Merci pour les mises en alerte/favori.

Je remercie particulièrement ceux qui prennent le temps de me donner leur avis, à savoir pour ce chapitre Typone Lady, Arya Cahill, Sarahahah et Camargo.

Guest: si tu repasses par là, n'hésite pas à préciser ta review car je crois qu'elle n'a pas bien été éditée!

Bonne lecture.


Chapitre 5

Trop tard

Le lendemain matin, Sanji se leva ragaillardi. Il se sentait plus léger et il prépara une multitude de plats pour le petit déjeuner. Même si les réserves diminuaient, il savait qu'il aurait de quoi nourrir ses amis jusqu'à la prochaine île. La véritable difficulté était que la viande se raréfiait et que Luffy allait bientôt devoir se restreindre au profit d'autres choses…

Il prépara donc des crêpes pour les gourmands, tout de même un peu de viande pour leur glouton de capitaine, des fruits frais pour ses princesses, des tartines grillées, du lait, du thé, du café, du cola et même des boulettes de riz pour faire plaisir au sabreur. Après tout, il lui devait bien ça. Grâce à sa technique, il avait largement avancé dans ses réflexions et rien n'égalait la paix de l'esprit.

Pendant que tout le monde mastiquait plus ou moins bruyamment quelques instants plus tard, Nami récupéra le journal et le parcourut des yeux, attentive aux nouvelles du monde. Soudain, elle se figea et l'archéologue à ses côtés s'en aperçut.

"Que se passe-t-il? lui demanda-t-elle.

- C'est… Ace", bredouilla-t-elle en levant les yeux vers le capitaine.

Ce dernier la contempla tranquillement tandis que les autres membres de l'équipage se figeaient, attendant la suite.

"Est-ce qu'il va bien? s'enquit le canonnier, mal à l'aise.

- Il s'est évadé lors d'un transfert, lut Nami. Il a échappé aux Marines, probablement grâce à des complicités et à son équipage. Personne ne sait où il se trouve.

- C'est une super nouvelle! s'exclama Franky.

- Oui mais il a été blessé, continua la navigatrice, soucieuse. Le gouvernement mondial assure qu'au vu de son état, ils vont rapidement le repérer et le récupérer. Ils ont mis toutes leurs forces dessus…

- Regarde sa carte de vie, Luffy, lui proposa Sanji.

- Non, c'est pas la peine."

L'équipage le dévisagea, étonné par sa réaction.

"Mais, Luffy, la Marine dit qu'il a été gravement blessé, lui rappela doucement la rousse.

- Tu es sûr de ne pas vouloir aller à sa rencontre? ajouta Brook.

- Mon grand frère sait se défendre, c'est pas la peine de s'en faire!" leur expliqua le garçon au chapeau de paille avec un grand sourire.

Le silence se fit dans la salle, ses amis hésitant entre admirer son optimisme ou craindre un déni de la réalité. Finalement, Zoro avala sa bouchée de riz et prit la défense de son capitaine.

"Si Luffy pense qu'il va bien, alors il va bien. De toute façon, la Marine a tout intérêt a diffusé ce genre d'information pour faire croire qu'elle a contrôle de la situation."

Luffy approuva et le reste de l'équipage ne put qu'acquiescer à ses paroles. Chacun termina ensuite son repas dans la bonne humeur retrouvée.

Tout en resservant Chopper en lait, Sanji jeta un coup d'oeil au sabreur qui finissait d'engloutir son assiette. Il avait remarqué depuis le début de leurs aventures la confiance inébranlable que Luffy et Zoro partageaient l'un en l'autre. Il leur suffisait d'un simple regard pour se comprendre. Zoro était celui qui saisissait le mieux le raisonnement parfois déroutant du capitaine. Il était aussi celui que Luffy écoutait le plus.

Le cuisinier n'avait jamais compris comment deux personnes aussi peu semblables parvenaient à s'entendre aussi bien mais le fait est qu'ils avaient une même vision du monde constituée de volonté inébranlable pour atteindre leurs objectifs et de loyauté indéfectible envers leurs amis. Et grâce à ce tandem, l'équipage du chapeau de paille parviendrait à ses fins, il en était persuadé.


Quelques instants plus tard, tout le monde sortit sur le pont et le cuisinier débarrassa avant de s'attaquer à la montagne de plats sales. Il décida ensuite de profiter à son tour de l'air tiède de la journée en fumant sa cigarette.

