Chapitre un : Le nouveau Royaume

Un fracas la tira de son sommeil. Elle entendit immédiatement un juron poussé à côté d'elle.

« Tu mériterais d'être expédié au Cocyte pour ta maladresse. Dépêche-toi de nettoyer tout cela et que je ne te revoie plus avant longtemps. » chuchota agressivement un inconnu.

Athéna ouvrit les yeux. Elle ne savait pas où elle se trouvait, ni qui étaient ces deux personnes avec elle. L'endroit, une chambre, était plutôt majestueux, tout comme le lit dans lequel elle reposait, mais il y avait quelque chose de sombre qui émanait de l'atmosphère. Ou plutôt, il manquait de luminosité, de chaleur. Il y avait aussi ce ressenti familier qui la perturbait.

L'inconnu au ton agressif qui était assis sur un fauteuil à ses côtés s'aperçut soudainement qu'elle avait repris connaissance et qu'elle fixait la pièce. Il se releva aussitôt avant de faire une profonde révérence pour finir par s'agenouiller devant elle. Athéna comprit qu'il était en train de respecter un étrange protocole et qu'il l'appliquait à la lettre. La grâce avec laquelle il s'exécutait montrait qu'il était coutumier du fait.

C'était un homme en armure, ou plutôt en surplis, qui devait avoir une vingtaine d'années, très grand avec un visage un peu trop sévère, mais peut-être était-ce dû aux larges sourcils fournis qui ornaient son front.

Son attitude changea complètement et il s'adressa à la Déesse avec un ton des plus chaleureux.

« Votre Majesté, je suis tellement heureux et soulagé de vous voir ainsi rétablie. Nous étions tous tellement inquiets à votre sujet lorsque vous êtes partie seule pour le Sanctuaire. Nous étions sans nouvelles de vous depuis des jours lorsque j'ai enfin ressenti votre position et que j'ai accouru au plus vite à l'endroit où vous vous trouviez pour vous ramener. »

« ….. me ramener ? » demanda Athéna d'une voix mal assurée.

« Oui. Ne vous inquiétez pas, vous êtes à présent en sécurité dans votre palais. Vos soigneuses m'avaient prévenu que la plaie à votre jambe s'était refermée et que n'alliez pas tarder à reprendre vos esprits. Cela a bien pris du temps, mais elles m'avaient assuré que vous ne couriez aucun risque.»

La jeune fille se releva pour se mettre en position assisse. Même si elle avait peur d'entendre la réponse, il fallait absolument qu'elle pose cette question qui l'obsédait.

« Où sommes-nous ? »

« Mais...chez vous, dans votre royaume, votre Altesse. »

« ... »

« Aux Enfers. »

Athéna se prit la tête entre les mains en poussant un gémissement. Evidemment, il ne s'agissait pas d'un rêve, mais d'un cauchemar bien réel qui se poursuivait. Néanmoins, malgré sa détresse, il n'y avait plus aucune larme qui coulait. Elle demeurait une déesse et se devait d'agir en tant que telle. Le choc initial l'avait totalement déstabilisé, mais il ne fallait plus qu'elle se laisse abattre de la sorte, car elle avait appris à de nombreuses reprises qu'il était toujours possible de changer les choses avec de la bonne volonté.

Des tintements de porcelaine attirèrent son attention. L'autre homme agenouillé sur le sol s'affairait à ramasser les débris d'une tasse et à nettoyer le liquide répandu. Il ne dégageait pas le même cosmos que l'autre homme et Athéna comprit immédiatement qu'il s'agissait d'une âme défunte. Cette personne était déjà morte et son âme effectuait des tâches dans ce palais.

« Veuillez excuser la maladresse de ce serviteur, votre Majesté. » plaida l'inconnu aux larges sourcils.

« Bien sûr, ce n'est rien. »

Une fois l'homme sortit, celui en armure sembla hésité un instant, puis pris la parole.

« J'ai...j'ai veillé sur vous durant presque quatre jours et je suis vraiment heureux de vous voir ainsi rétablit. Votre détresse était telle qu'elle nous avait profondément affectée, nous, les spectres. »

Athéna sembla surprise puis réfléchit. De son côté, elle n'avait ressenti aucun lien particulier avec ces hommes. Jusqu'à présent, elle se sentait encore lié aux chevaliers et c'était largement suffisant. L'Athéna qui occupait sa place jusqu'à sa venue dans ce nouveau présent était sans aucun doute plus reliée aux spectres qu'elle. Il fallait absolument qu'elle en sache plus pour savoir à quoi s'en tenir.

