Merci pour les mises en alerte/favori et notamment à MiaoiFuki et Typone Lady pour leurs reviews.

Bonne lecture.


Chapitre 12

Orgueil et préjugés

Luffy fut le premier à réagir et commença à tirer la corde de Sanji pour le remonter. Robin se précipita pour l'aider tandis que Nami envoyait Franky aider Brook pour tirer celle de Zoro. Elle prit sa place à côté de Chopper et ils tournèrent la roue à oxygène, les dents serrés.

"Qu'est-ce qui se passe, Nami? lui demanda le petit renne, apeuré.

- Un tsunami, Chopper. Faut qu'on dégage au plus vite."

Le médecin sentit la peur s'insinuer au plus profond de ses entrailles mais s'obligea à la refouler. Il devait continuer à envoyer de l'oxygène à ses amis le temps qu'ils reviennent parmi eux.


"Pourquoi il se tient pas tranquille? grogna le cyborg en resserrant sa prise sur la corde de Zoro qui bougeait dans tous les sens.

- J'ai un mauvais pressentiment", grimaça le squelette.

Sanji émergea des flots quelques instants plus tard, l'air hagard. Il se débarrassa difficilement de sa combinaison et se tourna vers ses amis après avoir grimpé sur le pont.

"On a été secoué, expliqua-t-il en reprenant son souffle. Qu'est-ce qui s'est passé? C'est pour ça que vous nous avez remontés?

- Sanji, à la barre, tiens-toi prêt! lui cria la navigatrice de loin. Brook, remplace-moi. Franky, si Zoro n'est pas là dans deux minutes, va chercher Ussop. Luffy se chargera de la corde.

- Ussop? répéta le cuisinier.

- Sa corde s'est brisée.

- Merde!

- Tous à vos postes!"

Les membres de l'équipage s'exécutèrent en courant, pressentant que l'heure était grave. La navigatrice s'empara des jumelles et braqua son regard vers la mer, à la recherche de la vague meurtrière.

"La voilà", murmura-t-elle au bout d'un moment.

Le temps filait dangereusement et Zoro se débattait toujours sous l'eau, au plus grand désespoir de ses compagnons qui essayaient de le remonter.

"Il doit avoir un problème, constata Luffy, soucieux.

- Il cherche peut-être à rejoindre Ussop en voyant qu'il ne remonte pas, réfléchit l'archéologue.

- Ou alors, il y a un monstre marin là-dessous!" s'affola Brook.

Soudain, la corde se détendit brutalement entre les mains du cyborg et il remonta un bout arraché.

"Il s'est détaché! s'exclama le capitaine.

- Je vais les chercher", décida Franky en plongeant.


Les minutes s'égrenèrent et Franky ne réapparaissait pas, tout comme Zoro et Ussop.

"Bon sang, il faut qu'on bouge! s'impatienta la navigatrice, les yeux rivés sur la vague qui se rapprochait.

- Nami-chérie, qu'est-ce qu'on fait? lui cria le cuisinier depuis la barre.

- Prépare-toi à virer à tribord, répondit-elle. Brook, Luffy, descendez les voiles! Chopper, continue à pomper. Robin, tu ne les vois pas remonter?

- Non, toujours rien.

- Et merde…"

Enfin, Zoro émergea des flots un peu plus loin, Franky à ses côtés. Ils tenaient le corps inconscient d'Ussop et nagèrent vers le bateau mais le courant de plus en plus fort les entraînait au large.

"Zoro! Franky! leur hurla le petit renne. Tenez bon!

- Ils sont aspirés par la mer, remarqua l'archéologue. Et nous aussi…"

Le Sunny dérivait de plus en plus vite, comme attiré par une force invisible et le sol tangua sous les pieds de l'équipage.

"C'est quoi ce truc? fit Luffy, les yeux écarquillés en s'agrippant au bord.

- La mer se retire, expliqua Nami, la mâchoire serrée. Sanji, sors les roues à aubes! On va devoir utiliser un coup de burst pour s'en sortir...

- Il faut attendre qu'ils soient remontés! supplia Chopper.

- Mais qu'est-ce qui se passe ici?!" hurla le cuisinier dans leur dos, totalement déséquilibré lui aussi.