Dehors, Luffy poussait le petit renne qui riait aux éclats sur sa balançoire et Brook composait une nouvelle chanson avec l'aide de Franky. Un peu plus loin dans l'herbe, Zoro enchaînait les pompes et les équilibres en faisant sauter la barre d'haltère sur ses pieds. Sanji souffla la fumée tout en contemplant l'escrimeur.

Hier, il avait senti qu'il avait atteint l'aboutissement de son raisonnement. Il avait désormais toutes les cartes en main pour prendre la meilleure décision. Il l'avait même déjà prise. Elle lui était venue tout naturellement dès qu'il avait rouvert les yeux.

Il voulait se laisser tenter à la perspective de cette nouvelle aventure. Zoro avait beau être son meilleur ennemi, il avait confiance en lui. Bien plus qu'il ne le lui avouerait jamais. Le sabreur n'aurait aucun problème à rester franc envers lui parce qu'il se fichait bien de lui faire du mal s'il s'agissait de dire la vérité. Il saurait faire la part des choses quoi qu'il se passe entre eux s'ils se retrouvaient face à des adversaires. Il ne le jugerait pas tant que le cuisinier demeurerait honnête envers lui-même. Et ça lui suffisait. Au fond, que demander de plus?

Le blond tira une nouvelle fois sur son mégot. Il ne pensait pas regretter son choix mais il voulait prendre le temps de s'y habituer. Après tout, sa vie allait changer et même si ce n'était probablement qu'une passade, elle ferait basculer pour toujours leur relation déjà chaotique.

Se demandant ce que l'avenir pourrait encore bien lui réserver comme surprise, Sanji laissa son regard se perdre dans l'océan. Le temps n'était pas tout à fait dégagé mais l'air suffisamment doux pour en profiter et il se laissa porter par le roulement du Sunny sous ses pieds.

Demain serait le premier jour du reste de sa vie mais aujourd'hui, il profiterait simplement de l'instant présent.


Zoro jeta un coup d'oeil par la fenêtre de la vigie. Le jour s'assombrissait et il but une longue rasade d'eau le temps de reprendre son souffle.

Il avait senti Sanji laisser traîner son regard sur lui toute la journée. Pas un regard irrité ou dégoûté comme il pouvait en avoir l'habitude mais plutôt un regard apaisé et pensif. Le sabreur n'avait pas mis longtemps à comprendre que la séance de relaxation qu'il avait proposé s'était révélée constructive et il s'était pris à imaginer le corps du cuisinier sous le sien avant la fin de la journée. Malheureusement, la nuit tombait et Sanji prenait son temps, peut-être pour soupeser encore un peu plus son choix.

Le sabreur détendit un peu ses muscles en faisant quelques pas, songeur.

Après la soudaineté de leurs premiers ébats, il avait lui-même été surpris par l'envie qu'il avait eu à nouveau pour le corps du blond sur l'île de Nerwa. Les jours précédents, il avait pensé que la tension accumulée entre eux s'était déversée et que leur corps à corps en resterait là mais ça n'avait pas été le cas, au contraire. Quand il s'en était rendu compte, il ne s'était pas demandé si ce qu'il proposait au cuisinier était bien ou mal, logique ou non. Il en avait eu envie alors il s'était fait comprendre.

Cependant, Sanji était loin de prendre les choses aussi simplement que lui. Du point de vue de l'escrimeur, le blond n'acceptait pas certains de ses désirs et se retranchait devant la logique des faits. Lui au contraire ne prenait en compte que ce qu'il ressentait. La raison ne dictait pas sa conduite, c'était son corps qui lui envoyait des signaux qu'il savait interpréter. Il avait bien plus confiance en ses ressentis qu'en son jugement.

Zoro n'était pas un penseur, sa plus grande force était son corps qu'il passait son temps à aguerrir toujours un peu plus. Son esprit lui servait à capter les informations de son environnement et à en retirer de nouvelles forces pour améliorer sa puissance et renforcer son mental.

Il avait conscience d'être vulnérable face aux raisonnements plus complexes car il ne les comprenait pas toujours mais il s'en fichait. Sa manière de penser pouvait paraître simpliste mais elle lui avait toujours réussi jusque-là.