« Pardonnez-moi, mais ma mémoire me fait défaut. Je ne me rappelle plus de votre nom, ni de celui des autres spectres. En réalité, je ne me souviens plus de rien... »

L'homme ouvrit grands ses yeux, semblant aussi déboussolé que la déesse. Cependant, il se ressaisit rapidement. Il prit délicatement la main d'Athéna dans la sienne.

« Ne craignez rien, je suis certain que votre mémoire vous reviendra rapidement. C'est sans doute un effet indésirable de ces récents événements. J'ignore ce que vous avez enduré durant votre absence, mais vous avez sûrement dû recevoir un profond traumatisme qui vous a perturbé au point d'avoir refoulé vos souvenirs. C'est très …..humain, comme réaction. Je ne pensais pas que les dieux pouvaient aussi le subir. »

Athéna baissa la tête. En cet instant, elle avait davantage l'air d'une jeune fille égarée qu'une puissante déesse.

L'inconnu lui fit un petit sourire qui se voulait encourageant.

« Alors, commençons par le commencement, je m'appelle Rhadamanthe, Spectre du Wyvern, de l'étoile céleste Forte et Violente. Je suis l'un des trois juges des Enfers et l'un des généraux qui dirigent votre armée et qui veille au bon fonctionnement du royaume souterrain. En attendant que vous retrouviez entièrement votre mémoire, si vous me le permettez, je me chargerai de vous réapprendre tout ce qu'il faut savoir pour votre position. »

D'un acquiescement de tête, la jeune fille accepta sa généreuse proposition. Bien qu'elle soit déjà venue aux Enfers, elle ne connaissait pas réellement son nouvel environnement et avait absolument besoin de se familiariser avec cet endroit pour déterminer sa future ligne de conduite avec les spectres et pour tenter de savoir s'il existait une possibilité de récupérer son vrai trône et ses chevaliers. Elle ne pouvait en aucun cas dire la vérité à cet homme, comment réagirait-il en apprenant que la Déesse qu'il servait n'était plus tout-à-fait la même que celle qu'il avait connu ? Que les deux entités avaient fusionné pour n'en laisser plus qu'une dans cette dimension et que c'était celle d'une autre réalité qui avait pris l'ascendant sur celle qui avait toujours vécue ici ?

« Si vous vous sentez prête à faire quelques pas, nous pourrions déjà commencer par faire le tour de votre palais. »

« Avec plaisir. »

Rhadamanthe sourit.

« Très bien, dans ce cas, je vous attendrai à l'extérieur de votre chambre pour vous laisser le soin de vous préparer et ensuite, nous commencerons la visite.»

Le Juge sortit de la pièce, refermant la porte avec plus de soin que nécessaire. Athéna soupira, un peu las. Elle se releva péniblement, peu enchantée à l'idée de diriger le monde souterrain, mais qu'importe, elle devait le faire, au moins momentanément. Elle s'approcha de la seule fenêtre située à son opposé et regarda le spectacle que celle-ci offrait. Le ciel était d'un étrange mélange de noir et de pourpre où scintillait d'innombrables étoiles. La déesse avait une large vue sur les trois temples des Juges des Enfers, situés non loin du palais. Dans son ancienne réalité, elle était déjà passée devant ces imposantes bâtisses, mais ne les avait pas observées plus que nécessaire. Esthétiquement, les temples étaient beaux et possédaient des représentations des animaux sacrés que les Juges incarnaient.

Quelque chose attira son attention au-delà. Au loin, elle discerna de petites constructions et il y en avait tellement qu'elle n'arriva pas à les compter. Même en cherchant bien dans ses souvenirs, elle ne se rappela pas les avoir déjà aperçu. Peut-être était-ce l'oeuvre de l'Athéna qu'elle avait remplacé, il fallait aussi qu'elle se renseigne sur les changements que son double avait pu effectuer en régnant ici et sur ce qu'il s'était réellement passé depuis son voyage dans le temps.

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Une fois convenablement habillée, elle sortit de la chambre et fidèle à ce qu'il lui avait annoncé, Rhadamanthe se trouvait de l'autre côté et fit une profonde inclinaison en la voyant. Tous deux se dirigèrent ensuite dans de vastes corridors.

Première constatation de la déesse, la décoration n'était plus la même. Toujours grandiose, elle était moins oppressante que la précédente fois où elle avait mis les pieds ici. Le blanc dominait toujours, mais il y avait plus de touches de couleurs. De nombreux vases anciens et précieux contenaient de magnifiques fleurs, provenant du monde souterrain.

