Je l'accompagne jusqu'à Loghas. J'ai entendu dire que c'est la ville-phare pour tous les marchands en ce moment. Il y aura largement de quoi rendre le prochain quota, dit-elle en mentant.

Eva se retint au dernier moment de froncer le sourcils. Quota ? Se demanda-t-elle. Puis elle se rendit compte de ce que cela voulait dire. Elle ne put s'empêcher de ressentir un coup dans la poitrine quand elle comprit que Roksa lui avait menti. Enfin, plutôt qu'elle avait omis le fait que l'argent qu'elle lui devait faisait partie d'un "quota". Sans qu'elle puisse l'empêcher, elle sentit la colère doucement infiltrer ses veines. Mais elle ne le montra pas. Son masque resta indifférent. De toute façon Roks doit avoir ses raisons pour me cacher une telle information.

Le barman continua de la regarder pendant quelques secondes avant de se tourner à nouveau vers Roksanna.

- Markus t'attends. Grouilles-toi le cul, dit-il avant de recommencer à nettoyer ses choppes.

Eva vit la rouquine prendre une grande inspiration, avant de se diriger derrière le bar. Elle la suivit tout en sentant le regard du barman et de presque tous les autres clients dans son dos. Dès que le prenom "Markus" avait été prononcé tous s'étaient tournés vers les deux jeunes filles. Eva passa la porte avec la boule au ventre. Derrière celle-ci se trouvait un long couloir avec des portes de chaque côté, mais Roks se dirigea vers celle tout au fond, qui leur faisait face. Son coeur battait de plus en plus vite dans sa poitrine, la seule chose réussissant à la rassurer étant le couteau sur son avant-bras et la présence de son amie devant. Cette dernière s'arrêta devant la porte, lui lança un bref regard comme pour s'assurer qu'elle était toujours là, qu'elle ne l'avait pas abandonnée, puis donna trois grands coups sur l'épaisse porte en bois.

La porte s'ouvrit d'un coup, et Eva put voir un homme encore plus musclé que le barman avec une épaisse barbe brune et aucun poil sur le caillou. Lui aussi dégageait une aura intimidante.

Franchement, elle essaya de se retenir, de se retenir avec toute sa volonté. Mais elle ne put s'empêcher de se pencher légerement en avant et de demander en chuchotant à Roks :

- Est-ce-que c'est lui Markus ?

Cette dernière se tourna légerement vers elle, et lui lança un regard meurtrier qui voulait clairement dire "Là, c'est franchement pas le moment".

- Ça fait des jours qu'on t'attend putain, qu'est-ce-que tu foutais ? Demanda-t-il lui aussi avec une voix grave.

Ils ont tous des voix graves ici ou quoi ? En même temps avec des voix aigus ils auraient l'air beaucoup moins menaçant. Sans pouvoir s'en empêcher Eva l'imagina avec une voix aigu. Lentement son masque se fissura et Roks le vit. Là encore elle lui lança un regard meurtrier, maudissant probablement son côté puéril au passage.

- J'ai eu des complications sur la route, expliqua Roksanna à nouveau.

Après plusieurs secondes Eva réussi à reprendre une expression indifférente. L'homme à la barbe la regardait bizarrement. Puis un deuxième homme apparu derrière lui.

- Qu'est-ce-qui te prend autant de temps ? Demanda-t-il.

Sans qu'elle ait pu réfléchir, la jeune fille se pencha à nouveau vers Roks pour lui poser la même question, mais cette fois-ci elle la vit venir. Eva sentit une vive douleur dans son pied et se retint au dernier moment de crier "Aïe !".

- Oh, dit le deuxième homme en voyant Roksanna. Markus, elle est là, annonça-t-il à quelqu'un derrière lui.

Tout amusement quitta Eva quand elle entendit la voix qui lui répondit.

- Qu'est-ce-que tu attends alors pour la faire entrer !

Même si c'était posé comme une question, Eva entendait clairement que ce n'en était pas une. Cette fois elle n'eut pas besoin de se pencher en avant pour demander à Roks. Les deux hommes devant elles s'écartèrent pour les laisser passer. La jeune fille ne put s'empêcher de regarder partout autour d'elle. La salle était moyennement grande, mais avec un plafond plutôt bas. Sur le mur du fond se trouvait une fenêtre, et au milieu de la pièce une large table qui servait probablement aussi de bureau. Et assit derrière elle se trouvait Markus, pile entre la fenêtre et les deux jeunes voleuses. Que c'est pratique...

- Lentement les doigts d'Eva se déplacèrent vers son avant-bras gauche quand elle vit que l'homme jouait avec une dague.

- Finalement, tu nous a fait attendre. Il faudra que tu te rattrape sur le mois-... C'est qui ça ? Demanda-t-il en pointant avec sa dague la plus jeune des deux amies.

