Merci pour les alertes/mises en favori et notamment à Mlle Hatake pour sa review qui m'a fait chaud au coeur.

Merci encore à Typone Lady qui m'a donné son avis sur ce chapitre. J'espère que vous l'apprécierez.

Bonne lecture.


Chapitre 2

Proposition indécente

L'île de Nerwa s'offrait à leurs regards en ce début d'après-midi, baignée par une faible lumière automnale. Ses hautes montagnes enneigées contrastaient avec ses flancs verdoyants. Les seules portions de terre moins dénivelées s'étalaient le long de la mer où les habitations se regroupaient et le port accueillait quelques navires mais il était relativement désert, ce qui arrangeait bien l'équipage au chapeau de paille.

"Le temps n'est pas au beau fixe, constata Nami, contrariée. J'espère qu'aucune tempête ne frappera l'île pendant que nous serons là…"

Elle distribua ensuite à chacun son rôle. Franky et Zoro aux réserves de cola, Sanji et Ussop à la nourriture, Chopper et Luffy aux médicaments, Brook à la surveillance du bateau, et Robin et elle à la recherche d'une banque pour échanger leurs trésors contre des berrys sonnants et trébuchants.

"Rappelez-vous, la base de la Marine n'est pas très loin alors pas de bagarre et pas d'histoire! On se rejoint sur le Sunny dans quatre heures."

Le cuisinier regarda s'éloigner la belle navigatrice d'un air béat avant qu'Ussop ne le pousse du coude vers le marché.

Ce dernier était petit mais les produits locaux de bonne qualité et Sanji en profita pour refaire le plein de viande et d'aliments en tout genre avec l'argent que Nami lui avait donné. Il ne savait pas combien de temps ils devraient tenir jusqu'à la prochaine île alors il prenait tout ce qui en valait la peine.

Ussop le suivait tant bien que mal entre les étals, les bras chargés de sacs énormes qui lui bouchaient la vue. En plus, le blond s'arrêtait devant chaque femme qui passait pour lui faire les yeux doux et le tireur d'élite avait manqué de le perdre plus d'une fois. Enfin, Sanji jugea qu'ils avaient fini et ils se dirigèrent à nouveau vers le bateau.


Tout en marchant, ils rencontrèrent Franky et Zoro qui revenaient également vers le port, les bras chargés de cola. Ils passèrent ensuite devant une coutellerie où de magnifiques couteaux de cuisine luisaient en vitrine.

Sanji s'en approcha, fasciné. Les siens commençaient à dater et ceux-là semblaient de qualité supérieure. Il entra dans la boutique tandis que ses compagnons l'attendaient dehors et qu'Ussop s'écroulait au sol, mort de fatigue.

Le cuisinier examina les couteaux avec attention et manqua de s'évanouir lorsqu'une ravissante jeune femme brune lui proposa de l'aider. Papillonnant des cils, il buvait littéralement chacune de ses paroles depuis de longues minutes lorsque quelqu'un lui tapota désagréablement l'épaule.

"Faut qu'on bouge, il est l'heure.

- Tu vois pas que j'suis occupé, tête d'algue! s'énerva immédiatement le blond.

- Hé, reste tranquille, sourcil en vrille!

- Sinon quoi?

- Sinon j't'explose ta sale tête de pervers à deux balles!"

Sanji se retint de lui balancer son pied dans les dents. Il ne voulait pas créer de désagréments à la charmante vendeuse qui les fixait avec stupeur.

"Mille pardons, ravissante créature. Mon rustre de camarade ne connaît pas la politesse.

- C'-c'est pas grave", balbutia-t-elle avant de lui tendre le set de couteaux qu'il avait choisi.

Le cuisinier lui tendit l'argent qu'il lui devait avant de s'incliner devant elle et de se diriger vers la sortie. Le sabreur le suivit et ils se retrouvèrent sur la place à nouveau. Le soleil était haut dans le ciel mais il ne réchauffait pas vraiment l'atmosphère et le fond de l'air était frais.

"C'est pas trop tôt, vous foutiez quoi? grommela Franky.