Deuxième constatation, il y avait beaucoup plus de monde dans le palais. Rhadamanthe et elle croisèrent plusieurs spectres et à chaque fois, son guide en faisait une brève description à Athéna, ce qui les déconcertaient un peu. Les autres étaient des âmes défuntes, chargées de s'occuper de l'entretien des lieux. Plus nombreuses que les spectres, Rhadamanthe ne se fatigua pas à les nommer devant Athéna, même s'il en connaissait quelques-unes.

Troisième constatation, les spectres eux-mêmes. Bien sûr, elle ne pouvait en aucun cas se targuer de les connaître personnellement avant le changement dramatique de domination entre elle et Hadès, mais elle observa un comportement serein, voir apaisé et même amical pour la plupart d'entre eux. Peut-être étaient-ils toujours ainsi lorsqu'il n'y avait pas d'ennemis à combattre. En plus de cela, ils avaient tous l'air de lui vouer une adoration sans borne, lui confiant à quel point ils étaient heureux de la savoir de retour, ce qui perturba encore un peu plus la déesse, mais celle-ci s'évertua à leurs sourires en retour en leur disant quelques mots gentils.

Au bout d'un moment, tout en marchant, elle préféra poser les questions directement auprès de son guide.

« Rhadamanthe, quelle sorte de Déesse je suis pour vous ? J'aimerais que vous me répondiez avec la plus grande sincérité ! »

Le spectre du Wyvern ne prit même pas la peine de réfléchir pour lui répondre.

« Eh bien, vous êtes la déesse la plus pure et la plus juste de cet univers. Bien sûr, nous sommes à vos ordres et nous vous devons respect et obéissance, mais même sans cela, nous vous vénérerions et nous vous adorerions quand même. Nous, les spectres, avons tous une grande soif de justice et la vôtre est non seulement équitable, mais elle est aussi bienveillante. Vous êtes une bénédiction pour les Enfers et vous mériteriez de régner aussi sur Terre, comme à l'origine. C'est pour cela que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous permettre de réaliser votre rêve et de reprendre votre place pour pouvoir régner ainsi sur les deux mondes. »

Athéna emmagasina ces nouvelles informations avant de continuer son interrogatoire.

« Merci. Et que s'est-il passé après la dernière Guerre Sainte ? »

« D'après ce que l'on m'a dit, Hadès aurait perdu face à vous, mais avec l'aide des autres dieux il serait revenu et se serait ensuite proclamé maître de la Terre et de ses habitants. Ils ne vous ont pas laissé le choix et ils vous ont attribués le monde souterrain, voulant tout de même vous donner une compensation pour la perte subie. Le monde de la surface a beaucoup changé à cause de lui et si ces derniers siècles n'ont pas connu de guerres, les habitants vivent sous la pression permanente de ce Dieu. Pour beaucoup d'être humains, c'est une véritable libération de se retrouver dans le monde souterrain. Ils découvrent en quelque sorte la liberté qu'ils n'ont jamais obtenue de leur vivant. »

« Je vois. »

Hadès avait tenu parole et régnait donc avec une poigne de fer sur la Terre avec le soutien des autres Dieux. Ils ne rendaient pas compte que la liberté auquel chaque être humain avait droit était fondamentale.

« Vous êtes donc satisfait d'être ici, à me servir ? »

« Bien évidemment. Lorsque vous m'avez appelé mentalement pour venir vous rejoindre en tant que l'un de vos spectres, vous n'imaginez pas combien j'étais fier et heureux de pouvoir vous apporter mon soutien contre le tyran. Nous le sommes tous, d'ailleurs ! »

Athéna sourit, elle commençait à y voir plus clair à présent et l'aide apporté par ces braves guerriers était loin d'être négligeable.

« J'ai aussi entraperçu des dizaines, voir des centaines de bâtiments au loin. De quoi s'agit-il ? »

Rhadamanthe fit un mouvement de la main pour indiquer l'endroit.

« En fait ce sont plusieurs dizaines de milliers de bâtiments. » rectifia le Juge. « Nous l'appelons la ville Méso, ce qui signifie la ville du milieu en grec. C'est le refuge des âmes qui ont commis des crimes, mais pas suffisamment graves pour qu'elles soient envoyées dans l'une des Prisons. Elles demeurent ici pour tâcher de rattraper leurs fautes et lorsque ce sera le cas, elles seront purifiées et pourront rejoindre Elysion. C'était l'un des principaux changements que vous avez orchestré en dirigeant le royaume souterrain. Il y en a eu d'autres... »

« Lesquels ? » demanda Athéna, réellement intriguée par les décisions prisent par son double.