La navigatrice pointa son doigt vers l'ouest et tous suivirent son regard avant de se figer, horrifiés.

"Q-qu'est- qu'est-ce que c-c'est? balbutia Brook.

- Un tsunami, comprit Robin avec effroi. Les secousses étaient des tremblements de terre.

- Exactement, lui confirma Nami. On n'a pas intérêt à traîner ici."

Déterminé, Luffy se tourna vers l'archéologue.

"Robin, il faut que tu me tiennes pendant que je vais les chercher. Le courant est trop fort, ils n'arriveront pas à remonter!

- Quoi? s'écria le médecin. Luffy, tu ne peux p-"

Le capitaine s'était déjà hissé au bord de la tête de proue et il lança ses bras élastiques en avant à la recherche de ses compagnons. Robin positionna ses bras tout autour de son corps pour l'empêcher de glisser, l'aspiration se faisant de plus en plus forte.

Nami se précipita quant à elle vers la cale pour s'assurer que les réserves de cola étaient prêtes et suffisantes. Elle se prépara ensuite à enclencher leur carte maîtresse et seul espoir de survie. Elle jeta à nouveau un coup d'oeil par le hublot et pâlit.

"Luffy, dépêche-toi", murmura-t-elle.


Le Sunny prenait de la vitesse. Malgré les puissantes roues à aubes tournant à plein régime, il était entraîné par le reflux considérable de la vague géante qui s'élevait de plus en plus haut vers le ciel.

Perché sur la tête de proue, le capitaine s'étira de son mieux et réussit à attraper le corps de son second. Il enroula son bras autour de lui et le tira vers le bateau à une vitesse folle, le faisant s'écraser contre le mât à son arrivée. Ses bras repartirent ensuite à la recherche de Franky qui tenait Ussop contre lui. Il frôla sa main mais une secousse le dévia.

"C'est pas vrai, je vais pas y arriver comme ça!" ragea-t-il en se penchant davantage.

Robin resta concentrée et raffermit sa prise pour maintenir l'équilibre de Luffy. Elle avait du mal à conserver sa propre stabilité mais elle ne pouvait pas bouger car le garçon au chapeau de paille s'appuyait de plus en plus sur ses multiples bras.

"Heavy point!"

Chopper attrapa l'archéologue d'une main ferme tandis qu'il s'accrochait de l'autre au bastingage, leur assurant une prise. Brook de son côté traîna le sabreur à l'intérieur lorsqu'il remarqua que du sang dégoulinait de sa combinaison le long de sa jambe.


"Luffy!" hurla la navigatrice sur le pont.

La vague n'était plus qu'à quelques mètres d'eux et fonçait à une vitesse vertigineuse.

"Je les ai!"

Sous la vitesse de l'impact de son bras, Luffy se prit le cyborg et le canonnier en pleine tête, l'éjectant à son tour, et ils terminèrent leur course contre la porte de la cuisine.

"Accrochez-vous!" hurla à nouveau Nami. Sanji, barre à tribord!"

De son côté, elle enclencha le coup de burst et le Sunny décolla à l'assaut de la vague qui venait à sa rencontre. Nami réussit ensuite à se hisser aux côtés du blond qui avait tourné le gouvernail au maximum et serrait les dents. Il fallait que le bateau s'élève suffisamment vite où ils étaient perdus.

"Allez, allez! psalmodia la navigatrice, les yeux rivés sur la masse d'eau. Allez, va plus haut! Va plus haut!"

Enfin, Nami aperçut le ciel bleu de l'autre côté de la vague et le Sunny la dépassa dans une gerbe d'eau étincelante.

"Oui!" hurla-t-elle, folle de joie.

Le cuisinier et la navigatrice observèrent alors pendant quelques secondes hors du temps le paysage démonté de Grand Line qui se tordait sous l'effet du tsunami au-dessous d'eux. La force de la nature était toujours un spectacle à couper le souffle.

"On redescend!" cria ensuite le blond aux autres.

L'atterrissage fut plutôt brutal et secoua tout l'équipage qui se releva doucement, encore groggy par les différentes accélérations. Chopper se précipita vers Franky qui crachait de l'eau en se redressant. Ussop était toujours inconscient et il l'examina rapidement avant de le transporter à l'infirmerie. Enfin, le musicien sortit en tenant l'escrimeur dont la jambe ruisselait toujours de sang.