- C'est l'autre imbécile qui faisait du gringue à la vendeuse, grogna Zoro.

- Encore? soupira le cyborg.

- Fermez-la tous les deux, les menaça le blond en s'allumant une cigarette. Cette jeune fille avait une expertise non négligeable.

- Tu parles! s'esclaffa le bretteur. Une expertise en quoi? En décolleté pigeonnant pour appâter le premier abruti qui passe?"

Cette fois, Sanji lui envoya son pied en plein torse, le faisant reculer sous l'effet du coup. Une seconde plus tard, Zoro lançait ses sabres contre lui, obligeant le cuisinier à esquiver en se décalant brusquement. Il repartit ensuite à l'assaut et arrêta les lames à quelques centimètres de son visage grâce à sa jambe droite. Il coinça encore un peu plus son mégot entre ses lèvres, furieux.

"Tu vas regretter tes paroles, face de cactus.

- Tu vas ravaler les tiennes, imbécile de cuistot."

Les deux hommes se foncèrent dessus et disparurent dans un nuage de fumée. Ussop tournoya autour d'eux, au bord la panique.

"Arrêtez! Nami va nous exterminer!"

Comme ni l'un ni l'autre ne l'entendait, il se tourna vers le cyborg.

"Franky, fais quelque chose! s'écria-t-il.

- Comme quoi? fit-il en haussant les épaules. J'veux pas m'en prendre une, ils sont déchaînés.

- C'est pas vrai mais c'est pas vrai!" gémit le tireur en regardant Zoro éviter un coup de pied et Sanji se baisser au passage d'une lame.


"Tiens, qu'est-ce qui se passe?" s'enquit Robin en voyant une petite troupe se former à l'arrière du marché.

La banque n'avait pas beaucoup de liquidités et les deux jeunes femmes n'avaient pu échanger que peu de trésors mais la navigatrice avait tout de même les yeux étincelants. Elle jeta donc un coup d'œil rapide en contrebas et haussa les épaules.

"Sûrement deux abrutis qui se tapent dessus. Je parie que…"

Nami contempla fixement son amie, un mauvais pressentiment l'assaillant soudain.
"Si l'un d'entre eux s'est déjà fait un ennemi…

- Allons voir", lui proposa l'archéologue.

Les deux jeunes femmes se frayèrent un chemin parmi la foule de curieux qui s'était amassée et remontèrent enfin à la source de la clameur. Quand Ussop les aperçut, il hurla et se cacha derrière Franky.

"C'est pas moi, Nami, j'te le jure! J'ai essayé de les en empêcher mais ils ne peuvent pas se contrôler, c'est plus fort qu'eux!"

La navigatrice sentit la colère lui monter au nez. Incapables de rester tranquilles quelques heures sans se battre! Elle allait mettre fin d'autorité à la bagarre quand une immense main s'abattit sur son épaule.

"Qu'est-ce qui se passe ici? Qui êtes-vous?"

Ussop blêmit et Nami frissonna. La Marine… Une petite escouade de vingt officiers. Il fallait qu'elle s'en débarrasse sans faire de vague.

"Nos amis ont un petit peu trop bu mais ils ne sont pas méchants, lui répondit-elle de sa voix la plus assurée. On va y aller, ne vous en faites pas, monsieur l'officier.

- Il est interdit de troubler l'ordre public, lui rappela l'homme en fixant les deux chiffonniers qui n'avaient pas arrêté de se battre.

- C'est ce qu'on n'arrête pas de leur dire! s'exclama Ussop pour soutenir la navigatrice. Zoro, Sanji! Faut y aller maintenant!"

Nami fixa le canonnier avec horreur et celui-ci réalisa son erreur.

"Qui ça? répéta l'officier en braquant son regard sur lui.

- Personne! Personne! bégaya le jeune homme.

- Chef! L'un des individus correspond à un pirate extrêmement recherché! L'autre n'a pas d'avis de recherche mais je crois qu'il fait partie du même équipage!" s'écria un officier en s'approchant.

L'homme arracha l'avis de recherche en question de la main de son sous-fifre.

