Bienvenue à ceux qui me rejoignent dans l'aventure. Merci à Arya Cahill et Loulyss pour vos reviews.

Bonne lecture.


Chapitre 14

Comme un lundi

"Merde!"

Zoro se redressa en grognant. Une nouvelle fois, il s'était endormi dans la vigie après son entraînement et il avait tout laissé en plan pour s'écrouler sur son tapis. Ce matin, il le regrettait après s'être pris son haltère en pleine tête en se retournant sur son lit de fortune.

Le sabreur se leva d'un air maussade. Agacé par son réveil douloureux, il balança son haltère un peu plus loin qui rebondit et fit éclater les lattes de bois du sol en retombant. Se figeant quelques instants, Zoro soupira. Il ne pourrait plus s'entraîner correctement maintenant au vu des dégâts.

"Génial."

Il grimaça encore une fois avant de bouger, direction la cuisine pour prendre son petit-déjeuner.

Lorsqu'il arriva dans la pièce en question, tout le monde était déjà autour de la table et discutait joyeusement. Ils avaient repris la mer depuis quelques jours déjà et la prochaine île serait bientôt en vue selon Nami. Il se servit sans broncher et mastiqua en silence tout en essayant de faire abstraction du bruit environnant.

"Hé, mais pourquoi t'as une bosse sur la tête, Zoro? s'étonna soudain son capitaine entre deux bouchées débordantes.

- Vous vous êtes déjà battus avec Sanji? se désola le petit renne.

- Franchement, vous êtes pas croyables", bougonna la navigatrice en leur lançant un regard mauvais.

Le cuisinier jeta un coup d'oeil interrogatif au sabreur qui de son côté sentait poindre le mal de tête. Il serra les dents avant de fusiller la tablée du regard.

"J'me suis cogné. Fin de l'histoire."

Tout le monde sentit l'aura menaçante du bretteur s'étendre dans la pièce et se détourna donc de lui pour reprendre une conversation plus agréable.


Sitôt le repas fini, Zoro fila prendre une douche puis intercepta le cyborg qui bricolait dans son atelier.

"J'ai eu un p'tit accident avec une haltère dans la vigie, l'informa-t-il nonchalamment. Faudra que tu passes voir.

- D'accord mais fais gaffe au matériel, grommela l'intéressé, pas dupe.

- Ouais, ouais."

Le charpentier secoua la tête et reprit son travail tandis que l'escrimeur se dirigeait à nouveau vers la cuisine, prêt à oublier le début catastrophique de sa journée.


"Cuistot lover, j'ai besoin de me détendre."

Depuis son évier, Sanji se retourna et lui jeta un regard désabusé.

"T'es au courant que je suis pas à ta disposition? Ni un objet?

- Déconne pas, j'ai vraiment besoin de me changer les idées..."

Le cuisinier soupira et s'essuya les mains.

"A vrai dire, j'ai mal commencé moi aussi, lui avoua-t-il. J'ai cette putain de chanson que Brook n'arrête pas de chanter dans la tête et j'ai flingué le tiroir des couverts en l'ouvrant...

- Tu vois, ça nous fera du bien à tous les deux, l'encouragea l'escrimeur en s'approchant résolument.

- Laisse-moi quand même finir ce que je fais. Je te rejoindrai à la vigie, d'accord?

- Traîne pas."

Le blond leva les yeux au ciel et entendit Zoro s'en aller tandis qu'il reprenait sa vaisselle. Leurs conversations étaient surréalistes quelquefois...


Dès que Sanji referma la trappe de la vigie, le sabreur bondit sur lui, envoyant balader la veste et la chemise par terre tandis qu'il s'était déjà débarrassé de son propre tee-shirt. Le blond l'arrêta cependant à la vue de l'état de la pièce.

"Qu'est-ce que t'as foutu, tête d'algue? s'enquit-il, stupéfait.

- Rien. J'ai pas eu de chance."

Sanji ne répliqua pas mais son regard blasé parla pour lui et Zoro l'attira de nouveau pour oublier le sujet. Le cuisinier ne voulut pas être en reste et se plaqua lui-même contre le corps chaud de l'épéiste jusqu'à ce qu'ils tombent sur le tapis, leurs bouches se cognant et leurs souffles s'emmêlant.

