Enfin quelque chose d'intéressant se passe =P

Bris'Lames : Finalement on arrive au passage que tu attendais =D J'espère que la fin du chapitre cette fois ne te décevra pas =P Et je dois te dire merci pour ton dernier commentaire, il m'a aidé pour ce chapitre et le passé de Roksa, qui pourrais avoir de l'importance pour les futures intrigues. Mais chut, je ne dirais rien =P


Trois semaines plus tard

Trois semaines ! Ça fait trois semaines que je suis coincée sur ce foutu cheval ! Mon cul a passé le stade de compote depuis au moins cinq jours ! Et je n'aime même pas les chevaux ! Je suis sûre qu'Henri et Cannelle complotent quand j'ai le dos tourné. Ils veulent me tuer !

Cela faisait trois semaines que Roksa et Eva avaient quitté Magdërd. Depuis elles n'avaient pas arrêté d'aller vers le Nord à cheval, ne s'arrêtant que pour dormir, se laver et voler. Dire que la jeune brune était morte d'ennui était un euphémisme. Alors elle avait décidé de trouver des noms pour leurs chevaux. Elle avait bien essayé "Satan" et "Vermine", mais bizarrement Roksa n'avait pas été d'accord. Alors elle avait finalement décidé d'appeler la femelle "Cannelle" parce qu'elle était Alezan. Et comme par hasard – noté la note de sarcasme – c'était Roks qui la montait. Et le deuxième, blanc comme la neige, elle l'avait appelé Henri. Il lui avait rappelé Axel et la première chose qu'il lui avait demandé quand ils étaient encore des gosses, ce n'était même pas "Est-ce-que tu veux jouer avec moi", mais ce qu'il demandait à tout le monde à cet âge : "Hé ! Tu sais de quelle couleur est le cheval blanc d'Henri IV ?" En fait, Eva n'était pas sûre qu'il comprenait vraiment la blague à l'époque. Mais le fait d'y avoir repensé l'avait fait rire, alors elle avait appelé son cheval comme ça. Son cheval. C'était bizarre de dire ça. Elle n'avait jamais "possédé" un être vivant avant. Cela lui semblait étrange.

- Hé Roks ! De quelle couleur est le cheval blanc d'Henri IV ? Demanda Eva.

- Jamais entendu parlé de lui ! La rouquine répondit sans même se retourner.

La jeune fille cacha son sourire alors qu'elle ajouta :

- T'es pas drôle ! S'exclama-t-elle.

- Non, répondit Roksa elle aussi avec un sourire en coin.

C'était devenu comme un rituel entre les deux amies. Dés qu'Eva faisait une blague stupide, Roks la coupait direct, puis Eva boudait sur sa "non-drôlitude".

- Attend, quand tu disais que tu le connaissais pas, tu parlais du cheval ou d'Henri ? Demanda Eva en fronçant les sourcils.

Roks se retourna sur sa jument, de l'exaspération étalée sur son visage.

- Eve ?

- Oui ?

- Ferme-la, dit-elle en se retournant à nouveau.

- Mais je m'ennuie ! C'est quand qu'on arrive ?!

Elle sembla pousser un soupir d'exaspération, puis se retourna vers Eva.

- Tu vois la tâche noire là-bas à cinq cents mètres ? Demanda-t-elle en la pointant du doigt.

Eva acquiesça quand elle la vue.

- C'est la forêt Eve, c'est la qu'on va dormir pour la nuit. Il suffit juste qu'on continue un peu sur le chemin puis qu'on traverse le champ. Et je connais un moyen pour qu'on y arrive beaucoup plus rapidement, dit-elle avec un sourire en coin en disant la dernière phrase.

Oh non. Puis la rouquine se retourna une dernière fois et pressa son cheval de partir au galop. Et bien sûr qu'est-ce-que fit Henri ? Il la suivit. Stupide cheval.

Ce n'est pas la première fois que Roks et Eva faisaient du grand galop, Eva commençait même à aimer la sensation. Mais s'il y a une chose que la jeune fille détestait c'était le démarrage. Courage ! Le démarrage c'est le plus compliqué ! Se dit-elle alors qu'elle se faisait aspirer en arrière. Elle enfonça ses mains dans l'épaisse crinière, tentant tant bien que mal de se caler sur la cadence du cheval. Au bout de quelques secondes elle se sentit assez à l'aise pour pousser le cheval à aller encore plus vite et commença une course avec Roks.