"L'équipage du chapeau de paille, fit-il avec un sourire tandis que Nami et Ussop reculaient le plus discrètement possible. Vou-

- Courez!" hurla la navigatrice en s'enfuyant tandis que Robin, Ussop et Franky s'élançaient derrière elle.

Quelques officiers se mirent à les poursuivre mais la majorité se regroupa instantanément autour des deux combattants tandis que la foule s'écartait avec terreur.

"Vous êtes en état d'arrestation!" hurla le chef de l'escouade dans les oreilles des deux derniers membres présents.

Ceux-ci consentirent enfin à jeter un coup d'oeil à leur environnement et constatèrent qu'ils étaient encerclés par des officiers de la Marine qui les tenaient en joue.

"C'est arrivé comment? grogna le sabreur en repositionnant ses sabres vers ses nouveaux ennemis.

- J'en sais foutrement rien, répliqua le cuisinier dans son dos.

- Ils sont pas nombreux.

- Ce sera vite fait."

Zoro fit tournoyer ses sabres, un sourire enjoué aux lèvres et les Marines reculèrent. Ils connaissaient le montant de la prime de l'ancien chasseur de pirates et ils avaient peur de ne pas faire le poids, même au nom de la justice…

L'escrimeur se jeta dans le tas et en deux coups de ses trois lames, le groupe se désintégra. De son côté, Sanji se débarrassa de l'autre moitié de l'escouade en un coup de pied net et précis, laissant le chef horrifié et seul devant sa troupe décimée.

"Rien dans le pantalon, grommela Zoro, déçu.

- Parle pas trop vite."

Une nouvelle troupe arrivait par le port tandis qu'une autre les approchait par le nord du marché.

"On se sépare, décida le cuisinier. Rendez-vous au Sunny."

Le sabreur acquiesça et courut vers les officiers les plus proches, sautant agilement d'un obstacle à l'autre pour mieux les éviter. Sanji quant à lui fila vers la route opposée.


"Je vais vous tuer tous les deux!" hurla la navigatrice, retenue par Chopper et Ussop qui pleurait à ses pieds.

Les quatre pirates pris en chasse avaient rejoint le Sunny après s'être débarrassés des quelques officiers qui les avaient suivis. Ils avaient ensuite du mettre les voiles rapidement, leur présence ébruitée. Heureusement, Luffy et Chopper étaient déjà sur le retour quand ils avaient sauté sur le pont et Sanji avait débarqué quelques minutes plus tard mais le sabreur manquait toujours à l'appel. Évidemment, il n'avait pas réussi à retrouver le port.

"C'est pas d'chance qu'ils aient croisé la Marine! fit le capitaine, philosophe.

- C'est à cause de leurs stupides chamailleries! renifla Ussop en regardant la terre s'éloigner.

- Je suis désolé, Nami-chérie, s'excusa platement le cuisinier. Cette tête d'algue me met hors de moi…

- Qu'est-ce qu'on va faire pour Zoro? s'inquiéta le petit renne. Il est encore en convalescence…

- Celui-là, qu'il se débrouille! vociféra la rousse, toujours hors d'elle.

- Sans vouloir remettre en doute ses capacités, je doute qu'il puisse nous retrouver, intervint Robin. D'autant que nous ne pouvons pas rester ici."

Le silence se fit quelques instants avant que la navigatrice ne reprenne la parole d'une voix glaciale.

"Très bien. Sanji, tu vas le chercher. On fait le tour de l'île et on vous récupère dans la crique ouest. Le Log-Pose sera rechargé d'ici demain midi, ça vous laisse le temps de traverser.

- Je peux y aller, moi ! s'écria Luffy, débordant d'excitation.

- Et puis quoi encore ?! aboya sa navigatrice. Deux crétins finis livrés à eux-mêmes, vous finirez à Impel Down avant demain matin ! C'est Sanji qui s'y colle !

- Mais Namie-chérie…

- C'est de votre faute ce qui est arrivé alors c'est toi qui va le chercher! Et t'as intérêt à te grouiller parce que le temps tourne!" lui hurla-t-elle avant de le balancer par-dessus bord.