Etre un manieur de sabres supposait être connecté à l'esprit de ses épées, à leur métal, et donc à la nature. Et celle-ci ne s'encombrait pas à échafauder des plans inutiles. Elle pouvait accorder toute sa puissance à l'observateur suffisamment attentif mais demandait en contrepartie une humilité et un travail constants. Il n'y avait qu'en se débarrassant de ses pensées superflues que la nature offrait ses trésors et Zoro l'avait bien compris. Il prenait exemple sur elle pour se rapprocher de son rêve et c'est donc de la même manière qu'il prenait chaque décision de sa vie. En écoutant les sensations issues de son corps et en se fiant à son instinct.

Zoro avait remarqué dès le premier jour que le cuistot raisonnait totalement différemment de lui. Là se basait sans doute les racines de leur rivalité, inhérente à leurs personnalités si opposées. Le blond tentait de rationaliser au maximum ses pensées et l'épéiste pensait que sa sensibilité était à l'origine de cette manière de fonctionner. Sanji ressentait tout à l'extrême et les émotions qui le transperçaient de toute part le laissait à la fois plus fort mais aussi à leur merci.

Le sabreur admirait secrètement la facilité avec laquelle il décryptait les intentions et les pensées des autres, c'était un indiscutable avantage car il s'adaptait ainsi à toutes les situations. D'où son excellence dans son métier de cuisinier car il était à l'affût des désirs de chacun et savait les anticiper.

Néanmoins, il souffrait en retour des possibilités infinies de ses raisonnements. Il ne pouvait pas tout maîtriser mais il essayait et aujourd'hui, il se trouvait en difficulté car ce qu'il ressentait ne correspondait pas à ce qu'il avait toujours cru savoir de lui-même.

C'était donc tout naturellement qu'au lieu de se demander quand, comment et pourquoi il en était là, le bretteur s'était contenté d'accepter cette attraction inattendue. Tout avait rapidement et logiquement trouvé sa place dans sa tête. Pour lui, il n'y avait en effet que du plaisir à retirer à la perspective de cette nouvelle occupation.

Un plaisir jubilatoire à l'idée de soumettre le cuisinier le plus insolent de Grand Line. Un plaisir sadique à le regarder se rendre compte que sous ses airs de Don Juan, le corps des hommes ne le laissait pas si indifférent. Un plaisir étourdissant à goûter sa silhouette svelte et musclée pour l'entendre gémir sous ses caresses.

Il n'y avait rien de dégradant ou d'incongru qui aurait pu faire obstacle à son désir ou tenter de l'arrêter. Il trouvait Sanji insupportable la plupart du temps mais il savait reconnaître que le blond n'en était pas moins une personne valeureuse qui portait aussi haut que lui la question de sa fierté et de ses principes. Et en cela, il le respectait suffisamment pour lui proposer de partager une intimité inédite.

Après tout, ils ne se promettaient rien. Il s'agissait simplement de la possibilité de s'offrir quelques instants de plaisir entre deux adultes consentants. Alors il espérait que la réflexion du blond pencherait en sa faveur mais si celui-ci ne parvenait pas à voir au-delà des apparences de leur rivalité ou de sa sexualité, il n'y pouvait rien et il n'allait pas s'acharner. Il n'allait pas lui courir après pour un simple contact charnel, même si l'avant-goût lui en avait laissé l'eau à la bouche.

Reprenant ses haltères en main, Zoro se repositionna sur son tapis, les muscles contractés et la respiration ample. Il était encore tôt et il avait le temps de parfaire ses exercices.

Concentré, le bretteur oublia bientôt son compagnon d'équipage.


La matinée suivante était nuageuse mais elle se déroula normalement jusqu'à ce qu'Ussop alerte soudain ses amis.

"Bateau en vue à dix heures!"

Lunettes vissées sur la tête, il indiqua à l'équipage qui avait accouru sur le pont la direction du navire. Nami prit ses propres jumelles et les braqua sur la mer.

"Je vois un pavillon…

- Des pirates? Dis, ce sont des pirates?! voulut immédiatement savoir le capitaine à ses côtés.

- J'ai du mal à voir…

- Ca sent l'aventure! s'exclama le garçon au chapeau de paille, trépignant déjà d'impatience.

- C'est un pavillon commercial, constata finalement la navigatrice.

- Un pavillon commercial? s'enquit Franky. Ils vendent quoi?

- C'est un bateau-pharmacie.

- C'est vrai?!"

Chopper avait brusquement des étoiles dans les yeux et il tourbillonna sur le pont.