C'était dans ces moments qu'Eva se sentait libre. Elle ne pensait plus à rien. Juste au vent dans ses cheveux. Le soleil sur son visage. La puissance des jambes de l'animal qu'elle montait. L'adrénaline qui parcourait ses veines. La vitesse lui arrachait toutes ses pensées, ne laissant que la joie et le plaisir dans son être.

Elles arrivèrent à la clairière plus vite qu'elle ne l'espérait. Elle poussa encore son cheval, et celui-ci accéléra avec joie, ne voulant pas non plus laisser Roks et Vermine – pardon Cannelle – gagner. Eva sentit la cadence des pas d'Henri s'accélérer encore plus, et la peur de la possibilité de tomber se fit elle aussi arracher avec le reste de ses problèmes. Le martèlement des sabots sur le sol et les fortes respirations de son cheval étaient les seules choses qu'elle entendait, puis elle sentit son cheval se raidir sous elle. La seconde d'après une puissante lumière l'aveugla et son cheval se cabra. Le son le plus fort et strident qu'elle n'ait jamais entendu résonna dans ses oreilles et fit vibrer chaque os dans son corps, faisant trembler sa cage thoracique et son cœur. D'un coup elle sentit son cheval faire un écart sur le côté, voulant à tout prix s'échapper du champ. Et ce n'est que quand elle heurta le sol, qu'elle se rendit compte qu'ils avaient failli être heurter par la foudre. Elle pouvait encore voir les marques de brûlure sur le sol quelques mètres devant elle. Elle leva les yeux vers le ciel et vit d'épais nuages noirs qui semblaient tourbillonner au-dessus d'elle.

- Eve !

En entendant la voix de Roks, elle se retourna d'un coup pour la voir arriver en galopant avec sa jument. Elle était une dizaine de mètres derrière Eva quand la foudre était tombée, étant ainsi épargnée par celle-ci. La jeune fille se releva d'un coup, ses jambes tremblaient et elle ne savait pas si elles arriveraient à tenir, mais si elle savait une chose c'est qu'il fallait qu'elle bouge avant que le prochain éclair frappe. Elle se mit à courir, la main tendue, vers Roks qui arrivait au galop. Je le sens mal. Plus vite qu'elle ne le pensait elle sentit la main de son amie s'enserrer autour de son poignet alors qu'elle faisait de même. Avec la vitesse avec laquelle le cheval allait, elle se fit tirer d'un coup vers Roks. Celle-ci tira de toutes ses forces pour ne pas se laisser entraîner par le poids d'Eva. La jeune fille fut à peine installée sur le dos du cheval qu'elle le sentit accélérer, l'impulsion de ses pas se faisant deux fois plus forte pour compenser le poids en plus. Les deux jeunes filles pouvaient encore entendre des grondements dans le ciel. Eva s'accrocha encore plus fort à Roks comme si cela pouvait la protéger.

Finalement elle arrivèrent sous la protection des arbres, la fraîcheur de la forêt les submergeant, mais elles ne s'arrêtèrent pas là, elle continuèrent à galoper encore un bon kilomètre avant de juger qu'elles étaient en sécurité. Eva descendit la première, manquant de peu de se ramasser en le faisant, elle s'adossa à un arbre avant de se laisser lentement glisser au sol. Bizarrement le fait qu'Henri ait disparu l'inquiéta légèrement. Elle secoua la tête, comme pour se débarrasser de l'émotion.

- C'est pas passé loin, dit-elle avec un sourire.

- Ça c'est sûr, répondit Roks avec un ton sérieux.

La jeune fille fronça les sourcils quand elle l'entendit. Elle se retourna vers son amie, pour voir qu'elle regardait le ciel les sourcils également froncés.

- Qu'est-ce-qu'il y a Roks ?

- Il n'y a plus aucun nuage maintenant.

Eva regarda en l'air à son tour. En effet elle pouvait encore voir le soleil dans le ciel. Il ne se coucherait pas avant plusieurs heures.

- C'est une bonne nouvelle, non ? Demanda-t-elle en regardant Roksa à nouveau.

La rouquine continuait de regarder le ciel d'une façon qui envoyait des frissons dans le dos d'Eva.

- Je ne suis pas sûre.

Elle se tourna vers la jeune fille, les sourcils toujours froncés.