Le cuisinier essora sa veste trempée avant de la remettre sur ses épaules et le vent frais le fit frissonner à cause de ses vêtements mouillés. Il extirpa son paquet de cigarettes de sa poche qui dégoulina entre ses mains et il l'envoya dans la première poubelle qu'il trouva. Quel crétin ce sabreur! A cause de lui, sa précieuse Nami était en colère et il était obligé d'aller le chercher alors que la ville était en émoi et que des officiers de la Marine grouillaient dans les rues...

Sanji contourna les axes principaux et s'écarta rapidement de la cité pour rester à l'abri des regards. De toute façon, Zoro n'était pas assez stupide pour rester au milieu de la foule et puis le connaissant, il avait dû s'éloigner en croyant se rapprocher de son but…


"Quel enfoiré!"

Sanji découvrit la tête d'algue dormant paisiblement sous un arbre à l'orée de la forêt et il ne se priva pas pour le réveiller d'un coup de pied bien placé. En retour, une lame frôla sa joue droite avant que le dormeur ne reconnaisse le blond.

"Putain, t'es complètement malade! J'ai failli t'embrocher!

- Debout, imbécile! Comment tu peux dormir dans un moment pareil?! A cause de tes conneries, on doit traverser l'île maintenant!"

Zoro rangea ses sabres et se mit en route. Il voyait que le cuisinier était particulièrement furieux mais il ne s'en inquiéta pas outre mesure.

"En même temps, si tu m'avais pas provoqué..., commença-t-il.

- La ferme, crétin! T'étais obligé de t'enfuir aussi loin pour échapper à la Marine, toi?!

- J'me suis pas enfui! J'les ai dégommés et j'ai foncé dans une rue pour rejoindre le port mais vous aviez tous disparu!

- Bordel, ça fait des plombes que j'te cherche! J'ai dû faire au moins 15 bornes!

- Et pourquoi t'es venu me chercher si t'es tellement contrarié? s'agaça le sabreur.

- Parce que tu crois que j'ai eu le choix?! Nami était tellement en colère qu'elle m'a envoyé te chercher comme punition si tu veux tout savoir!"

Le silence retomba, seulement troublé par le bruit de leur marche et le chant des oiseaux de la forêt qui bordait la route.

"C'est quoi le plan? demanda finalement Zoro.

- Ils ont déplacé le bateau de l'autre côté de l'île pour échapper aux Marines. On va les rejoindre dans la crique ouest. D'ici là, le Log-Pose sera rechargé et on fichera le camp.

- C'est loin?

- Au moins 10h de marche."

Le sabreur soupira. Il sentait la faim venir. Il n'avait pas mangé depuis ce midi et il supposait que Sanji n'avait rien emmené non plus.


Ils poursuivirent leur chemin et il s'écoula deux bonnes heures sans qu'aucun des deux hommes n'ouvre la bouche. Sanji scrutait le ciel avec appréhension. Les prévisions de la navigatrice semblaient s'avérer exactes car le ciel se couvrait rapidement d'épais nuages gris et noirs. Le cuisinier pressa le pas mais bientôt, le brouillard descendit sur la vallée, leur bouchant totalement la vue au-delà des deux mètres. Sanji ragea. Dans cette purée de pois, il était trop facile de se perdre. Le chemin de terre était à peine visible et un vent froid se levait du côté de la montagne. Le blond se mit alors à prier pour qu'il ne neige pas.

Au bout de plusieurs minutes de marche ralentie, une petite pluie fine et glacée se mit à tomber, et le cuisinier décida de chercher un abri mais il ne voyait rien en dehors des premiers arbres de chaque côté de la route caillouteuse. L'île était quasiment déserte hormis quelques villages côtiers comme leur avait dit Robin et il doutait de toute façon de trouver quoi que ce soit dans cette brume. Alors que le vent se renforçait encore et que la température chutait, Sanji se retourna vers le sabreur qui le suivait quelques pas derrière.

"Faut qu'on trouve quelque chose où on va finir gelé! lui cria-t-il pour se faire entendre par-dessus le vent.

- D'accord."