"Qu'est-ce qui s'est passé? s'enquit Luffy en se rapprochant de son second.

- On a senti des secousses et un tourbillon s'est formé entre deux fonds, expliqua Zoro en grimaçant. Vous avez essayé de nous remonter mais Ussop s'est fait entraîner donc j'suis allé le chercher.

- Et ta jambe? lui demanda Franky.

- Un rocher qui m'est tombé dessus à cause du tourbillon.

- Va à l'infirmerie, lui ordonna Nami. Chopper va s'occuper de toi. Je vais voir où on a atterri."


Il s'avéra qu'ils n'étaient pas si loin de leur route initiale et le Log-Pose indiquait leur prochaine destination vers le sud. Au cours du repas, Ussop refit son apparition ainsi que le sabreur dont la blessure avait été soignée. Le singe des airs de Luffy était terrifié et hurlait sans discontinuer depuis que la bateau avait décollé, au grand dam de tout l'équipage.

"Luffy, il a vraiment eu peur, traduisit Chopper avec compassion.

- Bizarre, j'lui ai dit que c'était fini pourtant! s'étonna le capitaine.

- Ca suffit, il faut que tu le relâches, intervint Nami, agacée.

- Mais c'est mon animal de compagnie!

- Il ne sera pas heureux avec nous, lui montra Sanji. Regarde dans quel état il est…"

Luffy contempla son singe qui bondissait dans tous les sens, visiblement toujours affolé. Il soupira et fixa son regard dans le sien. L'animal le dévisagea de longues secondes et le garçon au chapeau de paille crut deviner ses pensées.

"D'accord. Si c'est ce que tu veux vraiment, Vanille-Fraise."

Personne ne fit de commentaire sur le nom que le capitaine avait donné à son singe des airs et il l'attrapa avant de l'emmener dehors.

Le tireur d'élite en profita pour raconter son aventure sous-marine enjolivée sous les regard admiratifs du petit renne. Il prit ensuite son sac et fouilla dedans.

"J'ai trouvé quelques babioles avant de me voir mourir, grommela-t-il.

- T'as trouvé le trésor?" s'enquit la navigatrice, les yeux brillants.

Il lui tendit de la vaisselle et des objets aux lueurs mordorées. Nami gratta la moisissure et les examina avec intérêt avant de soupirer.

"Ca faisait sûrement partie d'un trésor beaucoup plus vaste. Quel dommage que tu n'aies pas tout pris…

- Surtout ne me remercie pas, j'ai juste failli y passer! Et compte pas sur moi pour y retourner! s'insurgea le canonnier.

- De toute façon, le tourbillon a dû tout emporter, fit Robin. Ca ne sert plus à rien de le chercher."

Nami soupira de plus belle mais le capitaine revint à cet instant, le sourire aux lèvres.

"Vanille-Fraise s'est envolé avec ses amis! Dis donc, on s'est quand même bien aujourd'hui!"


Sanji s'était installé à l'avant du Sunny pour son tour de garde. En réalité, c'était le tour de la navigatrice mais le cuisinier gentleman lui avait galamment proposé de prendre sa place au vu de la journée exténuante qu'ils avaient passé. Nami l'avait remercié avec un sourire enjôleur et le blond s'était lentement décomposé de bonheur à ses pieds.

Avec les derniers rebondissements, le bateau était déjà calme, chacun étant allé se coucher rapidement après le repas.

Le cuisinier sentit soudain une présence dans son dos et se retourna. Face à lui, Zoro avait dégainé ses sabres et se mit en garde, déterminé.

"Tu crois peut-être que j'ai oublié ce que t'as fait ce matin? lui lança-t-il d'une voix froide. On a des comptes à régler, toi et moi."

Sanji grimaça. Même sous l'eau, ils avaient essayé de s'envoyer des coups et ce n'était visiblement pas la blessure du sabreur qui l'empêchait de vouloir continuer à en découdre.

"Je vais t'exploser ta tronche de sourcil permanenté."

Le blond eut à peine le temps de se décaler qu'il sentit le passage de la lame non loin de sa joue.

"C'est toi qui n'arrête pas de me chercher! s'emporta-t-il à son tour en lui balançant un coup de pied.