- Est-ce-que tu en as entendu un autre ?

- Un autre quoi ?

- Coup de tonnerre. Est-ce-que tu en as entendu plus d'un ?!

Sa voix se faisait plus urgente et Eva commençait vraiment à flipper là. Mais c'est quoi son problème, ce n'est qu'un coup de tonnerre !

- Non, je ne crois pas, répondit Eva. Pourquoi ? Qu'est-ce-que ça change qu'il n'y en ait eu qu'un ?

Roks la regardait avec hésitation, comme si elle ne savait pas s'il valait mieux lui dire ou pas. Finalement elle poussa un soupir et dit :

- Et bien... mes parents étaient croyants-...

- Attends, la coupa Eva. Je croyais que tu étais orpheline.

- Je ne l'ai pas toujours été, cela ne fait que six ans que je suis orpheline, mes parents sont morts dans un incendie quand j'avais douze ans. Mais ce n'est pas le sujet, dit-elle ensuite rapidement. Ils étaient croyants. Et parfois le soir près du feu, ils me racontaient des histoires, et ils ont mentionné une fois un orage où il n'y aurait qu'un seul éclair.

Eva attendit la suite, mais quand elle vit que Roks n'allait pas la lui donner, elle la força.

- Et ? Qu'est-ce-qu'un seul éclair veut dire ? Demanda-t-elle à court de patience.

Son amie prit une inspiration.

- C'est un avertissement. Un sorte de mise en garde des Dieux.

Elle la fixait droit dans les yeux, comme si elle attendait une réaction, mais Eva n'arrivait à en conjurer aucune. Elle n'était pas croyante dans son ancien monde, et elle ne l'était pas plus maintenant.

- Écoutes, commença-t-elle en se grattant la nuque. Je comprends que certaines personnes puissent avoir la foi, je le comprends totalement et le respecte. Mais il faut regarder la situation logiquement. On était dans un pré, les seuls arbres aux alentours étaient à une centaine de mètres-...

- Ce n'est pas la première fois que je vois ce phénomène Eve !

La jeune fille allait répliquer mais se retint au dernier moment. Cela ne servait à rien, de toute façon les deux jeunes fille ne tomberaient jamais d'accord si elles avaient des opinions opposées à la base, et le fait qu'elles soient toutes les deux bornées n'aidait pas. De plus ce n'était pas la première fois que les deux amies étaient sur le point d'avoir une dispute parce qu'elles n'étaient pas d'accord. Et si Eva détestait quelque chose c'est quand elles se disputaient. Alors elle fit ce qu'elle fait à chaque fois quand elle n'aime pas une situation : elle fuit. Elle se releva.

- Je vais chercher un ruisseau ou autre chose pour remplir les gourdes et me nettoyer, je suis pleine de terre à cause de ma chute.

- T'éloigne pas trop surtout, répondit la rouquine.

- J'arrive pas à croire que tu crois à ces conneries ! Lança Eva par-dessus son épaule un sourire au lèvres.

- Ferme-la ! Répondit Roks.

Eva se mit à sautiller comme une gamine, contente de finalement pouvoir se dégourdir les jambes. Mais elle arrêta vite, ses jambes étaient encore faible à cause de l'éclair, et en plus ça faisait beaucoup trop de bruit, on l'entendait sûrement à cinq cents mètres à la ronde.

Au bout de cinq minutes elle en eu marre de chercher à l'aveuglette et s'arrêta. Elle tendit l'oreille. Pendant quelques secondes elle n'entendit rien, puis une sorte de ronronnement sourd lui parvint, un peu comme celui d'une grosse cascade d'eau. Comme ça je pourrais même me baigner ! Elle se mit à marcher un peu plus vite en direction du bruit, évitant les racines et les buissons sur son passage. Pour une fois ! D'habitude elle s'en prenait trente-six dans les pieds et finissait avec de l'herbe dans les dents ! Plus elle se rapprochait, moins le bruit ressemblait à celui d'une cascade, mais elle s'en fichait, elle avait soif et Roks avait bu toute l'eau dans la matinée !

Après encore une dizaine de secondes à marcher, elle tomba sur une clairière. Les rayons du soleil qui passaient à travers les branches des arbres l'aveuglèrent momentanément. Le grondement était beaucoup plus fort ici, et il ne ressemblait plus du tout à une cascade d'eau. Finalement ses yeux s'accommodèrent à la lumière et elle pu voir ce qui se trouvait devant ses yeux. Elle poussa un hurlement.