Eva se retint de lever les yeux au ciel et de lâcher un commentaire sarcastique. Ils allaient poser cette question encore combien de fois ? Mais comme Roks lui avait dit de ne rien dire et de la laisser parler, elle garda sa bouche fermée. De plus elle avait l'impression que son corps était parcouru d'électricité avec une arme comme ça pointée vers elle. Ses mains commencèrent à s'agiter.

- Une vieille connaissance que j'accompagne jusqu'à Loghas.

Il jaugea la jeune fille avec un regard qu'aucune des deux filles n'aimèrent. Puis il regarda à nouveau Roksanna.

- Qu'est-ce-que tu m'as apporté ?! Demanda-t-il avec un ton agressif.

Eva ne put s'empêcher de sursauter en l'entendant, et elle put voir un sourire apparaître au coin de ses lèvres quand il le remarqua. Elle serra les dents. Ressaisis-toi ! Ne leur montre pas que tu as peur ! Imagines que c'est comme un vol, s'il se passe bien continue d'agir normalement, comme si rien ne s'était passé. Mais s'il se passe mal fuit le plus vite que tu peux, et ne te retourne pas. De suite elle se mit à scanner la pièce en recherche de toutes les sorties et armes possibles.

Roks sortit un sac remplit de pièces et le posa sur la table. Dés qu'Eva vit l'expression sur le visage de Markus, elle sut que quelque chose n'allait pas. Et ça la rouquine le remarqua aussi, elle recula légèrement.

Puis Markus prit un regard ennuyé sur son visage.

- Tu sais Roksanna, je me demande, sincèrement je me demande, rajouta-t-il comme si c'était une chose inhabituelle à faire pour lui. Je me demande ce que j'ai fait de mal.

Il s'était levé et avait commencé à faire le tour de son bureau, tout en jouant avec sa dague. D'où elle était, Eva pouvait déjà voir le masque de Roksa se fissurer.

- Je t'ai recueillie quand tu étais encore dans la rue, je t'ai appris à te défendre, à survivre, sans moi tu serais sûrement morte maintenant. Et tout ce que je te demande en retour, c'est de voler pour moi un quota de pièces d'or, c'est tout ce que je t'ai demandé ! Dit-il en criant à la fin.

D'un coup le regard de la rouquine se fit de glace. Elle se tourna vers Markus, et pour la première fois depuis qu'elles étaient rentrées dans la pièce elle le regarda dans les yeux.

- Tout ce que tu m'as demandé ?

Sa voix était coupante comme un rasoir. Les mains d'Eva s'agitèrent encore plus, ne sachant pas quoi faire, elle ne voulait pas être simple spectateur dans cette scène. Elle voulait aider Roksa.

- Tout ce que tu m'as demandé ?! Tu m'as pris bien plus que de simples pièces d'or !

La jeune fille se figea quand elle entendit cela. Elle ne veut quand même pas dire que...

D'un coup la tête de Roksa se tourna vers Eva alors qu'un bruit de claquement retentit. Markus venait de la frapper du dos de la main, lui explosant la lèvre.

Tout le monde se figea dans la pièce, tous les regards fixés sur la rouquine. Tous excepté celui d'Eva, qui était fixé sur Markus. Sans réfléchir elle sortit son couteau et se jeta sur lui.

- Non, Eve ! Non ! Cria Roks.

Bien sûr il para facilement son coup, lui saisissant l'avant-bras droit, puis il lui donna un coup de pied dans le ventre, l'envoyant en arrière. La jeune fille atterrit sur son dos, l'air expulsé de ses poumons. Puis elle vit quelque chose de dure et noire rouler à côté de sa tête. Elle regarda son sac et vit que celui-ci était ouvert. Et merde...

Lentement elle commença à se relever, se préparant au pire. Elle chercha son couteau et le vit aux pieds de Markus. Double merde. Elle leva les yeux vers lui et vit qu'il regardait la pierre avec des yeux ronds. Et il n'était pas le seul dans la pièce.

- Est-ce-que c'est ce que je pense que c'est ? Demanda-t-il tout bas.

- Quoi ? Tu peux répéter s'te plaît, j'ai pas tout compris, dit-elle.

Ouch, je me suis probablement cognée la tête. Elle passa ses doigts sur l'arrière de son crâne, et une vive douleur apparut à cet endroit. Quand elle mit ses doigts devant son visage elle put même voir un peu de sang.

Puis elle vit Markus lentement s'approcher d'elle. Elle attrapa la pierre, se releva et la serra dans ses bras, ne voulant pas qu'on lui enlève.

- Mais oui c'est bien ça. Un œuf de dragon ! Dit-il avec un sourire en coin.

Un sourire apparut également sur le visage de Eva. Elle commença à rire. Elle ne savait pas si c'était une blague ou s'il était juste stupide, mais la façon dont il l'avait dit la faisait éclater de rire. Mais elle était bien la seule. Tout le monde dans la pièce la regardait comme si c'était elle la débile. Au bout d'un moment elle s'en rendit compte, et calma son rire.