Aucun mot n'était nécessaire, leurs désirs parlaient pour eux et leurs corps traduisaient leurs envies. Ainsi, Sanji se retrouva entouré par les bras musclés de l'épéiste au-dessus de lui tandis que ce dernier mordillait son cou avec excitation.

"Oh, la vache!"

Franky dévisagea ses compagnons d'équipage depuis la trappe de la vigie et les deux amants se séparèrent d'un bond, épouvantés. Le cyborg termina de pénétrer dans la pièce et les contempla quelques secondes de plus avec ébahissement. Il avisa ensuite son tas de planches destiné aux réparations dans un coin et les vêtements qui le jonchaient.

"Putain, les mecs! C'est dégueulasse!"

Zoro fronça les sourcils et Sanji sentit son coeur se contracter étrangement à ces paroles mais aucun son ne sortit de sa bouche. L'ingénieur s'approcha du tas de bois et s'apprêta à virer leurs affaires avant de se raviser. Il se tourna alors vers eux, indécis.

"Me dites pas que vous avez fait ça dans mon atelier?"

Le sabreur lui répondit par un sourire carnassier et le charpentier grogna.

"Et merde, je vais plus oser toucher quoi que ce soit maintenant!"

Il les contempla ensuite longuement tandis que Sanji avait attrapé sa chemise, le regard fuyant.

"Vous avez fait ça partout, hein?"

Devant le silence du cuisinier et le sourire provocateur toujours présent de l'escrimeur, Franky poussa un soupir.

"Vous nettoyez au moins? Oh, non, me dites pas. En fait, j'veux pas savoir…

- Qu'est-ce que tu veux, Franky? grogna le sabreur, visiblement ennuyé.

- Ben c'est toi qui m'a demandé de passer faire des réparations! rappela-t-il à Zoro en désignant sa boîte à outils dans sa main. D'ailleurs, t'as totalement bousillé le plancher, qu'est-ce que t'as fabriqué, putain?!

- Un accident avec l'haltère.

- Mouais…"

Le cyborg soupira après avoir évalué les dégâts d'un coup d'oeil puis reporta son regard sur le cuisinier et le sabreur.

"Robin m'a dit de ne pas monter tout de suite mais j'avais pas compris pourquoi. Elle aurait pu me dire, franchement...

- C'est pas le bon moment, approuva l'escrimeur en croisant les bras d'un air maussade.

- Je pourrais repasser plus tard mais... Quand même...

- Quoi? gronda Zoro.

- Pourquoi vous l'avez pas dit, les mecs?! renifla soudain le charpentier. Luffy nous a bien raconté pour Nami!

- Hein?

- Mon beau Sunny a fait naître l'amour une seconde fois et vous dites rien? C'est pas sympa, merde!"

Sanji et Zoro le dévisagèrent avec horreur tandis que le cyborg retirait ses lunettes de soleil, les yeux larmoyants.

"Franky, je t'interdis de pleurer pour ça! s'étrangla le sabreur.

- Ouais, franchement ça me met mal à l'aise, grimaça Sanji en s'allumant une cigarette, les doigts tremblants.

- Mais j'pleure pas! J'ai une poussière dans l'oeil... Oh, Brook! Viens voir ça!"

Le squelette passa à son tour sa tête dans la vigie et le cyborg l'agrippa par les épaules tout en essuyant ses yeux tandis que les deux autres le regardaient faire avec des yeux exorbités.

"T'imagines, mec? pleurnicha l'ingénieur. Ils ont trouvé l'âme soeur sur mon bateau et ils me disent rien!"

Sanji vira rouge brique et Zoro sentit tous ses muscles se tendre, prêt au combat.

"Putain, Franky! Arrête de raconter ça à tout le monde! siffla-t-il.

- Oh, déconnez pas, déjà que vous vous planquez! s'entêta le charpentier.

- L'amour?! se récria Brook, aux anges. Oh, mon Dieu, je vais pleurer toutes les larmes de mon corps… Ah non, j'ai pas de corps! Yohohohoho!"

Le squelette partit dans un grand éclat de rire et ne s'arrêta que lorsqu'il constata que les trois autres le fixaient avec lassitude.

"Et d'ailleurs, qu'est-ce que tu fais là, toi aussi? reprit le bretteur, les dents serrées.

- Je venais m'enquérir d'une nouvelle technique de méditation, lui apprit le musicien avec ravissement. Je suis vraiment stressé en ce moment, j'ai besoin de me détendre!