XXX

Roksanna était tranquillement en train de commencer un feu, ces choses prenaient du temps et elle était contente de ne pas avoir Eve dans les pattes pour le faire. La jeune fille avait beau être devenue sa meilleure – et seule – amie pendant ces trois semaines, la rouquine voulait bien avouer qu'elle pouvait être un peu lourde de temps en temps. Sans qu'elle ne puisse l'empêcher, elle commença à penser à ce qui c'était passé dans l'heure précédente. Depuis qu'Eve était partie elle ne faisait que se faire du souci. Cette fille allait la tuer un de ses jours à force de se mettre en danger de la sorte. Le pire c'est qu'elle ne le faisait même pas exprès ! Mais même si elle restait très différente de Kay, elle ne pouvait s'empêcher de les comparer. Et s'il lui arrivait la même chose qu'à-

- Ah ! Siffla-t-elle entre ses dents.

Elle venait de se couper avec la pierre avec laquelle elle essayait d'allumer le feu. Elle la lâcha pour contenir l'afflux de sang qui s'écoulait de sa blessure. Elle allait saisir un tissu pour se bander la main quand elle entendit un hurlement. C'était Eve.

Qu'est-ce-qu'elle a fait encore ?

Puis elle entendit le rugissement. Son sang se glaça dans ses veines. La seconde d'après elle ne se trouvait plus dans la forêt à entendre le cri d'Eve. Elle entendait les cris de quelqu'un d'autre.

- KAYLA ! Cria-t-elle.

Elle se mit à courir le plus vite possible vers le cri. Son cœur battait tellement fort dans sa poitrine qu'elle avait l'impression que ses côtes allaient se briser. Elle pouvait presque entendre ses cris, et les cris d'horreur des autres villageois alors que Kay s'approchait du dragon. Tout recommençait. Pourtant elle avait vu le coup de tonnerre ! Elle aurait dû savoir que ça arriverait à nouveau. Tout ceux qui se rapprochent d'elle finissent blessés, voir pire.

Elle déboula dans la clairière où elle avait entendu le bruit à bout de souffle. Mais ce n'est pas pour cela qu'elle relâcha sa garde. Elle regarda partout autour d'elle, mais ne vit rien. Elle allait appeler Eve, mais celle-ci le fit avant elle.

- Roks ! Cria-t-elle de son perchoir.

- Eve ? Qu'est-ce-que tu fais là-haut bordel ?! Demanda-t-elle quand elle vit la plus jeune dans un arbre.

Mais cette dernière ne répondit pas. Elle regarda derrière la rouquine et ses yeux écarquillèrent.

- Roks ! Derrière toi !

Roksanna entendit un grognement dans son dos et elle se retourna d'un coup. Un dragon jaune acide lui faisait face avançant lentement vers elle. Un Cauchemar Monstrueux, se rappela-t-elle quand elle vit sa peau s'enflammer à certains endroits. Et il n'a pas l'air content. Heureusement elle non plus. Encore une fois un dragon s'attaquait à quelqu'un à qui elle tenait, cette fois elle ne le laisserait pas faire. Même si cette fois c'est elle qui dut en mourir.

Elle sortit la dague de sa botte et la brandit devant elle. Immédiatement le dragon montra les crocs et se mit à grogner, se rapprochant d'une façon menaçante d'elle.

- Non ! Roks attends ! Cria Eve derrière elle toujours dans l'arbre.

Kay aussi lui avait demandé d'attendre, et regardez où ça les avait menées. Non, ça c'était sûr, Roksanna en avait fini d'attendre. Elle se prépara à attaquer. Le Cauchemar fit de même alors qu'il ouvrait la gueule, une lueur orange apparaissant au fond de sa gorge. La rouquine allait lui bondir dessus quand elle vit du mouvement sur la droite, une chevelure brune suivant la silhouette qui fonçait droit sur eux.

- Eve, non ! Cria-t-elle pour la prévenir.

Mais c'était trop tard, elle avait perdu sa fenêtre de tir et le dragon allait bientôt utiliser la sienne. Sans qu'elle ne puisse rien faire elle vit la plus jeune s'interposer entre elle et la bête, les deux mains tendues vers elle comme si ça allait les protéger. Encore une fois Roksanna était impuissante face à ce qui se passait devant elle. Elle avait échoué encore une fois.