Les deux hommes se placèrent de chaque côté de la route dans l'espoir d'apercevoir un abri de fortune le long du chemin et continuèrent lentement à avancer. Tout en observant les alentours, le cuisinier fit bien attention à ne pas perdre de vue le sabreur. Il était capable de s'évanouir dans la nature en une seconde et s'il y avait bien une chose que Sanji ne voulait pas, c'était avoir à chercher une nouvelle fois cette stupide tête d'algue.

Une autre heure s'étira et la nuit tombante obscurcissait encore un peu plus le peu de vue qu'il leur restait. Sanji s'aperçut bientôt avec angoisse qu'il ne sentait plus ses mains et il les frappa vigoureusement l'une contre l'autre pour faire circuler le sang. La pluie fine s'était muée en grésil mais aucune averse de neige n'était tombée. Par contre, le vent froid lui glaçait les os et il avait l'impression que ses cheveux s'étaient figés en stalactites. Enfin, le cuisinier crut apercevoir la silhouette d'une petite bâtisse en contre-haut parmi les arbres et il fit signe au sabreur de le suivre.

Arrivés devant la porte fermée à clé, le blond envoya un coup de pied dans le chambranle qui ne résista pas. Soulagé, il se rua dans ce qui s'avéra être une étable visiblement à l'abandon depuis plusieurs années. Hormis de petits enclos recouverts de paille vieillie, un coin contenait des outils rouillés et de vieux morceaux de bois moulus.

Sanji n'allait pas se plaindre, il n'en avait pas la force. Entre la fatigue des deux derniers jours et le froid, il se sentait totalement engourdi. Il s'adossa contre la barrière d'un enclos avec précaution, son corps entier le lançant douloureusement.

De son côté, Zoro inspecta l'endroit sous toutes les coutures et utilisa les quelques bouts de bois ne tombant pas en poussière pour boucher au mieux les courants d'air glacés avant de s'installer près du cuisinier qui avait fermé les yeux.

"T'as froid, remarqua-t-il enfin en voyant les lèvres bleuies et les membres tremblants de l'homme à ses côtés.

- Ouais. Faut dire qu'un costume, c'est pas adapté pour la montagne, répondit le blond avec amusement sans pouvoir s'empêcher de claquer des dents.

- Je vais faire un feu.

- Avec quoi?" s'étonna Sanji.

Le sabreur ne lui répondit pas, se glissant à nouveau à l'extérieur. Fermant les yeux quelques secondes pour tenter de contrôler ses tremblements, il les rouvrit en sursaut en voyant Zoro revenir les bras chargés de bûches et de brindilles. Il avait dû s'assoupir quelques instants sans s'en apercevoir. Ou tomber en hypothermie.

Pour se maintenir éveillé, il regarda l'épéiste déposer le bois non loin de lui mais à distance prudente des murs et disposer ensuite des pierres tout autour pour délimiter un foyer. Après avoir emprunté son briquet qui avait survécu à son séjour dans l'eau au cuisinier, il dut encore s'acharner de longues minutes avant que l'humidité ne cède et que les premières flammes jaillissent timidement.

Zoro se rassit ensuite auprès de son compagnon d'aventure qui tendait ses mains vers la petite source de chaleur prenant doucement de l'ampleur. Après quelques instants, ce dernier grimaça et serra contre lui ses membres rougis.

"Putain, je déteste le froid.

- Ouais, ça caille", confirma le sabreur.

Sanji examina ses doigts, visiblement inquiet. Ils étaient douloureux et leur teinte n'était pas tout à fait habituelle. Non, il ne pouvait pas avoir abîmé ses mains...

"Quoi? lui demanda Zoro qui avait remarqué son manège.

- Rien."

Le cuisinier tenta de se secouer mais son corps était encore engourdi et ses vêtements raides lui glaçaient le corps. Il s'obligea à enlever sa veste et la déposa près du feu pour qu'elle se réchauffe. Dès que ce fut suffisamment le cas, il la reprit et s'en servit comme couverture de fortune. Son paquet de cigarettes lui manquait terriblement.