- Te détendre?

- Oui, tous mes muscles sont contractés, il faut je relâche la pression. Bien que je n'ai pas de muscles…!"

Sanji remarqua alors que le sabreur menaçait de perdre son sang-froid. Reprenant ses esprits, il décida de prendre les choses en main.

"Les gars, vous êtes sympa mais Zoro et moi, on aimerait que ça reste discret, commença-t-il, incertain.

- Oh, je vois! se réjouit Franky. Vous en êtes encore à la phase fusionnelle? C'est tellement mignon!

- Euh… Ouais, ouais, balbutia-t-il. Alors si vous pouviez faire... comme si de rien n'était, hein? Ce serait cool...

- Tu peux compter sur nous, Sanji, on dira rien! lui promit-il gravement. On préservera votre intimité! Pas vrai, Brook?

- Absolument, je n'ai qu'une parole!

- M-merci, les gars."

Sur ces mots, Franky entraîna le squelette vers la porte non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil attendri à ses amis. Derrière le cuistot, Zoro crut que ses yeux allaient lui sortir de la tête.

"Merde. Cette fois, on est vraiment grillé, soupira Sanji en s'asseyant lourdement sur le tas de planche une fois qu'ils furent à nouveau seuls.

- Quel crétin ce tas de ferraille! Et c'est quoi cette excuse de merde de phase fusionnelle?! s'énerva le sabreur en attrapant enfin son tee-shirt avec mauvaise humeur.

- Ouais bah si t'es pas content, fallait trouver autre chose à leur servir! répliqua sèchement le blond. J'ai fait ce que j'ai pu et en plus, tout ça c'est de ta faute, tronche d'algue avariée! C'est toi qui m'a entraîné ici alors que t'avais dit à Franky de passer!"

Zoro grommela entre ses dents. La journée avait mal commencé, il aurait dû se douter que ce serait le moment pour que des membres de l'équipage les surprennent.

Après quelques instants de silence tendu, le cuisinier finit par soupirer. Il coinça sa cigarette entre ses lèvres et s'appuya contre le mur, pensif.

"Tu sais, j'ai eu peur un moment… de ce qu'il allait dire."

Il jeta un rapide coup d'oeil à son amant pour voir s'il comprenait l'allusion et Zoro se renfrogna.

"S'il avait fallu lui refaire le portrait, j'l'aurais fait avec plaisir.

- C'était visiblement pas la peine mais tout le monde n'a pas cette… ouverture d'esprit", marmonna le blond.

L'escrimeur le dévisagea durement.

"J'en ai rien à foutre de ce que quiconque peut penser."

Sanji lui rendit son regard en tirant sur sa cigarette.

"Si t'en as tellement rien à foutre, pourquoi t'as failli le tabasser quand il a insinué qu'on était ensemble?

- Parce que cet imbécile est du genre à parsemer la cuisine de pétales de roses pour créer une ambiance romantique!" répliqua le sabreur d'un air dégoûté.

Sanji acquiesça doucement et eut finalement un petit rire.

"Je me demande si t'aurais pas préféré qu'il nous insulte plutôt que sa réaction, en fait…"

Zoro grimaça et sentit un frisson d'horreur le parcourir en repensant aux larmes de leur ingénieur naval. Ce mec avait beau être fait au trois-quarts de métal, il était plus sentimental qu'une gamine...


Brook et Franky avaient tenu parole et pas un mot n'avait été prononcé sur le sujet pendant le repas du midi, ni même un regard entendu échangé. Rassurés, le sabreur et le cuisinier avaient décidé de se retrouver un peu plus tard pour terminer ce qu'ils avaient commencé lorsqu'ils auraient le temps et l'après-midi avait débuté tranquillement pour l'équipage.

La météo était nuageuse et Nami surveillait régulièrement le cap et le Log-Pose, tentant en même temps de canaliser l'ennui du capitaine. Ussop avait proposé à Luffy de participer à l'élaboration de feux d'artifice mais la navigatrice avait refusé sous prétexte qu'il y avait un risque trop grand qu'il mette le feu au Sunny.

Depuis que le canonnier était reparti dans son atelier, le capitaine se traînait sur le pont au comble du désespoir.

"Je vais faire une partie de cartes avec Chopper! décréta-t-il d'un coup.