Par réflexe les deux jeunes filles avaient fermé les yeux, mais quand au bout de plusieurs secondes aucune des deux n'avaient senti le feu leur lécher la peau, elles les rouvrirent pour voir si le dragon était toujours là. Et il l'était, il s'était seulement immobilisé, fixant intensément la brune, alors que celle-ci lui renvoyait son regard. Aucune des deux n'osa bouger, de peur que le dragon les attaque à nouveau. Il continua de l'observer ainsi pendant plusieurs secondes, puis il baissa les yeux vers sa sacoche. Lentement le Cauchemar rapprocha sa tête de celle-ci, mais avant qu'il n'ait pu la toucher Eve la tira d'un coup sec hors de sa portée.

- Eve ! Siffla Roksanna entre ses dents.

La rouquine se crispa d'un coup quand elle vit le dragon tourner sa tête à nouveau vers la plus jeune, sa main se resserrant autour de la lame de la dague. Mais à la surprise des deux jeunes filles, le Cauchemar se frotta à Eve comme un chat en recherche de caresse. Sur le coup aucune des deux amies ne réagit, mais après quelques secondes Eve répondit aux caresses en frottant sa main sur le museau de l'animal. Elle regarda pendant une brève seconde Roksanna avec les yeux écarquillés, mais la rouquine se contenta de hausser les épaules ne sachant pas quoi faire non plus.

Au bout d'un moment le dragon s'écarta de la jeune fille, la regardant une dernière fois avant de se retourner et de repartir dans la forêt comme si de rien n'était. Roksanna lâcha sa dague sous le choc.

- Qu'est-ce-qui vient juste de se passer ? Demanda-t-elle.

Toute excitée, Eve se tourna vers elle, les yeux pétillant.

- Je me suis fait un nouvel ami !

XXX

Eva était perdue dans ses pensées alors qu'elle nettoyait la plaie que Roks s'était faite en essayant d'allumer le feu. Et après elle ose m'appeler maladroite ?! Après que le dragon soit parti les deux amies étaient finalement allées chercher de l'eau sachant qu'elles en auraient besoin pour les jours à venir. D'après Roksa, les points d'eau se feraient de plus en plus rares jusqu'à la prochaine ville.

Pendant tout le chemin du retour jusqu'au camp, les deux jeunes filles s'étaient demandées pourquoi le dragon ne les avait pas attaquées. Eva se demandait si c'était parce qu'elle n'était pas armée ? Parce qu'elle essayait simplement de protéger son amie ? Parce qu'elle avait un oeuf de dragon ? Cela n'avait aucun sens ! Et il y avait autre chose qui n'avait pas de sens.

- Quand j'ai crié tout à l'heure dans la clairière en voyant le dragon, tu as crié quelque chose en retour, commença-t-elle.

Elle espérait que Roks comprennent qu'elle voulait qu'elle lui explique, mais si elle l'avait compris elle n'en laissa rien paraître, à vrai dire elle ne répondit rien du tout. Elle se contentait de fixer le feu. La nuit venait de tomber, et c'était maintenant la seule source de lumière qu'elles avaient. Voyant que son amie n'allait pas répondre, Eva continua.

- Qui est Kayla ? Demanda-t-elle les yeux fixés sur la blessure pour ne pas voir l'expression de Roks.

Elle savait que pour que son amie réagisse de la sorte, ça devait avoir été une personne importante pour elle. Et vu la vie qu'elle avait menée, cette personne n'a sûrement pas laissé que des bons souvenirs. Elle entendit son amie pousser un soupir.

- Kay était ma sœur. Elle est morte la même nuit que mes parents.

- Dans l'incendie qui les a tués ?

- Oui et non.

Eva leva les yeux de la plaie qu'elle avait commençé à bander. Roks regardait toujours le feu, le fixait même sans cligner des yeux.

- Avant j'habitais sur la côte, au bord de la mer du Nord. Là-bas les dragons sont rares, mais il nous arrivait de nous faire dévaliser par toute une horde de dragon une ou deux fois par an. Cette année avait été plutôt calme, nous n'avions pas vu l'ombre d'un dragon. Mais une nuit ils sont arrivés, plus nombreux que ce que je n'avais vu à cet âge. Ils ont mis le feu aux maisons avant même qu'on ait pu sonner l'alarme.