Il jeta un coup d'oeil au bretteur qui avait déposé ses lames et fermé les yeux d'un air concentré. Il était en tee-shirt mais ne semblait pas souffrir du froid. Sanji se cala du mieux qu'il put contre la barrière. Il entendait le vent rugir au dehors et se renfonça dans sa veste avant de fermer les yeux à son tour et de sombrer dans le sommeil.


Le blond se réveilla quelques heures plus tard. Le feu crépitait toujours et il se sentait mieux. Il s'étira et remarqua que le sabreur n'avait pas bougé. Décidant de faire quelques pas, il se releva et constata par la fenêtre avec déception que la neige s'était mise à tomber à son tour en petits tourbillons, recouvrant le sol d'une pellicule blanche et verglacée. Il fouilla dans sa poche et sentit le sachet de gâteaux au miel qu'il avait acheté un peu plus tôt pour ses princesses. Il l'examina. L'emballage avait l'air d'avoir protégé les gâteaux de son séjour dans l'eau, c'était inespéré.

"Tête d'algue."

Sanji s'approcha pour secouer l'escrimeur mais retira brusquement la main de son bras. Il était glacé.

"Putain, t'es en train de geler!

- Ca va.

Ouais, c'est ça."

Le cuisinier lui tendit la moitié du sachet de gâteaux.

"C'est tout ce que j'ai.

- Merci."

Après leur maigre encas, Sanji se réinstalla près du feu avant de contempler l'épéiste pendant un moment puis d'esquisser un sourire que l'autre remarqua.

"Quoi?

- Rien. Je me disais juste que ça fait un moment que j'avais pas eu envie de te casser la gueule. Plusieurs heures, t'imagines?

- Ouais. Pareil pour moi.

- Faut croire qu'une bonne tempête, ça n'a pas que des inconvénients. Même s'il fait vraiment trop froid…"

Le cuisinier retomba dans la contemplation du feu quand il sentit Zoro se rapprocher de lui. Il lui jeta un coup d'oeil interrogatif avant de remarquer l'étincelle au fond de ses yeux.

"J'connais un moyen de nous réchauffer", lui lança l'escrimeur sur le ton de la conversation.

Sanji sursauta avant de le dévisager. Ce qui était arrivé était un accident de parcours et s'ils n'en avaient pas reparlé, c'est précisément parce que ça les mettait mal à l'aise et que le sabreur pensait la même chose que lui… N'est-ce pas?

"Tu te rends compte de ce que tu dis? fit le blond en fronçant les sourcils.

- Quoi? Me dis pas que t'as pas aimé la dernière fois, j'te crois pas.

- C'est pas ça, tête d'algue, répondit le cuisinier en rougissant malgré lui. C'est juste… pas normal ce qui s'est passé.

- Pas normal?"

Zoro le considéra un instant d'un air suspicieux.

"T'es homophobe?"

Sanji sentit ses yeux s'agrandirent de stupeur.

"Mais où est-ce que t'as été pêché ça?! J'ai jamais rien dit de tel!

- T'as dit que c'était pas normal.

- Ouais, c'était pas normal dans le sens où on passe notre vie à se taper dessus depuis des lustres et un jour on finit par s'envoyer en l'air sur le bateau!

- Ah, ça."

Sanji leva les yeux au ciel.

"Ouais, "ça", comme tu dis, c'est pas rien.

- Pourquoi?

- Pourquoi? répéta le blond avec agacement. Parce que ça me ressemble pas, tiens! Peut-être que pour toi c'est un truc habituel mais moi, c'était ma première fois!

- Quoi?!"

Le sabreur le dévisagea avec effroi et Sanji soupira bruyamment.

"Fais pas cette tête-là, imbécile. C'était pas ma première fois avec une personne, c'était la première fois que je laisse un mec s'approcher de moi comme ça et surtout dans ces conditions. Ca me perturbe, c'est logique.

- Donc c'était ta première fois avec un homme?"

Le blond considéra un instant la question. Il pouvait toujours lui mentir mais à quoi cela l'avancerait-il de toute façon? Le sabreur avait bien dû le remarquer...

"Ouais, c'était la première fois…"

Zoro sembla y réfléchir une seconde avant de reprendre la parole.