- Je ne supporte pas ta tête d'abruti transi d'amour!

- Pourtant, tu t'en accommodais bien jusqu'ici!"

Zoro lança ses sabres contre le cuistot qui les évita avant de relancer lui-même une attaque qui frôla le sabreur.

"J'ai jamais apprécié les dégonflés de ton espèce! reprit Zoro en abattant son épée devant lui.

- Ni moi les crétins dans la tienne!"

Les coups ininterrompus s'enchaînèrent pendant de longues minutes. Sans intervention de la navigatrice, leur bagarre se déchaîna et la tension accumulée de la journée put enfin se déverser.

Cependant, malgré sa fureur, le blond se sentit bientôt fatigué par leurs bagarres incessantes. Ils n'allaient pas se battre jusqu'à la fin des temps à cause d'une dispute aussi futile tout de même. Il s'éloigna alors un peu pour reprendre son souffle.

"Ecoute, tête d'algue, faut que tu passes à autre chose. J'adore me battre contre toi mais là, t'en fais trop.

- C'est ça ton excuse pour te défiler? rétorqua le sabreur, amusé. Décidément, c'est vraiment ton truc...

- Joue pas au plus malin, tu sais très bien de quoi je veux parler," s'agaça Sanji.

Zoro savait mais il s'en fichait. Tout ce qu'il voyait, c'était que le cuisinier luttait depuis deux jours pour ne pas répondre à ses provocations et il voulait lui démontrer à quel point il ne pouvait pas se passer de lui, quoi qu'il en dise. Une idée sournoise émergea alors dans son esprit et il baissa ses lames, faussement contrit.

"D'accord, sourcil en vrille. Qu'est-ce que tu proposes?

- Pourquoi on se calmerait pas un peu tous les deux, hein? embraya le blond. On a besoin de respirer, je crois.

- Respirer?"

L'épéiste se rapprocha, ses sabres en main, jusqu'à lui faire face à quelques centimètres. Il ne le dominait pas beaucoup en taille et il accentua donc le poids de son regard dans le sien.

"Tu parles de respirer mais ce qu'il faudrait, c'est qu'on soit séparé d'une centaine de kilomètres. Là, je pourrais respirer."

Sanji soupira.

"Tu exagères. On a réussi à cohabiter jusque-là.

- Ouais. Jusque-là."

Le sabreur avait pris une voix rauque et avait planté un regard avide dans le sien. Le cuisinier s'en étonna une seconde avant de se sentir happé par ses yeux farouches qui ne le quittaient plus et il crut y lire une invitation. Il voulut se pencher pour se saisir de ses lèvres mais Zoro l'en empêcha, un sourire vainqueur lui déformant les traits.

"Dommage, cuistot, t'as été un chouette passe-temps mais j'ai trouvé mieux."

Sanji comprit alors que l'épéiste l'avait une fois de plus provoqué pour mieux pouvoir l'humilier et il rougit de colère.

"Y en a marre de ton ego de merde!"

Il le repoussa violemment et Zoro percuta le mât avec un rire insolent.

"Tu flanches déjà dans tes nouvelles résolutions?" lui lança dédaigneusement l'escrimeur.

Le blond rajusta sa chemise et le fusilla du regard.

"Et les tiennes alors? T'étais pas passé à autre chose?

- Bien sûr que si et là-dessus, on dirait que j'ai une longueur d'avance sur toi", répliqua-t-il avec arrogance.

Sanji leva les yeux au ciel. Il était vraiment lassé de toute cette histoire.

"A quoi ça rime tout ça? J'ai essayé d'être honnête avec toi, je t'ai dit ce que je pensais mais ça t'as pas plu, lui fit-il remarquer en soupirant. Maintenant tu peux faire ce que tu veux sans que je te prenne la tête alors c'est quoi le souci?"

Zoro se rapprocha d'un pas pour le toiser. Ils étaient enfin sérieux tous les deux et il allait lui asséner la vérité qu'il ne voulait pas accepter.

"Peu importe ce que tu veux me faire croire, t'as toujours envie de moi, cuistot.

- Et alors? Ca n'a jamais été ça le problème," répliqua posément le blond.

Le sabreur perdit de son assurance pendant une seconde et le cuisinier poursuivit avec irritation.