Elle prit une grande inspiration. Eva pouvait voir ses yeux briller.

- Mes parents n'ont pas pu sortir à temps de la maison. Moi et ma sœur oui, mais pas eux. Dehors c'était la panique. Les villageois n'étaient pas préparés. Pendant qu'une partie des dragons prenait toutes nos réserves, une autre continuait de nous attaquer.

Elle fit une autre pause et ferma les yeux.

- Ma sœur a toujours été différente. Elle a toujours pensé que les dragons n'étaient pas ce qu'ils paraissaient. Lors de l'attaque une maison a explosé, et on a été séparé lorsque le souffle nous à projetées. La seule chose que j'ai vu quand je me suis relevée, c'est ma sœur près d'un de ces monstres. Je ne sais pas ce qu'elle faisait aussi près de lui, j'ai essayé de l'écarter, mais il était trop tard. Le dragon l'avait emportée dans les airs.

Eva sursauta presque quand Roks se tourna vers elle.

- Je ne l'ai plus jamais revu. J'ai ensuite décidé de partir vers le Sud, où je savais qu'il n'y avait aucun dragon. Apparemment je me trompais, dit-elle avec sourire amer en désignant la sacoche.

Eva baissa les yeux, tout d'un coup gênée.

- Pourquoi tu fais ça. Tu as l'air de les détester. Alors pourquoi tu m'aides ?

Roks continua à la fixer. Lentement elle leva la main et la posa sur sa joue.

- Tu lui ressembles tellement, la première fois que je t'ai vu j'y ai presque cru. Hormis les cheveux, continue-t-elle en posant maintenant sa mains sur ses mèches brunes près de son visage. Les siens sont roux comme les miens.

J'aurais dû m'en douter. Un rire amer secoua Eva. Ça faisant longtemps qu'elle se posait elle-même la question.

- C'est pour ça.

- Pour ça quoi ?

- Que ce jour là tu m'as aidée. Je me rappelle de ton expression quand tu m'as vue. On avait l'impression que tu n'y croyais pas, que tu te disais que c'était trop beau pour être vrai. C'est donc pour ça.

Quand Roks entendit la déception dans sa voix elle la saisit par les épaules, la forçant à la regarder dans les yeux.

- Ne crois pas que j'essaye de la remplacer. Au début oui, j'avoue que c'est parce que tu lui ressemblais que je t'ai aidée. Mais après j'ai vu à quel point tu es différente d'elle mentalement. Et c'est pour ça que je suis ton amie, parce que tu es qui tu es. Une fille plutôt lourde les trois quarts du temps, maladroite comme pas possible, obsédée par un œuf de dragon, super protectrice, et une sorte de monstre comme moi. Et pour ça je ne t'échangerais pour rien au monde, finit-elle en riant légèrement.

Eva avait beau essayer, elle n'arrivait pas à contenir le sourire qui s'étalait sur son visage.

- Même si tu n'as fait que m'insulter les trois-quarts du temps, dis-toi que ça reste quand même le plus beau compliment qu'on ne m'ait jamais fait, dit-elle un vrai sourire sur son visage cette fois.

Elle finit de bander la main de Roks alors que les deux amies pouvaient littéralement sentir que l'atmosphère autour d'elles était plus légère. Pendant quelques secondes Eva observa son travail, puis elle regarda la rouquine dans les yeux avant d'ouvrir en grand ses bras.

- Câlin ? Demanda-t-elle, ses yeux pétillants à nouveau.

- Câlin, répondit Roks en levant les yeux au ciel.

Elle entoura la plus jeune de ses bras. Mais au bout d'une dizaine de secondes Eva s'écarta d'un coup.

- Attends, si tu avais douze ans lors de l'incendie, et que c'était il y a six ans, alors ça veut dire que tu as...

- Dix-huit ans, répondit Roks.

- Quoi ?! Demande Eva scandalisée.

- Quoi quoi ? Demanda la rouquine ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire.

- Tu as dix-huit ans !

Roksa ne semblait toujours pas comprendre. Eva se retint de lever les yeux au ciel.

- Je pensais que tu avais seize ans comme moi !

- C'est vraiment que maintenant que tu t'en rends compte ?

La plus jeune poussa un soupir.

- Je sais, je suis lente du cerveau.

- Sans blague..., marmonna Roks.

- Je t'ai entendue.

- Je sais, dit Roks en lui tirant la langue.