Rhadamanthe fit mine de compter sur ses doigts.

« Eh bien, il y a eu la fermeture de trois des prisons qu'avait créé le dieu Hadès. Vous avez aussi assoupli significativement les jugements et ouvert les portes d'Elysion à énormément d'âmes. Vous leur avez également donné la possibilité de se racheter, chose qui avaient été impensable avant vous et vous leur avez donné des abris. Celles qui sont au palais en font partie. Vous savez, avant, cet endroit devait être un véritable cauchemar, mais grâce à vous, c'est devenu un lieu de promesses pour un avenir meilleur ».

Son double avait manifestement pris de bonnes décisions et avait rendu ce monde supportable bien qu'Athéna ait du mal à envisager qu'on puisse encore punir les gens après leurs morts, mais peut-être que cette autre Athéna pensait comme elle au départ, mais avait changé d'avis par la suite d'événements troubles. Pour l'instant, elle se garda bien de juger négativement la moindre de ces décisions. Après tout, elles ne formaient désormais plus qu'une seule et même entité.

Son guide la ramena à la réalité en toussotant un peu.

« Majesté, pardonnez-moi mon impudence, mais puis-je également vous poser une question ? »

« Bien sûr, allez-y ! »

« Qui est Seiya ? »

La question fût si inattendue que la déesse trébucha dans sa promenade et fut rattrapée in-extremis par le Juge.

« Comment vous... ? » commença Athéna.

« Je m'excuse pour cette indiscrétion, je vous assure que je n'avais pas l'intention de vous espionner lorsque je veillais sur vous, mais c'est un nom que vous répétiez souvent dans votre sommeil et je me suis demandé de qui il s'agissait. Excusez-moi encore, cette question était totalement déplacée ! » balbutia le spectre du Wyvern.

Athéna ne lui en tint pas rigueur et répondit autant qu'elle le pouvait.

« C'est...c'est quelqu'un qui m'est très cher et que j'ai perdu plusieurs fois. Mais j'ai la ferme intention de le retrouver un jour et cette fois, définitivement. »

Rhadamanthe hocha la tête. Si cette personne avait autant d'importance aux yeux de leur déesse, alors elle en avait pour lui aussi et il ferait en sorte de l'aider à le retrouver.

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Ils continuèrent leur visite en marchant silencieusement lorsqu'un homme fut irruption devant eux en courant. Il s'arrêta pile devant Athéna et fit une courte révérence devant elle avant de parler rapidement.

« Majesté, on m'a fait part de la nouvelle de votre réveil. Vous êtes bien portante, les Enfers soient loués. Malheureusement, je dois obscurcir cette joie pour nous tous, car j'ai une requête de la plus haute importance à vous faire part. Je dois m'entretenir avec vous sur un sujet gravissime... »

« ... »

Prise au dépourvu par cet inconnu, Athéna hésita. Heureusement, elle pouvait toujours compter sur l'aide précieuse de son guide.

« Voici Eaque, spectre du Garuda et l'un des trois Juges des Enfers. » expliqua hâtivement Rhadamanthe.

La Déesse se tourna vers le jeune homme à la peau légèrement mate et aux cheveux bruns avec des reflets violacés. Il possédait un surplis avec deux ailes en forme de plusieurs lames de sabres pointées vers le ciel. Contrairement aux autres spectres qu'elle avait croisés jusqu'à présent, il avait la mine très soucieuse qui devint brusquement interrogative devant l'étrange remarque de son compagnon d'arme.

« Je vous écoute, de quoi s'agit-il ? »

Le spectre du Garuda ne se fit pas prier davantage.

« Majesté, nous étions sans nouvelles de vous depuis plusieurs jours, alors nous avions décidé que l'un d'entre nous parte au Sanctuaire pour récolter des informations et peut-être même pour avoir la chance de vous y retrouver. C'est Minos qui s'est porté volontaire et depuis votre retour, nous sommes sans nouvelles de lui. Je ne ressens même plus son cosmos. Je crains plus que tout qu'il lui soit arrivé malheur. Je vous demande la permission de partir à sa recherche pour lui porter secours. Je vous en prie, laissez-moi y aller.»

La détresse de l'homme lui fit mal au cœur. Elle se tourna de nouveau vers Rhadamanthe et chuchota un mot dans sa direction.