- Fais donc ça", approuva Nami en précisant leur direction d'un léger changement sur le gouvernail.

Le garçon au chapeau de paille disparut en un éclair avant de revenir quelques instants plus tard, contrarié.

"T'as vu le jeu de cartes, Nami? lui demanda-t-il. J'le trouve pas!

- Il était où la dernière fois que tu l'as vu? soupira la jeune femme.

- Euh… Dans la cale! J'l'ai mis dans la cale! s'écria Luffy avant de vouloir s'y précipiter.

- Pas question que t'ailles là-bas, il y a une partie de nos réserves de nourriture! l'arrêta sa navigatrice

- Mais… pitié! pleurnicha le capitaine. Je m'ennuie…."

Nami lui lança un regard exaspéré avant de capituler.

"D'accord! Je vais le chercher ton fichu jeu de cartes!"

Elle dévala en pestant la volée de marches qui la mènerait à la cale. Quelle idée d'avoir rangé ce truc dans un endroit aussi peu adapté! Bien sûr, il n'était pas question de laisser Luffy aller dans la réserve de victuailles alors elle était bien obligée de s'y coller sinon elle allait l'entendre geindre jusqu'à ce soir...

Elle ouvrit brutalement la porte de la pièce et tomba sur la scène la plus inattendue qui soit. Incrédule, elle vit Sanji plaqué contre un des murs par le sabreur de l'équipage, leurs bouches s'arrachant l'une de l'autre au son de la porte. Le visage du blond prit un air affolé en la découvrant sur le seuil et elle lui renvoya un regard totalement abasourdi. De son côté, Zoro tourna seulement la tête dans sa direction, la maudissant déjà de les avoir dérangés sans pour autant desserrer sa prise sur le cuisinier.

"Vous croyez vraiment que cet endroit est fait pour ça?!"

Sur ce, elle ressortit aussi vite et claqua la porte derrière elle avant de secouer la tête. Sanji avait beau passer son temps à virevolter autour des filles, finalement, ça ne l'étonnait pas plus que ça. Ces deux-là étaient sans arrêt en train de se taper dessus et il n'y avait parait-il qu'un pas de la haine à l'amour…

Elle remonta les marches et fit un signe de tête négatif au capitaine qui l'attendait avec impatience.

"Tu peux aller faire des feux d'artifice avec Ussop."

Luffy eut un sourire radieux et ne se demanda même pas pourquoi la navigatrice avait si soudainement changé d'avis. Celle-ci soupira et retourna vers le gouvernail en haussant les épaules.


"Hé bah, c'est pas notre jour, constata le sabreur après que la porte se soit refermée derrière Nami. On doit être lundi…"

Contre le mur, le cuisinier se laissa glisser jusqu'au sol, blanc comme un linge.

"Qu'est-ce que tu fous? grogna Zoro.

- Rien. Laisse-moi une minute..."

Le bretteur leva les yeux au ciel et Sanji finit par se relever avant de remettre un semblant d'ordre dans ses vêtements.

"Déjà que Franky et Brook nous ont vus ce matin, il faut maintenant que ce soit Nami-chérie, grimaça-t-il.

- Robin n'avait pas tort, remarqua l'épéiste avec philosophie. On aurait dû fermer à clé.

- Et merde, tout le monde est au courant! s'alarma le blond.

- Pas tout le monde mais je t'accorde que ça fait pas mal d'un coup.

- J'espère que Nami ne va pas venir nous en parler, je vais pas savoir quoi lui dire!

- Comme si ça la regardait de toute façon, marmonna le bretteur.

- Faut qu'on trouve une solution, tête d'algue! s'agaça soudain le cuisinier. On peut pas continuer comme ça!

- J'veux bien mais qu'est-ce que tu proposes, hein? Qu'on attende les îles?

- Oui! Ce serait plus prudent, approuva Sanji avec soulagement. On attendra la prochaine île!"

Zoro n'ajouta rien mais lui lança un regard qui en disait long. Comme s'ils allaient tenir plus de quelques heures de toute façon...


Ussop regarda le sabreur se glisser sans bruit dans la cuisine en fin d'après-midi. Ca ne ressemblait pas à Zoro de prendre des précautions pour se faufiler ainsi, d'autant que Sanji s'y trouvait aussi et qu'ils n'allaient probablement pas tarder à se jeter les chaises à la figure pour changer.