Et c'est moi qu'elle appelle puérile ?! Eva leva les yeux au ciel. Elle se leva et épousseta les parties de son corps qui avaient été en contact avec le sol. Elle n'avait pas réussi à nettoyer toute la terre qui s'était accrochée à ses vêtements lors de sa chute, mais ça ferait l'affaire pour l'instant. Elle alla s'asseoir sur sa couchette et sortit l'oeuf de sa sacoche, le posant sur ses jambes croisées.

- Je t'avais dit que cet oeuf nous sauverait la vie ! S'exclama-t-elle sans pouvoir s'empêcher de le caresser.

- Non tu l'as pas dit, répondit Roks.

- Non, mais c'est tout comme. Je t'ai dit qu'il fallait le garder !

- On ne le garde pas Eve !

La jeune fille fronça des sourcils.

- Pfff... T'es pas drôle...

- Non.

Roksa s'assit de l'autre côté du feu, sur sa propre couchette. S'enroulant dans sa couverture.

- Tu ne trouves quand même pas que c'est bizarre ?

- De quoi ? Demanda Eva levant les yeux du feu qui était devant elle.

- Le fait qu'il nous ait laissé partir comme ça-

- Roks, ce n'est pas parce que tu penses que tous les dragons sont des monstres qu'ils le sont.

La rouquine fronça les sourcils.

- Laisse-moi finir ! S'exclama-t-elle. Ce n'est même pas ce que je voulais dire. Ce que je veux dire c'est que si un dragon avait croisé n'importe quel humain avec un œuf de dragon il aurait pensé qu'il l'avait volé. Mais non ! Toi il va te faire des câlins, et en plus il te laisse l'œuf ! Moi je trouve ça bizarre.

- Peut-être que je ne suis pas n'importe quel humain, dit Eva avec un sourire en coin.

- Haha, ria sarcastiquement Roks. Je suis sérieuse.

- Mais moi aus- AH ! Cria-t-elle.

D'un coup elle envoya l'oeuf valser à plusieurs mètres d'elle. En moins de deux secondes Roksa s'était levée et était apparue à ses côtés.

- Eve ! Ça va ? Demanda-t-elle l'inquiétude claire dans sa voix.

- Il m'a brûlée !

Eva montra l'intérieur de ses mains où des cloques commençaient déjà à apparaître. Les deux amies échangèrent un regard, puis sans perdre une seconde elles se précipitèrent vers l'œuf.

- Tu crois qu'il est en train d'éclore ? Demanda Roks.

La jeune fille ne répondit pas. Elle avança sa main droite vers l'œuf, et avant que Roks ait pu protester elle le toucha du bout de l'index. Elle le retira d'un coup alors qu'elle retenait un cri de douleur. Bien sûr idiote qu'il est encore brûlant ! Elle regarda le bout de son doigt, s'attendant à voir une autre cloque, mais à son grand étonnement celui-ci brillait d'un bleu électrique.

- C'est quoi ce bord-

Mais avant qu'elle n'ait pu finir elle vit l'œuf commencer à se craqueler là où elle l'avait touché, laissant la même lumière bleue électrique s'échapper. Puis elle vit la peau sur son doigt faire de même. Lentement elle continua de se craqueler, le long de son doigt, de sa main, de son avant bras, laissant une horrible impression de brûlure. Eva ferma les yeux et siffla entre ses dents alors que la douleur remontait son bras. Elle entendait Roks jurer à côté d'elle. Elle s'attendait à ce que la douleur remonte encore plus son bras, mais elle s'arrêta sur son avant-bras. Elle ouvrit un peu les yeux pour voir ce qu'il se passait, et la vue lui donna envie de vomir. Sa peau était comme calcinée au niveau des craquelures. Au niveau de son avant-bras elles commençaient à former un symbole qu'Eva ne reconnut pas. Et alors qu'elle crut que la situation ne pouvait pas empirer, la douleur se fit dix fois plus forte au niveau de la marque, comme si elle était gravée dans sa peau. Elle commença à briller de la même lumière que l'œuf, au point d'aveugler totalement le jeune fille. Et alors qu'un cri de douleur commençait à remonter sa gorge, les ténèbres envahirent sa vision, puis son esprit.


J'ai essayé quelque chose de nouveau dans le passage avec le point de vue de Roks. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !=)

J'espère que le chapitre vous a plu et à la semaine prochaine !