« Minos ? »

« Il s'agit du dernier Juge des Enfers, C'est le spectre du Griffon. » lui murmura-t-il en retour.

Ne sachant pas comment interpréter ces messes basses auxquelles il assistait, Eaque ne bougea pas, gardant espoir.

« Eaque, pourquoi aviez-vous besoin de mon accord pour partir à son secours ? »

Plus réactif, Rhadamanthe se chargea de lui répondre.

« Votre Majesté, en votre absence, il n'est pas prudent de laisser le monde souterrain sans la surveillance d'au moins deux Juges des Enfers. Sinon, nous serions la proie de nos ennemis. »

Eaque eut un rire amer et souffla de mépris.

« Cette règle ne s'applique visiblement pas à tout le monde. »

La réaction de Rhadamanthe ne se fit pas attendre.

« Eaque, je te signale que nous sommes en présence de notre déesse, alors garde ce genre de réflexion pour toi ! Si j'ai quitté le monde souterrain, c'est uniquement parce que j'ai ressenti clairement la présence de notre Majesté et que je connaissais l'endroit exact où elle se trouvait. Ce qui n'est pas le cas pour Minos... »

« Oui, mais... » commença le spectre du Garuda.

« Nous sommes les protecteurs de ce monde. Je connais les liens qui vous unissent, toi et Minos, mais ce n'est pas une raison suffisante pour agir sans réfléchir et nous précipiter droit dans le piège que doivent nous tendre ces maudits chevaliers d'Hadès. »

De dépit, Eaque frappa puissamment le sol de son pied avant de se retourner vers Athéna.

« Il y a peut-être quand même un moyen de le sauver. Majesté, maintenant que vous êtes rétablie, ne pouvez-vous pas localiser son cosmos ? »

Athéna aurait bien voulu l'aider, mais comment ressentir quelqu'un qu'elle ne connaissait pas ? Sans compter que le spectre du Garuda était aussi dans l'incapacité de le faire. Cela ne pouvait signifier que deux choses soit il était déjà mort, soit il était retenu dans un endroit qui l'empêchait d'appeler des secours. Elle ne connaissait pas non plus la réaction que pouvait avoir ses chevaliers envers un ennemi maintenant qu'ils étaient sous les ordres de son oncle. Il y avait trop d'incertitudes dans cette sombre affaire.

« …..Je... »

« Notre Majesté a reçu un choc qui lui a fait perdre momentanément la mémoire. Elle ne peut donc pas isoler le cosmos de Minos si elle ne le reconnaît plus. » coupa une fois de plus Rhadamanthe pour soutenir la jeune fille.

Le visage d'Eaque perdit toute sa couleur. Ses yeux se voilèrent d'humidité, bien qu'il tentât de résister de toutes ses forces à cette réaction naturelle.

« Alors, tout est perdu ? » articula-t-il péniblement.

« Je ne sais pas. »

Le spectre du Garuda se ressaisit et une colère sourde s'empara de lui.

« Je refuse de l'abandonner, tu m'entends ? Je trouverai un moyen de l'arracher aux sbires d'Hadès. »

Muette devant l'échange des deux hommes, Athéna se remémora ce qu'elle faisait des généraux du camp adverse en cas de capture durant les précédentes Guerres Saintes. Un nom lui vint immédiatement à son esprit : le Cap Sounion. S'il était toujours vivant, Minos avait dû être emmené dans la meilleure et la plus redoutable des prisons. La déesse se remémora le destin tragique de Kanon, frère jumeau de Saga, qui avait également séjourné dans ce lieu terrible durant des années et qui avait survécu. Un véritable exploit dont elle était à l'origine. Cependant, contrairement à lui, le spectre du Griffon ne bénéficiait pas de sa protection et se retrouvait seul et livré à lui-même dans cette prison que la marrée haute submergeait presque entièrement.

Cet homme s'était fait capturer en cherchant à la sauver, elle lui était redevable. La décision s'imposait donc d'elle-même.

« Je ne vous promets rien, mais s'il est encore en vie, il y a peut-être encore un espoir. Malgré ma mémoire un peu trouble, je connais l'endroit où Minos pourrait être retenu prisonnier. » commença Athéna.

Les deux Juges la fixèrent immédiatement avec la plus grande attention.

S'avançant vers Eaque, elle lui posa la main sur l'épaule et le regarda avec douceur, mais aussi avec détermination.

« Néanmoins, si tu veux le sauver, il n'y a pas un instant à perdre. »


À suivre.


Note : il y a pas mal de dialogues dans ce chapitre, mais le suivant sera plus mouvementé.