Le tireur d'élite haussa les épaules et se reconcentra sur son mélange artificier. Luffy l'avait lâchement abandonné un peu plus tôt pour prêter main forte à leur musicien qui voulait composer une balade à la gloire des poissons de leur aquarium et il avait encore beaucoup à faire. Ses réserves diminuaient mais il avait encore de quoi faire une belle collection de projectiles en tout genre.

Après plusieurs minutes, il redressa la tête en souriant. Sa préparation était fin prête et il glissa les mélanges soigneusement fermés dans sa poche. Son regard passa alors à nouveau sur la porte de la cuisine et il fronça les sourcils. Sanji et Zoro étaient toujours dans la pièce puisqu'il aurait vu ressortir quiconque, ce qui n'avait pas été le cas. Plus étrange encore, il n'entendait aucun bruit, aucun cri, aucune bagarre. Ce n'était pas normal. Et puis, il se souvint que le sabreur avait eu une attitude étrange en se dirigeant vers la cuisine. Aussi silencieux que possible.

"Bon sang!"

Il se releva d'un bond et Chopper non loin de lui, lui jeta un regard interrogateur.

"Qu'est-ce qui se passe, Ussop?" s'enquit-il.

Le tireur d'élite le fixa avec anxiété.

"Je crois que Zoro a fait une bêtise...

- Comment ça? fit le petit renne en se rapprochant.

- Il est entré dans la cuisine où se trouve Sanji et il n'y a aucun bruit depuis tout à l'heure. J'ai peur qu'ils se soient entretués! gémit-t-il.

- Tu crois? s'épouvanta le médecin. Mais on aurait entendu quelque chose!

- Il est entré silencieusement, il devait préparer une vengeance ou un piège!

- Zoro ne ferait jamais une chose pareille! protesta Chopper.

- Il n'y a qu'une seule manière de le savoir, décida bravement le canonnier. Suis-moi!"

Les deux amis se plaquèrent contre la porte de la cuisine, guettant le moindre signe de bruit, en vain, et ils échangèrent un regard inquiet. Ils essayèrent ensuite de jeter un coup d'oeil par le hublot sur la porte mais il s'agissait d'une fausse fenêtre qui ne permettait pas de voir quoi que ce soit.

"Il faut passer par l'extérieur du bateau, il y a un autre hublot, réfléchit Ussop.

- D'accord!"

Arrivés au niveau du bastingage, le tireur d'élite et le renne se contemplèrent avec appréhension. Il s'agissait maintenant pour eux de longer la coque sur la pointe des pieds tout en s'accrochant au minuscule rebord jusqu'à atteindre le côté de la cuisine. Ussop prit une grande inspiration et se lança le premier, Chopper sur ses talons.

"Surtout, ne tombe pas, Chopper", lui chuchota le canonnier en avançant à petit pas.

Le médecin secoua vigoureusement la tête et continua sa marche, concentré. Ses petits sabots n'étaient pas aussi habiles que des mains mais il ne manquait pas d'adresse. Enfin parvenus au niveau de la cuisine, ils observèrent le hublot un peu plus haut au-dessus d'eux.

"Grimpe sur mes épaules, je vais nous hisser, lui proposa Ussop. Ne fais pas de bruit!"

Le renne sauta agilement sur son dos et s'assit sur ses épaules. Le tireur d'élite utilisa alors la force de ses bras pour remonter jusqu'à hauteur de vue.

"Alors, qu'est-ce que tu vois?

- Ahhh!"

Chopper eut un sursaut de recul et Ussop faillit perdre l'équilibre. Se raccrochant au bord pour les empêcher de basculer tous les deux, il trembla de tous ses membres.

"Qu'est-ce qu'il y a?! Qu'est-ce qu'il y a?! paniqua-t-il. Il y a du sang partout, c'est ça? Sanji est mort?!

- Ils… Ils…"

Le canonnier prit une grande inspiration pour se calmer. La vision était telle qu'un médecin aussi expérimenté que Chopper en avait perdu l'usage de la parole! Le carnage devait être atroce mais il était le fier Capitaine Ussop, il ne pouvait pas rebrousser chemin maintenant!

Il se hissa à nouveau de manière à pouvoir regarder à son tour tandis que Chopper cachait ses yeux sous ses petites pattes.