"Je vais pouvoir acheter toutes les nouveautés médicales de la dernière revue scientifique de Grand Line!

- On va rester prudent, Chopper, le calma la rousse qui voyait déjà les berrys lui échapper. C'est vrai que tu as besoin de matériel mais il ne faudrait pas qu'ils en profitent au prétexte qu'on ne peut pas se ravitailler ailleurs pour l'instant."

Le petit renne approuva et fila vers l'infirmerie pour faire l'état de ses réserves.

Quelques minutes plus tard, un représentant du bateau-pharmacie demanda la permission d'accoster et Brook lui lança une corde pour y amarrer une passerelle. S'il fut surpris de se faire saluer par un squelette, il n'en montra rien.

"Bien le bonjour, jeunes gens. Je m'appelle Frinks, je suis représentant pharmaceutique issue de la collaboration des meilleurs médecins du Nouveau Monde, se présenta-t-il en soulevant cordialement son chapeau haut de forme.

- Wow, le Nouveau Monde! s'extasièrent Chopper et Luffy, admiratifs.

- Les équipages souhaitant s'y rendre ont tout intérêt à avoir le nécessaire dans leur infirmerie ainsi que du personnel compétent!

- On a un médecin génial, lui montra le capitaine en désignant le petit renne qui se mit à se dandiner en rougissant.

- Très honoré, cher confrère."

L'homme serra la patte de Chopper qui rougit de plus belle.

"Vous faites des réductions? s'enquit immédiatement Nami.

- Bien sûr. Nous avons un large choix ainsi que des remises selon le montant de vos achats. Avez-vous notre catalogue?

- Je ne crois pas, se désola le médecin. La dernière île que nous avons visitée n'avait que de vieux exemplaires.

- Astrid, veuillez m'apporter le dernier catalogue, je vous prie!"

Une jeune femme à l'allure dynamique et aux cheveux courts et violets retenus par un foulard fleuri débarqua quelques secondes plus tard, un épais catalogue à la main. En un temps record, elle déplia une table et trois chaises sur le pont du Sunny avant d'inviter Chopper à s'y installer. A cette vue, le cuisinier de l'équipage ne manqua pas de se liquéfier d'amour.

"Mademoiselle Astrid, permettez-moi de me présenter. Sanji la Jambe Noire, cuisinier de ce navire, pour vous servir.

- Enchantée. Je suis infirmière et je renseigne les équipages sur les dernières techniques médicales ainsi que le matériel nécessaire à toute traversée sur les mers du globe.

- Infirmière? se récria le blond, subjugué. Quel métier absolument admirable! Je parie que vous devez être magnifique dans votre petite blouse blanche moulante, Astrid!

- Auriez-vous du papier et un stylo, s'il vous plait, Sanji? l'interrompit-elle alors avec un grand sourire enjôleur.

- Mais absolument!"

Comme le cuisinier volait littéralement pour satisfaire sa demande, la jeune femme se tourna vers le reste de l'équipage blasé et leur adressa un clin d'oeil.

"Ne vous inquiétez pas, j'ai l'habitude. Les hommes ont tendance à fantasmer sur les infirmières, particulièrement les marins isolés en mer.

- Malheureusement, il n'a pas besoin d'être isolé pour se comporter comme un crétin", grogna Nami tandis que Robin retenait un rire.


"Vous avez des bandages élastiques? Je veux dire, vraiment élastiques?"

Le petit renne examinait les différents types de pansements devant lui, indécis.

"Nous avons ces rouleaux issus d'un alliage extrêmement moderne capables de torsions importantes, lui montra Frinks.

- Ces bandages sont résistants à l'eau", compléta Astrid en les lui tendant.

Le médecin les étira quelques instants dans tous les sens avant de hocher la tête.

"Ça a l'air vraiment solide…"

Chopper les mit de côté avant de montrer une illustration sur le catalogue.

"Au niveau des écharpes d'immobilisation, elles sont robustes?

- La meilleure qualité de tout Grand Line! assura le représentant. Le maintien est assuré par un mélange de carbone ultra solide et de plumes de canard qui assurent un équilibre entre l'immobilisation et la souplesse nécessaire au membre blessé.

- C'est que j'ai des patients récalcitrants, confia le petit médecin. Ça vous ennuie si j'en teste une?

- Mais je vous en prie."

Le renne se tourna vers le mât et appela le sabreur.