"En même temps, j'aurais dû m'en douter. T'es tout le temps en train de courir après les filles et j'ai trouvé étrange ta façon de faire mais on était aussi à moitié en train de se battre alors..."

Sanji soupira à nouveau. En plus d'être humilié, il se sentait vraiment stupide maintenant. Le bretteur du dimanche avait apparemment assouvi ses pulsions sans réfléchir et lui l'avait tranquillement laissé faire, lui offrant même la primeur de son corps dans ce domaine…

"J'savais pas. Sinon, j'l'aurais pas fait."

Le cuisinier releva la tête, étonné.

"Ah bon? Qu'est-ce que ça change pour toi? lui demanda-t-il.

- Rien mais te connaissant, je comprends mieux pourquoi t'es autant sur les nerfs. J'imagine que t'avais pas prévu ça.

- Parce que tu l'avais prévu, toi? grinça le blond.

- Non mais j'le regrette pas. C'est arrivé et on a apprécié alors pas besoin d'en faire un drame.

- Dites-moi que je rêve! s'étrangla le cuisinier. Jusqu'ici tu me hurlais ton dégoût à chaque occasion et maintenant qu'on a baisé, ça te fait ni chaud ni froid?!

- Jusqu'ici j'avais jamais eu envie de te baiser, c'est ça la différence.

- Et tu trouves ça logique?!

- T'inquiète pas, j'ai pas perdu l'envie de t'en coller une pour autant."

Zoro lui lança un sourire provocateur et Sanji se concentra sur les flammes, dépité. Tout semblait si simple dans la tête de ce crétin, c'en était parfaitement injuste. Injuste et incompréhensible. Finalement, il reporta son attention vers l'autre homme qui contemplait lui aussi le feu. Confidence pour confidence...

"C'était pas la première fois pour toi, je me trompe? s'enquit-il.

- Non.

- Et les femmes alors?"

Le sabreur haussa les épaules.

"Aussi. Mais moins souvent."

Sanji secoua la tête, sidéré.

"Si on me l'avait dit, je l'aurais jamais cru.

- Quoi? lui demanda Zoro en tournant la tête vers lui.

- Je pensais que t'étais plutôt du genre auto-suffisant dans ce domaine, expliqua le blond. Genre dormir-manger-s'entrainer, rien d'autre ne compte.

- C'est vrai la plupart du temps. Mais si une personne me plaît et que je lui plais, c'est parfait. C'est tout.

- Je vois. Pas de sentiment là-dedans.

- Pour quoi faire?

- Ce que tu peux être rustre! grogna le cuisinier. T'es jamais tombé amoureux?

- J'crois pas.

- Ouais, tu l'as jamais été. Tu le saurais sinon.

- Pourquoi? C'est si bien que ça?"

Sanji le dévisagea, n'osant croire ce qu'il venait d'entendre.

"Évidemment, crétin de bretteur!

- Et comment tu le sais? Tu l'as déjà été toi, peut-être? répliqua le sabreur, piqué au vif.

- Je suis amoureux de toutes les femmes que je croise!

- T'y connais rien non plus, ricana Zoro. C'est pas comme ça que ça marche.

- Qu'est-ce que t'en sais?

- Tout le monde le sait."

Sanji haussa les épaules et ferma les yeux à la recherche d'un peu de sommeil. Cette conversation avec la tronche de gazon avait pris une tournure inattendue et il voulait y mettre un terme au plus vite. C'était sans compter sur la dite tronche de gazon qui reprit la parole.

"N'empêche, même si c'est pas normal, j'suis partant pour recommencer."

Sanji rouvrit les yeux, stupéfait. Il lui jeta un coup d'oeil et le regard qu'il lui lança le fit frissonner malgré les flammes. C'était un regard emplit de désir et de défi. Un regard de prédateur. Son propriétaire se rapprocha alors doucement du corps à demi allongé du cuisinier et celui-ci déglutit, se forçant à se redresser pour ne pas perdre contenance.

"Qu'est-ce que tu fous, tête de cactus? lui demanda-t-il d'une voix mal assurée.

- T'as qu'à m'arrêter si ça te plaît pas."