"Nom de..."

Ussop réussit à conserver son équilibre et repartit le plus vite possible en sens inverse, les jambes en coton. Lorsqu'ils sautèrent à nouveau sur le pont, ils échangèrent un regard empli de stupéfaction et d'effroi.

"On n'aurait pas dû faire ça, grimaça le tireur d'élite.

- On n'aurait jamais dû", approuva le petit renne avec culpabilité.

Le canonnier se passa alors une main sur le visage, hagard.

"Je ne vais plus pouvoir m'enlever ces images de la tête, Chopper, je suis victime d'un traumatisme...

- Il ne faut pas dire ça, le tempéra le médecin. C'est de notre faute si on a vu quelque chose. On aurait dû les laisser tranquilles...

- Tu as raison alors n'en parlons plus, soupira son ami. Ca ne nous regarde pas…"

Le renne approuva fermement et chacun repartit de son côté, bien décidé à faire comme si rien ne s'était passé.


"T'as pas entendu un truc?"

Sanji stoppa un instant la course de sa langue sur le torse nu du sabreur. La cuisine était calme et il n'entendait personne s'approcher de la porte mais il avait eu la nette impression de discerner des voix toutes proches.

"Non...

- Je dois être parano, marmonna le blond. Avec tout ce qui s'est passé aujourd'hui…

- Sans compter le fait qu'on n'a pas attendu la prochaine île finalement, lui fit remarquer Zoro qui reprenait un peu son souffle.

- Ouais… On manque vraiment de volonté…"

Le sabreur secoua la tête et repartit à l'assaut du corps du cuisinier qui reprit ses caresses sur le sien. La prochaine île était encore à plusieurs jours d'ici et il n'y avait eu que Sanji pour croire qu'ils patienteraient sagement jusque-là.


Le repas du soir se déroula comme d'habitude entre les cris et les rires. Au plus grand soulagement du blond, Nami ne lui adressa pas un regard ni une parole concernant ce qu'elle avait surpris l'après-midi même et il lui en fut vraiment reconnaissant. Cependant, Sanji remarqua assez vite que leur médecin de bord ne se sentait pas dans son assiette et il lui demanda de rester tandis que leurs compagnons d'équipage s'éclipsaient un par un. Il appréciait le petit renne et voulait lui faire comprendre qu'il était prêt à l'écouter en cas de besoin.

Toujours assis à table, Chopper jouait donc nerveusement avec ses petits sabots alors qu'ils étaient maintenant seuls.

"Qu'est-ce qui t'arrives? s'enquit gentiment le blond en terminant de débarrasser. Tu n'as rien mangé et-

- Je vais très bien, laisse-moi tranquille! s'écria le petit renne en tentant par tous les moyens de ne pas croiser son regard.

- D'accord, excuse-moi. Je ne voulais pas te brusquer."

Sanji fouilla dans un tiroir avant d'en présenter le contenu au médecin de bord qui ne put s'empêcher d'y jeter un coup d'oeil curieux.

"Tiens, ça devrait te remonter le moral.

- M-merci."

Le renne attrapa la sucette avant de relever la tête vers le cuisinier, rouge de gêne.

"Je suis désolé, Sanji, balbutia-t-il. C'est juste que... je…

- Tu sais que tu peux tout me dire", l'encouragea le chef en sortant une cigarette.

Alors, le médecin éclata en sanglots, stupéfiant son interlocuteur.

"J-je s-suis d-désol-lé, S-Sanji… J-je vou-voulais pas m-mais... on v-vous a v-v-vu avec Zo-Zoro…"

Sanji déposa sa cigarette sur la table le plus sereinement possible. "On"? Ils étaient plusieurs en plus? Il soupira. Alors c'était ça qui mettait le renne dans tous ses états… Ca ne lui plaisait pas de constater que leur secret n'en était vraiment plus un mais Chopper avait l'air de se sentir encore plus mal que lui alors il fit un effort.

"C'est pas grave, Chopper, le rassura-t-il avec un sourire forcé. Je suis juste… un peu surpris que tu le saches."

Le médecin renifla.

"Ussop a cru que Zoro voulait te tendre un piège parce qu'il est entré sans bruit dans la cuisine…. Alors... on voulait juste s'assurer que tout allait bien…"

Donc, il s'agissait d'Ussop. Le cuisinier se retint pour ne pas se mettre à rire nerveusement. Il fallait qu'il retienne cette date pour s'en méfier à l'avenir...