- Quoi ? Demanda-t-elle.

Roksa ouvrit la bouche pour répondre tout en se tenant le côté de la mâchoire qui avait été frappé par Markus. Les trois hommes pensaient qu'elle se foutait d'eux, mais la rouquine avait bien vu qu'elle était sérieuse.

- Eve, ce que tu tiens dans tes mains, c'est un œuf de dragon, dit-elle lentement.

Euh... Est-ce-qu'elle est sérieuse ? Elle a l'air sérieuse. Et puis de toute façon c'est pas son genre de faire des blagues, surtout dans des moments comme celui-ci. Au moins ça explique le nom de l'auberge... Mais dans quel monde j'ai atterri ?

Puis Eva s'en rendit compte. Elle écarquilla les yeux, regardant vers ce qu'elle tenait contre sa poitrine. D'un coup elle l'écarta de celle-ci, tenant l'œuf à bout de bras, le plus loin possible d'elle.

- Oh non, merde, qu'est-ce-que je fais avec ? Qu'est-ce-que je fais avec ?! Cria-t-elle en panique.

Elle tenait un foutu œuf de dragon entre ses mains !

- Ne t'inquiète pas pour ça, je serais ravi de t'en soulager, dit Markus toujours avec son sourire en coin.

La pierre, ou plutôt l'œuf, lui fut arraché des mains par un des gardes. Sans qu'elle ne sache pourquoi, le fait de ne plus sentir sa chaleur entre ses mains la fit paniquer. Le garde donna l'œuf à Markus, qui planta sa dague dans la table pour pouvoir le prendre. Elle se jeta en avant pour le reprendre quand le même garde lui passa son bras autour du cou, la ramenant contre sa poitrine et commençant à l'étouffer.

- Eve ! Cria Roks mais l'autre garde lui fit la même chose.

Eva essaya de desserrer le bras de l'homme qui la retenait, se débattant comme elle pouvait dans cette position. Lentement ses poumons commençaient à la brûler. Puis elle entendit la voix de l'homme dans son oreille.

- Arrête de bouger ou je te brise la nuque.

Elle s'immobilisa d'un coup, mais garda ses mains autour du bras. Ses yeux passaient de l'œuf à l'homme qui la retenait à une vitesse folle. À ce moment-là ce n'était même plus de la panique, c'était de la terreur qu'elle ressentait.

- Est-ce-que tu as la moindre idée de ce que cela peut valoir sur le marché ? Et toi tu portais ça dans ton sac ! Dit-il avec un éclat de rire.

- Rend-le moi, dit-elle.

Malgré le fait que sa voix était ferme et calme, on pouvait clairement y entendre de la panique. Ses mains recommençaient à s'agiter, et désormais elle n'avait plus de couteau pour se défendre. Son cœur battait à nouveau à la chamade et sa respiration était saccadée, comme si elle allait faire une crise de panique. Mais pire que tout, c'était la colère, la rage qui coulaient dans ses veines, les deux créant un mélange explosif. Puis elle vit l'épée à la ceinture de l'homme qui la retenait.

Markus, qui observait l'oeuf jusqu'à maintenant, se tourna vers elle puis laissa sortir un éclat de rire.

- Tu penses vraiment être en position de me donner des ordres ?

Eva sentit le bras autour de son cou se resserrer, et lentement son arrivée d'air se fit de plus en plus petite. Roksa le vit aussi.

- Arrêtes ! Tu vas la tuer ! Cria-t-elle.

- Je vais vous apprendre à toutes le deux de me-...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. D'un coup Eva sortit l'épée du fourreau de l'homme qui la retenait et lui enfonça dans la poitrine, se coupant au passage le côté des côtes. Il la lâcha en poussant un cri. J'ai probablement touché un poumon, pensa-t-elle quand elle sentit quelque chose d'humide et chaud atterrir sur sa tête. Elle se retint de vomir et le poussa au sol avec son épaule. Sans attendre elle se retourna vers Markus. Celui-ci, trop choqué jusqu'à maintenant n'avait pas bougé. Voyant l'expression de pure rage sur le visage de la jeune fille, il laissa tomber l'œuf et se jeta sur sa dague qui était toujours sur son bureau. Mais avant qu'il ait pu l'atteindre la jeune fille s'élança en avant avec un cri de rage. Et elle lui enfonça la lourde épée en plein dans le ventre.

Eva vit la vie quitter ses yeux lentement devant elle. Son sang redescendant la lame et tâchant ses mains. Elle lâcha l'épée et le corps tomba avec cette dernière. La jeune fille vit l'œuf couvert de sang au sol.

Qu'est-ce-que j'ai fait ?


Je tiens à préciser que je n'ai rien contre le prénom Evangeline =P C'est juste que je trouve qu'il y a tellement de personnes qui se plaignent de leur prénom !

J'espère que le chapitre vous a plu et la semaine prochaine =D