"Zoro, tu peux venir une minute, s'il te plaît?"

L'escrimeur s'approcha et Astrid lui fixa l'écharpe sur son épaule gauche pour la démonstration.

"Tu te sens comment?" lui demanda Chopper.

Zoro haussa les épaules.

"Normal.

- Il s'agit de la position habituelle, confirma Frinks. Astrid."

La jeune femme hocha la tête et ajusta d'un coup sec l'écharpe qui se resserra, empêchant le sabreur de bouger son épaule malgré ses mouvements agacés.

"Impressionnant, constata Chopper en examinant Zoro.

- C'est un modèle unique en son genre. Il est utile pour les fortes têtes."

Comme le médecin approuvait et s'éloignait pour passer à autre chose, Luffy s'approcha à pas de loup de son second et enclencha l'écharpe au maximum en s'esclaffant. L'épéiste en eut le souffle coupé et se contorsionna avec son autre main pour échapper à la prise fixée dans son dos, sans succès. Alors que le garçon au chapeau de paille éclatait de rire, Ussop passa à leur hauteur et dévisagea le sabreur qui soufflait comme un boeuf.

"Il est peut-être un peu trop serré, non? Il devient bleu…

- Fais voir!"

Luffy planta son visage devant celui de l'escrimeur et approuva.

"T'as raison! On dirait qu'il peut plus respirer, c'est vachement balèze ce truc!

- La tête d'algue s'étouffe? s'enquit Sanji, intéressé.

- Ouais, regarde, il est tout bleu!"

Le cuisinier se rapprocha à son tour.

"Cette couleur est vraiment atroce avec celle de ses cheveux...

- Mais quelle bande de débiles, c'est pas vrai!"

Nami fendit l'attroupement et délivra Zoro qui s'écroula sur le pont, les yeux hagards.

"Arrêtez de jouer avec le matériel médical! Si vous l'abîmez, c'est vous qui le rembourserez!"

Le petit groupe se sépara en baissant la tête et Zoro se releva difficilement avant de se traîner jusqu'à la vigie pour reprendre son souffle loin de ses prétendus amis.


Les deux représentants étaient repartis plusieurs heures plus tard. Sanji leur avait apporté une collation tandis qu'ils continuaient à examiner le catalogue avec Chopper. Ensuite, Nami avait négocié férocement chaque prix avant de finalement tomber d'accord sur la somme finale. Le petit renne s'était donc retrouvé avec des dizaines de cartons étalés sur le pont à ranger dans son infirmerie et Franky lui avait donné un coup de main. Zoro était demeuré enfermé à la vigie tout le reste de la journée et n'était sorti que quelques minutes pour dévorer son déjeuner et repartir dans sa tanière.

Le soir venu, le médecin continua de s'extasier pendant le repas sur ses achats et le reste de l'équipage l'écouta avec un sourire attendri.

Enfin, la nuit tomba et Robin remplit son petit arrosoir pour ses fleurs. Le cuisinier n'oublia pas de lui apporter un café comme elle allait être de garde et elle sourit à cette délicate attention. Sanji proposa également une tasse de thé à Nami et à Brook puis il nettoya la pièce avant de partir à la recherche du sabreur.

Il s'était donné le temps pour être sûr de sa décision et maintenant qu'il l'était, une douce excitation l'envahissait à l'idée de ce qu'il allait faire.

Il débarqua rapidement à la vigie mais ne trouva personne. Il chercha alors à l'arrière du bateau et dans la chambre mais sa couchette était libre et les autres dormaient paisiblement. Le cuisinier réfléchit quelques secondes avant qu'un sourire d'anticipation n'étire ses lèvres.

Il savait où trouver Zoro.


Un courant d'air dans la salle de bain fit se retourner le sabreur. Il venait de prendre sa douche et sa serviette lui pendait encore aux hanches. Il s'était entraîné pendant de longues heures avec acharnement et même lui n'aurait pas supporté d'aller se coucher après avoir autant transpiré.

La porte se referma derrière son invité surprise et il esquissa un sourire. Il n'avait aucun doute sur l'identité de son visiteur malgré la vapeur encore présente dans la pièce. Il vit sa silhouette se découper parmi les volutes d'eau chaude et s'arrêter avant de le rejoindre.

"Tu t'es remis de tes aventures de ce matin? lui lança le blond d'une voix moqueuse.

- Et toi, t'es prêt pour celle qui t'attend?"