Zoro lui laissa une seconde de réflexion pendant laquelle le blond resta abasourdi avant de le plaquer contre lui d'un geste ferme. Ses lèvres s'écrasèrent avec brutalité contre les siennes, réclamant leur contact. Le cuisinier constata que le sabreur avait récupéré sa température normale quand il sentit ses doigts chauds partir à la découverte de son dos en passant sous sa veste et sa chemise. C'était agréable, il ne pouvait pas le nier et son propre corps semblait vouloir en profiter. Il passa alors ses mains sous le tee-shirt du sabreur, le rapprochant encore un peu de lui tandis que ce dernier se penchait voracement vers son cou.

Il ne sut combien de temps s'écoula mais il reprit conscience des évènements lorsque Zoro le poussa sur le sol afin d'accentuer ses caresses. Sanji ouvrit les yeux avec angoisse et sentit sa respiration se bloquer en même temps que ses muscles se raidir. Qu'est-ce qu'il faisait? Il n'allait pas encore se faire avoir par cette brute tout de même! Il se redressa brutalement et repoussa le corps du sabreur qui, surpris, ne refusa cependant pas de suivre le mouvement.

"C'est pas… J'ai pas envie", balbutia le blond en s'écartant de lui.

Zoro ne répondit pas mais un sourire narquois étira ses lèvres. Le cuisinier calma sa respiration haletante en se concentrant sur les flammes devant lui et il remercia mentalement l'escrimeur de tenir sa parole quant à sa décision car sa volonté n'était pas aussi forte qu'il l'aurait voulu. Il sentait son coeur s'emballer au souvenir des minutes précédentes et il savait qu'il n'avait qu'à faire un geste pour prolonger cet état mais il ne pouvait pas s'y résoudre.

Qu'est-ce qui lui prenait à la fin? Il n'avait jamais été attiré par ce crétin, il ne s'était jamais dit qu'il était beau ou grand ou fort ou quoi que ce soit de plaisant. Alors pourquoi avait-il tendance à se laisser faire?

Sanji sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Quelque chose clochait mais il ne savait pas quoi et il était trop fatigué pour pouvoir y réfléchir maintenant.

Ce nouveau comportement entre eux était trop incongru, trop difficile à appréhender. Il ne comprenait pas pourquoi le contact de l'épéiste ne l'écoeurait pas comme cela avait toujours été le cas. D'accord, ils ne s'étaient pas toujours détestés, le début de leur cohabitation ne s'étant pas si mal passée mais très vite, une rivalité s'était développée, teintant tous leurs échanges de provocations, de coups et d'insultes, masquant probablement le respect profond qu'ils avaient l'un pour l'autre.

Le brusque changement de leur relation perturbait Sanji au plus haut point, d'autant plus que ça ne semblait pas gêner l'homme à ses côtés. A croire qu'il se fichait royalement de la cohérence qu'étaient leurs vies depuis le début de leurs aventures avec l'équipage au chapeau de paille…

Le cuisinier ne s'aperçut pas que ses réflexions l'entraînaient lentement vers le sommeil, et il s'assoupit sans en avoir conscience.


Aux premières lueurs de l'aube, le sabreur décida de réveiller le blond. Tandis que celui-ci s'étirait douloureusement, il jeta un coup d'oeil par la fenêtre. Le vent était tombé et la neige avait cessé mais elle recouvrait tout de son manteau blanc et le sol devait être glissant.

Ils se remirent donc en route avec précaution après que Sanji se fut assuré de leur itinéraire et leur longue marche reprit en silence.

Peu avant midi, le profil du Thousand Sunny apparut dans une petite crique à flanc de montagne, leur faisant retrouver le sourire.

Nami les accueillit d'un coup d'oeil critique avant de finalement grimacer devant leur état. De son côté, Luffy brailla aux pieds de son cuisinier, pleurnichant à quel point il lui avait manqué. La navigatrice les envoya tout de même prendre une douche avant de hurler au capitaine qu'ils pouvaient enfin lever l'ancre.


Merci de m'avoir lu!

J'espère que la crédibilité de l'histoire et des personnages sont au rendez-vous, c'est ma préoccupation principale...

A bientôt.