"J'ai été sincère avec toi dès le départ, tête d'algue. Je t'ai dit que c'était l'inconnu pour moi et t'as jamais dit que ça te posait un problème!

- Ouais mais je savais pas que tu jouerais les poules mouillées à ce sujet!

- Mais tu t'attendais à quoi, sérieusement? s'indigna alors Sanji. A ce que j'oublie que j'ai passé ma vie à être attiré par les filles?!"

Zoro bougea, soudain mal à l'aise. Ses convictions se fissuraient lentement face au discours du blond et ses véritables motivations vinrent le heurter de plein fouet. Pourtant, il n'était pas prêt à les admettre aussi facilement.

"T'as peur de ce que les autres vont penser de toi! cracha-t-il avec mépris.

- Mais non, crétin! J'ai seulement peur de me découvrir tous les jours différent de ce que j'étais la veille!"

Le sabreur fronça les sourcils et Sanji soupira avant de s'allumer une cigarette et de planter son regard dans le sien.

"Je me suis toujours imaginé entouré de femmes! Ressentir du désir pour un homme, passer à l'acte et en redemander, c'était pas prévu. Qu'est-ce qui va se passer la prochaine fois? Je vais tirer un trait sur All Blue et m'engager dans la Marine?"

Zoro le dévisagea, abasourdi.

"T'as découvert une autre facette de ta personnalité, ça veut pas dire que tu vas te transformer en quelqu'un d'autre!"

- Peut-être que c'est évident pour toi mais moi, j'en sais rien."

Le cuisinier s'appuya contre le bastingage et se perdit dans ses pensées parmi les volutes de fumée. La nuit était presque entièrement tombée, projetant une ombre fantomatique sur le bateau au milieu de l'éclat froid des étoiles.

L'épéiste fixa quelques instants son compagnon d'équipage et rangea enfin ses sabres à sa taille. Il soupira bruyamment à son tour et se rapprocha jusqu'à lui faire face, le visage fermé.

"Alors qu'est-ce qu'on fait en attendant que tu fasses le tri dans ta p'tite tête d'imbécile?" grommela-t-il en croisant les bras.

Sanji releva la tête, surpris.

"Je croyais que c'était clair et que t'avais déjà pris ta décision par rapport à ça? C'est à toi que ça pose un problème. Tu trouves mes états d'âmes débiles, j'te rappelle."

Zoro se renfrogna.

"C'est plutôt que comme tu refuses cette partie de toi, je vois pas pourquoi tu voudrais continuer."

Le blond le considéra un instant avec stupéfaction.

"Mais je ne la refuse pas, bon sang! J'ai juste besoin de temps pour maîtriser ce qui m'arrive! Je ne suis pas capable de faire abstraction et de hausser les épaules en me disant que je verrais bien! J'ai essayé mais je ne suis pas comme ça, c'est tout!

- Donc ce qu'on faisait te posait pas de problème? lui demanda le bretteur.

- Si j'avais été gay toute ma vie et que t'étais une femme, je me poserais les mêmes questions. C'est plus clair pour toi?"

Le sabreur acquiesça lentement et Sanji écrasa son mégot dans un cendrier.

"De toute façon, ça ne change rien pour nous, continua-t-il. Si on a démarré ça, c'était pour en profiter sans se prendre la tête alors t'as le droit de vouloir y mettre un terme, c'est logique."

Zoro demeura immobile tout en contemplant le cuisinier. Il s'était senti profondément déçu par ce qu'il avait pris pour une forme de lâcheté de la part de celui qu'il estimait plus qu'il ne voulait bien admettre. A cause de son caractère volcanique et de son insolence permanente, l'escrimeur avait à la fois envie de le découper en tranches mais aussi une certaine admiration pour sa volonté de ne jamais flancher devant lui. Sa résistance exagérée le fatiguait mais elle était aussi la preuve que le blond tenait à ses principes plus que tout et pour cela, il le considérait comme digne de confiance et de son respect. Deux caractéristiques qu'il avait pensé perdre en croyant constater que le cuistot préférait se renier plutôt que d'accepter ce qu'il était.

Maintenant qu'il avait compris son raisonnement, sa colère s'amenuisait. Il pouvait se montrer honnête à son tour.