Le cuisinier ne répliqua pas mais s'approcha d'un pas en hochant la tête.

"Tu crois pas si bien dire, tête d'algue."

Zoro le contempla quelques instants sans bouger. Le cuisinier avait son regard fier et confiant, à la limite de l'arrogance, l'impertinence au bout de la langue. Nul doute qu'il avait pris sa décision et immédiatement, le sabreur décida de le remettre à sa place. Ce n'était pas parce qu'il voulait assumer son désir qu'il devait prendre la grosse tête.

Il le plaqua brutalement contre le mur humide de vapeur et entreprit de descendre ses mains de part et d'autre de son corps qui tressaillit à son contact, déployant son aura menaçante au maximum.

"J'ai encore rien dit, frémit le blond, hésitant soudain entre excitation et appréhension. Qu'est-ce qui te fait croire que la réponse va dans ton sens?

- Ton corps parle pour toi."

Ce faisant, l'escrimeur pencha la tête, laissant le soin au cuisinier de combler la distance restante entre leurs bouches pour le lui prouver. Celui-ci ne douta qu'une seconde avant de s'emparer vivement des lèvres de son compagnon, l'entraînant dans un ballet mouvementé où leurs langues cherchaient à maîtriser celle de l'adversaire.

Après quelques minutes occupées à se découvrir totalement, Sanji reprit son souffle, le rouge aux joues et les yeux brillants.

"C'est bizarre d'embrasser une algue.

- C'est bizarre d'embrasser une tête de sourcil vrillé."

Avec un sourire railleur, le blond passa rapidement ses mains autour de la nuque de l'épéiste, rapprochant leur deux corps déjà ivres l'un de l'autre pour reprendre leur lutte. Cette sensation avait un délicieux goût d'interdit et il s'y laissa plonger avec un soupir de bien-être.

Sans attendre, Zoro tira brutalement sur les manches de la veste du cuisinier et celui-ci s'empressa de suivre le mouvement pour éviter qu'elle ne se déchire. Ne lui laissant aucun répit, le sabreur remonta ensuite ses mains le long de son torse sous sa chemise, arrachant un frisson au blond face à lui.

"J'espère que tu vas pas t'enfuir, cuistot.

- Pourquoi? balbutia l'autre contre sa bouche.

- Parce que j'ai vraiment pas envie de m'arrêter."

Il pressa son corps contre le sien et Sanji sentit le désir de l'escrimeur contre sa hanche. Cette constatation le fit frémir et il sentit sa propre envie l'assaillir de toute part. Il desserra sa cravate puis attrapa le dos de l'escrimeur et remonta ses bras le long de sa peau nue tandis qu'il mordillait son cou. Impatient, le bretteur poursuivit ses caresses sous la chemise encore présente puis força sur le vêtement.

"Atte-"

Trop tard, les boutons s'éparpillèrent au sol et Zoro balança le tissu, satisfait. Voir le blond s'avancer de lui-même vers lui excitait tous ses sens et il n'avait aucune envie de s'attarder sur des détails. Il s'empara donc à nouveau de la bouche tentatrice tout en maintenant fermement le cuisinier contre le mur.

De son côté, Sanji fit rapidement abstraction de son geste. Il passa à son tour ses mains sur le torse de l'escrimeur et profita pour la première fois de la sensation du corps chaud contre lui sans arrière-pensée. Il laissa ensuite ses doigts remonter et se perdre dans les cheveux du bretteur, s'enivrant de son odeur masculine et encore humide, ne décollant jamais leurs lèvres.

De toute façon, il était trop tard.

Trop tard pour sa chemise, trop tard pour vouloir reculer, et trop tard pour ne pas se laisser happer par la volupté.


Merci d'avoir lu!

Ca y est, vous avez enfin eu le point de vue de Zoro alors ne me faites pas languir et dites-moi s'il vous a convaincu!

J'ai essayé de démontrer que Zoro et Sanji se situent chacun à une extrémité d'un mode de fonctionnement, d'où leur rivalité mais aussi la valeur qu'ils s'accordent malgré tout. Encore une fois, j'ai fait de mon mieux pour que la cohérence avec les personnages d'origine soit respectée, que ce soit dans la partie humour ou plus sérieuse.

A partir du prochain chapitre, on va basculer dans un nouveau type de relation pour nos deux héros, de nouvelles péripéties seront donc au rendez-vous!