"C'est moi qui suis désolé, Chopper, tu n'aurais pas dû voir ça… On aurait dû être plus discret", admit-il, mal à l'aise.

Le renne sécha ses yeux et lui offrit un petit sourire.

"Je me sens mieux de te l'avoir dit, lui avoua-t-il. Je voulais faire comme si je n'avais rien vu pour ne pas vous embêter mais…

- Laisse-tomber, ne t'en fais pas pour nous."

Chopper sauta de sa chaise, sa sucette à la main. Avant de quitter la cuisine, il se tourna une dernière fois vers son compagnon d'équipage, soudain déterminé.

"Tu sais, je suis médecin et si toi ou Zoro avez besoin de quoi que ce soit ou de conseils, je su-...

- Chopper, tu te rappelles de cette volonté que tu avais de nous laisser nous débrouiller?" le coupa vivement le cuisinier.

Le renne hocha la tête.

"Surtout, ne l'oublie pas."

Le médecin comprit le message et sortit enfin de la pièce.


"On est dans la merde", marmonna Sanji.

Le cuisinier avait retrouvé l'épéiste dans la vigie flambant neuve et l'avait informé de sa conversation avec Chopper.

"Je vais parler à Ussop pour qu'il oublie ce qu'il a vu, décida l'escrimeur.

- A quoi ça sert, plus personne ne l'ignore maintenant! maugréa le cuisinier.

- Ouais mais personne ne sait que les autres le savent aussi. Si on les menace bien, ils n'oseront pas en reparler."

Le blond secoua la tête. Leur équipage avait beaucoup de qualités mais la discrétion n'était pas leur fort. Les menacer ne servirait absolument à rien, il en était persuadé.

"Tu vas pas me refaire le coup de ta crise existentielle, hein?" grogna le sabreur en jetant un coup d'oeil maussade au cuisinier.

Sanji le fusilla du regard.

"Ca va dépendre de ton attitude, crétin. Si tu te remets à croire que je suis pas capable de faire la différence entre le regard des autres et mes questionnements légitimes, j'dis à tout le monde que c'est toi qui m'a supplié de commencer tout ça!"

Zoro leva les yeux au ciel.

" Luffy n'est pas au courant, c'est déjà ça, reprit ensuite le bretteur.
- Hé bien c'est presque dommage parce que c'est le seul qui aurait pu ne rien comprendre! lui fit amèrement remarquer le blond.

- Arrête de te lamenter sur ton sort, s'agaça l'escrimeur. A partir de maintenant, on fera plus attention et c'est tout."

A ces mots, Zoro sortit de la vigie et Sanji laissa son regard se perdre par-delà les fenêtres dans la nuit tombante.

Il n'aimait pas la tournure que prenaient les évènements. La situation était en train de leur échapper.


"Ussop."

Le canonnier sursauta au son de la voix grave du sabreur qui venait de pénétrer dans son atelier.

"Euh... Un problème, Zoro? s'enquit-il, étonné de le voir ici.

- Ouais. Toi.

- M-moi? M-mais qu'est-ce que j'ai fait? bredouilla-t-il, déjà terrifié par l'aura du second.

- T'as intérêt à oublier ce que t'as vu cet après-midi."

Le tireur d'élite leva de timides yeux vers son compagnon.

"J-je vois pas de qu-quoi tu parles, tenta-t-il maladroitement.

- Fais pas le malin. Chopper a craché le morceau."

Pour appuyer ses dires, Zoro sortit l'un de ses sabres de son fourreau et Ussop poussa un petit cri strident.

"D-d'accord! Faut pas t'énerver, je te promets que je dirai jamais rien à personne! Je te le jure! Jusqu'à ma mort et même au-delà, t'as ma parole!"

Satisfait, l'épéiste rangea son arme.

"Bah voilà, c'était pas compliqué."

Totalement terrorisé, Ussop approuva d'un air guindé et Zoro quitta son atelier d'un pas assuré.

La menace, ça fonctionnait toujours quoi qu'en pense le cuistot.


Je me suis bien amusée aux dépens de nos deux héros XD

J'ai essayé d'imaginer la réaction de chacun des membres de l'équipage selon leurs sensibilités et j'espère que ça vous a paru crédible!