"Je suis toujours partant."

Sanji fronça les sourcils, dubitatif, avant de lui lancer un regard moqueur devant son air sérieux.

"Je croyais que j'étais facilement remplaçable?"

Le sabreur haussa les épaules.

"Probablement. Mais j'ai la flemme de chercher."

Le cuisinier eut un sourire indulgent devant ce demi-aveu. Finalement, ils avaient tous les deux modifié la réalité.

"Pareil pour moi, reconnut-il alors.

- Je le savais, fit Zoro avec un sourire satisfait.

- Non, t'en avais aucune idée, lui rappela tranquillement le blond. Tu m'as même félicité pour mon retour en tant qu'hété-

- Ferme-la, crétin de cuistot."

L'épéiste s'empara de ses lèvres brutalement et Sanji retrouva avec délice la sensation de sa peau contre la sienne. Il n'avait pas eu conscience du manque qu'il ressentait avant ce soir quand Zoro l'avait provoqué et ce simple fait lui donnait une indication supplémentaire : il ne savait pas s'il serait attiré par d'autres hommes un jour mais concernant la tête d'algue, c'était clair. Peut-être était-ce dû à leur rivalité issue de leurs personnalités dissemblables mais les émotions étaient toujours dévastatrices en sa présence, dans un sens comme dans l'autre. Le cuisinier accentua la pression de ses mains et les fit remonter le long du dos de l'escrimeur, provoquant un redoublement de passion de sa part puisqu'il déposa ses sabres maladroitement un peu plus loin pour se plaquer contre lui.

Zoro embrassait le blond avec voracité. Il l'entraîna contre le mur le plus proche et utilisa ses mains pour l'y maintenir avant de céder à la tentation et de les glisser fébrilement sous la chemise entrouverte. Ses doigts parcoururent avec délectation le torse finement musclé du cuisinier tandis qu'il résistait à l'envie d'arracher purement et simplement tous ses vêtements. Le vent soufflait doucement entre eux, rafraîchissant agréablement leurs peaux déjà brûlantes.

Il s'éloigna un instant de sa bouche pour reprendre son souffle mais ne cessa pas pour autant ses caresses et il entendit le blond pousser un soupir de bien-être contre son oreille. Son désir s'intensifia immédiatement et il descendit l'une de ses mains vers la virilité de son compagnon dont les hanches l'accompagnèrent dans son mouvement.

Il n'allait pas tenir, il était trop excité. Les gémissements étouffés du cuisinier le rendaient fou et il cessa brusquement ses gestes pour les calmer tous les deux. Contre lui, Sanji tenta de maîtriser les battements erratiques de son coeur pendant quelques secondes avant de reprendre possession de sa bouche. Ce laps de temps fut bien trop court pour permettre au sabreur de redescendre en pression et il se laissa happer par la langue de son amant qui s'enroulait autour de la sienne. Avant qu'il ne s'en rende compte, la main du blond s'était déposée autour de son membre sous son pantalon et il retint à grand peine un grognement de plaisir que le baiser de Sanji vint assourdir contre ses lèvres.

"On devrait se trouver un coin tranquille, souffla-t-il au cuisinier.

- J'aimerais bien mais je suis de garde, lui rappela le cuisinier, essoufflé.

- Ah bon?

- J'ai proposé à Nami de prendre son tour, elle était fatiguée.

- Idiot."

L'épéiste désigna alors la vigie d'un coup de tête.

"De là-haut, on pourra faire les deux.

- T'es sûr? hésita le blond.

- Tu préfères t'arrêter là?" lui demanda-t-il en redéposant ses lèvres dans son cou.

Sanji secoua mollement la tête et Zoro l'entraîna fermement vers la vigie avec un sourire satisfait.

Aussitôt arrivés, il jeta un coup d'oeil aux larges fenêtres pour vérifier qu'aucune menace n'était en vue puis il passa à nouveau ses mains sous la chemise du cuisinier face à lui qui débouclait son pantalon, le regard enfiévré.

L'escrimeur se jura alors qu'il n'aurait plus jamais l'idée stupide de se tenir à l'écart de ces sensations enivrantes de sa propre initiative.


J'espère que vous trouvez toujours les personnages cohérents...

Retour de Nami et de Luffy dans le prochain chapitre!